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Le Royaume Perdu

Ecrit par Nesumi
Chapitres 1 à 8   •   Chapitres 9 à 17   •   Chapitres 18 à 23
Chapitre 9 : Une aide inattendue   up

Ygaël filait maintenant à travers le désert glacé, courant sous les étoiles, laissant la Tour du Jugement derrière lui. L'air frais sur sa fourrure blanche lui faisait un bien fou après avoir respiré l'air vicié de la tour. Sortir de là-bas n'avait vraiment pas été une partie de plaisir, d'autant plus avec une Cezra affaiblie cramponnée à son dos. Heureusement, Ygaël s'était rapidement adapté à ses sens surdéveloppés de loup et à ses nouvelles capacités. Ramper hors de la vue des gardes et se faufiler sans bruit avaient donc été plus simples qu'il ne l'avait cru au départ et ce, bien que les couloirs grouillassent parfois de créatures venues de la dimension des ombres, de darknuts ou encore, à sa grande surprise, de soldates gerudos. En dehors de celles qui avaient rallié les armées d'Hyrule pendant la guerre et qui y avaient survécu, plus personne n'avait vu ces guerrières depuis 15 ans et tout le monde avait fini par croire que le peuple du désert avait disparu. Visiblement, tout le monde s'était trompé.

Le loup courait sans savoir véritablement où aller, ni comment soigner Cezra, mais son instinct le poussait à mettre le plus de distance possible entre eux et Nahdrim. Beaucoup de questions tournaient dans sa tête. Sur l'identité de Cezra d'abord. Sur sa transformation en loup ensuite. Mais surtout, il ressassait le discours décousu de Nahdrim alors qu'il le torturait pour qu'il lui parle de Link. Le général avait plusieurs fois parlé de son père à qui il avait apparemment fait subir ses jeux cruels dans cette même chambre de torture. A chaque fois qu'il évoquait son nom, c'était de la haine qu'Ygaël entendait dans sa voix suave, de la satisfaction morbide dans chacun de ses ricanements. Pour ne pas céder sur Link, le jeune homme s'était concentré sur ce qu'il était advenu de son père, mais les propos de Nahdrim n'avaient souvent ni queue, ni tête si bien qu'Ygaël n'avait obtenu que de maigres indices. Il n'était même pas certain que son père soit réellement mort. Peut-être l'avait-il laissé derrière lui en fuyant la tour ? Cette pensée le rendait malade, elle faisait trop écho à la culpabilité qu'il ressentait depuis 15 longues années au sujet de Link.

Le gémissement de Cezra le ramena au temps présent et il ralentit l'allure pour finalement s'arrêter. Il tourna la tête vers elle, mais la Twili était toujours inconsciente. Le silence de la nuit fut subitement brisé par des cris glaçants. Des Ecorcheurs ! Les créatures se répondaient dans l'obscurité et Ygaël les devina tout près. Trop près. D'étranges piliers noirs veinés de rouge se plantèrent soudain dans le sable des dunes, formant un cercle autour d'eux. Ygaël s'en approcha pour les sentir et les évaluer. Il émanait d'eux une étrange odeur qu'il n'arrivait pas à définir et les poils sur son dos se dressèrent pour lui signaler un danger imminent. Il avança la patte et la recula aussitôt en recevant un choc qui traversa tout son corps de façon très désagréable. Le loup blanc se mit à gronder d'instinct et ses oreilles se couchèrent alors qu'il se retournait d'un bond pour faire face à trois étranges Ecorcheurs tombés du ciel. Plus gros que ceux qu'il connaissait et avait déjà affrontés par le passé, leurs corps noirs étaient parcourus de veines rouges dessinant des lignes géométriques. Leurs têtes plates semblaient dissimulées derrière un masque de corne plat avec ce qui devait être un oeil en son milieu. Ils l'agitaient de gauche à droite en même temps que les espèces de tentacules qui leur servaient de cheveux. Leurs maigres bras étaient si longs que leurs mains dotées de griffes acérées traînaient par terre.

Ygaël se ramassa sur lui-même, continuant de gronder, montrant les crocs. Il était pris au piège du cercle de piliers, seul contre ces trois-là, mais il était prêt à défendre chèrement sa vie. Sans attendre, il sauta à la gorge du plus proche, y plantant les crocs. La chair visqueuse céda et il sentit le goût du sang dans sa gueule. Il fut brutalement écarté de l'Ecorcheur par un autre monstre qui le fit rouler à plusieurs mètres de là. Cezra fut éjectée, ce qui la ramena quelque peu à la conscience. Ygaël se releva malgré la douleur à son flanc. Son premier adversaire était à terre et ne bougeait plus. Il en restait encore deux. Il n'entendit pas l'avertissement de Cezra et repartit à l'assaut. Il évita les griffes du troisième monstre pour passer derrière le second et l'attaquer dans le dos, visant la nuque. Il réussit à le mordre, mais fut à nouveau agrippé par les mains griffues qui voulurent l'envoyer valser contre la barrière invisible générée par les piliers noirs. Il arracha de la chair et la créature poussa un hurlement déchirant avant de s'effondrer au sol. Ygaël se releva encore, pantelant, les pattes tremblantes, sans quitter des yeux le dernier des monstres. Mais celui-ci, loin de l'attaquer, se redressa de toute sa hauteur, la tête vers le ciel. Son cri fut encore plus terrifiant que tous ceux qu'Ygaël avait entendus et il sentit un frisson le parcourir tout entier alors que, devant ses yeux horrifiés, les deux Ecorcheurs vaincus revenaient à la vie.

- Ygaël ! réussit à appeler Cezra, tendant sa petite main vers lui.
Il la rejoint aussitôt et elle grimpa sur lui à nouveau.
- Les Agents du Crépuscule... Il faut les éliminer d'un seul coup.
Le loup la regarda avec désespoir. Comment pourrait-il arriver à un tel miracle alors que les affronter un par un relevait déjà de l'exploit ?
- Si... si je n'étais pas si faible...

Les trois monstres s'étaient rapprochés dangereusement. Ygaël réfléchit le plus vite possible : peut-être que s'il prenait appui sur l'un d'eux, il pourrait sauter de l'autre côté de la barrière ? C'était à tenter, même si cela n'avait qu'une chance sur un million de réussir. Il n'allait pas rester à attendre de se faire massacrer ! Il tenta donc le tout pour le tout. Ses pattes arrière puissantes le propulsèrent sur le torse du premier monstre. Il prit appui sur lui pour atterrir sur les épaules du second. Lorsqu'il était humain, il avait appris à se servir des murs pour sauter plus haut. Cela faisait partie de l'entraînement de base d'un Sheikah et il y avait toujours excellé. Avec sa puissance et sa rapidité animales, cela lui semblait plus facile encore ! Il réussit à passer sur la tête du troisième et s'élança vers la barrière. Un instant, il crut qu'il allait réussir. Un bref instant. Mais la barrière invisible s'érigeait bien plus haut qu'il ne l'avait estimé et le choc fut terrible. Ce fut comme s'il recevait une décharge de plusieurs chauves-souris électriques à la fois. Il couina et retomba au sol, éjectant Cezra encore une fois. Le corps parcouru de soubresauts, il vit arriver les Agents du Crépuscule. Cette fois, c'en était fini.

Un son ressemblant à celui d'une corne de brume ou d'une énorme trompette résonna dans la nuit et le vent se leva violemment, faisant voler le sable tout autour d'eux. Sous ses yeux ébahis, une gigantesque silhouette noire descendit du ciel, battant des ailes. Cela ressemblait vaguement à un oiseau, avec deux pattes dotées de serres tranchantes et des ailes dont la peau claquait fortement à chaque battement. Il n'avait pas d'yeux ni de bec. En lieu de tête, la créature avait quelque chose faisant penser à une fleur maudite, avec un centre rougeoyant. Le son de corne était son cri.

- Un Kargoroc... murmura Cezra en essayant de se relever.

Ygaël rampa jusqu'à elle pour la protéger de son corps de loup. Au travers du sable qui l'aveuglait, il crut apercevoir une silhouette sur le dos du Kargoroc qui chargea, attrapant l'une des créatures dans ses serres pour la couper en deux. Il balança les morceaux au sol, continuant de battre l'air de ses ailes. Les deux Agents du Crépuscule restants tentèrent d'attraper ses pattes en hurlant, mais le Kargoroc les lacéra de ses serres.

- Vite... Amène-moi plus près, lui ordonna Cezra d'une voix faible.

Comme il n'obéissait pas suffisamment vite, elle réitéra son ordre. A contrecoeur, le loup l'attrapa par le col de son vêtement pour la traîner sur le sable, prenant garde aux créatures qui se battaient toujours. Il lui sembla entendre un sifflement bref, puis le Kargoroc prit un peu de hauteur avant de s'abattre d'un coup sur les deux Agents du Crépuscule, faisant trembler tout le sol. Ygaël en fut déstabilisé, mais ils étaient suffisamment proches pour que Cezra mette son plan à exécution quand la créature ailée écrasa ses adversaires, les tuant sur le coup. Les corps des Agents se désintégrèrent en une myriade de fragments noirs, brisant les piliers magiques dans le même temps. Cezra ne pouvait pas laisser passer sa chance. Tant pis si les Agents étaient des Twilis maudits par Nahdrim et sa sorcière. Tant pis si elle se servait d'eux pour guérir et survivre. De toutes façons, ils étaient morts maintenant et elle ne pouvait rien faire pour eux, autant qu'ils servent à quelque chose. Cela ne lui prit qu'une poignée de secondes. Elle concentra ce qui lui restait de magie et attira les fragments de ce qui avaient été des Twilis pour les ramener à elle et les absorber. Dans une lumière noire, elle retrouva ses couleurs, abandonnant sa pâleur préoccupante.

- Ah ! C'est bien... Hé !!!

Le Kargoroc venait de l'attraper dans une de ses serres, serrant si fort sa prise qu'elle ne pouvait s'en défaire. Ygaël bondit sur la créature volante, mais fut repoussé d'un coup de patte qui l'envoya rouler au sol. Il n'eut pas le temps de se relever qu'il était lui aussi prisonnier et que le Kargoroc prenait de l'altitude. Cezra pesta tout ce qu'elle savait, tapant de ses petits poings la patte de son kidnappeur qui ne cilla même pas. Elle fut tentée d'utiliser sa magie retrouvée, mais ils étaient déjà si hauts dans le ciel nocturne que cela aurait été du suicide. Ils n'avaient d'autre choix que de se laisser transporter tout en priant de ne pas finir dans son nid comme provisions.

Le Kargoroc vola plein nord à haute altitude. Ygaël eut tout le loisir d'admirer le paysage qui s'étalait sous lui bien qu'en dehors des dunes de sable à perte de vue, il n'y avait pas grand-chose à voir. A un moment, il crut apercevoir des constructions à l'est, peut-être des maisons, et il se demanda si c'était la Cité Gerudo dont il avait entendu parler, mais elles disparurent très rapidement dans le lointain. Le paysage finit par changer. Des vastes étendues de sable, il passa à des hauts plateaux disloqués. Des colonnes de pierres rongées par les vents se dressaient fièrement, d'abord isolées, puis de plus en plus nombreuses au point que de là-haut, cela lui rappelait les troncs d'une forêt pétrifiée. Le plateau se changea en canyon alors qu'ils approchaient des frontières du désert. Les deux prisonniers eurent alors l'occasion de découvrir la tempête de sable impénétrable qui le séparait du reste d'Hyrule. Même à distance, ce mur interminable de sable qui s'érigeait sur des lieues et des lieues, sans avoir de fin, était plus qu'impressionnant. Ils devinèrent que l'approcher ne serait pas une bonne idée et tous deux se demandèrent comment ils pourraient quitter le désert s'ils échappaient au Kargoroc.

Finalement, l'oiseau des ombres commença à se rapprocher du sol, visant un énorme trou dans le plateau de pierre ocre qui le conduisit dans une gorge à l'abri des regards. Il lâcha ses proies à proximité du sol. Deux personnes sautèrent à bas du Kargoroc et l'oiseau reprit son envol pour aller se percher sur une corniche un peu plus loin. En fait de cavaliers, il s'agissait de cavalières vêtues de tuniques ocre et sable. La première était indubitablement Gerudo et baissa le masque de tissu qui protégeait le bas de son visage du sable et du vent. Elle devait être âgée d'une cinquantaine d'années et son regard était dur et fier alors qu'elle pointait son trident vers Cezra. La seconde était plus petite et menue. Son visage et ses cheveux étaient cachés par une longue écharpe savamment nouée, ne laissant voir qu'une fente pour ses yeux. Elle aussi était armée d'un trident, encore fixé dans son dos pour l'instant.

- Que fait une Twili seule en plein milieu du désert ? Où vas-tu ? demanda la Gerudo sèchement en pointant le trident vers la gorge de Cezra.
Le loup se mit à gronder. Cezra n'était peut-être qu'une alliée de circonstance, mais il comptait bien la protéger jusqu'à ce qu'elle lui rende sa forme humaine. Il ne comptait pas laisser Nahdrim leur remettre la main dessus.
- Nous t'avons vue quitter la tour. Tu ne ressembles pas aux autres Twilis maudits. Qui es-tu ? fit l'autre.
- Non, je suis née comme ça, répliqua Cezra avec morgue. Bon, c'est pas qu'on s'ennuie, mais on a autre chose à faire là, vous permettez ?
Les lèvres de la Twili se tordirent dans un sourire aussi malicieux que menaçant alors qu'elle levait la main, prête à claquer des doigts. Elle avait retrouvé sa force et sa magie et n'hésiterait pas à s'en servir.
- Nous t'avons sauvée des Agents du Crépuscule, petite Twili, ne l'oublie pas, dit la Gerudo qui ne goûtait guère les menaces.
- Nous ne sommes pas avec Nahdrim, continua la femme masquée. Et s'il a envoyé ses assassins à tes trousses, j'en déduis que toi non plus.
- Et ? ça ne fait pas de nous des copines non plus. Alors, à moins que vous sachiez comment sortir de ce désert de malheur, vous ne m'êtes d'aucune utilité, cracha Cezra.
- Et ce loup ? D'où vient-il ? demanda encore la femme au visage dissimulé.

Elle avança de quelques pas vers Ygaël. Il sentit son regard peser sur elle. Un regard aux yeux rouge sombre comme les siens. Une mèche de cheveux blancs s'échappait de son turban. Une Sheikah ! Il jappa, sa queue se balançant en signe de joie. L'inconnue tendit sa main vers lui sans crainte, peut-être parce qu'elle avait bien interprété les mouvements de l'animal, ou peut-être parce que sa comparse serait à même de la protéger au moindre danger. Ygaël renifla la main tendue. L'odeur était chaude comme le sable et un peu épicée. Il y avait autre chose derrière, de très ténu, qu'il n'arrivait pas à identifier, mais qui le rendait nostalgique. En tous cas, son instinct lui soufflait qu'elle ne lui voulait pas de mal.

- C'est juste un loup qui a été trop stupide et qui s'est fait attraper par cette enflure de Nahdrim, répliqua Cezra en croisant les bras, foudroyant Ygaël du regard, le mettant en garde de ne pas trop fraterniser.
- "Juste un loup" ? Vraiment ? Le dessin sur ton front, reprit la Sheikah en tendant le doigt vers cet endroit. Il me fait penser à celui du loup d'un conte très ancien.

Ygaël jappa à nouveau, ignorant l'air courroucé de la Twili. Alors que la Sheikah disait ces mots, il se rappela pourquoi il avait eu cette impression de familiarité lorsque Cezra avait dit qu'elle était une Twili. Son père lui contait souvent l'histoire de leur ancêtre qui avait combattu l'incarnation du Banni en son temps, de ce héros qui s'était allié à une princesse du peuple Twili et qui avait été maudit par celui qui usurpait le trône du Crépuscule, de ce berger devenu loup puis Héros de tout Hyrule. La femme masquée passa ses doigts usés par les intempéries et les combats dans la fourrure blanche d'Ygaël, plongeant encore son regard dans le sien, puis elle se tourna vers Cezra.

- Et toi ? Qui es-tu ? Tu me fais penser à la princesse de ce même conte, mais tu ne peux être Midona.
- Kss, kss, kss, et pourquoi te répondrais-je ?
- Parce que tu es du mauvais côté du trident, insista la Gerudo en glissant la pointe de son arme sous la gorge de la Twili.
- Tu crois que tu me fais peur, grande perche ? Je pourrais te faire disparaître d'un claquement de doigts !
La géante du désert et la petite créature du Crépuscule se jaugèrent du regard pendant quelques secondes. Aucune des deux ne voulait céder à l'autre.
- Tu portes une malédiction, mais elle est différente des autres membres de ton peuple, reprit la Sheikah en se relevant. Tout comme l'était celle de la princesse Midona.
Cezra lévita jusqu'à elle pour planter son regard dans le sien, ignorant l'air menaçant de la Gerudo. Elle nota que la couleur de ses yeux était similaire à ceux d'Ygaël.
- Et toi, tu n'es pas une Gerudo, mais une Sheikah, et je sens la magie pervertie de Nahdrim sur toi.
- Exact, répondit-elle sans ciller. J'ai été la prisonnière de Nahdrim il y a longtemps.
Elle toucha le tissu qui dissimulait ses traits l'espace d'un instant.
- Mon visage n'est pas un spectacle très agréable à regarder depuis.
- C'est censé me faire larmoyer ? répliqua Cezra dans un ricanement.
- Loin de là mon intention.
- Alors, à moins que vous ne comptiez me retenir, ce que je vous déconseille fortement, je crois que nous allons en finir là. Allez, Ygaël. En route, ordonna la Twili en sautant sur le loup comme sur un cheval.
Ygaël gronda et rua pour se débarrasser d'elle.
- Hé ! On se calme ! On a un marché, je te rappelle !
Le loup montra les crocs.
- Quoi ? Tu veux rester ? Et puis quoi encore ?
- Il y a peut-être un moyen pour vous de sortir du désert, fit la Sheikah qui fixait le loup avec ce qui ressemblait à un regard troublé.
- Mais, Lei... protesta la Gerudo qui fut aussitôt interrompue par la main levée de sa comparse.
La Sheikah lui fit signe de s'éloigner un peu pour qu'elles discutent en tête à tête. Cezra croisa les bras sur sa petite poitrine et s'envola pour faire face à Ygaël.
- Qu'est-ce qui te prend ? Elles ne sont pas forcément nos alliées ! Ce n'est pas parce qu'elle est une Sheikah comme toi qu'il faut leur faire confiance. Tu es bien naïf !

Le loup s'était assis et regardait la Twili droit dans les yeux pour démontrer qu'il ne comptait pas bouger de là pour l'instant.

