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Le masque des anciens

Ecrit par Derléan Torrep

Acte I - Célesbourg

Chapitre 1 : La cause de tous les malheurs   up

Pavelle s'ennuyait. Le Marché Couvert abondait de monde, comme d'habitude, mais personne ne venait la voir. Comme d'habitude. Elle soupira. Non, en fait. Pas comme d'habitude. Il y avait bien ce garçon, là... Link... il venait souvent la voir. Il était si... beau, intelligent, si... courageux. C'était le vainqueur de la dernière Chevauchée Céleste. Les rumeurs qui couraient racontaient qu'il était déjà passé en dessous des nuages. Elle trouvait cela si romantique !

Soudain, un mouvement au comptoir attira son attention. C'était Link.
- Liiink ? fit la jeune fille. Tu as besoin de mon aide ?
- Hein ? Ah, oui ! J'aimerais que tu me passes ma médaille de coeur, s'il te plaît.
- Oui, oui, tout de suite. Mais, heu...
- Qu'est-ce qu'il y a ?
Pavelle commença à transpirer.
- Est-ce que tu pourrais venir... me voir ce soir ?
Le jeune homme hésita.
- Pourquoi pas ? lâcha-t-il finalement.
La jeune fille crut défaillir de bonheur.

Malheureusement, ce bonheur fut de courte durée dès qu'elle rentra chez elle. Son père l'attendait. Visiblement, il n'était pas ravi.
- Où tu étais ? lança-t-il. Je me suis inquiété !
- Mais... j'étais au Marché Couvert !
- Alors pourquoi es-tu en sueur ?
- Mais... il fait chaud, enfin!
Une lueur mauvaise s'alluma dans les yeux de son père.
- Il fait chaud, hein ? Je vais te dire ce que c'est que tu as : c'est l'amour ! Alors, dis-moi quel est le jeune impudent qui te fait tourner la tête !
- Quoi ? Mais...
- Alors ?
- Ne pouvant répondre, la jeune fille s'enfuit dans sa chambre et claqua la porte.

A ce moment précis, on frappa à la porte, et quelqu'un entra dans sa chambre. Elle étouffa un cri de surprise. Ce n'était pas Link. C'était Hergo. Elle entendit son père crier qu'il allait faire un tour, puis la porte se fermer. Mais elle n'y accorda guère d'attention. Elle ne pouvait détourner le regard d'Hergo qui se dressait là, arrogant, la surplombant de toute sa taille.

- Link ne viendra pas, fit-il. Il est tombé à terre, pris dans une éruption volcanique.
- Pardon ?
- Il a fondu, quoi ! lança Hergo. Mais cependant, j'ai entendu votre conversation. Comme je suis sans doute celui qui est le plus proche de Link, c'est donc à moi d'honorer ses engagements.
Pavelle commença à reculer.
- Non...
- Allez, je sais bien ce que tu allais lui proposer ! cria Hergo, une lueur mauvaise dans les yeux. Pourquoi lui et pas moi ? En plus, tu sais très bien qu'il n'acceptera pas. Pourquoi t'entêter ? Il aime Zelda.
- Tais-toi !
- Dans ce cas, accède à ma requête.
- Pas question... je...
Tu feras quoi ? Ecoute, c'est ta parole contre la mienne. Soit tu acceptes de m'épouser, soit je ferai en sorte que le malheur t'entoure à tous les égards. Même ton père ne voudra plus de toi.

Le garçon sortit, laissant sur place une Pavelle choquée et ahurie. Comment les choses avaient-elles pu prendre une tournure pareille en seulement un instant ?

Chapitre 2 : A l'école de chevalerie   up

Célestin sursauta lorsqu'une pluie de coups s'abattit contre le mur de sa chambre. Il s'était encore endormi, épuisé, suite à son entraînement. Une voix s'éleva :

- Célestin ! Ouvre, vite !
Encore endormi, le garçon bailla et se frotta les yeux.
- C'est une question de vie ou de mort ! reprit la voix.
L'apprenti-chevalier se leva de mauvaise grâce et ouvrit la porte. Il sursauta lorsqu'il vit que c'était Pavelle qui l'appelait.
- P... Pavelle ? Mais... qu'est-ce que tu fais là ? Tu ne devrais pas être au marché couvert ?
La jeune fille jeta un coup d'oeil derrière elle, comme si elle craignait que quelqu'un ne la voie.
- Je peux entrer ? demanda-t-elle enfin.
- Vas-y, l'invita Célestin.
Une fois qu'il eut refermé la porte, Pavelle se mit à lui expliquer toutes ses mésaventures de la veille.

* * *

Quand elle eut terminé son récit, Célestin soupira :
- Eh bien, quelle histoire... Si ça peut te soulager, Link est encore vivant. La preuve, il est venu me voir hier soir pour assister à mon entraînement. Il m'a même passé de l'Endurol ! fit-il en indiquant une bouteille vide sur le lit.
- Mais... Hergo m'a dit qu'il avait disparu dans une... heu... une "interruption botanique", je crois...
- Une interruption botanique ? C'est une blague ?
- Ben...
- Et si tu allais voir Maître Arfan ? Il s'y connaît mieux que personne en botanique !
- En fait, je voulais que tu me rendes un service.
- Ah ?

Pavelle sortit de sa poche une vieille photo. Célestin l'examina. Elle représentait une dame souriante, qui tenait sur ses genoux une jeune fille qui riait aux éclats. Pavelle.
- C'est une photo de ma mère. On m'a dit que lorsque l'on peut garder une trace d'amour, alors on n'a rien à craindre.
- Je vois... mais quel est le rapport avec moi ? s'interrogea Célestin.
- J'ai vu certaines de tes oeuvres, déclara Pavelle en jetant un regard circulaire autour d'elle.
- Comment ça ?
- Les masques que tu fabriques ! Presque tout le monde en a.
- Oui, mais...
- Serait-ce possible que tu me fabriques un masque à partir de cette photo ? Ainsi, je serais protégée des dangers des autres.

Célestin hésita, mais après tout, qu'avait-il à perdre ? Il s'était déjà opposé à Hergo une fois, en aidant Link à retrouver son Célestrier vermeille. Pourquoi pas une seconde fois ? Il déposa la photo sur sa table de chevet.
- Très bien, soupira-t-il. Demain soir, tu pourras prendre le masque. Mais purifie-le dans l'Île de la Déesse, ce serait plus prudent.
- Oh, Célestin ! s'exclama Pavelle en se jetant à son cou.
Le jeune garçon piqua un fard, mais Pavelle ne s'en rendit pas compte. Quelque chose d'humide coula alors sur la nuque de l'apprenti-chevalier : c'étaient des larmes.
- Au fait, lança-t-il pour changer de sujet. Comment s'appelait-elle ?
- Oh, elle s'appelait Majora.

Chapitre 3 : Grida   up

Lorsque Pavelle sortit de l'école de Chevalerie, il était encore tôt. Elle savait par expérience que Maître Arfan, le professeur passionné d'agriculture, était de très mauvaise disposition pour répondre à des questions lorsqu'elles lui étaient posées dès son réveil. A plus forte raison si le réveil en question n'avait pas lieu au moins trois heures après le lever du soleil. Alors, où aller ? Chez elle ? Pas avec son père... Au Marché Couvert ? On la prendrait pour une folle. Sur la tombe de sa mère ? Oui, mais la rumeur courait qu'une petite fille, Nassia, avait été enlevée par un monstre dans le même cimetière...

Finalement, elle opta pour l'Île de la Déesse, comme Célestin lui avait conseillé. Alors qu'elle gravissait les escaliers y menant, quelqu'un se racla la gorge derrière elle. Pavelle sursauta, et dans un réflexe, se retourna vivement pour frapper...

... Grida. Cette dernière se releva en grimaçant.
- Hé, tu pourrais être moins agressive ? fit-elle.
- Désolée. J'ai cru que c'était... quelqu'un d'autre, s'excusa la jeune fille, penaude.
- Heureusement que tu ne t'entraînes pas ! Ce sera sûrement un bleu, mais rien de mal. Au fait, où étais-tu ?
- Je cherchais Maître Arfan, mais il dort encore. Du coup, je vais sur l'Ile de la Déesse...
Ce n'était pas la stricte vérité, mais ce n'était pas non plus un mensonge, songea Pavelle. Heureusement que Grida n'était pas douée en sciences humaines... Elle, c'est les muscles, et moi, c'est la tête !
- Dis, je peux t'accompagner ? demanda l'apprentie.
- Si tu veux ...

Elle partirent toutes les deux sur l'Île de la Déesse. Aussitôt, Pavelle se mit à prier, imitée par Grida. Seulement, cette dernière n'était pas connue pour sa patience, et, comme toute pipelette qui se respecte, ne tarda pas à se lancer dans des sujets de discussions soi-disant existentiels. Pavelle l'écoutait d'une oreille distraite, lorsque soudain la bavarde fit :
- Et puis, la petite fille - tu sais, Nassia ? - aurait dit que c'était un démon, le monstre, mais qu'il n'était pas méchant. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que grâce à Link, elle a été retrouvée...
Pavelle sortit brusquement de sa prière.
- Link ?
- Bah oui, pourquoi ? Ah, au fait, hier, c'est lui qui m'a permis de me rendre compte d'une chose : Kiko est amoureux de moi ? Non, mais tu te rends compte ?
- Pavelle s'imagina Link. Il n'était donc pas mort - Grida était incapable de mentir -, alors pourquoi n'était-il pas venu la voir ? Elle revit Link, son équipement de chevalier d'un vert magnifique...

