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L'ascension d'un prodige

Ecrit par Onyx
Chapitres 1 à 4   •   Chapitres 5 à 9   •   Chapitres 10 à 14


J'ai pris l'habitude de ne pas suivre à la lettre les éléments des diverses œuvres sur lesquelles j'écris, donc ici je revisiterai à ma façon le passé de Link et Zelda, bien que je fasse très attention aux souvenirs du jeu et au journal de Zelda afin de rester la plus cohérente possible.
J'utilise aussi les informations de "Creating a Champion" pour respecter au mieux l'univers (il y a juste le laboratoire d'Elimith qui est anachronique mais ayant écrit l'histoire depuis un moment, je ne peux pas changer le moment où il apparait dans ma fan fiction...).
Je vais changer l'ordre d'un ou deux souvenirs par souci de cohérence, ou même un événement en particulier. Sinon beaucoup de passages sortiront complètement de mon imagination. Il y aura aussi de rares répliques du jeu que je garderai car elles sont primordiales et lourdes de sens.
Sur ce, bonne lecture !

Chapitre 1

Depuis des milliers d'années, le royaume d'Hyrule vivait en paix et prospérait. Un jour, le roi et la reine eurent une fille qu'ils nommèrent Zelda, comme le dictait la tradition. Seulement, quelques temps après cet heureux événement, un présage leur fut adressé : Ganon le Fléau, leur éternel ennemi, s'apprêtait à revenir une fois de plus pour détruire le royaume. Rhoam Bosphoramus Hyrule, le souverain, décida de lancer des recherches avec des membres du clan Sheikah afin de retrouver d'immenses machines : les Créatures Divines. Dix mille ans plus tôt, elles auraient aidé la Princesse et le Héros choisi par l'épée de Légende dans leur combat contre le Mal. Elles furent trouvées quatre ans plus tard, à divers endroits du royaume.

Pendant ce temps, la jeune princesse apprenait à éveiller son pouvoir auprès de sa mère. Seulement, quand elle eut six ans, la reine fut brusquement emportée par une maladie, laissant derrière elle un royaume en danger et une enfant dévastée par sa mort.

o O o

À plusieurs lieues du château vivait la petite famille d'un chevalier dans le village d'Elimith. Ils n'étaient pas issus de la noblesse, certes, mais ils appréciaient le calme de la campagne ainsi que ses ressources. Le père, le chevalier Karl, se rendait au château toutes les deux semaines pour servir la famille royale, puis revenait plusieurs jours plus tard pour assurer la sécurité du village. Il avait épousé la douce Adélaïde, la fille du charpentier, aux cheveux châtains et aux yeux bleus uniques. Tous deux avaient eu un fils, Link. Depuis qu'il savait marcher, le garçon se plaisait à attraper une branche d'arbre pour imiter son père lors des combats. Rapidement, Karl remarqua l'aisance de son fils malgré son très jeune âge, et il décida de lui apprendre les bases de la chevalerie.

Dans le village, des rumeurs commencèrent à circuler : à quatre ans, le jeune Link aurait battu des chevaliers du château dans un combat singulier. Était-ce vrai ? Certains l'affirmaient. D'autres, plus sceptiques, se contentaient de froncer les sourcils ou de glousser. Quoi qu'il en soit, le garçon avait un potentiel indéniable. Un soir, assise dans un coin de la bibliothèque familiale, Adélaïde cousait tranquillement une chemise pour son fils qui ne cessait de déchirer celle qu'il portait. C'était une petite femme aux yeux semblables à ceux de son enfant. Lorsque son mari revint enfin du château, la châtaine leva la tête vers lui et lui adressa un doux sourire pour l'accueillir.

- Bonsoir, Karl. Comment s'est passé ton séjour à la citadelle ? lui demanda-t-elle en poursuivant sa tâche.
Le blond vint prendre place devant le feu de cheminée pour réchauffer ses mains.
- Bien, comme d'habitude, lui répondit-il chaleureusement. Tu as pu rendre visite à ta soeur ?
Adélaïde hocha doucement la tête puis rit après avoir soupiré, ce qui intrigua le chevalier qui demanda quelques précisions.
- Figure-toi que notre fils n'a cessé de répéter qu'il deviendra chevalier et qu'il se montrera digne de toi. Tout se serait bien passé s'il n'avait pas voulu faire une démonstration de ses capacités avec une branche d'arbre...
- Il n'a que cinq ans, ma tendre.
Tous deux s'échangèrent un regard, installant un léger silence durant quelques instants. Pensant comprendre, Karl fronça les sourcils, amusé.
- Ne me dis pas qu'il a fait sa démonstration sur une cocotte ?
- Je le crains...
Cela provoqua l'hilarité du preux chevalier en imaginant son garçon poursuivi par un groupe de poules. Bien qu'il ait déjà accompli des exploits pour son âge, Link restait tout de même très inconscient par moments.
- Karl, je crois que Link désire vraiment emprunter la même voie que toi. Mon beau-frère m'a dit qu'il pourrait très facilement devenir chevalier avant ses quinze ans.
Le blond se leva, s'approcha de sa femme puis s'agenouilla devant elle pour lui prendre les mains, l'air sérieux.
- Est-ce que cela t'inquiète ? Après tout, les jeunes d'aujourd'hui veulent tous devenir chevaliers pour servir la jeune princesse.
- Ce n'est pas ce qui a l'air de préoccuper le plus notre fils...
Adélaïde soupira tandis que ses mains se crispèrent, désemparant son mari.
- Link fait souvent des cauchemars depuis quelques temps, lui apprit-elle avec une légère anxiété. J'ai peur que tout cela n'ait un impact néfaste sur lui.

Derrière eux, le parquet grinça et attira immédiatement leur attention. Ils tournèrent la tête vers la cage d'escaliers mais ne virent rien. Malgré cela, ils comprirent que leur jeune garçon ne dormait toujours pas, et écoutait probablement leur conversation.

- Nous en reparlerons une autre fois, proposa Karl. Tu devrais te reposer, je n'aimerais pas que ton état...
- Ne t'inquiète pas, je finis de coudre la manche et je pars me coucher, le coupa-t-elle de peur qu'il soit entendu.

Karl ne dit rien et accepta simplement de la laisser finir son ouvrage. Il savait sa femme malade depuis quelques mois, sans pour autant connaître l'origine de la maladie. Les médecins parviendront certainement à la soigner.

o O o

Pendant qu'elle parcourait l'une des grandes avenues d'Hyrule lors d'une visite de la citadelle, Adélaïde tenait la main de son jeune fils, entourée par la foule animée. Le jeune blond semblait peu apprécier de rester immobile, ses pieds étaient parfois écrasés par inadvertance.
- Maman, je veux rentrer... maugréa-t-il en lui tirant plusieurs fois le bras.
- Non, Link, répondit-elle durement. Le cortège royal va bientôt passer. Nous ne pouvons pas rater ça !
- Mais j'ai faim !
Son insistance manqua de l'agacer.
- Voyons, penses-tu que ce soit plus important que de voir la reine et sa fille ? Ce sera peut-être la seule fois de ta vie où tu les verras...

Le blond lâcha sa main pour croiser les bras en faisant la moue. Autour de lui s'élevèrent des exclamations quand le carrosse dépourvu de toit fut enfin en vue. Des gardes royaux empêchaient les Hyliens de trop s'approcher. Adélaïde paraissait tout aussi heureuse d'entrapercevoir sa reine.

- Par les déesses, quelle femme resplendissante ! dit-elle à voix haute. Et quelle magnifique enfant... Oh, Link, regarde ! La jeune princesse nous observe !

Mais il ne daigna même pas lever les yeux, bien trop agacé de ne pas rentrer à l'auberge pour assouvir sa faim. Il ne put voir le regard intrigué de la princesse vis-à-vis de lui, comme si elle ressentait une étrange aura venant de sa part. Mais la reine la pria de saluer les habitants puisque c'était sa première excursion en dehors du château. Ce fut ainsi que les deux élus des Déesses se rencontrèrent pour la première fois, à l'âge de cinq ans.

o O o

Quatre années plus tard, un jeune garçon s'entraînait au tir à l'arc dans son jardin, sous le regard pesant de son père. Ce dernier avait les bras croisés et tapait nerveusement du pied. Finalement, il claqua la langue puis posa ses mains sur ses hanches, le visage grave.

- Fils, je t'ai déjà dit cent fois que la paume de ta main qui tient la corde doit se trouver à l'intérieur ! le sermonna-t-il durement. Je ne comprends pas pourquoi tu la tournes vers l'extérieur.
Link décocha sa flèche qui vint se planter à quelques centimètres du centre de sa cible.
- Je me sens plus à l'aise en tirant ainsi.
Karl soupira.
- Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi... Tu n'écoutes même pas les conseils de ton père.
L'enfant plaça une nouvelle flèche dans l'encoche, le brandit en fermant un oeil, puis lâcha la corde après avoir bloqué sa respiration. Elle vint se loger à côté de la précédente.
- Je reconnais que tu as du potentiel pour ton jeune âge, mon fils. Si tu continues sur cette voie, peut-être pourras-tu devenir chevalier avant l'heure.
Immédiatement, Link baissa son arme et courut vers son père, réjoui.
- C'est vrai ? Je pourrai suivre tes pas ?!
Karl écarquilla des yeux avant de rire fortement en posant une main sur l'épaule de son garçon.
- J'aime cette ambition dans ton regard ! C'est bien. Tu iras loin dans la vie, Link. Sans but, que pourrait-on faire ? Je te propose quelque chose, fils.
Karl s'accroupit devant lui et lui sourit avec bienveillance.
- Si tu parviens à devenir chevalier, alors je te léguerai mon épée.
-Vraiment ?! s'écria le jeune blond dont les yeux pétillaient d'excitation.
Son père hocha la tête.
- Oui, elle se transmet de père en fils depuis mon arrière-grand-père. C'est un bien très précieux.
Il frotta avec vigueur la chevelure de son fils qui tombait jusqu'à ses omoplates.
- Et attache-moi ces cheveux. On dirait une petite fille.
- Eh !

Le père se releva en riant à gorge déployée, puis s'éloigna afin de laisser son fils s'exercer convenablement. Link tira la langue à son père quand il eut le dos tourné et reprit son entraînement sans plus tarder.

o O o

- Link ! cria une fillette en accourant avec son ami.

Le fils de Karl, accroupi sur le sable de la plage derrière le village d'Elimith, creusait le sol avec un morceau de bois dans l'espoir de trouver des crabes cachés. Au loin, par-delà les vagues, le soleil disparaissait lentement, laissant derrière lui un ciel orangé. Quand il entendit Florine, la fille du teinturier, l'appeler avec force, Link leva la tête et la vit arriver avec Jeannot, leur ami en commun. Tous trois avaient onze ans, ou presque, et restaient très souvent ensemble notamment pour faire des petites bêtises ou explorer les environs.

- Mon père a dit que tu allais partir pour la citadelle !
À leurs expressions déconcertés, Link dévia le regard en se relevant.
- Seulement l'année prochaine, répondit-il simplement en époussetant son pantalon.
- Mais pourquoi ? lui demanda aussitôt Jeannot.

Link leur rappela qu'il désirait devenir chevalier et que pour cela, il devait s'inscrire à l'école de chevalerie un jour ou l'autre. Son père et sa mère économisaient pour payer ses études depuis son plus jeune âge. Dans quelques mois, la somme serait intégralement réunie.

- Tu comptes épouser la princesse ? lui railla Florine en croisant les bras.
Sa question indigna Jeannot, mais Link se contenta de froncer les sourcils.
- Mais non, j'veux épouser personne, moi. Je veux juste être chevalier.
Il attrapa une fine épée de bois qu'il avait accrochée à sa taille puis fendit l'air avec, en souriant grandement.
- Comme mon père ! finit-il en effectuant une série de mouvements précis.
Bien que Florine resta indifférente, Jeannot fut époustouflé et complimenta le garçon en sautillant sur place.
- Tu devrais déjà grandir, lui dit-elle, tout de même un peu soucieuse. Tu es le plus petit d'entre nous... Pour porter une armure de chevalier, ce ne sera pas facile.

Link lui tira la langue et une dispute s'engagea entre les deux compères, sous le regard dérouté de Jeannot qui tentait de les calmer du mieux qu'il put. Cela s'arrêta quand Adélaïde vint chercher en personne son fils pour qu'il vienne dîner. Elle posa chaleureusement sa main à l'arrière de la tête de son enfant alors qu'il évitait de regarder Florine.

- Jeannot, ta mère t'attend chez ton oncle, lui dit la châtaine en souriant.
- D'accord...

Link et sa mère s'en allèrent alors sous les yeux des deux autres enfants qui les observèrent s'éloigner petit à petit, montant le long du chemin. Adélaïde énumérait à son fils tout ce qu'elle avait préparé pour le repas, et cela semblait le ravir au plus haut point. Elle savait comment le faire changer d'humeur ! Une fois qu'ils furent chez eux, Link sauta sur sa chaise et attendit que sa mère le serve. Il regarda alors devant lui la place de libre, ce qui le fit froncer les sourcils. Le garçon se retourna vers sa mère, alors aux fourneaux.

- Papa ne devait pas rentrer ce soir ?
- Non, le roi a envoyé son régiment à l'est pour surveiller les frontières.
Déçu, le blond reporta son attention sur son assiette.
- Ah... il m'avait promis de me parler des Bois Perdus, pourtant.
Adélaïde arriva à ses côtés et déposa une petite marmite de soupe fumante devant lui avant de le servir.
- Les Bois Perdus ?
Elle sourit.
- Cela ne m'étonne pas de lui. Il a toujours été fasciné par Excalibur.
À ce nom, Link ressentit une étrange sensation dans son coeur et ses yeux s'agrandirent de curiosité.
- Excalibur ? répéta-t-il, tout ouïe.
- Oui, l'épée qui pourfend et scelle le Mal, lui apprit-elle en s'attablant à son tour. Une arme magnifique et d'une puissance rare ! Mais personne n'est en mesure de la manier. Les quelques malheureux qui ont tenté de la retirer de son piédestal en sont morts.
Le garçon déglutit difficilement pour avaler sa soupe, sans lâcher une seconde sa mère du regard. Quelle était donc cette épée, capable de prendre la vie d'un homme ? Cela lui paraissait impensable.
- Ton père est passionné par cette arme, crois-moi, rit-elle avant d'entamer son repas. Elle est liée à une légende que j'ai oubliée, malheureusement... Il saura mieux t'en parler que moi à son retour.
- J'aimerais bien la voir ! s'exclama Link en frappant le bout de sa cuillère contre la table de bois.
N'ayant pas encore mué, sa voix partit dans un son étrangement aigu qui les fit écarquiller des yeux. Le blond eut aussitôt honte de s'être ainsi emporté, mais sa mère le rassura avant d'ajouter :
- Tant que tu ne fais que la regarder, ça me va.
- Je ne suis pas assez fou pour toucher une épée qui ôte la vie à ceux qui la touchent...

Les mois passèrent, Link continua à s'améliorer en testant divers entraînements et jeux, notamment. Son grand-père, le charpentier, lui avait fabriqué un bouclier de bois bien rond et y avait peint le symbole de la famille royale dessus. Link en était très fier ! Alors, chaque matin, il s'en équipait en le positionnant dans son dos avec une petite épée, son petit arc de chasse et son carquois, puis il partait dans la forêt juste sous le village. Il apprenait ainsi à être discret pour approcher le gibier et s'exerçait à tirer sur une cible en mouvement. Ainsi il pouvait ramener de la viande et la déguster avec ses parents le jour même. Lors de ces parties de chasse, Link se sentait comme un véritable chevalier avec tout son équipement, bien que cela puisse paraître ridicule aux yeux d'un observateur.

En cachette, il n'hésitait pas à se battre contre de vieux épouvantails laissés à l'abandon sur des champs inexploités. Mais les moments que Link appréciait étaient sans doute ceux passés à se battre contre son père. Cela faisait déjà quelques temps qu'il l'avait dépassé sur le plan technique, mais Karl parvenait toujours à gagner les derniers combats de la journée grâce à sa force et son endurance, étant aussi les points faibles de son fils.

Dissimulé derrière un buisson, Link guettait l'arrivée du lièvre qu'il suivait depuis près d'une heure. Silencieusement, il attrapa son arc et tendit sa main vers son carquois pour y attraper une flèche. Son carquois, rouge aux divers motifs, était l'un de ses biens les plus précieux, cadeau de sa mère à ses onze ans. Le jeune Hylien en prenait grand soin. Doucement, Link brandit son arc en direction du lièvre, puis la flèche fusa et se planta dans sa chair. La créature gémit avant de tomber à la renverse. Satisfait, le garçon sortit de sa cachette, alla chercher son futur repas puis partit en direction du village. Sous l'arche à l'entrée d'Elimith, il trouva Jeannot en train d'analyser une sauterelle. Il avait l'air... passionné. Link emprunta les escaliers de bois à moitié recouverts de terre, pour monter jusqu'à sa demeure où il découvrit son père en train de planter un arbre, à quelques mètres de là. Intrigué, le garçon s'approcha, la tête légèrement penchée sur le côté et manifestement intrigué.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il à son père.
- Tu comprendras un jour, fiston.
Karl tourna la tête vers lui et lui offrit un sourire triomphant.
- Tu viendras me voir quand tu en auras la réponse.
Link entrouvrit la bouche pour répondre, mais il ne sut quoi dire. Ce n'était pas dans les habitudes de son père de planter des arbres. Il les frappait plutôt avec son épée d'exercice lors des entraînements.
- Oh, jolie prise ! le félicita Karl en se relevant.
Il pointa le lièvre du doigt.
- Tu l'as tué d'une flèche ?
- Oui... j'ai dû passer une heure à le traquer.
Cela fit rire son père, ce qui déplut fortement à Link. Il n'y voyait rien de drôle, surtout que c'était presque son record en temps. Karl finit par poser une main sur l'épaule de son fils et il ancra son regard dans le sien.
- Tu ferais un excellent chasseur, tu sais ?
- Que...! s'indigna Link avant que son père ne le coupe.
- C'est fort dommage, j'ai déjà prévu de t'emmener à la citadelle d'Hyrule pour tes douze ans.
Les yeux du garçon s'agrandirent de stupéfaction alors qu'un sourire niais se dessinait sur ses lèvres. Il lui semblait que sa journée prenait une couleur bien plus vive et chaleureuse.
- Alors ça y est ?! s'exclama-t-il, fou de joie. Tu vas me présenter à l'école de chevalerie ?
Karl hocha vigoureusement la tête tandis que sa femme sortait de la maison pour voir ce qu'il se passait.
- Oui, il est temps que tu commences à apprendre véritablement le métier, petit bonhomme.
Le chevalier frotta avec vigueur la tête de son fils qui ne cessait de pousser des cris étouffés pour manifester sa joie.
- Et j'ai même prévu une surprise juste avant de t'y rendre ! Tu vas voir, tu n'oublieras jamais cette année de ta vie.
Le père et le fils se donnèrent des coups amicaux en riant de bon coeur, ce qui arracha un sourire à Adélaïde qui les rejoignit.
- Du calme, les garçons, les pria-t-elle, les doigts entremêlés devant son tablier. Vous allez ameuter tout le village sinon...
Elle remarqua alors l'animal dans les mains de son fils et ses yeux se mirent à pétiller.
- Tiens, avec ce lièvre, je vais vous préparer un civet pour ce soir ! J'inviterai ma soeur et son mari pour partager ton butin.
Link en fut ravi et tous trois retournèrent dans leur maison en discutant de vive voix à propos des ingrédients pour l'accompagnement.