- Oh ! Mais qu'est-ce qui m'a pris de te sauver la vie franchement ? J'aurais mieux fait de te laisser mourir dans cette cellule et de m'enfuir seule.
Ygaël lui donna un petit coup de tête. Le loup savait très bien que si elle avait pu se délivrer seule de ses fers, elle l'aurait fait bien avant qu'il ne soit son voisin de cellule.
- Tu crois vraiment qu'elles peuvent nous aider ? Réfléchis une seconde : si elles avaient vraiment un moyen de quitter cet endroit, tu ne crois pas qu'elles l'auraient fait depuis longtemps ?
- Non, répondit la Sheikah en revenant. Simplement parce que c'est un moyen que seule une Twili peut utiliser.
Cezra plissa les yeux pour la regarder, toujours aussi méfiante.
- L'aube ne va pas tarder et même si le Crépuscule règne, la chaleur du désert reste bien réelle. Si vous repartez maintenant, ce serait suicidaire sans eau ni direction, continua la femme masquée. Nous allons camper ici.
- Et quel est ce moyen que je suis seule à pouvoir utiliser d'après toi ? demanda Cezra sans cacher son agacement.
- Nous en discuterons autour d'un bon repas. Vous devez être affamés. Les geôles de Nahdrim ne sont pas vraiment réputées pour leur cuisine, fit-elle avec un léger sourire dans la voix.

Ygaël poussa Cezra dans le dos pour lui signifier d'accepter. Il mourrait de faim et il voulait entendre ce que la Sheikah avait à dire. De toute façon, ce n'était pas comme s'ils avaient un autre plan en réserve et ils ne connaissaient pas le désert. Cezra lui lança un regard noir, mais elle en était venue au même raisonnement de son côté et ce, bien que cela ne la réjouisse nullement.

- Très bien, mais je te jure qu'après ça, tu as intérêt à m'obéir sans discuter, lui fit-elle en râlant.
Ygaël lui lécha la figure en réponse, ce qui lui fit pousser un petit cri aigu de protestation. Elle essuya la bave du loup d'un revers du bras.
- Garde ta langue là où elle est ! C'est dégoûtant !

Elle soupira, agacée, mais suivit le loup lorsqu'il emboîta le pas à la Sheikah vers le campement que la Gerudo était en train d'installer dans une anfractuosité de la roche. Elle espérait qu'Ygaël ne se trompait pas, sinon elle le lui ferait payer chèrement.

Chapitre 10 : Révélations et décisions   up

Link ouvrit les yeux pour découvrir le plafond familier de sa chambre dans la maison d'Impa. Il commençait à en avoir assez que la même histoire se répète et qu'il perde conscience pour un oui ou pour un non. Néanmoins, cette fois, la princesse Zelda ne lui avait pas envoyé de souvenir. S'il avait rêvé, ce n'était que de ses parents adoptifs sur l'île du Levant et cela éveilla une certaine nostalgie de ce qui avait été sa maison et sa famille. Il se redressa sur son matelas posé au sol, se passant les mains sur le visage pour se réveiller totalement et ne pas trop penser à ceux qu'il avait laissés derrière lui. Sa chambre était plongée dans le noir. Seule la lumière des flammes-nuit qui le veillaient l'éclairait faiblement. Nim se jeta aussitôt dans ses bras et il lui caressa doucement la tête pour la rassurer. La seconde créature était dans ceux de Neyria, assise sous l'unique fenêtre. La jeune fille avait quitté sa robe blanche de prêtresse pour revêtir une tenue d'intérieur plus pratique.

- Comment tu te sens ? demanda-t-elle dans un murmure.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Tu ne te souviens de rien ?
- Je me rappelle que tu tenais ma main et mon bras. Il y a eu de la lumière et puis, cette douleur et... plus rien.
- C'était déjà arrivé avant ?
Link hocha la tête. Il lui raconta brièvement sa rencontre avec les Yigas et son réveil, plusieurs heures après. Neyria poussa un long soupir.
- Très bien. Je vais...
Elle fut interrompue par la porte de la chambre qui glissait, s'ouvrant sur la haute stature de Ralis. Le Zora tenait un plateau dans une main.
- Link ! Tu es réveillé ! s'exclama-t-il avec un large sourire. Enfin ! Tu as faim ? J'ai ramené de quoi manger, mais je peux aller en chercher plus. Il y a du poisson grillé et...
- Ralis, moins fort. Tu vas rameuter toute la maison ! le sermonna Neyria.
- Oups... alors, tu as faim ? reprit-il en murmurant.
Link porta la main à son ventre qui gargouillait à la bonne odeur de poisson et de champignons grillés.
- Je suis affamé.
Ralis s'empressa de déposer le plateau sur ses genoux.
- Partagez-vous ça, je vais en chercher d'autres. Neyria, tu m'attends pour tout lui dire, hein ?
- Oui, oui...
Le Zora fila par là où il était venu, laissant un sourire flotter sur les lèvres de son amie.
- Il est toujours comme ça. Parfois, c'est fatiguant, fit-elle doucement avec une affection certaine.
- Vous vous connaissez depuis longtemps ?
- Depuis que je suis toute petite. On a quasiment grandi ensemble. Toi aussi, tu le connaissais quand tu vivais avec nous.

Link ne répondit pas. Il avait beau essayer, il ne se souvenait de rien de cette époque. Neyria s'approcha de lui et s'assit en tailleur, sa flamme-nuit sur les genoux.

- Tu n'avais que deux ans quand nous avons été séparés, c'est normal de ne pas se rappeler, fit-elle en écho à ses pensées.
- J'ai dormi combien de temps ? demanda finalement Link.
- Presque vingt-quatre heures. L'aube ne va pas tarder.
Elle piocha une brochette de champignons grillés sur le plateau et commença à en grignoter un.
- Tu ne connais pas Taël, répondit-elle en désignant la flamme-nuit qui s'appuyait contre elle. Elle veille sur moi depuis que je suis toute petite, comme Nim le faisait sur Ygaël et maintenant sur toi. Il y a tant à t'expliquer... Je ne sais par où commencer.
Neyria avala son champignon tout en réfléchissant à quel sujet aborder en premier.
- Si tu commençais par me dire ce qui s'est passé au temple ?

Elle leva ses yeux ambre vers les siens. Ces dernières heures, elle avait beaucoup pensé à ce qu'elle lui dirait et elle estimait qu'elle ne devait pas lui cacher l'existence de ce Dark Link qui l'avait possédé et risquait de recommencer.
- Très bien, mais ça ne va pas être agréable, je te préviens.
Sans lui laisser le temps de répondre, elle lui raconta toute l'histoire. Elle ne lui dissimula aucun détail, pas même qu'il avait tenté de la noyer. Il insista pour voir sous son écharpe les marques que ses doigts lui avaient laissé sur le cou et elle le laissa écarter le tissu un court instant avant de lui dire de ne pas s'en faire. Elle voyait combien cette histoire le perturbait et le faisait se sentir coupable. Elle lui expliqua alors comment Dark Link avait été repoussé et lui rapporta les mots de la princesse Zelda.

- Et ça va recommencer ? murmura-t-il, sous le choc.
- Il y a des risques, oui, surtout qu'on ne sait pas comment ça se déclenche. Mais la princesse Zelda pense que l'Epée de Légende peut te guérir, alors nous allons aller la chercher.
- Nous ?
- Bien sûr, "nous", intervint Ralis, de retour avec deux plateaux bien chargés cette fois.
Le Zora s'assit à côté d'eux et commença à piocher dans le poisson grillé.
- Tu crois qu'on va te laisser partir tout seul ? T'es pas bien dans ta p'tite tête ou quoi ?

Il lui sourit, découvrant toutes ses dents un peu pointues. Link ne sut quoi dire, mais cela se vit sur son visage qu'il était touché. Les choses avaient mal démarré avec Neyria, mais elles semblaient vouloir s'améliorer. La preuve en était qu'elle avait hoché la tête aux dires du Zora et qu'elle lui avait même souri !

- Comment la princesse... Comment a-t-elle fait pour t'aider et repousser ce Dark... cette créature alors qu'elle est enfermée au château ? demanda-t-il sans pouvoir appeler l'autre par son prénom.
- Impa ou Ygaël ne t'ont pas expliqué ce que sont les flammes-nuit ? fit Ralis avec étonnement.
Link fit non de la tête alors que Neyria levait les yeux au ciel à l'idée de tout ce qui avait été tu.
- Tu as vu l'Arbre sacré devant la maison ? reprit le Zora. Et bien, lui et les autres sont apparus peu de temps après que la princesse a réussi à plonger Ganondorf dans le sommeil et que les brumes magiques nous ont coupés du reste du monde. Ils ont poussé comme ça, en une nuit, là où les survivants trouvaient refuge. Mon père dit qu'ils sont un signe d'espoir que la princesse nous a envoyés, parce qu'un jour, Hyrule sera reconstruit.
- Mais ton père est un indécrottable optimiste, s'amusa Neyria en mangeant une nouvelle brochette.
- Ne l'écoute pas, il faut toujours qu'elle râle, reprit Ralis. Quoi qu'il en soit, les flammes-nuit sont nées de ces arbres et elles protègent les Hyruliens. Parfois, elles s'attachent à une personne en particulier, mais ce que tu dois surtout retenir, c'est qu'elles sont un tout. Elles partagent tout, savent tout des autres flammes-nuit. C'est pour ça qu'elles sont pratiques pour relayer des messages.
- Mais le plus important, c'est qu'elles sont très certainement des morceaux de l'âme de la princesse Zelda, le coupa Neyria. D'après Impa, elles sont nées de son pouvoir, et l'esprit de la princesse, qui est toujours enfermé au château avec Ganondorf, est lié aux flammes-nuit.
- Ce serait donc Nim qui me transmettrait les souvenirs de la princesse ? s'étonna Link qui n'avait jamais pensé à cela.
- Oui, comme Taël le fait avec moi. Je rêve aussi d'elle, et depuis longtemps, murmura la jeune femme.
- Et je dirais même que vous êtes les seuls à qui ça arrive, ajouta le Zora. Nous connaissons d'autres personnes à qui une flamme-nuit est attachée, mais la princesse ne les contacte pas. Neyria aurait préféré que son ami ne parle pas de cela, mais Link aurait fini par l'apprendre de toute façon. Elle leva les yeux vers lui et lut une interrogation dans les siens.
- J'ignore pourquoi. Peut-être parce que parmi les prêtresses, c'est moi qui ai le plus de pouvoir, ou peut-être parce toi et moi, on est...

Neyria et Ralis échangèrent un regard. La jeune fille redoutait ces explications plus encore que celles sur Dark Link. Elle se leva pour retourner près de la fenêtre. Elle fit glisser le volet de bois autant pour faire entrer un peu de fraîcheur que pour regarder dehors.

- Parce qu'on est... ? reprit Link, plus qu'intrigué.
- Hé bien...
Neyria hésitait et Ralis savait exactement pourquoi. Il eut un claquement de langue agacé.
- Parce que vous êtes frère et soeur, voilà ce qu'elle a du mal à lâcher.
- Quoi ?
Link regarda le Zora et Neyria tour à tour, complètement abasourdi par ce qu'il venait d'entendre.
- Tu es... ma soeur ?
- Ta soeur jumelle, avoua-t-elle finalement en se tournant vers lui. Ce qui fait qu'Ygaël est ton frère aîné.
- Mais... il n'a rien dit ! Et Impa non plus ! s'énerva Link qui ne comprenait pas pourquoi on avait fait tant de secrets autour de cela.
- Impa... Elle ne dit bien que ce qu'elle veut de toute façon. Quant à Ygaël, je pense savoir pourquoi il ne t'a rien dit. Il s'est toujours senti coupable de ta disparition.
- Mais pourquoi ?

Ralis tendit la main vers Neyria et lui fit signe de revenir avec eux. Il dut insister un peu pour qu'elle se décide, mais elle finit par s'asseoir à côté de lui. Gentiment, il lui prit la main.

- Notre père s'appelait Alric, expliqua-t-elle en regardant Link. Sa famille descendait du Héros de la légende. Il y a eu beaucoup de chevaliers parmi nos ancêtres et quelques forgerons aussi, mais il était l'un des meilleurs, un véritable prodige, si bien que le roi l'a nommé Capitaine de la Garde Royale alors qu'il n'avait même pas l'âge qu'Ygaël a aujourd'hui.
- Il était l'ami des Zoras, ajouta Ralis avec un sourire. Et il était le meilleur ami de mon père. Je venais souvent le voir avec lui.
- Pendant longtemps, tout le monde a cru qu'il était la réincarnation du Héros, mais ce n'était pas le cas.

Link se contenta de hocher la tête. Il savait déjà tout cela au sujet d'Alric, il l'avait vu dans le dernier souvenir partagé par Zelda. Il avait seulement la confirmation que le jeune capitaine était réellement bien son père.

- Et notre mère ? demanda-t-il avec autant d'impatience que d'appréhension.
- Leida était la fille d'Impa. Elle était prêtresse d'Hylia, mais aussi...
- La dame de compagnie de la princesse, la coupa Link qui se souvenait de l'avoir vue, elle aussi, dans le dernier souvenir de la princesse.
- Oui, sa garde du corps aussi, mais surtout son amie.

Link ignorait si Neyria savait que la princesse avait eu des sentiments pour leur père et il se demanda comment les choses s'étaient passées lorsque Zelda avait su que l'homme qu'elle aimait lui préférait son amie. Il n'eut pas le temps de poser la question à sa soeur que Neyria enchaîna.

- Ygaël est né le premier et il a hérité des traits des Sheikah, comme notre mère. Trois ans plus tard, nous sommes arrivés. A ta naissance, le symbole de la Triforce du Courage brillait à ta main. Tu étais la réincarnation du Héros qui manquait à Hyrule. Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que cela faisait une éternité qu'il n'y avait eu ni Héros, ni réincarnation de la Déesse ou du Banni. Les Sheikah transmettaient le mythe au travers du temps et restaient vigilants, mais pour le reste du royaume, ce n'était qu'une histoire, du folklore. C'est pour ça que personne n'a cru que l'apparition d'un prince chez les Gerudos pouvait être un danger. Mais quand il s'est avéré qu'il avait bien la Triforce de la Force et qu'il comptait conquérir le royaume, nous n'avions personne en dehors de la princesse Zelda pour l'arrêter. Le Héros n'était pas là... Tu étais bien trop jeune.

Neyria laissa Link digérer toutes ces informations. Elle se doutait que cela faisait beaucoup à appréhender et elle n'avait pas terminé.

- Enfin... tout ça pour dire qu'Ygaël a toujours été un grand frère responsable et il paraît qu'on était toujours accroché à lui, reprit-elle finalement avec un petit sourire rempli d'affection pour son aîné.
- De vrais petits poussins ! Vous le suiviez partout, s'amusa Ralis à ce souvenir. Il s'occupait beaucoup de vous. Si mon frère avait été comme lui, ça aurait changé des choses entre nous.
Devant le regard interrogatif de Link, il écarta le sujet d'un geste de la main, signifiant que ce n'était pas important pour l'instant.
- Nous avions à peine deux ans quand Ganondorf a déclenché la guerre contre le roi, reprit Neyria en caressant doucement la tête de Taël. Je ne sais pas tout ce qui s'est passé à cette époque. Comme toi, je ne me souviens pas de grand-chose, et comme je te l'ai dit, Impa tait certaines informations. Notre père est parti combattre l'armée de Ganondorf. Keigo raconte qu'ils ont affronté le général Nahdrim et que Père s'est retrouvé face à lui. Cette bataille, l'armée d'Hyrule l'a perdue et Père a disparu. Ygaël a toujours dit que Mère n'a plus été la même après cela...

Neyria se tut un instant et Ralis la prit par les épaules pour la serrer contre lui et reprit le récit à sa place.

- Quand il s'est avéré que Ganondorf allait gagner la guerre, Zelda a demandé à ma mère, la princesse Lareta, de mettre les enfants en lieu sûr. Toi, bien sûr, car elle espérait que tu pourrais te dresser un jour contre Ganondorf si elle échouait, mais aussi le plus d'enfants possibles, peu importaient leurs origines. Elle voulait sauver l'avenir d'Hyrule. Alors ma mère a affrété des barques en grand nombre pour nous faire quitter le pays en secret et nous avons commencé à descendre la rivière Divinéa pour rejoindre la mer, mais nous avons été attaqués en cours de route par Nahdrim. Lui et sa sorcière ont déchaîné les eaux, enflammé les barques... C'était la panique la plus totale. Il y a eu beaucoup de morts ce jour-là.
Link était captivé par le récit de Ralis qui revivait ce qu'il avait dû affronter là-bas comme si c'était hier. Lui n'en avait vraiment aucun souvenir.
- La barque où vous étiez tous les trois menaçait de couler. Ma mère a transféré Neyria, puis Ygaël sur une autre barque, mais au moment où elle allait te prendre dans ses bras, Nahdrim l'a mortellement blessée d'une flèche magique. Ygaël te tenait la main, il ne voulait pas te lâcher, mais le courant était trop fort et il risquait de faire chavirer le bateau où il était avec Neyria et d'autres et... La dernière fois que j'ai vu ma mère, elle était avec toi, dans votre barque qui s'éloignait, emportée par les eaux déchaînées. Après ça...
- Nous avons été sauvés in-extremis, mais nous ne pouvions plus quitter Hyrule, continua Neyria. Ygaël s'en est toujours voulu d'avoir lâché ta main. Il a fini par se persuader que c'était sa faute, qu'il avait failli en tant que grand frère et que c'était à cause de lui que notre mère était si malheureuse. Je pense qu'il a été incapable de te dire qu'il était ton frère à cause de ça.
- Mais... c'est absurde ! Il n'avait que cinq ans ! protesta Link.
- Peut-être que si Mère n'était pas partie à ta recherche... Elle revenait ici de temps en temps, mais tu étais sa seule préoccupation, et un jour, elle n'est pas revenue. Mais si en plus, il estime que tu as été infecté parce que l'Ecorcheur le suivait...

Le silence s'installa entre eux pendant un long moment, chacun plongé dans ses pensées. Celles de Link étaient tournées vers Ygaël. Maintenant qu'il savait que le Sheikah était son frère, cela éclairait beaucoup de choses d'un jour nouveau, notamment cette confiance qu'il lui avait aveuglément témoignée, mais aussi l'attitude du jeune homme envers lui, cette façon qu'il avait eue de le ménager. Il regarda Neyria. Lui qui avait toujours regretté être fils unique se retrouvait aujourd'hui avec un frère et une soeur, plus un ami d'enfance zora ! Toutes ces révélations lui feraient presque tourner la tête.