Soudain, l'incroyable se produit. Si brusque que Pavelle ne s'en rendit pas immédiatement compte. Il n'y avait plus que le silence. Grida s'était tue. Elle leva les yeux. Il n'y avait rien. Seulement le néant, un noir profond. Mais un détail n'avait pas changé. Ou presque. La Statue de la Déesse était toujours présente. Sauf que ce qui était de marbre irradiait de lumière, et son visage était de chair. Sous les yeux de Pavelle se trouvait la Déesse Hylia. La Déesse parla alors.

- Fille des cieux, méfie-toi de l'amour. L'amour est la plus puissante des magies, et la magie a toujours un prix. N'oublie pas : si tu ne peux avoir le coeur de celui que tu convoites, ne tente pas de t'en emparer de force. Car alors, tout serait perdu. L'amour est la plus puissante des magies, et son contraire est la haine. La magie a toujours un prix. Tout s'équilibre. Ce que tu perds est gagné par un autre, remplaçant ton bien en son contraire. Si tu perds l'amour... tu gagneras la haine. N'oublie pas. Méfie-toi... ou ce sera la fin. Pour tous ceux que tu aimes.

Avant que Pavelle ne puisse répondre, les ténèbres disparurent. Elle se retrouva de nouveau sur l'Ile de la Déesse. Elle frissonna.

- Viens, on rentre ! lança-t-elle à Grida.
- Déjà ? s'étonna cette dernière. Mais... il fait encore nuit !
- Je sais, répondit Pavelle, avant d'ajouter pour elle : "Et apparemment, mon futur s'annonce n'être constitué que de nuit...".

Juste avant de partir, elle se retourna vers la Statue de la Déesse. Elle se trouvait là comme des années auparavant. Pourtant, un détail frappa Pavelle. Une larme de pierre s'était formée sur le coin de l'oeil de l'idole.

Chapitre 4 : La plante qui parlait   up

La porte s'ouvrit en grinçant et la tête de Grida passa par l'ouverture.
- Tu es sûr qu'il est réveillé, Kiko ? fit-elle.
Derrière elle, l'apprenti chevalier soupira.
- Evidemment, je l'ai vu au réfectoire.
- Pourtant, il n'est pas là ! continua la jeune fille. Pavelle, tu veux toujours l'attendre ?

La gardienne de la concierge opina du chef et le trio ouvrit la porte en grand. Comme on pouvait s'y attendre, la pièce était baignée de lumière qui s'écoulait à flot sur les plantes. Il y en avait de toutes sortes, tailles et couleurs. La profusion était telle qu'il était difficile de garder les yeux ouverts sans risquer de devenir aveugle.

- N'empêche, insista Kiko, je ne vois pas pourquoi tu as besoin de te renseigner sur... comment tu as dit ? "Interruption botanique" ?
- Bon, en gros, Hergo a tenté de me séduire en allant à un rendez-vous que j'avais donné à Link, et...
- QUOI ?!! s'exclama Grida. Tu as donné rendez-vous à Link ?! Pourquoi tu ne me l'as pas dit tout à l'heure ?
- Bref ! reprit Pavelle en foudroyant du regard la rousse. Il m'a dit qu'il était mort dans une...
- Interruption botanique ? compléta Kiko.
- C'est ce que j'ai cru entendre.
- C'est bizarre. Pour ma part, on m'avait dit qu'Hergo avait suivi Link je-ne-sais-où, et son célestrier traîne depuis des jours autour de l'Ile de la Déesse ! Comment aurait-il pu venir ?
- Justement ! Il y a quelque chose qui cloche. Je sens que ce n'est pas Hergo, il aimait trop Zelda (elle cracha ce nom comme s'il lui était insupportable) pour s'intéresser à autre chose que son épi ! Et pourtant...
- Dites, vous pourriez faire moins de fruit ? J'aimerais dormir, alors retournez geindre loin de mes oseilles ! fit soudain une voix sur le sol.

Grida poussa un hurlement et se jeta dans les bras de Kiko qui, surpris, trébucha sur une racine et tomba sur Pavelle. Un silence gêné s'installa, puis une plante, ressemblant à un coussin brun d'où s'échappaient des feuilles, se trémoussa et se leva. Un drôle d'animal apparut.

- Oooooh, il est trop chouuuuu ! s'écria Grida en se relevant pour prendre la créature dans ses bras.
Il fallut un moment pour que les choses se remettent en ordre, surtout lorsque Pavelle et Kiko tentèrent d'arracher la créature traumatisée des bras de l'étudiante.
- Je suis un Tikwi et je me pomme Ramir ! annonça la créature.
- Mais... tu n'es pas une plante ? fit Pavelle.
- Si, bien sûr ! Pourquoi ?
- Dis-moi, tu ne saurais pas quelque chose à propos de...
- Une interruption botanique ? Jamais entendu germer. Par contre, Link, c'est une autre paire de branches...
- Tu... connais Link ?
- Oui. Mais pas mieux que toi. Je sais juste qu'il recherche des... euh... des cristaux qui pousseraient sur la tête de personnes reconnaissantes pour aider un démon dans un cimetière... Il l'a dit à son épée, d'ailleurs...
- Un démon ? Une épée ?
Pavelle jeta un regard à Grida.
- On dirait le monstre de Nassia ! remarqua-t-elle.
- De plus en plus étrange... Mais... et si Hergo était ce démon ? Il aurait possédé Link ?
Sans attendre de réponse, elle fila en dehors de la salle.
- Pavelle, attends ! cria Kiko.

Elle était déjà loin. Ramir, lui, sans faire plus attention à la scène, se remit sous sa forme de plante et commença à ronfler, ignorant superbement le jeune couple. Kiko et Grida échangèrent un regard. Dans quoi leur amie s'était-elle fourrée ?

Chapitre 5 : La Pierre de la Déesse et la boisson des Déesses   up

Pavelle courait à travers Célesbourg. Rien ne semblait plus avoir d'importance. Elle avait eu la confirmation de deux choses : Link était vivant, et il y avait un démon. Ici-même, à Célesbourg.

- Pavelle, attends ! fit quelqu'un. C'était Kiko. Tu ne vas tout de même pas affronter un démon comme ça ?
- Et pourquoi pas ?
- Tu n'as même pas d'armes, et tu ne saurais pas t'en servir !
- Je n'ai pas besoin d'aide.
- Mais...
- Si jamais je peux vous aider... glissa une voix à côté d'eux.

Ils se retournèrent simultanément. Il n'y avait personne, sauf une pierre contre un mur. Un motif d'oeil y était gravé, et des courbes mauves semblaient palpiter à sa base. Deux motifs de pierre se dressaient à son sommet, formant comme deux oreilles.

- Qui a parlé ? demanda Kiko.
- Bah, moi, pourquoi ? répondit la pierre.
- Le démon ! C'est le démon ! cria Pavelle. On est fichus !
- Mais c'est une pierre !
- Frappe-la ! Vite !
- Mais...
- Je suis une pierre Sheikah ! Je ne suis pas le fruit d'un démon, mais l'oeuvre de la Déesse !
- Une pierre Sheikah ? répéta Kiko. On nous en a parlé, mais... je pensais que c'était une légende !
- Si je puis me permettre, il semblerait que la décision de la jeune fille que voici soit... irréfléchie.
- Eh, la rocaille, on t'a pas sonnée ! hurla Pavelle, irritée.
- Je pense qu'il vaudrait mieux que vous gardiez votre sang-froid et que vous songiez à une solution alliant efficacité et sécurité.
- C'est-à-dire ?
- Vous savez qu'il y a un démon ici. Mais un démon n'est pas facilement dissimulable, il y a donc forcément des témoins ! Partons de là et examinons la situation.
- Très bien, firent les deux jeunes gens.
- D'après vous, que ferait un témoin face à un démon ?
- Euh... il s'enfuirait ?
- Il aurait peur. Et donc, que pourrait-il chercher à faire ?
- Oublier ! répondit Pavelle
- Il serait donc plus judicieux de vous rendre dans un endroit où les gens peuvent oublier leurs souvenirs... Si vous voulez le neutraliser, il vous faut d'abord vous préparer mentalement. Quand on connaît un ennemi, la victoire est à moitié assurée !
- Si vous le dites...
- De rien. Ah, et un conseil : n'oubliez pas ce que les gens vous disent. Les gens... ou d'autres personnes ! ajouta la pierre.
- Hein ? C'est quoi ce charabia ? fit Kiko, perdu. T'as compris, Pavelle ?
- Je... je crois, répondit la jeune fille, songeuse ; la pierre parlait sûrement du message de la Déesse qu'elle avait reçu... Se pourrait-il que ce démon soit lié avec l'avenir du monde ?
- Bon, je pense que tu devrais aller à la Citrouille Perchée, soupira l'apprenti-chevalier. Je retourne voir Grida... Je pense que tu devrais pouvoir te débrouiller !
- Oui... merci pour votre aide. Je ne voulais pas vous impliquer dedans...
- A tout à l'heure !

Restée seule, Pavelle resta silencieuse un moment. Puis, elle se jeta de la rampe d'envol la plus proche et siffla son célestrier, un magnifique oiseau jaune.
- Vers la Citrouille Perchée ! cria-t-elle.
L'oiseau répondit par un cri perçant, comme s'il avait compris.