De nombreuses semaines plus tard, Link eut douze ans. Malheureusement, son père fut appelé par son officier supérieur pour contenir une invasion d'ennemis, au nord du royaume. Depuis quelques années, des créatures démoniaques faisaient peu à peu leur apparition et menaçaient de petits villages. Tout le monde était au courant du futur retour de Ganon le Fléau, et Link voulait à tout prix devenir chevalier pour pouvoir protéger ses terres et le futur des hyruléens. Il savait que d'immenses Créatures avaient été découvertes afin de combattre le jour venu, mais il ne les avait jamais vues et ne connaissait pas leurs capacités.

De ce fait, Link ne put se rendre à la citadelle comme prévu et il en fut fort triste. Le garçon s'inquiétait beaucoup pour son père aussi. Karl était parti pour une durée indéterminée. Bien qu'Adélaïde demeurait très soucieuse, elle tâchait de ne pas le montrer à son fils pour qu'il garde espoir de voir revenir son père. Presque tous les jours, Link se positionnait sur la butte la plus haute du village et regardait en direction du château pour essayer de discerner la moindre silhouette remontant les chemins vers Elimith. Mais il n'y avait personne.

Trois longs mois s'écoulèrent avant le retour de Karl. L'émotion fut vive dans sa famille comme au sein du village. On lui demanda des nouvelles à propos des troupes ennemies, de leur nombre... On voulait savoir comment on les avait repoussées et s'il y avait eu des pertes du côté des Hyliens. En effet, il y avait eu quelques pertes, mais le nombre d'ennemis n'avait pas dépassé la centaine. Durant ces trois mois, les chevaliers avaient monté un camp pour protéger la frontière et repousser les attaques des êtres maléfiques. Finalement, après une longue bataille, les Hyliens avaient triomphé des ennemis et ils purent revenir au château. Link écoutait le récit de son père avec beaucoup d'admiration et de respect pour lui. Même s'il n'était pas noble, même s'il venait d'un village de campagne, son père restait un grand homme. Le soir de son retour, Karl eut une conversation importante avec son fils, au sujet de l'école de chevalerie et de l'avenir du royaume.

- Je dois te prévenir, Link, commença-t-il d'une voix grave. Les prochaines années s'annoncent très difficiles et sombres. Les jeunes chevaliers inexpérimentés comme toi risquent d'être les premières victimes des batailles futures.
Un voile de tristesse passa sur le visage du chevalier, ce qui provoqua un vif pincement au coeur du garçon.
- Je sais que tu as hâte de servir le roi et d'intégrer ses troupes. Mais reste toujours vigilant. Ton impatience pourrait te perdre...
Il prit son fils par les épaules et le regarda avec tant de sérieux que Link en eut des frissons.
- Tu as beaucoup de talent, crois-moi. Peut-être même trop... Si tu l'exploites mal, cela te mènera à ta perte, répéta Karl avec insistance car il voulait garder à tout prix son garçon en vue. Lors de tes entraînements, reste humble face aux autres. N'essaie jamais de leur en mettre plein les yeux. Viens en aide à tes frères d'arme s'ils sont en danger, mais surtout n'oublie pas une chose.
Les yeux de l'adulte s'embuèrent alors et la gorge du jeune Hylien s'assécha désagréablement. Il baissa la tête.
- Sur un champ de bataille, tu n'es qu'un homme.
Les lèvres de Link se pincèrent quand il comprit l'ampleur des mots de son père. Karl le dévisagea un long instant, esquissa un sourire serein puis tapota la joue de son garçon pour le rassurer.
- Allez, mon fils. Va préparer tes bagages. Demain nous partons pour la citadelle.

Le blond hocha la tête puis se dirigea dans la toute petite pièce derrière l'escalier, qui s'avérait être sa chambre. Il prit une petite malle et y mit sa tenue d'entraînement, ses sous-vêtements ainsi qu'un livre, du papier à lettre et une plume. Sans oublier sa petite bourse où il rangeait ses rubis. Dans la salle principale, Adélaïde discutait à voix basse avec son mari pour lui témoigner son inquiétude.

- Karl, il n'a que douze ans... S'ils en viennent à manquer de chevaliers, ils l'enverront à son tour à la bataille, et il se fera tuer !
Elle émit un hoquet d'horreur et plaqua ses mains sur sa bouche avant de sangloter. Sa plus grande peur était bien de voir un chevalier arriver et lui rendre l'épée de son fils... Le blond lui prit les mains pour la consoler.
- Voyons, ils n'enverraient jamais un apprenti... Tout se passera bien, Adélaïde, murmura-t-il en la prenant dans ses bras. Si j'en crois les mots de mes supérieurs, la guerre devrait être finie avant que Link ne soit adoubé.
- Tu ne comprends pas... Il est si petit pour son âge, si fragile...
Ce dernier mot fit rire son mari.
- Il est tout sauf fragile, notre garçon ! lui affirma-t-il avec conviction. Et puis il finira bien par grandir, je ne m'en fais pas pour ça.
Il hocha la tête et poursuivit :
- Link sera peut-être loin de nous, mais j'irai le voir lors de mes sessions au château. Tu pourras m'y accompagner, aussi.
Adélaïde lui fit signe que ce n'était pas possible pour elle car son état de santé ne le lui permettait pas pour le moment. Mais quand Link se ferait adouber, elle voyagerait malgré tout. En tant que mère, elle se le devait.
- Nous partirons aux premières aurores. Il te faudra lui dire au revoir ce soir.

À ce moment-là, Link revint les voir, sa malle sous le bras. En voyant l'était émotionnel de sa mère, il laissa son bagage tomber au sol et se précipita dans ses bras pour l'étreindre. Quitter sa famille, et notamment sa mère, lui déchirait le coeur. Link avait conscience qu'il ne la reverrait pas avant longtemps. Ses mots, ses repas, ses étreintes, son parfum allaient lui manquer. Mais c'était un sacrifice à faire pour parvenir à son but.

- Surtout, ne fais pas n'importe quoi, à la citadelle, le prévint Adélaïde sur un ton faussement autoritaire. Mange et dors correctement. Ne t'avise pas à vouloir te pavaner devant les citadines mais fais-toi des amis.

Tout cela, le garçon le savait bien. Mais le fait que sa mère le lui répète le rassurait, d'une certaine manière. Le jour suivant, aux premières lueurs rosées naissantes à l'horizon, Karl et son fils partirent à pied pour le château. Le cheval familial qui les accompagnait portait l'équipement du jeune et intrépide Hylien ainsi que sa malle. Le voyage devait durer environ un jour. Le soir, à quelques lieues de la citadelle, ils s'arrêtèrent à un relais près de la rivière Hylia où ils purent se reposer et dormir. Ce n'est qu'au matin suivant, légèrement frais, où Link comprit qu'il prenait un chemin différent.

- Papa, le château est à l'ouest... lui fit-il remarquer alors qu'ils passaient à travers un petit bois.
- Je le sais bien.

Link leva les yeux vers le chevalier et le vit étrangement sourire. Il ne comprenait pas ce que prévoyait de faire son père. Face à lui, il remarqua enfin la cime d'un arbre immense : un cerisier, plus précisément, qui se trouvait au sein d'une forêt immense. Le garçon fut impressionné par sa hauteur. Ils arrivèrent alors devant une arche en pierre à l'orée de la forêt et Karl s'arrêta.

- Voici les Bois Perdus, fils ! Je voulais te les montrer plus tôt, mais qu'importe, nous y sommes enfin.
Les yeux de Link se mirent à briller d'excitation. Alors ça y est, il pouvait enfin voir ce lieu mystique ! Une aura si singulière en émanait.
- Jeune Maître, résonna subitement une voix féminine dans sa tête, ce qui fit bondir son coeur au sein de sa poitrine.

Link se retourna mais ne vit personne. Il ne venait pas de rêver, pourtant... La voix l'appela une nouvelle fois et il se figea, les yeux écarquillés, face à cette forêt qui semblait vouloir l'attirer. Karl remarqua alors l'immobilité de son fils et fut quelque peu étonné par son expression. Il pensa alors que c'était à cause d'un écriteau qui incitait les voyageurs à passer leur chemin car c'était dangereux. Surtout qu'une inquiétante brume planait entre les arbres.

- Allez, Link. Il est temps de repartir pour le château.
Le chevalier fit demi-tour en tirant l'étalon par la bride mais s'arrêta lorsqu'il sentit son fils toujours figé. Karl se tourna pour l'appeler mais il le vit commencer à marcher en direction de la brume, comme hypnotisé.
- Non, Link ! s'exclama-t-il, les sens en alerte. Tu risques de te perdre !
Le jeune blond se mit soudainement à courir sans même écouter son père.
- Link ! s'écria Karl en se lançant à sa poursuite.

Mais son fils était dans un état second. La seule voix qui lui parvenait était celle d'une femme qui ne cessait de répéter la même chose, comme pour le guider. Link courait entre les arbres, s'arrêtait par moments pour tenter d'entendre la voix de nouveau, puis se remettait aussitôt en route. C'est alors qu'il arriva sur un petit chemin où le brouillard se dissipait. À ce niveau, il ralentit l'allure, le souffle court, et reprit ses esprits. La réalité le rattrapa brusquement et l'Hylien se sentit terriblement seul dans un territoire inconnu. Pourtant, là devant lui, une force, une aura l'appelait. Le coeur battant à tout rompre, Link avança sur ce chemin parsemé de fleurs et de diverses plantes. Il avait l'impression d'être surveillé. Le jeune garçon, au détour d'un arbre, découvrit un espace dégagé où s'élevait vers le ciel une magnifique épée. Son aura entrait en résonnance avec l'âme de Link. Un rayon de soleil venait la mettre d'autant plus en valeur en l'illuminant.

- Jeune maître, répéta la voix mystérieuse.
Link s'approcha lentement de la magnifique épée sans parvenir à la quitter des yeux. Quand il fut face au piédestal, le garçon tendit la main vers la fusée de l'arme, la bouche entrouverte.
- NON, LINK ! hurla Karl en arrivant, épouvanté. Elle va te tuer !

Le chevalier se précipita vers son fils tandis que son coeur s'apprêtait à sortir de sa poitrine. Link ne devait pas la toucher ! Mais le jeune Hylien ne prêta aucunement attention à son père. Au moment où ses doigts se refermèrent sur la fusée, l'air se densifia intensément et Karl fut mis à terre par une force puissante provenant de l'arme légendaire. Cependant, Link ne vacilla pas. Au contraire, il sentait un immense pouvoir traverser tout son être et le transcender. Sa deuxième main s'empara à son tour de la fusée puis ses forces parurent être aspirées par l'arme.

Link émit un faible gémissement quand sa tête se mit brusquement à tourner, il manqua de sombrer dans l'inconscience mails il ne laissa pas l'épée prendre le dessus sur lui. Car le blond sentait qu'elle le mettait à l'épreuve. Link serra les dents en fronçant les sourcils puis commença à tirer l'épée de son socle. Elle était très lourde... Bien trop pour un garçon de son âge et de sa morphologie. Mais il devait essayer ! Link s'aida de ses pieds en se donnant une impulsion, ce qui finit par la déloger de sa prison de pierre. Pris dans son élan, il tituba en reculant mais sans perdre l'équilibre. D'un coup, la lame de l'épée émit une vive lueur bleutée qui aveugla le jeune garçon et fut semblable à un flash lumineux pou Karl.

Le chevalier, agenouillé, assistait avec impuissance à cette scène impensable. Il n'y croyait pas... C'était tout bonnement incroyable que son fils, aussi jeune, ait pu être reconnu par Excalibur... Karl vit son fils retourner l'épée de sorte que sa pointe soit tournée vers le ciel, puis il la regarda avec une admiration sans limite.

- Je vous retrouve enfin, Maître, reprit la voix qui s'avérait être celle de l'esprit de l'épée.
La Lame Purificatrice émit un bruit que seul Link entendit. Un son métallique. Devant lui, les branches de l'immense cerisier se mirent à se mouvoir et un grondement grave fit vibrer le sol. Effaré, Karl leva la tête mais ne remarqua rien. Il n'y avait que son fils pour voir le véritable visage de l'Arbre Mojo.
- Tu es de retour, Héros, prononça la divinité sur un ton solennel. Je t'attendais.
Link ne ressentit aucune peur. Il était si impressionné qu'il n'eut pas les mots. C'était incroyable... Comme si un très fort lien, enfoui au plus profond de lui, le reliait à ce lieu.
- Ton devoir est grand, une fois de plus, poursuivit l'Arbre Mojo dont le devoir était d'expliquer au héros son immense mission. En retirant la Lame Purificatrice de son socle, tu t'es montré digne de la manier et de sauver le royaume du Mal qui le ronge peu à peu.
Le coeur du jeune Hylien se serra fortement, une boule se forma dans son ventre en signe de pression psychologique. Étrangement, il avait l'impression de déjà tout savoir sur son rôle... Son devoir l'appelait.
- Va, jeune Link. Il faut que tu partes rejoindre la prêtresse royale et que vous combattiez la Malice, côte à côte. Unissez vos forces et sortez vainqueur de la guerre qui approche. Je crains que le destin de ces terres ne repose une fois de plus sur vos épaules.

Quel poids à porter pour un garçon d'un si jeune âge ! Le destin de plusieurs peuples dépendait de lui ? N'était-ce pas trop pour un simple fils de chevalier ?

- Link... l'appela son père, derrière lui.
Sa voix tremblait et trahissait son état de choc. Le visage de Karl avait grandement pâli et ses traits étaient marqués par une inquiétude profonde. Link lui fit face, profondément attristé que cela puisse autant atteindre son père.
- Il... il faut que nous partions sur le champ pour le château...

Le jeune Hylien hocha la tête puis le rejoignit en traînant péniblement l'arme au sol. Il n'avait plus la force pour la soulever... Et Karl ne pouvait la toucher, de peur de se faire tuer puisqu'il n'en était pas digne. En réunissant ses maigres forces, Link souleva la Lame Purificatrice et la cala sur le cheval, entre la selle et sa malle. Avec quelques liens, il lui permit de ne pas tomber.

Sur le chemin vers le château, aucun d'eux ne parla. Karl éprouvait des émotions bien trop vives pour parvenir à parler. Quant à Link, il ne cessait de penser à ce futur qui lui était d'office désigné. Sa vie venait de prendre un nouveau tournant, ses buts venaient d'être modifiés. Il ne devait pas simplement devenir chevalier. Non, il se devait aussi d'apprendre à utiliser l'épée de légende. S'il y parvenait, il pourrait ainsi servir pleinement la prêtresse royale et combattre à ses côtés le moment venu. Mais... en était-il seulement capable ?

Link déglutit difficilement. Il n'était pas noble. Il partait du plus bas échelon. Sa tâche ne devait pas être prise à la légère. Sauver le royaume... L'élu de l'épée avait conscience de tout ce que cela impliquait. Il espérait sincèrement être à la hauteur... De son côté, Karl prenait peur. En venant de retirer Excalibur de son piédestal, son fils devenait un élément clé pour le roi. Le chevalier s'épongea le front. Bon sang... Maintenant, tout lui paraissait à la fois évident et improbable. Son fils possédait un immense potentiel depuis bien des années. Il le surpassait, certes. Mais il était bien trop jeune... C'était bien trop tôt pour lui. La Lame Purificatrice aurait dû choisir un homme bien plus expérimenté et plus robuste ! Cela coulait sous le sens, pourtant...

Une heure et demie de marche plus tard, ils arrivèrent enfin à la citadelle d'Hyrule. Les rues étaient manifestement animées. Ils les traversèrent rapidement et parvinrent jusqu'à deux immenses portes où les gardiens avaient pour but de filtrer les arrivants.

- Halte ! dit l'un d'eux à l'adresse du chevalier. Oh, c'est toi Karl... Pardonne-moi, je ne t'avais pas reconnu en civil.
Karl s'approcha de lui, le visage fermé.
- Je dois impérativement paraître devant le roi. C'est une urgence absolue.
Cela fit rire les deux gardes. Lui, un simple chevalier ? Le roi ne voudrait jamais le voir. Karl s'impatienta et fit avancer son cheval jusqu'à ce que la selle soit sous leurs yeux. Les deux hommes virent alors la Lame Purificatrice et ils écarquillèrent les yeux, bouche bée.
- Par les déesses, mais c'est...! s'exclama le second puisque le premier demeurait estomaqué.
- Oui. Vous comprenez pourquoi la situation est délicate ?
Les deux gardes n'en revenaient pas.
- Karl, c'est... c'est toi qui l'as retirée ?
Le blond se tourna alors vers son fils et ils comprirent. Le premier garde se remit à rire de plus belle tant cela lui parut absurde, mais son compagnon de garde lui donna une tape à l'arrière de la tête, plus que sérieux. Il fit face alors face à Karl et son fils.
- Suivez-moi, il n'y a pas de temps à perdre. Nous garderons tout cela secret.

Tous trois se mirent en route vers le château en adoptant un pas soutenu, sous les yeux de quelques chevaliers qui faisaient leur ronde. Une fois entrés, ils montèrent un très large escalier et débouchèrent dans le grand hall. Link, tenant son épée à l'horizontal contre son torse et dissimulé sous une fine couverture, fut émerveillé par la grandeur et la splendeur du lieu. C'était la première fois qu'il venait ici, jamais encore il n'avait vu pareille architecture. Le garde s'adressa alors à l'un de ses supérieurs en lui dévoilant l'intégralité de la situation dans un chuchotement. L'épée dans les bras de Link en était l'ultime preuve. L'officier fut tout autant choqué mais ne perdit pas une seconde. Il le mena immédiatement à la salle du trône.

Le couloir qui y accédait était très large et éclairé par de nombreux lustres. Link n'osait marcher sur le tapis rouge de peur de le salir. Tout ce luxe le dépassait. L'officier poussa les portes au bout et une immense salle s'offrit à eux. Face à Link, en hauteur, se dressait une grande sculpture représentant la Triforce où se tenait dessous le roi, accompagné de ses deux conseillers principaux. Quand ils firent leur entrée, Rhoam Boshoramus d'Hyrule fronça les sourcils et les dévisagea avec sévérité. Mais lorsque tous virent ce que Link agrippait entre les mains, la surprise fut totale. En effet, il avait timidement retiré la couverture pour l'exposer à tous.

- Par Hylia ! s'exclama Impa, l'un des conseillers.

C'était une femme sheikah qui servait la famille royale depuis deux décennies et s'avérait aussi être la nourrice de la princesse. Un grand chapeau surplombait sa tête et cachait une dense chevelure blanche. Elle s'était brusquement rapprochée du balustre en marbre pour mieux voir l'épée de légende dans les mains de ce garçon. Le roi reprit rapidement ses esprits et descendit du balcon, suivi de ses conseils, pour venir voir de plus près l'élu qu'il attendait depuis des années. En voyant son souverain l'approcher, Link crut que ses jambes allaient le lâcher. Mais si ce n'était que ça... La paralysie avait gagné tout son corps. Le roi l'intimidait bien trop. Rhoam d'Hyrule se plaça face à lui et le dévisagea de la tête aux pieds avec un oeil critique.