- Link, il nous faut trouver cette épée au plus vite, reprit Neyria en s'étirant pour dénicher un rouleau de parchemin posé un peu plus loin sur le sol. J'ai une carte qui devrait nous mener aux Bois Perdus.
Elle déroula le parchemin pour dévoiler une carte ancienne représentant le royaume d'Hyrule tel qu'il était autrefois.
- Zelda m'a dit de demander à Impa comment retrouver cette épée, dit-il en regardant sa soeur.
- Et tu l'as fait ?
- Non. Il y a plein de choses dont je ne lui ai pas parlé, reconnut-il. Elle ne voulait pas lâcher ses informations, je ne voyais pas comment j'aurais pu lui faire totalement confiance.
- Bienvenue dans la famille, Link. Elle a beau être notre grand-mère, elle est comme ça. Elle cache beaucoup de choses, même aux premiers intéressés. Moi non plus, je ne lui parle plus du contenu de mes rêves. Elle n'a pas encore compris que trop de secrets pouvaient se retourner contre elle ou contre les siens, répondit Neyria gravement.
- Donc Neyria a estimé qu'il valait mieux voler cette carte plutôt que de lui demander comment se rendre aux Bois Perdus, s'amusa Ralis.
- Et tu es sûre que l'épée est là-bas ?
- Depuis toute petite, elle me bassine avec tous les mythes et toutes les légendes du royaume. Les Bois Perdus sont le domaine de l'Arbre Mojo et c'est lui le gardien de cette fameuse épée destinée au Héros. Mais aller là-bas ne sera pas facile. En plus, c'est une région où personne ne s'aventure, il n'y a pas de village souterrain. Honnêtement, je ne sais pas ce que nous allons trouver...

Link regarda attentivement la carte. Il repéra le château en son centre, puis l'ancien village de Cocorico. Son doigt suivit une route menant au nord et une zone verte figurant la forêt de Firone. Ygaël lui avait parlé de cet endroit, il l'avait décrit comme infesté d'araignées géantes et d'autres créatures aussi joyeuses. Les Bois Perdus étaient indiqués au-delà de cette forêt aujourd'hui maudite. C'était un long voyage du temps où Hyrule était en paix. Ce serait encore pire maintenant que le pays était un danger permanent.

- Le mieux serait de partir maintenant, reprit Neyria. Si Impa sait où nous allons, elle va nous retenir plusieurs jours pour organiser une expédition.
- Des jours que tu n'as pas forcément, ni Ygaël, approuva Ralis.
- Zelda m'a dit qu'il était sain et sauf pour l'instant, mais Impa ne nous laissera jamais nous lancer à sa recherche. C'est pour ça qu'elle ne t'a pas dit qu'il était ton frère.

Link réfléchit en continuant d'observer la carte. S'il était vraiment le seul espoir contre Ganondorf, le jeune homme pouvait comprendre qu'Impa ait voulu le garder à l'oeil le temps de trouver un moyen de guérir son infection. Mais d'un autre côté, elle n'avait pas été honnête envers lui. Peut-être Neyria se trompait-elle et leur grand-mère attendait simplement le bon moment pour tout lui révéler, mais ce dont il était certain, c'était qu'en effet, Impa ne le laisserait pas partir chercher Ygaël. Ygaël... son grand frère. Link avait encore du mal à réaliser. C'était comme pour Neyria. Il était bien heureux d'avoir réussi à dissimuler son trouble lorsqu'il l'avait sentie aussi proche de lui dans le bassin. Il l'avait trouvée si belle alors ! Bien sûr, à ce moment-là, il ignorait qu'elle était sa soeur, sa jumelle, mais il s'en voulait tout de même un peu d'avoir eu de telles pensées. Il se jura de ne jamais rien en dire.

- Très bien. Allons-y, dit-il finalement en relevant la tête vers Neyria et Ralis qui attendaient sa décision.
- On se retrouve dans dix minutes dehors. Soyez discrets en sortant, lui conseilla sa soeur en bondissant sur ses pieds avant de disparaître dans le couloir.

Ralis la suivit du regard, puis se leva à son tour. Il ouvrit un coffre de bois pour en sortir des vêtements propres pour Link. Une fois habillé et chaussé, son épée à la ceinture, l'Hylien sortit en douce de sa chambre avec Ralis et Nim. Ils traversaient la grande salle quand une voix les prit de court.

- Vous ne pourrez pas traverser les Bois Perdus sans en connaître les secrets.

Les deux nouveaux amis sursautèrent et découvrirent Impa, appuyée contre un mur, dans l'ombre. Elle se redressa et vint vers eux, suivie par Taya. Impa ne semblait ni surprise de les trouver là, ni contrariée. Link crut même déceler une certaine tristesse dans son regard.

- Les Bois Perdus sont un véritable labyrinthe hors du temps. Ceux qui s'y perdent sont transformés à jamais par la magie qui règne là-bas, mais les Héros des temps passés ont toujours trouvé leur chemin.
Il y avait bien une histoire qui disait que l'un d'eux, des années après avoir réussi à protéger Hyrule, y avait disparu, mais il ne servirait à rien de l'évoquer maintenant.
- "Des Bois Perdus, le chant sacré le chemin ouvrira. De l'Elu, l'Enfant Maudit les pas guidera", voilà la clé que m'ont transmise les précédents chefs du clan. Je sais que c'est peu, mais je pense que vous devriez comprendre ce que cela signifie une fois sur place.
Link hocha la tête, enregistrant l'énigme. Il espérait que cela dirait quelque chose à Neyria plus qu'à lui.
- Ce n'est pas pour rien que j'ai appris à Neyria et Ygaël à jouer de l'ocarina, continua Impa. Les chants ont eu une très grande importance dans l'histoire d'Hyrule à une certaine époque, que ce soit pour la déesse Hylia, la famille royale ou les autres peuples. Autrefois, il existait des instruments sacrés gorgés du pouvoir de la déesse.
- La lyre par exemple, approuva Ralis.
- Oui, et d'autres. Il y a même eu un ocarina qui ne se transmettait qu'au sein de la famille royale. On enseignait alors aux princes et aux princesses des chants magiques pouvant manipuler la pluie, la course du soleil ou même encore le temps. Neyria les connaît tous. Son instrument n'est pas celui de la légende, mais ils vous seront peut-être d'une quelconque utilité dans votre voyage. L'ancienne magie a fini par être oubliée, mais il y a des endroits où elle perdure encore, comme en Firone.

Impa fixa Link un instant. Le jeune homme se demanda si elle pensait à sa fille en le regardant. Il réalisa qu'il aurait aimé parler de Leida avec elle, en apprendre plus malgré tout de sa bouche.

- Une fois arrivés à Firone, suivez l'ancienne route et prenez garde aux Skulltulas qui guettent leurs proies du haut des arbres, reprit-elle en se tournant vers le Zora. Vous devriez arriver au village de Toal ou ce qu'il en reste. De là, continuez encore vers le nord. Il vous faut passer un vieux pont suspendu, en espérant qu'il soit toujours là. De l'autre côté, se trouve une source sacrée où vous pourrez vous reposer sans risque. Le passage vers les Bois Perdus se trouve un peu plus loin, au creux d'un tronc d'arbre géant. Le symbole de la famille royale d'Hyrule en marque l'entrée.
- Merci, Impa, se décida finalement Link.
- Veillez les uns sur les autres, répondit-elle plus doucement. Et revenez-nous sains et saufs tous les trois.

Impa eut une hésitation, puis se détourna d'eux pour disparaître à nouveau dans l'ombre. Link et Ralis échangèrent un regard, encore un peu interdits qu'elle les laisse partir sans protester. Ils finirent par sortir de la maison. Neyria les attendait déjà devant l'Arbre sacré, son sac sur le dos.

- Vous en avez mis du temps. C'est pas le moment de bailler aux corneilles.

Link et Ralis sourirent légèrement en l'entendant les sermonner ainsi. D'un accord silencieux, ils décidèrent de ne pas parler d'Impa à la jeune femme. Ils auraient bien le temps de le faire une fois éloignés de Cocorico.

De l'étage de la maison, Impa les regarda partir. Bien que deux flammes-nuit les accompagnent, elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter.

- Es-tu sûre que ce soit la bonne décision ? demanda Keigo à ses côtés.
- La Déesse guide leur chemin. Ce n'est pas à moi d'aller contre Sa volonté.
- Nous aurions pu leur donner une escorte.
- Il est nécessaire qu'ils partent tous les trois. Ils ont chacun leur rôle à jouer pour l'avenir.
- N'était-il pas temps de révéler certaines choses ?
- Cela n'a jamais été notre rôle, Keigo.
Impa regarda la petite Taya perchée sur le rebord de la fenêtre qui observait ses soeurs s'éloigner.
- La princesse finira par leur raconter toute l'histoire et ils devront alors prendre leurs décisions. Nous, nous ne pouvons que les accompagner sur ce chemin et faire de notre mieux pour les protéger.
Impa soupira. Neyria serait sans doute la plus affectée par les révélations à venir, mais elle comptait sur Link et Ralis pour l'épauler quand le moment serait venu.
- Allons, nous devons envoyer un message aux villages de Rouleroche, Lynna et Kasuto au plus vite.

Keigo hocha la tête et, sans un mot, suivit sa mère qui s'éloignait de la fenêtre, laissant Link, Neyria et Ralis quitter la cité souterraine.

Chapitre 11 : Le fil rouge du destin   up

- Alors ? Comment nous quittons ce désert maudit ?

Cezra s'impatientait. Oseira, la Gerudo, et Leini, la Sheikah, avaient partagé leurs provisions et leur eau alors que le jour se levait et que le crépuscule étendait sa lumière sur le désert. Cezra avait à peine touché à la nourriture et Ygaël soupçonnait que cela tenait plus de la fierté et de la méfiance que d'un manque d'appétit. Pour sa part, il ignorait pourquoi, mais son instinct le poussait à ne pas douter des deux femmes. Ses sens de loup, encore nouveaux pour lui pourtant, ne détectaient aucune malice, et il ne pouvait malheureusement pas en dire autant pour Cezra.

- Te souviens-tu du conte dont je parlais ? répondit Leini en jetant un morceau de viande séchée à Ygaël qui le goba aussitôt. Il racontait l'épopée d'un berger d'Hyrule, du descendant du Héros du Temps, et d'une princesse du Crépuscule, Midona. Elle détenait une magie particulière au sein de son peuple.

A mesure qu'elle énonçait cela, la Sheikah fixait attentivement Cezra, guettant ses réactions. La petite Twili était toujours en lévitation à quelques centimètres au-dessus de la terre, les jambes et les bras croisés.

- Oh bon, ça va, râla Cezra avec agacement. Viens-en au fait.
Leini regarda Ygaël qui se léchait les babines.
- En Hyrule, avant la guerre, les descendants de ce héros prospéraient encore et ils se transmettaient la légende de génération en génération. Les Sheikahs la conservaient aussi dans leurs archives, comme tout ce qui concerne les Héros et leurs combats.

Cette fois, Ygaël écoutait avec toute son attention. Leini tendit la main vers lui pour caresser son front. Le loup se laissa faire, ce qui fit lever les yeux au ciel à Cezra qui se demandait si elle n'allait pas finir par le laisser là puisqu'il semblait tellement goûter la compagnie des deux autres.

- Il était dit que la magie de Midona était spéciale car elle ne se transmettait qu'au sein de sa famille.
- Comme pour la princesse Zelda chez nous, approuva Oseira.
- Oui. La Zelda de cette époque était d'ailleurs liée à Midona d'une certaine façon, mais là n'est pas la question.
- Je perds mon temps, soupira Cezra en lévitant un peu plus haut, décroisant les jambes.
- Le fait que ta malédiction soit différente de celle des autres Twilis, ton apparence... Tout te fait ressembler à la description que l'on donne de la princesse Midona dans cette histoire.

Ygaël jappa un coup bref pour approuver. Lui aussi se souvenait de la princesse Midona. Son père lui avait tellement raconté cette histoire lorsqu'il était petit ! C'était celle qu'ils préféraient tous deux, bien plus encore que celle du Héros du Temps ou du premier Link de leur lignée qui aurait vécu dans le ciel.

- Alors, peut-être possèdes-tu la même magie qu'elle ? Ce qui te serait très utile pour sortir du désert.
Cezra sentit le sourire moqueur derrière le masque de Leini et elle contracta la mâchoire, toujours plus agacée.
- Quoi ? fit-elle à Ygaël qui l'interrogeait du regard. Qu'est-ce qu'il y a ? Oh, ça suffit. Arrête de me regarder comme ça.
La Twili leur tourna brusquement le dos et se mura dans le silence pendant un instant.
- Et alors ? Qu'est-ce que ça ferait si j'avais le même sang que Midona, hein ? finit-elle par dire sans se retourner.
- Ça ferait que le Destin a décidé de ramener certaines cartes en jeu, répondit Leini en continuant de caresser la tête d'Ygaël avec tendresse.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? demanda Cezra en tournant la tête.
- Ygaël... Tu es le fils de Leida et Alric, n'est-ce pas ?
Le loup approuva d'un signe de tête, intrigué.
- Tu ne portes pas un nom commun et cette marque... J'ai connu tes parents autrefois, je me suis battue à leurs côtés, expliqua-t-elle doucement.
Leini ôta brusquement sa main de la fourrure blanche du loup et leva la tête vers Cezra.
- Ygaël a le sang de ce héros qui a combattu le Ganondorf de son temps et Xanto l'usurpateur aux côtés de Midona. Sa transformation en loup...

Cezra fixait Ygaël comme si elle le voyait pour la première fois. Elle croisa le regard du loup qui tentait de deviner ce à quoi elle pouvait bien penser. Il aboya doucement dans sa direction.

- Ce n'est pas ma faute ! se défendit-elle soudain. Je n'y suis pour rien ! J'ai voulu te sauver, c'est tout ! Cette... ta transformation... Ce n'était sûrement pas ce que je voulais !

Ygaël se leva pour venir près d'elle, mais elle l'évita, s'éloignant un peu plus en flottant. Elle paraissait aussi contrariée que perdue, n'affichant soudain plus toute son arrogance habituelle, comme si elle cherchait à comprendre quelque chose.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Leini.
- Cet idiot était mourant, d'accord ? Alors, dans ma grande bonté, j'ai voulu le remettre sur pieds. J'ai horreur d'avoir un cadavre comme voisin de cellule.
Si Ygaël avait pu rire, il l'aurait fait. Cezra était d'une mauvaise foi sans nom ! Si elle l'avait aidé, ce n'était que parce qu'il pouvait lui être utile.
- Je lui ai envoyé ma magie, mais ça a déclenché un sortilège, un piège... Nahdrim l'avait maudit. Sa malédiction dormait au plus profond de lui, reprit la Twili en fermant les yeux, autant pour ne pas voir le regard du loup que pour se souvenir de ce qu'elle avait ressenti à ce moment-là. J'ai essayé de la contrer. Pas question d'avoir un darknut ou une autre saleté dans la cellule d'à-côté... Et il y a eu quelque chose... ça a aspiré ma magie, je ne pouvais rien faire. Si j'avais tout stoppé, il serait mort. Un instant, j'ai entendu un loup hurler, très, très loin, et je l'ai vu dans mon esprit. Un pelage noir et gris, du blanc sur le museau, le ventre et les pattes, et ce symbole sur le front. Quand j'ai rouvert les yeux, le loup était là, mais sa fourrure était totalement blanche.

Cezra se tut et baissa la tête. Elle avait bien cru que l'esprit du loup allait la tuer. Elle rouvrit les yeux en sentant le museau d'Ygaël contre sa petite main.

- Quoi ? Tu n'es qu'un idiot, tu sais ça ? murmura-t-elle en le regardant. Si tu avais parlé, ce salaud t'aurait sûrement laissé tranquille. Tout ça pour un Elu ou je ne sais quoi...

Mais elle n'y croyait pas vraiment. Nahdrim était un sadique, elle était bien placée pour le savoir. Cela faisait des années qu'elle l'observait, le côtoyait, devait supporter de le voir réduire les Twilis au rang d'esclaves monstrueux. Il avait tout détruit bien plus sûrement que Ganondorf. Ce qu'il avait fait du Crépuscule, de son peuple, d'elle, de Shiki... Elle lui ferait payer un jour. De leur côté, Leini et Oseira avaient échangé un regard à la mention de l'Elu. La Gerudo n'avait pas dit un mot depuis tout à l'heure, mais rien ne lui échappait. Elle posa la main sur le genou de son amie qui préféra rester concentrée sur le sujet qu'ils étaient en train d'aborder.

- Il me paraît clair que le pouvoir du héros a protégé Ygaël, reprit Leini. Sans doute réveillé par ta magie qu'il a connue autrefois.
Cezra haussa les épaules et vint se couler contre le pelage blanc du loup. Elle devait reconnaître qu'elle en aimait la douceur et même la couleur.
- Midona était mon arrière-arrière-grand-mère, reconnut finalement la Twili.
Elle soupira et s'assit, les épaules basses. Ygaël s'allongea à ses côtés, sentant que les souvenirs qui remontaient dans l'esprit de sa compagne n'étaient pas les plus gais.
- Il y a une quinzaine d'années, le Miroir des Ombres est réapparu, raconta-t-elle soudain. Il avait pourtant été détruit par Midona. Personne n'a compris ce qu'il se passait. Très vite, nous avons été envahis par une armée de Yigas, ce salaud de Nahdrim et sa sorcière maudite à leur tête. Les Twilis ne sont pas des guerriers et nous n'étions pas préparés à cela... La bataille a été rapide et la famille royale décimée, les survivants faits prisonniers. Je me souviens encore très bien de ce jour maudit où Ganondorf s'est installé sur le trône. Il a laissé Nahdrim se charger du reste, puis il a emmené notre reine avec lui en Hyrule, pour éviter toute rébellion. Ensuite...
Ygaël lécha doucement la joue de Cezra alors qu'elle serrait les poings de colère.
- Nahdrim a confiné les enfants de la lignée de Midona, à cause de nos pouvoirs dont il voulait se servir, et il a commencé à transformer les Twilis en créatures monstrueuses. Mes parents... mon oncle... Au fil des années, il n'est plus resté que moi et mon cousin Shiki. C'est un crétin, lui aussi.
Elle avait dit cela avec une affection qui démentait le qualificatif employé. Elle soupira et se reprit, se redressant et écartant tout cela d'un geste de la main.
- Bref, j'ai pas l'habitude de faire pleurer dans les chaumières. Ça suffit pour le quart d'heure de sensiblerie. Comment fait-on pour quitter le désert ?

Elle lâcha Ygaël et se remit en lévitation. A nouveau, elle affichait une expression plus dure, comme si tout ce qu'elle venait de raconter ne la concernait plus. Ygaël connaissait cela. Lui aussi s'était retranché derrière un mur pour éviter d'être débordé par ses émotions, ses souvenirs, la rage, la culpabilité... Finalement, Cezra et lui avaient peut-être des choses en commun.

- Les portails qu'utilisent les Agents du Crépuscule quand ils se matérialisent pour fondre sur leurs proies. Dans l'histoire du héros, Midona les utilisait pour se téléporter d'un endroit à l'autre, répondit Leini en se levant à son tour. J'ai vu Nahdrim en emprunter un il y a quelques années.
- Avec la magie volée aux miens, siffla Cezra entre ses dents. Il s'est fabriqué quelques artefacts pour ça.

Elle croisa les bras et mit son index sur les lèvres pour réfléchir. Leini avait soulevé un point auquel elle n'avait pas pensé. Cezra ignorait si elle pouvait utiliser ses pouvoirs pour se servir des portails d'ombre. En temps normal, la question ne se poserait pas, mais avec cette apparence et des pouvoirs amoindris...