* * *

Le vieil homme fixait d'un air sombre le fond de sa choppe de jus de citrouille. "Jus de citrouille sans sucres ajoutés, mêlé aux arômes délicats de la bière et du miel : la boisson des Déesses ! Disponible pour seulement 10 rubis la chope !" proclamait le panneau publicitaire à côté du comptoir. Il y avait également écrit "L'abus de jus de citrouille sous quelque forme qu'elle soit est dangereux pour la santé, consommez-en avec modération - Le Patron", mais tout le monde s'en moquait. Surtout depuis que quelqu'un avait vomi toute la précieuse "boisson des Déesses" dessus. Seulement voilà : des rubis, il n'en avait plus, et du jus, non plus. Et le souvenir refusait de s'estomper. Le raclement d'une chaise sur le sol lui fit lever la tête. Une jeune femme, toute de jaune vêtu, la coiffure d'un rouge éclatant formant des entrelacs complexes sur sa tête, était assise.

- La boisson vous plaît ? s'enquit-elle.
- Certes. Pas assez forte, mais bonne. A qui ai-je l'honneur ?
- Oh, excusez-moi. Je m'appelle Julia, mais on me nomme "Madame Arôme". C'est moi qui suis responsable de la création de nouvelles boissons. Notamment la "Boisson des Déesses".
- Ah.
- Mais vous ? Que faites-vous là ?
- Je... voudrais oublier.
- Mauvais ménage ?
- Mauvaise curiosité.
- Comment ça ?
- Eh bien, figurez-vous que j'étais sur Célesbourg, il y a peu, et il faisait nuit. Je me promenais, et tout à coup, je tombe sur un cimetière. Et là, je vois une porte ouverte, avec une échelle derrière. Je m'dis : "Pour sûr, c'est bizarre, il n'y a personne ici." Du coup, je m'avance, et je descends une échelle sur le sol.
- Et ensuite ?
- L'échelle conduisait justement à des plateformes sous l'île - oui, en dessous - , qui conduisaient à une sorte de chaumière. Du coup, j'entre, et là...

* * *

- A tout de suite ! lança Pavelle à son célestrier. Promis, je reviens tout de suite !
L'oiseau cria et agita les ailes. Puis il s'envola. Pavelle se retourna et ouvrit la porte de la Citrouille Perchée. Une forte odeur de citrouille lui parvint aux narines.

- Un Démon ?! cria soudain une femme. Pavelle s'immobilisa et dressa l'oreille.
- Ouaip, un démon. Comme ça, dans Célesbourg. Vous vous rendez un peu compte ?
- Et... comment était-il ? voulut savoir la femme.
- Euh... excusez-moi ? intervint Pavelle.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Oh, vous voulez vous asseoir ? Prenez donc une chaise !
- Merci, accepta la jeune fille. Mais... vous êtes... Madame Arôme ?!
- Oh, vous me reconnaissez ! rit la dame en jaune. Vous êtes charmante, ma chère... Où avez-vous trouvé un fichu aussi seyant avec votre chevelure ? Il vous va à ravir !
- Merci, mais je suis là pour parler du démon.
- Vous aussi ! Justement, monsieur ici présent était en train de m'en parler. Alors, comment était ce démon ? reprit-elle.
- Eh bien... Il avait une peau d'une teinte de moisi, des cornes rouges se dressaient sur sa tête, des ailes énormes de chauve-souris lui sortaient de son dos... Un vrai cauchemar. Mais le pire, c'était sa chaumière : tout était en...
Il s'interrompit pour boire le fond de sa choppe.
- En ? voulurent savoir les deux femmes.
- En OS ! Vous vous rendez compte ?

Pavelle voulut poser d'autres questions, quand le Patron de la Citrouille Perchée cria par dessus les conversations :
- Les amis, vous n'avez plus écouté le tube de la citrouille depuis que l'accompagnateur est parti.
Une clameur déçue s'éleva.
- Eh bien, à présent, ce n'est plus le cas, car le jeune homme ici présent a gracieusement offert de le remplacer !
La salle éclata littéralement de joie. Mais Pavelle était hypnotisée par le jeune homme qui allait jouer. C'était Link.

Chapitre 6 : L'informateur   up

Quelques kilomètres plus bas, en-dessous des nuages, bien loin des préoccupations de Pavelle, se tenait un individu. Ce n'était pas un humain. C'était un chasseur, guettant sa proie. Le vent ramena sur lui quelques feuilles desséchées qu'il mit au sol d'un mouvement de sa coiffure, sans y faire plus attention.

Son informateur était en retard. Il se tenait dans le creux d'un bâtiment assez imposant au bord d'un vallon. Tout était concentré dans ce lieu, de l'origine au dénouement. Il s'appelait Guirahim, et s'autoproclamait "Monarque démoniaque" depuis que son maître, l'Avatar du Néant, avait été enfermé dans une épée.

D'après ce qu'il savait, les Tikwis, un peuple autochtone, avaient un jour l'apparence de petits lutins et avaient remis cette épée aux humains pour les protéger. Ils se nommaient alors les Minish. Guirahim sourit en repensant à ce que son maître et lui avaient vu concernant les différentes populations. Seuls les humains, les Gorons et les Sheikah étaient restés comme avant. Mais les êtres de l'eau, les Zoras, avaient choisi les airs pour devenir des oiseaux, les Minish étaient devenus les Tikwis, et les Mojos avaient perdu l'usage de la Parole.

Mais c'était mieux ainsi. Tout était toujours mieux. Jusqu'à ce que Link arrive... Un flap-flap discret le tira de ses pensées. Recupix était là.

- Eh bah, on peut dire que tu en as mis, du temps !
- Désolé, l'autre type en vert a voulu que je l'aide pour transporter un vieux mogma... J'vous jure !
- Si tu savais à quel point je m'en maquille ! soupira Guirahim
- Vous ne pourriez pas, le Vendeur a vendu son dernier kit de beauté à une certaine Grida.
- Quoi ?! Mais il m'avait dit qu'il m'en laisserait de côté !
- De toute façon, on n'est pas là pour parler de ça !
- C'est vrai. Bon, quelles nouvelles ?
- Bah, la Fille de la Consigne, là... Pavelle, je crois... Elle est bel et bien tombée amoureuse de Link.
- Ah ! Excellent. Et tu lui as fait boire la Boisson des Déesses Etoilée ?
- Je l'ai versée discrètement sur son pain. Elle n'a rien remarqué ! Encore heureux que cette fichue grosse dame ait laissé son livre dans le placard, sinon, elle aurait été moins efficace, et surtout, elle ne serait pas incolore, inodore et sans goût !
- Et après ?
- Bah, elle n'est pas allée à son travail, mais je l'ai vue parler avec ses amis d'un démon et d'Hergo... Je pense que c'est lui qu'elle a vu.
- Hergo ? L'autre nigaud qui vit avec Impa ?
- Lui-même.
- Et quand tu parles du démon... C'est le Démon Bénévolent ?
- Ouaip, c'est bien Morcego.
- Eh bien, c'est de plus en plus intéressant... Je ne pense pas qu'Hylia se doute un seul instant de ce qui l'attend, ni de la manière dont j'ai utilisé ses Iles à son désavantage !
- Ni que vous aviez enchanté la fleur que Link a ramenée pour me réparer ! Il n'empêche... c'est étrange de voir à quel point Fay et vous soyez identiques et opposés à la fois...
- Fay ? Pff ! Aucun rapport !
- Link ? fit soudain une voix.

La Porte du Temple du Sceau s'ouvrit, et une tête passa à travers l'embrasure.

- Alors ? voulut savoir la voix chevrotante d'une vieille dame.
- Personne... J'aurais pourtant juré entendre des bruits !
- Bah, être enfermé doit te taper sur le système. Si tu allais huiler ta.. euh... Mégacatapulte ?
- OUAIIIIIS ! Bien reçu, Mamie !
- Combien de fois te dirais-je de ne pas m'appeler comme ça...

Sans répondre, le garçon sortit en refermant la Porte et se mit à courir. Guirahim le connaissait. C'était Hergo, un des anciens rivaux de Link. Quand il fut assez loin, Guirahim chuchota :

- Bon ! Retourne dans le ciel, sinon ils risquent de s'apercevoir de quelque chose. Je reste ici. Arrange-toi pour que Pavelle et Morcego empiètent sur la mission de Link... J'aimerais tout de même savoir comment elle a eu vent de son existence, mais bon... Ah ! Au fait, où est Link ?
- Bah, sur l'Ile de la Citrouille...
- Il ne faut surtout pas que Pavelle et lui se croisent, compris ? Sinon, le charme s'interromprait...
- Oui, j'ai bien...

Le robot s'interrompit tout à coup.

- Quoi ?
- Euh... je crois qu'elle parlait de se rendre à l'Ile de la Citrouille... pour le démon... balbutia Récupix.

Un long silence se fit alors.

- Pardon ?
- Je, euh...
- Tu es en train de me dire que Pavelle et Link sont sur la même île ? demanda calmement Guirahim.
- Euh...
- Tu sais ce qui arrive à ceux qui me déçoivent ?
- N-non...

Le monarque démoniaque fit un mouvement, et ses deux bras se changèrent en lames affutées.

- Alors tu vas vite comprendre pourquoi dans le présent, tes confrères ne fonctionnent plus qu'avec des chronolithes...

A quelques centaines de mètres de là, Hergo, absorbé par l'entretien de sa Mégacatapulte, entendit un son métallique. Il se pencha, pensant que le bruit venait de son bricolage, revissa deux vis saillantes et se remit au travail, sans se soucier plus que ça du bruit...

