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The Legend of Zelda : La malédiction des héros

Ecrit par Elincya
Chapitres 1 à 7   •   Chapitres 8 à 14   •   Chapitres 15 à 20   •   Chapitre 21 à 22
Prologue

fiction The Legend of Zelda : La malédiction des héros

Le monde d'Hyrule baigne dans la lumière du jour levant. Une fois de plus, avec une grande facilité, la nuit a été éclipsée jusqu'au prochain cycle. En ce bon matin, le vent de prospérité souffle sur ces terres à l'apparence tranquille, mais fragilisées par de nombreux stigmates du passé. Depuis sa naissance, Hyrule subit le courroux et la violence de l'entité destructrice, couramment nommée Ganon. Un être monstrueux habité par une cruauté sans limite. Rien que le prononcer fait craindre un malheur. Seule la Triforce, un incroyable pouvoir confié par la déesse Hylia au coeur pur, parvient à faire jaillir sa lumière au sein des ténèbres. En particuliers ses deux fragments : le courage et la sagesse, tous deux confiés respectivement aux élus destinés à guérir les maux d'Hyrule et à lutter corps et âme contre Ganon depuis plusieurs décennies.

La porteuse de la sagesse est la réincarnation de la déesse Hylia elle-même. Tandis que le courage revient à son fidèle chevalier. Chaque fois qu'ils expirent leur dernier soupir, leurs souvenirs s'effacent à tout jamais. Telle une légende sans fin, les deux élus se réincarnent dans l'espoir de chasser les ténèbres qui menacent d'engloutir Hyrule. Encore et encore... Hélas, au fur et à mesure qu'ils embrassent une nouvelle vie, le poids de leur fardeau s'alourdit sur leurs épaules et leurs pouvoirs divins s'affaiblissent grandement. Seule la mort, qu'elle soit brutale ou douce, parvient à les délivrer pendant un siècle, loin des conflits sanglants, de la peur et de la tristesse.

Alors que les rayons du soleil s'allongent sur la forêt de Firone, la réincarnation du héros légendaire se réveille après s'être assoupi, bercé par les chants des oiseaux. Ignorant encore sa véritable nature, le jeune homme vivait d'une manière insouciante. Assis dans l'herbe au bord d'une falaise, il secoue doucement la tête avant de lever ses yeux amandes au ciel. Ses iris bleu azur pétillent de sérénité. L'Hylien, reconnaissable grâce à ses longues oreilles pointues, porte un doublet bleu foncé qui comprime son torse assez musclé. Les manches de sa chemise blanche dépassent de ses avant-bras encore minces. Un fourreau en cuir, de la même qualité que ses bottes marron, est agrippé à sa ceinture noire qui entoure le haut de son pantalon beige et serré. La brise printanière s'amuse à onduler ses cheveux dorés cuivrés, mi-longs et en bataille, tandis que sa frange sauvage tombe sur le côté droit de son front pâle. Bien que les traits de la fragilité sont présents sur son visage mince, il se lève sans aucune difficulté. Debout auprès d'un grand chêne aux branches fleuries, il contemple longuement la plaine d'Hyrule.

* * *

La forêt Firone borde un petit village discret du nom de Foracalia, réputé pour son élevage, la livraison des produits frais et son ambiance harmonieuse. Chaque habitant aux oreilles pointues vit paisiblement en effectuant son travail ou ses habitudes matinales. Toutes les maisons ont été construites en bois de chêne. Leurs toits en pente sont recouverts de guirlandes de lierre. Au coeur du village se dresse une fontaine d'eau figurant une déesse aux traits féminins et au visage impassible en pierre. De l'eau jaillit autour d'elle. Son apparence enchanteresse fascine les passants qui font leurs emplettes au marché artisanal et quotidien. Des cocottes, les fameuses petites poules blanches à la crête rouge, se baladent en gloussant. Les enfants courent en se faufilant entre les adultes qui fixent d'un oeil avide les produits comme la viande rouge, la farine ou autres. La cloche de la petite chapelle sonne les onze coups.

Derrière un stand en bois, une jeune femme aux longs cheveux roux fait fonctionner son commerce en vendant uniquement du lait écrémé. Deux grandes mèches encadrent son visage à la fois mature et jovial. Sur sa chemise blanche à manches courtes, une broche dorée en forme de lys est épinglée au creux de sa poitrine assez généreuse. Sa longue jupe mauve est à moitié dissimulée sous un tablier blanc. Des bottes marron s'allongent jusqu'à ses genoux. Derrière son allure de vendeuse enjouée, une fatigue accablante se lit dans ses gros yeux bleus. Exaspérée, elle lâche un profond soupir en se laissant tomber sur un tabouret en bois. Elle frotte son large front en sueur en étirant presque ses jambes à l'avant.

- Malon !

Malon se retourne d'un bloc avant d'apercevoir Romani près de la fontaine. La fillette lui ressemble comme deux gouttes d'eau : même couleur de cheveux et d'yeux. Tout est parfaitement identique à l'exception de la tenue. En effet, la jeune enfant porte une longue robe blanche qui lui va à ravir. Des petites roses bleues sont imprégnées comme motif au niveau de ses petites manches. Malgré la lourdeur de ses bottes marron, elle arrive à courir en direction de sa grande soeur.

- Tu es en retard, Romani ! réprimande Malon sur un ton boudeur en se levant.
- Oui, pardon ! Je suis désolée, s'excuse nerveusement Romani, la voix légèrement étouffée par sa course. J'étais partie chercher Link, mais il n'était pas là ! Tu sais où il est ?
Peu étonnée, Malon esquisse finalement un sourire sournois avant de lui répondre :
- Bah ! Je suis sûre qu'il s'est encore rendu à son coin préféré ! répond-elle avec la plus grande certitude. Il adore passer son temps à admirer la plaine d'Hyrule. Mais bon, je ne vais pas lui en vouloir pour ça. Déjà qu'il est très sérieux au travail.- Mais il est devenu si étrange depuis quelque temps... On dirait même qu'il est tombé malade, lui rappelle sinistrement Romani, la tête baissée.
Soucieuse, Malon empoigne son bras gauche.
- Tu as raison, admet-elle. J'aimerais bien savoir ce qu'il a, moi aussi... D'habitude, il est joyeux. Mais...

Malgré ses préoccupations, Malon se ressaisit et tapote brusquement sur ses jambes pour se motiver.
- Mais ce n'est pas en pensant à lui qu'on va réussir à vendre notre bon lait ! Romani, modifie immédiatement la pancarte, s'il te plaît ! On va baisser le prix de cinq rubis !
- Tu... tu es sûre que c'est une bonne idée ? s'étonne la petite fille, les yeux grands ouverts. Mais on va gagner moins que d'habitude !
- Bien au contraire ! Je suis sûre que ça va accélérer les ventes et que notre ranch va enfin retrouver sa merveilleuse réputation d'antan ! Tous les habitants d'Hyrule vont en entendre parler ! Peut-être même la Princesse Zelda, qui sait ! espère vivement Malon en levant le poing droit en l'air. Et puis, j'espère que ça va motiver papa et qu'il va arrêter d'hiberner comme un ours dans les bois !
- Oui ! affirme haut et fort Romani en suivant la bonne humeur de sa soeur.

Soudainement, le hennissement d'un cheval attire son attention. À l'entrée du marché, le jeune homme descend de sa fidèle jument à la robe marron clair. Elle secoue sa longue crinière blanche. Rassurée de revoir son ami de sitôt, Malon lui sourit d'un air espiègle.

- Tu es en retard, Link ! s'exclame-t-elle.
- Tu es en retard ! répète joyeusement Romani en lâchant un rire amusé.
Avec un sourire nerveux, Link se gratte la nuque et les rejoint.
- Je m'étais assoupi ! Désolé ! Mais à présent, le livreur de lait est là pour vous servir, mesdemoiselles ! ironise-t-il en s'inclinant comme un preux chevalier.
- Si ça continue, tu vas devenir comme papa, se moque gentiment Malon. Mais c'est bien que tu sois là.
Sans tarder, elle lui tend un papier blanc.
- Tiens, voici la liste des clients et le nombre de flacons à livrer. Le chariot se trouve comme d'habitude derrière le ranch.
Avec minutie, Link lit chaque nom. Mais un en particulier attire toute son attention : Luna.
- Même la nouvelle venue en veut ? Mais comment elle te l'a dit alors qu'elle ne sort jamais de chez elle ? s'étonne Link, assez perplexe.
- Un adorable petit oiseau bleu est venu à ma fenêtre et m'a laissé un petit papier avec un sac rempli de rubis. Il était marqué "je veux quatre flacons de lait le plus rapidement possible", signé Luna, lui explique calmement Malon en croisant ses mains. Mais fais quand même attention à toi, Link. Hier soir, deux voyageurs se sont heurtés à un monstre à l'entrée de la forêt. Donc, si tu en croises un, ne tente pas le diable et fuis. Et surtout, fais très attention à Épona. Elle est si peureuse.

Prenant conscience des avertissements que lui donne son amie, Link hoche la tête pour la rassurer.

* * *

Après avoir effectué les premières livraisons prévues au coeur du village, Link se dirige en direction de la sortie de la forêt de Firone. Même si le chariot en bois est lourd et que ses roues ne tournent plus aussi bien qu'avant, Épona arrive à le tirer sans aucune difficulté, trottinant joyeusement comme d'habitude. Pendant le trajet, Link prend le temps d'admirer le paysage forestier. Il aime beaucoup ces troncs minces et ces grandes branches peuplées de feuilles vertes. Après tout, il a grandi dans cet environnement depuis qu'il a été abandonné ici alors qu'il n'était qu'un tout petit bébé. Mais par bonheur, une famille l'a adopté avec beaucoup d'amour.

Talon et Marine étaient les propriétaires du ranch : le Ranch Lon Lon. Leur fille, Malon, a toujours été rusée et vive, mais avant tout très attentionnée et débrouillarde. À la mort de sa mère, survenue peu de temps après la naissance de Romani, elle est devenue la chef de la famille à la place de Talon qui a perdu tout espoir de vivre. Depuis qu'il noie son chagrin dans l'alcool, il est devenu flemmard et néglige sa famille. Heureusement, la présence de Link semble rayonner encore dans la vie de Malon et de Romani.

Alors qu'il est enfermé dans sa bulle nostalgique, Épona renâcle et recule. Elle souffle de plus en plus fort. Instantanément, Link retrouve sa lucidité et regarde droit devant. Un monstre à la peau rouge et nue, aussi petit que Romani, le dévisage avec hargne : un Bokoblin. Ses longues oreilles trouées pendent misérablement vers le bas, tandis que ses crocs offensifs sortent de sa grosse mâchoire baveuse. Les Bokoblins sont réputés pour leur dangerosité. Ces monstres ne manquent jamais l'occasion d'attaquer qui que ce soit, notamment les plus vulnérables. Derrière leur misérable apparence, ils peuvent se montrer très fourbes.

Agressif, le Bokoblin grogne en sortant ses griffes. Il s'élance dans la direction d'Épona, prêt à la griffer bestialement. Link tique et agite brusquement les rênes pour faire galoper sa jument affolée. Il prend la fuite. Hélas, son redoutable ennemi est bien plus rapide qu'il en a l'air. Malgré ses petites jambes, il court très vite et s'apprête à détruire le chariot. En inspirant un bon coup, Link dégaine décisivement son épée en fer de son fourreau. Les jambes assurées, il se lève sur le dos d'Épona. Puis, d'un geste précis, il exécute un grand saut en dirigeant son arme vers son agresseur. Effarée, la créature s'arrête et le fixe en secouant nerveusement sa tête. Comme s'il tombe du ciel bleu, Link tombe dans sa direction. Son épée tranche à moitié la tête odieuse du Bokoblin. Rapide, il fait un bond en arrière en position de médiane.

Encore vivante malgré le coup mortel, la créature pousse de douloureux gémissements pendant de nombreuses secondes. Finalement, elle s'écroule au sol en rendant son dernier soupir, la langue violette sortie de sa mâchoire à présent inerte. Triomphant, insensible devant le corps sans vie de son ennemi impitoyable, Link agite son épée avant de la ranger dans le fourreau. Une habitude qui ne l'a jamais quitté depuis qu'il a appris à la manier grâce à son maître. Inquiet pour Épona, il s'approche d'elle pour lui caresser la crinière.

- Du calme, ma belle... C'est fini, tempère Link d'une voix modulée. Il ne va plus t'attaquer, je te le promets.

Apaisée par l'apprenti épéiste, Épona souffle en secouant la tête. Cependant, une préoccupation tourmente Link. En ce moment, les monstres sont de plus en plus nombreux et agressifs... Bon sang, qu'est-ce qui se passe à la fin ? Entre les attaques et les cauchemars qui reviennent chaque nuit..., pense-t-il. Il pose la main gauche sur son front pour se calmer. Il est conscient que ça ne sert à rien de se torturer inutilement l'esprit. Doucement, il monte à nouveau sur le dos d'Épona en tentant d'oublier sa confrontation avec ce Bokoblin.

* * *

Plusieurs minutes plus tard, Link arrive enfin à sa dernière destination : une toute petite maison en bois au pied d'un grand cèdre aux branches pointues. Encerclée par la végétation sauvage, elle lui paraît peu entretenue. Délicatement, le livreur soulève de toutes ses forces le carton rempli de flacons de lait et le pose devant l'entrée. Puis, il donne trois petits coups à la porte en bois pour prévenir de sa venue. Au bout de plusieurs secondes, aucune réaction. Avec insistance, il recommence à frapper trois fois.

- C'est pour quoi ? peste une voix féminine derrière la porte.
- C'est pour la livraison de lait, lui annonce calmement Link. Vous avez réclamé quatre flacons, c'est bien cela ?
- Oui. Posez-les par terre et foutez le camp !

Devant l'attitude désagréable de cette nouvelle cliente, Link soupire. Il tourne les talons, ne voyant aucun intérêt d'insister pour qu'elle lui ouvre. Comme les autres villageois, il trouve cette femme très mystérieuse. Ça fait depuis deux bonnes semaines qu'elle occupe cette maison abandonnée, toute seule. Personne n'a encore vu son visage puisqu'elle ne sort jamais de chez elle et ne prend pas la peine d'ouvrir la porte à autrui.

Peu à peu, Link sent un doux rayon du soleil toucher son visage. À la sortie de la forêt, il revoit la plaine toute verte, celle qu'il aime tant regarder à ses heures perdues à partir de la falaise. Il contemple la beauté légendaire du paysage, tout en éprouvant un étrange sentiment. Un sentiment à la fois nostalgique et triste.

Chapitre 1 : Le cauchemar   up

fiction The Legend of Zelda : La malédiction des héros

À la tombée de la nuit, Foracalia plonge dans un paisible sommeil. Au coeur du village bordé par l'obscurité, seul le bruit du moulin à eau trouble ce silence si pesant. À l'arrière du ranch Lon Lon, une lumière chaleureuse filtre la fenêtre d'une demeure. Un imposant lustre éclaire un salon campagnard, rempli de meubles en bois et de toiles figurant des chevaux courant sur une plaine. Considérées comme des esprits protecteurs selon les anciennes traditions de Foracalia, des guirlandes de lierre sont accrochées un peu partout.

Sur une table nappée de blanc, de nombreux plats riches et variés sont disposés : de la bonne viande grillée et appétissante, du pain, des tomates bien rouges et un bol de salade assaisonnée. Seule la cuve de vin rouge est à moitié vidée. Jovialement, un homme à la tête à moitié dégarnie s'en empare et verse le reste de la boisson dans sa coupe en bronze. Ses yeux bleus un peu vitreux sont plissés tandis qu'une imposante moustache noire cache ses lèvres. Sa salopette bleue comprime tant bien que mal son ventre arrondi par la gourmandise et la fainéantise. D'un coup sec, il boit sa coupe sous les yeux ébahis de Malon.

- Rah, Papa ! peste-t-elle en donnant un coup sur la table pour évacuer son mécontentement. Tu dois te calmer un peu ! Tu as déjà bu cinq verres !
- Elle a raison, Talon. Vous feriez mieux de vous limiter un peu, conseille calmement Link, assis à côté de ce dernier.
- Mais c'est la soirée, les enfants ! Ça se fête tous les soirs ! Hik ! Et puis, je préfère continuer de boire du vin plutôt que de boire du lait ! leur répond Talon d'une voix stridente en levant sa coupe au plafond. Le lait, c'est pour les fragiles comme vous !
Lassée par l'attitude incorrigible de son père, Malon soupire d'exaspération, les épaules baissées.
- Tu es désespérant..., lâche-t-elle finalement, ne sachant plus quoi faire.

