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La course du Temps

Ecrit par Lyra Wainwright

Prologue   up

Horreur.
Souffrance.
Douleur.
Tels étaient les mots qui caractérisaient son état d'esprit.

Il y avait un homme, debout au milieu de rien. Sa silhouette était maigre, rachitique, comme s'il n'avait rien mangé depuis des jours et qu'il ne lui restait que la peau sur les os. Son teint était d'une pâleur inquiétante, presque fantomatique. Ses yeux rouges étaient creusés de cernes immenses, et son allure était celle d'une personne malade. Son visage était camouflé par une capuche sombre, couleur de nuit et couleur de sang. Elle tombait sur ses épaules, masquait le reste de son corps à peine recouvert de vêtements qui n'étaient que lambeaux. Lambeaux de poussière, lambeaux de chair. Du peu que l'on distinguait de son expression, on y voyait de la détresse. Une détresse silencieuse, une lutte muette contre un ennemi invisible. L'homme tentait de tenir le cap, de rester debout. De ne pas s'effondrer au moindre pas, malgré la douleur qui irradiait son corps chaque fois qu'il mettait un pied devant l'autre. Où était-il ? Que faisait-il ? Qui était-il ? Que voulait-il ?

Il ne savait pas.

Ses mains tâtaient le vide comme s'il cherchait à agripper quelque chose d'insaisissable. Le vent serpentait entre ses doigts, venait lui gifler les joues et chaque coup était une douleur de plus à supporter, à encaisser pour ne pas chuter. On aurait cru qu'il cherchait ses repères. Parfois, il clignait des paupières comme s'il cherchait à accommoder ses yeux à la lumière. Mais quelle lumière ? Tout était sombre autour de lui. Il distinguait à peine les formes, les ombres. Était-il dans la nuit ou dans le noir ? Y'avait-il des arbres, des montagnes, des dunes ? Était-il perdu au coeur d'une forêt ou avalé par un immense désert de sable ? Y'avait-il de la chaleur, faisait-il froid ?

Il ne savait pas.

Il savait juste qu'il errait. Seul. Seul, sans personne sur qui compter, sans aucune chose sur laquelle s'appuyer. Est-ce que ça avait de l'importance pour lui ? Il ne savait pas. Il ne savait rien et il savait tout à la fois. Il savait qu'on allait bientôt le trouver et le sortir de là, qu'on le nourrirait, qu'on soignerait ses blessures. Il savait qu'on allait lui donner de l'importance, en bien comme en mal, ça il n'en avait aucune idée. Et il savait qu'un jour ou l'autre on le verrait, on le reconnaîtrait et on l'admirerait, ou alors on le craindrait. Deviendrait-il un héros ? Un destructeur ? Ça non plus, il n'en avait aucune idée. C'était comme des images éphémères qui envahissaient son esprit et mourraient dans ses pensées, en une fraction de seconde, sans qu'il ne puisse les mémoriser et pourtant, il comprenait leur impact. Il comprenait leur sens. Il savait ce que cela signifiait. Qu'est-ce qu'il cherchait, en avançant dans le noir ? La vérité derrière ces images. Un appui sur lequel se reposer. Un soutien, un tout, quelque chose pour le guider et l'empêcher de s'effondrer.

Peine.
Détresse.
Regret.
Tant de sentiments qui naissaient à mesure qu'il avançait.

Il avait l'impression qu'il reprenait forme, que sa conscience lui revenait. Elle n'effaçait pas la douleur, mais elle lui permettait de comprendre ce qu'il était. Il savait qu'il avait un but. Et que l'avenir de toute chose dépendait de sa réussite ou de son échec. Et il ne savait pas en quoi croire. Mais quelque chose en lui répétait : "en qui d'autre peux-tu croire, sinon toi-même ? Tu es le seul sur qui tu peux compter, le seul en qui tu peux avoir confiance". Et ces mots tournaient dans son esprit comme une boucle infinie. Et il continuait de marcher, seul face à sa douleur et au poids de ses maux bien trop lourds à porter. Seule, sa bouche s'ouvrait pour crier, mais aucun mot n'en sortait. Que voulait-il crier ? Qui voulait-il appeler à l'aide ? Qui viendrait l'aider ?

Il ne savait pas.

Des larmes roulaient sur ses joues, faites de toute émotion : haine, peur, souffrance, et bien d'autres qu'il n'aurait su définir. Il savait juste qu'elles étaient là, cachées au fond de son maigre coeur qu'elles tentaient de torturer un peu plus à chaque pas. Pourtant, au bout de ce long tunnel d'incompréhension et d'incertitude, il lui sembla voir sa vision floue s'éclaircir. Devenir plus nette, balayant toutes les anomalies. Les formes se définissaient, les sons se précisaient. Il y avait la matière, la lumière. Cette lumière qu'il avait tant cherchée, cette lumière pour laquelle il avait tant lutté, cette lumière qu'il avait pourchassée. On aurait dit que des mains bienveillantes se refermaient sur lui, l'accueillaient, le rassuraient. Il ressentit la chaleur, la douceur, l'impression d'être protégé. On aurait dit que la douleur disparaissait, que la tempête en lui s'apaisait. Il se sentait calmé, le coeur envahi de sérénité. Il y avait la paix et le soleil après la haine et la pluie.