Chapitre 7 : Le Démon bénévolent (bienveillant)   up

- PAVELLE !!! PAVEEEEELLE !!!
Les cris n'en finissaient pas. Célestin apparut au coin de l'école.
- Oh, euh... désolé ! balbutia-t-il en découvrant Kiko et Grida enlacés.
- Oups ! lâcha Grida.
- Célestin ! protesta Kiko. Tu pourrais prévenir !
- Bah... je... je cherchais Pavelle ! lança Célestin.
- Pavelle ? Elle est allée à la Citrouille Perchée... Pourquoi tu veux la voir ?
- Rien, c'est juste qu'elle m'avait demandé quelque chose, et je l'ai terminé !
- C'est quoi ? Un de tes masques, non ? fit Grida. On peut voir ?
- Sûrement pas ! L'utilisateur doit être celui qui ouvre le colis et qui essaie le Masque. Sinon, ça ne marche plus !
- De toute façon, elle arrive, commenta Kiko.

En effet, deux célestriers atterrirent devant eux. Pavelle et Link en descendirent. Sitôt sur la Terre (enfin, sur l'Ile), ils se mirent à courir.

- Vite ! cria Pavelle.
Trop stupéfaits par ce départ si rapide, les trois amis restèrent plantés là.
- Mais... mais... dit Célestin, sous le choc.
- Au pire, va à l'Ile de la Déesse ! conseilla Grida. Quand on la reverra, on lui dira d'aller là-bas. Elle y passera forcément !
- Oui... sans doute...
- Grida... commença Kiko, mais la jeune fille l'interrompit.
- Un instant ! Célestin...
- Oui ?
- Que penses-tu de Pavelle ?
- Moi ? Euh... rien... enfin, je...
- Tu es amoureux ! YOUPI ! cria la jeune fille.
- Hein ? Mais elle est amoureuse de Link ! fit Kiko. Enfin, je veux dire... Comment as-tu deviné ?
- Instinct féminin. Autre réponse ?

Célestin, rouge comme une pivoine, détala sans demander autre chose, de crainte d'obtenir d'autres "réponses".
- Ah la la ! Elle en a de la chance... soupira Grida, émue. Tu crois que je pourrais être sa demoiselle d'honneur ?
Kiko la regarda un long moment, puis secoua la tête. Grida était vraiment une fanatique des potins à l'eau de rose. Plus loin, la course de Pavelle et de Link s'arrêtait alors que celle de Célestin débutait.

- C'est ici ! indiqua Link en montrant une porte contre un mur.
Ils se trouvaient dans le cimetière de Célesbourg - qui, par chance, était encore vide. La porte en question débouchait sur une échelle qui descendait dans les entrailles du nuage. Pavelle fixa l'ouverture.

- Tu es sûr que c'est sécurisé ?
- Mais oui, je l'ai emprunté plusieurs fois ! T'inquiète pas pour ça...
- N'empêche, j'ai un peu de mal à croire que je vais voir un démon... J'espère que ce n'est pas un piège !
- Pourquoi voudrais-tu que c'en soit un ?
- Une prémonition...
- Bon, bah c'est à moi d'y aller, on dirait ! claironna Link.

Le jeune homme empoigna les premiers barreaux et commença à descendre. Pavelle le suivit. En bas, il y avait une passerelle qui conduisait à une cabane. Une cabane dont les contours des portes étaient fait en...

- En os... murmura Pavelle. Il avait raison...
- Hein ?
- Non, rien...
- Il est dedans.
- Hein ? C'est tout ? Je croyais qu'il était plus caché que ça, moi !
- A l'origine, la porte n'est pas ouverte ! indiqua Link.
- Ah... d'accord. Et... on frappe, ou on ouvre directement ?
- Pourquoi ?
- Ah, euh... non, rien, je suppose que ça n'a pas d'importance...
- Tu es sûre que ça ira ?
- Oui, fit-elle, déterminée. A nous deux, Démon !

Et ils entrèrent dans la demeure.

- Link ? fit une voix.
- Présent.
- Ah ! Tu viens m'apporter des cristaux de gra...
Pavelle était là, derrière Link. Morcego ne l'avait pas vue au premier regard. Il s'écria :
- Une femme ? Pourquoi ?
- Oh, euh... Pavelle souhaitait vous rencontrer !
- Enchantée, Monsieur le Démon...
- Appelez-moi Morcego.
- Oui, Monsieur le... euh... Morcego. Link m'a parlé de votre quête pour les cristaux de gratitude, tenta-t-elle.
- Ah ! Vous voulez l'aider ?
- Euh... oui !
- Merci ! Vous pouvez maintenant voir les cristaux de gratitude !
- Ah bon ? Bravo, Pavelle ! rit Link.
- Oui, merci... Mais ce n'est pas l'unique raison de ma venue.
- Oh ? Voyez-vous ça...
- Vous êtes un démon, et vous vivez ici. Se pourrait-il que vous auriez perçu de la magie dans les environs, récemment ? Ou une entité maléf...
Le démon porta la main à la bouche de Pavelle.
- Chut, jeune fille ! souffla-t-il. Il existe des mots qu'il vaut mieux ne pas évoquer. Du moins lorsque l'on n'a rien à voir avec eux.
- Comment fa ? (Elle essayait de parler avec la main du démon devant sa bouche).
- Il y a un complot pour le pouvoir... J'en avais entendu parler, mais il s'est concrétisé il y a quelques semaines par la venue d'une tornade. Il s'agit là du Pouvoir Suprême, bien entendu. Je ne peux pas vous en dire les détails, mais... sachez qu'il se peut que si vous avez été témoin, voire victime d'évènements étranges, vous ayez un rôle à jouer dans cette tragédie... le tout est de savoir dans quel camp se trouve la balle. Méfiez-vous des ombres, comme de la Lumière. Gardez votre équilibre, quoiqu'il arrive. Et surtout...
- Oui ?
- Gardez la tête froide. Rentrez chez vous, reposez-vous... Il arrive que certaines situations se débloquent d'elles-mêmes.
- Si vous le dites...
- Evidemment. Et...

La porte s'ouvrit brusquement et une petite fille essoufflée déboula à l'intérieur.

- Pavelle ! cria-t-elle.
- Nassia ? Mais... qu'est-ce qu'il y a ? Un problème ?
- Ou... oui... c'est...
- Quoi ? demanda Pavelle, angoissée.
- La Consigne...
- Quoi, la Consigne ?
- Cambriolée. La Consigne... a été cambriolée.

Chapitre 8 : Déclaration d'amour   up

Nassia avait dit vrai. Au coeur du Marché Couvert, les armoires blindées de la Consignes béaient, telles des cadavres éventrés. Pavelle sortit et s'assit sur un petit muret. Elle avait échoué. Son objectif était de surveiller le bon fonctionnement de la Consigne. Comment les gens qu'on avait volés le prendraient-ils ? Rien ne saurait réparer son tort.

"Sachez qu'il se peut que si vous avez été témoin, voire victime d'évènements étranges, vous ayez un rôle à jouer dans cette tragédie..." C'est ce qu'avait dit Morcego. Elle était la victime, mais aucun coupable apparent n'était présent. Elle ne songeait plus qu'à une chose : disparaître. Loin de tout ça. Quelqu'un s'assit à côté d'elle. Elle sut immédiatement que c'était Link.

- Je sais que ce n'est pas le moment, mais... commença-t-il.
Pavelle ne dit rien.
- J 'aurais quelque chose à te dire ce soir. D'important.
- Alors quoi ? En une demi-journée, tu as vu tout ce que j'ai subi ? J'ai vu parler une plante et une pierre, j'ai vu un héros jouer les troubadours tant bien que mal pour qu'il accepte de me mener vers un démon parano, tout ça pour que mon lieu de travail soit cambriolé ?! rétorqua Pavelle.
- Ecoute, ce n'est pas...
- J'en ai assez. Assez de tout ça. Pourquoi faut-il toujours que les pouvoirs soient recherchés et entraînent des guerres ?
- Tu ne devrais pas parler de ça comme ça. L'enjeu est beaucoup plus important que ça.
- L'enjeu est... attends... comment tu sais ça, toi ?
- Disons que j'ai été impliqué plus ou moins dans ces évènements.
- C'est en rapport avec cette épée ? Je ne l'avais jamais vue...
- Plus ou moins, oui...
- Alors, qui sont ces puissances évoquées par Morcego ?
- Je te...

Le regard de Link fut soudain attiré par des papillons bleus sur la place devant eux.
- Désolé, je dois y aller. Mais ce soir, je serai là, promis !
- Ce soir...

Mais le héros était déjà parti. Pavelle ramena ses jambes contre elles et les entoura de ses bras. Tout cela n'avait aucun sens. Pourquoi avait-elle vu Hergo ? A part elle, personne ne l'avait vu. Comme s'il s'agissait d'une hallucination... Etait-elle vraiment manipulée ? Derrière elle, une silhouette se tenait là, cachée dans un coin du mur, dissimulant un sourire narquois...

***

La journée sembla s'écouler avec une lenteur incroyable. Rien ne lui semblait réel. Elle se sentait seule, terriblement seule. Quand elle rentra enfin chez elle, son père n'était pas encore rentré de l'Ile aux Bambous où il s'entraînait. Link ne tarda pas à rentrer à son tour.

- Ah, Link ! s'écria Pavelle. Qu'est-ce que tu voulais me dire ?
- Eh bien... C'est à propos de mes sentiments ...
Le coeur de Pavelle se mit à battre plus vite. Se pourrait-il que ?
- Tes sentiments ?
- Oui, je...
- Alors ? le pressa Pavelle.
- J'aime...
Pavelle afficha un grand sourire
- Zelda, acheva Link.
Adieu, le sourire. Pavelle ne comprenait pas.
- Attends... quoi ?
- J'aime Zelda, répéta Link.
- Et... et moi ? Que penses-tu de moi ?
- Tu es la Fille de la Consigne, pourquoi ?
- Non, je voulais dire... comment me considères-tu ?
- Comme une amie !