- Comment t'appelles-tu, jeune homme ? lui demanda-t-il d'une voix grave.
Dans son dos, Oswald, son deuxième conseiller, regardait le blond d'un mauvais oeil.
- L... Link, Votre Majesté, bredouilla le jeune Hylien, bien pâle. Fils du... du chevalier Karl...
Le roi leva les yeux vers le chevalier.
- Je suppose que c'est vous. Quand votre fils a-t-il retiré la Lame Purificatrice ?
Karl se mit au garde-à-vous pour lui répondre.
- Ce matin même, Monseigneur, déclara-t-il sur un ton assuré.
- Je vois. Sait-il manier l'épée ?
Karl hocha vigoureusement la tête.
- Oui, Monseigneur. J'ai commencé à lui enseigner l'art de la chevalerie dès son plus jeune âge. Nous nous rendions justement à la citadelle pour l'inscrire en tant qu'apprenti.
Le souverain hylien reporta son attention sur l'élu des déesses. Qu'il soit aussi jeune lui paraissait presque impensable. Mais il tenait en ses mains la preuve même qu'il était la réincarnation du nouveau Héros.
- Je vois, reprit le roi en fermant un instant les yeux. Qu'il en soit ainsi. En tant que porteur de la Lame Purificatrice, tu suivras la formation pour devenir chevalier. Tu dois cruellement manquer d'expérience, mon garçon.
Link plissa les yeux en baissant légèrement la tête et Oswald choisit ce moment pour intervenir.
- Votre Altesse, si je puis me permettre, cette épée a bien plus de dix mille ans. Il se peut que son pouvoir se soit altéré depuis le temps.
Impa, heurtée par ses propos, tourna prestement la tête vers lui mais le conseiller poursuivit :
- Les Créatures Divines ont été construites pour palier à ce défaut. Il faut se rendre à l'évidence, Votre Majesté. Ce... garçon est bien trop jeune pour être celui que vous attendiez.
- Comment osez-vous dire ça, Oswald ?! s'indigna Impa en le foudroyant du regard. Cette épée a été forgée par la déesse Hylia elle-même !
L'Hylien haussa les épaules en la toisant de haut.
- Vous êtes devenue aveugle avec les années, Dame Impa, répliqua-t-il avec une certaine condescendance dans la voix. Vous ne parvenez plus à voir la réalité en face, il se peut.
- Il suffit ! trancha le roi, ce qui fit sursauter Link. L'élu de l'épée entrera dans l'école de chevalerie. Moi seul déciderait s'il est en mesure de pouvoir sauver le royaume ou non. Nous aurons tout le loisir de vérifier vos dires, Oswald.
Ce dernier s'inclina face à son roi.
- Il en va de soi, Votre Altesse.
Impa tiqua en croisant les bras. Elle n'aimait pas ses manières.
- Dame Impa, conduisez ce jeune homme au chevalier Edward, lui ordonna Rhoam Hyrule. Mais avant cela... Gardes !

Le roi ordonna qu'on aille chercher la pièce manquante. Quelques minutes plus tard, au fond, une petite porte s'ouvrit et deux hommes entrèrent en tenant un fourreau aux ornements dorés et aux couleurs de la famille royale. Cela faisait des milliers d'années qu'il était précieusement conservé, à l'abri des dommages du temps. Le fourreau fut donné à Link, qui y glissa maladroitement Excalibur dedans.

- Bien, termina le roi en tournant les talons. Chevalier Karl, vous pouvez disposer.

Le chevalier s'inclina humblement puis suivit son fils et Impa en dehors de la salle du trône. Quant à Oswald, il les observait s'éloigner, les sourcils froncés. Ce garçon de ferme ne pouvait pas être l'élu des déesses. Ce n'était qu'un moins que rien, un usurpateur. Le pouvoir de l'épée de légende s'était terni, très certainement. Dans le couloir, Impa jetait de rapides coups d'oeil au garçon et ne manqua pas de remarquer les efforts qu'ils fournissaient pour tenir l'arme. La Sheikah soupira avant de prendre le fourreau dans les mains, ce qui fit écarquiller les yeux de Link et son père. Impa ne comprit pas leur réaction.

- Voyons, ce n'est pas un fourreau qui va me tuer. La Lame Purificatrice absorbe l'énergie vitale de ceux qu'ils la tiennent. Son étui est totalement inoffensif, leur apprit-elle en reprenant sa route.
Elle avait ainsi permis au jeune Hylien de se reposer un peu, et il l'en remercia. Impa voulut alors en savoir un peu plus sur lui.
- Quel âge as-tu ?
- Douze ans, madame.
Cela ne parvint pas à étonner la Sheikah. D'après les récits transmis dans son clan, il y aurait déjà eu une réincarnation du Héros en possession de l'épée à un âge aussi jeune.
- Il est certain que tu n'arriveras pas à manier cette arme avant quelques années, lui dit-elle en empruntant un petit escalier. Elle est bien trop grande et trop lourde pour toi. Pour le moment, elle restera dans le coffre-fort de la famille royale. Je te la remettrai en temps voulu. Tâche seulement d'être assidu à tous tes entraînements.
Pour la première fois, elle lui accorda un sourire, ce qui rassura un peu Link.
- Tout se passera bien pour toi, je n'en doute pas une seconde.

Impa poussa alors une porte et ils débouchèrent sur une petite cour où des enfants frappaient des mannequins en paille à l'aide d'épées en bois. Ils avaient très certainement l'âge de Link. Peut-être un an de plus. Leur professeur, le chevalier Edward, s'approcha des nouveaux arrivants et ravala une exclamation en découvrant l'épée dans les mains d'Impa. Celle-ci restait légèrement en retrait pour ne pas être vue des autres apprentis.

- Dame, Impa ! Ce garçon serait...?
- Oui, c'est bien lui, confirma-t-elle en le coupant rapidement. Je compte sur votre silence pour ne pas éveiller la jalousie des autres apprentis. Son nom est Link.
Edward posa une main au-dessus de son coeur et baissa légèrement la tête.
- Vous pouvez me faire confiance, affirma le chevalier, honoré de devenir le maître du porteur d'Excalibur. Je veillerai à ce qu'il s'intègre parfaitement.
- Bien.
Impa se tourna vers Link et l'observa un instant. Il paraissait intimidé bien que cela soit dissimulé derrière son expression devenue impassible.
- Link, si tu as la moindre question, mon bureau te sera toujours ouvert. Il se situe dans l'aile est du château, au quatrième étage.
Link hocha la tête pour lui signifier qu'il avait compris, puis il reporta son attention sur ses nouveaux camarades. Impa s'adressa alors à son père.
- Je vais vous conduire au bureau d'inscription. Certes, votre fils est l'élu mais ce n'est pas pour autant qu'il peut avoir des privilèges.
- Je l'entends très bien, croyez-moi, lui certifia Karl. J'ai avec moi tout ce qui est nécessaire.
La Sheikah sourit.
- Alors c'est parfait.

o O o

Un peu plus tard dans la journée, assise au bureau de son étude, la princesse Zelda travaillait assidument sur l'utilisation des Créatures Divines en se demandant comme elles avaient pu être utilisées par le passé. Alors qu'elle méditait sur cette question, Impa fit irruption dans la pièce, le souffle court. La blonde fut déroutée par son arrivée ainsi que par son état.

- C'est... c'est à propos de l'élu... souffla la Sheikah en tenant la porte ouverte à ses côtés.
La princesse se figea en pensant comprendre.
- Il a été choisi ce matin même, termina Impa alors que la respiration de la jeune fille se bloquait.
Un instant semblant interminable s'écoula, pendant lequel Zelda n'eut point les mots. Elle se demanda tout d'abord si elle ne rêvait pas. Mais quand la réalité la rattrapa, elle secoua vivement la tête et se leva presque d'un bond pour rejoindre son amie.
- Je désire le voir ! s'exclama-t-elle avec détermination.
- Votre père ne vous l'autorise pas.
Cette annonce arrêta brusquement l'Hylienne, outrée.
- Il m'a priée de vous dire que vous deviez impérativement vous concentrer sur votre devoir et vos prières. Il ne veut pas que vous le rencontriez pour le moment.
- C'est absurde ! s'indigna Zelda en contournant sa nourrice. Pourquoi en a-t-il décidé ainsi ?
- Je pense qu'il veut laisser le temps à l'élu de l'Épée de se former. Il doit prendre connaissance de son devoir et montrer qu'il est digne de sauver le royaume.

Sur le chemin menant à sa chambre, Zelda s'arrêta et fronça les sourcils. Bien sûr qu'il en était digne ! Après tout, la Lame Purificatrice l'avait choisi. La blonde s'avança vers le muret et posa ses mains dessus avant d'observer l'un des kiosques, au loin. Elle soupira.

- Que va-t-il penser de moi quand il apprendra que mon pouvoir n'est pas encore éveillé ?
- N'ayez crainte, lui assura sa nourrice. J'ai pu le rencontrer. Il m'a l'air d'un garçon tout à fait gentil. Mais s'il ose vous faire la moindre remarque, soyez sûre que je ne manquerai pas de le réprimander sévèrement.
Zelda tourna la tête vers elle, soulagée de recevoir son soutien. Elle lui sourit.
- Merci, Impa. J'ose espérer que cela ne soit pas nécessaire.

Chapitre 2   up

Adélaïde finissait d'étendre le linge propre dehors quand un courrier lui parvint. Cela faisait maintenant plus de deux mois que Link avait quitté Elimith et qu'elle languissait. Les seules nouvelles qui lui parvenaient étaient celles de son mari, quand il rentrait du château. La lettre que la châtaine reçut ce jour-là avait été adressée à Karl, mais elle la lut tout de même. Avec surprise et désarroi, elle apprit que son tendre fils allait être transféré dans un groupe d'apprentis bien plus expérimentés. Edward, son maître, expliquait dans la lettre qu'il avait longuement observé Link, et que son niveau et son talent surpassait largement ceux de ses petits camarades. Adélaïde serra la lettre contre sa poitrine en soupirant puis elle rentra dans sa maison pour annoncer la nouvelle à son époux. Elle qui se faisait tant de soucis... Si son fils passait dans un groupe supérieur, il se ferait adoubé bien plus tôt que prévu, et il pourrait être envoyé guerroyer...

De son côté, Link avait dû changer de dortoir et ainsi déplacer toutes ses affaires. Sa nouvelle chambre restait aussi petite que la première, avec pour uniques meubles un lit, une armoire et un tabouret. Mais il s'était déjà habitué à ce strict minimum. Ce jour-là, Sir Edward l'accompagna jusqu'à la cour de ses futurs compagnons. Quand le garçon comprit qu'il allait côtoyer des apprentis de trois ans ses ainés, il se sentit bien insignifiant. Surtout qu'ils possédaient tous un équipement de bien meilleure qualité que le sien. Link avait gardé son bouclier d'Elimith, sa petite épée et son arc de chasse. Seul son cher carquois restait à la maison car bien trop précieux.

- Qu'est-ce que tu nous emmènes là, Edward ? demanda le chevalier Arthur, un grand brun qui s'avérait être le nouveau maître de Link. Il vient observer ?
Edward posa une main dans le dos du blond et secoua négativement la tête.
- Voici le garçon dont je t'ai parlé la dernière fois.
Le brun écarquilla les yeux, abasourdi, et pensa qu'on se moquait de lui.
- Il m'a l'air bien jeune, fit-il remarquer en se grattant la barbe. Je me permets de remettre en cause tes propos, mon ami.
Edward croisa alors les bras, mécontent.
- Si tu ne veux pas me croire, fais-le combattre avec l'un des tes élèves. Quelques minutes seront suffisantes pour te convaincre.
- Nous verrons ça. Gautier ! s'écria le brun sans même se retourner.

Derrière lui, tous les futurs chevaliers cessèrent leur entraînement et regardèrent en direction de leur maître avant de remarquer les nouveaux arrivants. Le dénommé Gautier, un jeune homme au blond plus clair que Link, accourut modérément et se plaça à côté d'Arthur.

- Oui, Maître Arthur ?
Le chevalier lui montra le jeune Hylien.
- Tu vas te mesurer à lui. Maintenant.
Cela dérouta le jeune homme de seize ans, qui désirait de suite répliquer.
- Mais... il est bien trop...
- C'est un ordre, trancha son maître avant de s'écarter.

Gautier ne put s'y soustraire et exécuta la demande de son supérieur. Quant à Link, il se contenta seulement de suivre son aîné au centre de la cour. Tous les autres se mirent en ligne pour les observer, certains s'assirent même dans l'herbe pour se reposer un peu. Gautier n'avait vraiment pas l'air réjoui par ce combat. Quand le jeune élu attrapa son bouclier de bois et dégaina son épée, cela suscita chez quelques apprentis un rire amère. "Un fils de paysan." Il ne devait pas avoir les moyens de s'acheter un bouclier en métal et une arme plus imposante.
- Vous pouvez commencer, dit simplement Arthur en analysant durement Link. Je vous laisse quelques minutes.

Les deux adversaires commencèrent à se tourner autour tout en s'observant. En tant que gaucher, Link déplaisait à son aîné qui devait alors faire très attention à sa garde. Étonnamment, ce fut le jeune élu qui engagea le combat avec une attaque de revers. Gautier fut quelque peu dérouté mais para à l'aide de son bouclier en ayant un mouvement de recul. Il était rapide, ce bougre... Link ne lui laissa aucun répit et lui asséna cette fois-ci un coup droit qui sut briser la défense de son adversaire, peu habitué à se battre contre un gaucher. Le jeune élu réitéra son attaque mais Gautier esquiva habilement en se penchant en arrière.

- Allez Gautier ! Mets-le au tapis, ce gamin ! lui lança un de ses camarades visiblement très impliqué dans la confrontation.

Cela donna de la vigueur au jeune homme qui refit aussitôt face à Link avant de contre-attaquer. Le coup que reçut le jeune blond contre son bouclier de bois fut puissant, presque aussi puissant que ceux de son père. Il manqua de perdre l'équilibre et tituba sans quitter son adversaire des yeux. Quelques apprentis ricanèrent. Quand Link comprit qu'il était en très mauvaise posture, il décida de se protéger en effectuant son attaque circulaire, fruit de longs mois de mise au point. Gautier recula prestement pour éviter l'épée du garçon et il écarquilla les yeux. Décidément, ce combat était bien singulier !

Gautier décida d'exploiter la faiblesse de son adversaire, pas encore assez robuste pour ne pas perdre l'équilibre. Il attrapa la fusée de son épée à deux mains tout en gardant son bouclier puis il fondit sur Link. Le temps imparti était bientôt écoulé, et l'élu des déesses devait à tout prix entrer dans ce groupe. La concentration de Link était telle qu'il eut, comme d'autres fois dans le passé, l'impression que le temps ralentissait. Il esquiva en arrière et vit passer la pointe de l'épée adverse devant sa protection ventrale en cuir. D'un coup, le jeune blond prit appui sur le sol terreux et se propulsa vers l'autre apprenti avant d'abattre le plat de son épée sur son flanc. Gautier hoqueta de surprise puis se plia en lâchant son équipement avant de se tenir le ventre en gémissant. Link regretta d'avoir mis toute sa force dans son coup et rangea aussitôt l'épée dans son fourreau, posa son bouclier par terre puis se pencha vers Gautier, inquiet.

- Je suis désolé ! s'exclama-t-il en manquant de s'affoler. J'espère que je ne t'ai pas blessé...
- C'est... c'est bon, gémit Gautier en relevant la tête vers lui, pâle comme un linge. J'ai déjà reçu des coups plus... plus puissants que ça...
De son côté, Edward se tourna vers son ami et lui adressa un regard triomphant.
- Convaincu ?
L'autre chevalier haussa les épaules avec lassitude.
- Soit, je le prends dans mon groupe. De toute manière, je n'avais pas choisi mon meilleur élément, répliqua Arthur avant de rejoindre son nouvel élève.
En vérité, il avait été frappé par sa dextérité. Seul un oeil expert pouvait le voir, c'était certain. Ce garçon, non... La réincarnation du héros était dotée d'une vivacité et d'une intelligence remarquable. Il était certain qu'il cachait un immense potentiel, encore peu exploité.
- Quel est ton nom ? demanda-t-il gravement au jeune blond.
- Je m'appelle Link, répondit simplement le concerné.
Arthur l'observa un instant puis poursuivit :
- J'ai aisément décelé des défauts dans tes postures, Link. Sans parler de cette étrange... attaque circulaire. Tu n'es pas ici pour faire la farandole, voyons. Enfin, nous aurons tout le loisir de voir ça en profondeur en temps voulu. On fait une pause d'un quart d'heure ! s'écria-t-il alors à l'adresse des autres apprentis.

Ils accueillirent l'annonce avec joie, mais personne ne vint voir Link. La majorité ne pouvait accepter d'être humilié par la présence d'un apprenti plus jeune et surtout... non issu de la noblesse. En tant normal, il aurait dû être envoyé dans un groupe plus approprié à sa classe sociale. Gautier, qui se remettait peu à peu du combat, se redressa en maugréant puis se frotta l'arrière du cou.

- Salut, moi c'est Gautier, lui dit-il en lui tendant la main.
Link, pris de court, la regarda avec étonnement alors qu'un discret sentiment de joie se propagea en lui. Il attrapa le membre tendu et ils se serrèrent chaleureusement la main.
- Enchanté.
Gautier lui sourit puis s'étira en grimaçant.
- Je dois avouer que tu m'as surpris. Excuse-moi de t'avoir sous-estimé avant que le combat ne commence.
- Tu n'es pas le premier à te forger un avis uniquement sur l'apparence...
Son ainé eut un rire léger et tapota l'épaule de son nouveau camarade avant de se tourner vers un brun qui se désaltérait à une fontaine.
- Eh, Conrad ! le héla-t-il avec force. Viens un peu par ici.
Le dénommé Conrad leva la tête en finissant de déglutir puis il les rejoignit en quelques enjambées. Il faisait bien deux têtes de plus que Link.
- Même ma soeur de dix ans est plus grande que lui, déclara-t-il sur un ton plat, ce qui eut pour effet d'indigner Link.
Par les déesses, allaient-ils enfin arrêter avec sa taille ?! Il n'avait pas choisi d'être ainsi !
- Je suis Conrad, fils du marquis de Traives, se présenta le brun sans pour autant serrer la main du jeune blond.

Ses yeux d'un marron profond transcrivaient avec justesse toute l'assurance et la détermination dont il faisait preuve. Comme les autres apprentis, il avait déjà acquis une carrure imposante bien que cachée derrière ses habits.

- Link, fils du chevalier Karl, répondit-il en retour avec méfiance.
Son nouvel interlocuteur le regarda avec suspicion.
- Quel est ton but, dis-moi ? Tu veux devenir le chevalier servant de la princesse, c'est ça ?
Link arqua les sourcils puis secoua vivement la tête.
- Non, je veux être un simple chevalier.
Conrad esquissa un sourire satisfait tandis que son ami se désespérait de le voir toujours poser la même question aux autres apprentis.
- Tant mieux, car c'est mon objectif. J'ai un rival en moins !
- La ferme, Conrad, maugréa Gautier en lui donnant un faible coup de pied dans les bottes. Tu me fatigues avec tes bêtises.
- Je vois que tu n'es point sensible au charme des femmes, répliqua le brun en le toisant.
Son ami esquissa un sourire malicieux, sous le regard embarrassé de Link pour qui la conversation paraissait quelque peu indécente.
- Je préfère amplement les Gerudos. Des femmes de caractère, vois-tu.
- Tu prétends que la princesse se laisse vivre comme une plante ?
Gautier leva les mains en l'air, offusqué.
- Jamais je n'avancerais une telle chose ! Je suis juste en train de te montrer que nous n'avons pas les mêmes goûts, crétin.
- L'entraînement reprend ! tonna Arthur en revenant au centre de la cour.

Le jeune héros commença officiellement sa formation de chevalier. À nouveau, les mois s'écoulèrent. Link se lia d'amitié avec ses deux camarades plus âgés, une forte complicité les liait malgré leurs classes sociales différentes. Néanmoins, Conrad ne ratait jamais une occasion pour le lui rappeler, ou même se moquer de son physique. Mais Link donnait le meilleur de lui-même. Très rapidement, il corrigea ses défauts et gagna en force. Il sut même attiser la jalousie chez grand nombre de ses camarades, notamment au tir à l'arc. À la Cour, très peu de personnes étaient au courant de l'existence du nouveau héros, élu des déesses. Le roi en avait décidé ainsi pour la bonne formation et la bonne intégration de Link. Il fallait que son existence reste cachée encore pour quelques temps. Car s'il devait évoluer dans un milieu pesant et oppressant, il ne pourrait correctement atteindre le potentiel qui lui avait été accordé à sa naissance.