À ses côtés, la petite Romani se régale en mâchant un grand morceau de boeuf bien saignant. Bien que la nourriture paraisse appétissante au premier coup d'oeil, Link ne sent pas l'appétit crier dans son estomac. Ses yeux sont rivés dans le vide, inexpressifs. Il est complètement coupé du monde qui l'entoure. Soucieuse par l'attitude étrange son ami, Malon le fixe longuement. Ne supportant plus de le voir immobile comme une poupée en porcelaine, elle décide de lancer une conversation :

- D'ailleurs Link, est-ce que tu as vu cette mystérieuse Luna ?
- Hum ? s'étonne Link avant de revenir à lui. Hum... Non. Elle n'a même pas cherché à m'ouvrir la porte... Peut-être que je lui fais peur, qui sait !
- Elle est aussi désagréable et insupportable que cette Iria qui avait vécu dans ce village. Heureusement qu'elle est vite partie celle-là, rappelle Malon en esquissant un léger sourire, les coudes appuyés sur la table en bois. Qu'est-ce que je ne l'aime pas ! Surtout depuis qu'elle a osé te gronder parce que tu as oublié de bien brosser la crinière d'Épona alors que ce n'est pas sa jument. Non, mais de quoi je me mêle !
- Malon ! interrompt Romani après s'être empressée d'avaler une grosse bouchée de boeuf. Tu pourras me raconter une histoire avant de dormir ?
- Oh... je suis désolée Romani, mais j'ai encore beaucoup de choses à faire au ranch..., s'excuse Malon en se forçant à lui sourire avec tristesse. Depuis que monsieur Ingo est parti, je n'ai pas le choix que de continuer à travailler...
- Oh..., souffle la petite fille avant de se tourner vers Talon. Et toi, papa ? Tu es d'accord pour me raconter une histoire ?
- Une histoire ? répète Talon d'un air ahuri. Bien ! C'est l'histoire d'une cocotte qui va voir une autre cocotte pour ensuite rencontrer une autre cocotte et pour ensuite manger une autre cocotte et pour ensuite boire avec une autre et ensuite...

Attristée par le manque affligeant d'imagination de son père, incapable de la faire rêver comme n'importe quel père ordinaire, Romani baisse la tête, au bord des larmes. Link remarque le triste regard de la petite fille. Avec douceur, il lui relève la tête pour l'inciter à le regarder droit dans les yeux.

- Dans ce cas, ça sera moi qui vais te conter une histoire ! se propose-t-il.
Touchée par la proposition de Link, Romani lâche un grand sourire, ignorant finalement les larmes qui ont humidifié ses yeux.
- Oh ! Merci ! J'ai hâte !

* * *

Une bonne demi-heure plus tard, Link est assis sur une chaise pendant que Romani s'allonge dans son lit, vêtue d'une robe blanche de nuit. Dans ses bras, elle tient très fort une adorable peluche d'un cheval brun contre sa poitrine. Sa chambre est remplie de statuettes de chevaux comme des tapisseries et des vases. Mais le bien le plus précieux de Romani est la photo qui trône sur la table de chevet : Marine, sa mère. Une Malon plus adulte et plus souriante. Délicatement, Link ouvre un livre rouge, "La fable d'Hyrule". L'écriture est hylienne, la langue courante du monde. Chaque lettre est présentée par un étrange symbole à décrypter.

- Tu veux que je te lise celui-là ? Ça ne sera pas trop ennuyeux ? demande Link, les yeux rivés sur la couverture rouge.
- Oui ! J'aime tant cette histoire avec le beau héros courageux ! affirme vivement Romani, impatiente de l'écouter. Tu sais, quand je serai plus grande, je veux me marier avec lui !
- Il sera flatté, j'en suis sûr, ironise Link avec un léger sourire.

Après avoir inspiré un bon coup, il ouvre le livre et commence à lire le prologue :
"Dans les temps anciens, une divinité sous le nom d'Hylia confia le pouvoir de la Triforce à sa réincarnation ainsi qu'au vaillant héros, porteur de l'épée de légende. Grâce à ce pouvoir sacré et béni par la Déesse dotée d'une immense sagesse, le héros se lança dans une quête : une quête qui réanima l'éclat de l'épée mythique grâce à son courage. Une quête qui éradiquera l'entité des malheurs sous le nom de Gan..."

Le regard assombri, Link interrompt sa lecture en sentant une boule d'angoisse s'arrondir dans sa gorge. Il n'ose pas prononcer le nom de cette créature. Depuis son jeune âge, il n'a jamais été indifférent à cette légende, tant vénérée et contée par les vivants de son village. Puis, il se rend finalement compte que la petite Romani s'est très vite endormie, plongée dans un grand sommeil avec un large sourire dessiné sur son visage. Link pose le livre sur la table de chevet pour mieux la border, puis, il se lève et se dirige vers la fenêtre. Les rayons lunaires traversent la vitre et éclairent la face droite de son visage. Son iris bleu donne l'impression de briller comme une étoile. Son coeur palpite de plus en plus fort. C'est comme si une étrange préoccupation s'amuse à le serrer malicieusement.

* * *

À l'étable, Malon empile les imposants ballots de paille. Exténuée, elle lâche un soupire en s'étirant les bras.

- Tu as besoin d'un coup de main ? propose Link à l'entrée.
- Ah ! s'exclame la jeune femme, surprise par la venue inattendue de ce dernier. Non, ne t'en fais pas ! Je viens juste de finir ! Et Romani ? Elle s'est endormie ?
- Oui. Je n'ai jamais vu quelqu'un dormir aussi vite !
- Moi si ! J'en connais un !
- Talon ?
- Perdu ! Toi ! répond Malon d'un ton hilare en détachant son tablier blanc.
En grattant l'arrière de sa nuque, Link lâche un petit rire amusé.
- C'est vrai ! Je suis le héros du sommeil !
- Tant que ce n'est pas le héros d'Hyrule, alors ça me va !

Soudain, le coeur de Link a eu un raté. Son regard et son sourire enjoué se figent. Il ne sait pas trop quoi répondre.
Héros d'Hyrule... Est-ce qu'il a réellement existé ? se demande-t-il, muré dans son silence.
Que des questions mais aucune réponse accessible. Malon remarque son absence. Le regard de Link devient à nouveau vide. Inquiète, elle joint ses mains.

- Dis-moi Link, est-ce que tu es d'accord pour te promener avec moi et Épona ? propose-t-elle d'une voix modulée.
En croisant le regard chaleureux de son amie, Link lui sourit, plus rassuré.
- Bien sûr.

* * *

Après avoir galopé sur le dos d'Épona pendant une bonne dizaine de minutes, à l'orée de la forêt, Link et Malon arrivent au sommet d'une grande colline qui donne sur la plaine d'Hyrule, contemplative sous ce ciel étoilé. Cette vision de bien-être détend et efface n'importe quelle tension. Les deux amis descendent et s'approchent du chêne pendant qu'Épona broute l'herbe, peu essoufflée. Ils s'assoient côte à côté, leur dos plaqué contre le tronc, sous les branches feuillues qui semblent les abriter. Ils ne quittent plus du regard la somptueuse plaine peuplée de petites collines d'herbes, d'arbres ainsi que quelques rares cerfs galopant avec insouciance.

- Je comprends mieux pourquoi tu te rends souvent ici. Cet endroit est magnifique, constate Malon avec apaisement.
- Oui. Je ne me lasse pas de revenir ici, répond Link avec un doux sourire, les bras croisés sur sa jambe droite légèrement pliée.
Malon fixe avec discernement son ami d'enfance. Il lui semble être plus serein. C'est le bon moment pour lui poser la question :
- Link... tu es sûr que tout va bien en ce moment ?
Quelque peu interloqué, Link se force à sourire, les yeux toujours rivés sur la plaine.
- Pourquoi une telle question, dis-moi ?
- Depuis quelques jours, Romani et moi te trouvons vraiment étrange... C'est comme si tes yeux sont envahis par une profonde tristesse... J'ai peur que nous en soyons la cause.
Instantanément, Link se retourne vers elle avant de répliquer :
- Mais pourquoi penses-tu à une chose pareille ? C'est faux ! Bien au contraire.
- Mais peut-être que tu ne supportes plus cette vie monotone... Tu sais, quand je te vois regarder la plaine avec cet attachement particulier, j'ai l'impression que tu rêves de voyager dans ces contrées pour rencontrer des gens et construire ta vie... Même si les monstres t'agressent, tu arrives à te défendre. Je veux dire ; moi, Romani, et encore moins mon père, ne t'apporteront rien de plus qu'un toit et un travail stable...

Compréhensif devant l'inquiétude de Malon, Link baisse la tête avec mélancolie. Mais d'un côté, elle n'a pas tort. Un étrange vide se creuse de plus en plus dans sa poitrine, sans qu'il ne puisse faire quoi que ce soit pour le combler. Mais malgré tout, il est conscient qu'il ne peut pas garder ses soucis pour lui tout seul. Si ça peut lui faire du bien de les extérioriser, alors autant essayer. Debout pour ne plus sentir les fourmillements dans ses jambes, il s'approche et s'arrête au bord de la falaise, tout en sentant la brise nocturne bercer ses cheveux blonds.

- Ce n'est pas ça... Mais depuis le soir de mes dix-huit ans, je me sens vraiment étrange. C'est comme si une partie de moi hurlait. On dirait même qu'elle a soif... Qu'elle a besoin de quelque chose.... Je ne sais pas comment décrire tout cela. Tout est encore confus dans ma tête.
Link pose sa main au niveau du coeur. Il inspire profondément l'air frais pour soulager ses poumons, serrés par cette étrange anxiété.
- Mais je pense que ça ira mieux bientôt. Oui, ça va bien finir par partir, espère-t-il en tentant de se rassurer lui-même.
Telle une confidente, Malon l'écoute sans l'interrompre, toujours assise contre le chêne. Avec un regard plus rassurant, Link se retourne vers cette dernière.
- Mais je te rassure, Malon. Je n'ai jamais pensé que toi, Romani et même Talon, êtes envahissants. Je suis même heureux que vous soyez ma famille. Je tiens vraiment à vous et je n'ai aucun regret.

Soulagée par les paroles sincères de Link, Malon baisse la tête en posant la main contre son thorax. En esquissant un doux sourire, elle sent l'angoisse se dissiper peu à peu après s'être tant inquiétée.

- J'ai eu si peur... Mais maintenant, je suis rassurée ! Je suis tellement rassurée que j'ai envie de chanter pour évacuer tout ça ! s'exclame-t-elle en récupérant son assurance habituelle.
- La fameuse mélodie, n'est-ce pas ? devine facilement Link.

Malon confirme silencieusement d'un signe de la tête avant de prendre une bonne inspiration. Au bout de plusieurs secondes, elle laisse échapper sa voix mélodieuse pour se mélanger avec l'harmonie et la tranquillité du paysage. Apaisé par le chant de son amie, à la fois émotionnel et agréable comme une berceuse, Link ferme ses yeux, toujours face à la plaine. Épona aime tellement ce chant qu'elle l'écoute d'une oreille avide, les yeux arrondis. Après tout, cette mélodie, transmise de mère en fille, se nomme le chant d'Épona. Ainsi, sur les dernières notes résonnant en écho, la soirée s'achève.

* * *

Au milieu de la nuit, Link dort profondément. Contrairement à la chambre de Romani, la sienne est moins meublée et plus simple : son lit plaqué contre le mur en bois, un petit bureau, une chaise, une commode ainsi que des étagères garnies de livres d'histoire. Tourmenté par la terreur nocturne, Link se retourne sans cesse, le visage en sueur. Sa main empoigne le drap blanc avec violence comme si un mal le ronge péniblement pendant son sommeil. Il ne peut s'empêcher de lâcher des gémissements de douleur.

Sur une terre morte, il aperçoit une grande silhouette terrifiante qui le fixe, dissimulée derrière de grands nuages noirs. Ses yeux, rouges et brillants, sont la seule lumière de ce monde cauchemardesque. Avec beaucoup de mal, Link arrive à distinguer deux grandes cornes ainsi qu'une longue crinière aussi rouge que la boule de feu qui commence à s'échapper de sa monstrueuse mâchoire. L'entité pousse un horrible hurlement en levant ses yeux au ciel. Puis, un cri d'horreur s'ensuit. Cette fois-ci, ce n'est plus la voix rauque et stridente de l'inquiétante créature mais bel et bien celle d'une jeune femme désespérée.

Link ouvre les yeux en lâchant un hurlement surpuissant à son tour. Le souffle court, il parcourt la pièce du regard avec un air affolé. En se mordant les lèvres pour retrouver sa lucidité, il finit par se rendre compte avec soulagement qu'il est dans sa chambre. Ce n'était qu'un horrible cauchemar. Les oreilles baissées et les paupières alourdies, il plaque la main gauche sur son front trempé. Torse nu, vêtu seulement de son pantalon, sa peau est tiède. Ce tourment cauchemardesque l'a fait suer. Sombrement, alors que son coeur palpite comme un tambour, ses yeux se plongent dans le vide. La vision de l'horrible créature qu'il a à peine réussi à apercevoir le terrifie. Sans oublier le hurlement de la mystérieuse jeune femme qui le perturbe. Même s'il ne l'a jamais vue dans ses cauchemars, il veut s'assurer de son sort.

Vulnérable, le jeune homme se crispe en se mettant presque en boule comme un enfant apeuré.
Diantre... C'est de pire en pire... Que m'arrive-t-il à force... ?
Tracassé, il appuie sa tête sur ses jambes. Seuls les rayons de la pleine lune pénètrent la chambre afin de chasser l'inquiétante obscurité qui menace de l'engloutir.

Chapitre 2 : Le départ   up

fiction The Legend of Zelda : La malédiction des héros

Alors que les premières lueurs de l'aube font pâlir le ciel, les cocottes gloussent tandis que les vaches, sorties de bonne heure, meuglent et broutent l'herbe fraîche. Comme chaque matin, Link porte les seaux remplis de lait pour les ramener à la cuisine. Les muscles encore un peu tendineux à cause de l'étrange nuit qu'il a passée, il prend une pause en plaquant tout doucement son dos contre le mur. Il a beau se plonger dans son travail avec ardeur, le cauchemar occupe une grande partie de ses esprits. Il veut tant comprendre pourquoi il rêve des choses aussi sinistres. Cette vision qui apporte le malheur et la mort le terrifie de plus en plus. Il existe même une rumeur qui raconte que, quand un être d'Hyrule rêve du même cauchemar chaque nuit, il est destiné à souffrir jusqu'à la fin de sa vie. Étouffé par l'anxiété, il inspire profondément pour se calmer.
Allons, ce n'est qu'un cauchemar... Ce n'est rien... tente-t-il de se rassurer.

- Link ! appelle soudainement Malon.
En courant dans sa direction, elle tient une lettre dans sa main droite, fraîchement sortie de la boîte aux lettres.
- Que se passe-t-il ? demande aussitôt Link, intrigué par la soudaine bonne humeur de son amie.
- La... la taverne du village de Cocorico ! La propriétaire nous réclame une livraison de lait pour ce soir ! annonce vivement la jeune femme en serrant la lettre contre sa poitrine.

Depuis le temps qu'elle attend une telle opportunité qui a la possibilité de réaliser son rêve, celui de faire connaître son ranch à travers l'unique continent, elle ne cache pas les larmes qui humidifient ses yeux bleus. Stupéfait par une telle nouvelle, la joie de son amie arrache un large sourire à Link.

- Au fameux village de Cocorico ? Là où la garde royale réside ?
- Oui ! affirme vivement Malon. Je pense que ça doit être grâce à Pawel ! Link, nous avons réussi ! Notre ranch va enfin récupérer sa réputation ! Je suis tellement heureuse ! Je vais réussir à le sauver de la faillite ! Maman serait si fière de nous au ciel !
Apaisé par cette belle surprise du matin, Link s'approche de la jeune fermière et pose la main sur son épaule.
- Tu vois, Malon ? Tu as réussi ! Je te l'ai toujours dit ! rappelle-t-il d'une voix douce.
Malon hoche doucement la tête et essaye de calmer ses émotions les plus fortes.
- Tout ça, c'est grâce à toi, Link ! C'est toi qui m'as toujours dit de ne pas renoncer à ses rêves. Même les plus difficiles à atteindre...

Mais au fur et à mesure, une soudaine mélancolie remplace la joie qui a illuminé son regard. En effet, cette nouvelle, à l'allure d'une bonne, entraîne une petite conséquence : un long voyage pour Link. C'est la première fois qu'il va livrer du lait aussi loin.
- Mais pour la livraison... Cocorico n'est pas à la porte d'à côté...
En reprenant son air optimiste, Link lui sourit et pose une main sur son thorax.
- Tout ira bien ! Après tout, je suis le livreur de lait express ! Personne ne pourra m'arrêter !
Rassurée par la détermination qui s'anime sur le visage de Link, Malon lâche finalement un rire amusé.
- Oui c'est vrai. Je ne devrais pas m'inquiéter ainsi. Allez, je vais préparer le chariot ! En attendant, il faut que tu brosses Épona pour qu'elle soit toute belle ! Je veux que tout le monde l'admire !
Gagné par la motivation, Link acquiesce avant de s'organiser pour le voyage.

* * *

Un peu plus tard, alors que le soleil rayonne sur Foracalia, les habitants reprennent leur travail. Au pied de la fontaine d'eau dominant le coeur du village, Link vérifie une dernière fois l'état du vieux chariot. Il serre bien comme il faut les cordes autour des caisses en bois. En retrait, Malon et Romani l'observent d'un oeil avide. Mais contrairement à sa grande soeur qui se montre confiante, la petite fille ne cache pas sa tristesse de voir Link s'apprêter à partir.