La déception envahit le coeur de Pavelle. Elle posa sa tête contre la table. Derrière elle, elle entendit son père rentrer. Link et lui échangèrent alors quelques mots. Du coin de l'oeil, elle vit quelque chose se former au-dessus de la tête de son père. Quelque chose d'étrange. Des cristaux jaunes.

"Vous pouvez maintenant voir les cristaux de gratitude", avait dit le Démon. La vérité éclata dans l'esprit de Pavelle : son père savait qu'elle était amoureuse et avait demandé à Link de chasser le "prétendant". Link l'avait manipulée dans le but d'obtenir des cristaux de gratitude ! Alors, son coeur brisé se changea lentement en glace. L'amour s'était changé en haine profonde. Elle allait tuer Link. De ses propres mains. Elle allait...

- Pavelle !!! hurla Grida, à côté d'elle.
Pavelle sursauta.
- Grida ! Mais ça va pas ?
- Oh ! Excuse-moi. C'est juste que... Célestin t'attend sur l'Ile de la Déesse.

Chapitre 9 : Le Masque   up

- Quelque chose ne va pas, Pavelle ? s'inquiéta Grida.
- Hmmm ? Oh, si. Tout va très bien, répondit la jeune fille d'une voix sans émotion.
- On dirait un fantôme ! insista son amie. C'est le rendez-vous avec Célestin qui te rend comme ça ?
- Que... quoi ?! s'écria Pavelle, stupéfaite.
- Bah oui, qu'est-ce que tu croyais ?

Les rouages s'imbriquèrent aussitôt dans l'esprit de Pavelle. Sa timidité, sa rougeur aux joues...

- Il... il m'aime ?
- Ne me dis pas que tu n'étais pas au courant ?! lâcha Grida. Oups...
- Quoi ?
- J'avais oublié que c'était Link que tu...
- NE PRONONCE PAS SON NOM ! hurla Pavelle, faisant sursauter sa voisine.
- Alors, tu vas dire oui ?
- Je... je ne sais pas. Il faut... que je réfléchisse. Beaucoup de choses se sont déroulées, aujourd'hui...
- Je m'en doute bien... Allez, souris un peu ! Tu vas l'avoir, ton Masque !
- Super...

A leur arrivée, Célestin, assis sur un banc, releva la tête. Un sourire était figé sur son visage. Dans ses mains, il y avait un petit paquet. Il se leva et le tendit vers Pavelle, sans un mot. Grida se mit à côté de Kiko et commença à se frotter les mains d'un air enthousiaste. Pavelle retira l'emballage et découvrit le Masque. Ce dernier avait la forme d'un coeur, où les deux parties possédaient un oeil jaune. Une forme rouge regroupait la pointe du coeur et les deux yeux. Le reste était mauve. Les contours, parfaitement lisses, étaient bombés et rembourrés de manière à ne pas rendre le port difficile, et des points alignés en deux colonnes permettaient au Porteur de respirer. Tous retinrent leur respiration alors que Pavelle enfilait le Masque. Il lui allait à merveille.

- Tu nous expliques ? demanda Grida à Célestin.
- A partir de la photo de Majora, la mère de Pavelle, j'ai préparé l'élément qui permettrait la fabrication du Masque. L'émotion qui s'en dégageait le plus était l'amour, d'où la forme de coeur. Les deux yeux représentent les forces qui veillent sur toi, ainsi que celles qui surveillent tes ennemis. Et la forme rouge représente à la fois le lien entre ces forces et toi, et la Trinité. La couleur rouge vient du fait que la Force me paraît plus indiquée pour la protéger.
- Le coeur ne veut-il pas aussi dire quelque chose ? demanda Pavelle en se rapprochant.
- Euh.... eh bien...
- Ma réponse est oui.

Un silence se fit.

- OUIIIIIIIIIII ! s'écria Grida. Je peux être demoiselle d'honneur, hein ? Je peux ?
- Félicitations, Célestin, sourit Kiko. Célestin, lui, était d'un rouge vif.
- Eh, regardez, à côté de la statue de célestrier ! cria Grida. C'est Link !
- Quoi ? firent en coeur les trois autres adolescents.
- Il l'a fait pivoter... Je ne savais pas que de jour, c'était possible... On se rapproche ?

Ils se mirent au bord de l'île. Soudain, une forme jaillit du Bec de la Statue. Puis plus rien.

- Qu'est-ce qu'il fabrique ? murmura Kiko.
Comme pour lui répondre, le sol se mit soudain à trembler.
- Que... qu'est-ce qui se passe ? demanda Célestin, affolé.
- Oh non... fit Pavelle, inquiète. Faut qu'on retourne à Célesbourg ! Vite !
Ils se mirent aussitôt à courir. Arrivé en haut de l'escalier qui menait aux habitations, le tremblement s'arrêta enfin.
- C'était quoi ? demanda Célestin, affolé.
- Aucune idée, répondit Pavelle en le fixant.
- Ne me regarde pas avec ce Masque, s'il te plaît ! C'est flippant !
- Oh ? Désolée.
Ils se tinrent là un moment, le temps de récupérer leur souffle.
- Bon, il faut qu'on rentre ! lança Kiko. Il se fait tard !

A la fin de sa phrase, le sol se remit à trembler. Plus violemment. L'escalier commença à craquer, puis céda soudain. Les cordes claquèrent violemment et frappèrent les jambes de Kiko, qui s'effondra en hurlant. Grida et lui, agrippés à la rampe, chutèrent en contrebas. Par chance, ils atterrirent sur des célestriers. Pas Célestin ni Pavelle. Ils tombèrent comme des pierres à travers le ciel étoilé, vers les nuages.

- Pavelle ! hurla Célestin.
- Quoi !
- Je t'aime ! Et, le Masque...
- Oui ?!
- Donne-lui un nom !

Et les nuages les engloutirent avant qu'elle ne put répondre, l'Ile de la Déesse sur leurs talons.

- Tout va bien, Maître ? demanda la créature bleue à Link.
Link se frotta le nez, pensif.
- Oui... mais j'ai cru entendre quelqu'un en bas...
- Rassurez-vous. Mon analyse a révélé qu'il y avait 99% de chance pour qu'il n'y ait personne.
Link ne savait que penser. Mais il savait qu'à présent, il n'était plus possible de revenir en arrière.

Chapitre 10 : Le Sanctuaire   up

Donne-lui un Nom...
Hein ? pensa Pavelle.
Son Nom...
Qu'est-ce que...
Vite !
Qui...
... Non... pas encore...
Célestin ?
Adieu, Pavelle...
Célestin !
Donne-lui un Nom...
Euh...
DONNEZ-LUI UN NOM !!!

- MAJORA ! hurla Pavelle.
Elle se redressa brusquement, et la créature qui était penchée au-dessus d'elle s'écarta brusquement pour ne pas cogner sa tête.
- Vous voilà enfin réveillée, Déesse Majora.
- Qu... quoi ? souffla Pavelle, interloquée. Je... vous devez confondre avec ma mère !
- Non, c'est bien de vous qu'il s'agit. Majora, anciennement Pavelle Ailedor, de Célesbourg.
- Mais... je ne suis ni Déesse, ni Majora !
- C'est pourtant le Nom de Pouvoir que vous avez choisi, n'est-ce pas ?
- Hein ?
La créature soupira.
- Il semblerait que chez les humains, certains récits aient été perdus... Fay m'en avait parlé, mais à ce point-là... Bon ! Savez-vous comment les Dieux apparaissent ?
- Euh... non, pas spécialement...
- Lorsqu'une personne meurt avec un Masque Emotionnel et l'émotion inverse au coeur, elle réapparaît sous une forme éthérée puissante. Autrement dit, la dualité des sentiments qui l'habite empêche la mort d'emporter son âme, au contraire, elle la sublime.
- Alors... je serais une... Déesse ? Et vous... vous êtes un Dieu ?
- Non. Je suis un Gardien. J'ai pour mission de garder les portails séparant les mondes spirituels et les mondes physiques. Ici, nous sommes dans le Sanctuaire.
Autour d'eux, tout était noir, ce qui n'empêchait pas de voir distinctement. Pavelle était allongée dans une sorte d'alcôve, taillée dans un matériau blanc. Au loin, on pouvait distinguer des plateformes avec ce qui ressemblait à de l'eau. Un grand silence régnait.
- Et... et Célestin ?
- Le Masqueur est mort, mais son âme reviendra dans le monde des Vivants au bout d'un siècle. Il en est ainsi depuis le début.
- Et... et moi ?
- Premièrement, vous devrez commencer par vous connaître. Je veux dire par là qu'il vous faut déterminer la nature de votre pouvoir, puis votre artéfact, et enfin votre Race.
- Hein ? Mais... ça va faire mal ?
- Non, bien sûr que non ! Mais...
- Attendez... est-ce que ça a un rapport avec ce que disait Morcego ?
- Le Démon Bénévolent ? Eh bien...
- GARDIEN !!! fit une voix.