- Est-ce que ça pourrait t'aider ?
Oseira avait sorti de sa besace une pierre étrange, grossièrement taillée en losange, d'un noir absolu.
- Un cristal d'ombre ? Où as-tu eu cela ?
Cezra approcha de la Gerudo qui lui tendit le cristal sans hésitation. Dès le départ, elle savait que cela avait été le but de Leini.
- Aucune importance. Cette magie est celle de ton peuple, non ?
- Oui... oui ! Avec ça...
La Twili se tourna vers Ygaël.
- Je vais avoir plus de pouvoir. Ça nous sera utile pour la suite.
- Peut-être pourras-tu rendre son apparence à Ygaël, fit remarquer Leini.
- Je le préfère en loup. En humain, il va me saouler de questions, se moqua Cezra en retour d'un air malicieux.
Elle sauta aussitôt sur le loup, lui agrippant les poils.
- En route maintenant !
- Encore une chose : tu as parlé de l'Elu tout à l'heure, non ?
- Ah ? Oui, répondit la Twili en haussant les épaules. Nahdrim voulait savoir où il était, mais cette andouille n'a pas voulu cracher le morceau.
Elle avait tapé sur le haut du crâne d'Ygaël en disant cela, ce qui le fit gronder légèrement. Il n'appréciait pas qu'elle le traite tout le temps d'andouille ou de crétin.
- L'Elu est mort. Il a disparu, fit Leini d'une voix légèrement tremblante.
Ygaël la regarda dans les yeux pendant de longues secondes. Dans ceux de la Sheikah, il y lisait de la douleur et de l'espoir. Beaucoup d'espoir. Il finit par faire non de la tête.
- Il est... vivant ?
Le loup approuva en silence. Leini porta la main à sa poitrine, sous le choc. Oseira la rattrapa avant que ses jambes ne la portent plus. Ygaël trouva la réaction plus qu'excessive, ce qui l'intrigua encore plus.
- Ton frère est vivant, répéta Leini en lâchant Oseira, la remerciant d'un regard.

Ygaël avait toujours pensé qu'en dehors de sa famille, personne ne savait que Link était l'Elu. Du moins était-ce ce que son oncle Keigo et sa grand-mère Impa lui avaient toujours laissé entendre. Il plissa les yeux pour mieux regarder Leini. Il sentait son trouble, sa joie, son émotion...

- Un Elu ? Avec une épée magique et tout ? Parfait. On aura peut-être besoin de ça, mais pour l'instant, il faut sortir du désert, se moqua soudain Cezra en attrapant une oreille d'Ygaël pour le rappeler à l'ordre.
- Oui, tu n'as pas tort, reprit Leini. Ne perdons pas de temps. Nous allons vous emmener jusqu'au portail.

Elle s'éloigna, le coeur encore troublé, et siffla le Kargoroc qui sortit de l'ombre où il s'était réfugié. Quelques instants plus tard, ses cavalières sur le dos, il prenait son envol, Cezra et le loup dans ses serres.

- Tu es sûre de ne pas vouloir les accompagner ? demanda Oseira à son amie maintenant qu'ils étaient hors d'atteinte des oreilles des deux autres.
- Certaine. Tu sais que j'ai encore à faire ici, répondit la Sheikah en ôtant un peu le tissu qui dissimulait son visage.

Ses doigts usés par le vent, les sables et le maniement des armes touchèrent la peau flétrie de sa jour droite. Les années avaient passé, mais les cicatrices ne s'estompaient pas et ce, malgré les soins des Gerudos. Le feu magique de Nahdrim avait bien fait son travail.

- Leida...
- Si je lui disais qui j'étais, si je lui parlais du sort de son père... crois-tu qu'il repartirait ? Bien sûr que non.

Le sourire de Leida se teinta de l'amour qu'elle ressentait pour Ygaël et qui n'avait pas faibli depuis leur séparation, presque une décennie plus tôt. Elle avait été si heureuse de revoir son fils aîné, même sous forme lupine ! Elle voulait croire que les illustres ancêtres d'Alric veillaient sur leur aîné, qu'Hylia ne l'avait pas confronté à cette transformation et à la descendante de Midona par pur hasard. Ygaël et Cezra avaient un rôle à jouer auprès de l'Elu et de la réincarnation de la Déesse, cela ne pouvait être autrement.

- Je veux croire que je les reverrai bientôt. Ygaël, Neyria et Link... Link est revenu en Hyrule, alors l'espoir est permis, continua-t-elle avec émotion difficilement contenue à la mention de son autre enfant.

Oseira se contenta de hocher la tête, posant sa large main sur l'épaule de son amie en signe de réconfort. La Gerudo espérait qu'elle avait raison. Elle prierait pour cela.

Chapitre 12 : La forêt maudite   up

Link regarda avec attention les hauts arbres aux troncs sombres qui se tenaient devant eux. Ils étaient enfin arrivés à la lisière de l'antique forêt de Firone. Il leur avait fallu cinq jours pour parvenir jusqu'ici. Cinq jours d'un voyage éprouvant au travers de la campagne dévastée d'Hyrule, à se montrer le plus discret possible, et à éviter les zones gangrenées par la corruption de Ganon et les hordes de monstres qui s'étaient installés en masse dans cette région. Par deux fois, ils avaient affronté des créatures d'ombre. D'abord, des oiseaux géants aux ailes de cuir et à la tête étrange que Neyria avait appelés Kargorocs ; ensuite, une paire d'Ecorcheurs. Link avait ainsi eu l'occasion de voir sa jumelle et Ralis à l'oeuvre, et il devait reconnaître que ses propres talents étaient bien peu en comparaison des leurs. Comme il l'avait déjà constaté lors de son périple avec Ygaël, ses heures d'entraînement n'étaient pas à la hauteur d'années d'expérience au combat. Neyria et Ralis avaient l'habitude de combattre côte à côte. Ils ne gênaient jamais les mouvements de l'autre tout en veillant à en surveiller les arrières et, parfois, Link avait eu l'impression d'être de trop. Contre les Kargorocs, il n'avait d'ailleurs pas été d'une grande aide et cela l'avait longtemps miné. Sans compter que Neyria le surveillait comme le lait sur le feu à cause de ce Dark Link qui résidait en lui. Il n'aimait d'ailleurs pas tellement qu'elle l'ait nommé ainsi. Il n'arrivait pas à se dire que c'était bel et bien sa part sombre qui parlait dans ces moments-là. Il ne pouvait croire qu'il cachait en lui un monstre assoiffé de sang et aussi cruel que celui qu'elle lui avait dépeint, un être qui avait sans doute blessé Ygaël et qui avait tenté de tuer Neyria.

- Allons-y.

La voix du Zora tira Link de sa réflexion et il approuva. Au coeur de cette forêt se trouvait leur destination : les Bois Perdus et, surtout, l'Epée de Légende. Celle à qui il était destiné, qu'il le veuille ou non. Une petite lanterne en main chacun, les trois amis pénétrèrent dans le sous-bois. A peine étaient-ils entrés sous les frondaisons épaisses que Link resserra légèrement son manteau pour réprimer le frisson qui venait de parcourir son échine. Il n'était cependant pas certain que ce soit à cause du froid. L'atmosphère ici était étouffante et angoissante et pas seulement parce que Neyria lui avait conté de sombres histoires sur Firone ces derniers jours et qu'il les avait toutes en tête.

Neyria ouvrait la marche, suivie de son frère et de Ralis. Ils suivaient un ancien sentier envahi par les ronces et les herbes folles. De temps en temps, ils retrouvaient une vieille balise de pierre dissimulée sous la végétation. Link jetait de fréquents coups d'oeil vers les frondaisons. La lumière du crépuscule traversait à peine l'épaisse couche de feuillages des arbres centenaires et sans leurs lanternes, ils n'y auraient vu goutte. De temps à autre, le cri d'un animal perçait le silence oppressant qui régnait en ces lieux, mais le jeune homme aurait été bien en peine de deviner de quelle bête il s'agissait. Plus d'une fois, Neyria s'arrêta pour tenter de se repérer avec la carte volée à Impa, mais plus ils avançaient, plus le sentier était réduit à peau de chagrin et bientôt, il n'en exista plus la moindre trace. Ils furent contraints à une halte lorsque la nuit les rattrapa, plongeant la forêt dans une obscurité que même leurs lanternes avaient du mal à percer. Pour ne pas alerter les éventuels dangers peuplant Firone, ils préférèrent ne pas allumer de feu et trouvèrent refuge dans le creux d'un grand arbre mort.

- Vous êtes sûrs ? demanda Ralis en regardant le tronc déchiqueté. Ça ressemble drôlement à...
- Une gueule ouverte, hein ? continua Link dans une moue peu convaincue.
- Ne faites pas vos cocottes mouillées, soupira Neyria en entrant dans le tronc. C'est une illusion d'optique.

Pour appuyer ses dires, elle frappa sur l'écorce de la poignée de son sabre. Rien ne bougea. Les garçons, peu convaincus malgré tout, la rejoignirent, surtout parce que Nim et Taël n'avaient pas fait d'histoires.

* * *

La princesse galopait à brides abattues, manquant de semer l'escorte de deux soldats qui la suivait à grand peine. Elle voulait s'éloigner le plus vite possible du château. Elle ne pouvait pas rester là-bas. Zelda serrait les dents, le coeur brisé par le chagrin et la colère. Jamais de sa vie elle n'avait encore ressenti cela et elle avait l'impression que cela allait l'anéantir. Déception, trahison... Elle avait envie de hurler et de frapper quelque chose, mais tout ce qu'elle avait réussi à faire était de courir aux écuries, de faire seller son cheval et de fuir. Les larmes coulèrent sur ses joues à nouveau et elle les essuya d'un revers rageur de la main. Sa vision était brouillée par les larmes, mais elle ne comptait pas s'arrêter. Elle n'était pas encore suffisamment loin du château, d'Alric et de Leida. Ses mains délicates agrippèrent les rênes à s'en faire blanchir les jointures. Elle les détestait tellement tous les deux !

- Princesse ! Vous allez tuer votre cheval ! Ralentissez ! hurla l'un des soldats derrière elle.

Elle savait qu'il avait raison, mais elle ne voulait pas ralentir avant d'être entrée dans le canyon gerudo. Une fois sur la route coincée entre les falaises ocres, les murailles blanches de la citadelle ne seraient plus visibles, elle se sentirait alors certainement mieux. Elle leva la tête vers le ciel : le faucon avait-il atteint sa destination ? Ganondorf avait-il déjà eu son message ? Elle imaginait déjà son air moqueur, devinait déjà les réflexions qu'il allait lui faire et qu'elle aurait bien méritées cette fois. Pourtant, elle ne voyait pas vers qui d'autre se tourner. Gustav n'était pas la meilleure épaule sur laquelle pleurer et il était bien trop occupé ces derniers temps à étudier l'histoire ancienne d'Hyrule. Quant à son père, elle n'allait pas le déranger pour ce qu'il qualifierait de "peccadille", au mieux. Le cheval de la princesse fit un écart soudain, l'obligeant à se cramponner au pommeau de sa selle pour éviter d'en être éjectée. Elle prit alors conscience que la pauvre bête était exténuée. La sueur maculait son pelage blanc et de l'écume décorait sa bouche. Elle tira sur les rênes pour ralentir.

- Princesse ! Tout va bien ?

Son escorte stoppa à sa hauteur. Les deux hommes étaient aussi essoufflés que leur monture et arboraient un air inquiet. Ni l'un, ni l'autre ne comprenait ce qui se passait. Ils avaient sauté sur leur cheval dès l'instant où ils l'avaient vue galoper vers le pont-levis, seule. Depuis, ils n'avaient de cesse de prier qu'elle ne se rompe pas le cou dans sa course effrénée. Zelda fit oui de la tête, mais elle se retenait tout juste de fondre en larmes. Elle prit une grande inspiration. Elle refusait de leur montrer sa faiblesse.

- Faisons une halte pour les chevaux. Nous nous rendrons ensuite au canyon gerudo.

Les soldats échangèrent un regard, mais se contentèrent d'obéir. Ils n'avaient guère le choix. Une heure plus tard, le trio reprit la route à une allure plus modérée, au moins pour un temps car la princesse finit par lancer son cheval au galop à nouveau. Les heures avaient passé depuis son départ précipité et elle craignait que son père n'ait donné l'ordre de battre la campagne à sa recherche à toute la garnison du château, Alric en tête. Elle ne pourrait supporter l'humiliation qu'il soit chargé de la ramener jusqu'à la citadelle. Ils passèrent la nuit dans une auberge sur la route au grand dam des soldats qui estimaient que ce n'était pas la place d'une princesse, et arrivèrent au canyon le lendemain en fin de matinée. A peine avaient-ils traversé le pont de bois délimitant les terres gerudos que Zelda accéléra à nouveau l'allure. Elle avait hâte d'arriver au désert et à la cité. Elle avait si peu dormi la nuit passée, elle était épuisée.

- Attention !

Le bruit d'une cavalcade retentit sur les falaises du canyon. Une troupe à cheval arrivait dans un nuage de poussière rouge. Difficile de savoir s'il s'agissait de bandits ou de simples voyageurs et les soldats se positionnèrent de manière à protéger leur princesse de leur mieux, épées au clair et boucliers levés. En face, les cavaliers arrivaient au grand galop. En voyant les trois Hyliens, l'étalon noir à leur tête accéléra, encouragé par son cavalier. Zelda se sentit tout à coup plus légère en voyant Ganondorf venir à elle. Le prince sauta à bas de son cheval sans attendre que celui-ci ne s'arrête totalement et se précipita vers elle.

- Zelda !

La princesse se laissa glisser au bas de sa selle et se précipita dans ses bras. Elle qui pensait ne plus avoir de larmes à verser après avoir tant pleuré la nuit dernière s'effondra en sanglots, le visage niché dans le torse de son ami.

- Tout va bien, Zelda. Je suis là, murmura le prince avec une douceur étonnante.
Il referma ses bras puissants autour d'elle comme pour en faire un cocon protecteur. De sa large main, il caressa doucement ses cheveux blonds.
- Tu as eu mon message, réussit-elle à hoqueter entre deux sanglots.
- J'ai sauté sur mon cheval immédiatement.
- Emmène-moi loin, s'il te plaît.
- Tout ce que tu voudras, ma princesse.
Il releva la tête vers l'une des soldates de son escorte.
- Va dire au roi d'Hyrule que la princesse est mon invitée et que je réponds de sa protection.
- Bien, mon prince.

Sans attendre, elle piqua des deux et prit la direction d'Hyrule, accompagnée d'un soldat de l'escorte de la princesse.

- Je te ramène à la Cité, fit Ganondorf en soulevant Zelda dans ses bras comme si elle ne pesait rien.
On lui ramena son cheval et il grimpa en selle, gardant Zelda contre lui. La jeune femme s'était raccrochée à lui, à sa présence, sa chaleur.
- Je t'avais pourtant dit qu'il n'en valait pas la peine, fit-il en déposant un baiser sur sa tête. Si tu le souhaites, j'irai lui donner une leçon. Je peux même en faire un eunuque.
- Tout ce que je veux, c'est être loin de lui, loin d'eux... répondit-elle dans un nouveau sanglot.
- Je te garde près de moi, ne t'en fais pas.

Elle leva les yeux vers son visage. Il paraissait si sérieux et pourtant... elle n'avait jamais entendu autant de douceur dans sa voix. Elle se serra un peu plus encore contre lui. Elle avait bien fait de venir jusqu'ici.

* * *

Neyria n'arrivait pas à se débarrasser de l'image de Ganondorf tenant la princesse dans ses bras. Depuis son réveil, cela restait imprimé dans son esprit, tout comme le chagrin de Zelda en apprenant que l'homme qu'elle aimait avait des sentiments pour Leida et que l'inverse était vrai. Elle avait réellement pris cette nouvelle comme une trahison. Pour Neyria, c'était toujours étrange d'entendre parler de ses parents à travers le regard de la princesse, mais le plus surprenant était toujours de constater quel homme avait été Ganondorf. Un homme bien loin de l'image qu'on lui avait toujours dépeinte, du Fléau qui s'était abattu sur le royaume, de l'être cruel qu'elle avait vu dans la salle du trône, tenant le coeur du roi dans la main.

- J'ai rêvé de la princesse cette nuit, fit soudain Link qui marchait à ses côtés.
- Moi aussi, admit-elle en se tournant vers lui.
Elle le trouvait un peu pâle. Sans doute avait-il mal dormi cette nuit. Elle-même était restée sur le qui-vive et n'avait trouvé que peu de repos.
- Est-ce que dans le tien, il était question d'une conversation entre la princesse et son frère ? demanda-t-il.
Neyria haussa un sourcil d'intérêt et fit non de la tête. Elle l'invita à continuer.
- Le prince Gustav était dans la bibliothèque du château. Zelda avait l'air surprise de le trouver là.
- Etudiait-il l'histoire d'Hyrule ? fit-elle en se souvenant de la pensée de la princesse à ce propos dans son rêve à elle.
- Oui. De ce qu'elle disait, il n'y avait jamais réellement porté attention jusque-là. Enfin, il la connaissait, il avait eu des précepteurs, bien entendu, mais là, il étudiait les mythes, le folklore... Elle avait l'air de croire qu'il cherchait quelque chose d'ancien et elle le trouvait chang...

La Skulltula leur tomba dessus sans prévenir. Elle se balançait au bout de son fil, agitant ses huit pattes gigantesques. Une bave visqueuse coulait le long de ses mandibules qui claquaient dans un bruit à glacer le sang. Son corps blanc luisait même dans la semi-obscurité des bois. Sur l'abdomen des tâches noires figuraient un dessin macabre, une tête de mort qui ne laissait aucun doute sur ses intentions. Link fit aussitôt un bond en arrière en attrapant sa soeur par le col alors que Ralis envoyait un de ses stylets mortels frapper pile entre les deux yeux de l'araignée géante. Ils n'eurent pas le temps de crier victoire que d'autres Skulltulas se laissaient tomber des frondaisons. Quatre atterrirent au sol pour les encercler alors que deux autres restaient pendues à leurs fils telles de sinistres acrobates. Leurs multiples petits yeux rouges brillaient dans la pénombre. Elles se jetèrent sur les trois amis. L'une d'elles leur bondit dessus, dard en avant, aussitôt imitée par une seconde. D'autres envoyèrent leurs fils de soie sur les flammes-nuit, les collant à un tronc d'arbre sans espoir de s'en défaire. Link, Neyria et Ralis tentèrent de rester groupés, mais les Skulltulas suspendues se balancèrent de façon à les séparer et, rapidement, ils durent combattre chacun de leur côté. Neyria bondit avec souplesse sur le corps de la première à sa portée pour planter son sabre dans la tête de l'araignée. Les pattes se tendirent dans un dernier soubresaut et la Skulltula s'effondra, morte. De son côté, Link repoussait devant lui à grands coups d'épée. Il évita une Skulltula qui se balançait vers lui d'une roulade qui lui permit dans le même temps de contourner celle à terre pour planter sa lame dans l'abdomen bien plus mou qu'il ne l'avait pensé. Quant aux stylets de Ralis, ils trouvaient leurs cibles sans problème, crevant ici un oeil ou tranchant là une mandibule.