Lors d'une fin de journée d'hiver, après un exercice très laborieux pour les apprentis, ils purent finir plus tôt leur entrainement. À ce moment-là, Conrad eut une idée qu'il jugea excellente et qu'il voulut partager à ses amis. Tous trois, dans la salle commune des apprentis de leur groupe, se réchauffaient au coin de la cheminée et attendaient l'heure du repas avec impatience. Conrad se pencha vers ses amis.

- Il faut que je vous dise quelque chose, commença-t-il en cachant difficilement son engouement. Vous vous rappelez d'Anastasie ?
- La domestique qui a su te charmer ? soupira Gautier en s'affalant sur sa chaise.
Le brun hocha la tête.
- Figurez-vous qu'elle m'a enfin dit où se trouvait la salle d'étude de la princesse.
Gautier leva les yeux au ciel en poussant une plainte désespérée tandis que Link tentait de comprendre où il voulait en venir.
- Aucun de nous ne l'a jamais vue, alors c'est le moment ! Anastasie m'a dit qu'elle quittait son étude à partir de vingt heures.
- Vingt heures, c'est l'heure à laquelle nous mangeons, lui rappela le jeune blond chez qui le ventre criait famine.
Conrad lui offrit un sourire malicieux.
- Justement. Si nous sortons à cette heure-là, il n'y aura personne pour nous surprendre ! Surtout que nous devons nous rendre dans l'aile réservée aux gardes royaux.
- Le fou ! chuchota fortement Gautier en se redressant. Et tu penses que personne ne va remarquer notre absence ?!
Le brun lui fit signe de se taire en scrutant les alentours de peur qu'on les ait entendus.
- Si je dis aux autres que nous allons en ville, ils ne se douteront de rien, répondit-il avec sérieux.

Les trois garçons s'observèrent longuement en réfléchissant, puis les deux blonds s'avouèrent vaincus. Après tout, de simples apprentis comme eux n'avaient jamais eu l'occasion de croiser la fille du roi en personne. L'aventure qui les appelait les tentait bien. Quand Conrad eut averti leurs autres camarades, quelques minutes avant que l'horloge ne sonne, il fila vers la sortie avec ses deux compères en mimant d'aller à la citadelle. Seulement, une fois dans la cour, ils se mirent à courir et changèrent brusquement de direction. Pour se protéger du froid, notamment, Link portait la capuche typique de son village natal. Un effet pratique pour se dissimuler s'ils étaient découverts. Silencieusement, tous les trois longèrent les murs du château et prirent soin de toujours vérifier leurs arrières, surtout quand ils furent dans la partie réservée aux gardes royaux. À cette heure-ci, ils étaient certainement partis manger. Du moins ils l'espéraient.

- Nous y sommes presque, murmura Conrad en laissant échapper de la fumée.
Le froid leur mordait durement les joues, le vent venait leur brûler la peau lorsqu'il soufflait. Quand le brun aperçut une petite tour s'élever devant lui, où scintillait une lumière, il fit signe à ses camarades de s'accroupir et ils se cachèrent derrière un buisson.
- On ne va rien voir... lui fit remarquer Gautier.
- Tu rigoles ? Tu as vu toutes les torches du château allumées ?

Le blond grimaça et se contenta de regarder. La lumière de la tour s'éteignit alors et une silhouette en sortit, quelques instants plus tard. Les trois apprentis se figèrent lorsqu'ils comprirent que c'était bien la princesse qui se déplaçait, au vu de sa robe bleue et de son allure. Derrière elle apparut Impa qui referma la porte. Quand elle se retourna pour rejoindre la princesse, elle aperçut trois étranges formes tapies dans l'ombre. Immédiatement, la Sheikah dégaina son petit sabre de la défiance, sur le qui-vive.

- Qui va là ? s'écria-t-elle en plissant les yeux.

Le sang de Gautier et Conrad se glaça, leurs poils se hérissèrent sur tout le corps en signe d'intense stress. Quant à Link, il restait figé. La princesse s'était rapprochée du balustre pour les dévisager en fronçant les sourcils. Malgré la distance, leurs regards parurent se croiser et une fine vapeur sortit de la bouche du garçon. Ce n'était pas par sa prétendue beauté qu'il restait sans voix, mais plus par sa prestance. Cette jeune fille dégageait une aura dont il ne sut expliquer pourquoi elle l'affectait.

- Bande de voyous ! se révolta Impa en serrant son poing libre. Qu'est-ce que vous faites ici ?!
- On fuit ! s'écria Conrad en se levant brusquement.
Sans plus attendre, les trois compères s'éloignèrent en courant pour ne pas attirer les gardes.
- Oui, partez avant que je ne vous réprimande ! leur lança la Sheikah en rangeant son arme. Ils ne sont même pas chevaliers et ils osent défier les interdits.
Elle grommela dans sa barbe tandis que Zelda se frottait les bras pour se réchauffer.
- Comment l'élu des déesses en personne a-t-il pu faire une chose pareille ? souffla Impa en rejoignant sa jeune amie.
Les yeux de la princesse s'écarquillèrent alors et elle s'empressa de lui prendre les mains.
- Il était parmi eux ? Impa, qui était-ce ?
Sa nourrice ne répondit pas et poursuivit sa marche. Elle se mordait les doigts d'avoir pensé à voix haute.
- Vous n'avez pas à le savoir pour le moment.

Zelda ouvrit la bouche pour répliquer mais elle comprit que ce serait en vain. La tête baissée, elle rentra silencieusement dans sa chambre et se dirigea vers son bureau pour y déposer un ouvrage qu'elle tenait. Elle repensa au comportement des trois silhouettes qu'elle avait pu voir. Celui qui avait parlé ne pouvait être un esprit héroïque ; jamais le héros n'aurait incité à fuir de la sorte. La blonde fronça les sourcils en réfléchissant. Il y en avait un, sous une capuche, moins imposant que les deux autres et avec qui elle avait échangé un bref regard. Ce ne pouvait être lui, il était trop jeune.

- N'essayez pas de savoir, la prévint Impa en la voyant dans son état. Cela ne vous avancera à rien.
La jeune fille se sentit bien honteuse à cause de son attitude.
- Vous devriez plutôt être indignée par le fait d'avoir été épiée, termina Impa en regardant à travers la fenêtre. Je n'avais encore jamais vu ça...
Étrangement, la jeune princesse esquissa un sourire.

o O o

Quand les trois compagnons furent de retour dans leur salle commune, Gautier n'hésita pas à donner une tape à l'arrière de la tête de son ami en l'injuriant. Toute cette folie allait leur coûter cher s'ils étaient dénoncés.

- Au moins, je pourrai mourir en paix, certifia Conrad en soupirant.

De son côté, Link repensa à son devoir. Il venait de rencontrer celle qui l'épaulerait dans le combat final. Jusqu'alors, il avait oublié qu'ils avaient presque le même âge. La princesse aussi était jeune... Il n'était donc pas le seul à porter un si lourd fardeau à un âge si peu avancé. Cela rassura l'apprenti qui émit un soupir, aussitôt mal interprété.

- Tu vois ! s'exclama Conrad en le pointant du menton. Même lui est sous le charme de la princesse... Prends garde, Link ! Ce sera moi qui la servirai.
Le blond eut un mouvement de recul en guise de défense. Il n'avait que faire de cet enfantillage.
- Ne dis pas de bêtises, je pensais seulement à mes objectifs.

Gautier se moqua alors ouvertement du brun. Il n'y avait vraiment que lui pour penser aux femmes. Ce n'était pas glorieux de sa part. Tout en se disputant, ils partirent vers la grande cantine réservée aux chevaliers et aux apprentis. Ils trouvèrent une excuse pour leur retour précoce. Les repas, bien que simples, restaient tout de même bons et savaient ravir les estomacs les moins difficiles. Souvent, Link regrettait ceux de sa mère. Il se consolait en se disant qu'une fois chevalier, il irait la voir et dégusterait son plat favori avec elle. Il passerait aussi rendre visite à Mipha. Cela faisait longtemps qu'il ne l'avait pas vue...

o O o

Un peu moins de trois ans s'étaient écoulés. Link et son groupe, après de nombreux efforts et une persévérance à toute épreuve, furent adoubés par le roi en personne. Les parents du jeune homme, âgé maintenant de quinze ans, s'étaient déplacés pour l'occasion. Leur fils était certainement le plus jeune chevalier de toute l'histoire du royaume... Et quelle fierté pour Karl ! Leur lignée de chevaliers se perpétuait. Le jour de l'adoubement de son fils, il lui dit à quel point il était fier de lui. Mais... au lieu de s'en réjouir, Link ressentit un profond mal-être, mêlé à une boule dans son ventre. Il n'a rien pu répondre à cela.

En fin d'après-midi, après avoir mangé des oreillettes avec ses parents, le jeune homme dut les quitter une nouvelle fois. Karl, comme promis, lui remit son épée transmise de père en fils. Mais Link allait de nouveau porter l'épée de Légende, l'arme de son père deviendrait donc inutile. Quant à Adélaïde, elle se contenta d'offrir une nouvelle paire de boucles d'oreille à son fils, aux couleurs de la famille royale : bleues. Les précédentes, au teint rouge, n'étaient point aussi jolies... Link fut tout particulièrement touché par cette intention et la remercia grandement en la serrant dans ses bras. Maintenant, sa musculature s'était convenablement développée pour lui permettre de porter et manier tout type d'objets lourds. Adélaïde se plaignit même de la force qu'il mettait dans l'étreinte, ce qui finit par les faire rire. Lorsque Link quitta enfin ses parents aux portes de la citadelle, il partit aussitôt rejoindre Impa dans son bureau. En effet, avant la cérémonie, celle-ci lui avait demandé de venir la retrouver dès que possible. Une fois qu'il l'eut rejointe, la Sheikah lui montra la Lame Purificatrice posée au coin de la pièce.

- Il est temps que tu reprennes ce qui t'est dû, Link. Tu es largement en mesure de la manier. Mais attention.
Elle se pencha vers lui, le regard dur.
- Pas un mot sur son existence pour le moment. Le roi...
Impa secoua la tête.
- Enfin, tu le sauras bien assez tôt. Si tu veux t'habituer à la manier, il te faudra le faire à l'abri du regard des autres. Le soir, dans la partie nord du château se trouve une cour peu fréquentée, tu peux me croire.
La conseillère du roi prit alors un vieux sac de patates et le lui tendit.
- Je sais que ce n'est pas très glorieux, mais au moins tu pourras la dissimuler dedans. J'ai aussi fait déposer un coffre dans ta chambre.
Link le prit en affichant une expression dépitée. La Sheikah avait remarqué son teint désormais bien plus pâle, et elle pouvait comprendre que cela soit dû à la pression qu'il ressentait.
- Link, tu ne dois pas en parler car tu serais aussitôt pris pour cible, lui avoua-t-elle finalement.
Ce n'était plus un enfant. Il devait être extrêmement vigilant.
- Je n'ai pas le droit de t'en dire plus pour le moment, mais sache que la famille royale a des ennemis, l'incarnation du héros est directement leur cible. Puis-je te faire confiance ?

Le blond leva la tête vers elle puis opina avec une certaine détermination dans le regard qui sut satisfaire l'adulte. En voilà un garçon qui avait les pieds sur terre ! Impa sourit puis déclara à Link qu'il pouvait partir. Il la remercia, cacha l'épée dans le sac puis sortit silencieusement en vérifiant qu'il n'y avait personne. À pas feutrés, il trottina jusqu'au dortoir puis parvint dans sa chambre sans être vu. Dedans, il y trouva effectivement le coffre dans lequel il s'empressa de mettre la Lame Purificatrice. Mais lorsqu'il le referma, l'Hylien vit un cercle orange se tracer devant lui, ce qui le fit sursauter. Au centre, il y avait le symbole du clan Sheikah. Intrigué, Link l'inspecta sous toutes ses coutures puis finit par poser la main dessus. Aussitôt le coffre s'ouvrit et le blond eut un vif mouvement de recul.

- Par Hylia ! souffla-t-il, abasourdi. Si je m'y attendais...

C'était donc ça, la technologie sheikah... Ce coffre ne reconnaissait-il que sa main ? Fort probablement. Épaté par cet ingénieux système, Link referma l'objet puis courut rejoindre ses amis qui l'attendaient à la cantine. Il les trouva en train de manger avec des chevaliers bien plus âgés ; la bonne humeur émanait de leur table.

- Et ensuite, qu'est-ce que tu as fait ? demanda un homme châtain, très intéressé par la conversation.
Conrad jeta fièrement ses épaules en arrière.
- J'ai essayé de l'embrasser, mais elle m'a giflé, lui expliqua-t-il en souriant. Elle avait déjà un fiancé !
Toute la table se rit de lui, bien qu'il ne le prit pas mal. Link s'attabla avec eux en sachant très bien quel était le centre de la conversation. Gautier tourna la tête vers lui et tendit une bouteille de vin.
- Tu en veux ?
- Non merci, je ne supporte pas l'alcool... refusa poliment Link, mal à l'aise.
Son aîné se servit un verre plein puis le but cul-sec avant de s'essuyer la bouche.
- Alors, tu as pu revoir tes parents ? lui demanda Gautier pour changer de sujet.
Link acquiesça.
- Oui, ils ont assisté à la cérémonie. Ils étaient assis au fond.
- T'en as de la chance ! Les miens sont en voyage depuis une semaine...
Gautier se servit à nouveau de vin pour alléger sa peine. Mais maintenant qu'il était chevalier, il pouvait enfin accomplir ce dont il avait toujours rêvé.
- Dans un mois, je vais aussi voyager, annonça-t-il à son jeune ami qui fut surpris. J'ai demandé l'autorisation à notre supérieur.
- Tu as dû avoir une excellente raison.
Son ainé rit gauchement alors que sa tête devenait peu à peu rouge à cause du vin. Eh bien... l'alcool ne lui réussissait pas non plus.
- Ouais... souffla Gautier avant de tomber en avant.

Sa tête heurta la table et un silence se créa autour de lui. Rapidement, il fut comblé par les rires moqueurs des autres chevaliers. Link, inquiet, secoua son ami pour vérifier qu'il ne s'était pas fait mal mais Conrad l'incita à se rasseoir en le tira vers le bas.

- Laisse, lui dit-il sur un ton neutre. Au vu de tout ce qu'il a bu avant ton arrivée, il doit être sacrément plombé... Mais dis-moi, Link. Tu dois bien avoir une amie, toi ?
Conrad voulut lui toucher les oreilles pour l'embêter mais le jeune homme, imperturbable, lui tapota la main pour l'éloigner.
- Seulement deux, répondit-il calmement en reportant son attention sur le grand plat devant lui. Une Hylienne et une Zora.
Cela étonna le brun.
- Une Zora ?!
- Oui, la princesse, plus exactement.
Conrad ricana en se frottant la tête.
- Par Hylia, il n'y a pas que Gautier qui est ivre, on dirait ! s'exclama-t-il avant de donner une forte tape dans le dos de Link.
Ce dernier avala de travers et manqua de s'étouffer. Le blond fut pris d'une violente quinte de toux et foudroya son camarade du regard une fois calmé.
- Moi aussi, je suis ami avec notre princesse ! s'écria Conrad avec conviction. Je vais même l'épouser.
- Un peu de calme, petit, lui lança un homme, à deux places de lui. Ce n'est pas de simples gars comme nous qui allons pouvoir la fréquenter.
Il but une gorgée de bière avant de poursuivre.
- Chevalier ou non, noble ou non, elle ne connaîtra jamais ton existence. C'est comme ça, termina l'homme en haussant les épaules.

Conrad poussa une plainte frappant la table à plat main mais il répliqua aussitôt que ça ne se passerait pas ainsi. Quand le ciel fut totalement orangé, Link s'éclipsa et alla chercher l'Excalibur. Il suivit les conseils d'Impa et partit s'entraîner à la manier à l'ombre des regards. Elle était plus lourde que son épée habituelle ou même que celle transmise par son père. Et tous les soirs, cela devint son rituel.

o O o

Le temps de l'insouciance ne dura guère longtemps pour les chevaliers. En effet, trois saisons plus tard, le royaume connut la première invasion de monstres, toujours du côté nord. Link, bien évidemment, fut appelé à combattre avec tous ses semblables, ainsi que l'élite de l'armé royale : les gardes royaux. Ne possédant pas de cheval, il dut faire la route à pied comme tant d'autres. Seulement, il dissimulait une arme dont personne ne soupçonnait la présence ; Link avait enveloppé le fourreau de la Lame Purificatrice dans un tissu marron et la transportait sur le dos. Puisque presque tous ceux ayant déjà vu cette épée étaient morts, il n'avait pas pris la peine de cacher la fusée.

Son changement d'arme surprit ses amis, mais ils ne dirent rien. Au préalable, Link avait quand même demandé à Impa s'il pouvait utiliser l'épée contre les créatures maléfiques, et elle le lui accorda. Il était temps qu'il fasse ses preuves en tant que héros. Cette confiance que la Sheikah lui portait donna d'autant plus de courage au jeune homme. Il allait enfin se battre et défendre son royaume. Acquérir de l'expérience. Cependant...
Link verrait la mort d'hommes pour la première fois.

o O o

La princesse Zelda marchait silencieusement en direction de la bibliothèque. Les troupes du roi étaient rentrées une heure plus tôt, ramenant de nombreux blessés et plusieurs corps sans vie. La bataille fut rude, notamment pour les nouveaux chevaliers sans l'expérience de la guerre. Ils avaient d'ailleurs été les premières victimes, d'après les dires d'Impa. Le visage fermé, la prêtresse royale descendit les marches de la bibliothèque et se dirigea vers l'une des étagères pour y chercher un ouvrage utile à ses recherches. Dans un coin, deux gardes royaux discutaient à voix basse, bien qu'elle les entendit tout de même.

- C'était incroyable, je te dis ! dit l'un d'eux qui tentait de persuader son ami, sceptique. Ceux qui l'ont vue racontent la même chose ! La lame semblait briller dans les ténèbres, elle dansait même !
- Arno, la Lame Purificatrice n'est qu'une légende...
L'autre garde royal lui attrapa les épaules, surexcité.
- Bien sûr que non ! C'est un jeune chevalier qui la maniait avec une dextérité inégalable, lui assura-t-il avant de reculer pour lui laisser son espace personnel. Il se battait comme dix hommes, apparemment ! Il a même sauvé plusieurs preux d'une mort certaine.
- Il doit être sacrément robuste, alors.
Son ami hocha la tête.
- Je ne te le fais pas dire ! Tu te rends compte ? Le roi va certainement demander à le rencontrer. Tu verras que j'ai raison.
- Mais oui, mais oui.

Les deux gardes quittèrent la grande pièce et Zelda les observa s'éloigner, les yeux écarquillés. Le héros s'était donc manifesté et avait accompli des exploits. Cela voudrait dire qu'elle allait le rencontrer. À deux, ils uniraient leurs forces et triompheraient du Mal. Une bonne entente était donc souhaitable. Un chevalier qui se bat comme dix ? Il devait donc être grand et fort. Zelda se sentirait bien insignifiante à ses côtés... Mais surtout, que penserait-il d'elle ? Serait-il déçu en apprenant que son pouvoir ne s'était toujours pas manifesté ? La princesse cligna plusieurs fois des yeux puis s'empara du livre qu'elle cherchait. Elle aurait tout le loisir de répondre à ces interrogations une autre fois.