Pavelle et la créature se retournèrent vivement vers une dame toute vêtue de vert qui venait vers eux (une autre Déesse, songea Pavelle).
- Déesse Farore, fit le Gardien. Que puis-je faire pour vous ?
- Tu vois bien que Majora est sous le choc, non ? Alors pourquoi l'abrutir d'explications ? Mieux vaut qu'elle affronte les derniers détails avant de comprendre !
- FARORE ! fit une autre voix derrière elle.
Une autre Déesse, en bleu, cette fois, venait à son tour.
- Je proteste ! Comment veux-tu qu'elle fasse bien si elle ne sait rien ?
- Bah voyons ! riposta Farore. Le fait de foncer tête baissée ne m'a jamais posé de problème !
- Bon sang, c'est pas la Déesse du Courage, c'est celle de la Témérité ! Je te signale que ça ne t'a pas empêché de mourir à cause de végétation !
- T'étais avec moi, je te rappelle... Tout ce que tu pensais, c'était d'aller pétrifier le corbeau de Maléfique !
- Evidemment, Mâdame veut que la robe soit verte, Mâdame veut que le plan suivi soit sous ses ordres... Tu ne savais même pas comment nourrir Aurore, alors ne commence pas !
- Ça vaut toujours mieux que de rester accrochée aux jupons de Din...
Le Gardien se racla la gorge.
- Eh bien, puisque vous n'avez plus besoin de moi, je vais...
- Attends ! Envoie quand même Majora pour son épreuve ! Je retiens Nayru !
- TRAÎTRESSE ! TU ME LE PAIERAS ! hurla la Déesse de la Sagesse.
- C'est par là, murmura le Gardien en s'éloignant.
- Quelles créatures étaient-elles, avant de mourir ?
- Din, Nayru et Farore étaient trois fées. Elles sont mortes en voulant sauver une Princesse du maléfice d'une sorcière, Maléfique. Elles ne cessent de se disputer, mais elles peuvent être très puissantes quand elles s'entendent. Par exemple, elles ont créé le monde où vous avez grandi. Mais c'est de l'histoire ancienne.
- Alors, il existe d'autres mondes ?
- Bien sûr ! Bon, à présent, il faut que vous rentriez dans le cercle, fit le Gardien en indiquant une forme sur le sol. Bonne chance, Déesse Majora.

Pavelle rentra dans la figure, et elle disparut. Le Gardien baissa la tête. Quelque chose lui disait que Nayru avait raison, qu'il aurait dû attendre... Mais il était trop tard.

Chapitre 11 : La Déesse du Temps   up

Le célestrier poussa un cri strident et s'envola. Vêtu de plumes blanches et noires, il transportait Hergo, accompagné par ses acolytes. Bientôt, ils ne furent plus qu'un point dans le ciel. Zelda soupira.
- Ça ne va pas ? fit Link.
- Non, je pensais à Impa... Où penses-tu qu'elle est ?
- Aucune idée... N'empêche, qu'a voulu dire Fay en disant qu'on se reverrait bientôt ? L'Avatar du Néant est vaincu, non ?
- Si, mais...
- Quoi ?
Zelda repensa à son entrevue avec Pavelle, sous sa forme spirituelle. Rien d'étrange n'était survenu. Mais elle se sentait oppressée, comme si un danger la guettait. Mais comment dire à Link qu'une fille qui avait des sentiments pour lui risquait de causer leur perte ?
- Rien, lâcha-t-elle. Juste un pressentiment.
- En tant que déesse Hylia, tes pressentiments ne sont pas rien, fit remarquer Link.
- Non, ce n'est rien, je t'assure ! Bon, si on allait aménager notre nouvel abri ?
- Link ? retentit soudain une voix derrière eux.
Ils firent volte-face pour apercevoir une silhouette venant vers eux. Elle était vêtue d'une robe éclatante de lumière, et sur son visage se trouvait un Masque violacé ; ce dernier était en forme de coeur et possédait deux yeux.
- Pavelle ! cria Zelda, inquiète.
- Alors, vous vouliez vous installer ici...
- Non, ce n'est pas...
- Tranquillement, rien que tous les deux...
- Arrête !
- Pavelle ? intervint Link. Mais comment...
- Alors que toi, tu as tué des innocents et paralysé plus d'un ?
- Ça suffit, Majora ! hurla alors Zelda.
La silhouette masquée se tourna vers elle.
- Comment connais-tu mon nom ?
- Heu... je...
- Majora ? répéta Link. Je ne t'ai jamais vu...
- Oh, si, tu m'as vu. Bien plus souvent que tu ne le penses. Mais tu m'as abandonné, et tu as entraîné ma mort avec mon fiancé...
- Arrête ! L'amour est l'une des plus puissantes formes de magie, et son contraire est la haine ! Ne te laisse pas submerger ! dit Zelda.
Majora reconnut brusquement ces mots.
- Les mots d'Hylia... Mais alors...
- Oui, avoua Zelda. Je suis Hylia.
C'était trop pour Majora.
- Alors, tout ce qui m'est arrivé, c'est de ta faute ! A cause de tes manigances, je suis coincée ici, sans Célestin ! Je... je...
- MAJORA ! CALME-TOI ! hurla Hylia.
Mais il était trop tard. Majora sentit soudain dans ses veines une énergie nouvelle, chargée de haine brûlante. Elle perdit le contrôle d'elle-même et dirigea cette énergie vers le couple en hurlant. Hylia voulut se protéger, mais elle ne réussit pas à en faire autant pour Link. Ce dernier disparut dans l'onde lumineuse générée par Majora.

* * *

- Vous avez entendu, Kaepora ? fit Maître Hulul.
- Ce cri ! renchérit Maître Arfan. On aurait dit qu'il venait de sous les nuages...
- Je l'ai entendu, répondit le directeur de l'Ecole de Chevalerie. J'espère que ce n'est pas...
Soudain, de sous les nuages, une lumière blanche apparut et se dirigea aussitôt vers un célesbourgeois qui passait par là. Quand elle le toucha, l'individu disparut, comme ça.
- Oh non... murmura Kaepora. C'est pire que ce que je craignais.
D'autres lumières apparurent, et toutes, avec la première, se mirent alors à toucher tous ceux qu'ils voyaient. Et dans le plus grand silence. Kaepora entrevit alors Kiko, les jambes lacérées, assisté par Grinda, qui arrivaient sur la place. Il voulut les prévenir, mais il fut aussitôt touché par une sphère.

* * *

A la citrouille perchée, Madame Aroma, assise avec l'ivrogne, voyait ce curieux spectacle. Elle se mit à éclater de rire.
- Le spectacle est fini ! Rideau ! Une dernière Boisson des Déesses, avant d'aller les rejoindre, Dotour ?
- Avec joie, Mam'zelle...
Et ainsi, peu à peu, toute trace des Hyliens disparut.

* * *

- Majora, arrête !
- Je ne peux plus arrêter ! cria Majora, soudainement inquiète. Je ne contrôle plus cette énergie !
Des épines commencèrent alors à apparaître sur le Masque qui était jusque-là lisse.
- Non ! Arrête ce flux, sinon, tu vas aussi anéantir tous les autres êtres vivants !
- Alors aide-moi ! Vite !
Hylia hésita.

* * *

Les lumières furent alors hors de contrôle. Elles touchèrent tout être humain qu'elles voyaient. Les Tikwis dans leur forêt, les célestriers, les plantes, les Bokoblins, les Mogmas, les plantes... pas un n'y réchappa. Mais ils ne disparurent pas. Ils se transformèrent. Tous. En des formes qui n'auraient plus dû exister. Les Tikwis redevinrent Korogus, puis Kokiris, puis Minish, les célestriers revinrent à leur état de création, avec une tête humaine et un corps d'oiseau, et ce, sur toutes les espèces. Seuls les Gorons y réchappèrent, mais ils perdirent leurs cheveux et leurs moustaches.

Et une autre lumière, unique, traversa une faille en dessous des pieds des deux Déesses paniquées. Elle suivit les contours de ce qui avait été le vallon du sceau, et atteignit un des derniers êtres vivants à ne pas avoir été touché.

L'épée du sceau. Elle se mit soudain à rayonner étrangement. Et enfin, les lumières disparurent. Les espèces actuelles avaient été remplacées par leurs ancêtres. Majora avait remonté le temps d'évolution des êtres vivants. Elle était la Déesse du Temps.

Chapitre 12 : L'Avatar du Néant   up

Hylia et Majora se tenaient, là, immobiles. Hylia était pâle, Majora se sentait faible.
- Alors, tu es la Déesse du Temps... murmura Hylia.
- Qu... quoi ?
- Tu ne comprends pas ? Ta haine a libéré toute ton énergie, et cette énergie a fait remonter le temps de l'évolution de toutes les espèces. A une époque antérieure à celle où j'ai créé les Hyliens.
- Quoi ? Mais alors...
- Il n'y a plus d'Hyliens.
Majora sentit dans son coeur le poids de la culpabilité.
- Mais tout n'est pas perdu, ajouta Hylia. Je sais ce que ça fait de devenir une Déesse. Moi non plus, je n'ai pas été très... pacifique, lors de la démonstration de ma nature. Mais si tu baisses les bras, tout sera perdu. C'est ça que tu veux ?
- N... non...
- Bien ! Il existe une solution. Mais tu ne pourras pas en sortir indemne. Le Fabriquant de Masques est encore sous forme d'âme, et ton amour pourra lui permettre de revenir pour accomplir une dernière fois son âme. Mais après... son âme se transformera en masques et sera scindée en cinq. A toi de choisir.
- Un choix ?
- La survie de l'espèce hylienne, où l'éloignement de ton aimé ?
- Je... Célestin n'aimerait pas que tant de gens souffrent pour lui.
- Alors, viens ! fit Hylia en saisissant Majora par le bras.
- Attends ! Et... mon Masque ? Pourquoi s'est-il transformé ?
- C'est ton sceau, fit Hylia sans se retourner.
- Mon sceau ?
- Lors de la démonstration, chaque déesse laisse un sceau dans le monde en partant. Ce sceau permettra à celui qui le porte d'invoquer sa puissance. Pour Din, Nayru et Farore, qui ont été testées ensemble, ce sceau est la Triforce. Pour moi, c'est un Oiseau qui est apparu. Et pour toi... un Masque s'est formé.
- Ah... d'accord. Mais où va-t-on ?
- Tu te rappelles du Sanctuaire ?
Majora opina du chef.
- Alors penses-y fort.