Il reprenait vie.

Chapitre 1 : Gabriel   up

Surplombée d'un soleil radieux et d'un ciel sans nuages, la citadelle d'Hyrule n'avait jamais été aussi belle. Il n'y avait pas une seule rue qui soit vide de monde. Toutes les maisons, les tavernes et les boutiques étaient décorées de mille banderoles aux couleurs vives et joyeuses. Une entraînante musique remplissait l'air d'une gaieté immense, tourbillonnant continuellement, et guidant la foule dans le moindre de ses pas. Aujourd'hui, Hyrule fêtait ses cent années de paix. Une paix complète, que rien n'avait dérangé jusque-là, pas même le moindre petit conflit. Fini le règne du mal que contaient les légendes. Fini l'oppression et la peur. Ils étaient en sécurité. Le roi d'Hyrule veillait sur eux, et son fils n'était autre que le descendant de Zelda, la légendaire princesse détentrice de la Triforce de la sagesse. Avec un roi aussi sage et aussi droit, et un prince aussi vaillant et dévoué, Hyrule ne craignait rien. Et pour cette occasion, la citadelle qui bordait le château d'Hyrule était plus vivante que jamais. Une fête était organisée en l'honneur des déesses, durant plusieurs jours. Les habitants jouaient, festoyaient... Durant ces journées, chaque recoin de la ville prenait vie de n'importe quelle manière. On fêtait également le règne du roi et l'anniversaire du prince, qui était né le jour de cette fête de la paix. Ce jour-là était un peu spécial et les habitants n'en demeuraient pas moins enthousiastes. Le prince, parti depuis plusieurs jours en expédition dans le désert avec une partie de l'armée, allait faire son retour aujourd'hui même. Les citadins l'attendaient, prêts à l'acclamer. Ce jeune homme était devenu un véritable modèle, sans cesse vanté pour ses capacités. Tout Hyrule plaçait ses espoirs en lui. Il était le seul descendant d'un des personnages légendaires acclamés par les légendes à être connu. Le seul qu'on savait en vie. Beaucoup cherchaient le héros détenteur de la Triforce du courage, espérant qu'un jour il se montrerait, venant siéger aux côtés du prince.

Gabriel peina tant à se frayer un chemin à l'intérieur de la citadelle qu'il dut descendre de cheval. Quand les citadins l'avaient aperçu qui arrivait, ils furent vite déçus de voir qu'il ne s'agissait que de lui. Il avait beau être le guérisseur qui s'occupait souvent d'eux, en ce jour ils n'avaient d'yeux que pour le prince. Il ne put qu'avoir un soupir de déception, tandis qu'il avançait en marchant, les sabots de son cheval claquant contre les dalles de pierres de la citadelle. Gabriel attirait toujours les regards des curieux, car il avait une apparence peu commune pour ceux qui vivaient dans cette ville immense. Ses cheveux d'un blond très clair étaient incroyablement longs, souvent retenus vers le bas par un bandage de fortune pour éviter qu'ils ne le gênent dans ses mouvements. Il avait de petits yeux dans lesquels brillait une douce lueur mauve, et un éclat bleu nuit y miroitait parfois. Son visage était fin et ses oreilles pointues, caractéristiques des Hyliens. Mais c'était surtout sa tenue qui attirait le plus les regards. Il portait une sorte de kimono et un ample pantalon de tissu presque trop grand pour lui aux couleurs pâles, ainsi qu'une sacoche autour de la taille où il rassemblait son matériel qui servait à ses soins. Et par-dessus tout... il était pieds nus. Peu importe où il allait, il était rare que Gabriel porte des chaussures. C'était une habitude qu'il avait. Il se sentait mieux lorsqu'il n'en portait pas. Ça l'avait toujours gêné, perturbé. Il aimait se sentir le plus libre possible de ses mouvements, et le contact avec le sol qu'il soit chaud ou froid ne lui avait jamais causé le moindre problème.

Il éprouva tellement de mal à avancer au coeur de la foule qui se faisait de plus en plus abondante qu'il dût laisser son cheval à l'écurie d'une taverne qu'il avait l'habitude de fréquenter. Le blondinet était originaire de Cocorico, un petit village au coeur d'Ordinn et fondé par un peuple ancien, les Sheikah. Un petit hameau prospère, à l'écart de tout, en communion avec la nature même. Le peuple fondateur avait complètement disparu de la surface d'Hyrule, et les habitants de Cocorico en étaient les derniers survivants. Chaque habitant de Cocorico différait en tout point des habitants de la citadelle. Ils étaient proches de la faune comme de la flore, et certains d'entre eux étaient de grands guérisseurs qui n'hésitaient pas à mettre leurs services à profit des autres peuples. Les moines et prêtres du village faisaient souvent des offrandes aux déesses et certains d'entre eux apprenaient à se battre afin d'assurer la protection du village. Si Cocorico et son peuple restaient tant en retrait des autres, c'était parce que les Sheikah avaient pendant un temps entretenu de difficiles relations avec la famille royale. À cause d'un conflit qui éclata entre eux, la majorité des Sheikah disparut et les derniers durent fuir. Désormais, même si les relations envers la famille royale s'étaient apaisées, Cocorico restait en retrait des Hyliens, évitant de déclarer son existence au grand jour. Les Sheikah redevinrent petit à petit un peuple de l'ombre, dont l'existence était réduite à l'état de rumeurs et de légendes. Gabriel était l'unique Sheikah qui se déplaçait jusqu'à la citadelle d'Hyrule. Il y exerçait ses talents de guérisseur mais... il était aussi l'ami d'enfance du prince. C'était la seule raison pour laquelle, dans son village, on autorisait Gabriel à se rendre jusqu'ici. Si on se méfiait de la famille royale, on croyait en la bonté du prince.