- C'est bon ! Je pense que tout est prêt, annonce Link en se frottant les mains. Épona est en pleine forme et les roues du chariot sont en bon état.
- Surtout, fais bien attention à toi et à Épona... Mais te connaissant, je suis certaine que tout va bien se passer ! s'imagine Malon en joignant ses mains.
Link lui rend un sourire chaleureux avant de la rassurer une fois de plus :
- Ne t'inquiète pas pour moi. Je reviendrai très vite ! Dans trois ou quatre jours. En même temps, je vais profiter pour visiter ce village. Peut-être même que je vais trouver de nouveaux clients, qui sait !
- Je te fais confiance, réaffirme la jeune femme avec un regard enthousiaste. Oh ! Avant que j'oublie, voici le formulaire que tu dois faire remplir à la taverne du villa...

Soudainement, Romani vole la feuille des mains de sa soeur aînée. Boudeuse, elle prend la fuite.
- Romani ? s'exclame Malon, stupéfaite par le geste inattendu de cette dernière. Romani ! Reviens ici, tout de suite !
Trop tard, la jeune enfant est déjà bien loin.
- Rah ! Ce n'est pas vrai ! s'énerve la jeune femme en tapant du pied. Pourtant, je lui ai bien dit que tu vas revenir très vite ! Au pire, je ferai un nouveau formulaire et...
- Attends, je vais aller la chercher ! se propose Link, inquiet par le comportement de Romani.

Sous les yeux inquiets de Malon, il court sur les traces de la petite fille. À plusieurs reprises, il scrute les environs en traversant le village. Aussitôt, à côté du moulin à eau, il réussit à repérer Romani, très facilement reconnaissable grâce à ses longs cheveux roux. Assise au sol en écoutant les oiseaux siffler, elle semble être essoufflée après avoir autant couru. Sans être brusque, Link s'approche d'elle.

- Romani... Tu peux me rendre le formulaire, s'il te plaît ? réclame-t-il calmement, sans aucune once de colère.
Romani se lève et recule en sentant des perles humides au coin de ses yeux ronds.
- Non ! Je ne te le rendrai jamais ! proteste-t-elle d'un ton catégorique. Si je te le rends, tu ne vas peut-être plus jamais revenir ici ! Si tu pars, qui va me préparer un bon plat à midi, me raconter des histoires ou même jouer avec moi ? Pas papa en tout cas !
Loin d'être indifférent devant le désarroi de la fillette, Link trouve néanmoins la force de lui sourire malgré la lueur de tristesse dans son regard.
- Tu ne dois pas être triste. C'est seulement une livraison qui va durer plus longtemps que d'habitude. Je ne compte pas m'éterniser dans le village de Cocorico. Comme j'ai dit à Malon il y a peu, ma vie est ici. Donc, fais-moi confiance.
Touchée par les paroles sûres de Link, Romani éclate subitement en sanglots.
- Je... je suis désolée Link d'avoir fait cette bêtise ! s'excuse-t-elle, la voix étouffée par ses pleurs. J'ai eu tellement peur que tu me laisses seule ici avec papa qui ne fait que boire et Malon qui ne pense qu'à travailler !

Link s'accroupit devant Romani et lui caresse affectueusement la tête pour tenter de la consoler.
- Je reviendrai très vite, Romani. C'est une promesse ! jure-t-il avec la plus grande sincérité.
- Une promesse... ? répète la petite fille en hoquetant presque.
- Mais oui !
Romani chasse finalement ses larmes d'un geste de la main avant de lui rendre un sourire plus confiant.
- Alors tu as intérêt à la tenir ou sinon, je te fais cuire comme un steak ! menace-t-elle en faisant la moue.
Rassuré de retrouver le côté espiègle de la petite fille, Link rit de bon coeur et lui fait un clin d'oeil.
- Entendu, c'est promis ! Raison de plus pour la respecter !
Romani regarde longuement le formulaire avant de le tendre à Link.
- Tiens. Je te rends le formulaire. Mais avant ça, Link, tu peux m'accompagner au ranch sur la route ? J'ai un cadeau pour toi !
Intrigué, Link penche doucement la tête vers la droite.

* * *

De retour au ranch, Link patiente tranquillement à l'entrée pendant que Romani cherche quelque chose dans son coin secret : une boîte en carton.
- Voilà ! C'est bon ! annonce la fillette en sortant de l'étable.

Le livreur de lait se retourne d'un bloc. Il remarque une planche arrondie en bois dont une ficelle en cuir épais est solidement attachée à l'arrière : un bouclier. Très surpris, il esquisse un sourire enfantin, les yeux rivés sur son cadeau.

- Un... bouclier ! devine-t-il en le tenant entre ses mains.
- Oui ! Je voulais te l'offrir pour ton anniversaire, mais vu que j'ai mis du temps à peindre ce couvercle de marmite, je n'ai pas pu te le remettre plus tôt. Et vu que tu vas partir en voyage, je me suis dit qu'il te sera très utile si les méchants monstres vont t'attaquer ! explique Romani, fière de son cadeau.
Link lui sourit, attendri de recevoir un tel cadeau fabriqué avec soin.
- Merci, Romani ! Ce cadeau me touche beaucoup. Avec ça, je vais repousser toutes ces viles créatures ! Si elles m'attaquent, elles vont regretter d'avoir croisé le chemin du plus grand livreur de lait de tous les temps ! se réjouit-il en s'amusant à effectuer un geste de défense.
- Oui ! affirme Romani, hilare.

Puis, une nouvelle venue frappe à deux reprises à la porte, interrompant la forte complicité entre l'Hylien et la petite fille. Une jeune femme aux longs cheveux argentés entre à l'intérieur en esquissant un sourire timide. Deux grandes mèches encadrent son visage étrangement pâle, tandis que quelques franges rebelles tombent sur son front large, légèrement en sueur par la fatigue accaparante présente dans ses yeux bridés. Vêtue d'une longue robe beige ainsi qu'une veste noire à manches courtes serrant son torse mince, elle dévisage ses hôtes avec bienveillance.

- Ah ! Bonjour, Leyna ! Vous allez bien ? salue Link en s'approchant de cette dernière.
- Bonjour, madame Leyna, accueille à son tour Romani en s'inclinant. Je vous rassure, personne n'est tombé malade ici !
Amusée par la bonne humeur de la fillette, Leyna lui caresse la tête avec un instinct maternel.
- Je suis rassurée de le savoir, Romani. C'est très important de rester en bonne santé.
Avec un sourire plus timide, Leyna se tourne vers Link.
- Malon m'a appris que vous allez à Cocorico, c'est bien cela ?
- Oui, tout à fait, confirme Link avec allégresse.
Nerveusement, Leyna sort une lettre de sa poche. Sa main gauche gantée de noir, elle la tend dans sa direction.
- Je sais que c'est peut-être déplacé de ma part, mais si vous voyez Pawel...
En ne finissant pas sa phrase, Leyna se montre hésitante. Un manque d'assurance pétille dans ses iris bleus.
- Bien sûr. Il n'y a aucun souci, dit directement Link en acceptant la requête.
- Vraiment ? s'exclame son interlocutrice en joignant ses mains, le coeur battant la chamade. Oh, tant mieux ! Merci, Link ! Tu seras bien plus rapide que ce facteur qui met des lustres à apporter les lettres et les colis !
- En même temps, il ne fait que courir pendant des heures ! rappelle Romani avec moquerie.
- Oui, c'est bien vrai ! répond Leyna d'un ton plus hilare. Le pauvre doit souvent prendre des pauses.
Link range la lettre dans la pochette en cuir, accrochée à sa ceinture.
- Ne vous en faites pas : dès que je verrai Pawel, je la lui remettrai. Il doit beaucoup vous manquer...

Leyna baisse la tête en s'efforçant de garder le sourire. Même si la mélancolie se lit dans son regard, elle ne veut pas laisser la tristesse la submerger. Elle veut se montrer forte et indépendante en attendant le retour de celui qu'elle aime tant.
- Oui... beaucoup même. Mais le plus important, c'est qu'il a réussi à réaliser son rêve. Et moi de mon côté, je dois m'occuper de tous les patients ! J'ai beaucoup de travail en ce moment, surtout avec les monstres qui agressent de plus en plus des personnes... Je dois préparer de plus en plus de potions pour guérir leurs plaies...
- Oui... je suis tombé sur un Bokoblin hier... Ce bougre ne lâchait pas l'affaire, avoue Link avec un air plus préoccupé.
- Surtout, sois prudent Link. Je prierai la Déesse Hylia pour que ton voyage n'effleure aucune voie du malheur, jure sincèrement Leyna d'une voix douce. N'oublie pas que si un jour, tu connais des blessures, je soignerai tes plaies.

Reconnaissant, Link la remercie, déterminé coûte que coûte à remettre la lettre de la jeune femme à Pawel.

* * *

Une bonne dizaine de minutes plus tard, enfin prêt pour son voyage, le livreur caresse la crinière d'Épona, plus que sûr de sa rapidité et de sa force.

- Voilà ! Je pense que cette fois-ci, tout y est, annonce Link en s'approchant de Malon et de Romani qui se tiennent en retrait.
- Oui, affirme tristement la femme en empoignant son bras gauche. Tu vas nous manquer... Mais bon, tu vas vite revenir !
- Oui ! Tu vas revenir ! répète Romani en se forçant à sourire. Courage !
Réconforté par leurs encouragements, Link ne sait pas quoi répondre et sourit timidement.
- Je suis désolée si papa ne peut pas assister à ton départ étant donné qu'il essaye d'effectuer la livraison dans le village à ta place. J'espère qu'il y arrivera, ajoute Malon avec inquiétude.
- Je suis sûr que oui. Talon est loin d'être un incapable. Je suis même certain que tôt ou tard, il va s'en remettre. Surtout, faites attention à vous deux et à Talon également.
- Promis ! répondent en même temps les deux soeurs.

Pour une étrange raison, alors qu'il monte sur le dos d'Épona, Link sent un vide se creuser dans son coeur. Au fond de lui, il a l'impression qu'il ne reviendra pas dans ce village avant un bon moment. Un pressentiment qui le trouble. Malgré cette inquiétude qui pèse lourdement sur ses épaules, il prend le temps de regarder Malon et Romani. Désormais prêt, il lève la tête vers le ciel bleu et inspire un bon coup avant d'agiter les rênes. Épona commence à galoper en tirant le chariot sans aucune difficulté. Déchirée de voir son ami partir, Malon le regarde s'éloigner de plus en plus vite. Elle retient avec facilité ses larmes contrairement à Romani. Triste de la voir pleurer, elle prend sa petite soeur dans ses bras.

- Ne t'en fais pas, ma puce. Link et Épona vont vite revenir ! Ils sont forts !
- Oui... lui répond Romani d'un ton maussade.
Devant le chagrin de la petite fille, Malon se lève en claquant ses mains.
- Bien ! Pourquoi ne pas aller à la pêche toutes les deux ? Je pense qu'on va bien s'amuser ! Les vaches peuvent bien se passer de ma présence pendant un après-midi !

Heureuse de cette proposition plus que soudaine, Romani hoche la tête avant d'accepter avec grand plaisir. Alors que les deux soeurs quittent la place animée du village avec gaieté malgré le départ de leur ami, Link vient tout juste de quitter la forêt de Firone sous les yeux de la mystérieuse Luna qui le guette avec discernement depuis sa maison.

En pénétrant enfin au sein de la plaine d'Hyrule, il sent soudainement un incroyable sentiment de liberté le submerger grâce au vent pur qui fait flotter ses cheveux, les rayons du soleil qui brûlent légèrement sa peau ainsi que l'appel de la nature qui parvient jusqu'à ses oreilles pointues. Épona est heureuse et se sent aussi libre que l'air. Enfin, Link remarque au loin une vision en direction du nord-est.

Les deux immenses tours, atteignant presque le ciel et les murs de défense en pierre, le château d'Hyrule est reconnaissable au premier coup d'oeil sous cette allure. Malgré l'architecture gothique qui paraît lugubre, le pont-levis est abaissé pour tous les peuples d'Hyrule. Les douves le soulèvent jusqu'à la tombée de la nuit. Contrairement à la taille imposante du château, la citadelle, réputée pour être peuplée au pied de la demeure de la famille royale, est très discrète. De l'endroit où se trouve Link, la vue reste cependant somptueuse. Même s'il a envie de s'y rendre, il préfère se concentrer sur son objectif en tant que livreur, tout en savourant le voyage, à présent libéré temporairement de ses tourments les plus sombres et de sa vie monotone.

Chapitre 3 : L'annonce royale   up

fiction The Legend of Zelda : La malédiction des héros

Après trois bonnes heures de galop, sans compter la pause, Link arrive enfin à sa destination : Cocorico. Les rayons crépusculaires engloutissent le sommet rocailleux de la montagne de la mort, dressée majestueusement à l'arrière du village campagnard. Contrairement à Foracalia, toutes les maisons sont en pierres et en briques. De nombreux commerces encerclent une grande place dallée et arrondie. Il y a de tout : magasins d'armes, de vêtements et de provisions. C'est également ici que les soldats passent leur temps libre. Après tout, le château d'Hyrule ne se trouve qu'à une vingtaine de minutes d'ici à cheval.

Depuis la fermeture des relais suite à des problèmes de finances, les voyageurs, venant de n'importe quelle contrée, se reposent dans l'unique auberge du village, pour une nuit ou deux, avant de reprendre leur route. Tout au nord du village, au sommet d'une grande colline toute verte, le moulin de Cocorico ne passe pas inaperçu grâce à ses imposantes ailes en bois, bercées par la brise porteuse de la sérénité.

En entrant dans ce village respirant la convivialité comme à Foracalia, Link prend le temps de balayer les alentours du regard comme un enfant curieux. L'odeur sucrée des arbres vivaces, bordant la route, envoûte agréablement ses narines. Inconsciemment, cela lui ouvre même l'appétit.
Malgré sa crainte de voir autant de monde, Épona trotte nerveusement, aussitôt rassurée par Link qui continue de lui caresser la crinière. Doucement, il tire les rênes en arrière pour faire arrêter sa jument en tiquant à deux reprises. La grande auberge attire pleinement son attention. En particulier la taverne "chez Telma" qui se trouve juste en dessous.

Link descend et attache les rênes contre un poteau en bois, auprès d'un abreuvoir pour les chevaux, avant de tirer le chariot à l'aide de ses propres bras. Ainsi, il entre à l'intérieur de la taverne, prêt à découvrir ce fameux lieu ouvert uniquement aux adultes. À sa grande surprise, la salle pleine à craquer est très austère contrairement à l'extérieur qui paraît charmant au premier coup d'oeil. En effet, les murs et le plancher sont en pierre, tandis que le lustre, un peu rouillé sous le poids du temps, éclaire faiblement la pièce. Heureusement que les plats chauds et les boissons, posés sur les tables rangées par quatre, ouvrent encore plus l'appétit du nouveau venu. Mais très dépaysé, il a l'impression d'étouffer en voyant tout ce joyeux monde. Certains clients mangent leur repas avec gourmandise pendant que d'autres jouent aux cartes et rient avec insouciance. En revanche, il aime beaucoup la musique harmonieuse qui s'élève dans les airs. Le musicien en question est un grand oiseau aux plumes bleues, un Piaf. La passion anime ses pupilles azur. Grâce à ses grandes ailes majestueuses, il frotte avec délicatesse et précision ses plumes contre les cordes de sa harpe en or.
Enfin, Link distingue le grand comptoir tout au fond de la salle. Derrière, les étagères sont garnies de bouteilles de vin.

Hâtivement, sous le regard de certains clients et soldats un peu trop curieux, il se dirige vers la barmaid. La femme, au ventre arrondi, continue de travailler avec motivation. Ses cheveux aux couleurs de miel sont étroitement attachés en queue de cheval relevée. Sous le poids de la quarantaine, ses yeux sont à moitié plissés par ses grands cernes qui donnent l'impression de les porter. Malgré le maquillage, cela n'est pas suffisant pour camoufler sa peau maudite par la maladie inévitable de la vieillesse. En revanche, sa tenue est élégante avec sa veste soyeuse et noire qui couvre sa chemise blanche au décolleté plongeant, tandis que son tablier entoure sa longue jupe marron.

- Hum... Excusez-moi, interpelle Link d'un geste à la main.
- Oui, mon chou ? Tu as besoin de quelque chose ? lui demande la femme avec un regard éloquent. Dis-moi tout !
Un peu intimidé, Link lui tend le formulaire.
- Je suis venu ici pour vous livrer le lait de notre ranch. Le ranch Lon Lon.
Avec avidité, tout en se grattant la joue droite de ses ongles vernis en noir, la femme s'empresse de lire le contenu, écrit noir sur blanc.
- Oui, c'est bien ça. Tu es à la bonne adresse ! Oh ! J'oublie les politesses ! déclare-t-elle en posant la main sur son thorax avec un air assuré. Je m'appelle Telma ! Je suis la gérante de cette taverne. Mais ciel ! Tu dois être épuisé par ce voyage. Foracalia n'est pas à la porte d'à côté. Assieds-toi et prends le temps de te reposer ! Je vais te servir un verre. Pour toi, ça sera gratuit !