La Déesse du Temps obéit, et soudain, elle eut un sentiment de vertige. Elle retournait dans le Sanctuaire ! Sous son bras, la présence d'Hylia était toujours palpable. Soudain, quelque chose agrippa son pied et la déroba de l'emprise d'Hylia.
- HYLIA !!! hurla Majora, paniquée.
Mais Hylia était trop loin. Majora ouvrit les yeux. Elle se trouvait dans les Ténèbres. Seule. Non, en y réfléchissant, elle n'était pas seule. Il y avait là quelque chose de plus sombre encore que les ténèbres. Une présence inquiétante, qui n'avait rien de pacifique.
- Déesse Majora, fit une voix rauque. La Déesse du temps... ou devrais-je dire Pavelle ?
- Qui êtes-vous ?! hurla Majora.
- Je suis celui grâce à qui tu as pu obtenir tes pouvoirs...
- Celui qui... mais alors...
- On m'appelle l'Avatar du Néant.
Quelque part, une flamme s'éleva. Elle se trouvait sur une tête d'un colosse sombre, formant comme des cheveux.
- Je te suis reconnaissant. Grâce à toi, j'ai pu revenir...
- Je n'ai rien fait ! Rien ! hurla Majora, paniquée. Je ne vous aurais jamais aidé !
- C'et ce que tu penses, du moins. En libérant ton énergie, le sceau qui emprisonnait mon âme est revenu à son état passé. Faible. Fragile. J'ai donc pu le forcer, et... je suis prêt à respecter ma promesse.
- La promesse ?
- Je détruirai le Héros de la Déesse. Cela devrait te réjouir, non ?

Majora demeura perplexe. Puis elle comprit, et l'horreur s'empara d'elle. Elle avait libéré une entité maléfique qui voulait tuer Link et Hylia ! Il fallait qu'elle gagne du temps, mais comment ?
- Comment savez-vous que...
- Parce que c'est moi qui ai orchestré tout ce qui t'est arrivé en haut. Ou plutôt, mon serviteur s'en est servi. Disons que grâce à une fleur - de ma fabrication - que Link a utilisée pour réparer un robot, j'ai pu contrôler ce robot. Grâce à une boisson, la Boisson des Déesses, il t'a fait croire que Hergo est venu te voir. En voulant te protéger à tout prix, j'ai su que tu te rapprocherais de Célestin, le Fabricant de Masques. Mais, en réalité, ce fut encore mieux que ce que j'espérais, car tu as, avec tes questions, réussi à remonter jusqu'au Démon Bénévolent.
- Morcego ?
- Lui-même. Je dois bien avouer que c'était une pièce particulière. Mais grâce à ta rencontre, tu as pu voir les fragments de gratitude de ton père, et ta haine en a été renforcée. De toute façon, il doit disparaître. C'est une erreur.
- Mais... c'est un Démon !
- Qui se comporte comme s'il avait les qualités d'un Dieu. Il est aussi ancien que ce monde. Mais en maîtrisant tes pouvoirs, tu devrais arriver à l'effacer.
- Mais... pourquoi ?
- Il y a deux camps. Ceux qui préfèrent se sacrifier inutilement pour des causes perdues, et ceux comme moi qui peuvent venir à bout de leurs ambitions. Rien d'autre. Et lui ne respecte pas l'ordre. Il doit donc disparaître.
- Et vous voulez que je vous aide ?
- Je n'en ai plus pour longtemps. Le sceau me rappelle à lui. Mais je peux tout de même laisser une trace...
Sans laisser le temps à Majora de répliquer, il fonça sur elle. Elle fut enveloppée de ténèbres. Il se retira, mais elle sut que quelque chose avait changé en elle. Même si elle ne voyait pas de quoi il s'agissait.
- Je reviendrai, et grâce à toi ! hurla l'Avatar du Néant. Au fait, le voleur... autre que... Marchand...
Les contours de son corps disparaissaient.
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Je... en toi...
- ... disparais... reviendrais...

Et il disparut. Majora resta là, indécise.
- Majora ! fit une voix.
- Hylia !
- Tout va bien ? Pourquoi tu es ici ? demanda Hylia en arrivant à côté d'elle.
- J'ai... l'Avatar du Néant...
- Quoi ? Comment le connais-tu ?
- Il était là... Mais après, il s'est passé quelque chose... comme s'il rentrait en moi...
Hylia demeura songeuse un instant.
- Rentrons au Sanctuaire. Tu nous expliqueras tout ça là-bas. Je ne sais pas ce qui se passe, mais... je pense que tu as une terrible destinée qui te poursuit. Déesse du Temps, surpuissante et dévastatrice, et qui intéresserait l'Avatar du Néant ? murmura-t-elle pour elle-même.
Et les deux déesses disparurent des Ténèbres.

Chapitre 13 : La Décision   up

Majora ne sortit pas un instant de son silence. Pas même quand elle revint dans le sanctuaire. Ni quand Hylia demanda au Gardien d'appeler les Trois Déesses. Et pas davantage quand elle leur expliqua la situation. Le visage des Trois Déesses avait été toujours emprunt d'une grande noblesse, que ce soit dans leur représentation, leur incarnation ou leur esprit. Mais à présent, cette noblesse se retrouvait mêlée à une vague d'inquiétude.

- Voilà pourquoi il ne faut jamais foncer dans le tas, commenta Nayru.
Farore baissa la tête, contrise.
- Je ne pensais pas que l'Avatar du Néant l'utiliserait pour échapper à son sceau !
- Il m'a confié qu'il avait pu exercer sa manipulation grâce à un robot et au marchand de Célesbourg. Et la Boisson des Déesses, glissa Majora.
- Alors il a utilisé la cupidité pour assouvir son désir... murmura Hylia. Je ne pensais pas qu'il miserait sur des variables aussi changeantes. Mais visiblement, ça a payé.
- Et qu'est-ce que je suis censée faire ? demanda Majora.
- Si ce que tu as dit est vrai, alors l'Avatar du Néant renaîtra dans l'espèce que tu créeras. Pour éviter qu'il ne revienne, il faudra donc que tu retardes le moment où cette espèce viendra au monde.
- Mais auparavant, nous devons nous préparer à sa venue. Son existence même est dangereuse pour l'équilibre du Sanctuaire. A nous de faire en sorte que le Héros, qui l'a combattu, puisse se réincarner dans le monde où il apparaîtra.
- Pourquoi le Héros ?
- Il l'a blessé alors qu'il était sous sa forme naturelle. Son âme gardera donc le souvenir de cette confrontation, et trouvera donc la force nécessaire pour le vaincre à nouveau.
- Mais... je crois que justement...
Majora se tut.
- Il y a eu un petit problème, quand le pouvoir de Majora s'est manifesté, expliqua Hylia. Elle est plus puissante que moi, peut-être même que vous. Et elle ne sait pas encore contrôler sa puissance.
- Alors, sa nature...
- Oui. C'est la Déesse du Temps.

Les Trois Déesses accusèrent le coup. Din, qui somnolait, se redressa d'un coup, la mâchoire de Nayru se décrocha presque complètement, et Farore perdit l'équilibre l'espace d'un instant.

- C'est une blague ? demanda Nayru.
- Non.
- Alors la prophétie va se réaliser...
- Oui. C'est pourquoi nous devons à tout prix éviter que l'Avatar du Néant ne la fasse sienne.
- Quelle prophétie ? intervint Majora.
- Il y a deux siècles, un prophète a prédit la venue de la Déesse du Temps, et que l'histoire du monde se scinderait en trois à son arrivée, entraînant ainsi des particularités défiant l'imagination.
- Autrement dit, l'avenir du monde repose sur toi et tes choix, et personne depuis n'a pu prédire ce qui arriverait lorsque la période annoncée se produirait. Voilà pourquoi tu es dangereuse. De plus, personne ne peut te détruire, car détruire le temps reviendrait à détruire les mondes.
- J'allais oublier ! s'exclama Hylia. A cause de son éveil, la plupart des Hyliens ont été réduits à des âmes errantes.
- HEIIIIN ? crièrent Din et Farore.
- Qu'allons-nous faire ? gémit Nayru. A moins que... le Fabricant de Masques fait-il partie de ces âmes ?
- Non, il est mort avant. Et c'était le fiancé de Majora. Nous pouvons le rappeler, et ainsi ramener les Hyliens à la vie.
- Attendez, fit Majora. Vous parlez de Célestin ?
- Oui, acquiesça Nayru. Ce qui est curieux, c'est que justement, le premier être ayant l'âme du Fabricant de Masques est celui qui a fait la prophétie. Etrange, non ?
- Et donc, vous voulez que je le rappelle ?
- Oui.
- Euh... c'est sans danger ?
Nayru, Hylien, Din et Farore échangèrent un regard.
- Euh... vous n'êtes quand même pas en train de me dire que...
- Oui. C'est ton choix, Majora. Personne ne peut t'y forcer. La survie de la race hylienne, ou le maintien de l'existence de ton aimé ?
Majora hésita.
- Je sais que ce n'est pas à moi de choisir pour tous ces êtres. Ils n'ont rien fait de mal, alors... Et puis Célestin se sacrifierait sûrement pour les autres. Mais... c'est ce que vous essayiez de me faire comprendre, tout à l'heure ?
- Alors, tu as fait ton choix ? demanda Hylia.
Majora opina. Toute cette histoire la dépassait, de toute façon. Alors, à quoi bon essayer de comprendre ? A rien.
- Très bien. Alors, tends tes bras, et concentre-toi vers l'âme de ton aimé... fit Hylia.
- Rappelle-toi son esprit... continua Nayru.
- Son corps... renchérit Din.
- Et appelle-le ! cria Farore.
Et Majora invoqua l'âme du Fabricant de Masques.