Le blondinet se sentait assez mal à l'aise. Il n'avait jamais aimé les endroits envahis par la population. Il en était presque à longer les murs pour éviter qu'on lui marche sur les pieds. Et au cas où cela arrivait, on lui envoyait une volée de reproches en lui faisant comprendre que les pieds étaient faits pour porter des chaussures. La plupart des citadins ne regardaient pas où ils marchaient, se bousculaient, et les exclamations de la foule étaient si fortes qu'elles en couvraient parfois la musique jouée par les troubadours. Dans sa tête, le jeune homme se répétait à quel point il préférait le calme et la tranquillité de la nature au vacarme assourdissant des villes. Le brouhaha incessant lui donnait mal à la tête. Lui qui prévoyait de passer quelques jours ici, rien ne garantissait qu'il en ressorte indemne... bien sûr qu'il voulait voir le prince et qu'il venait en partie pour ça. C'était son ami d'enfance et il avait une certaine importance à ses yeux malgré tout ce qui les opposait : leur milieu social, leurs obligations... Mais Gabriel se plaignait beaucoup, parfois. Faire le déplacement de Cocorico jusqu'à la citadelle prenait plus d'une demi-journée et le voyage avait tendance à beaucoup l'épuiser. Le prince ne pouvait pas se déplacer, il le comprenait. Cela n'empêchait pas que parfois, le blondinet trouvait que son ami exagérait un peu trop. Il se sentait en même temps si proche et si loin de lui à cause de leurs différences. Il avait parfois du mal à l'accepter et se faisait constamment passer pour un inconnu lorsque le prince rencontrait le peuple. Qui voudrait d'un ami aussi atypique ? Les habitants de la citadelle se révolteraient sans doute à l'idée de savoir que l'héritier du royaume comptait parmi ses proches une personne aussi étrange que lui, eux qui luttaient déjà corps et âme pour l'approcher. Alors il ne s'imposait pas, peu importe combien cela attristait son ami. Il ne voulait pas être un poids pour lui. Gabriel était de ceux qui se souciaient beaucoup de la pensée des gens. Il s'interrogeait sans cesse sur ce que pouvait ressentir la personne en face de lui, et des regards un peu trop désapprobateurs lui faisaient se poser beaucoup de questions, en plus de contribuer à le faire se sentir mal à l'aise.

Mais la priorité du blondinet qui avait causé sa venue à la citadelle en ce jour de fête n'était ni le prince, ni la célébration. Tandis qu'il progressait au coeur des rues, il cherchait à gagner une petite ruelle plus calme, éloignée du centre de la ville. Là au moins, il était certain qu'on ne viendrait pas le bloquer dans sa progression. Déjà, il se sentit bien mieux lorsqu'il parvint à s'extirper du surplus de personnes qui bondaient les rues. Il avait eu la sensation d'être oppressé, écrasé, de pouvoir à peine respirer et avancer. Il se mit à trottiner légèrement, un air presque affolé sur le visage. Il cherchait véritablement à s'éloigner. Non pas qu'il n'aimait pas les fêtes, mais son peuple avait des manières bien différentes de fêter d'importants événements et souvent, cela n'impliquait pas autant de monde. Les quelques marchands devant lesquels Gabriel passait tentaient de lui vendre quelques-unes de leurs possessions, mais le jeune guérisseur n'accepta qu'une pomme. Il n'était pas un grand amateur de babioles brillantes en tout genre, et tout ce dont il avait besoin, c'était de manger quelque chose. Inutile de préciser qu'il n'avait pas assez de rubis pour se permettre de faire d'énormes dépenses, alors si elles ne lui apportaient rien...

Comme pressé, il s'arrêta à peine. Les rues dans lesquelles il s'était engouffré s'éloignant du centre de la citadelle, elles étaient bien moins peuplées et cela suffisait à le soulager. Il tenait sa petite sacoche de tissu contre lui, sacoche dans laquelle il avait rangé tout son matériel de soins, comprenant herbes, bandages, remèdes naturels... Haletant, il finit par stopper sa course devant une petite maison située en coin de rue. Soucieux, il prit le temps de l'observer afin de s'assurer que sa précipitation ne l'avait pas trompé. Il prit une grande inspiration et finit par frapper. Au départ, rien. Il douta réellement de l'orientation qu'il avait prise, mais fit l'effort d'attendre. Il ne se risqua pas non plus à taper du pied pour passer le temps, de peur que les dalles trop dures et rêches ne l'écorchent. Inquiet, il frappa de nouveau. Toujours rien. Alors il patientait. Puis un déclic. La poignée tourna lentement, et dans l'entrebâillement de la porte, le jeune homme put apercevoir un visage lui faire face. Une femme, âgée d'une trentaine d'années, détaillait Gabriel en plissant les yeux. Sans doute les rayons du soleil l'éblouissait-elle. Un sourire chaleureux se dessina sur les lèvres du guérisseur, provoquant la même réaction chez la femme qui s'empressa de lui ouvrir la porte.