- Ralis !!!

Neyria poussa un cri d'horreur en voyant le dard empoisonné de la Skulltula embrocher le Zora. Il ne fallut qu'une poignée de secondes pour que le venin fasse son effet. Ralis tomba à genoux, lâchant ses stylets, les yeux révulsés et l'écume aux lèvres. Sans attendre, la Skulltula l'attrapa entre ses grandes pattes pour l'emballer dans un cocon de soie comme un vulgaire papillon. Neyria et Link se précipitèrent à son secours, mais les autres araignées leur barrèrent la route, projetant à leur tour des fils de soie que les jumeaux évitèrent de justesse. Il y eut encore des coups échangés, du sang versé. Finalement, blessées, leurs effectifs réduits de moitié, les Skulltulas battirent en retraite, disparaissant tout d'un coup dans les arbres d'où elles étaient sorties, emportant Ralis avec elles.

- Vite, on ne doit pas les perdre de vue, fit Link sans se soucier de ses propres blessures.
- Pfff... si tu m'avais laissé faire, ton copain ne leur servirait pas de repas.
- Quoi ? Qu'est-ce que tu as dit ? demanda Link en se retournant vers sa soeur.
Neyria était accroupie à côté des flammes-nuit, les délivrant de la gangue de soie qui avait déjà durci. Elle tourna la tête vers lui, surprise par sa question.
- J'ai dit "en route".

Elle se leva à ces paroles et Taël sauta dans sa capuche. Nim vint faire de même dans celle de Link, lui adressant un petit gloussement rassurant, caressant de sa main éthérée la blessure qui barrait sa joue. Tous les deux s'enfoncèrent dans les bois dans la même direction que les Skulltulas, mais Link n'était pas tranquille : si cette réflexion étrange n'avait pas été du fait de Neyria, alors qui lui avait donc parlé ?

- Tu crois que tu deviens fou ? se moqua à nouveau la voix dans son esprit. Alors, imagine un peu ce que c'est d'être coincé à l'intérieur d'un type comme toi...

Link sentit un frisson lui parcourir l'échine et écarta rapidement sa tunique pour voir si l'infection avait gagné du terrain, mais il ne pouvait pas voir grand-chose. Il jeta un oeil à Neyria qui courait bien plus vite que lui. L'urgence était de sauver Ralis. Il valait mieux ignorer la voix de Dark Link et faire comme s'il n'existait pas.

Chapitre 13 : A travers le crépuscule   up

Le portail laissé par les Agents du Crépuscule était toujours là, bien visible, suspendu dans le ciel au-dessus des dunes. Ygaël leva la tête vers l'étrange passage, dont le centre ressemblait à un tourbillon d'un noir profond. Ses oreilles de loup se plaquèrent sur l'arrière de sa tête. Il n'était vraiment pas rassuré.

- Kss, kss, kss, tremble pas comme ça. C'est juste un portail.

Cezra n'était en réalité pas plus rassurée que lui, mais évidemment, elle avait décidé de ne pas le montrer. Elle avait sa fierté. Elle sortit le cristal d'ombre, le laissant en suspension au creux de sa petite main, et l'observa longuement. Elle en sentait le pouvoir. Il pulsait lentement. Elle jeta un oeil à Oseira et Leini, se demandant encore comment ces deux-là s'étaient retrouvées en possession d'un tel artefact. Elle ne posa cependant aucune question. Cela l'intéressait finalement bien moins que ce que le cristal pouvait lui donner comme pouvoir.

- Allons-y. Assez traîné, trancha-t-elle en volant au-dessus d'Ygaël.

Le loup jeta un oeil à la Sheikah qui attendait assise sur le Kargorok. Elle lui fit un signe d'adieu. S'il avait été humain, il lui aurait bien posé les questions qui ne cessaient de tourner dans sa tête, mais il sentait qu'elle préférait qu'il ne puisse pas parler. Le rire de Cezra lui fit quitter Leini des yeux pour la Twili. Il n'eut pas le temps de bouger qu'elle pointa son doigt vers lui et qu'il sentit la magie faire son oeuvre. Devant la Gerudo et son ami, le loup disparut, se décomposant en une multitude de petits carrés noirs qui s'envolèrent à travers le portail, aussitôt suivie de Cezra. Ygaël se rematérialisa aussitôt. La téléportation avait été aussi subite qu'indolore. En revanche, il était plus que surpris de l'endroit où il avait atterri. Une chose était sûre : il n'était plus dans le désert. Néanmoins, il n'était pas certain d'être encore dans son monde. Le ciel était ocre et pourpre et les nuages gris foncé qui s'étalaient dans le ciel étaient teintés de rouge. Le sol était une terre de la couleur de la cendre et il n'y avait aucune végétation alentour. Il se rendit alors compte que ce qu'il avait d'abord pris pour des nuages étaient des langues de terre suspendues dans le ciel, supportant de hautes constructions noires.

- Le Crépuscule...

Cezra était à côté de lui, sa petite main frôlant la fourrure blanche de sa tête. Son visage exprimait une émotion palpable alors qu'elle revoyait son monde. Ses yeux reflétaient une certaine mélancolie et le mal du pays qu'elle ressentait depuis qu'elle avait quitté le Crépuscule pour Hyrule. Ygaël donna un bref coup de tête dans sa main pour lui signifier qu'il comprenait ce qu'elle ressentait. Lui aussi était un exilé, loin de chez lui, privé des siens.

- Je ne suis pas émue du tout, se défendit la Twili dont la voix trahissait le contraire.
Elle se détourna d'Ygaël et avança de quelques pas, essayant de se repérer.
- Je ne m'attendais pas à passer par ici... Viens.

Elle l'entraina avec elle vers un groupe de constructions. Les murs étaient faits d'une pierre noire et luisante, aussi lisse que de la glace. Ils étaient décorés de veines vertes aux dessins géométriques complexes qui rappelèrent immanquablement à Ygaël celles qui couvraient le corps des Ecorcheurs ou encore le bras de Link.

- Si tu étais venu ici il y a 15 ans, tu aurais été stupéfait par la beauté de mon monde, de cette ville, murmura Cezra. C'était si vivant. Aujourd'hui, il n'y a quasiment plus personne et ceux qui restent sont soient prisonniers, soient transformés en monstres...
L'émotion avait laissé place à la colère dans la voix de la Twili.
- Il nous faut plus de pouvoir. Le cristal n'en a pas suffisamment pour ce que je veux faire, mais je connais un endroit où nous pourrons lui en donner.
Ygaël était septique. Les lieux ne lui inspiraient pas confiance, surtout s'ils étaient le repaire des Agents du Crépuscule et des armées de Nahdrim.
- Je connais les passages les plus discrets, ne t'en fais pas. Et puis, tu seras bien content d'apprendre que si j'arrive à ce que je veux, je devrais pouvoir te rendre ta forme humaine.
Le loup plissa légèrement les yeux, essayant de savoir si elle disait la vérité.
- Kss, kss, kss, tu vois que ça t'intéresse. Allez, viens. Ah si tu n'avais pas été aussi blanc, on aurait pu se fondre dans les ombres... soupira-t-elle.

Cezra l'entraîna vers les premières constructions. Des Kargorocs miniatures volaient au-dessus de la ville, mais en dehors de cela, il n'y avait aucune trace de vie nulle part. Ygaël était absorbé dans la découverte de ce monde qui ne ressemblait en rien à ce qu'il connaissait. Ici régnait le crépuscule comme en Hyrule, mais l'atmosphère était différente, comme si la corruption de Ganon ne l'avait pas encore complètement atteint malgré la situation. L'architecture des bâtiments était unique en son genre. Il n'y avait pas de maisons individuelles, simplement de hauts immeubles sans fenêtre apparente. Cezra le fit grimper sur une plateforme carrée qui s'illumina aussitôt qu'ils furent en place. Quand elle décolla automatiquement pour traverser le vide entre deux immeubles, Ygaël sursauta.

- Nous sommes tellement plus évolués que vous, s'amusa Cezra en voyant sa tête. Notre technologie est si avancée... Au moins, Nahdrim et ses Yigas n'ont jamais pu s'en emparer. Ils ont tué tous les ingénieurs avant d'avoir pu leur soutirer le moindre secret.

C'était une maigre consolation cependant. S'ils reprenaient un jour possession de leur pays, les survivants pourraient-ils le remettre en état ? Pourraient-ils continuer à se servir de leurs instruments, de leurs véhicules ? Rien n'était moins sûr. Ils entrèrent finalement dans un bâtiment par une porte dérobée. L'intérieur ressemblait à l'extérieur, mais les lignes géométriques vertes étaient plus nombreuses et plus lumineuses. Ils évitèrent de justesse un groupe d'Agents du Crépuscule qui patrouillait dans les étages en empruntant toujours le même genre de plateforme mue par une étrange énergie que le jeune homme ne comprenait pas.

Ygaël ignorait combien de temps ce petit voyage leur prit, mais cela lui parut quasiment une éternité, d'autant plus qu'il n'y avait vraiment plus aucun habitant en dehors des monstres. Une cité fantôme, voilà ce qu'était devenue la capitale du royaume du Crépuscule. Régulièrement, il jetait des coups d'oeil à sa compagne, essayant de deviner ce qui pouvait bien se passer dans sa tête alors qu'elle revenait chez elle comme une voleuse, obligée de se cacher de ceux qui avaient envahi et détruit son pays. Cezra finit par s'arrêter devant une double porte. Elle posa sa main sur l'énorme cercle positionné en son milieu et qui pulsait d'une lueur verte tirant vers le bleu. La porte glissa vers le haut et ils entrèrent dans une nouvelle salle. Ygaël se stoppa net à l'entrée alors que la porte se refermait derrière eux. Au centre de la pièce se trouvait un étrange dispositif composé de plusieurs sphères lumineuses et d'une sorte d'autel. Mais ce qui retenait son attention était le dessin sur le mur en face de lui.

- Quoi ? Tu es surpris ? ironisa Cezra en avançant jusqu'au piédestal. On ne vous raconte rien à l'école des petits Sheikahs ?
Ygaël secoua la tête et regarda encore une fois l'oeil dessiné sur le mur. Il était différent du symbole de son peuple, plus rond et plus stylisé, et il manquait les triangles qui le surmontaient, mais il rappelait vraiment l'oeil Sheikah.
- Toi et moi, nous avons des ancêtres communs. Mais en Hyrule, les miens sont considérés comme des traîtres. Ici, ce sont les tiens. Simple question de perspective j'imagine.

Cezra n'était cependant pas là pour dispenser un cours d'histoire. Elle fit ressortir le cristal d'ombre au creux de sa main et le posa au centre du piédestal où il resta en lévitation, bien droit, les pointes vers le haut et le bas. Elle fit glisser ensuite sa main devant elle et un panneau de contrôle fait de lignes et de points apparut. Elle joua dessus et s'écarta un peu. Une énorme pierre bleue gravée de signes inconnus à Ygaël et enchâssée dans un carcan de métal doré descendit du plafond et s'illumina joliment. Il eut l'impression que la pierre était liquide à l'intérieur, mais c'était peut-être un effet de lumière. Quoi qu'il en soit, il y eut un petit son ressemblant à de la pluie tombant au sol et une goutte de lumière se créa à son extrémité. Elle resta suspendue au bout de la pierre pendant une seconde, puis tomba sur le cristal d'ombre. Celui-ci se para alors de la même couleur avant de redevenir aussi noir que la nuit.

- Voilà. Avec ça, on devrait arriver à faire quelque chose.

Cezra s'empara du cristal et eut un sourire satisfait. Cette fois, le pouvoir qui en émanait était bien plus fort. Les siens étaient toujours bridés à cause de la forme dans laquelle Nahdrim l'avait emprisonnée, mais le cristal gavé d'énergie pourrait compenser, au moins pour certaines choses. Elle dématérialisa le cristal d'ombre dont les particules reprirent leur place dans la paume de sa main et se pencha vers Ygaël.

- On essaye pour voir ?

Elle ne lui laissa pas le loisir de refuser et claqua des doigts. Aussitôt, Ygaël sentit quelque chose changer en lui. Avec une fluidité remarquable, le loup à quatre pattes laissa la place à un jeune homme sur ses deux jambes. Le Sheikah regarda ses mains sans trop y croire.

- Kss, kss, kss, tu n'es pas si mal bâti que ça finalement, s'amusa Cezra. Je te pensais plus maigrichon.
Ygaël se rendit compte qu'il était complètement nu et le rouge lui monta aux joues. Cezra s'en amusa encore plus lorsqu'il cacha de ses mains son bas-ventre.
- Trouve-moi plutôt des vêtements, fit-il avec gêne.
Elle s'approcha de lui et vola de manière à ce que leurs yeux soient à la même hauteur. Elle passa ses mains dans les cheveux blancs du Sheikah et fit une moue un peu déçue.
- Je préfère ta fourrure. Elle est plus douce. Mais tu es tout de même assez mignon, fit-elle en écartant la chevelure pour dégager son visage.

Elle lui donna une petite tape sur le nez du bout de son index et s'écarta en riant. Elle claqua une nouvelle fois des doigts et Ygaël se retrouva vêtu de pieds en cap d'une tenue ressemblant à celle qu'il avait lorsqu'il avait été capturé, sauf qu'elle était entièrement noire, avec des coutures turquoise apparentes et que l'oeil sheikah traditionnel avait été remplacé par celui des Twilis.

- Ces vêtements-là ne disparaîtront pas lorsque tu te transformeras à nouveau.
- Hors de question que je redevienne un loup.
- Kss, kss, allons, réfléchis un peu. Une mutation à volonté, ça peut être pratique. Là où ton épée ne peut frapper, des crocs ou des griffes le peuvent parfois. Tu cours plus vite à quatre pattes que sur deux.
- Et je peux te transporter aussi, n'est-ce pas ?
Ygaël devait reconnaître qu'elle n'avait pas tort, mais cela lui écorcherait la bouche de le reconnaître. Cerza se coula contre lui, posant son bras sur son épaule. D'un doigt, elle traça un trait sur sa joue.
- Il faut conserver le moindre de nos avantages, Ygaël. Toi et moi, nous avons beaucoup de choses à faire.
- Je dois retrouver mon frère en premier lieu.
- Moi aussi, j'ai quelqu'un à retrouver, expliqua-t-elle en s'écartant à nouveau. Quand ce sera fait, je compte bien m'occuper de Nahdrim et de sa sorcière. Si je récupère mes pouvoirs et ma véritable forme...
- A quoi tu ressembles ?

Cezra le regarda avec malice et se rapprocha à nouveau de lui, collant son visage au sien jusqu'à ce que leurs nez se frôlent.
- Ça t'intéresse ? A quoi puis-je bien ressembler d'après toi ? répondit-elle d'une voix enjôleuse.
- Aucune idée. Je ne sais même pas quel âge tu peux avoir.
- A quelque chose près, le même que toi je pense.
Elle posa très rapidement ses lèvres sur les siennes, lui volant un baiser, puis repartit vers la porte, le laissant sous le choc.
- Arrête de fantasmer et viens. Il faut que nous trouvions un autre portail.
- Qu'est-ce que tu cherches vraiment, Cezra ? Qui dois-tu retrouver ? Ce cousin dont tu as parlé ? demanda-t-il en lui emboîtant le pas.
- Kss, kss, kss... Si on te le demande, tu diras que tu n'en sais rien.
Ygaël leva les yeux au ciel devant sa réponse si prévisible.
- Si tu veux qu'on s'aide mutuellement, il te faudra bien répondre.

Elle le regarda en silence, ce qui le surprit, les bras croisés sur la poitrine. Elle semblait réfléchir sérieusement à sa réponse.

- Shiki et moi, nous avons grandi ensemble, finit-elle par dire. Nous sommes les seuls survivants de la lignée de Midona. Les derniers...
Cette fois, elle garda le regard droit dans celui d'Ygaël. Ses petits poings étaient serrés et sa voix tremblait légèrement sous l'effet de la colère et du chagrin.
- Shiki... Nahdrim se sert de lui pour garder le Miroir des Ombres ouvert. Il y a quelques années, nous avons été séparés. Il estimait que j'avais une trop mauvaise influence sur Shiki. Tu m'étonnes... j'ai essayé tant de fois de m'échapper, de libérer mon imbécile de cousin...
Ygaël devina que c'était à cause de cette rébellion que Nahdrim avait fini par lui ôter ses pouvoirs et la coincer dans cette apparence enfantine et limite grotesque.
- Mais Shiki est notre prince. Il faudra bien qu'il s'en souvienne quand je lui tomberai dessus, conclut-elle en tournant le dos au Sheikah.

Elle baissa légèrement la tête, assaillie par les mauvais souvenirs. Shiki avait tellement changé au fil des années, mais il restait son cousin, sa seule famille, elle ne pouvait pas le laisser de côté. Elle sursauta quand elle sentit le bras d'Ygaël autour de ses épaules. Elle tourna la tête vers son visage bien plus proche du sien qu'elle l'aurait pensé. Il posa son front contre le sien, comme il l'aurait fait avec Neyria.

- Cezra, toi et moi, nous avons les mêmes ennemis. Je t'aiderai à trouver Shiki et toi, tu me donneras un coup de main pour protéger Link. Mon frère est l'espoir d'Hyrule, mais je suis sûr qu'il peut être celui du Crépuscule aussi.
Il s'écarta légèrement et posa sa main sur la joue de Cezra qui restait tétanisée par ses gestes. Elle l'observa lui sourire avec amitié et soupira, cachant que cela la touchait en reprenant son air supérieur habituel.
- Je me demande si je ne te préfère pas en loup muet. Tu parles beaucoup finalement.
Elle vola jusqu'à la porte et lui jeta un coup d'oeil, un léger sourire au coin des lèvres.
- Il te faut une arme. Je sais où en trouver. Ensuite, nous dénicherons un portail vers Hyrule.

Elle actionna le système d'ouverture de la porte et s'engouffra dans le couloir. Un léger sourire flottait sur les lèvres d'Ygaël alors qu'il la suivait. Plus il fréquentait Cezra, plus il comprenait qui elle était et ce qu'elle cachait comme blessures. Finalement, si le destin les avait réunis, c'était plus certainement leurs passés similaires qui allaient les rapprocher.

Chapitre 14 : Sauvetage   up

Malgré leur énorme taille, les Skulltulas n'avaient pas été faciles à suivre au coeur de Firone. Plus d'une fois, Link avait bien cru qu'ils avaient perdu leurs traces et s'il avait été seul, jamais il n'aurait pu sauver Ralis. Cependant, Neyria était habituée à suivre une trace comme si l'obscurité sous les frondaisons ne la gênaient pas outre mesure. Encore une fois, le jeune homme prenait la mesure des différences existantes entre lui, qui avait grandi sur une île en paix profitant d'un véritable soleil, et son frère et sa soeur qui, eux, avaient vécu toute leur vie dans un pays dévasté baigné dans la lumière du crépuscule.
- Et c'est toi qui es censé être le Héros ? ironisa la voix de Dark Link encore une fois.
Link fit de son mieux pour l'ignorer. Depuis leur bataille contre les araignées géantes, Dark Link ne cessait de faire des commentaires désobligeants ou, pire, des réflexions malvenues sur l'anatomie de Neyria. Ne pas lui prêter attention devenait de plus en plus difficile et il avait bien failli lui répondre de se taire à voix haute plusieurs fois.
- Là.