Et en effet, le roi ne tarda pas à convoquer Link. Pour l'occasion, il voulut organiser une rencontre officielle entre tous les Grands du royaume ainsi que sa fille. Le héros allait faire trembler l'ennemi, tant par ses exploits que par ses compétences.

o O o

Escorté par trois gardes royaux, Link traversait un énième couloir avant d'arriver dans le Grand Hall. L'un de ses avant-bras était pansé et ses cheveux cachaient une blessure légère au niveau de son front. Le jeune homme n'avait pas eu le temps de se changer : il portait toujours son armure et son épée mais avait retiré son casque. Il savait où on le menait. Et cela lui tordait désagréablement le ventre à cause du stress. Link gardait les yeux rivés au sol. Dans le Grand Hall, il croisa ses deux amis encore sous le choc d'avoir appris qu'il était le héros. Jamais... jamais ils ne l'auraient soupçonné. Personne ne semblait y croire. Quand Conrad et Gautier virent l'élu arriver, ils se précipitèrent vers lui pour poser diverses questions. L'escorte les regarda d'un mauvais oeil.

- Link, tu... Pourquoi tu ne nous as rien dit ? lui demanda Gautier, inquiet.

Link baissa la tête et les dépassa en continuant son chemin, suivi par le regard lourd d'incompréhension de ses camarades. Les gardes royaux les renvoyèrent sans ménagement car le temps pressait. Ils avaient pour ordre d'escorter le héros et d'empêcher tout intrus de s'approcher. Link disparut du hall, laissant derrière lui une lourde ambiance. La vie au château ne serait plus jamais la même... Sa vie ne serait plus jamais la même. Il l'avait su dès qu'il fut en possession de la Lame Purificatrice.

Devant les immenses portes menant à la salle du trône, le jeune homme sentait son coeur battre ardemment dans sa poitrine. Il appréhendait tout ce qui allait se passer. Comment se comporter ? Quelle attitude adopter ? Les portes s'ouvrirent alors et le bruit qui régnait dans la salle cessa aussitôt. Link inspira profondément puis s'engagea sur le chemin tracé pour lui en direction du centre, sous le regard de tous. Le chevalier put remarquer la présence de la princesse aux côtés de son père, en hauteur. Une fois au milieu de la salle du trône, Link posa modestement un genou à terre, laissant le temps à tous de voir la Lame Purificatrice sanglée dans son dos. Quant à Zelda, sa bouche s'entrouvrit sous la stupéfaction. Elle ne s'attendait pas à voir un garçon de son âge. Il n'avait pas encore seize ans et il avait su se démarquer au combat ? La princesse se remémora le jour où lui et deux autres apprentis étaient venus l'épier à la sortie de son étude. Était-ce donc lui sous sa capuche ? Mais là n'était pas la question. Lui, le héros, était prêt pour le combat contrairement à elle.

- Relève-toi, Élu de l'Épé, tonna Rhoam Bosphoramus Hyrule pour se faire entendre par tous. Sois honoré pour ta présence et ta loyauté envers ton peuple.
Lentement, Link se remit debout en affichant une expression imperturbable, il regarda le roi.
- Mes chers sujets, j'ai l'immense joie de vous présenter celui qui, aux côtés de ma fille, scellera le Mal à l'aide son épée et sauvera le royaume une fois de plus. Nous avons dorénavant tous les atouts nous permettant de triompher. Chaque jour, des créatures maléfiques apparaissent sur mes terres. Mais soyez assurés que nous aurons raison d'elles ! Grâce au héros, l'espoir se fera plus grand, le moral des chevaliers s'accroîtra.
Tous les officiers hochèrent la tête pour approuver ses paroles, souriant.
- Link, fils du chevalier Karl, je te remets le destin de ce royaume entre les mains.
Le coeur du jeune homme ainsi que ses épaules s'alourdirent brusquement et il pencha la tête légèrement en avant, une main sur sa poitrine.
- J'ai entendu parler de ta dextérité lors de ta formation ainsi que de tes exploits sur le champ de bataille, poursuivit l'illustre souverain en opinant faiblement. Tu aurais même sauvé l'un des mes grands généraux, à ce que l'on m'a dit.
Un long murmure parcourut l'assemblée.
- Pour te remercier et te récompenser, je te nomme capitaine de la garde royale. Porte fièrement ce titre qui n'est accordé qu'aux preux !

Quand le roi eut fini de parler, les applaudissements éclatèrent et résonnèrent dans la salle du trône. Le jeune héros sentit une puissante force lui compresser la poitrine et l'empêcher de respirer quelques secondes. Tout cela était bien trop soudain... Nombreux furent ceux qui vinrent voir Link, étonnés notamment par son jeune âge. Tous s'imaginaient un homme bien plus grand et avec bien plus de prestance. Lorsque la princesse en personne vint le rencontrer, les nobles furent contraints de s'éloigner, frustrés de ne pas avoir obtenu de réponses à leurs multiples questions.

Habillée de sa robe bleu marine, Zelda fit une révérence en guise de salutation. Il était bien moins imposant qu'elle ne l'imaginait. Mais après tout, cela lui convenait. Ce jeune homme venait d'être nommé capitaine. Elle lui devait un grand respect.

- Enchantée, je suis la princesse Zelda, dit-elle d'une voix neutre.
Pour seule réponse, Link hocha la tête, ce qui la déstabilisa sur le moment.
- Par convention, je me dois de vous vouvoyer en présence d'autres personnes, poursuivit-elle en l'examinant discrètement de la tête aux pieds. Je suis soulagée que la Lame Purificatrice ait trouvé un maître. Dame Impa m'a parfois parlé de vous.
Face au manque de réaction de son interlocuteur, elle crut y déceler une sorte de mépris de sa part. L'absence d'expression sur le visage du chevalier la mit terriblement mal à l'aise.
- Soyez rassuré, quatre valeureux combattants des divers peuples viendront vous épauler dans votre combat contre le Fléau, continua Zelda malgré son envie de retourner auprès de son père. Dans quelques jours, je partirai pour le domaine Piaf. Je serai en mesure de vous dire, par lettre, qui sera votre premier compagnon.

Link l'observa silencieusement dans l'attente qu'elle lui en apprenne plus. Après tout, il n'était pas au courant que d'autres personnes feraient partie de la garde rapprochée de la princesse. Face à elle, il peinait à calmer son rythme cardiaque ; jamais il n'aurait pensé la voir d'aussi près, et encore moins lui parler en personne. De plus, étant issu d'un rang social bien moindre, Link pensait qu'il n'était pas autorisé à s'adresser à la princesse. Zelda prit son silence pour une sorte de provocation, ce qui ne manqua pas de l'agacer. Elle voyait sur le visage de cet insolent un air suffisant.

- Je vais devoir vous laisser, lui annonça-t-elle avec froideur. Mon père m'attend.

Lorsqu'elle vit Link hocher simplement la tête, la princesse se sentit d'autant plus blessée et tourna prestement les talons avant de rejoindre le roi. Quel étrange garçon, pensa-t-elle en tentant de calmer sa colère naissante. Zelda ne s'attendait pas à rencontrer un tel individu. Mais comment évoluerait la situation quand l'élu de l'épée apprendrait que le pouvoir du sceau n'était toujours pas éveillé ? La princesse eut si honte de sa condition qu'une vive envie de revenir dans sa chambre s'empara d'elle.

À la fin de cette grande réunion, l'uniforme de la garde royale fut remis à Link et on le conduisit dans sa nouvelle chambre, au niveau de l'aile ouest du château. Il n'eut pas même le temps de saluer ses amis, ni même de leur expliquer quoi que ce soit. En vérité, le jeune homme n'aurait très certainement rien dit... La moindre de ses paroles serait aussitôt analysée et décryptée par ceux qui l'entourent. À la moindre petite erreur de sa part, il pouvait décevoir voire se mettre à dos les nobles de la Cour. Ces derniers avaient ricané ou même froncé les sourcils pendant la cérémonie, tout cela parce qu'il n'était pas de la noblesse. Dorénavant, tous attendaient la même chose de lui : sauver le royaume, puis disparaître du château.

Un an plus tard

Zelda marchait d'un pas décidé à travers les couloirs du château. Après avoir longuement discuté avec Impa à propos de sa première rencontre avec l'élu de la Lame Purificatrice, elle décida de lui laisser une nouvelle chance. Après tout, il avait dû être impressionné par la réception, ou même par la présence du roi. Et la princesse ne pouvait pas lui en vouloir pour une telle raison. Cela faisait bien longtemps qu'ils ne s'étaient pas vus. Elle se renseigna auprès d'un garde pour savoir où se trouvait le héros. D'après les dires de l'homme, il s'entrainerait dans une cour qui lui avait été réservée, du côté nord du château.
Après l'avoir remercié, elle s'empressa de rejoindre Link car elle devait enfin lui expliquer le rôle des Créatures Divines ainsi que celui des Prodiges, leurs futurs pilotes. Dans quelques jours, elle partirait à travers le royaume pour recevoir la réponse des valeureux combattants choisis par ses soins. Une dizaine de minutes plus tard, Zelda parvint enfin à la cour en question et trouva l'élu en train de se désaltérer après un intense entraînement.

- Chevalier Link ? l'appela-t-elle puisqu'il était de dos.
Surpris par son arrivée inattendue, le chevalier se tourna vers elle, les sourcils légèrement haussés pour l'étonnement. Mais il réadopta rapidement une expression impassible.
- Enfin, je veux dire Link... souffla Zelda, mal à l'aise.
Décidément, elle ne pouvait pas effacer ce désagréable sentiment depuis leur première rencontre. Link la salua en inclinant la tête. Le fait qu'il ne lui adresse pas la parole la blessa, bien qu'elle ne laissa rien paraître.
- Mon père t'a sûrement averti à propos de mon futur départ, commença-t-elle en se tenant les mains. Dans trois jours, je partirai pour le village Piaf afin de rejoindre un guerrier répondant au nom de Revali. Il devrait piloter la Créature Divine de l'aigle. T'a-t-on déjà expliqué ce qu'étaient ces machines ?
Son lourd silence fut une réponse positive, et Zelda inspira profondément avant de lui fournir quelques explications supplémentaires.
- Y a-t-il des points que tu n'aurais pas compris ? lui demanda finalement Zelda.
Link secoua la tête pour signifier que non. Les doigts entrelacés de la princesse se crispèrent.
- Demain, rejoins-moi en bas de mon étude. Impa a insisté pour que je te montre plus précisément la technologie sheikah. L'année dernière, nous avons découvert une tablette tout à fait remarquable. Il faut que tu sois mis au courant.

Aussitôt, Zelda le quitta et s'empressa de revenir dans sa chambre. Elle trouvait cela déconcertant qu'il ait presque le même âge qu'elle. Comme tout le reste de la Cour, elle s'attendait à un homme, quelqu'un de bien plus expérimenté. Mais si la Lame Purificatrice l'avait choisi, il devait être le meilleur épéiste du royaume et de sa génération. Les jours qui suivirent n'arrangèrent pas la première impression qu'elle s'était construite à propos du jeune homme, et son sentiment de malaise persistait quand il se trouvait à ses côtés ou qu'elle lui parlait. Elle avait beau faire de son mieux pour engager la conversation, la princesse n'obtenait que des hochements de tête en guise de réponse. Zelda vit son voyage pour le village Piaf comme un soulagement.

Le jour de son départ, elle annonça à Link qu'elle lui enverrait une lettre par oiseau voyageur à chaque fois qu'elle recevrait les réponses des futurs Prodiges. Accompagnée d'une escorte de deux chevaliers ainsi que deux dames de compagnie, Zelda se rendit au village Piaf pour y retrouver Revali, le potentiel pilote de Vah'Medoh. Mais celui-ci était parti à la zone d'entraînement et la princesse laissa au village ses deux suivantes, épuisées par le long chemin parcouru. Avec les deux chevaliers, Zelda partit donc à la recherche de Revali et n'eut grande peine à le trouver. Ce dernier s'exerçait à l'aide des courants ascendants qu'il parvenait à créer. Un don unique au sein de son peuple. Le valeureux guerrier annonça fièrement à la princesse qu'il piloterait la Créature Divine et qu'il représentait un avantage certain pour le combat contre le Fléau. Revali fit alors une démonstration à la princesse qui fut d'autant plus impressionnée par son talent exceptionnel pour le tir à l'arc.

- Ce garçon qui aura l'immense honneur de combattre à mes côtés... commença le Piaf en se posant à côté de la princesse. J'ose espérer pour lui qu'il ne perdra pas ses moyens face à moi ! Sinon, il ne faudra pas m'en vouloir.
Revali esquissa un sourire malicieux en contournant la princesse.
- Je ne supporte pas que l'on surestime un guerrier pour l'arme qu'il porte, finit-il avant de s'envoler en saluant la jeune fille.
Soulagée qu'il ait accepté, Zelda soupira et hocha discrètement la tête. Revali était la personne parfaite pour contrôler Vah'Medoh. Elle n'en doutait pas une seconde. Derrière elle, l'un des chevaliers de sa garde accourut et fit le salut militaire afin de pouvoir humblement s'adresser à elle :
- Votre Altesse, désirez-vous que j'aille chercher un griffon pour avertir le chevalier Link ? lui demanda-t-il sans plus tarder.
Zelda l'observa un instant en dissimulant son malaise puis elle tourna les talons.
- Ce n'est pas la peine, décréta la princesse en se dirigeant vers son cheval. Je le ferai plus tard. Nous devons immédiatement nous rendre au village Goron.
- Bien !

o O o

Au château, Link marchait d'un pas assuré en direction de la cantine réservée aux officiers. Comme à son habitude, depuis qu'il avait été nommé capitaine de la garde royale, il s'attabla à une table isolée et attendit calmement qu'une domestique vienne le servir. Tristement, il appréciait ces moments de solitude où il ne pensait qu'à déguster un bon repas, sans penser à sa condition d'élu. Alors qu'il savourait un tendre morceau de viande, un de ses homologues le rejoignit et se posta devant lui, l'air décontracté. Il se nommait Ulric et mesurait bien deux têtes de plus que le jeune homme. Il laissait fièrement tomber sur ses épaules sa chevelure brune, témoignage de sa noblesse. Ulric était l'un des capitaines des chevaliers.

- Bonjour, Link, dit-il en prenant place devant lui.
Depuis que le porteur de l'Épée avait rejoint les officiers, Ulric s'habituait lentement à son inexpressivité et à son étrange silence. Nombreux pensaient que Link était muet.
- Tu as entendu la nouvelle ? Le roi va choisir le chevalier servant de la princesse.
Ulric posa un coude sur la table et se pencha légèrement vers le blond.
- Des rumeurs circulent depuis quelques temps. À ton sujet, ajouta-t-il en guettant la réaction de Link.
Mais ce dernier se contenta seulement de poursuivre son repas, ce qui arracha un sourire à Ulric.
- Ne me fais pas croire que tu n'es pas au courant... Tout le monde est persuadé que ce sera toi. Tu t'es forgé une sacrée réputation depuis les deux dernières batailles ! Ah, crois-moi, tu le mérites bien ton titre de capitaine de la garde.
Le brun tapota la table de son index avant de dessiner des formes sur le bois, l'air pensif.
- Tu sais, c'est un grand honneur de pouvoir servir la fille du roi en personne. Il y a tellement de jeunes chevaliers qui rêveraient d'avoir ce rôle... Cela t'est-il indifférent ?

Link leva les yeux vers lui et parut réfléchir. Finalement, son regard dévia sur le côté et ses sourcils se froncèrent légèrement, ce qui surprit tout de même son interlocuteur. Ulric ne parvint pas à déchiffrer son expression, bien qu'il la trouva étrange.

- Cela fait quatre jours que la princesse n'est plus là, poursuivit le capitaine des chevaliers pour relancer la "discussion". Elle devrait être au Domaine Zora, aujourd'hui. Tu as des nouvelles ?
Le héros secoua légèrement la tête pour lui indiquer qu'il n'avait rien reçu de sa part. Ulric en fut désolé.
- J'imagine qu'elle doit être très occupée... Quoi qu'il en soit, à son retour, le roi nous fera part de son choix.
Le brun se leva sans lâcher Link du regard.
- Si tu venais à être choisi, n'hésite pas à venir me voir, lui dit-il chaleureusement en souriant. Je te conseillerai si tu ne sais pas comment t'y prendre. Ton père a beau être chevalier, il ne t'a jamais appris les codes pour une telle charge.

Le jeune homme le remercia d'un hochement de tête et son camarade repartit vaquer à ses occupations. Link restait soucieux. Protéger la princesse, une tâche si noble dont la moindre erreur pourrait être fatale. Inconsciemment, ses doigts raffermirent leur emprise sur les couverts. L'Hylien avait dorénavant tellement de poids sur les épaules qu'il les sentit s'affaisser une fois de plus. Et il n'avait toujours pas le droit de revoir ses parents pour le moment ; aucun réconfort ne pouvait lui être apporté. Les lettres ne compensaient pas le manque car il n'en recevait aucune, étrangement.

Dans la soirée, Link eut enfin un courrier de la princesse, parvenu grâce à un griffon royal. Celle-ci, à travers de brèves lignes, lui expliquait que Revali, Daruk et Mipha avaient accepté de devenir pilotes et seraient ainsi nommés Prodiges. Il ne manquait plus que la réponse de la suzeraine gerudo qu'elle aurait d'ici deux jours si le voyage se déroulait sans inconvénient. En apprenant que son amie d'enfance serait à ses côtés durant le combat contre le Fléau, Link fut à la fois soulagé et inquiet. Après tout, il n'avait pas envie de la perdre... Mipha était sans doute l'une des seules personnes capables de le comprendre. La princesse zora avait d'ailleurs joint une lettre avec celle de Zelda. Ce fut certainement la raison pour laquelle la prêtresse royale fut contrainte d'envoyer un griffon... Dans son mot, Mipha proposait à Link de venir la voir, notamment pour le féliciter en personne de ses exploits, et de son grade de capitaine.

o O o

Urbosa avait accepté avec grande dignité le rôle de pilote ainsi que celui de Prodige, soulageant d'autant plus la jeune princesse hylienne. Zelda la considérait comme une deuxième mère à ses yeux. Elle lui portait une très forte affection depuis son plus jeune âge. L'heure vint pour elle de retourner au château, accompagnée d'Urbosa. En effet, la cérémonie d'intronisation devait avoir lieu le plus tôt possible. L'oracle avait prédit un retour imminent du Fléau... Pourtant, les Créatures Divines devaient encore subir quelques améliorations et de nombreuses interrogations à propos de la technologie sheikah n'avaient pas encore trouvé de réponses, malheureusement.

Sur le chemin en direction de la capitale, Zelda put longuement discuter avec la rousse et lui ouvrir son coeur, comme toujours. Elle lui parla notamment du détenteur de la Lame Purificatrice, un jeune homme froid qui ne daignait jamais lui adresser la parole, même après un an sans véritable contact.

- Peut-être est-il encore impressionné par votre présence ? supposa la grande Urbosa. N'importe quel homme serait intimidé par la princesse d'Hyrule.
Elle lui adressa un sourire serein mais Zelda afficha un air affecté.
- Si c'était le cas, il se serait déjà montré plus ouvert... Nous nous côtoyons maintenant depuis presque deux semaines.
La blonde regarda l'horizon devant elle.
- Un sentiment de malaise m'oppresse dès que j'ose lui parler, avoua Zelda. Peut-être me fais-je des idées ? Mais j'ai l'impression que quelque chose ne va pas chez lui.
- Laissez-lui un peu de temps, Madame. Après tout, il sera celui qui pourfendra le Mal.