- Gabriel ! fit-elle avec une voix mêlée d'enthousiasme et de surprise. Je ne m'attendais pas à te voir ici un tel jour, tu n'aimes pas vraiment ce genre de grandes fêtes habituellement... entre !

Le jeune homme avança doucement à l'intérieur de la pièce, sans véritable hésitation. Lorsque la propriétaire de la maison referma la porte, ils furent absorbés par la pénombre et une fraîcheur indescriptible les entoura. Un frisson parcourut tout le corps de Gabriel qui ne put que soupirer de soulagement, libéré de l'air chaud et lourd de la ville.

- Je t'avais dit que je reviendrais d'ici quelques jours, et pour être honnête je ne pensais pas que les rues seraient aussi... remplies de monde, déclara-t-il, son sourire devenant un peu gêné alors qu'il passait une main à l'arrière de sa tête.

La coïncidence avait également fait que le prince revenait de mission aujourd'hui, le jour de la Paix. Alors que Gabriel avait quitté la citadelle il y a plus d'une semaine de cela, le prince et une petite partie de l'armée étaient partis en expédition dans le Désert Gerudo, où un membre de ce peuple leur avait signalé quelque chose d'étrange. Rien de bien grave, tout le monde se disait. Si le prince ne s'en inquiétait pas, le blondinet, lui, n'avait pas pu s'empêcher d'être intrigué. À quelques jours seulement du centenaire de la paix, voilà qu'une étrange activité pour le moment inconnue avait été signalée au coeur même du Désert Gerudo. Malgré la curiosité débordante du jeune Sheikah, il n'avait rien dit, rien fait. Ce n'était pas son problème. Il n'avait pas le droit de s'en mêler. Il était un guérisseur, pas un guerrier.

- Comment... comment va Solie ? enchaîna-t-il, l'air soudain anxieux lorsqu'il s'extirpa de ses pensées.
La femme sursauta, puis adressa un sourire plus que ravi à son interlocuteur. Son regard suffit à l'apaiser.
- Elle est toujours malade, mais elle va bien mieux que lors de ta dernière visite, avant que tu ne t'occupes d'elle, le rassura la femme.
- Cela me soulage beaucoup de le savoir. Son état de santé était tellement préoccupant... Pour tout t'avouer, je craignais sincèrement que le temps soit compté pour elle.
En disant cela, le blondinet avait néanmoins baissé la tête, légèrement gêné. La citoyenne posa une main sur son épaule.
- Ne t'en fais pas. Elle va bien, grâce à toi. Ses jours ne sont plus en danger. Je ne suis pas guérisseuse, mais pour avoir veillé sur elle depuis ton départ, je peux te l'assurer. Il lui faudra sans doute un moment avant d'être complètement remise, mais tu as déjà fait beaucoup.

Il rougit. La gêne devenait de plus en plus grande. Il allait dire que c'était normal, que c'était son rôle de guérisseur et qu'il n'avait pas fait grand-chose... il sous-estimait tellement ses capacités que le moindre compliment lui faisait perdre tous ses moyens.

- Je n'ai jamais vu des remèdes d'une efficacité pareille... murmura son interlocutrice, semblant cheminer dans ses pensées. Cela fait deux jours que Solie me disait à quel point elle avait hâte de te revoir. Elle a retrouvé la forme et se remet même à marcher de nouveau !

Le visage de la brune s'illuminait, et face à ces nouvelles, le blondinet ne put que sourire. Solie, c'était une enfant zora qu'il avait retrouvée blessée et inconsciente sur la route de la citadelle. Sans réfléchir, il l'avait emportée avec lui et s'était empressé de la conduire ici, dans cette petite maison dont il connaissait bien les propriétaires. Hors de question de la conduire à Cocorico. Sa vie avait été bien trop en danger. Les premières semaines, elle n'avait cessé de dormir, frôlant parfois la mort. Elle n'avait tenu que grâce aux remèdes et anti-douleurs que lui transmettait le jeune homme, et aux bandages qu'il refaisait continuellement. Il avait dû passer une semaine entière à la citadelle pour s'assurer de traiter correctement la petite. Puisque avec son état, il ne pouvait pas la transporter jusqu'à son village, il était revenu régulièrement la voir. Elle s'était réveillée et semblait reprendre de l'énergie, jusqu'à s'évanouir brusquement devant Gabriel. Il s'était rendu compte qu'elle avait attrapé une maladie due à l'infection et la fatigue, et qu'elle pouvait devenir mortelle si elle n'était pas vite traitée. Le guérisseur avait consacré une nuit complète à la préparation de son remède. Chaque pas qu'il faisait, il l'avait fait en tremblant. À ce moment-là, il avait fait preuve d'une concentration sans faille, rongé par la peur de commettre la moindre erreur. À ses yeux, chaque vie était précieuse et ne méritait pas la mort si elle n'était coupable de rien. Alors en sachant la vie d'une enfant entre ses mains... il devait faire de son mieux. Il n'avait pas le choix. C'est après cela qu'il avait commencé à se demander pourquoi une enfant zora s'était-elle retrouvée abandonnée loin de son territoire. Lorsqu'il avait parcouru la forêt alentour, il lui avait semblé voir des traces de lutte, de bataille, presque effacées par les semaines. Avec le proche départ du prince, il n'avait pas pu s'empêcher de faire le rapprochement avec ce que son ami lui avait raconté : Une voyageuse gerudo avait rapporté d'étranges phénomènes dans le désert, que le prince avait refusé de lui dévoiler. Il avait beau être son meilleur ami, cela ne lui accordait pas tous les privilèges.