Inconsciente de ses discussions intérieures, Neyria lui fit signe de la rejoindre. Ils avaient fini par grimper dans les hauteurs d'arbres aussi larges que des maisons. Les branches étaient si grandes et solides qu'y marcher ne posait aucun problème, même pour Link qui n'était pas habitué à évoluer aussi loin du sol.
Neyria lui désigna quelque chose devant eux. Link dut plisser les yeux pour finir par apercevoir ce qu'elle lui montrait : des toiles gigantesques. Elles recouvraient la forêt d'une gangue de soie collante qui brillait sous l'effet de l'humidité qui remontait de la rivière en dessous. Link ne savait pas si c'était là un spectacle exceptionnel ou terrifiant. Peut-être un peu des deux, d'autant plus qu'il repéra de nombreux cocons de tailles différentes qui pendaient des branches les plus hautes, comme un garde-manger collectif. Les malheureuses victimes des Skulltulas, évidemment. L'une des araignées était d'ailleurs en train de se repaître de l'une d'entre elles et cela tira une moue dégoûtée au jeune homme. Il chercha le cocon emprisonnant Ralis des yeux. La Skulltula qui le transportait le suspendit à un fil solide au milieu des autres. On apercevait l'une des nageoires du Zora qui dépassait de la soie. Il fallait espérer qu'il n'ait pas étouffé là-dessous dans le transport si le poison de l'araignée ne l'avait pas tué d'abord. Avec mille précautions, le petit groupe se rapprocha du repaire des Skulltulas, surveillant sans cesse les alentours. Nim et Taël s'étaient positionnées de manière à protéger leurs arrières.

- Comment allons-nous faire ? murmura Link le plus bas possible.
- Une diversion. Si nous réussissons à attirer les Skulltulas ailleurs, nous aurons le champ libre pour libérer Ralis.
Link regarda à nouveau les toiles géantes et les cocons suspendus. Ils n'avaient guère d'options de toute façon, ni le loisir d'en trouver d'autres.
- Je m'en occupe.
- Link...
Neyria le retint en posant sa main sur son bras, mais elle n'arrivait pas à lâcher ce qu'elle voulait dire.
- Si nous sommes séparés, rendez-vous à Toal. Sois prudent, finit-elle par dire, tout simplement.
Il mit sa main sur la sienne, croisant son regard.
- Toi aussi. Ne t'inquiète pas : on va y arriver.
Elle réussit à lui sourire, rassurée par la confiance qu'il affichait, puis ils se séparèrent, chacun suivi par sa flamme-nuit.
- De jolies paroles alors que tu trembles comme une feuille, se moqua Dark Link.
- Oh, ça suffit, toi, s'agaça Link, maintenant libre de s'adresser à l'autre.
- On peut savoir comment tu comptes faire diversion ?
Link avait d'abord pensé au feu, mais ce serait la pire idée au monde : ils se retrouvaient alors tous pris au piège des flammes. Il ne lui restait qu'une seule alternative : servir d'appât.
- Mais quelle mauvaise idée...

Nim agita ses petits bras et deux petites boules de flammes s'en écartèrent pour devenir une Skulltula et une araignée plus petite lui ressemblant. Une troisième petite flamme devint un Link miniature qui s'empara du bébé araignée, faisant courir l'autre derrière lui.
- Excellente idée, Nim, approuva Link avec un sourire.
La flamme-nuit gazouilla discrètement tout en faisant disparaître sa démonstration, puis partit en reconnaissance.
- Cette bestiole est plus maligne que toi...
- Lâche-moi, tu veux ?
- Si tu m'avais laissé sortir, on n'en serait pas à jouer au chat et à la souris avec des araignées.
Link porta la main machinalement à son bras infecté. S'ils ne trouvaient pas une solution rapidement, il sentait qu'il allait devenir fou à discuter ainsi avec cette entité sombre qui le parasitait.
- Jamais je ne laisserai les ombres gagner, dit-il avec détermination.
- C'est ce que nous verrons, Link.

Nim revint et entraîna Link avec elle vers le nord. Elle contourna un moment les toiles, puis le guida dans le labyrinthe végétal juste dessous. Ce qu'ils trouvèrent stupéfia le jeune homme. Au coeur des toiles se trouvait une véritable nursery de petites araignées grosses comme la flamme-nuit, à l'abdomen blanc limite transparent et aux pattes courtes. Elles ne ressemblaient pas encore aux adultes si ce n'était leurs petits yeux rouges. Il y en avait des centaines, grouillant dans une énorme cuvette où elles se marchaient dessus. Link déglutit en apercevant sous ces milliers de pattes de nombreux cadavres desséchés d'animaux, les restes de leurs récents repas. Sans attendre plus longtemps, il se laissa glisser jusqu'à la hauteur du fond de la cuvette et expliqua son plan à Nim qui approuva. La petite flamme-nuit tourna alors sur elle-même pour se diviser en plusieurs exemplaires qui sautèrent tous vers le sol qu'on apercevait à peine. Une seule resta avec lui et enflamma son épée. Link prit une grande inspiration, ignorant l'Autre qui soufflait qu'il était complètement fou, et se jeta sur la toile de la nursery, plantant sa lame enflammée dedans. Sous son poids, il trancha la gangue de soie, l'ouvrant par en dessous. Le feu bleu grignotait la toile, paniquant les jeunes araignées qui commençaient à tomber par l'ouverture en poussant de petits cris perçants. Link continua à trancher la toile, se raccrochant aux branches de son mieux, détruisant toujours plus le cocon protecteur des bébés skulltulas. Il les regarda s'écraser au sol, roulant sur elles-mêmes, rebondissant les unes sur les autres. En bas, les clones de Nim s'agitaient en tous sens pour ajouter la panique du feu à celle de la chute. Les bébés s'égaillèrent alors en tous sens.

Link eut un sourire satisfait qu'il ravala aussitôt lorsque plusieurs Skulltulas sortirent des arbres environnants pour se lancer à la rescousse de leurs petits. Il eut à peine le temps de s'agripper à une branche et de se faire le plus petit possible qu'elles se laissaient tomber des frondaisons le long de leurs fils tout autour de lui. Complètement obnubilées par les jeunes qui se dispersaient, aucune ne le remarqua. Dès qu'il le put, il quitta son perchoir pour remonter plus haut dans les branches et se diriger dans la direction du garde-manger. Quand il avisa une seconde nursery, il n'hésita pas une seconde et recommença l'opération avec Nim et ses clones, puis déguerpit. Il dut se cacher derrière un tronc pour éviter les Skulltulas qui se précipitaient vers les lieux des dégâts, mais finit par rejoindre son point de départ. Neyria ne l'avait pas attendu. Dès le moment où elle avait vu les araignées partir, elle s'était précipitée vers Ralis et l'avait détaché. Elle était en train de le délivrer de son cocon de soie collante et durcie quand Link arriva.

- Il est encore vivant, l'informa-t-elle en essayant de le réveiller.
Link allait l'aider quand un mouvement capta son attention. S'il crut d'abord au retour d'une Skulltula et dégaina son épée, il avisa aussitôt qu'un des cocons bougeait encore.
- Link ! Viens m'aider !
- Attends !
Sans écouter sa soeur qui râlait qu'ils n'avaient pas le temps, Link coupa le fil retenant le cocon. Celui-ci tomba sur le sol de toiles épaisses et se tortilla.
- Ne bouge pas, je vais te sortir de là, intima l'Hylien à la créature prisonnière.
Il s'agenouilla à côté du cocon qui était plus petit que lui, et de son poignard trancha la soie. Un étrange petit être s'en extirpa en agitant bras et jambes, pris de panique. Link n'eut pas le temps de voir grand-chose de lui qu'il sortit du cocon à quatre pattes, se tétanisa, puis sauta sur le jeune homme en tremblant.
- Link ! Attention !

Une Skulltula venait d'arriver au bout de la toile. Furieuse, comprenant sans doute que ces humains étaient à l'origine de la fuite de leurs petits, elle se précipita sur eux à une vitesse impressionnante. D'autres arrivaient. On entendait le cliquetis de leurs pattes et de leurs mandibules. Aussitôt, Nim et Taël se mirent en travers pour l'empêcher de passer, brûlant une partie de la toile. Le petit captif aux vêtements déchirés tira sur le manteau de Link, manquant de l'étrangler. Il sautillait sur la toile, désignant le sol... ou plutôt la rivière.

- D'accord... soupira Link. Neyria ! En bas !

Sa soeur le regarda comme s'il était fou, mais ils n'avaient guère le choix. Elle attrapa Ralis comme elle put et tomba plus qu'elle ne sauta dans la rivière, priant pour que celle-ci soit assez profonde et que le courant ne soit pas trop fort. La seconde d'après, Link attrapait le petit être étrange et sauta à son tour. Link émergea de la rivière, les poumons en feu. Le courant l'emportait et il lui fallut un certain temps pour arriver à rester à la surface. Il aperçut le rivage et, puisant dans ses dernières forces, nagea dans sa direction. Le petit prisonnier des Skulltulas était toujours accroché à lui et c'était un miracle s'il n'avait pas été emporté par le courant.

Link réussit à rouler sur la berge de la rivière. Il poussa son compagnon sur le sol et s'y laissa tomber sur le dos, épuisé. Il fallait qu'il se relève, qu'il cherche Neyria et Ralis, mais son corps ne voulait plus bouger. A côté de lui, l'étrange créature se releva et s'ébroua comme l'aurait fait un animal. Elle avait la taille d'un enfant, mais n'était vraisemblablement pas hylien, ni zora, ni même d'aucun peuple que Link aurait pu connaître. Sa peau avait la couleur et l'aspect de l'écorce. Ses membres étaient noueux comme des branches. Il se tenait courbé, les jambes arquées et quand il se déplaçait, ses mouvements rappelaient ceux des marionnettes. La créature tourna son visage vers Link pour s'approcher de lui. Sa tête ronde était lisse, sans un seul cheveu. Deux grands yeux jaunes sans pupille le fixaient avec curiosité. Sa bouche ressemblait plus à un bec qu'à des lèvres. Il tendit sa main vers l'Hylien pour le toucher et recula aussitôt dans un petit rire enfantin.

- Liiiink !
La créature se figea en entendant la voix appeler son sauveur. Elle détala comme un lapin alors que Ralis arrivait, Neyria sur son dos.
- Non, attends ! fit Link au petit être.
Mais trop tard, il avait disparu dans la forêt.
- Link ! Tu vas bien ?
Le Zora déposa Neyria au sol. La Sheikah était aussi trempée et épuisée que son frère. Elle se laissa tomber par terre, mais sourit légèrement à Link alors que Ralis s'agenouillait à côté de lui pour le soulever et le serrer contre lui.
- Tu m'as fait une de ces peurs ! J'ai cru qu'on ne te retrouverait pas.
- C'est plutôt à moi de dire ça, non ? s'amusa Link, soulagé de retrouver son ami.
Le plongeon dans l'eau avait dû le réveiller et lui rendre ses forces car il ne semblait plus du tout être sous le coup du venin des araignées.
- Où est l'autre ? Celui que tu as sauvé, demanda Neyria en regardant autour d'eux.
- Il a déguerpi en vous entendant arriver. Il n'a pas dit un mot.
- Même pas un merci ?
Neyria eut un claquement de langue agacé, mais que pouvait-elle y faire ?
- Remettons-nous en route, décida-t-elle en se relevant, prenant appui sur le dos large du Zora.
- Mais pour quelle direction ?

Aucun d'entre eux n'avait la moindre idée d'où ils étaient, ni sur quelle distance la rivière les avait portés. C'était déjà une chance énorme qu'ils se soient retrouvés si vite. Comme en réponse à la question de Ralis, Taël et Nim réapparurent pour se jeter dans les bras de Neyria et Link avant de leur indiquer une direction.
- D'autres questions, Ralis ? s'amusa la Sheikah.
- Aucune, je crois, répondit-il en riant.
Il aida Link à se remettre sur pieds, puis le petit groupe reprit la route, espérant ne plus croiser de Skulltulas. Dans les fourrés, bien dissimulé à leurs regards, le petit Skullkid les avait observés avant de leur emboîter le pas.

Chapitre 15 : L'Héritage   up

- Je n'étais jamais revenu aussi près...
Perché sur les ruines d'un mur d'enceinte, Ygaël contemplait ce qu'il restait de la citadelle et du château d'Hyrule. La plupart des bâtiments étaient encore debout, mais vidés de leurs habitants depuis 15 longues années, la ville qui s'étalait au pied du château n'avait plus rien à voir avec ce dont le jeune homme pouvait encore se souvenir. La végétation sombre née du Crépuscule avait envahi les rues, disloquant les pavés, s'infiltrant dans les murs et les toits.
- Autant tout raser et rebâtir, fit remarquer Cezra à ses côtés.

Les quartiers ouest avaient été ravagés par un incendie lors de la dernière bataille qu'Hyrule avait perdue. Les flammes avaient noirci les pierres si bien que même après tout ce temps, on voyait encore à quel point le feu avait été destructeur. La quasi-totalité de la population avait péri lors de l'attaque de Ganondorf et de ses troupes. Le dernier bastion d'Hyrule s'était finalement révélé une tombe pour les habitants qui s'y étaient réfugiés.
- Il est là-haut ?
Cezra avait abandonné la contemplation de la ville morte pour celle du château. Lui aussi était en ruines sur une grande partie. La majorité des tours s'étaient écroulées, entraînant les chemins de ronde avec elles. La partie centrale était toujours debout et Cezra sentait qu'il y résidait une forte magie.

- D'après ma grand-mère, la princesse Zelda l'a affronté dans la salle du trône, expliqua Ygaël en montrant l'endroit du doigt. Elle l'y a scellé en même temps qu'elle.
- Il y a de la magie là-bas, oui, confirma la Twili. C'est puissant.
- Personne n'y est jamais retourné depuis.
- Tu veux plutôt dire que personne n'en est jamais ressorti vivant.
Ygaël hocha la tête. Peu après que la princesse ait endormi Ganon, des Sheikahs et des soldats avaient tenté de se rendre sur place. Aucun n'en était jamais revenu.
- Baisse-toi, fit subitement le jeune homme en s'accroupissant, attrapant la main de Cezra pour qu'elle suive le mouvement.
Un groupe d'Agents du Crépuscule venait d'apparaître au bout d'une ancienne rue. Ce n'était pas les premiers qu'ils voyaient : la zone en était infestée. Ygaël et Cezra restèrent immobiles jusqu'à ce qu'ils disparaissent de leur vue, respirant le minimum.
- On ne devrait pas rester ici. Ce n'est pas comme s'il y avait des choses intéressantes à voir de toute façon, fit la Twili en s'élevant à nouveau dans les airs, s'appuyant sur l'épaule de son compagnon.

Quand ils avaient finalement trouvé un portail dans le royaume du Crépuscule, il n'y avait aucun moyen de savoir où il déboucherait. S'ils auraient pu tomber mieux en arrivant en pleine campagne hyrulienne, ils auraient pu aussi avoir la déconvenue de retourner dans le désert gerudo.
- La route de Link l'amènera forcement ici, souffla le Sheikah en regardant vers l'endroit où Ganon était prisonnier.
- En tous cas, je ne sens pas la présence de Shiki...
Cezra était déçue et agacée. Où est-ce que Nahdrim avait caché son imbécile de cousin ? Shiki n'était pas à la Tour du Jugement : elle y avait passé suffisamment de temps enfermée pour le savoir. Il n'était pas non plus au Palais du Crépuscule. Elle avait espéré qu'il ait été emmené ici et, maintenant, elle n'avait aucune piste à suivre.

- Nous le trouverons, tenta de la rassurer Ygaël.
Ils quittèrent leur poste d'observation, redescendant prudemment du mur d'enceinte.
- Tu veux toujours y aller ? demanda Cezra d'une moue peu convaincue.
- Oui, s'il y a la moindre chance que je trouve un indice là-bas...
La Twili haussa les épaules, mais claqua des doigts, activant sa magie. Aussitôt, Ygaël redevint un loup blanc sur lequel elle s'installa.
- Kss, kss, alors ne perdons pas de temps. Trop traîner dans le coin n'est pas bon pour nos abattis.
Ygaël obtempéra sans discuter. Il s'élança à pleine vitesse le long du mur détruit.

Il leur fallut un long moment pour atteindre leur destination. Ils durent jouer à cache-cache avec les Agents du Crépuscule qui patrouillaient dans l'ancienne citadelle. A croire qu'ils y avaient élu domicile pour veiller à ce que personne ne s'approche du château et de celui que leur maître souhaitait réveiller.
Ygaël eut bien du mal à retrouver la maison, ce qui n'arrangea pas le manque de patience de Cezra qui trouvait qu'ils prenaient des risques inutiles. La dernière fois que le Sheikah était venu ici, il avait à peine cinq ans. Il avait accompagné son père en visite. Eux vivaient loin d'ici depuis qu'Alric avait été remercié par le roi. Ils étaient partis vivre alors à Cocorico où Link et Neyria étaient nés. A l'époque, Ygaël n'avait pas compris les raisons de ce changement et le petit garçon s'était rapidement adapté à la vie du village, au milieu du peuple de sa mère, des cocottes et des moutons. En grandissant, des années après la guerre et la disparition de ses parents, il avait fini par comprendre que ce nouveau choix de vie n'en avait pas été un : pour une raison toujours inconnue de lui, son père avait été destitué de son poste de capitaine de la Garde Royale et exilé de la citadelle. Il avait longtemps pensé que c'était à cause de Link, pour protéger le porteur de la Triforce du Courage, mais ils étaient partis bien avant la naissance des jumeaux. Quand il avait commencé à l'interroger, Impa avait dit que c'était de l'histoire ancienne, qu'il ne fallait pas remuer le passé, mais Ygaël aurait préféré le contraire. Cela faisait partie de son histoire, de celle de ses parents.