Surpris par la gentillesse de la femme qui est loin d'être une mégère si on se fie à son apparence, Link s'exécute et enlève ses gants en cuir en prenant le temps de souffler un bon coup. En revanche, il est rapidement écoeuré par l'odeur de l'alcool et du café qui lui monte péniblement à la tête. Même celle de la viande grillée n'est pas aussi forte. Après que Telma ait posé un verre de vin rouge sur le comptoir, Link le boit en écoutant sa soif. Le goût, bien qu'il n'ait pas l'habitude d'en consommer, n'est pas mauvais, sans pour autant prendre plaisir à siroter ce liquide rougeâtre.
Soudainement, une jeune femme aux oreilles pointues le rejoint, intriguée par ce nouveau venu depuis plusieurs minutes. Ses cheveux ondulés sont longs et bruns. Mais ce qui dénote le plus, c'est bel et bien sa robe rouge légèrement décolletée qui attire le regard de certains hommes un peu obsédés. Mais seule la beauté de Link l'a happée jusqu'ici comme un poisson en manque de nourriture.

- Excuse-moi ! lui dit-elle, très sûr d'elle.
Silencieusement, Link se retourne avant de la remarquer enfin. Étonné au premier abord qu'une belle inconnue lui adresse la parole, il s'efforce de rester impassible.
- Oui ?
- Est-ce que tu es libre ce soir ?
Comprenant rapidement le double sens de cette proposition peu innocente, Link se montre peu enjoué. Il se force à lui sourire avec une certaine hypocrisie.
- Désolé, je ne suis pas intéressé. Je dois finir ma livraison avant, lui avoue-t-il avec franchise.

Frustrée par cette réponse négative, l'inconnue le regarde hautainement avant de tourner les talons.
En la regardant partir, Link remarque aussitôt un homme assis au coin de la pièce. Grâce à son crâne dégarni, sa corpulence aussi maigre qu'une baguette tordue et sa grande moustache noire impeccablement bien brossée, il le reconnaît au premier coup d'oeil.

- Ingo ! s'exclame vivement Link en s'approchant de ce dernier. Comment allez-vous ?
Sous son allure bêcheuse, l'intéressé pose son regard sur le jeune Hylien.
- Oh, Link ! Toi aussi tu as fini par foutre le camp de ce maudit ranch ? Comme je te comprends ! Avec ce bon à rien de Talon, on finit par craquer ! décrète Ingo d'un ton très désagréable, fidèle à lui-même.
- Non. Ça se passe même assez bien, rassure Link avec un léger sourire.
- Mouais. Mais bon, depuis que je suis parti et que j'ai repris ma vie à zéro à Cocorico, je suis bien mieux comme ça. Surtout que je n'entends plus les ronflements de l'autre feignasse pendant le travail. D'ailleurs, tu as changé d'avis pour Épona ? Tu es d'accord pour me la vendre cette fois-ci ?
- Alors ça, non ! Il en est hors de question, réaffirme aussitôt Link avec exaspération.
- Tss...

Souhaitant couper court à la conversation, Ingo boit son verre d'un coup sec. Link soupire avec lassitude. Son ancien collègue n'a pas changé. Toujours aussi désagréable. Après tout, c'est sa nature. Alors qu'il revient s'asseoir au comptoir pour se reposer, la main droite appuyée sur son front, la porte de la taverne s'ouvre et claque brusquement contre le mur comme si un coup de vent s'incruste. Un soldat, haut placé et costaud sous son armure argentée, entre joyeusement avant de déclarer :

- Mes amis ! J'ai une merveilleuse nouvelle à vous annoncer ! C'est officiel ! Le Royaume d'Hyrule organisera très prochainement un mariage entre la Princesse Zelda et le Comte Vadel !

Stupéfaits par cette annonce qui casse enfin la banalité de ces derniers jours, les clients s'exclament de joie et se dirigent vers le soldat, porteur de la "merveilleuse" nouvelle, pour en apprendre plus. Leurs voix s'élèvent, suivies par des rires. Seul Link reste en retrait, ne partageant pas la réjouissance des autres clients.

- La Princesse Zelda... ? répète-t-il, non indifférent par ce prénom tant respecté par le peuple d'Hyrule.
- Mais oui, lui affirme Telma en s'asseyant en face du livreur. D'après la rumeur, la Princesse Zelda est la femme la plus belle d'Hyrule, même si personne ne l'a encore vue. C'est pour cette raison que ce mariage sera une excellente opportunité pour celles et ceux qui veulent la voir depuis tout ce temps.

Les doigts crispés sur son verre vide, Link ne sait plus trop quoi penser. Chaque fois qu'il entend le prénom Zelda, son coeur bat d'une étrange manière. C'est comme si une nostalgie et une mélancolie s'emparent de lui. Cette annonce de mariage, aussi joyeuse soit-elle, fait naître une certaine peine en lui. Une peine qu'il ne parvient pas à décrypter, encore tiraillé par ses terreurs nocturnes.

- Allez, tu vas bien manger un petit quelque chose ! Voici un bon repas bien chaud pour un garçon aussi mignon que toi ! annonce vivement Telma en glissant une assiette sous le nez du jeune homme.

Sorti de sa bulle, il se souvient de son estomac vide, criant famine. Instantanément, il se montre ébahi devant son assiette garnie d'une bonne tranche de boeuf saignante avec quelques légumes verts. Il esquisse un large sourire, prêt à savourer le délicieux repas fumant qui l'attend.

* * *

Après avoir réservé une chambre à l'auberge ainsi qu'une place à l'étable pour Épona, Link profite du calme pour se promener. L'air pur soulage ses poumons, encore étouffés par l'odeur de la taverne. Cependant, le vent froid, se promenant dans le ciel nocturne, le fait un peu grelotter. Les mains rougies, il remet à nouveau ses gants en cuir. Heureusement que l'ambiance vivante du village et la flamme des torches l'aident un peu à oublier la température assez basse. Après tout, le nom de Cocorico est un nom qui a traversé les époques. Il ne peut s'empêcher de se demander à quoi le village a bien pu ressembler il y a un siècle ou deux.

- Link ! C'est toi ? s'étonne tout à coup une voix masculine.

Link se retourne d'un bloc avant de faire face à un homme d'une trentaine d'années, équipé d'une armure argentée. Seule sa tête n'est pas dissimulée derrière le heaume protecteur. Ses yeux, couleur noisette, ressortent de sa peau très pâle. Ses cheveux émeraude en bataille descendent jusqu'au bas de sa nuque. Mais sous cette apparence bien virile et charismatique, son regard est doux et attentionné. Ravi de voir cet homme qui lui est tant familier, un grand sourire se dessine sur le visage de Link.

- Pawel ! se réjouit-il en s'approchant précipitamment de ce dernier. Oh, ça alors ! Je... je ne m'attendais pas à vous revoir ici !
- Et pourtant si ! Grâce à la merveilleuse nouvelle du royaume, j'ai pu me libérer ce soir pour festoyer avec la troupe. Mais j'imagine que si tu es venu jusqu'ici, c'est pour les affaires du ranch, n'est-ce pas ? interroge Pawel d'un ton bienveillant.
Toujours surpris de revoir l'homme qu'il respecte tant depuis son enfance, Link lui rend à nouveau un sourire ravi avant de lui répondre :
- Oui. Grâce à votre recommandation, la taverne a fait appel à nous. Malon est très reconnaissante envers vous !
- En voilà une bonne nouvelle alors ! constate Pawel en croisant ses bras. C'est vrai que Foracalia me manque beaucoup, mais au moins, j'ai pu réaliser mon rêve de devenir un chevalier, prêt à se battre jusqu'à la mort. Quoi qu'il arrive, je suivrai la voie de la conviction et de la force.
- D'ailleurs, ajoute Link en sortant la lettre de sa poche, j'ai quelque chose de la part de Leyna.

Pawel la déplie et la lit sans tarder, ne parvenant pas à ignorer son impatience. Avec un sourire attendrissant, il sent son coeur battre très fort en lisant le contenu écrit par celle qu'il aime tant. Malgré la distance qui le sépare de Leyna, ses pensées se tournent sans cesse vers cette dernière. Il se montre touché en serrant la lettre contre lui.

- Merci, Link... Bientôt, je reviendrai à Foracalia pour vous revoir, comme au bon vieux temps, s'exprime Pawel d'une voix plus apaisée.

Approuvant pleinement les paroles de son maître d'armes, Link sourit. Depuis son enfance, comme les autres garçons de son village, il a toujours admiré Pawel pour son courage et son ambition. Mais parmi tous les enfants, seul Link a été choisi pour devenir son apprenti. Sa progression a été tellement prodigieuse qu'il a obtenu le même niveau de son maître en peu de temps. Inconsciemment, Link a même fini par le considérer comme un père depuis que Talon l'a délaissé après la mort de Marine. Puis, il y a un an, après avoir reçu le certificat qui lui donne un grade dans la garde royale, Pawel a quitté le village en laissant son épouse et ses amis derrière lui, y compris son jeune élève. Mais son apprentissage ne s'arrête pas là puisque le maître et l'élève décident de se retirer du village pour se rendre sur une plaine, à l'abri des regards, afin de constater leurs progrès. Le moulin est le seul spectateur. En sortant la longue épée forgée en fer de son fourreau, Pawel la pointe en direction de Link avec assurance.

- Bien bien ! Ce n'est pas parce que je ne suis plus au village de Foracalia que je ne peux pas t'évaluer ! Montre-moi si tu as progressé depuis mon départ ! Prouve-le-moi !

Confiant dans ses capacités, Link acquiesce d'un signe de la tête avant de sortir son épée à son tour. Il l'agite rapidement afin de s'échauffer, prêt pour le combat. Désormais assoiffés par l'envie de combattre à la loyale, les deux hommes s'approchent, sur leur garde. Le regard assuré, Pawel est le premier à s'élancer et à brandir son épée en avant. Avec facilité, Link parvient à parer le coup de son adversaire avant d'enchaîner rapidement des ébranlements. Pendant plusieurs minutes, les raffuts des deux épées résonnent et brisent le calme paisible du village campagnard. Le souffle court, Link recule et charge à nouveau en direction de Pawel. Soudainement, une lumière dorée aveugle l'épéiste gaucher, y compris son maître. Avec un regard interrogatif, il s'arrête, coupé dans son élan, pour fixer la face dorsale de sa main gauche. Une étrange lueur, sous la forme d'un symbole triangulaire, émane à plusieurs reprises au niveau du troisième fragment. En récupérant son sérieux, Pawel range son épée dans son fourreau et s'approche du jeune Hylien.

- Hum... Je remarque que ça ne s'est pas calmé avec le temps, constate-t-il d'une voix calme.
En fixant l'étrange symbole sur sa main, Link se sent mal à l'aise et remet son gant pour le cacher comme s'il en a honte. Un immense étouffement le saisit subitement à l'estomac.
- Je ne sais toujours pas ce que c'est... Même vous, Pawel, vous n'avez pas une main qui brille lorsque vous vous battez en donnant le meilleur de vous-même... Est-ce le cas pour les autres soldats ? s'enquière Link avec préoccupation.
- Non, tu es bien le seul cas de ce genre. Surtout que ce symbole ressemble étrangement à la Triforce, le pouvoir béni par la Déesse. Mais dis-moi, c'est à cause de ce phénomène que tu ne veux toujours pas rejoindre nos rangs ? l'interroge Pawel avec un air plus serein.
- Sûrement, oui... Quand je vois cette lumière apparaître, une incroyable force surhumaine s'empare de moi. Je me sens même invincible. Mais en même temps, une peur... la même peur que je ressens dans mes cauchem...

Anxieux, Link ne finit pas sa phrase. Malheureusement, même loin de son village, ses tourments les plus sombres le suivent sans cesse. Ne voulant plus retourner dans sa bulle pour se couper à nouveau du monde qui l'entoure, il lève la tête en se forçant à sourire à Pawel.

- Non, oubliez ça... Je pense que nous avons eu notre dose pour l'entraînement !
Malgré l'inquiétude présente dans ses yeux noisette, Pawel lève la tête vers le ciel étoilé.
Finalement, en lui caressant les cheveux comme si c'était un enfant, il ajoute :
- En tout cas, tu as vraiment bien progressé. Tu es vraiment digne d'être mon élève.
Réconforté par ses encouragements, Link baisse la tête avec un sourire mélancolique.
- Allez ! Pour fêter ça, je t'offre un verre d'alcool ! lui propose Pawel en récupérant son assurance sans crier gare.
- Non ! Je préfère boire du lait ! proteste Link avec allégresse.
- Mais tu es majeur depuis peu ! Tu peux très bien en boire !
- Oh que non ! Je préfère rester raisonnable !

Désirant oublier le malaise survenu il y a peu, Link et Pawel préfèrent retrouver leur complicité d'antan. Cependant, dans l'ombre des regards, un étrange être, vêtu d'une cape noire, guette avec insistance les deux épéistes. Une lueur inquiétante amplifie le malaise flamboyant dans ses yeux rouges comme le sang.

Chapitre 4 : Les mains souillées par le sang   up

fiction The Legend of Zelda : La malédiction des héros

Link est assis au bord de la fenêtre de sa chambre, parfaitement détendu. Silencieusement, il contemple le paysage paisible de Cocorico avec ses maisons campagnardes aux volets fermés, les ailes du moulin qui bougent... Tout l'apaise. Même la brise s'amuse à chatouiller son visage tiré par la fatigue. Minuit passé, il ne trouve pas le courage de se jeter dans son lit fastueux comme tous les autres meubles dans cette pièce ; le matelas est beaucoup trop dur pour son dos et ses reins engourdis. Mais c'est surtout la peur de revivre ce cauchemar incessant qui en est la principale cause. Dès qu'il revoit cette horrible créature le hanter malicieusement, un étrange frisson, semblable à une torture, parcourt son corps comme si elle cherche à empoissonner son sang, glacé par l'effroi. Il tique, de plus en plus fatigué de se torturer autant l'esprit. Ainsi, il reprend son épée. L'entraînement le délivrera de ses tourments pendant un petit moment.

* * *

En descendant les marches grinçantes des escaliers, Link constate que la taverne est toujours ouverte et animée. De nombreux clients, toujours aussi joviaux, tuent leur temps en buvant leur verre. Discrètement, le jeune Hylien sort de l'établissement par la porte de derrière pour regagner la grande cour, toute verte et entourée de grands arbustes. Tout au bout, un puits est présent. Près du grand pommier, il admire le moulin, bien que ses imposantes ailes sont à présent immobiles, sous la pleine lune. Peu à peu, Link repense à sa famille et à sa vie à Foracalia. Mais ne voulant pas ressentir cette nostalgie qui l'attriste, il agite son épée en arc de cercle pour échauffer son bras gauche. Soudain, des bruits de pas écrasent brutalement la pelouse humide et bien entretenue. Avec curiosité, Link interrompt son entraînement et se retourne ; Pawel est là. Cette fois-ci, il ne porte plus son armure. Son allure est bien plus décontractée avec sa cotte de mailles grise et son pantalon noir bien serré. Il s'arrête, le regard vide.

- Pawel... ? s'étonne Link en s'approchant un peu de ce dernier. Vous aussi, vous n'arrivez pas à trouver le sommeil ? Décidément... je me demande si ce n'est pas la pleine lune qui nous empêche de dormir !
Mais Pawel ignore ouvertement l'ironie innocente de son élève. Sans crier gare, il retire son épée du fourreau et la pointe dans la direction de ce dernier avec résolution. Figé, Link prend peu à peu un air dubitatif et sourit nerveusement.
- Pawel... ? Vous... vous voulez encore vous entraîner avec moi ? l'interroge-t-il pour se rassurer.
Contre toute attente, Pawel esquisse un sourire glacial avant de lui répondre :
- Je regrette, Link. Pour le bien d'Hyrule, je dois... faire couler ton sang ! s'exclame-t-il avec hystérie.

Une lueur rouge flamboyante envahit instantanément les iris noisette du capitaine. Comme un animal enragé, ses dents se serrent et un filet de bave coule. Le cœur de Link manque un battement. Tremblant, il recule en lançant un regard horrifié sur Pawel, n'arrivant pas réaliser ce qu'il vient d'entendre. Ces paroles haineuses, prononcées par la voix de celui qui est comme un père pour lui, sont aussi semblables à une aiguille qui transperce agressivement son corps à plusieurs reprises.

- Fai... faire couler mon sang ? Mais qu'est-ce que vous racontez ? rétorque-t-il, de plus en plus confus. Vous avez trop bu ? C'est une plaisanterie ? Pourquoi me tuer alors que je suis...

Comme réponse, Pawel accourt comme un fou furieux en direction de Link pour effectuer une charge assez sauvage. Au dernier moment, l'apprenti esquive en exécutant parfaitement un saut sur sa gauche. Ses genoux sur la pelouse humide, il fixe son maître avec horreur. Ce dernier est bien déterminé à l'affronter, sans flancher. Link déglutit et pointe son épée dans la direction de Pawel. Même s'il sent son estomac se tordre et son cœur battre violemment contre sa poitrine, il serre les dents, sur ses gardes.

- Pawel... Êtes-vous possédé du démon ? Je vous en supplie ! Ressaisissez-vous ! C'est moi ! Link ! Je vous implore de cesser cette folie !