Gabriel était sûr du fonctionnement de sa confection, mais jamais il n'aurait cru qu'elle agirait aussi bien. En réalité, tout ce qu'il avait espéré, c'est que sa préparation soit suffisamment efficace pour éradiquer la maladie, mais pas au point de permettre à Solie de se réveiller aussi tôt. Il ne savait pas quoi en penser. À ses yeux, c'était sans doute un miracle. Guérir était tout ce qu'il savait faire et il ne pensait même pas avoir les capacités nécessaires pour proposer ses services dans tout Hyrule. Il ne savait pas se battre ni même se défendre, et physiquement, il était extrêmement fragile. Il avait honte de lui-même et doutait cruellement de ses capacités. Il ne pouvait pas s'empêcher de se dire que tout ceci était dû à la chance, et qu'une chose pareille ne se reproduirait sans doute pas de sitôt... Son souhait le plus cher était de pouvoir aider les autres en les guérissant, parce qu'il était incapable de protéger qui que ce soit d'une autre manière et il en avait terriblement honte. Alors il mettait énormément d'efforts dans ce qu'il accomplissait. Il ne s'était même pas rendu compte d'à quel point il avait progressé.

- Tu veux la voir ? fit la voix de la femme, sortant le blondinet de sa torpeur. Je suis sûre qu'elle en serait ravie. Tu es venu pour ça n'est-ce pas ? Et puis, tu as sans doute d'autres soins à lui administrer.
Gabriel hocha la tête.
- Je vais me contenter de l'examiner... Je ne pensais pas qu'elle se serait réveillée donc j'avais préparé le nécessaire pour l'aider à se rétablir, mais maintenant les traitements que je lui apporterai dépendront de son état.

La femme à la chevelure brune tressée acquiesça, prête à le conduire jusqu'à la chambre de Solie, avant de baisser les yeux vers la main de Gabriel. La main qu'elle observait d'un oeil inquiet était recouverte d'un bandage qui en entourait l'intégralité, allant du poignet jusqu'au bout des doigts. Un bandage immaculé qui malgré tout paraissait tracasser la femme.

- Gabriel, ta blessure va bien ? Tu as beau ne me l'avoir jamais montrée, savoir son ampleur m'inquiète surtout depuis que tu m'as raconté ce qui t'était arrivé. Je ne peux pas m'empêcher de me poser des questions alors que tout paraît aller bien...

A cet instant, le blondinet tourna la tête, cherchant à éviter le regard insistant de son interlocutrice. Il portait ce bandage depuis tant de temps que la cicatrice qu'il cachait était devenue un mystère. Même son peuple, hormis le chef du village, ignorait de quoi il s'agissait. Pourtant, Gabriel refusait de le révéler à qui que ce soit. Il ne cessait de répéter qu'elle était trop humiliante.

- To... tout va bien. Tu sais, c'est une vieille blessure et j'y fais bien attention. Ça ne craint rien.

Elle lui adressa un sourire désolé, n'ajoutant rien de plus. Doucement, le blondinet poussa la petite porte de bois bien entretenue, qui s'ouvrit dans un léger grincement. La lumière du soleil s'infiltrait par les fenêtres, baignant la pièce d'une douce lumière atténuée par l'ombre des bâtiments extérieurs. La chambre était modeste, ne comptant qu'une petite commode sur laquelle trônait une bassine d'eau. Une chaise rapiécée se trouvait de l'autre côté du lit, supportant des livres d'une épaisseur assez surprenante. Quand Gabriel s'engouffra dans l'entrebâillement de la porte, la petite silhouette allongée sur le lit se redressa. Son regard songeur et perdu fut vite balayé par une expression de joie grandissant dans ses yeux. Elle adressa de grands signes de ses mains palmées en direction du visiteur. Son visage s'apaisa et un sourire sincère et chaleureux vint étirer ses lèvres.

- Bonjour Solie. Je suis ravi de voir que tu vas mieux.