Ils finirent par entrer dans une grande maison avec une cour intérieure. Sur le fronton du porche, le blason représentant un bouclier frappé d'un triangle était encore visible : le symbole de la famille d'Alric. Ygaël regarda l'intérieur de la cour pavée, essayant de raviver ses souvenirs d'enfant. Il était né dans cette demeure, y avait fait ses premiers pas. De la splendeur passée, il ne restait plus rien si ce n'était les murs de la maison qui avait vu naître plusieurs générations de chevaliers d'Hyrule. Les portes manquaient, arrachées de leurs gonds dans l'attaque, et le loup pénétra dans la maison, humant les odeurs et évitant les meubles brisés, les morceaux de poteries qui jonchaient le sol. Il lui sembla apercevoir des restes humains sous une armoire renversée, mais il ne s'en approcha pas. Cezra toujours sur son dos, il continua son exploration de la maison jusqu'à la salle avec la grande cheminée. Aussitôt, il lui sembla se rappeler les veillées au coin du feu, à écouter son père, son oncle ou son grand-père raconter une de ces histoires sur les Héros des temps anciens. Le loup leva la tête vers le manteau de la cheminée. Autrefois, bien en évidence, y trônait le trésor familial : le bouclier de leur ancêtre, celui qu'on disait impossible à briser, créé par la déesse Hylia pour le Héros toujours à ses côtés. Le petit garçon qu'il était alors avait toujours été émerveillé par ce bouclier des temps anciens. Comme tous les garçons de la famille depuis des générations, il avait rêvé être ce Héros, l'Elu de la Déesse, qui brandirait l'épée et le bouclier divin. Mais ces armes légendaires ne lui étaient pas destinées : elles étaient pour armer et protéger Link, pour qu'il puisse défaire la réincarnation du Banni et ramener la paix.

- Evidemment, il n'est pas là, souligna Cezra en lévitant jusqu'à la cheminée. Je te l'avais bien dit.
Ygaël lui fit un signe de la tête et elle lui rendit sa forme humaine.
- Ils l'ont mis à l'abri, forcément, répondit-il aussitôt. Seuls mes parents et ma grand-mère savaient pour Link...
- Et cette Leini, fit remarquer la Twili en croisant les jambes.
- Oui, et bien peut-être que mon grand-père ici le savait également. Mon père a dû mettre le bouclier en sécurité quelque part ou lui demander de le faire.
- Et qu'espères-tu trouver ici ? Ygaël, il n'y a que des ruines et des restes de cadavres. Tu crois vraiment que ton grand-père ou ton père ont pu laisser un indice dans cette maison ?

Mais le Sheikah ne l'écoutait plus. Il examinait la pièce avec attention, les restes de tentures ou de tableaux. Il continua avec ce qui subsistait de la bibliothèque. La plupart des livres étaient éparpillés au sol, mais tous avaient pris l'eau ou l'humidité. L'endroit sentait le moisi en plus du reste et Cezra fronça le nez. Elle le laissa faire, comprenant bien qu'elle n'aurait pas gain de cause. Pour la peine, elle le retransforma en loup et pour tromper son ennui, alla visiter le reste de la demeure, surveillant toujours qu'aucun ennemi n'ait la bonne idée de venir traîner par ici. Quand elle revint près de lui, elle le trouva en train de gratter la plaque en fer qui tapissait le fond de la cheminée.

- T'as trouvé un rat bien dodu à te mettre sous la dent, kss, kss ? fit-elle en s'allongeant sur son dos, posant ses bras croisés sur la tête du loup.
Il éternua, le nez plein de poussière et de toiles d'araignée, et gratta la plaque avec insistance. Cezra se rapprocha et lui jeta un coup d'oeil.
- Tu as senti un truc ?
Elle passa sa main sur la plaque de métal et ses contours pour sentir un très mince filet d'air.
- Très bien, pousse-toi un peu. Mais je fais ça uniquement pour te faire plaisir. Il n'y a sûrement que des rats derrière ce truc.

Elle se plaça devant la plaque et utilisa sa magie dessus pour tenter de la faire bouger. Elle dut s'y reprendre à plusieurs fois pour la desceller complètement bien que le mortier se fût effrité avec le temps et les intempéries. Quand elle écarta la plaque de cheminée, elle recula dans un petit cri, lâchant tout pour aller se réfugier sur Ygaël alors qu'une famille de rats paniqués sortait de là.
- Je n'aime pas ces bestioles ! Chasse-les !

Ygaël rit intérieurement à l'entendre se plaindre. Il n'aurait jamais cru que Cezra pouvait avoir peur de simples rongeurs qui, d'ailleurs, étaient bien plus terrifiés par elle et un loup qu'elle l'était par eux. Il grogna pour les faire déguerpir plus vite qu'ils ne le faisaient déjà, puis revint à la cheminée. Derrière la plaque, se trouvait un trou juste assez grand pour qu'il s'y faufile en rampant. Cezra le laissa faire le premier, le suppliant de se débarrasser des rats s'il en restait dans l'obscurité, puis vint le rejoindre. La vision nocturne du loup permit à Ygaël de découvrir que la cachette n'était pas très grande, mais bien remplie. La famille d'Alric y avait dissimulé des objets de valeurs en prévision de l'attaque.

- Kss, kss, ça me va bien ?
Cezra avait trouvé un collier de perles qu'elle avait mis à son cou, jouant avec entre ses doigts. Sur la tête, elle s'était collé un diadème d'argent décoré d'une jolie topaze. Ygaël leva les yeux au ciel en la voyant minauder ainsi parée.
- Quoi ? Tu ne me trouves pas jolie comme ça ? s'amusa la Twili en venant entourer son cou de ses bras.
Elle lui rendit sa forme humaine sans qu'il le demande et il manqua se cogner la tête au plafond.
- Tu aimes les bijoux, toi ?
- Ygaël... Tu ne connais vraiment rien aux femmes...
- Celles que je fréquente d'habitude préfèrent les armes aux bijoux, répondit-il en haussant les épaules.
- Oh, mais je ne suis pas contre une bonne dague si tu m'en trouves une.

Mais, à nouveau, le jeune homme ne l'écoutait plus. Il était agenouillé devant un coffre étrange fait de métal. Rectangulaire, il possédait une serrure comme il n'en avait jamais vue. Ronde et large, elle brillait d'une lueur bleutée qui lui rappela celle de la pierre magique qui avait rechargé les pouvoirs du cristal d'ombre.
- Mmm... C'est très ancien, ça, murmura Cezra en retrouvant son sérieux.
Elle s'approcha du coffre à son tour et l'examina sous toutes les coutures. Un oeil sheikah était dessiné sur le couvercle.
- Comment l'ouvrir ? Je ne vois pas comment on pourrait mettre une clé, fit Ygaël, perplexe.
- Parce qu'il n'y en a pas. C'est de la technologie sheikah très ancienne, ou twili... Ou un mélange des deux...

Elle attrapa la main d'Ygaël et la colla à l'endroit où brillait la lueur bleue. Aussitôt, il y eut un déclic et la serrure tourna, la lumière s'éteignit et le couvercle s'ouvrit. Le Sheikah crut entendre une petite musique à ce moment précis, mais comme c'était très lointain, il se dit qu'il avait dû rêver.
- Cezra... On a réussi ! On l'a trouvé !
Triomphant, Ygaël sortit du coffre le bouclier hylien, bien emballé dans ce qu'il reconnut être le manteau de chevalier de la Garde Royale. Peut-être celui de son père ou de son grand-père. Il passa la main dessus, soulagé et heureux de l'avoir trouvé.
- Ton ancêtre l'avait quand il combattait aux côtés de Midona ?
- Si on croit les histoires, oui. Le Héros du Temps l'avait également, plusieurs générations avant, mais il a été perdu jusqu'à ce que le Link que ton ancêtre a connu le retrouve.
Le visage d'Ygaël s'était éclairé comme celui d'un petit garçon. Cezra trouva touchant de voir l'espoir qui envahissait ses yeux rouges. Elle esquissa un sourire et se colla contre lui comme à son habitude.
- Ton frère a intérêt à ne pas être trop loin. On ne va pas trimballer ce machin pendant des jours...
Ygaël secoua légèrement la tête, amusé par le ton qu'elle venait de prendre.
- Parce que tu ne peux pas le ranger magiquement comme tu fais avec ma nouvelle épée ? se moqua-t-il gentiment.
- Bien sûr que si, mais tu crois quoi ? Que je tiens une consigne ?
- Ça t'irait pourtant bien.
Elle leva les yeux au ciel et s'écarta pour sortir de la cachette secrète.

- Cezra ?
A l'appel de son prénom, la Twili se retourna pour voir Ygaël lui tendre une dague qu'il tenait par le fourreau, lui présentant la garde. C'était une arme de très belle facture, décorée du sceau d'Hyrule.
- Je crois que ça t'ira mieux que ces perles.
Elle s'empara de la dague avec une joie non dissimulée. Elle la sortit du fourreau pour observer la beauté de la lame parfaitement aiguisée et la soupesa un instant. Elle donna quelques coups dans le vide, satisfaite.
- Tu sais parler aux femmes, toi, finalement, fit-elle en rangeant la dague à sa ceinture.
Elle vola jusqu'à Ygaël et déposa un baiser sur sa joue.
- Mais je vais quand même garder le diadème.
- Si tu veux, oui.
Ils échangèrent un regard complice, puis Ygaël redevint loup. Cezra projeta sa magie sur le précieux bouclier pour le faire disparaître. Elle reprit sa place sur le dos de son compagnon : il était plus que temps de quitter la citadelle.

Chapitre 16 : Le chemin des Bois Perdus   up

Leur carte étant devenue quasiment illisible à la suite du plongeon forcé dans l'eau glacée, Link, Neyria et Ralis avaient décidé de remonter le cours de la rivière en espérant retrouver Nim et Taël. Par chance, ils tombèrent rapidement sur un ancien pont de bois dont il ne restait que les piliers et quelques planches pourries par le temps. Des gazouillis familiers leur firent lever la tête alors qu'ils le traversaient.

- Nim ?
- Taël ?
Les deux petites flammes-nuit les accueillirent en tournant sur elles-mêmes et en gazouillant de plus belle. Elles sautèrent du haut d'une branche pour atterrir dans les bras de Link et Neyria.
- On a bien cru ne plus vous revoir, fit le jeune homme en serrant son amie contre lui.

Nim se frotta contre lui avec affection. Grâce aux souvenirs que Neyria gardait de leur itinéraire, ils franchirent la rivière et continuèrent sur le sentier. Par manque de passage régulier et d'entretien, il était envahi par les fougères, mais encore praticable. Le jour déclinait, plongeant la forêt de Firone dans une obscurité qui ne cessait de s'épaissir. Epuisé, Link ne disait rien, mais son bras recommençait à être douloureux. Dark Link n'avait plus prononcé le moindre mot depuis le bain dans la rivière, mais il était persuadé que ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne réapparaisse.

- Je crois que voilà Toal.
Ralis désignait les vestiges d'un portail depuis longtemps disloqué. L'inscription autrefois peinte en rouge était presque totalement effacée et on ne pouvait plus que deviner le contour de quelques lettres et celui de trois triangles jaunes en dessous.
- La Triforce ? demanda Link, intrigué.
- Il y a une légende qui parle d'un de nos ancêtres venu de Toal, approuva Neyria. Je ne pensais pas que le village existait vraiment.

Toal avait dû être abandonné depuis des décennies, si ce n'était pas des siècles. La végétation avait repris ses droits : les maisons de bois s'étaient complètement effondrées, les bosquets de fougères avaient englouti toute trace d'occupation humaine. Ils visitèrent brièvement une ou deux habitations creusées à l'époque dans les souches des arbres géants de Firone, mais tout ce qui subsistait encore se cantonnait à des pots brisés ou des morceaux de métal rouillés.

Suivant les instructions d'Impa, ils ne traînèrent dans les parages que le temps pour Ralis de pêcher quelques poissons dans le petit lac, et reprirent leur route vers le nord. Aucun des trois n'avait de toute façon envie de passer la nuit dans cet endroit sinistre. L'ancien pont suspendu dont avait parlé Impa n'était guère éloigné du village. Avec d'infinies précautions, ils le traversèrent priant pour que les cordes usées et les planches pourries par le temps supportent leur poids. Un peu à l'écart du sentier, la source sacrée était cachée derrière un mur de terre et de végétation qui lui faisait comme un cocon protecteur. Une succession de petites cascades alimentait un plan d'eau peu profond où poussaient des plantes aquatiques aux fleurs blanches magnifiques. Sur la rive, de nombreuses fleurs qu'aucun des trois amis ne connaissait poussaient à profusion. Ici, l'atmosphère était différente de tout Hyrule. Il n'y avait pas de malice dans l'air, ni d'oppression. Ils se sentaient en parfaite sécurité.

- Je crois qu'on a trouvé où nous poser pour la nuit, fit Ralis en posant ses poissons au sol.

Le frère et la soeur approuvèrent et le campement fut établi. Cette fois, ils ne craignirent pas d'allumer un feu et ils prirent plaisir à déguster leurs poissons grillés tout en admirant le ballet des lucioles au-dessus de l'eau.

* * *

Zelda était assise sur son siège, à la droite de ses parents, le dos droit et les mains posées sur les cuisses. La salle du trône était pleine à craquer, comme si toute la Citadelle s'était pressée jusqu'ici pour assister à la cérémonie. La vérité était qu'il y avait encore plus de monde dans les rues et sur le chemin d'accès du château pour applaudir les délégations. Aujourd'hui, on célébrait l'union d'Hyrule encore une fois. Aujourd'hui, cela faisait cinq ans qu'elle avait fait la connaissance du prince des Gerudos.

Les ambassadeurs piafs saluèrent le roi et toute sa famille et les cadeaux qu'ils apportaient furent emmenés un peu plus loin par des soldats hyliens. Les Zoras et les Gorons avaient déjà été reçus et il ne restait plus que les Gerudos. Leur délégation s'avança et Zelda sentit son coeur faire un bond dans sa poitrine en voyant Ganondorf. Cela faisait des mois qu'ils ne s'étaient vus, chacun pris par ses obligations respectives. Néanmoins, ils correspondaient toujours plus régulièrement. Là encore, il l'avait surprise par ses lettres qu'elle connaissait presque toutes par coeur à force de les relire. Le prince s'arrêta devant la famille royale pour les saluer avec respect. Quand il se redressa, il jeta un coup d'oeil à Zelda et elle dut faire appel à tout son sang-froid pour ne pas sourire comme une idiote. Elle le détailla des pieds à la tête, comme si elle s'attendait à le trouver changé en quelques mois, mais il était toujours le même colosse à la peau dorée par le soleil et aux cheveux flamboyants. Pour l'occasion, sa chevelure était prise dans un ornement d'or et de saphirs, la tirant en arrière de manière à dégager son visage et à s'étaler sur ses épaules. Zelda nota immédiatement qu'il portait un anneau de jade à l'oreille droite, ce qui était nouveau.

Après avoir renouvelé le serment d'alliance entre son peuple et celui d'Hyrule, il présenta les cadeaux que sa mère, la cheffe des Gerudos, offrait au roi et à sa famille. A la clôture des festivités, ce serait au tour du roi de remettre ses présents aux peuples amis. Le roi sonna ensuite la fin de la cérémonie par un discours que Zelda n'écouta que d'une oreille. Sa mère sentit son impatience et posa sa main sur la sienne pour la tempérer. La jeune femme se sentit légèrement rougir à ce rappel à l'ordre silencieux, mais cela ne l'empêcha nullement de dévorer Ganondorf des yeux. Elle le rejoignit dès le moment où elle le fut autorisée par le protocole.

- Tu ne pourras décidemment jamais t'empêcher de vouloir toute l'attention pour toi, s'amusa-t-elle en gardant ses distances malgré l'envie qu'elle avait de se jeter à son cou.
- Ne me reproche pas quelque chose qui est un don naturel chez moi, répondit-il sur le même ton.
Elle se sentit rougir à nouveau alors qu'il posait son regard d'ambre sur elle. Tout avait changé entre eux depuis ces deux dernières années. Depuis qu'elle avait fui le château, anéantie par la vérité sur Alric et Leida. Qui aurait cru qu'un jour, son coeur battrait pour le prince des Gerudos ? Pas elle en tous cas.
- Tu es très en beauté, ma princesse, fit-il avec un sourire qui trahissait combien, lui aussi, avait hâte que les mondanités prennent fin pour se retrouver enfin seul avec elle.
- J'espère que toutes les lettres que tu as adressées à ma soeur n'ont pas ramolli ton bras, mon ami, intervint Gustav en se plantant à côté d'eux.
Les deux amis se saluèrent d'une accolade virile. Les années avaient continué à renforcer leur amitié et si, aujourd'hui, leur rivalité ne se comptait plus dans le lit des femmes, elle s'affirmait toujours sur le terrain d'entraînement.
- Tu n'as pas plus de chance de remporter le tournoi cette année qu'il y a cinq ans, répliqua Ganondorf. Oh, attendez, j'ai quelqu'un à vous présenter.

Le Gerudo se tourna en direction d'un groupe de femmes de son peuple et fit signe à l'une d'entre elles d'approcher. Comme toutes les femmes du désert, celle qui se présenta était grande et bâtie pour le combat. Vêtue d'une tenue différente des soldates, elle était pourvue d'atouts que ne manqua pas de remarquer aussitôt Gustav qui trouvait déjà ses traits fortement à son goût.

- Mes amis, voici Métaké.
La Gerudo s'inclina selon la coutume de son peuple. Elle sourit ensuite à la princesse et à son frère. Zelda trouvait qu'il se dégageait de Métaké une assurance similaire à celle que possédait Ganondorf et cela l'intimida un peu malgré elle.
- Métaké est la conseillère de ma mère. Elle est en charge du Temple de l'Esprit depuis peu.
- Et je suis très honorée que notre cheffe m'ait chargée de cette tâche, répondit la Gerudo d'une voix un peu basse.
Ganondorf hocha la tête et lui adressa un sourire amical.
- Je pense que tu t'entendras bien avec elle, reprit-il à l'adresse de Gustav.
- Notre prince m'a dit que vous étiez très intéressé par l'histoire d'Hyrule et de nos cinq peuples, dit-elle en jouant avec une mèche de ses cheveux étonnamment blancs pour une femme à peine plus âgée que le frère de Zelda.
- En effet, très chère.
- Il passe sa vie dans la bibliothèque dès qu'il le peut, répondit Zelda qui se sentait bizarrement exclue de la conversation.
- Alors, si Son Altesse le permet, je pourrais lui conter les légendes les plus anciennes de notre peuple. Elles vous intéresseront sûrement.

Ganondorf poussa Gustav à emmener Métaké discuter plus loin. Zelda regarda la Gerudo pendue au bras de son frère qui faisait si petit en comparaison. Elle les trouvait bizarrement assortis, mais surtout, il y avait quelque chose chez cette femme qui l'intriguait : était-ce de la magie qu'elle avait sentie en sa présence ?

* * *

Le spectacle de la source sacrée ne cessait d'émerveiller Link, Neyria et Ralis. Ici, la Lumière régnait totalement. Il n'y avait pas de Crépuscule. Les couleurs étaient celles que Link avait toujours connues sur l'île du Levant. Elles n'étaient pas altérées par celle du Crépuscule imposé par la magie de Ganon. Neyria était longtemps restée en admiration devant les pétales aux couleurs vives, aussi émue que Ralis. Link prit conscience qu'aucun des deux ne se souvenait de comment était Hyrule avant que la princesse Zelda ne scelle le pays de sa barrière magique. L'un comme l'autre étaient trop jeunes et depuis, ils avaient vécu dans cette lumière crépusculaire à l'atmosphère pervertie.