Mais Pawel ignore les supplices de ce dernier et continue de l'attaquer en enchaînant des coups de plus en plus agressifs. Même s'il est agile, Link parvient à peine à parer toutes ces attaques. Hélas, à cause du rapport de force assez grand, il se retrouve vite essoufflé. De la sueur dégouline sur ses joues. Le combat est cette fois-ci bien réel. Rien à avoir avec les entraînements qu'il a pratiqués avec son maître. Avec beaucoup de mal, il évite de croiser la lueur rouge qui a fait disparaître le regard bienveillant de l'homme qu'il a toujours admiré depuis son enfance.

À plusieurs reprises, Pawel tente de planter son épée dans le cou de Link. Grâce au bouclier offert par Romani qui s'avère robuste, l'Hylien arrive à protéger de justesse les parties vitales accessibles. Pendant de nombreuses secondes, les deux hommes continuent de lutter en croisant violemment le fer. Tandis que Pawel l'attaque férocement, Link se défend désespérément en le repoussant de toutes ses forces, n'osant pas le blesser. Soudainement, alors que le jeune épéiste est sur le point de brandir son épée en avant, la face dorsale de sa main gauche brille ; la forme triangulaire réapparaît ! Aveuglé par cette lumière dorée, Pawel pose la main sur ses yeux en grimaçant de douleur. Instinctivement, Link profite de ce moment propice pour le désarmer. Son épée frôle malencontreusement celle de Pawel et transperce son ventre !

Link pousse un cri d'effroi en recevant le sang sur son visage horrifié. Figé, il fixe avec horreur son maître. L'épée plantée dans son corps, Pawel se crispe et agonise en fermant les paupières. Sous le choc, Link retire son arme aussitôt avant de la laisser tomber au sol, la main devenue moite. Alors que l'hémorragie externe le condamne à une mort rapide, Pawel expire et s'écroule pour de bon dans sa propre flaque de sang. Avec épouvante, Link ne quitte plus du regard le corps inerte et ensanglanté du capitaine de l'armée, ne réalisant pas ce qu'il vient de se passer. Mais c'est pourtant bel et bien réel ; Pawel est mort, tué de ses propres mains. La respiration haletante, Link chute sur ses jambes, en proie à la suffocation causée par le choc qui s'empare de lui avec une telle violence. Son cœur bat tellement vite qu'il a l'impression de sentir sa poitrine se déchirer.

- Pawel... Non... Non... susurre Link en posant la main sur l'épaule de ce dernier pour le secouer.
Cédant à sa perte de sang-froid, il secoue Pawel dans l'espoir de le voir se réveiller par miracle.
- Révei... réveillez-vous ! Par pitié !

Ses mains et son épée souillées par le sang de son maître, Link se laisse envahir par le désespoir. En se rendant compte qu'il a involontairement tué l'homme qu'il a tant respecté jadis, il pose ses mains tremblantes sur son visage en pensant vivre un nouveau cauchemar. Au bord des larmes, il pousse un hurlement de désespoir au ciel avant de s'écrouler sur le corps de Pawel, la tête appuyée sur son torse.
Tremblant, il remarque soudainement un étrange symbole peint en rouge sur la main droite de l'homme : un gros œil avec une larme à l'envers, un sourcil sous la forme de trois petits triangles. Avec interrogation, ne se rappelant pas qu'une telle marque était gravée sur la face dorsale de la main de Pawel, Link n'ose pas se lever, de plus en plus confus alors qu'il sanglote. Aussitôt, la porte de l'arrière de la taverne s'ouvre comme un coup de vent ! Épouvantés, Telma et les autres clients accourent pour rejoindre le livreur, agenouillé devant le corps sans vie du capitaine.

- Seigneur d'Hyrule... Capitaine Pawel ! Mais qu'est-ce qui s'est passé ? dit la gérante affolée en posant la main sur l'épaule droite de Link.
Un des soldats s'agenouille et examine sans tarder le pouls de Pawel. Link se lève avec difficulté et essaye de se calmer.
- Ce... ce qui s'est passé est un accident... Il... il a voulu m'attaquer... Je me suis défendu mais... mais... bredouille-t-il, effrayé.
- Il est mort... Capitaine Pawel est mort... Bon sang... Ce... ce jeune garçon l'a tué ! accuse froidement le soldat en se levant, le doigt désigné sur Link. Il ment ! C'est lui l'assassin ! Regardez bien son épée et ses habits ! Il est couvert de sang !
- Oui ! Jamais le capitaine Pawel n'aurait attaqué qui que ce soit ! enchaîne un autre, les larmes aux yeux. Au contraire, c'est grâce à lui si je suis encore en vie ! Il n'attaquerait jamais une personne sans une raison valable.
- Mais c'est impossible ! Link ? Un assassin ? Voyons, ne soyez pas ridicule ! proteste Ingo à moitié saoul. Peut-être que votre cher capitaine bien-aimé a fini par devenir un ivrogne lui aussi.
- Non. Je suis sûre que c'est lui qui l'a tué ! ajoute la femme à la robe rouge avec rancune. C'est pour cela qu'il m'a repoussée comme une bête, tout à l'heure ! Aucun homme n'est insensible à moi ! Je suis même sûre qu'il représente la réincarnation de Ganon, insensible à la vie ! Son regard évoque le sang et la haine ! Le sang coule même sur sa joue ! Regardez-le bien ! Ne vous fiez pas à son regard de chien battu !
- La réincarnation de Ganon ? Impossible ! Pas ce jeune garçon ! rétorque un autre client d'un ton perplexe. Ne soyez pas stupides. Ne laissez pas les démons envahir votre cœur à votre tour ! Si c'est réellement la réincarnation du mal, il aurait invoqué la lune de sang depuis un bon moment !
- Mais on raconte que tous ceux qui tuent leurs proches de leurs mains sont maudits par Ganon dès leur naissance ! Ce garçon est sa réincarnation ! Il ne faut plus le laisser vivre ! Il faut l'empêcher de respirer ou sinon, il nous tuera tous ! Si nous laissons vivre son âme déchue, il provoquera un carnage sanglant ! déclare froidement un autre capitaine, le visage caché derrière son heaume.

Terrassé par de telles paroles haineuses dirigées contre lui, Link se lève et s'empare de son épée, provoquant instantanément la peur et la mise en garde de ses accusateurs. Son cœur se serre, étouffé après avoir écouté impuissant la rancune et la violence des habitants.

- Non... Vous vous trompez... proteste Link d'une voix tremblante, effrayé sous le regard des villageois. Je n'ai rien à avoir avec Ganon... Je... je...
- Tant pis s'il y aura une exécution la veille du mariage de la Princesse ! Arrêtez-le ! Torturez-le ! ordonne le capitaine à ses sous-fifres, décidé à rendre justice.

En reculant de plus en plus vite vers la taverne, Link ne trouve pas la force de protester encore une fois. En toute hâte, il s'enfuit comme un lâche. Armés de leur épée, les deux soldats le poursuivent pendant que le capitaine lâche un sifflement surpuissant. Ainsi, l'alerte est donnée. Alors que les clients laissent éclater leur rancune et leur peur en hurlant en continu "assassin" ou "réincarnation de Ganon", seuls Telma et Ingo, très déconcertés par cette situation, se tiennent en retrait. En entrant avec affolement dans l'étable, Link monte sur le dos d'Épona, à moitié endormie. En exclamant un cri, tout en donnant un coup sur le fessier de sa jument, Épona se réveille et hennit avant de galoper comme une folle furieuse, presque incontrôlable. Hélas, un soldat le rejoint, armé de son arc. Sans hésitation, il décoche une flèche qui transperce avec violence l'épaule droite de Link. En lâchant un poignant gémissement de douleur, ignorant le sang qui commence à couler abondement, il reprend tant bien que mal le contrôle de sa monture en direction de la sortie de Cocorico.

Les soldats montent sur leur destrier et se lancent à sa poursuite, armés de leur arc et de leur flambeau. Désespérément, comme un loup qui tente de semer les chasseurs déterminés à l'exterminer, Link continue d'agiter les rênes malgré la blessure qui le fait grimacer de douleur. Rapides, les soldats sont toujours à ses trousses. Certains continuent de décocher des flèches de feu dans sa direction, ignorant la fragilité de la nature. Anxieux, Link ne se retourne pas, ne désirant pas voir ses poursuivants et encore moins les flammes haineuses qui s'agrandissent derrière lui. Il aperçoit au loin une étrange forêt, enveloppée par une lumière dorée. Pour semer les soldats, il entre sans hésitation à l'intérieur. Malgré l'atmosphère maussade à cause des branches épineuses de certains arbres et plantes morts, Épona ne rebrousse pas chemin et continue de galoper à toute vitesse sous la pression de Link. Au sommet d'une colline, les soldats s'arrêtent en tirant les rênes de leur cheval pendant qu'une bonne partie de la plaine continue de brûler sous leurs yeux. Frustré, le capitaine tique en donnant un coup de poing sur son genou gauche.

- Tss ! Nom de... ! On l'a perdu de vue ! Une chose est sûre, les gars : hors de question que je rentre dans la forêt de la mort ! décrète-t-il, contrarié par l'échec. Je tiens à ma vie contrairement à ce pauvre fou !
- Quoi qu'il en soit, faisons le rapport à toutes les autorités. Nous le retrouverons tôt ou tard. Enfin, s'il arrive à sortir de cet endroit bien sûr... explique un autre soldat après avoir lâché un profond soupir.
Sans crier gare, le capitaine retire l'épée de son fourreau avant de la lever au ciel nocturne. Alors que l'orage gronde, les nuages sanglotent instantanément.
- Que la Déesse Hylia n'éprouve aucune pitié pour ce diable au cœur souillé !

Ainsi, l'armée renonce à la poursuite, préférant écouter la voix de la raison plutôt que celle de l'imprudence. L'averse éteint les flammes provoquées par l'inconscience de ces hommes tant habités par la peur.

* * *

Au même moment, dans la forêt de la mort, Link est loin de se douter que ses poursuivants ont cessé de lui courir après. Malheureusement, son sang coule toujours. Il n'a rien pour arrêter l'hémorragie. Sa vue commence à se troubler et sa gorge se noue de plus en plus. Sans oublier l'humidité de la pluie qui détériore son état. Affaibli, il s'écroule sur le dos d'Épona avant de tomber brusquement au sol. Aussitôt, la jument s'arrête pour faire demi-tour. En trottant, elle s'approche du jeune homme. Péniblement, Link tente de se lever. Mais à cause de la plaie, le choc et un étrange air qui entre dans ses poumons, il sent son corps s'affaiblir de plus en plus. Les dents serrées et les yeux fermés, il empoigne nerveusement la flèche avant de la retirer d'un coup sec, ce qui lui arrache un effroyable cri de douleur. La voix déchirée par la souffrance et l'anxiété, il baisse la tête en essayant de se reprendre, le cœur palpitant. Son sang coule encore plus vite que la pluie. Alors que ses yeux, humidifiés par ses larmes, commencent à se fermer, il perçoit une étrange silhouette auprès d'un grand arbre. Malgré la crainte qu'il s'agisse d'un soldat, Link tente de se lever pour fuir désespérément. Hélas, comme un animal vulnérable et perdant, il s'écroule. Ses forces l'ont abandonné pour de bon et le font plonger dans l'inquiétante obscurité.

Chapitre 5 : Une étrange rencontre   up

fiction The Legend of Zelda : La malédiction des héros

Le soleil se lève pour chasser la nuit. Malgré ça, aucun rayon n'arrive à pénétrer la forêt morte. C'est comme si l'obscurité néfaste de la mort arrive à repousser la lumière de la vie. Seul le vent frais s'amuse à faire danser les feuilles orangées autour d'un grand chêne noir aux longues branches mortes. Pourtant, derrière cette apparence sinistre, cet arbre cache un secret à ses pieds ; une petite grotte.

Allongé au sol, Link reprend tout doucement connaissance. Les yeux à moitié ouverts, il fixe longuement le plafond en pierre. Puis, il commence à scruter attentivement les environs. Son épée et son bouclier sont posés contre la paroi tandis qu'à l'opposé, un feu crépite. De nombreuses brochettes de pommes grillées, prêtes à être croquées, entourent la flamme dansante. Peu lucide, Link se force à s'asseoir. Il grimace en laissant échapper un petit gémissement de douleur. En effet, sous sa chemise blanche sale et déboutonnée, la blessure de son épaule droite a été traitée et bandée. Encore dans les vapes, Link parvient à se lever en empoignant son bras gauche, engourdi. Même s'il boîte, il prend le risque de sortir de la grotte.

Soudain, il s'arrête net lorsqu'il aperçoit une jeune femme, agenouillée au bord de la clairière pure. Elle est en train de laver son doublet bleu. Ses longs cheveux aussi dorés que l'or, légèrement ondulés, s'arrêtent jusqu'en bas de son dos, tandis que ses oreilles sont aussi pointues que celles de Link. Elle finit par se retourner après avoir entendu les pas hésitants de l'épéiste. Bouche bée, Link se fige comme une statue en pierre. Pour une étrange raison, il sent son coeur s'affoler contre sa poitrine si fragile. Les iris azurés de la jeune femme sont aussi étincelants que ceux de l'Hylien. Deux longues mèches encadrent son visage à la fois féminin et enfantin. Elle porte une chemise bleu clair bien boutonnée jusqu'en haut. L'arrière de son haut, plus long que le côté face, dépasse le milieu de ses jambes fines, serrées sous un pantalon marron clair et de longues bottes noires en cuir.

En croisant le regard innocent de l'inconnue, le coeur de Link finit par retrouver ses pulsations régulières. Il est loin d'être indifférent devant sa beauté malgré la méfiance qui continue de crier désespérément en lui ainsi qu'un étrange sentiment proche de la nostalgie qui lui donne envie de pleurer. Mais il se retient avec facilité. La mystérieuse femme se lève :

- Tu es enfin réveillé ! Quel soulagement ! s'exclame-t-elle en lui adressant un sourire chaleureux. J'ai eu si peur que tu hibernes pendant toute la saison !

Les mots manquent à Link, toujours aussi stupéfait. Puis, il regarde les alentours avant de remarquer finalement la présence d'Épona, les rênes attachées à un tronc fin d'arbre. Au sol, quelques pommes bien rouges sont posées pour qu'elle puisse se nourrir. Inquiet pour sa jument, il s'approche d'elle en oubliant sa douleur. Soulagé qu'elle n'ait pas été blessée lors de la poursuite, il caresse sa crinière.

- Ne t'en fais pas, ta jument va bien, le rassure l'inconnue d'une voix modulée, très compréhensive. J'ai tenté de prendre soin d'elle pendant ton sommeil. Même si elle a été très méfiante à mon égard.
De plus en plus intrigué, Link se retourne vers cette dernière.
- Donc, c'est toi qui m'as soigné... ?
- Oui... tu avais perdu beaucoup de sang. Heureusement que j'avais une fée avec moi. Dès qu'elle t'a guéri, elle s'est enfuie aussi vite qu'un papillon.

La main posée contre sa plaie traitée, Link sent sa gorge nouée et ses paupières s'alourdir. Le regard oscillant entre la mélancolie et la peur, il lève la tête vers le ciel nébuleux. Instantanément, les images de la pénible soirée lui reviennent à l'esprit. Cette fois-ci, ce n'est plus le choc qui l'envahit mais bel et bien une tristesse accablante qui le torture sans cesse, bien plus que le cauchemar. Tout est vrai. Pawel, le sang, les soldats qui l'ont poursuivi...

- J'ai profité de ton inconscience pour laver ton haut et faire cuire des pommes grillées. N'hésite pas à te servir. Après tout, personne ne peut nous trouver ici...
- Dis... Hum...
- Emilia, se présente la jeune femme d'un air bienveillant en croisant les mains derrière son dos.
- Bien, Emilia... Où sommes-nous exactement ? interroge enfin Link. Cette forêt ne me dit rien du tout.
L'endroit parcouru du regard, Emilia commence à lui expliquer :
- Nous sommes dans la forêt secrète. Autrefois, elle était réputée pour sa beauté. Exactement comme celle de Firone. D'après les rumeurs les plus insensées, ces deux forêts sont même liées. De nombreux animaux s'y plaisaient et les voyageurs aimaient y faire des randonnées. Mais un jour, une étrange fumée néfaste, semblable à du poison, a surgi du temple. À cause de cela, les arbres et la végétation ont péri et les animaux se sont enfuis... Depuis ce jour, les gens ont peur d'entrer ici...

Mélancolique comme si elle partage la souffrance de cette forêt, elle baisse la tête en posant sa main droite sur le bois du grand chêne.
- Mais si je suis venue ici, c'est justement pour tenter de mettre fin à l'agonie de la forêt... Si ce poison devient plus fort, il risquerait d'intoxiquer l'air d'Hyrule. Tout Hyrule entier...
Attristé par le sort pessimiste de cet endroit en repensant à sa forêt natale, Link balaye les alentours d'un regard tracassé.
- Oui... ces arbres, bien qu'ils soient encore en vie, souffrent... déclare-t-il d'un ton maussade.

Soudainement, il gémit, la douleur à nouveau réveillée. Il se plaque contre un tronc pour ne pas s'écrouler au sol.
- Tu ferais mieux de te reposer encore un peu, lui recommande Emilia en s'approchant de ce dernier. Si tu continues à te forcer, la cicatrice ris...
- Non, je dois partir ! proteste catégoriquement Link en baissant la tête. Je ne peux pas rester là...
- Ne dis pas de bêtises, je...
- Et ne t'approche pas de moi ! Tu n'aurais pas dû me sauver !
Affaibli après avoir finalement hurlé, il tombe finalement sur ses jambes, n'arrivant plus à tenir debout. Inquiète, la jeune femme s'accroupit devant lui en lui frottant les bras pour le rassurer.
- Du calme... tout ira bien, tempère-t-elle en lui caressant la joue droite avec douceur. Du calme... tu es en sécurité ici.