La blonde hocha la tête et son visage s'assombrit en pensant au futur. Son pouvoir devait impérativement s'éveiller. La Cour ne cessait de divulguer des rumeurs à ce propos, chacune d'entre elles blessait d'autant plus la prêtresse royale. Urbosa remarqua son trouble et posa chaleureusement une main sur son épaule.

- Allons, Madame. Je suis persuadée que vous parviendrez à utiliser le pouvoir des déesses, déclara-t-elle avec sincérité. Ne vous découragez pas.
- Merci, Urbosa, souffla Zelda avant de lui offrir un sourire forcé. Je redoublerai d'efforts.

o O o

Le grand jour arriva enfin. "La cérémonie d'intronisation." Pour cet événement d'importance, le roi n'avait pas convié les nobles. Seuls les chevaliers, les gardes royaux et un représentant de chaque peuple avaient l'autorisation d'y assister. Conrad et Gautier se tenaient fièrement debout dans les rangs des chevaliers. Ils n'avaient presque pas eu l'occasion de revoir Link depuis sa nomination en tant que capitaine et tous deux étaient excités à l'idée de l'apercevoir dans son ensemble de garde royal ! Quelque part, ils éprouvaient la fierté d'avoir été proches de lui. Debout devant le trône, le roi observait l'intégralité de la salle, les bras croisés derrière le dos. Soudain, les trompettes jouèrent l'hymne du royaume et les immenses portes s'ouvrirent pour laisser entrer la princesse, suivie des cinq Prodiges. Quand Conrad et son ami virent Link, habillé d'une tunique bleue qui lui donnait une prestance jusqu'alors inconnue, ils furent déstabilisés.

- Pourquoi ne porte-t-il pas son uniforme ? demanda le brun dans un chuchotement.
- Je n'en ai aucune idée...

Link avait laissé son épée dans le coffre de sa chambre, sur ordre du souverain. Il se plaça derrière la princesse qui se tenait au centre de la salle, au milieu de la Triforce gravée au sol. Autour se positionnèrent les autres Prodiges puis un lourd silence s'installa dans la salle, tous retenaient leur souffle. C'est alors que le roi s'avança un peu plus et entama son discours :

- Guerriers d'Hyrule ! tonna-t-il avec puissance. En vous présentant ici à l'appel de votre roi, vous acceptez une mission qui met votre vie en péril. Soyez remerciés. Je vous nomme Prodiges du royaume ! Portez fièrement ce titre et l'habit qui le représente. L'azur de sa trame est celui de la famille royale d'Hyrule depuis l'aube de son règne. La princesse Zelda a tissé ces vêtements comme elle a tissé le lien qui vous unit. Ma fille ! L'heure est venue de tenir le rôle auquel votre naissance vous destine ! Conduisez les Prodiges à la bataille, combattez pour Hyrule, et protégez notre royaume du Fléau jusqu'à votre dernier souffle.

L'ambiance se densifia d'autant plus, Gautier et Conrad guettèrent la réaction de leur ancien camarade mais ce dernier n'oscilla pas, se contentant de serrer discrètement les poings. Tous les Prodiges finirent par s'agenouiller et la princesse remercia son père en lui assurant qu'il pouvait compter sur eux : le Fléau Ganon ne parviendrait pas à ses fins. Tous les chevaliers levèrent alors leur épée vers le plafond et poussèrent des exclamations pour soutenir leur future souveraine. Les six vaillants combattants quittèrent alors l'immense salle et se dirigèrent sous un kiosque, à l'extérieur, afin d'abaisser la tension palpable.

- Alors c'est toi, Link ? demanda Revali, les bras croisés, en s'approchant du blond avec un air hautain. Le "héros" ?
Le jeune homme fronça légèrement les sourcils mais ne dévoila aucune réaction particulière, ce qui fit tiquer le Piaf.
- Tu n'es pas très bavard à ce que je vois, conclut Revali en faisant le tour du blond pour l'examiner sous toutes ses coutures.
À côté, Daruk rit de bon coeur et posa une main sur l'épaule du jeune homme.
- C'est vrai que tu as bien changé depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, p'tit gars ! s'exclama le colossal avec bonne humeur. T'as bien grandi !

Sa dernière remarque fit ricaner Revali, ce qui déplut fortement à Mipha. En observant son ami d'enfance, elle eut envie d'immortaliser ce grand événement puisqu'il marquait un tournant dans leurs vies. Timidement, elle demanda à la princesse s'ils pouvaient faire une photo, afin de découvrir, notamment, l'une des fonctionnalités de la tablette sheikah. Bien entendu, Zelda accepta avec joie et demanda à Impa si elle voulait bien s'en charger. Il fut décidé de se rendre sur la plaine d'Hyrule, ce qui n'enchanta guère Revali. Tous se mirent en place. Zelda ne prêta pas attention à l'élu des déesses, placé à côté d'elle. Le malaise qu'elle éprouvait avait effacé tout sourire sur son visage. Quant à Mipha, elle n'osait pas se rapprocher de Link, à la fois par pudeur et par embarras, si bien qu'Impa lui demanda de se décontracter et de se rapprocher du groupe. Elle intima même à la princesse de sourire, ce qui fonctionna à merveille.

- Bien, maintenant que tout le monde est rentré dans le cadre, souriez ! les pria la nourrice en s'apprêtant à prendre la photo.

Link esquissa un très fin sourire tandis que tous les autres Prodiges souriaient avec joie, excepté Revali. Daruk choisit ce moment pour prendre tout le monde dans ses bras en signe d'affection. Le cliché fut ainsi immortalisé, Impa ne put s'empêcher de rire aux éclats en analysant la photo. Il n'y avait qu'Urbosa et Daruk qui avaient des poses convenables ; Link avait tâché de ne pas toucher la princesse, par respect pour son rang. Revali avait sans doute était le plus surpris.

- Il est hors de question que l'on garde une telle abomination ! s'indigna-t-il en voulant prendre la tablette. Effacez de suite !
- Non, répliqua Impa en veillant à ce qu'il ne la touche pas.
Une dispute s'engagea entre eux pendant que les autres Prodiges les observaient avec plus ou moins d'amusement. C'est alors qu'un chevalier arriva en courant, l'air grave.
- Votre Altesse, chevalier Link, s'adressa-t-il à eux en reprenant du mieux qu'il put son souffle. Le roi désire vous voir.
Zelda jeta un bref coup d'oeil au Prodige, soupira faiblement puis se dirigea vers le château, suivie par Link. Urbosa s'enquit de demander au chevalier la raison de cet appel, ce qui ne manqua pas d'arriver.
- Le roi a choisi le chevalier servant de la princesse, les informa-t-il.
Le coeur de Mipha bondit dans sa poitrine et ses doigts s'entremêlèrent aussitôt en signe d'anxiété. De son côté, Daruk se doutait déjà de la réponse.
- L'élu de la Lame Purificatrice aurait été désigné.

Chapitre 3   up

Code d'honneur du chevalier :
1. Il a un comportement exemplaire guidé par les valeurs de la Chevalerie, la vaillance, la générosité, l'honneur et la courtoisie.

o O o

Cette annonce vint foudroyer Mipha, lui bloquant net la respiration. Ce qu'elle redoutait le plus venait de se produire. Peut-être n'était-ce qu'une rumeur... Mais la réalité la rattrapa si brusquement qu'elle perdit sa bonne humeur et afficha une expression déconcertée.

- Comment un gringalet comme lui pourrait recevoir cet illustre titre ?! s'offusqua Revali en pointant le prodige hylien qui s'éloignait. Il n'a aucun pouvoir ! Et ce n'est pas avec une simple épée qu'il parviendra à protéger la princesse.
- Link est le meilleur épéiste du royaume, argua Urbosa en croisant les bras. Il est le seul à qui revient le droit de la protéger. Nous en saurons certainement plus ce soir.

La journée, déjà riche en émotions, venait de prendre une nouvelle tournure que chacun vécut différemment. Il n'y avait qu'Urbosa et Daruk qui se réjouissaient de cette nouvelle. De son côté, Mipha prenait soin de leur tourner le dos, certainement pour cacher ses yeux embués.

o O o

- Vous avez fait vite, remarqua Rhoam Hyrule en voyant sa fille et le capitaine de la garde royale arriver dans la salle du trône.

La princesse, dont le visage fermé témoignait de son immense déception, s'inclina poliment devant son père tandis que Link posait un genou à terre, comme toutes les fois où il faisait face à son roi. Zelda lui jeta un bref coup d'oeil, les sourcils froncés, puis reporta son attention sur le souverain d'Hyrule.

- Père, m'avez-vous choisi le héros en tant que chevalier servant ? demanda-t-elle d'une voix froide.
La jeune fille ne voulait pas de Link pour ce titre. Il était bien trop fermé et inexpressif. Et son regard... Elle pensait percevoir du mépris à travers ses yeux d'un bleu glacial.
- C'est exact, approuva le roi en les rejoignant au centre de la pièce.
Les mains de sa fille se crispèrent bien que personne ne le remarqua.
- Je pense qu'il n'y a pas de chevalier plus apte que Link pour assumer ce rôle, poursuivit-il avant de prier le jeune homme de se relever.

Link se redressa, son coeur s'emballait malgré son manque d'expression. Jamais il n'avait été à l'aise en présence de son roi. Ce titre supplémentaire ne faisait qu'accroître sa pression due à ses grandes responsabilités.

- Mais, Père ! s'indigna la princesse en effectuant un pas en avant. Il est légitime que ce soit moi qui choisisse ! Laissez-moi trouver quelqu'un de plus âgé, avec plus d'expérien...
Rhoam Hyrule balaya brusquement l'air afin de la faire taire, agacé.
- Vous n'avez pas votre mot à dire, rétorqua-t-il avec fermeté. Vous portez en vous un pouvoir divin. Il est hors de question qu'il vous arrive quoi que ce soit à cause d'un chevalier incompétent.

Le souffle de Link se bloqua alors qu'une boule se formait dans son ventre. Ces mots l'avaient blessé. Il sentait que le roi critiquait ses semblables, comme si la grande majorité d'entre eux n'étaient que de la chair à canon. Sa nuque se courba légèrement et ses yeux se posèrent sur les dalles de la salle. De plus, il avait parfaitement compris que la princesse Zelda ne semblait pas vouloir de lui. Un sentiment de détresse naquit alors en lui, bien que cela soit presque imperceptible pour le jeune homme.

- Chevalier Link, désormais, vous serez aux côtés de ma fille toutes les fois où elle quittera Hyrule, ainsi que dans l'enceinte du château si cela s'avère nécessaire. Est-ce bien clair ?
Le blond posa son poing au-dessus de son coeur puis inclina la tête en signe d'accord. De toute façon, il n'avait pas son mot à dire. Quand il osa regarder la princesse, celle-ci lui offrit un regard froid.
- Bien, allons rejoindre les autres prodiges pour leur annoncer la nouvelle, déclara le monarque en se dirigeant vers le couloir menant à l'extérieur.

Zelda, qui contenait le mieux possible sa colère, lui emboîta le pas en adoptant une allure presque brusque. Quant à Link, il les regarda quelques instants s'éloigner avant de les suivre, les traits de son visage paraissaient légèrement contractés. Tous trois, escortés par une poignée de gardes royaux, se dirigeaient vers l'une des nombreuses fontaines du château, là où les attendaient les quatre autres prodiges selon les dires d'une domestique. Non loin se préparait un buffet en l'honneur des futurs héros du royaume. Des cuisiniers se hâtaient d'apporter les derniers accessoires.
En les apercevant, Revali croisa les bras et claqua de la langue à l'adresse de Link. Urbosa, elle, s'empressa de se réjouir auprès de son amie mais Zelda fut loin d'être aussi enthousiaste qu'elle.

- J'ose espérer que le repas en votre honneur sera à la hauteur, dit le roi en observant d'un oeil critique le buffet.
- Tant qu'il y a de la caillasse rôtie, moi, je suis content, le rassura Daruk avant de rire allègrement tout seul.

De son côté, Mipha épiait discrètement Link, en retrait, et se demandait sans cesse ce qu'elle allait bien pouvoir lui dire. La princesse zora voulait le féliciter mais elle savait très bien que ce n'était pas le véritable fond de sa pensée. Au loin, des cris retentirent et firent s'immobiliser tout le monde, sur le qui-vive. Personne ne voyait ce qu'il se passait et donc ne comprenait la situation. Pourtant, les cinq prodiges restaient sur leurs gardes, prêts à agir quelles que soient les circonstances. Un puissant rayon blanc fendit l'air et fit voler en éclats un arbre centenaire à une quinzaine de mètres de là. La princesse Zelda poussa un cri de peur en reculant soudainement alors que tous les domestiques s'enfuirent. Un autre rayon s'abattit sur la fontaine et détruisit une partie de la statue qui représentait un oiseau. C'est alors qu'un Gardien arriva à vive allure et les détecta.

- Madame ! s'exclama Urbosa en se plaçant devant elle afin de la protéger.
Un point rouge apparut alors sur le torse du roi en personne et le sang de tous se glaça.
- Par les déesses ! s'écria Revali face à la menace imminente.
- Père ! hurla Zelda, épouvantée.

Sans perdre une seconde, Link se précipita vers le buffet, s'empara du couvercle de la première marmite trouvée puis il bondit devant le roi. Au même moment, le Gardien réitéra son attaque. D'un coup, le jeune homme para le rayon, ce qui le renvoya par la même occasion. La machine le reçut de plein fouet dans l'ouverture qui s'apparentait à un oeil puis elle s'écroula sur le côté, abattue. Link, impassible, se redressa sans lâcher du regard son précédent ennemi. De toute évidence, les Sheikahs avaient perdu son contrôle. Impa, elle aussi présente, s'empressa de courir vers le Gardien pour l'analyser en toute hâte.

- Link, c'est épatant ! le complimenta Daruk en posant une main sur son épaule. Tu es bien l'homme de la situation !
Le roi sortit enfin de sa torpeur, le teint pâle, puis regarda celui qui venait de le sauver. Comme lui, Mipha éprouva une grande admiration pour celui qui avait su prendre une décision rapidement.
- Cela ne fait plus aucun doute, jeune homme. Tu mérites bien ton nouveau titre de chevalier servant, affirma Rhoam Hyrule de toute sa grandeur.
- Tout de même, vaincre un Gardien de la sorte... souffla Urbosa, tout aussi surprise que les autres.
Revali, agacé, secoua la tête en lançant un regard noir à ce jeune péquenot qui faisait son intéressant à tout bout de champ.
- Quelle honte, siffla-t-il entre son bec.

Fort heureusement, personne ne l'entendit. Quant à la princesse, son regard s'était d'autant plus assombri. Par respect, elle remercia brièvement le héros avant de rejoindre Impa pour comprendre ce qui était arrivé au Gardien. Son amie se montrait soucieuse.

- C'est bien la première fois que je vois ça, déclara la Sheikah en analysant les pièces de la machine. Nous ne sommes pas censés perdre leur contrôle.
Impa se tint le menton, les sourcils froncés et le regard suspicieux. La princesse, tout aussi alarmée, fit le tour du Gardien mais ne trouva rien d'anormal.
- Une défaillance du système central ? supposa-t-elle finalement.
- C'est possible. Cependant... il m'a semblé voir une fumée rouge s'en échapper une fois vaincu.
La jeune fille, surprise, écarquilla les yeux en dévisageant son amie. Une... fumée rouge ?
- C'est inhabituel, en effet, finit-elle par dire. Il faudra soumettre nos observations au laboratoire antique d'Akkala. Pourras-tu leur écrire ? Je crains d'être très occupée dès demain...

Impa lui sourit en lui assurant qu'il n'y avait aucun souci. Les Sheikahs qui s'occupaient du Gardien arrivèrent alors en courant, paniqués, et s'excusèrent mille fois pour les dégâts occasionnés. La princesse leur certifia alors qu'en absence de blessés, ce n'était pas aussi grave qu'ils l'imaginaient. Il faudrait pourtant faire quelques réparations... Lorsque Zelda revint vers le groupe de prodiges, le grand Daruk s'empressa de lui demander s'il y aurait une cérémonie officielle pour nommer Link en tant que chevalier servant.

Discrètement, les traits de la prêtresse royale se durcirent et elle regarda sur le côté avant que le Goron n'insiste davantage car il rêvait d'assister à un tel rituel. Puisque tout le monde semblait attendre sa réponse, Zelda se sentit presque obligée d'accepter. Cette idée plaisait à son père, elle le voyait bien. C'est pour cela qu'elle donna son accord malgré sa réticence refoulée.

Le soir, le buffet organisé fut un véritable succès ; tous les invités étaient ravis, Link le premier. Au coin d'une table, il ne cessait de se resservir à l'abri des regards. Les feuilletés qu'il dévorait n'avaient plus aucun secret pour lui. Une ombre se dressa alors derrière son dos et vint prendre le dernier mets sur l'assiette, ce qui eut pour effet de figer Link. Le blond se retourna vivement et découvrit un jeune homme d'une vingtaine d'années, un accordéon sur le ventre. L'inconnu possédait une chevelure d'un blanc éclatant, contrastant avec ses iris rouges. Un membre du clan Sheikah qui faisait bien une tête de plus que le jeune prodige et qui était qualifié de fort charmant par certaines dames. Ses yeux en amande affinaient son visage et lui donnaient un côté mystérieux en parfait accord avec son statut d'artiste.

- Eh bien ? s'étonna l'inconnu en constatant le regard surpris de Link. Ce feuilleté n'attendait que moi.
Il s'empressa de le manger sans lâcher le héros du regard puis il finit par esquisser un sourire.
- Alors c'est toi, le prodige des Hyliens ? Je m'attendais à un homme plus âgé.
Link fronça les sourcils, se demandant bien pourquoi ce Sheikah prenait autant de libertés avec lui.
- Je me permets de te tutoyer, tu es bien plus jeune après tout. Et puis, ce n'est point parce que je suis un poète que je ne dois pas te considérer comme mon égal, argua-t-il en haussant les épaules.
L'inconnu se racla la gorge et réajusta son instrument dont il était si fier.
- Mon nom est Cassius, se présenta-t-il dignement. Je suis le poète et le musicien de la Cour. J'imagine que tu as déjà entendu parler de moi ?
L'absence de réaction de Link le fit tiquer et porta un certain coup dans son égo. Comment ça, ce garçon ne le connaissait pas ?
- Soit. Tout le monde n'est pas apte à comprendre la beauté des mots et de la musique, répliqua Cassius froidement.
Au loin, le rire de la princesse attira leur attention et fit soupirer le poète, sous le charme.
- La princesse est une fleur dont la beauté ne se tarira jamais, je crois bien, souffla Cassius en hochant la tête.
Il jeta un regard presque hautain au prodige.
- J'ose espérer que tu feras correctement ton travail. Et ne pense pas t'attirer ses faveurs. Tu n'es qu'un chevalier après tout. Elle n'a que faire du bétail envoyé à l'abattoir.

Les yeux de Link s'écarquillèrent tandis que la colère monta brusquement en lui. Les chevaliers, du bétail ?! Par réflexe, le héros voulut dégainer son épée pour laver cet affront, mais sa main se referma sur du vide. De toute évidence, son arme était restée dans le château, gardée par son coffre. Cassius ne perdit pas plus de temps et s'en alla vers la princesse pour lui réciter les derniers vers composés en son honneur. Elle en fut sincèrement touchée.
- Tu ne devrais pas te laisser marcher dessus ainsi, Link... bredouilla une petite voix à côté du jeune homme.
Il tourna la tête vers son amie d'enfance, toujours aussi intimidée par sa présence. Les mains jointes, elle s'approcha de lui, soucieuse.
- Il n'a pas conscience des véritables devoirs des chevaliers, ni même du tien, le rassura Mipha du mieux qu'elle put. Ne te préoccupe pas de lui.