Link avait bien dormi cette nuit et la Lumière de la source avait apaisé ses douleurs. Quand il avait fait un brin de toilette, il avait remarqué que le noir à son bras était plus pâle, tirant vers le gris. Neyria avait alors tenté de l'en débarrasser, pensant que l'eau de la source sacrée l'y aiderait. Malheureusement, cela n'avait pas fonctionné. Ce fut avec regret qu'ils quittèrent la source et sa Lumière pour continuer vers le nord. D'après les dires d'Impa, l'entrée des Bois Perdus n'était plus très loin. La Sheikah n'avait pas menti. A peine une heure après leur départ, des langues de brouillard apparurent au sol, leur léchant les pieds. Ils étaient maintenant dans une partie plus ancienne de la forêt de Firone et évoluaient au milieu d'arbres gigantesques. Le plus petit d'entre eux aurait nécessité une dizaine de personnes pour faire le tour du tronc. Ils avancèrent avec plus de précaution. Plus d'une fois, Link eut la désagréable impression d'être suivi ou observé, mais à chaque fois qu'il se retournait ou observait les environs, il ne voyait rien de suspect. Cela le rendait de plus en plus nerveux, même alors que les flammes-nuit ne réagissaient à aucune menace.

- Je crois qu'on y est... souffla Neyria alors qu'ils arrivaient devant la souche la plus énorme qu'ils aient jamais vue.

Elle était si haute et si large, et le tronc au sol si long et grand qu'ils étaient incapables de voir ce qui se cachait derrière. Ils entrèrent à l'intérieur de la souche creuse. Aussitôt, des torches plantées dans le sol s'allumèrent, les prenant par surprise. Ils se regardèrent tous les trois, perplexes, mais Nim et Taël ne semblèrent pas trouver cela étrange ou dangereux. Elles sautèrent des épaules de leurs amis pour avancer les premières.

- Qu'est-ce que c'est que ça ?
Au fond de la souche se trouvait un grand cube, haut comme deux hommes, taillé dans une roche bleue. Les faces étaient gravées de dessins familiers aux jumeaux.
- Ce cube ressemble à celui qu'il y avait au domaine zora, dit Ralis en approchant de la pierre.
Il regarda Link pour lui expliquer :
- C'était la cité de mon peuple avant la guerre. Elle est encore debout, mais inhabitable à cause du poison qui coule dans nos rivières. Je me souviens qu'il y avait un cube similaire près de la salle du trône.
- Et tu sais à quoi il sert ? ou ce que ces gravures signifient ?
- Là, c'est l'emblème de la famille royale d'Hyrule, répondit Neyria en désignant le dessin.
- Et là, on retrouve la Triforce, ajouta Ralis.
- Qu'est-ce qu'a dit Impa, déjà ? murmura Link pour lui-même, réfléchissant aux paroles de sa grand-mère. Ah oui, qu'il nous faut un chant sacré pour ouvrir le chemin.
Neyria avait fouillé dans son sac pour en sortir son ocarina.
- Une idée duquel ? Elle m'en a appris plusieurs.
- Tu n'as plus qu'à tous les jouer, fit le Zora en haussant les épaules.
Les flammes-nuit s'agitèrent comme pour dire quelque chose.
- Le Chant du Temps ? demanda Neyria.
Taël secoua la tête. Nim commença à gazouiller et sa soeur de feu bleu l'imita aussitôt. Neyria les écouta attentivement.
- Mais... c'est une berceuse, ça, pas un chant sacré...
Les deux petites créatures sautillèrent sur place pour l'inciter à jouer.
- Je crois que tu n'as pas trop le choix, s'amusa Ralis.
- C'est quoi cette berceuse ? demanda son frère.
- Celle de la princesse Zelda. Impa a été sa nourrice quand elle n'était qu'une enfant et elle lui chantait ce morceau, répondit Neyria.

La jeune fille ferma les yeux et mit l'ocarina à sa bouche. Elle joua les six notes du début, aussitôt reprises par les flammes-nuit. Devant les yeux ébahis de ses compagnons, le cube s'illumina d'une lueur bleue d'abord très pâle, puis de plus en plus intense, avant de disparaître, leur laissant l'accès à un nouveau passage.

- Et bien, visiblement, c'est plus qu'une berceuse, fit remarquer Neyria en rangeant son ocarina.

Ils n'attendirent pas une seconde de plus pour prendre le tunnel creusé dans le tronc de l'arbre mort. Ils débouchèrent dans une sorte de clairière d'où partaient plusieurs passages dans des troncs couchés. Le brouillard était devenu plus dense, rendant la visibilité très compliquée.

- Et maintenant ?

Le son d'une flûte étrange résonna dans la brume, suivi d'un rire enfantin qui sembla familier à Link. Une silhouette se dessina dans le brouillard alors que la flûte reprenait sa musique, puis encore le rire. Ralis, Link et Neyria se mirent sur leurs gardes, prêts à se battre si nécessaire. Il fallut que la créature approche très près pour qu'ils puissent enfin voir à qui ils avaient affaire : un lutin aux vêtements de feuilles, coiffé d'un chapeau pointu en cuir usé, se balançait d'un pied sur l'autre en s'arrêtant devant eux. Il ressemblait en tous points à celui que Link avait sauvé des Skulltulas. Sans attendre, il souffla dans sa flûte et ils crurent voir des feuilles en sortir avant de disparaître comme par magie. Une lanterne apparut dans sa main libre et il se mit à courir dans la brume en riant.

- Rattrapons-le !

Link fut le premier à courir. Il se souvint du reste des paroles d'Impa : "De l'Elu, l'Enfant Maudit les pas guidera." Il ne fallait surtout pas qu'ils perdent de vue le lutin s'ils voulaient atteindre l'Epée de Légende.

Chapitre 17 : Le Prince des Ombres   up

Link courait à la poursuite du Skullkid et de sa lanterne. Le lutin l'entraînait à travers les brumes des Bois Perdus, entrant dans des troncs renversés au sol depuis une éternité, traversant de petites clairières ou des bosquets touffus. Quand le jeune homme approchait de trop près, il soufflait dans sa flûte avant de rire, créant un tourbillon de feuilles pour perturber son poursuivant. Plus d'une fois, Link crut l'avoir perdu, mais grâce à Nim accrochée sur son épaule, il retrouvait toujours sa trace. Ce manège dura un temps indéfinissable, la brume n'aidant vraiment pas à se repérer. Le Skullkid finit par s'arrêter dans une impasse.

- On le tient.

Link se rendit alors compte qu'il était seul. Il eut beau regarder derrière lui, il n'y avait plus aucune trace de Neyria, Ralis ou même Taël. Il les avait perdus pendant la poursuite ! Il devait choisir : retourner en arrière les chercher ou attraper le lutin qui l'avait amené jusqu'ici. Il se décida pour la seconde option. Autant finir ce qu'il avait commencé, il retrouverait sa soeur et leur ami ensuite.
- Je cherche l'Epée de Légende, dit-il au lutin.
Celui-ci lui répondit de son rire étrange. Il avait posé sa lanterne au sol et rangé sa flûte dans ses vêtements de feuilles et d'écorce.
- Impa a dit que tu devais me guider jusqu'à elle.

L'autre rit encore. Il pencha la tête d'un côté, de l'autre, puis ressortit sa flûte. Mais alors qu'il allait souffler dedans, une petite ombre tomba de l'arbre au-dessus d'eux pour venir à sa rencontre. Le nouveau Skullkid était plus petit et ne portait pas de chapeau pour cacher sa tête ronde à la peau d'écorce sombre. Il avançait avec des gestes un peu raides, comme une marionnette.

- Mais... je te connais, toi, fit Link, en reconnaissant celui qu'il avait sauvé des Skulltulas.

Le petit Skullkid se retourna vers lui et lui fit un petit signe de la main. Il se tourna ensuite vers son congénère pour lui parler. Link ne put comprendre un traître mot de leur conversation qui se résuma pour lui à des sifflements et des couinements. Le plus grand finit par écarter le petit et souffla un grand coup de sa flûte en direction de Link qui se protégea les yeux de son bras droit. A peine le vent l'avait-il atteint qu'il sentit le symbole de la Triforce apparaître sur le dos de sa main. Le Skullkid rit à nouveau, le salua d'un coup de chapeau et sauta en l'air pour disparaître dans un tourbillon.

- Et maintenant ? Je suis censé faire quoi ? hurla-t-il en espérant que son guide allait revenir.
Le Skullkid qu'il avait sauvé tira sur sa tunique pour attirer son attention et lui désigna le cul de sac. L'illusion qui fermait le passage secret s'évanouit et Link vit apparaître un nouveau tronc d'arbre couché.
- C'est la sortie ?
Le Skullkid hocha la tête et avança en tirant Link par sa tunique. Il sautilla sur place pour lui désigner le passage.
- Merci beaucoup, fit le jeune homme en posant sa main sur l'épaule du lutin. Tu sais où sont mes amis ?
Le Skullkid hocha la tête encore une fois et lui fit un signe de la main pour lui dire qu'ils allaient bien. Il lui montra à nouveau fois le passage.
- D'accord, j'y vais alors.

Le Skullkid l'accompagna jusqu'à l'entrée, mais alors que Link allait poser le pied dans le passage, un bruit étrange naquit au-dessus de leur tête et un tourbillon noir aux contours veinés de vert se dessina dans le ciel. Aussitôt, Link sentit son bras lui faire atrocement mal. Trois formes sombres furent expulsées du passage pour atterrir autour du jeune homme, effrayant le Skullkid qui disparut dans un cri de terreur.

- Des Ecorcheurs...

Link n'en avait jamais affrontés seul, et encore moins trois spécimens aussi grands. Il sursauta quand des piliers magiques noirs et rouges se plantèrent dans le sol, créant une barrière infranchissable. Nim ne perdit pas de temps et bondit au sol, tournant sur elle-même pour créer des doubles et ainsi protéger Link qui tirait son épée. La Triforce brillait toujours sur le dos de sa main et cela lui donna du courage pour affronter le combat qui s'annonçait âpre.

* * *

Link était allongé sur des dalles en pierre dans quelques centimètres d'eau. Le plafond - s'il y en avait un - se perdait très loin au-dessus de lui dans les ténèbres. Tout autour de lui régnait le silence. Link se leva, incapable de se souvenir comment il avait atterri là. Etrangement, l'eau dans laquelle il s'était réveillé ne l'avait pas mouillé. Il regarda autour de lui. Les lieux lui rappelaient ceux qu'il avait vus quelques temps plus tôt, quand l'esprit de Zelda avait repoussé Dark Link et les ténèbres la première fois. Il n'y avait aucun mur, aucune délimitation en dehors du sol et d'une immense paroi d'eau qui semblait couler du plafond. Aucune lampe ni fenêtre non plus, mais il n'était toutefois pas plongé dans le noir. Loin devant lui, quelque chose brillait d'une belle et chaude lumière. Il finit par distinguer un arbre fait de lumière d'or. Il avait poussé au milieu d'un champ de ruines, soulevant d'imposantes dalles de pierre. Instantanément, Link sut qu'il était face aux vestiges de la salle du trône du château d'Hyrule. Il en reconnaissait les hautes voûtes qu'il avait vues en rêve, avant que son destin ne bascule sur l'île du Levant. Quant à l'arbre, il n'y avait aucun doute : c'était là que l'attendait la princesse Zelda. Ce qui était vraiment bizarre, c'était que toute cette scène semblait posée dans la pièce comme l'aurait été un décor de théâtre.
Link avança donc dans cette direction, accompagné par le bruit de l'eau sous ses bottes. Il marchait le long de la cascade silencieuse qui reflétait sa silhouette. Sans trop savoir pourquoi, il tendit la main vers l'eau et la toucha du bout des doigts. Elle était tiède, agréable, et encore une fois, ne le mouillait pas du tout. Soudain, il lui sembla percevoir du mouvement derrière le rideau liquide et recula un peu pour avoir un meilleur aperçu.

- Mais...

Dans les replis de la cascade apparaissaient des images, certaines durant plus que d'autres. Il reconnut Zelda, ses parents, son frère, Ganondorf, parfois dans des lieux qu'il avait déjà vus en rêve, parfois dans des scènes encore inconnues de lui.

- Hé, mais c'est Ygaël !
Il se sentit sourire en apercevant son frère aîné sous les traits d'un bambin aux joues rebondies jouant aux pieds de leur mère.
- Encore des souvenirs, réalisa-t-il en parcourant du regard toutes ces images qui apparaissaient et disparaissaient.

Il tendit la main vers le visage de sa mère, touchant sa joue. Une part de lui regrettait tant de ne jamais connaître celle qui lui avait donné la vie. Une autre n'était pas sûre de ne pas faire souffrir la femme qui l'avait élevé et qu'il avait toujours appelé "maman" en essayant d'en savoir plus sur Leida. Les mêmes sentiments partagés se bousculèrent en lui quand il vit apparaître Alric brièvement. Encore une fois, il tendit la main vers l'image et son reflet fit de même. Mais au moment où le doigt de Link allait toucher l'eau, une main complètement noire creva le rideau liquide pour attraper la sienne.

- Qu'est-ce qui m'a donné un imbécile pareil ? Tu as tant envie de crever que ça ?

La main de Link était enserrée dans une poigne de fer. Devant ses yeux ébahis, il fut repoussé en arrière alors que Dark Link sortait de derrière la cascade. Link eut la désagréable impression de se retrouver face à son reflet en négatif. Même la couleur de leurs bras gauches était inversée : noire sous l'infection pour lui, de la peau humaine pour l'autre.

- Dark Link...
- Non, la Grande Fée, se moqua l'autre. Et puis, c'est quoi ce nom débile ? Je ne suis pas ton double.
- Et qui es-tu alors ?
Dark Link soupira, l'air blasé de celui qui capitule devant tant d'ignorance et de stupidité. Du plat des deux mains, il se frappa le torse.
- Par le Crépuscule, cesse d'imaginer que je te ressemble ! Mais c'est pas possible d'être aussi crétin...
- Arrête de me traiter de crétin !
- Oh... tu te rebiffes... imbécile ?
Dark Link aperçut de la colère dans les yeux de son vis-à-vis et cela sembla lui plaire.
- Je suis sûr qu'en fait, tu es bien content d'être là. Ça t'évite de te battre. Lâche.
Link n'en supporta pas davantage et se jeta sur l'autre pour le prendre par le col. Son double s'esclaffa.
- Quoi ? C'est faux peut-être ? Mais tu sais ce qui va arriver ? Ta soeur et la poiscaille vont se faire tuer en tentant de te sauver. Et toi, tu vas crever parce que tu n'auras pas eu le cran de te battre !
L'esprit de Link fut soudain assailli par une image, celle des trois Ecorcheurs se jetant sur lui avec une vitesse incroyable.
- Te souviens-tu maintenant ?

Link relâcha l'autre alors qu'un second flash lui montrait le combat qui venait de se dérouler. Il avait donné des coups, avait réussi à se défaire d'un adversaire, puis, grâce à Nim, d'un second. Mais le troisième avait hurlé pour ressusciter ses camarades sous ses yeux horrifiés. Puis, il avait pris un coup plus fort et l'un des Ecorcheurs l'avait attrapé par le cou pour l'étrangler.

- Tu ne peux pas battre les Agents du Crépuscule, lui dit Dark Link en remettant son col en place.
- Il faut que je me réveille... que je...
- Tu m'écoutes ? Tu n'es pas assez fort pour contrer leur magie.
- Et tu vas me dire que toi, oui ? s'emporta Link.
- Bien entendu.
Dark Link fit une révérence en écartant les bras et sourit avec ironie à Link.
- Je suis le Prince des Ombres, Link. Ils ne peuvent que plier devant moi et mes pouvoirs.
- C'est ça. Tu prends possession de mon corps et...
Link s'étrangla soudain. Des marques de strangulations apparurent sur son cou et il lui était difficile de respirer.
- On va mourir, triple andouille ! J'ai pas envie de crever tant que je suis lié à toi, fit Dark Link avec une note de panique dans la voix.
Link tomba à genoux, essayant de délivrer son cou des griffes invisibles qui l'étranglaient.
- Tu as besoin de moi, Link, et moi, j'ai besoin de ton corps pour retrouver le mien et récupérer ce qui m'appartient. Il faut te décider. Accepte que je prenne ta place, sinon on meurt tous les deux.

Link hésitait encore, mais il sentait que ce n'était qu'une question de secondes avant que l'Ecorcheur ne le tue. Il leva les yeux vers son double. Le regard qu'ils échangèrent valait bien une promesse. Link hocha la tête.

- A moi de jouer, fit Dark Link avec un sourire de satisfaction cruelle.

Link sentit sa conscience se déliter. Mais avant de sombrer dans le néant, il vit l'autre perdre son apparence de Dark Link pour laisser la place à un jeune homme plus âgé que lui de quelques années, à la peau bleue et noire et aux cheveux roux orangé. Celui-ci frappa dans ses mains et disparut en poussière.

* * *

- Link ! Link !

Neyria déboula dans la clairière en courant suivie de Ralis. Elle tentait de le dissimuler de son mieux, mais elle s'était laissée gagner par la panique en voyant disparaître son frère dans les brumes et en constatant qu'ils s'étaient perdus de vue. Elle se stoppa brusquement devant le spectacle qui les attendait. Coincé derrière une barrière magique, son frère lui tournait le dos, entouré par trois Ecorcheurs comme elle n'en avait jamais vus. Ils n'eurent pas le temps de sortir leurs armes pour venir à son secours qu'ils virent Link lever les bras devant lui. Il ferma les poings et une déflagration de pouvoir atteint les Ecorcheurs brutalement, les figeant dans un filet magique. La suite fut rapide. Link claqua des doigts et fit apparaître une large épée à la lame noire luisant d'une lueur rougeâtre. Dans une attaque circulaire, il abattit les trois monstres d'un coup. Les créatures s'effondrèrent au sol dans un bel ensemble. Leurs corps se décomposèrent en particules noires en même temps que les piliers créant la barrière magique. Le tout réintégra le portail qui resta ouvert dans le ciel au-dessus d'eux.

- Vous en avez mis du temps.

Neyria et Ralis tirèrent leurs armes alors que Dark Link leur faisait face. Ils se précipitèrent vers lui, bien décidés à l'immobiliser, mais le jeune homme sauta dans un bond sur le sommet du tronc au bout duquel se trouvait la sortie des Bois Perdus, hors de leur portée.

- Où est Link ? Libère-le ! cria Neyria.
- Lui et moi avons fait un marché. Ne t'en fais pas, il va bien et tu le retrouveras bientôt.
- Mais qui es-tu à la fin ? demanda Ralis.
- Enfin une question pertinente ! soupira l'autre avec un soulagement exagéré.
Il s'inclina, la main droite sur la poitrine.
- Mon nom est Shiki. Je suis le prince des Ombres et du Crépuscule, mais vous pouvez m'appelez Votre Altesse.

Ralis et Neyria échangèrent un regard perplexe. Qu'est-ce que signifiait encore cette histoire ?

chapitres suivants...

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Nesumi". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

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