À la fois méfiant et confus par ce geste affectueux, trouvant la paume d'Emilia si douce, Link la dévisage avec un air apeuré. Sans être brusque, il repousse sa main avant de fuir ! Emilia baisse la tête et joint ses mains, n'osant pas le suivre.

* * *

Pendant une bonne heure, Link est assis sur un vieux tronc d'arbre, perdu dans ses pensées. Traumatisé par la vision du corps en sang de Pawel ainsi que la rancune des habitants, l'envie de pleurer devient de plus en plus forte. La main posée contre sa poitrine gonflée par un coeur souffrant, il arrive malgré tout à retenir les larmes qu'il déteste tant laisser couler depuis son enfance. Il veut tant rentrer à Foracalia, raconter ce qui s'est passé à Leyna et surtout, découvrir la source du mal qui a plongé Pawel dans cette folie hystérique. Son maître d'armes devenu fou... Aucun sens !

Link n'arrive plus à croire en quoi que ce soit. Il ne sait plus quoi faire. Se rendre à l'armée royale ou bien continuer de vivre comme un assassin ? Deux solutions si tristes qui l'empêcheront de vivre comme autrefois. Sa vie est bouleversée à tout jamais et il le sait. Son crime le suivra, où qu'il soit. Au bord des larmes, il baisse la tête en laissant le désespoir et l'envie de mourir le succomber. Peu à peu, une voix mélodieuse s'élève dans les airs, brisant instantanément ses pensées les plus sombres. Intrigué, l'Hylien se retourne légèrement sur sa droite. Une douce mélodie résonne et envoûte ses oreilles. Le coeur peu à peu apaisé par ces notes, Link se lève et décide de s'approcher discrètement.

Caché derrière un arbre, il épie Emilia, assise sur un rocher, non loin de la grotte et d'Épona qui ne la quitte pas du regard. La jeune femme chante de tout son coeur en tenant une sorte de grande flûte, ornée de blanc laqué, excepté le pavillon et l'embouchure en argent. Elle est composée de huit trous, chacun produisant sûrement un son différent. L'émerveillement dans ses yeux, Emilia continue de chantonner la mélodie de son coeur. Finalement, elle s'interrompt après avoir remarqué la présence de Link. Malgré la froideur de ce dernier, elle lui sourit en se levant.

- Oh ! Tu es là ! remarque-t-elle d'une voix apaisante, loin d'être rancunière. N'aie pas peur. Je ne vais pas te dévorer. Approche.
Comme un enfant à la fois curieux et timide, Link sort de sa cachette.
- Je t'ai entendu chanter... Je trouve que cette mélodie est magnifique avec ta voix... avoue ce dernier, encore un peu sur ses gardes.
- Oh merci ! le remercie Emilia, visiblement très touchée par ce compliment. C'est ma mère qui me l'a apprise... Depuis sa mort, je chante cette mélodie tous les soirs pour me donner du courage et de l'espoir.
Link détourne le regard, ne sachant pas quoi dire sur le coup. Tout à coup, il entend son estomac gargouiller. Malgré le choc et l'esprit encore torturé, sa faim de loup l'appelle. Amusée par l'expression nerveuse qui se dessine sur le visage de son allié, Emilia se lève plus vivement.
- Oh mais tu dois avoir faim ! Allons manger un morceau !

* * *

Plusieurs minutes plus tard, assis en face du feu de camp, Link essaye de manger une pomme grillée. Mais la peau est tellement dure qu'il rencontre des difficultés à la croquer.

- Je suis désolée. J'ai oublié de vérifier la cuisson, s'excuse Emilia d'un air nerveux. Je n'ai pas l'habitude de cuisiner.
- Ce n'est rien. C'est juste que je n'ai pas l'habitude de manger des pommes aussi dures qu'un caillou, lui répond calmement Link, la voix étouffée en essayant de croquer à nouveau.
Les dents serrées après les avoir plantées très fort dans le fruit, le jeune homme finit par abandonner en lâchant un soupir d'exaspération. Sa mâchoire lui fait mal.
- S'il nous en reste, il faudrait que j'en ramène aux Gorons alors, réplique plus joyeusement Emilia avant d'essayer de croquer une pomme à son tour.

Mais tout comme le jeune homme, elle n'arrive pas à croquer un morceau. Link fixe Emilia avec discernement. Il est vrai que son sourire le rassure, bien qu'il soit conscient qu'il s'agit d'une carapace capable de ne laisser paraître aucune tristesse. Mal à l'aise en repensant à sa froideur, Link esquisse un sourire attristé avant de lui déclarer :

- Emilia... Je... je m'excuse pour tout à l'heure... Je n'ai pas été correct avec toi... Et même si c'est inutile, merci surtout de m'avoir sauvé la vie...
Intriguée, Emilia s'arrête et se tourne vers Link. Attentive, elle l'écoute avec la plus grande attention.
Les yeux rivés sur le feu qui crépite en se remémorant des évènements récents, l'Hylien poursuit :
- C'est vrai que j'avais perdu mon sang-froid. J'étais vraiment à bout... Avant cet événement, j'ai eu une vie tranquille, loin de la peur... Mais hier soir, elle a été bouleversée à cause d'une erreur irréparable de ma part.

Link baisse la tête en regardant le dos de sa main gauche. Inconsciemment, il porte une profonde rancune en direction de la marque triangulaire peu visible, notamment le troisième fragment qui ne cesse de s'illuminer à chaque fois qu'un moment crucial le terrifie. S'il n'avait pas déployé sa force, Pawel serait encore en vie. Peut-être même qu'il aurait réussi à trouver un moyen de le faire revenir à la raison.

- Une erreur irréparable... ? répète Emilia, de plus en plus curieuse des paroles de son interlocuteur.
Subitement, les horribles images hantent à nouveau les pensées de Link. Ne voulant pas éclater en sanglots et encore moins effrayer sa nouvelle alliée, il répond :
- Hum... Je suis désolé... Je ne peux pas t'en dire plus car peut-être que toi aussi, tu vas me juger ou même t'enfuir, qui sait. Tu vas sûrement me prendre pour un monstre assoiffé de sang.
Compréhensive devant ses tourments, Emilia n'insiste pas. Elle le fixe longuement avant de lâcher :
- Alors ça veut dire que nous sommes deux...
Avec interrogation, Link lève la tête afin de la regarder droit dans les yeux. Il veut tenter de réussir à décrypter la tristesse qui envahit Emilia.
- Moi aussi, j'ai commis un acte abominable... enchaîne-t-elle en écoutant ses remords. Mais malgré cela, j'ai décidé de venir jusqu'ici pour essayer de me donner une raison d'exister. Ne serait-ce que pour quelques mois encore. Je veux sauver cette forêt en éradiquant le mal qui ronge le temple. Peu importe le prix de ma vie...

Abasourdi par ces paroles prononcées avec résolution et sincérité, Link la dévisage, se sentant de plus en plus lié à elle. Ainsi, Emilia se lève en se frottant les mains, peu rougies par la chaleur.

- Quoi qu'il en soit, je pense que tu ferais mieux de dormir un peu... Hum...
- Link. Mon nom est Link.
En sentant une étrange sensation la saisir, Emilia le dévisage avec stupeur. Finalement, elle esquisse un sourire avant de lui déclarer :
- Alors dans ce cas, enchantée Link.

Link acquiesce d'un signe de tête. Peu à peu, il commence à mieux cerner la personnalité de sa nouvelle connaissance, à la fois sérieuse et enfantine. Mais en posant ses yeux sur son doublet ainsi que sa chemise encore maculés du sang de Pawel, il ferme les yeux et se pince les lèvres. Rien qu'en voyant ces taches évoquant la mort, la souffrance le regagne avec facilité.

- Je suis désolée... Je n'ai pas réussi à faire disparaître les traces de sang, lui explique Emilia avec un air gêné. Donc, c'est pourquoi, je te prête mes vêtements de rechange.
Les joues rougies par cette proposition inattendue, Link baisse la tête avant de répondre timidement :
- C'est gentil, mais je ne peux pas porter des vêtements de... fille... Sinon, on risquerait de me considérer comme une fi...
Emilia s'esclaffe soudainement de rire devant l'attitude enfantine de Link.
- Non ! Des vêtements d'homme ! réplique-t-elle avec amusement. Même si je pense que les vêtements de filles t'iraient bien aussi !

Perplexe par cette remarque qui ne l'enchante guère, Link croise ses bras pendant que sa nouvelle amie fouille dans son sac gris. Dans ses mains, elle tient une pile de vêtements : tunique et coiffe vertes, ceinture, une paire de gants en cuir marron ainsi qu'une chemise blanche et soyeuse.

- Et voilà ! s'exclame-t-elle en s'approchant de lui. Monsieur est servi !
Intrigué, Link prend le temps de détailler cette tenue. Bien qu'il ne l'ait jamais vue, il sent un sentiment assez étrange l'habiter. Il s'impatiente même de l'enfiler.
- Avant de m'enfuir, j'en ai profité pour prendre ces vêtements "au cas où"... Surtout que cette tenue appartenait à une personne que...je rêve de rencontrer... explique Emilia, se montrant un peu plus rêveuse. Bon, je te laisse te reposer et te changer. En attendant, je vais me rendre au fond de la forêt. J'ai des choses à faire...
- Au fond de la forêt ? Mais c'est dangereux... réplique calmement Link en se levant, la tunique dans ses mains.
- Je te rassure : je sais me battre. J'ai mon arc ! lui répond-elle en lui montrant fièrement son arme en bois ainsi qu'un carquois. Il y a environ vingt flèches à l'intérieur.
- Alors laisse-moi t'accompagner. Je ne peux pas te laisser y aller toute seule.
- Ce n'est pas parce que je suis une fille que je suis incapable de me débrouiller toute seule, dit Emilia avec un triste sourire.
- Je n'ai pas pensé à ça, mais...
- À cause de ta dette envers moi ?

Link marque un silence. En écoutant ses craintes qui surgissent ainsi que les battements de son coeur, il lui répond :
- Parce que je... je ne veux pas qu'il t'arrive un malheur.
Surprise par ces paroles prononcées avec la plus grande sincérité, Emilia sent ses joues rougir. Elle lui sourit avec un peu plus de tendresse.
- Alors dans ce cas, j'accepte votre protection, brave chevalier Link. En attendant que tu t'habilles, je vais aller faire un tour. Je ne vais pas m'éloigner, promis.

Ainsi, elle tourne les talons pour sortir de la grotte. De nouveau seul, Link regarde à nouveau sa nouvelle tenue. Encore confus par la situation, il enlève pour de bon sa chemise. La main posée contre le bandage, il baisse les yeux, encore rongé par la tristesse. Mais il décide d'aller de l'avant en acceptant de porter la fameuse tunique tant convoitée par sa nouvelle alliée. Il est conscient qu'il n'a pas le droit de renoncer aussi facilement à sa vie avant de découvrir la vérité sur l'origine de ses tourments. Un soudain sentiment, appelé l'espoir, crie en lui et parcourt les fibres de son corps.

Les yeux levés vers le ciel brumeux, Emilia sent une inquiétude s'emparer d'elle. Alors que le vent glacial souffle dans ses cheveux dorés, elle pose la main contre sa poitrine afin de soulager une douleur lancinante. Puis, elle entend des bruits de pas approcher dans sa direction. Après s'être retournée, elle lâche un petit gémissement de stupéfaction, impressionnée. À présent vêtu de la fameuse tunique verte, Link a tout l'air d'un brave chevalier capable de braver les obstacles sur son chemin. Sur son dos, la chape du fourreau est agrippée à son haut grâce à la sangle en cuir qui entoure son torse, portant lourdement son épée ainsi que le bouclier en bois. La coiffe verte couvre l'arrière de ses cheveux blonds. Seules ses longues franges couvrent la face droite de son front. Longuement, alors que le vent frais continue de souffler, les deux Hyliens se regardent, prêts à chercher la lumière de la vie.

Chapitre 6 : La forêt de la mort   up

fiction The Legend of Zelda : La malédiction des héros

Pendant de longues minutes, Link, Emilia et Épona parcourent la forêt, de plus en plus néfaste et inquiétante. La terre est infertile, quelques feuilles maudites par la saison d'automne dansent une valse avec le vent frais et les branches des arbres morts sont de plus en plus crochues, donnant l'impression d'étrangler le premier inconscient. Tout est terne. Le temps est humide et glace la peau des deux Hyliens qui continuent d'avancer sans broncher.

Sur ses gardes, en guidant la jument, Link balaye les alentours d'un regard méfiant, prêt à dégainer son épée en cas de danger. Loin d'être indifférente à la grâce ainsi qu'à la beauté du jeune homme, Emilia, assise sur le dos d'Épona, ne le quitte plus des yeux. La tunique verte lui donne un certain charme. Elle lui va si bien. En se sentant dévisagé, Link se retourne enfin dans sa direction.

- Hum ? Qu'est-ce qu'il y a ? Cette tenue ne me va pas ?
En sentant son coeur bondir, Emilia baisse timidement la tête avant de protester :
- Si ! C'est juste que ça te donne une allure assez particulière... En tout cas, quelle chance qu'elle soit à ta taille.
- Oui. Je me sens vraiment à l'aise. Même si ma tenue habituelle me manque... Surtout qu'elle me rappelait vraiment Foracalia.
- Foracalia ? Tu habitais dans ce village situé au fond de la forêt de Firone ?
Silencieusement, Link confirme d'un signe de tête avant de poursuivre :
- Mais avec ce qu'il s'est passé, je ne pense pas retourner dans mon village pour le moment. Je suis obligé de rompre la promesse faite à ma famille...
- Les pauvres... Ils doivent être inquiets, s'imagine Emilia avec compassion en joignant ses mains.
- Ta famille te manque aussi ?
En souriant avec mélancolie, la mystérieuse jeune femme caresse la douce crinière d'Épona.
- Entre ma mère qui est partie au ciel et mon père qui voit à peine que j'existe réellement, je ne peux pas dire que j'ai une famille...

Instantanément, Link se retourne et repense à la petite Romani, obligé de briser sa promesse avec contrainte. Mais malgré la tristesse, il préfère écouter la voie de la prudence que celle de l'insouciance. Le poids de son crime, pourtant involontaire, continuera de le suivre, quoi qu'il fasse et où qu'il aille. Bien que pour une étrange raison, il ne ressent plus de la mélancolie mais bel et bien de l'incompréhension. Comme si un certain doute a rattrapé la réalité.

- Oh, regarde Link ! interpelle soudainement Emilia.

Les pensées interrompues, l'intéressé lève doucement la tête avant de remarquer une brume inquiétante au loin. Le lac est doté d'une étrange couleur : l'eau est violette. Aussitôt, une odeur de pourriture écoeure Link qui porte la main sur sa bouche. Son estomac se tord et l'envie de vomir surgit. Des larmes de dégoût lui montent aux yeux. Cette odeur empeste la mort. Elle lui fait penser au sang et à la viande avariée.

- Bon sang... Quelle effroyable odeur... Mais qu'est-ce que c'est ? s'interroge Link d'une voix étouffée.
- C'est le poison. Depuis que le temple de la forêt a été troublé par ces maux, l'eau a commencé par devenir violette. C'est à cause de cela que les êtres vivants et la végétation ont fini par périr... explique calmement Emilia en refoulant du mieux qu'elle peut son impuissance. Mais surtout, évite de trop en respirer ou de faire des efforts trop brusques, sinon l'air du poison va attaquer tes poumons et paralyser ton corps...
Cependant, en fixant la jeune femme du regard, Link ne cache pas sa stupéfaction. "Étrange... Elle ne semble pas être affectée ou même écoeurée par le poison... Mais qu'est-ce que cela veut dire ?" pense-t-il, très dubitatif.
- Quoi qu'il en soit, nous devons laisser Épona un peu plus loin. Et surtout loin du lac, lui conseille Emilia en descendant de la jument.

De plus en plus intrigué par sa nouvelle alliée, Link acquiesce d'un signe de tête, n'osant plus parler pour respirer cet horrible air qui souille la pureté qu'il a toujours connue. Ainsi, après avoir conduit Épona en lieu sûr, les deux Hyliens parcourent la forêt à pied. Plus ils avancent, plus la brume s'amplifie. L'odeur de la mort n'a jamais été aussi forte et insoutenable. Mal à l'aise, Link essaye d'éviter d'inspirer davantage. L'air qui circule jusqu'à ses poumons lui brûle atrocement ses narines et sa gorge qui devient sèche. Contrairement à Emilia qui arrive à supporter l'air toxique, le jeune homme fait tout son possible pour tenir bon. Désespérément, il baisse la tête, la main toujours posée sur sa bouche. Il est presque pris d'un malaise.

- Link... Est-ce que tu veux boire le reste ? lui propose Emilia en sortant la gourde d'eau.
- Non, merci... lui répond-il avec beaucoup de mal. Je vais bien finir par m'habituer à cette horrible odeur...