La princesse zora lui offrit un chaleureux sourire, auquel il répond par un hochement de tête. Au fond, Link était soulagé d'être compris. Un jour, ce dénommé Cassius comprendrait qu'être chevalier est un devoir de haute responsabilité relevant de la protection du royaume entier.

o O o

Le jour suivant, suite à la demande de Daruk, les cinq prodiges se réunirent en dehors du château pour le rite du chevalier servant. Au centre d'une placette entourée par des piliers de pierre, Zelda récitait d'un ton monotone les paroles de ce rituel, autrefois si courant chez les nobles de la Cour. Concentrée sur ses paroles, elle n'entendait pas les chuchotements des autres prodiges, forts étonnés que la princesse soit aussi peu réjouie par cet événement. Daruk se sentit mal d'avoir demandé une telle chose à la princesse. Il ne pensait pas que cela la rendrait aussi peu enthousiaste... Tous se posèrent alors la même question : que s'était-il passé entre Zelda et Link pour qu'elle soit aussi froide envers lui ? Ils ne se connaissaient pourtant que depuis peu... Mipha en fut d'autant plus attristée. Voir son ami prendre autant à coeur sa mission alors que la princesse hylienne ne semblait pas l'apprécier...

Zelda ne put se retenir de soupirer une fois son discours terminé. Elle regarda le chevalier, agenouillé. Elle ne parvenait pas à percevoir le fond de ses pensées, ni même la moindre expression chez lui. Pour elle, le héros était insondable. La damoiselle commença à penser qu'il n'éprouvait aucune émotion humaine. Un être dénué de tous sentiments.

- Je vous remercie, Votre Altesse, la gratifia Daruk pour alléger l'atmosphère. Vous nous avez permis de voir un rituel presque perdu.
La jeune princesse tourna la tête vers lui et l'inclina. Elle se demandait bien que ce qu'elle allait faire, dorénavant.
- Madame, j'aimerais discuter en privé avec vous, lui dit alors Urbosa avec sérieux. Nous retrouverons les autres prodiges ce soir, pour le dîner.
Zelda accepta et toutes deux partirent en direction du château, laissant derrière elles les quatre autres élus du roi. Bien embêté par la situation, Daruk tenta une nouvelle fois d'arranger les choses. Revali, lui, ne voulait même pas regarder son rival.
- Et si nous allions manger quelque chose en ville ? proposa le Goron, ravi par cette idée. J'ai vu pleins de belles choses en arrivant !
- Excellente idée, l'approuva Mipha en sachant très bien que cela ferait plaisir à Link.

En effet, pour la première fois depuis qu'elle l'avait trouvé changé, elle vit ses yeux pétiller bien que le jeune homme resta impassible. Cela réchauffa le coeur de la princesse zora. Il fallut toutefois plusieurs minutes supplémentaires pour convaincre Revali de les accompagner. Ensemble, ils prirent le chemin de la citadelle en restant dans un silence paisible et agréable. Le chemin qui passait au milieu de la plaine leur apportait le bruit du froissement des brins d'herbes, des chants des oiseaux au loin. Seuls de rares nuages couvraient par endroits le ciel et amenaient un peu de fraîcheur en passant devant le soleil en ce mois de mars.

Le petit groupe se rendit à la première auberge qu'ils trouvèrent, tenue par une vieille dame et son fils. Ils commandèrent des boissons chaudes mais non alcoolisées. Les autres clients attablés dans la salle les regardaient à la fois avec étonnement et admiration. Ce n'était pas tous les jours qu'on mangeait sous le même toit que les prodiges !

- Nous sommes le centre de l'attention, leur fit remarquer Mipha, peu à l'aise.
- Cela t'étonne-t-il qu'ils regardent le plus grand guerrier de tous les temps ? lui lança Revali en adoptant une fière allure.
Daruk hocha la tête.
- Je suis bien d'accord avec toi. Ils doivent être impressionnés par notre p'tit gars !
Le Piaf écarquilla les yeux tandis que la Zora dut se retenir de rire face à son expression. Revali jeta un regard noir à l'Hylien, visiblement agacé. Surtout que ce dernier n'avait pas même sourcillé. À croire qu'il était une statue !
- Vous êtes si peu ouverts d'esprit que cela m'exaspère, maugréa le prodige piaf en croisant les bras. Vous finirez bien par comprendre.
- Et quatre boissons pour nos champions ! s'exclama l'aubergiste en arrivant, un plateau dans ses mains.
Elle leur servit les choppes, déposa une tranche de tarte devant Link puis s'en alla prendre une autre commande, un peu plus loin. Le jeune homme entama avidement son assiette, sous le regard ahuri de Revali. Il n'y avait que son amie d'enfance et Daruk qui souriaient.
- Eh bien, eh bien ! rit le Goron en le regardant. Voilà quelque chose que le fiston aura gardé.
Le Piaf ricana.
- Mange, petit, le nargua-t-il sans gêne. Peut-être que ça te fera un peu grandir.
Link leva le regard vers lui, les sourcils froncés et la bouche pleine. Mipha, choquée, répondit à sa place :
- Surveille un peu tes propos, Revali, l'avertit-elle en le regarda durement. N'oublie pas qu'il est l'élu de nos déesses.
- Je ne faisais que le taquiner, voyons.
Il sourit davantage, malicieusement.
- Rien de bien méchant, ajouta-t-il finalement avant de boire une gorgée.

La princesse zora l'observa un long instant d'un air désapprobateur puis entama à son tour sa boisson, sous le regard un peu dérouté de Daruk. Il ne comprenait pas vraiment ce qu'il se passait et ne chercha pas à en savoir plus. De son côté, Urbosa escortait la jeune prêtresse en lui lançant de discrets regards. La reine était morte il y a bien des années de cela, brutalement emportée par une maladie que les médecins ne connaissaient pas. La petite Zelda, bien que traumatisée et chamboulée, resta digne d'après de très nombreux témoignages. Et la suzeraine gerudo, dès ce jour-là, la prit sous son aile jusqu'à la considérer comme sa propre fille au fil des ans. Elle le percevait bien : depuis quelques temps, sa petite dame semblait plus soucieuse.

- Je vois bien que tout cela vous affecte, dit-elle à Zelda alors qu'elles passaient les portes des remparts internes. Peut-être vous faudra-t-il encore quelques semaines pour vous habituer à la situation.
- Tout s'est enchaîné si vite, Urbosa... souffla l'Hylienne en baissant la tête. La découverte des Créatures Divines et des Gardiens, l'élu de la Lame Purificatrice, le choix des prodiges, le rituel du chevalier servant...
Elle entremêla ses doigts, une boule se formant dans son ventre.
- Qu'ai-je fait dans tout cela ? Les années ont passé si vite, je n'ai toujours pas réussi à éveiller mon pouvoir alors que tout le monde semble prêt autour de moi. Je me sens bien inutile...
Urbosa voulut la contredire mais elle n'en eut pas le temps car la princesse poursuivit.
- C'est pour cela que j'aide dans les recherches de Pru'ha, la soeur d'Impa. Même si je suis encore loin de percer tous les secrets de la technologie sheikah, je sens que nous approchons peu à peu de notre but !
Penser à ses recherches parvint à lui faire retrouver le sourire.
- Je serai heureuse d'annoncer à Père que nous sommes en mesure de contrôler les Gardiens et les Créatures Divines, affirma-t-elle avec sérénité.

Urbosa lui sourit puis reporta son attention sur leur chemin en reprenant un air grave. Il était évident que la princesse ne lui disait pas tout, notamment au sujet de son début de relation délicate avec son chevalier servant. Pourtant, la Gerudo sentait qu'il y avait autre chose : un événement concernant uniquement la princesse et le roi. Une fois arrivée dans le grand hall du château, Zelda demanda à la suzeraine ce qu'elle désirait lui dire, Urbosa ne se fit pas prier.

- Je suis inquiète, Madame, lui avoua-t-elle après avoir vérifié que personne ne les écoutait.
En effet, dans l'immense hall déambulaient sans cesse des soldats, gardes ou domestiques qui s'affairaient et parlaient de vives voix.
- L'une de mes espionnes m'a appris qu'il y avait du mouvement parmi le clan Yiga. J'ai bien peur qu'ils méditent pour nous voler notre trésor ancestral. Mais si ce n'était que ça...
Zelda s'arrêta, très concernée, et fronça légèrement les sourcils.
- Qu'y a-t-il d'autre, Urbosa ? l'incita à poursuivre la princesse.
La guerrière croisa les bras et posa son regard sur un étendard, au loin.
- Je crains que vous soyez l'une de leurs prochaines cibles. La résurrection du Fléau approchant à grand pas, vous êtes leur plus grande ennemie. Promettez-moi de prendre avec vous une escorte à chaque fois que vous quittez le château. Et dans la mesure du possible, que votre chevalier servant soit à vos côtés.

Zelda se crispa et détourna la tête, le visage sombre. Une escorte de chevaliers ferait l'affaire. Inutile de sortir tout un régiment pour elle ou de... déranger le prodige hylien. Les Yigas avaient pour habitude d'attaquer par surprise, tout seuls ou éventuellement à deux.

- Je vous prie de considérer mes paroles, Madame, insista Urbosa en la voyant hésiter. Nous ne pouvons pas nous permettre de vous perdre.

La blonde acquiesça lentement et croisa de nouveau le regard de celle qu'elle considérait comme une deuxième mère. Le moindre faux-pas ou enfantillage de sa part pourrait lui coûter la vie. Soit, elle redoublerait d'efforts envers son chevalier servant. Il avait encore droit à sa chance, après tout.

Chapitre 4   up

Code d'honneur du chevalier :
2. Il est toujours loyal envers ses compagnons Chevaliers et fait preuve de noblesse d'esprit.

o O o

L'heure fut venue pour les quatre prodiges de rentrer chez eux et d'apprendre à manier leur Créature Divine. La princesse Zelda regrettait qu'ils partent si tôt, mais il n'y avait plus de temps à perdre. Le jour même, la prêtresse royale partit avec Impa et une escorte pour la source de la Force qui était la plus proche. N'ayant pas encore dix-sept ans, celle de la Sagesse ne lui était pas autorisée. De son côté, Link resta s'entraîner, sur ordre du roi. Il entreprit donc de s'exercer à l'épée. Pour son entraînement, Link choisit de se rendre à la salle d'armes où se trouvaient quelques mannequins et de nombreuses cibles de tir à l'arc. Habituellement, seuls les simples chevaliers y avaient accès mais en tant que prodige, il bénéficiait de droits supplémentaires. Lorsqu'il y fit son entrée, les preux ne manquèrent pas de le remarquer et le saluèrent d'un signe de la tête par politesse et respect. Mal à l'aise à cause de toute cette attention qu'on lui portait, Link se dépêcha de descendre l'escalier pour rejoindre le premier palier et choisir un mannequin de libre. Pendant le reste de la matinée, il mania adroitement l'épée de légende en prenant, par moments, quelques pauses pour se reposer.

- Tiens, Link ! se réjouit une voix familière en arrivant par derrière. Dis donc, ça fait un bail...
Le blond se retourna pour faire face à son ami Conrad, toujours accompagné de Gautier. En temps normal, Link aurait été content de les revoir. Mais à cet instant-là, il sentit un poids lui peser dans le ventre. Il y a quelques semaines encore, tous trois discutaient de vive voix autour d'une table de taverne.
- C'est vrai qu'avec ton nouveau rôle, on n'a pas vraiment pu venir te voir, poursuivit le brun en souriant à son camarade. En même temps, les simples chevaliers comme nous n'ont pas accès aux parties réservées aux gardes royaux...

Link l'observa sans rien dire. Gautier et Conrad avaient vaguement entendu des rumeurs comme quoi le prodige, le héros choisi par les déesses, ne parlerait à personne. Et cela les attristait, eux qui l'avaient connu si vif et expressif... Gautier voulut briser le silence qui commençait à peser entre eux.

- Nous avons croisé ton père, avant-hier, lui annonça-t-il avec bonne humeur. Il a pris de tes nouvelles, mais on n'a pas vraiment pu lui en donner... Je crois qu'il a laissé une lettre pour toi, au bureau de la Garde.
Gautier passa une main sur sa nuque, visiblement embarrassé.
- Comme vous n'avez pas le droit de vous voir, c'était le seul moyen qu'il a trouvé.

Les yeux du jeune homme s'agrandirent légèrement et il ressentit la vive envie d'aller chercher cette lettre. D'un simple regard, il remercia ses amis et s'empressa de se rendre au lieu indiqué, dans l'aile ouest du château. Ses parents lui manquaient, Link ne comprenait vraiment pas pourquoi il avait interdiction de les voir. Son devoir était de protéger le royaume et la princesse en personne. S'il devait choisir entre vivre pour revoir sa famille ou mourir pour sauver le futur du royaume, il donnerait sa vie. C'était son devoir de chevalier. Il avait prêté allégeance au roi et juré de servir la famille royale jusqu'à son dernier souffle.

Comme d'habitude depuis que le héros avait fait des prouesses sur le champ de bataille, tous les regards se portaient sur lui dans les couloirs. Cela lui déplaisait fort car de nature discrète, mais il finirait bien par les oublier. Une dizaine de minutes plus tard, Link parvint au bureau de la Garde. Celui qui l'occupait, en le voyant arriver, s'empressa de sortir la lettre et de la lui tendre.

- Un courrier de votre père, lui dit-il d'une voix monotone.

Le jeune homme aurait aimé être prévenu plus tôt. Il prit la lettre puis se dirigea vers sa chambre, désormais dans la partie du château réservée aux officiers. Certes, elle était bien plus confortable et spacieuse. Mais l'ambiance des chevaliers, des rires de la salle commune, lui manquaient terriblement. Avoir des privilèges n'avait pas toujours de bons côtés... Lorsqu'il fut assis sur l'un des fauteuils aux couleurs de la garde royale, Link ouvrit son courrier et lut avidement le mot de son père. Ce dernier, à travers les nombreuses lignes, prenait de ses nouvelles et lui racontaient quelques anecdotes à propos de leur famille, ou de ce qu'il prévoyait de faire dans les jours à venir. Son père lui apprit aussi, avec une joie immense, que sa mère se rétablissait de la maladie qui la rongeait depuis tant d'années !

Cette nouvelle bouleversa tant Link, et sa joie fut si grande qu'il esquissa un sourire pour la première fois depuis sa nomination en tant que capitaine. Lui qui se faisait tant de soucis pour elle, le voilà soulagé. À son époque, les Hyliens mouraient facilement des maladies. Alors savoir que sa mère guérissait, c'était un véritable cadeau des déesses, certainement pour le remercier d'accepter l'immense mission qu'il devait accomplir.

Link, après être parti manger son repas de midi, revint dans sa chambre pour répondre à son père et digérer. Une fois cela fait, il repartit s'entraîner, le coeur plus léger. À la fin de la journée, il se rendit à la citadelle d'Hyrule pour déposer sa lettre à la poste centrale. Dehors, une légère pluie tombait et obligeait certaines personnes à rester chez elles pour ne pas attraper froid, bien que ce soit bientôt le printemps. Revêtu d'une tenue hylienne des plus communes, Link rabattit sa capuche pour se protéger et marcha d'un pas rapide vers le bureau de poste où il put déposer sa lettre. Une fois cela fait, il fut contraint d'affronter le mauvais temps une nouvelle fois.

Le vent s'était levé et pliait les fleurs disposées sur les balcons des maisons à colombage. Link tenait sa capuche pour ne pas qu'elle s'en aille, le vent dans ses oreilles créait un bruit tel qu'il n'entendit pas les lourds pas approcher dans ses arrières. Un mouchoir de tissu blanc et bleu, venant de derrière, le dépassa en dessinant des spirales dans l'air à cause d'une bourrasque. Il vint s'accrocher à l'une des branches basses d'un arbre sur son chemin. Par courtoisie, Link alla le chercher tandis que des pas accouraient dans son dos. Le jeune homme se retourna pour le rendre à sa propriétaire et reçut le chaleureux, mais embarrassé sourire de la princesse. Le ventre du prodige se tordit étrangement en voyant pour la première fois cette expression sur son visage. Malgré la cape qui la couvrait de la tête aux pieds, on pouvait apercevoir sa tenue de prêtresse dessous.

- Merci, le gratifia-t-elle avant de le reconnaître sous sa capuche.
Son sourire s'effaça aussitôt alors que son escorte ainsi qu'Impa la rejoignaient.
- Oh, c'est vous... souffla-t-elle en récupérant son bien.
En effet, ce mouchoir avait appartenu à sa mère, il était l'un de ses derniers souvenirs. En voulant le regarder une fois de plus, le vent l'avait emporté. Impa reconnut à son tour le prodige et en fut soulagée.
- Chevalier Link, vous êtes donc aussi de sortie ! s'étonna la Sheikah en constatant sa tenue de civil. Vous rentrez au château ?
Il acquiesça.
- Faisons route ensemble, dans ce cas. Inutile de rester seul.

Zelda voulut répliquer mais elle n'en eut pas le temps car sa nourrice reprit la marche en posant une main sur son épaule. La blonde jeta un bref regard à Link puis se remit en route en serrant fortement le souvenir de sa mère contre sa poitrine. Elle devait avoir froid, vêtue de la sorte. Le groupe revint donc au château, dans un lourd silence. Sur leur chemin, les quelques Hyliens dehors les saluaient en s'inclinant humblement devant leur princesse avant de reprendre leurs occupations. Une fois au sein du château, l'escorte retourna dans ses quartiers et Impa souhaita à Link de passer une agréable fin de soirée avant qu'elle ne raccompagne la princesse dans ses appartements.

Ainsi, une semaine passa où Link ne fit essentiellement que s'entraîner. Manier l'Excalibur lui était bien plus simple, il parvenait même à activer son pouvoir divin dans certaines circonstances bien que cela soit la dernière chose qu'il ne maîtrisait pas complètement. Un après-midi, alors qu'il se désaltérait à une fontaine, un garde royal vint le trouver et l'informa qu'Impa désirait le voir. Surpris de cela, Link le dévisagea quelques instants puis se rendit au bureau de la conseillère sheikah, à quelques étages des appartements royaux. Il se demandait bien ce qu'elle lui voulait. Ce devait être important. Quand il fut devant la porte, le jeune homme frappa doucement puis entra. Impa se tenait devant l'unique fenêtre de la pièce, en train de regarder la cour et ses semblables qui s'y trouvaient.

- Tu as fait vite, remarqua-t-elle en lui faisant face. Je t'en prie, assieds-toi.
Il ne se fit pas prier et prit place sur un siège à côté de lui.
- J'ai eu vent de nouvelles inquiétantes, récemment, commença Impa en se dirigeant vers une étagère, derrière elle. Tu as sans doute entendu parler du clan Yiga, je présume ?
- Non, répondit-il simplement.
Impa, qui s'attendait peu à l'entendre parler, s'immobilisa mais se reprit bien vite. Il se devait de connaître la situation.
- Eh bien, je vais te mettre de suite au courant. Il y a dix mille ans, ces anciens membres du clan sheikah ont trahi la famille royale pour se ranger du côté de Ganon. Ils sont extrêmement doués en camouflage et n'hésitent pas à se faire passer pour de simples voyageurs sur les routes. Leur but premier est de permettre la résurrection de leur Maître. Mais il y a autre chose...
Le prodige fronça les sourcils, très attentif à ses propos. Impa leva ses iris rouges vers lui, l'expression grave.
- La princesse et toi êtes leur cible, lui annonça-t-elle alors en déployant devant lui une affiche roulée.
Link put voir le portrait d'un homme, ou d'une femme, masqué, avec une étrange tenue.
- Je ne doute pas que tu réussisses à les vaincre s'ils s'en prennent à toi. Mais la princesse... Certes, il y a toujours une escorte à ses côtés durant ses voyages. Mais elle ne ferait pas le poids, je le crains bien...
Impa replia l'affiche puis la reposa soigneusement à sa place.
- Je pense que tu comprends où je veux en venir, Link.
Elle ancra son regard dans le sien, il ne vacilla pas. Oui, il comprenait parfaitement.
- Ton rôle de chevalier servant va prendre tout son sens, maintenant. Le roi a décidé que tu l'accompagnerais partout, même ici. Il soupçonne que certains domestiques soient des espions à la solde des Yigas. Je suis du même avis que lui mais c'est très dur de trouver des preuves.
- Dois-je l'escorter jusqu'à ses appartements ?
Impa esquissa un sourire, amusée en imaginant la scène.
- Non, je prendrai le relais à cet endroit-là du château. Je t'enverrai un garde pour t'avertir de nous rejoindre.