Même s'il ne la connaissait pas beaucoup, il n'avait pas les mots pour dire à quel point il était rassuré qu'elle soit en vie, et considérait cela comme une bénédiction des déesses. Il n'avait jamais eu à s'occuper de cas aussi graves que le sien, il avait du mal à croire qu'il ait pu accomplir un tel exploit dès le départ. Si une enfant était morte par sa faute, il ne se le serait jamais pardonné. Cette pauvre fillette se trouvait maintenant très loin de sa famille, seule et au coeur d'un endroit où elle ne possédait aucun repère. Et rien ne garantissait que ses proches avaient survécu à l'attaque supposée. Sur la route de la citadelle, il avait traversé un chemin éventré par les traces d'une bataille. Il n'avait pas vu le moindre corps, mais il n'était pas difficile de penser qu'on avait pu les cacher. Bien sûr que tout ça l'inquiétait. Il retrouvait une Zora blessée loin de son domaine, puis une Gerudo signalait d'étranges faits dans le désert nécessitant l'intervention de l'armée d'Hyrule. Autant de points qui le préoccupaient, bien que le deuxième titillait particulièrement son inquiétude. Les Gerudos étaient des guerrières, elles savaient se défendre ! Que pouvait-il y avoir de si important pour appeler l'armée d'Hyrule, là où habituellement elles réglaient leurs problèmes seules ? Le blondinet s'impatientait et s'agaçait à l'idée de ne rien savoir. Il voulait poser la question à son ami au retour de ce dernier, et tant pis s'il refusait. Après avoir vu l'enfant, Gabriel était déterminé à lui tenir tête, comme il savait parfois le faire.

La petite Solie était une Zora aux écailles colorées d'un beau bleu foncé. Une couleur assez commune chez les Zora, mais que Gabriel ne pouvait pas s'empêcher de trouver belle. C'était un jeune homme très ouvert, qui s'intéressait beaucoup à la culture des autres peuples plutôt qu'à celle des Hyliens. Il n'était pas rare de le voir s'approcher d'un Piaf, d'un Zora, d'un Goron ou d'une Gerudo voyageuse s'il en croisait, et de lui poser toutes sortes de questions. Avec ses obligations de guérisseur et l'amitié qui le liait au prince, il ne pouvait pas se permettre de voyager dans des contrées plus éloignées, d'autant plus qu'il ne savait pas se battre. Alors il essayait d'en savoir le plus possible. Il était extrêmement curieux et intéressé, pouvant être fasciné par de toutes petites choses que les autres races considéreraient comme anodines. Ce n'était pas vraiment le genre de personnes pouvant inspirer la crainte, bien au contraire. Sa naïveté avait quelque chose de très attachant, même s'il était conscient que cela pouvait lui nuire. Avec sa maladresse légendaire, il n'était pas rare que certains de ses proches s'inquiètent en le voyant partir. La médecine était bien la seule chose où il ne faisait pas d'erreurs.

Sa longue chevelure de blé balayant l'air, il vint prendre place sur le bord du lit, à côté de l'enfant qui l'observait avec un air ravi. Elle ne disait rien, mais sa reconnaissance se percevait à travers son regard. Elle n'aurait pas besoin de parler pour le lui faire savoir. Il mourrait d'envie de la questionner à propos de ce qu'il s'était passé avant son accident, mais se doutait bien qu'elle aurait du mal à s'en souvenir clairement tant qu'elle ne serait pas guérie complètement. Au lieu de cela, il se contenta de discuter avec elle. Toute heureuse, elle lui expliqua que son hôte lui avait rapporté deux livres contant l'histoire d'Hyrule et des héros à travers les âges. Elle semblait absorbée, fascinée par ce qu'elle avait lu. Elle évoqua toute son admiration pour ce qu'avaient fait les héros jusqu'à présent. Gabriel ne pouvait s'empêcher de voir les côtés sombres de la famille royale, le conflit qui les avait opposés aux Sheikah, son peuple, dont les descendants avaient presque tous disparu. Qui sait de quoi ils étaient capables ? Si Gabriel cherchait le bon en toute personne, il devait également reconnaître que chaque être possédait une part de mal en lui. Il partageait à l'égard de la famille royale la méfiance de son peuple, atténuée par la présence du prince à ses côtés.

Alors qu'elle se perdait dans ses récits, Solie finit par attraper la main de Gabriel. Surpris, il la regarda droit dans les yeux, se demandant ce qu'il se passait. Elle semblait soucieuse. Allait-elle évoquer sa famille, son passé ? Allait-elle demander ce qu'elle faisait là ? La conversation qu'ils avaient eue quelques jours plus tôt n'avait mené à rien, la mémoire de la Zora demeurait floue. Peut-être était-ce revenu, d'un seul coup ?

- Dis Gabriel... tu crois que le héros de légende va revenir lui aussi ? On a déjà le prince qui nous protège, mais ça serait encore mieux si le héros était là... et puis il connaissait mes ancêtres alors moi aussi, je voudrais pouvoir le connaître.
Elle baissa la tête, devenant presque triste. Le coeur de Gabriel se serra. Voir cette petite au départ si heureuse s'inquiéter tout à coup le chamboulait. Est-ce qu'inconsciemment, toute sa tristesse et sa peur causées par le fait d'être seule surgissaient ?
- Si un jour... le mal revenait chasser la paix d'Hyrule, on serait pas vraiment protégés tant que le héros ne sera pas avec le prince. J'ai lu que la princesse et le héros se complétaient et avaient besoin l'un de l'autre pour vaincre le mal. Il reviendra, hein Gabriel ?