L'archère aux cheveux dorés n'insiste pas, bien qu'elle reste auprès de Link pour s'assurer de son sort. Mais en regardant avec impuissance chaque arbre, méconnaissable à cause du poison, elle sent son coeur se serrer. L'ambiance sinistre et la brume violette ont fait dissiper à tout jamais la joie et la vie. Telle est la malédiction de ces lieux. La malédiction de la mort.

- Aaaaah ! Au secours ! Sauvez-moi ! hurle une voix stridente.

Avec effroi, Link et Emilia s'arrêtent net. Au loin, ils aperçoivent un étrange petit être suspendu désespérément à une branche au-dessus du lac violet : un Korogu. Le corps en bois, ressemblant à un tronc d'arbre miniature, et le visage paniqué sous la forme d'une feuille verte, il pousse des hurlements en s'agitant dans tous les sens. Aussitôt, Link accourt vers le lac, suivi par Emilia.

- Oh non ! Tiens bon ! s'exclame-t-il en lui tendant la main, agenouillé au sol pour avoir plus d'aisance.

Hélas, le petit Korogu est trop loin de la portée de Link. Emilia s'agenouille et tente également d'attraper la main du petit être. Malheureusement, son bras n'est pas assez long. En grimaçant de douleur, elle tique avec frustration. Sans hésitation, Link enlève finalement sa main gauche de sa bouche pour s'en servir comme d'un appui au sol et prend le risque de respirer l'air du poison. Cette fois-ci, il arrive à tendre son bras un peu plus loin. En ignorant les risques mortels pour sa santé, il parvient enfin à toucher la main tremblante du Korogu avant de le soulever avec facilité. Posé au sol, hors de danger, le petit bois vivant tremble, exactement comme la feuille sur sa tête. Finalement, il ouvre les yeux en regardant autour de lui.

- Est-ce que ça va ? s'inquiète Link, la voix essoufflée, prostré au sol.
- Vous... vous m'avez sauvé la vie ! Merci... merci du fond du coeur ! J'ai eu si peur ! lui répond le Korogu en sanglotant, encore sous le coup de la peur.
Rassuré, Link lui rend un léger sourire.
- Qu'est-ce qu'un petit Korogu comme toi peut bien faire ici tout seul ? l'interroge Emilia avec un air bienveillant, attentive à son égard.
- Pour répondre à votre question, je me suis aventuré ici pour...
Subitement, Link gémit de douleur entre deux halètements. Il se crispe et s'écroule au sol en se tenant le cou comme si quelque chose l'étrangle à l'intérieur.
- Link ! s'inquiète Emilia avec un regard affolé en le soulevant dans ses bras.

La respiration haletante et les paupières fermées, Link n'arrive presque plus à bouger. Sa peau devient blême comme celle d'un cadavre et son corps n'arrête pas de trembler. Sans perdre un seul instant, Emilia s'empare de sa gourde et lui fait boire l'eau.

- Du calme... Ne t'en fais pas... Ça ira mieux... le rassure-t-elle en lui caressant l'épaule gauche. Bois, ça te fera du bien...
- Oh ! Tout va bien, Monsieur Vert ? lui demande le petit Korogu. Il va s'en sortir, pas vrai, Madame Bleue ?
En devinant facilement que c'est d'après leur tenue que le petit inconnu les surnomme, Emilia lui rend un petit sourire avant de répondre :
- Oui, ne t'en fais pas... Il faut l'emmener le plus loin possible d'ici... Dis-moi, est-ce que tu connais un endroit où il pourra respirer de l'air pur ?
- Bien sûr ! affirme le Korogu en sautillant. Suivez-moi !
Avec un peu de mal, Emilia fait lever Link et l'aide à marcher.

* * *

Après plusieurs minutes de marche, sous un grand tronc d'arbre abîmé, le mystérieux Korogu fait signe de la main à Emilia, qui tient toujours Link contre elle. Le poison commence à paralyser le corps de l'épéiste. Soucieuse pour ce dernier, elle baisse la tête avec anxiété. Malgré la douleur à son dos, elle continue de marcher. Enfin, elle traverse le tronc d'arbre qui sert de passage à un monde meilleur, loin des cauchemars.

- Voilà ! Nous y sommes ! s'exclame le meneur. Monsieur Vert ! Madame Bleue ! Voici notre forêt : la forêt des Korogus.

Avec surprise, Emilia constate avec soulagement que cet endroit n'a pas été affecté par le terrible poison. En effet, les arbres et la végétation sont vivants et purs. Tout est si vert et coloré. Le chant des oiseaux résonne en harmonie. Les rayons du soleil traversent et éclairent de nombreuses petites maisons en bois. La plupart ont été même construites à partir de troncs d'arbre. De nombreux Korogus, ressemblant les uns aux autres, marchent avec insouciance. Certains jouent même avec des noix. Grâce à cette ambiance paisible, ils ne font qu'un avec la nature qui borde ce village dans l'accalmie. Avec curiosité, de nombreux "villageois" portent toute leur attention sur les deux étrangers aux oreilles pointues, si différents d'eux. Et surtout si grands !

- Par ici ! s'exclame le petit Korogu en accourant vers une maison dans un grand tronc d'arbre.
Ainsi, il ouvre la petite porte grinçante.
- Maman ! Nous avons besoin de ton remède miracle ! s'exclame-t-il.

Une autre Korogu, un peu plus grande, le rejoint à l'entrée. Sa tête a la forme d'une feuille orangée. Intriguée, elle sort à l'extérieur, presque poussée par son fils. En constatant l'état critique de Link, complètement avachi sur le dos d'Emilia, la Korogu sursaute en lâchant un gémissement d'effroi.

- Nom d'une noix ! s'affole-t-elle d'une voix à la fois féminine et fort aiguë. Emmenez-le à l'auberge pour les grands touristes ! Je vais préparer le remède sur-le-champ !

* * *

Une dizaine de minutes plus tard, Emilia se tient au chevet de Link. L'auberge pour les grands touristes se situe dans un grand arbre. La salle est arrondie et composée d'une décoration particulièrement charmante avec les guirlandes de lierre accrochées au plafond et les adorables meubles en bois nappés en blanc.
Allongé sur un lit à sa taille, Link rencontre une grande difficulté à respirer. Plusieurs vapeurs violettes s'échappent même de sa bouche, les lèvres à présent bleutées à cause du mal qui le tue à petit feu. Avec hésitation, Emilia pose sa main contre la sienne. Mais en fixant l'étrange marque triangulaire de son nouvel ami, elle se sent mélancolique. Puis, elle soulève sa manche pour regarder sa main droite ; le symbole est identique à celui de Link. Seulement, c'est le deuxième fragment qui est un peu plus mis en valeur. Mal à l'aise, elle détourne du regard. Soudainement, la Korogu adulte entre dans la chambre avec un tout petit verre en bois contenant un étrange liquide blanc à l'intérieur. Le petit la suit et reste en retrait.

- Tenez... Faites-lui boire ça.

Emilia hoche la tête et approche doucement le verre des lèvres de Link en soulevant légèrement sa tête pour lui faire boire le remède. Subitement, après avoir avalé le liquide qui se répand hâtivement dans son corps, ce dernier écarquille les yeux et se lève avec effroi.

- Argh ! Ça brûle ! crie-t-il avec affolement en posant ses mains sur son cou. Vite ! De la glace ! Quel... quelque chose de froid ! Viiiiiite !
- Tenez ! répond la Korogu en lui tendant un cube de glace.
Comme un fou furieux, Link s'en empare et le croque rapidement dans sa bouche à pleines dents. La respiration haletante, il essaye de se reprendre, la main posée sur son front marqué par des sueurs.
- Link ! Est-ce que ça va mieux ? s'inquiète Emilia en s'asseyant à ses côtés sur le lit.
- Emi... Emilia... ? Oui... je me rappelle vaguement de ce qui... ! Où est le petit tronc d'arbre vivant ? panique-t-il aussitôt en se rappelant des récents événements.
- Le petit tronc d'arbre s'appelle Falgus ! se présente le petit avec fierté. En ce moment, tu es à l'auberge pour les grands touristes, Monsieur Vert !
- Monsieur Vert ? répète Link avec confusion.
- Après m'avoir sauvé la vie, vous avez failli mourir à cause du poison.
Aussitôt, la mère de Falgus réagit :
- Une minute ! Sauver ? Mais alors Falgus... Ça veut dire que tu t'es encore rendu à la forêt maudite ?

La tête baissée, le petit Korogu se retourne nerveusement vers sa mère. N'osant pas lui mentir devant ses invités, il hoche la tête. Dans une colère noire, elle s'approche de son enfant, prête à le réprimander.

- Mais enfin ! Combien de fois vais-je te répéter que c'est dangereux ? gronde-t-elle en posant ses petites mains sur ses reins. Tu devrais avoir honte de t'être exposé au danger comme ça !
Les larmes aux yeux, Falgus baisse la tête avant de lui répondre :
- Je suis désolé, maman... Mais je voulais prélever un échantillon de poison pour que Lala continue de créer des antidotes... Le vénérable Arbre Mojo en a besoin... Si nous le perdons, notre village va mourir lui aussi... Et moi, je ne veux pas que tu tombes malade à cause du poison...
Loin d'être insensible aux intentions louables de son fils, la Korogu s'efforce de reprendre son calme. La peur de perdre son fils lui a fait perdre son sang-froid.
- Le grand arbre... ? répète Link avec un air intrigué, désormais plus lucide.
- Oui... notre chef, le vénérable Arbre Mojo, est très mal en point depuis quelques jours. Depuis qu'un horrible insecte a lâché des spores dans notre village, il est tombé gravement malade... De temps en temps, nous nous rendons à la forêt infectée pour prélever le poison dans une tasse afin de créer des antidotes. Pour une raison étrange, le poison ne nous condamne pas à une mort lente. Mais si nous tombons dans ce lac, alors c'est la fin... Mais pour le vénérable Arbre Mojo, cela n'a pas été suffisant et encore moins pour mon défunt mari... Alors qu'il voulait prélever le poison, il est tombé dans le lac de la mort... Sous mes yeux...

Avec tristesse, Emilia baisse la tête, tandis que Link ferme les yeux. La perte d'un proche est l'épreuve la plus horrible que peut ressentir un être. La mort de Marine surgit dans ses pensées. Elle était comme une mère pour lui. Sa disparition lui avait laissé un terrible vide dans le coeur. Tout comme celle de Pawel malgré un étrange pressentiment. Il empoigne sa main gauche, ne sachant plus quoi penser.

- Mais pourquoi vous vous êtes rendus dans cette forêt ? Vous ne saviez pas qu'elle était dangereuse ? interroge la mère de Falgus.
- On désire se rendre au coeur de la forêt pour arrêter la progression de ce poison. Si nous laissons la situation perdurer, cet air engloutira Hyrule, explique Emilia avec détermination, la main posée sur son thorax.
Silencieusement, la Korogu regarde les deux invités.
- Hum... Étant donné que vous avez sauvé mon fils de la mort, alors je pense que vous serez capables de nous aider... Après tout, vous êtes bien plus grands que nous, donc je pense que ça pourrait le faire...
Résolue, elle se retourne et pousse le battant de la porte.
- Venez avec moi. Je dois vous présenter au vénérable Arbre Mojo.
En acquiesçant d'un signe de tête, Link se lève et suit la Korogu en compagnie d'Emilia. Cependant, pris par un doute, Falgus se gratte la feuille.
- Bizarre que Madame Bleue ne semble pas souffrir du poison... s'étonne-t-il en sautillant avant de sortir à son tour.

* * *

Ainsi, la Korogu emmène Link et Emilia jusqu'au centre du village, ébloui par la lumière chaleureuse du soleil qui veut bénir ce lieu. Les deux invités profitent de ce trajet pour contempler les alentours. Alors que Link se sent nostalgique en fixant les arbres et la végétation forestière pure, Emilia contemple la beauté des fleurs. Soudainement, une en particulier attire pleinement son attention : la fleur aux pétales bleus et blancs, bercée par une légère brise. Sous le regard curieux de Link qui s'arrête, elle s'agenouille pour caresser les pétales avec bienveillance. Finalement, l'épéiste s'approche de sa nouvelle amie en regardant attentivement cette fleur à son tour.

- C'est la première fois que je vois une fleur de ce genre, constate-t-il d'une voix modulée.
- C'est une Princesse de la Sérénité. Une espèce particulièrement rare aux yeux des mortels. Depuis mon enfance, j'ai toujours aimé cette fleur. Il y en avait partout dans mon jardin. Mais depuis la mort de ma mère, chaque fois que je m'approche d'une fleur, je la vois "mourir" sous mes yeux... Après tout, cette magnifique fleur est condamnée à disparaître à tout jamais... lui explique Emilia avec un sourire attristé. La mort reste sans pitié, quoi qu'on fasse... Link la regarde avec mélancolie, surpris par ces paroles prononcées avec réalité et pessimisme.

- Madame Bleue ! Monsieur Vert ! Vous venez ? presse Falgus au loin.

Sans dire un mot, Emilia se lève pour rejoindre le petit Korogu. Bouleversé, Link pose la main contre sa poitrine, gonflée par un étrange sentiment.
On aurait dit qu'elle était sur le point de... pleurer... Pourquoi est-ce que moi aussi je ressens cette soudaine envie ? C'est comme si nos coeurs battaient en même temps... Pourtant, ce n'est qu'une inconnue à mes yeux... Alors pourquoi quand je la vois sourire, je sens l'espoir revenir et quand je la vois au bord des larmes, je... je me sens triste... ? Bon sang... Depuis cette maudite nuit, tout va vraiment de travers... Je suis peut-être en train de devenir fou à force de me poser de telles questions insensées...
Malgré ses tourments, Link caresse délicatement le pétale de la fleur avant de se lever. Ainsi, il rejoint Emilia et Falgus. Au milieu de cette lueur chaleureuse, un arbre immense se dresse. Les yeux plissés par de larges sourcils, il esquisse un léger sourire bienveillant, ignorant avec facilité ses branches mortes, infectées par le poison mortel, qui le font agoniser.

- Ainsi, vous voilà... Cette fois-ci, vous êtes venus tous les deux à ma rencontre... leur déclare-t-il d'une voix fort rauque.

Intrigués par ces paroles qui soulèvent une soudaine interrogation, Link et Emilia fixent longuement l'Arbre Mojo, l'esprit de la terre.

Chapitre 7 : Doutes   up

fiction The Legend of Zelda : La malédiction des héros

Déconcertés par la déclaration énigmatique de l'arbre affublé de sa grande moustache, Link et Emilia sont sans voix. La confusion et la préoccupation habitent leurs pensées.
- Nous deux... ? Vous nous connaissez... ? Impossible... se doute Link, toujours aussi dubitatif. Je ne vous ai jamais vu jusqu'à aujourd'hui. Surtout qu'un arbre qui parle vraiment... Cela dépasse mon imagination...
Amusé par la perplexité du jeune Hylien, l'Arbre Mojo rit d'une voix chaleureuse, donnant l'impression d'être un grand-père attentionné envers ses petits-enfants en voie d'apprentissage de la vie.
- Tu es bien plus prudent que tu en as l'air. Mais tu as raison d'écouter la méfiance, lui déclare-t-il d'une voix modulée.

Confus, Link reste figé, ne sachant pas quoi lui répondre. Seule Emilia s'approche du grand arbre en posant la main sur son écorce épaisse.
- Vénérable Arbre Mojo... Alors c'est vrai que vous existez comme a énoncé la légende. Ce n'est finalement pas un conte de fée.
- Douce jeune fille... Il faut toujours trouver la force de croire aux miracles. La foi, tant qu'elle n'achemine pas un être sur la voie du pouvoir ou chagrin, peut réchauffer le coeur de quiconque.
Les deux héros de la légende avaient bien compris ces messages.
- Attendez une seconde, interpelle Link d'un air incrédule. Ce n'était pas un simple conte, alors ? La légende du combat qui a opposé les deux héros contre Ganon a vraiment...
- Existé. Oui, en effet. Sans ces deux êtres, bénis par le pouvoir des dieux depuis la nuit des temps, Hyrule n'existerait plus. Même si nos terres se meurent en ce moment...
- Le poison, n'est-ce pas ? enchaîne Emilia avec sérieux.
- Oui, affirme calmement l'Arbre Mojo. Depuis que la réincarnation de Ganon a invoqué ce monstrueux insecte au temple, la forêt agonise avec impuissance, notamment à cause des cocons toxiques qui éclosent au sein de la source. C'est pour cela que l'eau a été empoisonnée et que l'air nauséeux condamne les arbres et la végétation à un lent trépas. Ce poison tue à petit feu chaque être vivant en s'attaquant aux poumons ou aux racines.
- La réincarnation de Ganon ? Mais qu'est-ce exactement ? Je vous en supplie, dites-le-moi ! Je... je dois le savoir ! supplie Link, de plus en plus bouleversé.