Il acquiesça en méditant sur ses précédentes paroles. Les Yigas... Pour le moment, il ne connaissait rien de leur méthode de combat, ni même de leurs armes. De son côté, Impa se dirigea vers le fond de la pièce et y attrapa un lourd objet de métal qu'elle remit au jeune homme. C'était un bouclier bleu avec la Triforce représentée dessus, notamment.

- Voici le bouclier Hylia, lui apprit-elle. On raconte qu'il aurait appartenu au précédent héros.
Émerveillé, Link fit glisser ses doigts sur le métal froid sans le lâcher des yeux.
- C'est peut-être une réplique mais je t'assure qu'il est d'une résistance impressionnante. Certes, tu as déjà un bouclier de garde royal. Mais celui-ci pourrait très bien t'être utile.
- Merci... souffla l'Hylien en relevant la tête vers elle.

Impa sourit de plus belle et finit par lui donner quelques indications supplémentaires vis-à-vis de son nouveau rôle. Le jeune homme fut soulagé de recevoir des conseils. Il ne savait pas du tout comment se comporter en tant que chevalier servant. Mais il y avait une chose dont il était sûr.
Par égard pour la princesse, il se devait de garder ses distances.

o O o

Ce fut ainsi que le nouveau rôle de Link commença véritablement. Vêtu de sa tenue du prodige quotidiennement, il suivit la princesse hylienne partout dans le château en veillant à laisser plusieurs mètres entre eux. Par la même occasion, le jeune homme surveillait le personnel et parfois les chevaliers. Il ne se doutait cependant pas que Zelda lui jetait de discrets regards, le visage fermé. Elle avait beau être accompagnée, elle se sentait tout de même seule. Le peu de conversations que la blonde tentait d'avoir avec Link ne menait à rien. Il ne répondait jamais et se contentait juste de la regarder. Fort heureusement pour elle, Zelda n'avait pas à le supporter jusqu'à ses appartements, ni même lors de ses séances de prières.

Justement, un jour où elle priait au temple du château, la prêtresse royale put congédier son chevalier servant. Link, tout naturellement, se rendit à la salle d'armes pour s'exercer à l'arc, ou même à la hallebarde. Sur son chemin, venant en sens inverse, il vit arriver ses deux amis qui se tenaient par les épaules et riaient gaiement. Quand Gautier et Conrad aperçurent leur ancien camarade, ils lui firent signe et Link s'arrêta, malgré tout content de les voir. Tous deux semblaient sur un petit nuage.

- Link ! s'exclama le brun en lâchant son ami. Tu ne connais pas la nouvelle ? Gautier, sacré cachottier...
Il vint vigoureusement frotter les cheveux de son camarade qui le suppliait d'arrêter en riant malgré lui. Conrad prit lui-même la peine d'annoncer l'événement.
- Il s'est fiancé, figure-toi ! Et à une Gerudo ! Ah, tu ne perds pas ton temps, toi !

Gautier rougit légèrement en se frottant l'arrière de la nuque, visiblement très gêné. Link s'y attendait si peu que ses yeux s'écarquillèrent. Voilà donc la raison de ses deux voyages depuis qu'il était adoubé ! Gautier avait tout simplement rencontré une Gerudo. Le jeune capitaine se souvint que son ami avait une préférence pour les femmes de ce peuple.

- Félicitations, dit-il calmement en ayant un léger sourire.
Ses deux compagnons cessèrent de bouger. Ils... ils rêvaient ?
- Tu as retrouvé ta langue, on dirait ! lui fit remarquer Conrad, fou de joie. Je me disais bien que tu ne pouvais pas rester éternellement comme une carpe !

Affecté par ce reproche, les sourcils de Link se froncèrent et il dévia le regard avant de s'excuser auprès d'eux et de partir rapidement vers la salle d'armes. Gautier lança un regard noir au brun en le poussant, ce qui lui fit faire quelques pas en arrière.

- Imbécile, répliqua-t-il en se remettant en marche. T'as vraiment un don pour tout gâcher.
Conrad ne comprenait pas. Il se lança aussitôt sur ses pas.
- Pourquoi tu dis ça ?! C'est la vérité, non ?
Le blond se retourna vers lui et ancra profondément son regard dans le sien. Tout cela l'avait énervé en si peu de temps...
- Tu as pensé à ce qu'il pouvait ressentir jusque-là ? lui demanda Gautier avec grand sérieux. Tu penses qu'on arrête de parler du jour au lendemain sans raison ? Parfois, je me demande vraiment ce que tu as dans le crâne, crétin.

Gautier l'abandonna dans le couloir et sortit du château, déçu par le comportement de son ami. Il aurait enfin pu reparler avec Link, mais Conrad avait tout fichu à l'eau. Le soir, Zelda quitta enfin la cathédrale où son chevalier servant l'attendait à l'extérieur. Elle le vit effectuer une rapide série de mouvements avec la Lame Purificatrice. Pour la princesse, ce n'était que de la prétention, donc elle en resta indifférente. La seule chose qui sut attirer son attention fut la lueur bleutée de l'épée qui ressortait d'autant plus au sein de la nuit naissante. On aurait dit qu'elle chassait les Ténèbres, en effet. Et encore une fois, cela montrait à quel point lui, il était prêt pour le retour du Fléau. Quand Link la remarqua, il rangea son arme dans son fourreau et accourut vers elle, prêt à la suivre.

- Je vois que tu parviens à exploiter le pouvoir de la Lame Purificatrice avec aisance, lui dit-elle sans entamer sa marche. C'est une bonne chose...

Zelda n'osa même pas attendre sa réaction et elle partit en direction de l'entrée principale du château. Par politesse, elle lui souhaita de passer une bonne nuit une fois qu'ils furent proches de ses appartements, puis la princesse le quitta et Link se retrouva seul dans le couloir, bien qu'il y ait deux gardes à une vingtaine de mètres de là. Il fixa un court instant la porte par laquelle Zelda venait de passer, puis il fit demi-tour pour revenir silencieusement dans sa chambre.

Un peu plus d'une semaine passa pendant laquelle le même rituel se réitéra. Link suivait la princesse partout, mais il n'y avait presque aucun contact entre eux. Un matin, il dut seller son cheval à la robe marron car Zelda devait se rendre au village Piaf pour une visite officielle. Dans l'écurie réservée aux montures des gardes royaux, le jeune homme finit de tout sangler. Le jour suivant sa nomination en tant que capitaine de la garde, il s'était vu offrir un cheval qu'il n'aurait jamais pu acheter en temps normal. Au début, l'animal n'avait pas de nom. Puis finalement, Link lui choisit un prénom qui lui évoquait un vague sentiment de nostalgie : Elzier.

Link tira son compagnon en dehors du box puis rejoignit la princesse, déjà sur le dos de sa monture d'un blanc éclatant. Le jeune homme remarqua d'ailleurs que le cheval de Zelda avait d'étranges tics, comme secouer nerveusement la tête ou souffler bruyamment. Une fois à ses côtés, il se hissa sur la selle puis les deux jeunes gens partirent en direction du mont Hébra, à l'ouest d'Hyrule. Pour l'occasion, Link avait emporté le bouclier Hylia qu'il appréciait tout particulièrement.

Le chemin se passa sans encombre. Les quelques voyageurs qu'ils croisaient les regardaient avec respect et n'hésitaient pas à les saluer chaleureusement. Au milieu du calme des plaines, la princesse ressentait un singulier sentiment de liberté. Tout cet espace contrastait avec le lieu clos du château. Si son chevalier servant n'avait pas été là, elle serait déjà partie au galop pour profiter de ce moment. Ce dernier chevauchait presque à la même hauteur qu'elle, sans oser s'avancer plus. Zelda repensa à la promesse faite à Impa et elle se retint de soupirer.

- Il existe... une tablette apparentée à la technologie sheikah, commença-t-elle pour briser ce lourd silence entre eux. Tu l'as certainement déjà remarquée à ma ceinture.
Link tourna la tête en sa direction, prêt à écouter. Il croisa le regard de la jeune fille, mais celle-ci détourna aussitôt la tête.
- Un jour, je percerai tous ses secrets, affirma Zelda avec détermination. Elle est notre seule chance de pouvoir activer les Créatures Divines, et d'y apporter des modifications. Seulement... les recherches sont très complexes et nous avançons encore trop lentement, hélas.
Elle fixa un arbre à l'horizon tandis qu'une faible brise se levait.
- Je suis persuadée que cette tablette peut renfermer des modules de grand intérêt. Comme tu as pu le constater, elle permet notamment de figer des images dans le temps. C'est tout à fait incroyable... Pru'ha m'a dit qu'elle pourrait même nous montrer la carte du royaume, mais je n'arrive pas à trouver le moyen de la faire apparaître.
Les mains de la princesse exercèrent une plus forte poigne sur les rênes et elle baissa la tête.
- Et... toi ? demanda-t-elle à Link d'une voix mal assurée. Tu manies correctement la Lame Purificatrice, j'ai pu le constater. Mais...
Elle se fit bien plus hésitante.
- Dans les légendes, il est dit qu'elle abriterait une voix. Est-ce que tu l'as déjà entendue ?

Des voix s'élevèrent soudainement à leur droite et les deux compagnons tournèrent la tête pour voir un voyageur qui accourait. C'était un homme qui portait péniblement un gros sac de voyage. Les cavaliers immobilisèrent leurs montures.

- Excusez-moi de vous importuner... leur dit-il en ralentissant. Je suis un marchand ambulant et je cherche à alléger mes affaires. Seriez-vous intéressés par quelques kilos de fruits ?
Zelda, déroutée par son arrivée, paraissait fort embêtée.
- Monsieur, je suis au regret de... commença Zelda avant d'être subitement coupée.

En effet, Link éperonna son cheval et se mit d'un coup entre le voyageur et la princesse, le regard glacial. Tous deux se dévisagèrent en fronçant les sourcils mais le jeune homme ne céda pas à l'intensité de leur échange. Derrière lui, Zelda s'offusquait d'avoir été coupée ainsi.

- Passez votre chemin, ordonna Link au voyageur, avec autorité.

Pour la première fois, l'Hylienne l'entendit parler. Sa voix était moins grave qu'elle ne l'aurait imaginé et témoignait du jeune âge du héros. Cependant, au lieu de s'en réjouir, Zelda fut d'autant plus blessée. De son côté, le voyageur foudroya Link du regard puis s'en alla rapidement. Le capitaine de la garde se tourna et vérifia qu'il s'éloignait bien, sans arrière-pensées.

- Je constate que tu préfères parler avec les voyageurs plutôt qu'à la fille de ton roi, déclara Zelda avant de sommer à son cheval de marcher.

Link se tourna vers elle tandis que les traits de son visage se détendaient. Non, ce... ce n'était pas du tout ça ! Il fut déconcerté que la princesse puis penser une telle chose de lui. Au vu de sa mauvaise humeur, le jeune homme préféra rester en retrait, mais cela ne fit qu'augmenter la frustration de Zelda. Elle s'attendait au moins à des excuses. Mais qu'attendre de quelqu'un qui nous méprise ? Il ne lui parlait pas, il ne lui montrait aucune expression. C'était la seule explication pour la princesse.
Quant à Link, l'allure douteuse de ce voyageur l'avait poussé à agir. Impa lui avait dit que les Yigas étaient doués en camouflage. Le jeune homme n'avait vu aucun fruit parmi ses affaires. Mais il était loin de s'attendre à ce que Zelda réagisse de la sorte... Lui qui pensait avoir bien fait, le voilà honteux. La prochaine fois, Link réfléchirait par deux fois.

Le reste du trajet, bien que très long à cause de la lourde ambiance, se passa sans encombre. Le jeune homme découvrit le village Piaf pour la première fois. Il le trouva tout à fait charmant et agréable. Les deux voyageurs laissèrent leurs chevaux au relais le plus proche et terminèrent leur route à pied. À l'entrée du village, les deux gardiens piafs les saluèrent et les accueillirent avec enthousiasme. La princesse Zelda, venue pour une visite officielle, monta au sommet du village, là où se trouvait la maison de leur chef. Naturellement, Link la suivit mais elle le pria de ne pas assister à leur discussion. Le chevalier s'y plia et en profita pour visiter ce lieu si unique.

Le village avait été construit le long d'une immense de pierre qui ressemblait fort à un perchoir. Les maisons, tout à fait ravissantes, abritaient les créatures de ce peuple des cieux. Link fut bien tenté d'acheter une coiffe pour se protéger du froid, le soir. D'après le vendeur, les pierres précieuses qui l'ornaient auraient un pouvoir contre les basses températures. Mais le blond, n'ayant pas assez d'argent sur lui, y renonça et préféra se rendre sur une grande plateforme où les piafs avaient l'habitude de prendre leur envol. Et très haut au-dessus du village volait Vah'Medoh, la créature divine en forme d'oiseau. Link s'approcha alors du bord et observa le lac, à une centaine de mètres sous lui. C'était vraiment impressionnant.

- Tiens, mais qui voilà ? demanda une voix qu'il ne connaissait que trop bien, maintenant.
Link se retourna pour faire face au prodige des Piafs en personne : Revali. Ce dernier esquissait un sourire provocateur, les ailes croisées dans le dos.
- Eh bien ? La princesse ne semble pas vouloir de toi à ses côtés, on dirait.
L'habile archer s'approcha du jeune homme et en fit le tour en l'observant sous toutes les coutures.
- Ce n'est pas étonnant. Tu n'as vraiment rien de spécial.
Il écarta soudainement les ailes.
- Moi, vois-tu, je peux créer des courants ascendants pour m'élever vers les cieux ! se vanta-t-il tandis qu'un léger vent se formait sous leurs pieds. C'est un avantage considérable et unique en son genre.

Revali émit un petit gloussement en ne manquant pas de toiser son rival. Savoir qu'il devait seulement "épauler" ce ringard pour le combat final, cela l'irritait grandement. Lui, Revali, était le meilleur guerrier de sa génération. Personne ne pouvait l'égaler. - Quant à toi, tu n'as que... cette vieille chose rouillée qui te sert d'arme. Il ricana tandis que Link plissa légèrement les yeux. Que lui voulait ce Piaf, à la fin ?

- J'ai l'habitude de dire que ce n'est pas l'arme qui fait le guerrier, lui affirma Revali en bondissant sur le balustre en bois, derrière lui. J'ose espérer que tu ne te dégonfleras pas devant ce dénommé Ganon. Mais de toute façon, tu as déjà compris que tu étais un outil de la famille royale, non ?

Les yeux du blond s'agrandirent mais il ne dit rien. Un... outil ? Comment osait-il penser une telle chose ?! Link était un chevalier, il avait lui-même décidé de servir sous les ordres du roi pour protéger son royaume. Le manque de réaction du jeune homme fit tiquer Revali.

- Je vois, tu n'es vraiment pas bavard, toi. À moins que tu me prennes de haut ?
Le Piaf bondit devant lui en bombant le torse, ce qui força Link à reculer d'un pas, les sourcils froncés.
- Tu veux te confronter à moi, c'est ça ? lui demanda Revali avec une pointe de sarcasme dans la voix. Quel dommage... Je ne m'abaisserai pas à me battre contre de la piétaille.
Un courant ascendant se créa brusquement et le guerrier fut emporté dans les airs en riant à gorge déployée alors que Link gémit en manquant de tomber à la renverse.
- Je suis un maître des cieux ! s'écria Revali en battant ardemment des ailes. Je ne combats que dans les airs !

Et sur ces dernières paroles, il s'envola vers sa créature divine en perdant son sourire narquois. Il était agacé que Link ne réponde pas à ses provocations. Il avait raison : ce type n'était qu'un pantin de la famille royale. Il n'avait même pas d'émotions. Comment la Lame Purificatrice avait-elle pu choisir un simplet pareil ? Le blond l'observa s'éloigner en méditant sur ses paroles. Certes, Revali était un guerrier hors pair. Mais cela lui donnait-il le droit de critiquer et de mépriser les chevaliers sans raison ? Link ne demandait qu'à bien s'entendre avec les autres prodiges. Mais pour le moment, le Piaf et la princesse semblaient le voir d'un mauvais oeil.

Il eut un faible pincement au coeur. Le jeune homme se promit de redoubler d'efforts pour faire de son mieux en tant que chevalier servant. Peut-être n'était-il tout simplement pas apte à assumer ce rôle ? Link leva la tête en direction de la hutte du chef piaf et il l'aperçut parler de vive voix avec la princesse qui n'exprimait aucune expression particulière. Son rang ne lui permettait pas de laisser transparaître la moindre émotion face à un autre dirigeant. Quand elle sentit un regard posé sur elle, Zelda jeta un coup d'oeil vers la zone d'envol et vit le prodige l'observer. Immédiatement, un sentiment de malaise s'empara d'elle et la jeune fille se décala sur le côté pour ne plus l'avoir dans son champ de vision.

o O o

- Et de ses yeux, aussi éclatants que l'émeraude, elle saurait faire plier les dieux. Non, ça ne va pas.
Cassius marchait d'un pas décidé dans le couloir du château en tenant un petit carnet où il notait le moindre vers. Nul doute qu'il était très inspiré par la fille du roi. Un modèle de perfection, d'après ses dires. Un exemple à suivre pour les jeunes filles nobles.
- Et de ses yeux, aussi étincelants que l'émeraude, elle saurait charmer n'importe quel preux. Ou les coeurs les plus froids ? se demanda le Sheikah pour lui-même.
Alors qu'il traversait le Grand Hall, il vit au loin la princesse en personne marcher plusieurs mètres devant son chevalier servant. Ce détail agaça le poète qui souffla de mécontentement.
- Non, pas n'importe quel preux, puisque ce chevalier n'éprouve rien. Est-il si peu ouvert d'esprit pour rester aussi indifférent ?
Cassius accourut alors vers elle et l'interpella avant qu'il ne soit trop tard. La princesse fut heureuse de le voir et elle le salua chaleureusement malgré la présence du jeune capitaine.
- Pardonnez mon impolitesse, Princesse, mais j'ai entendu dire que vous irez demain au sanctuaire près du château.
Elle opina.
- En effet, je dois y mener quelques recherches. Voulez-vous m'y accompagner ?
Un sourire niais apparut sur les lèvres du poète.
- Avec joie, Votre Altesse.
Il fit une révérence presque ridicule.
- Ce serait pour moi un honneur.
- Voyons, ce n'est pas grand-chose... Vous aviez l'air de tant y tenir la dernière fois que nous nous sommes vus.

Cassius le lui confirma et ajouta même que cela pourrait l'inspirer pour de prochains vers. Il jeta un regard à Link qui se tenait derrière elle et il constata son expression impassible. Au fond, cela convenait au poète. Jamais la princesse ne s'intéresserait à un homme comme lui.

- Retrouvons-nous ici à neuf heures, demain, lui proposa Zelda avec bienveillance.

chapitres suivants...

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