Sans réfléchir, il passa son bras autour de l'épaule de l'enfant et la serra contre lui. L'évocation du héros disparu semblait le bouleverser, lui fendre le coeur. Tout le peuple clamait, criait qu'ils voulaient leur héros, que ce dernier devait se tenir aux côtés du prince. D'autres étaient même sûrs qu'il était là. Ils le disaient lâche de ne pas se montrer devant le peuple, peu importe que la paix soit menacée ou non. Ils avaient leur prince, mais ils voulaient leur héros. Ils avaient déjà beaucoup de choses, mais se montraient incapables de s'en contenter. Comme s'il leur en fallait plus pour se sentir réellement en sécurité.

- Il... il reviendra, Solie, ne t'en fais pas, lui murmura Gabriel alors qu'elle fermait les yeux. Mais pour le moment, le peuple n'a pas besoin de lui, ils ont déjà... ils ont déjà le prince. Et crois-moi, même avec seulement lui comme descendant des légendes, nous sommes bien en sécurité. Il se bat pour nous, pour nous assurer une paix complète et certaine et il est fidèle au peuple d'Hyrule ! Et puis tu sais, son père dirige le royaume d'une main de fer et il n'y a pas plus dévoué que lui pour servir notre royaume ! C'est un homme vaillant, et ça, le héros en a conscience. C'est pour cela qu'il ne se montre pas. Le peuple ne le comprend pas... Mais toi, tu le comprends, n'est-ce pas ?
Elle hocha la tête, avant de porter sur lui un regard inquisiteur.
- Tu as l'air de savoir beaucoup de choses sur tout ça. Tu parles même comme si tu connaissais le prince !
Il écarquilla les yeux et se mit à rougir, se dépêchant de nier en secouant frénétiquement la tête. Même à une enfant, il refusait de dire qu'il était un proche ami du prince. Leurs différences étaient trop grandes pour qu'il puisse se le permettre. Quant à ses connaissances, sa curiosité l'avait poussé à apprendre beaucoup de choses. Il avait lu énormément de livres et avait fait ses propres recherches.
- C'est juste que... je le suppose, en voyant comment le peuple l'admire. Je l'admire aussi tu sais ! Et je suis certain que j'ai raison en ce qui concerne le héros de l'épée.

Voyant sa réaction, elle ne put s'empêcher de lui adresser un sourire taquin auquel il répondit par un rire nerveux. Elle n'avait pas relevé que certains de ses propos sonnaient faux. Solie tomba de fatigue quelques minutes plus tard. Elle avait beau aller mieux, elle avait tout de même besoin de sommeil. Le jeune homme rassura l'hôte de la fillette en lui promettant qu'il restait à la citadelle pour plusieurs jours, et qu'il viendrait se renseigner sur l'état de santé de Solie chaque matin. Une fois guérie, il ignorait ce qu'il devrait faire. Peut-être pourrait-il la ramener à son peuple, mais comment ? Il préféra ne pas y réfléchir. Pour le moment, elle était ici et le plus important était de veiller sur sa santé.

Gabriel quitta la petite maison en soufflant. L'air lourd vint lui gifler le visage. La rue était déserte et les rayons du soleil s'étaient atténués. Il observa curieusement le ciel, constatant que les nuages recouvraient peu à peu l'étendue bleutée qui lui avait fait face quelques instants plus tôt. Le milieu de l'après-midi approchait. Au loin, le château d'Hyrule se dressait, surplombant et dominant la citadelle de son imposante masse de marbre, dans toute sa splendeur. Gabriel avait beau s'y être déjà rendu de par son amitié avec le prince, il ne pouvait s'empêcher d'être intimidé par cet endroit. Ce n'était pas son milieu de vie, il se sentait toujours mal à l'aise dans ce genre de lieu. Le blond reprit alors sa route, destiné à errer dans les rues sans véritable but. Il logerait dans une taverne, puisque son amie ne pouvait pas le loger. Ce n'était pas plus mal. Au moins, il pourrait rester proche de son cheval et être sûr que l'on s'occupe bien de lui.

L'inquiétude et la curiosité rongèrent simultanément le Sheikah lorsqu'il constata que partout où il se rendait loin de la place, il n'y avait personne. Pourquoi les rues étaient-elles vides, tout d'un coup, elles qui plus tôt regorgeaient de monde ? Il scruta avec attention les bâtiments, les alentours, mais ne trouva rien de suspect. Peut-être le prince était-il de retour, tout simplement. Mais.... si tout se passait bien, les trompettes auraient déjà sonné son arrivée ! Soucieux, il commença à emprunter le chemin de retour en marchant d'un pas pressé. Deux citadines passèrent à proximité en courant. Elles paraissaient terrifiées. Et leur regard intrigua le blondinet. Elles s'arrêtèrent un instant alors que le jeune homme se rapprochait, et il put entendre des bribes de leur conversation. Les mots "terrible", "danger" et "inconnu" montèrent à ses oreilles. Alors qu'elles reprenaient leur route, il attrapa doucement le bras de la plus proche et les regarda dans les yeux. S'apprêtant à se débattre, elles virent néanmoins que Gabriel tentait de les rassurer et réalisèrent qu'il voulait sans doute les questionner. En se calmant, la première tortillait ses cheveux roux entre ses doigts tandis que l'autre tremblait.