En croisant longuement le regard oscillant entre la froideur et la peur de ce dernier, l'arbre ferme les yeux avant de conter :
- La réincarnation de Ganon, née sous les traits d'un Hylien, est un être qui a éveillé ses pouvoirs maléfiques comme l'invocation des créatures ou même le pouvoir de contenir sa deuxième âme : l'âme de Ganon. Cette entité néfaste, sous la forme d'un être spirituel, vit en lui, dans son propre corps. Mais depuis peu, l'âme de Ganon a retrouvé ses forces et a été enfermée, contrainte de rester liée à vie à cet individu qu'on surnomme la "réincarnation de Ganon" : celui qui l'éveillera et qui condamnera Hyrule à une mort lente lorsque son coeur sera entièrement possédé par la monstruosité. Hélas, personne ne connaît son identité...

En repensant à ses cauchemars et à la mort de Pawel, Link sent son coeur palpiter avec douleur. La haine des villageois de Cocorico ne cesse de le tourmenter. Même s'il a la sensation qu'une part d'ombre souille peu à peu son humanité avec le temps, il prend conscience qu'il n'a rien à voir avec ce mystérieux Hylien. Même si l'envie de découvrir la vérité crie de plus en plus fort, il sait très bien qu'il n'a pas le droit d'abandonner.

- Alors, par pitié, dites-nous où se trouve ce fameux temple ! implore Emilia d'un air affolé. Il est hors de question que je laisse ce poison se répandre hors de la forêt !
- La détermination et les remords se lisent dans votre regard... Malgré le danger, je crois en votre capacité. Bien : le temple se dresse au nord-ouest de la forêt. Bien entendu, plus vous avancerez, plus le poison sera mortel. C'est pourquoi, avant votre départ, vous devez être préparés. Mina, s'il te plaît : remets l'arme ultime à notre invité.
Affaibli, l'Arbre Mojo est saisi par une quinte de toux bien rauque.
- Oui, vénérable Arbre Mojo ! Venez, Monsieur Vert ! régente Mina de la main.
Link écoute avant tout son désir de sauver la forêt en refoulant ses craintes. Il regarde encore une fois l'Arbre Mojo avec inquiétude.
- Tenez bon, s'il vous plaît, supplie ce dernier d'une voix résolue. Nous tuerons cette créature diabolique avant qu'il ne soit trop tard...

Sans perdre une seule seconde, il suit la Korogu, désirant libérer le village de la mort pour se racheter et se débarrasser du sang qui a teinté ses mains habituellement innocentes. Peu importe le danger. Calmement, Emilia le regarde partir. Avec tracas, elle baisse la tête.

- Prenez soin de lui. Je le trouve bien plus fragile qu'avant... Et vous aussi, jeune Princesse...
En lâchant un léger gémissement d'effroi, Emilia se tourne vers l'arbre. En le fixant de son regard apeuré, elle recule, les mains croisées au niveau de son thorax figé. Compréhensif, l'Arbre Mojo ferme les yeux avant de poursuivre :
- N'ayez crainte, votre Altesse... Je ne lui dirai rien au sujet de votre identité ou même de votre santé. Vous désirez lui épargner ce supplice et c'est très courageux de votre part... La seule faveur que je vous demanderai, c'est de ne pas précipiter votre mort... Vous êtes encore jeune pour ne plus voir le soleil... Peu importe le peu de temps qu'il vous reste, vous devez continuer de vivre pour vous... C'est ce qu'aurait voulu votre défunte mère, la Reine Emilia.

La tristesse brillant dans ses yeux bleus, Emilia se force tout de même à lui sourire. Reconnaissante envers la compréhension et la gentillesse de l'Arbre Mojo, elle s'incline avec respect.

- Merci du fond du coeur, vénérable Arbre Mojo. Tant que je resterai en vie, je ferai tout mon possible pour vous libérer du funeste destin qui tente de vous emporter sans vergogne. Je ne trahirai pas ce serment. Je le jure au nom de la déesse Hylia.
Aussitôt, Emilia quitte le lieu afin de rejoindre Link. Tristement, l'Arbre Mojo pose son regard sur le soleil avant de murmurer :
- Leur malédiction s'est aggravée à ce point... Pauvres enfants de la légende...

Après avoir prononcé ses paroles, l'esprit de la terre ferme les paupières, de plus en plus affaibli par les maux.

* * *

Au même moment, Link se trouve à l'auberge. Mina lui remet une feuille lisse, plus grande qu'elle, avant de déclarer vivement :

- Voici votre arme ultime ! La meilleure feuille que nous avons !
- Une... une feuille ? s'étonne Link avec un air peu amusé. L'arme ultime... ? Vous pensez réellement qu'elle nous sera d'un grand secours ?
- Oui ! Ces feuilles sont immunisées contre le poison. Comme notre tête ! En l'agitant dans tous les sens, vous serez capable de chasser l'air du poison pendant un laps de temps ! Oh et tenez également deux flacons d'antidote ainsi qu'une feuille respiratoire !

Intrigué par "l'arme", considérée comme la plus puissante chez les Korogus, Link s'empare de la feuille de Korogu et l'agite droit devant sans aucune attente particulière. Aussitôt, Mina et Falgus crient de stupeur et sont propulsés en arrière à cause du vent. Au sol, ils se lèvent, un peu secoués.

- Non mais ça ne va pas la noix ! s'énerve la grande Korogu, peu remise du coup de frayeur. Soyez plus responsable, Monsieur Vert !
Avec un air gêné, Link lui sourit nerveusement avant de répondre :
- Je... je suis désolé ! Mais quelle force ! Maintenant, je vous crois !
- Monsieur Vert est très maladroit ! Pas vrai, maman ? lui demande Falgus avec amusement.
- Oh que oui ! confirme cette dernière, les petits bras croisés.
Finalement, Emilia le rejoint, intriguée par la conversation.
- Ah ! Emilia ! s'exclame Link en se retournant vers la jeune femme. Nous avons les équipements nécessaires. Nous pouvons y aller.

En remarquant la détermination dans les yeux azur de son ami, elle approuve silencieusement d'un signe de la tête, désirant oublier le secret qui l'étouffe de plus en plus intérieurement.

* * *

Après avoir quitté le village des Korogus, Link et Emilia, équipés d'une feuille qui couvre leur bouche et leur nez comme un masque, se rendent en direction du nord-ouest comme convenu. Leurs pieds balayent les feuilles mortes. Plus ils avancent, plus la brume violette s'amplifie. Elle devient même épaisse et cache les arbres ainsi que toute trace de Mère Nature. D'un geste brusque, Link agite la feuille de Korogu droit devant afin de chasser le poison pour se frayer un passage.

- C'est bon ! Nous pouvons y aller ! annonce-t-il d'une voix étouffée.
Avec mélancolie, Emilia lui répond à peine avant de le suivre. Les dernières paroles de l'Arbre Mojo résonnent toujours en elle. Loin d'être dupe, Link se tourne vers sa nouvelle amie.
- Quelque chose ne va pas ? s'inquiète-t-il en la dévisageant.
- Non... Tout va bien... lui répond Emilia d'un ton peu assurant. C'est juste que...
- Tu as peur... ? lui demande finalement Link.

Surprise que le jeune Hylien a réussi à lire la peur présente dans ses yeux, elle détourne son regard. Avec un air attentionné, Link s'approche d'Emilia avant de poser la main sur son épaule droite. Aussitôt, elle lève la tête et dévisage son interlocuteur, stupéfaite par ce geste affectueux. Malgré le malaise et l'inquiétude dans son regard, Link lui sourit tristement avant de lui déclarer :

- N'aie pas peur... Tout va bien se passer. Je suis là.
Les yeux écarquillés, Emilia sent son coeur battre très fort contre sa poitrine. C'est comme si les paroles prononcées avec bienveillance par Link, lui redonnent confiance et espoir.
- Oui... tu as raison. Tout se passera bien ! se répète Emilia avec un peu plus d'optimisme.
- Oui, affirme Link.
Longuement, ils se regardent, tout en essayant de se comprendre ou même de se lire comme dans un livre ouvert.

- Oui ! Vous êtes là, Monsieur Vert et Madame Bleue ! Vous avez été rapides, dites donc ! déclare vivement Falgus en arrivant sur les lieux.
- Falgus ? s'étonne Emilia en se retournant vers ce dernier.
- Bon sang ! Que fais-tu ici ? Ta maman doit s'inquiéter ! s'exclame Link en s'agenouillant devant lui.
- Oui, mais j'ai eu peur de vous laisser partir seuls ! Surtout que c'est assez compliqué de trouver le chemin exact. Et puis, si vous réussissez à tuer cette effroyable créature, mon papa sera vengé et maman sera contente... explique Falgus d'une voix assombrie. Si vous êtes d'accord, je veux venir avec vous... Je veux vous aider.

Longuement, Link regarde le petit tronc d'arbre vivant. Comprenant ses intentions sincères, il lui rend en fin de compte un sourire attristé.
- Bien. Tu peux venir avec nous. Mais à une seule condition : que tu nous suives et que tu nous écoutes.
- Tu es sûr, Link ? s'inquiète Emilia, loin d'être convaincue par cette décision peu responsable. C'est un enfant... N'oublie pas que ça sera dangereux...
- Oui, affirme Link avec un air sérieux en portant le Korogu sur son épaule gauche. Je pense que son aide nous sera précieuse. Et puis, lui aussi, il veut se libérer d'un fardeau...
Au bout de plusieurs secondes d'hésitation, Emilia acquiesce finalement d'un signe de la tête.
- Merci, Madame Bleue et Monsieur Vert ! Bon, le temple se trouve dans cette direction ! D'abord, il faut passer à côté de cet arbre aux branches crochues ! guide le petit Korogu, ambitieux. Ensuite, il faut aller à droite, là où il y a un rocher en forme de steak.

* * *

Le trajet est long et surtout désagréable. Notamment à cause de l'air empoisonné qui freine sans cesse le groupe. À plusieurs reprises, Link agite la feuille de toutes ses forces pour chasser la brume. Malgré l'exténuation dans ses bras, il n'abandonne pas et ne s'en plaint pas. Grâce à Falgus, le petit groupe arrive finalement au sommet d'une colline infertile. Les yeux rivés vers le bas, Link et Emilia distinguent vaguement une petite demeure de forme rectangulaire, le toit pointu et couvert de grandes ronces aux épines tranchantes. La brume violette plane dans le ciel.

- C'est ici ! annonce Falgus peu rassuré.
- Eh bien... Qui aurait cru qu'un tel temple sacré se trouve dans une forêt, là où la nature est la souveraine de ces lieux ? se demande Link en fixant les piliers en pierre qui soutiennent l'entrée de l'étrange demeure.
- Ce temple a été considéré comme un lieu de prière. C'est ici que "l'esprit de la forêt" veille sur nous. Mais depuis que le poison est arrivé, il a été plongé dans un profond sommeil. Si la créature et ses cocons meurent, il pourra se réveiller et faire revivre la nature comme autrefois.
- Dans ce cas, allons-y, presse Emilia d'une voix sombre, la main posée sur son arc.
- Avant d'entrer, il faut que vous buviez l'antidote pour renforcer votre résistance, leur conseille sagement Falgus en se rappelant les consignes de sa mère. N'oubliez pas que le poison est encore plus féroce à l'intérieur. Même les masques ne suffiront plus.

Ainsi, Link s'agenouille et ouvre la petite sacoche pour sortir les deux flacons, comportant un liquide bleu. Tout d'abord, il tend le premier à Falgus.

- Je préfère que tu en boives au cas où, annonce calmement Link. Quand tu parles, des buées violettes sortent de ta bouche... Je ne veux pas que tu prennes le moindre risque.
Compréhensif, le Korogu hoche nerveusement la tête avant de retirer le bouchon et de boire tout doucement. Puis, Link tend le deuxième à Emilia.
- Tiens.
- Mais tu ne comptes pas en boire ? s'étonne Emilia, soucieuse.
- Ne t'en fais pas pour moi. J'arriverai à supporter... N'oublie pas que j'ai bu une gorgée de l'antidote avant de partir. Je suis résistant.
En se mordant les lèvres avec inquiétude, Emilia empoigne fermement son bras droit avant de lui répliquer :
- Non. Je refuse. C'est plutôt à toi d'en boire. Moi, je peux arriver à supporter le poison.
- Ne dis pas de bêtises. Même si tu arrives à le supporter mieux que moi, j'ai remarqué que tu es de plus en plus essoufflée, proteste Link avec sérieux en se levant.
- C'est à cause du trajet qui a été fatiguant. Le poison ne m'affecte pas ! Tu peux me croire. Je vais bien, persévère Emilia en se montrant très têtue. De nous deux, c'est... c'est toi qui en as le plus besoin. Donc, n'insiste pas et bois-le vite. Si tu me donnes ce flacon, je le casse. C'est aussi simple que ça.

Link baisse la tête, préférant ne pas insister. Emilia veut le forcer à boire cet antidote en utilisant n'importe quel moyen.
- Bien... comme tu le souhaites... accepte Link en retirant le bouchon du flacon à contrecoeur.
Pendant qu'il boit une gorgée, Emilia croise ses bras, n'osant pas le regarder.
- Arf ! Quel goût infect ! râle Link en grimaçant, les yeux à moitié fermés.
- C'est normal ! Nous avons utilisé le poison et le sang d'un sanglier pour le fabriquer ! révèle joyeusement Falgus.
- Du... du sang... ? répète l'Hylien avec stupéfaction. Et c'est maintenant que tu me dis ça ?
- Oui mais attention : on ne tue pas les animaux ! On prélève seulement quelques gouttes !
- J'ai bien fait de ne pas l'avoir bu, constate Emilia avec un sourire nerveux, écoeurée par le véritable contenu de l'antidote.

Ignorant les maux brûlants de son estomac, Link inspire un bon coup et plaque la main gauche sur sa bouche. Les yeux rivés sur le temple, l'envie de détruire la source qui souille la nature s'intensifie de plus en plus.

* * *

Contrairement à l'architecture gothique sur les façades extérieures, le hall est vide et lugubre. De nombreuses statues de la déesse Hylia accrochées au mur, longent la grande allée, les yeux vides et les mains jointes. Elles sont aussi féminines que celle qui trône sur la fontaine de Foracalia. Attentivement, Link et Emilia balayent la pièce du regard pendant que Falgus s'approche d'une sculpture. Même s'il a froid aux pieds à cause du carrelage noir, il ne s'en plaint pas.

- Toutes ces statuettes... C'est donc ici que vous venez prier ? s'interroge Emilia, de plus en plus intriguée.
- Oui ! affirme aussitôt le petit Falgus. C'est également ici que le sage de notre peuple, qui était mon grand-père, a résidé jusqu'à ce que son âme rejoigne les cieux.

Malgré l'incertitude, Link continue d'observer les alentours. Soudainement, il distingue une silhouette qui attire pleinement son attention, située au fond de la pièce voisine. Il s'approche dans sa direction jusqu'à ce qu'il constate qu'il s'agit d'une grosse enveloppe visqueuse. Un cocon violet. Malgré la feuille qui couvre sa bouche, Link parvient à sentir l'horrible odeur qui s'en dégage. Une odeur de pourriture bien pire ici que dans la forêt.

- Ah ! Un cocon ! C'est là-dedans que naissent les petits de la créature ! explique Falgus d'un ton affolé.

Sans hésitation, Link retire l'épée du fourreau et tranche en deux l'enveloppe. Comme un oeuf cassé, du liquide bouillant gicle et macule les murs et le sol. Aussitôt, un hurlement de douleur, grave et étouffé par un grognement monstrueux, résonne dans le temple. Le sol tremble sous les pieds de l'épéiste. Emilia et Falgus se bouchent les oreilles, tandis que Link se crispe, sur ses gardes. Brutalement, une grosse racine épineuse surgit du sol à l'entrée de la pièce. Elle répand un souffle toxique. Ébouriffé, Link recule aussitôt. La racine vacille dans tous les sens, prête à entailler le premier inconscient qui s'approcherait trop près d'elle. Fou d'inquiétude pour ses alliés qu'il n'arrive plus à voir à cause de l'obstacle épineux, il essaye de s'approcher.

- Emilia ! Falgus ! Vous m'entendez ? demande-t-il d'une voix désespérée.
- Link ! s'inquiète Emilia. Tu n'as rien ?
- Monsieur Vert ! Tu es vivant ! s'exclame Falgus.
Link soupire de soulagement avant de poursuivre :
- Je n'aurais peut-être pas dû détruire ce misérable cocon. Surtout qu'un liquide violet écoeurant coule maintenant.
- Cela veut dire que l'insecte n'avait pas terminé sa croissance, constate Emilia avec anxiété. Si tu en vois d'autres, détruis-les avant qu'il ne soit trop tard ! De notre côté, nous allons passer par la pièce à gauche pour tenter de te rejoindre.
- Il est hors de question que je vous laisse y aller seuls ! Surtout que vous n'avez pas la feuille pour chasser le poison ! rétorque Link en essayant de conserver son sang-froid.
- Ne t'en fais pas, Monsieur Vert ! Je vais protéger Madame Bleue à ta place ! rassure Falgus d'une voix résolue en tendant sa feuille, aussi petite que lui.
- On fera attention. Promis, rassure Emilia, confiante.

Bien que l'idée ne plaise guère à Link, soucieux à l'idée qu'il arrive un malheur à ses deux alliés, il lâche un soupir exaspéré avant de déclarer :
- Faites attention à vous... On se rejoindra plus tard.
À contrecoeur, il s'éloigne de la racine, de plus en plus menaçante à son égard.

chapitres suivants...

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Elincya". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

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