- Que se passe-t-il ? Vous avez l'air paniquées, toutes les deux, questionna le jeune homme, désireux d'en savoir plus.
- Le... le prince est de retour, répondit la rouquine.
Il haussa un sourcil.
- En quoi cela vous rend-il terrifiées ? Vous devriez vous en réjouir, non ? Le prince est notre protecteur !
- Tout était censé bien se passer, répondit la deuxième, cinglante. Mais... ils sont revenus en ville avec un prisonnier. Le prince avait l'air sombre et l'homme était enchaîné, blessé et tout en lui était effrayant.
- Si le prince et l'armée l'ont capturé c'est qu'il y a bien une raison !

Gabriel les dévisagea l'une après l'autre. Que disaient-elles ? Un prisonnier ? Était-ce donc lui qui était à l'origine de l'appel des Gerudos ? Avait-il un pouvoir qui les avait empêchées de le capturer elles-mêmes ? Le coeur du jeune homme se serrait lentement. Il remercia les deux habitantes et se dépêcha de courir jusqu'à la place, inquiet, les sens en alerte. Les murmures de la foule le rejoignaient déjà. Il peina à se frayer un chemin parmi les habitants. Éloignés d'eux, il observait une cohorte de chevaux, montés par des gardes armés, qui avançait doucement. Ils avaient tous l'air sinistre. Il peinait à voir le prince, chevauchant en tête. Mais... il voyait parfaitement l'homme qui se trouvait derrière. Et à l'instant où les yeux de Gabriel se posèrent sur lui, il tourna la tête et son regard lui glaça le sang. Des yeux rouges injectés de sang le dévisageaient. Il avait des cheveux blancs maculés de saleté, une peau d'un gris-vert très pâle parcourue d'ecchymoses et de blessures de toutes sortes, et des vêtements en lambeau qui le couvraient à peine. Son air était froid, presque suppliant à l'égard de Gabriel. On aurait pu le prendre pour un fou s'il disait qu'il n'avait pas ressenti de terreur, à ce moment-là. Ce n'était sans doute pas normal que tous les autres soient terrifiés à cause de cet homme, alors que lui ne l'était pas. Il ressentait... de la peine, la tristesse envers lui. Son regard suppliant débordait de sincérité. Et ce qui angoissait encore plus le Sheikah, c'était que sa lecture des écrits anciens lui permettait de supposer qui était cet homme. Un homme décrit comme profondément mauvais, serviteur des ténèbres au tout début des âges. Pourquoi... était-il de retour ? Que se passait-il ? Il aurait dû être anéanti. Le guérisseur ne parvenait pas à le croire. Mais peut-être se trompait-il, peut-être cette similitude n'était-elle qu'une coïncidence ! Alors pourquoi son meilleur ami l'aurait-il capturé ? Il ne comprenait rien. Il était perdu, figé sur place, tandis qu'il observait l'escorte être avalée par les murs de la ville. Berçant les murmures des passants, quelques gouttes de pluie se mirent à tomber, glissant dans la longue chevelure de Gabriel. Il avait les pieds gelés. Les habitants se bousculaient, paniquaient, ne désiraient que rentrer chez eux. Et lui il restait là, debout au milieu de la foule, le regard dans le vague comme s'il essayait de calmer ses pensées, de remettre de l'ordre dans ses idées.

Et alors que le ciel crachait toute sa peine, trempant les rues de la citadelle, Gabriel s'élança vers le château, à la suite des chevaliers. Ses pieds nus claquaient contre les flaques, mouillant ses jambes et son pantalon presque trop long pour lui. Autour, on l'observait, certains semblaient avoir de la peine pour lui tandis que d'autres paraissaient le prendre pour un fou. Il devait rejoindre son ami. Il devait comprendre ce qu'il se passait. Oui, ces choses ne le regardaient pas, parce qu'il n'était pas un héros. Il n'était qu'un pauvre guérisseur peinant à sauver des vies. À ses yeux, le sauvetage de Solie restait un miracle. Mais il avait besoin de comprendre, besoin de savoir. Savoir s'il pouvait se rendre utile, au moins une fois. S'il ne l'était pas pour le prince, il le serait pour la population. Mais il n'en pouvait plus d'être sans cesse mit de côté par son ami qui prenait trop à coeur les tâches qui lui étaient confiées. Il voulait juste apporter son aide, être quelqu'un sur qui on pouvait compter. Ce retour n'annonçait rien de bon. Il devait savoir ce qu'il se passait. L'escorte n'était plus là, presque effacée du morne paysage, mais il devait les rattraper. Il courait à toute vitesse comme si sa vie en dépendait. Il courait, mais ils étaient déjà bien loin. Et rejoindre le château sembla lui prendre une éternité.

A suivre...

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Lyra Wainwright". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

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