Chapitre 14 : La Légende des Masques   up

Des années plus tard, bien loin du sanctuaire, la cheminée fumait dans l'air frais du crépuscule, tandis que la voix d'une conteuse brisait le silence.

- Et c'est ainsi que la Déesse Majora invoqua à elle l'âme de son amant. Elle lui apparut comme elle s'en souvenait ; et sans un mot, l'âme se concentra et disparut. Les âmes de ceux qui avaient été victime du réveil de la Déesse disparurent également.
- Mais alors, qu'est-ce qu'ils sont devenus ? demanda une petite fille, qui caressait un chien au pelage blanc.
- Elles se rematérialisèrent, la plupart sous la forme qu'elles avaient quittée auparavant. Mais certaines, comme celle de Kaepora, se trompèrent de voie. Elles se matérialisèrent sous la forme de masques. Des masques étranges, que l'on dit capable de transformer l'apparence de celui qui les porte. On compta notamment les âmes de Madame Arôme, de Dotour, de Kiko, de Grida, et tout ceux qui avaient été proches de Majora de son vivant. En un sens, il s'agissait d'un cadeau, ils devenaient ainsi éternels.
- Mais, et Morcego ? Et Célestin ?
- Morcego accepta de devenir un des masques pour sceller l'âme du Marchand. Mais il fut dupé par ce dernier, qui réussit à s'échapper. La légende ne dit pas si Morcego resta loyal ou au contraire en voulut aux Déesses ; quoi qu'il en soit, son masque garda une énergie étrange, à la fois divine et démoniaque. D'où le nom de Masque du Dieu Démon. Quand à Célestin, son âme fut séparée en cinq fragments. L'une se retrouva dans un taureau, une autre dans un poisson. La troisième se retrouva dans un insecte et l'autre fut perdue dans la boue d'un marécage, et la dernière fut utilisée pour ramener l'âme du Héros.
- Mais le Marchand ?
- Il fut rattrapé par sa punition. Mais son désespoir fut si grand que son corps n'eut pas la place de rentrer dans le nouveau masque. Majora lui donna alors la mission de cartographier les mondes. Quant à son âme, on ignore où elle se trouve...
- Et après ?
- Majora regagna le Sanctuaire avec les autres divinités, et, depuis tout ce temps, aucune nouvelle race n'est apparue, signe qu'elle tient sa promesse.
- Mais les Célestiens ?
- Il s'agit simplement de ceux qui sont réapparus à Célesbourg !
- Et c'est tout ?
- Non. La légende raconte également que Hylia, consciente du sacrifice de Majora, lui promit que quand le Héros serait libéré de sa tâche, alors, elle pourrait réunir les fragments de l'âme de Célestin. Mais nul ne sait quand cela arrivera.
- Tu crois qu'elle nous observe ?
- Qui peut le dire ? Tu sais, d'autres mondes existent. Certains dont tu ne soupçonnerais pas même la connaissance.
- Tu en as vu, toi ?
- Moi ? Oh, non. Mais le corps du marchand, que l'on appelle Tingle, peut voyager à travers les mondes. On raconte même que pour être efficace, il serait capable de se multiplier pour observer plusieurs régions en même temps.
- Et c'est vrai ?
- Tu sais, parfois, la frontière entre la légende et la réalité sont minces... mais présentes.
- Et comment tu sais tout ça, toi ?
- Ah ah ! Mystère ! Allez, file au lit.

Des rires retentirent dans la maison. Lorsque le calme fut revenu, la jeune femme qui avait conté l'histoire sortit dehors.

- Alors, mon histoire t'a plu ? demanda-t-elle aussitôt au Hibou sur le grand chêne.
Ce dernier sourit.
- Plutôt distrayant. J'admire la manière dont tu arrives à te cacher, Majora.
- Oh, quand j'étais encore vivante, j'ai appris à être discrète. Et toi ?
- Oh, le royaume ne va pas si mal. Mais j'ai encore du mal à me faire à cette enveloppe. Je préfère encore ma vraie forme, même si elle est au Sanctuaire.
- Je sais, soupira la Déesse. Mais j'ai une promesse à tenir. Deux, en fait. Hylia et Célestin.
- Effectivement, dit doucement le Hibou.
Ils se turent un instant.
- Alors, qu'est-ce que ça fait d'être conteuse à domicile ?
- Finalement, ce n'est pas si mal... Les enfants sont souvent très intéressés par les vieilles légendes. A propos, où se trouve mon masque ?
- N'aie crainte, la famille royale le garde en sécurité. Elle sait que ce ne sont pas des légendes, et que ce masque devra être confié à la nouvelle race. Elle n'est pas idiote, heureusement. Mais les Déesses m'ont prié de venir te chercher.
- Ah ? Et pourquoi ?
- Nayru pense que le moment est bientôt venu. Tu sais ce qui arrive dans un an ?
- Les Minish seront observables des humains ?
- Exactement. Ce sera le moment de positionner nos pions. Et tu vas devoir rencontrer les Sheikahs, pour cela.
- Hmm... le Peuple de la Vérité ?
- Lui-même.
- Alors, je pourrai bientôt réaliser la première promesse ?
- On dirait, oui.

Et ils se turent de nouveau, respirant l'air frais de la nuit. Et, pour la première fois, Majora se sentit réellement apaisée. Elle devait tenir deux promesses. Et elle y arriverait.

Acte II - Déchéance

Chapitre 1 : L'Ocarina   up

Tout était calme dans le Sanctuaire. Si calme que l'on aurait pu croire que le Sanctuaire était désert. Mais ce n'était pas le cas. Loin de là. Quelque part dans la Dimension Divine, se trouve le Palais des Déesses. Une construction dont les murs lisses comme des miroirs et blancs comme un nuage se dressent contre les ténèbres environnantes. Quelque part dans ce palais, trois silhouettes sont attablées. La première est vêtue de vert. La seconde possède des cheveux d'un rouge éclatant, et la dernière se meut avec grâce dans l'azur de sa robe qui semble flotter autour d'elle. Elles ont les yeux rivés sur un plateau de jeu, butin d'une escapade dans un autre monde, dont la boîte annonce fièrement le titre : "Monopoly". La déesse rouge lance deux dés.

- En prison ! s'écrie la déesse verte, Farore.
- Comment ça, en prison ?! J'arrive dans le parc public !
- Parce que tu triches !
- Elle a raison, intervient Nayru.
- Moi, tricher ?
- Parfaitement.
- Mauvaises perdantes...
- Ah oui ? Alors comment as-tu réussi à obtenir un 7 avec un dé à six faces ?
- Le Talent.
- Mon oeil ! hurle Farore. Pour commencer, tu es destituée de tout ton fric !
Elle tend aussitôt la main vers le paquet de feuilles à côté de Din.
- Pas touche !!!
Derrière elles, une porte s'ouvre violemment. Hylia, une autre Déesse, se tient dans l'ouverture.
- Dites, vous pourriez faire moins de bruit ? demande-t-elle d'une voix lasse.
- Elle a triché ! fait Farore d'un ton boudeur en pointant Din du doigt.
- Super. Ravie de l'apprendre, soupire Hylia. Bon, essayez de faire moins de bruit, parce que je n'arrive pas à me concentrer, là...
- Laisse-nous deviner : Avatar du Néant ? lance Nayru.
- Exact.
- Pfff... il est lourd ! râle Farore. Il pourrait pas se prendre des vacances ?
- A toutes vacances correspond une rentrée, articule sentencieusement Nayru.
- Une rentrée des crasses, alors.

Hylia soupire et referme la porte. Elle s'enfonce alors dans le Palais blanc. Cela faisait maintenant plusieurs siècles que les évènements s'étaient déroulés. L'Avatar du Néant, un de ses ennemis les plus redoutables, avait échappé à son sceau. Il avait été aidé par l'esprit d'une épée, Ghirahim, qui avait manipulé les habitants de Célesbourg, la ville céleste, afin de provoquer l'apparition d'une déesse, Majora.

Pour Majora, comme pour elle, l'Avatar du Néant était un fléau. Pour Majora, c'était le responsable de la mort de Célestin, dont l'âme avait été fragmentée en cinq masques. C'était la fin de l'innocence, une mort et une renaissance pour elle. C'était également à cause de lui que la surface de la terre avait été radicalement changée : Majora, lors de la découverte de ses pouvoirs, avait accidentellement provoqué un retour dans le temps de toutes les races. Seuls les Hyliens y avaient réchappé, grâce à la magie d'Hylia. Quoique, la plupart des habitants de Célesbourg s'étaient transformés en masque, et l'un d'entre eux, Kaepora Gaebora, se trouvait désormais sous la forme d'un hibou. Les autres races étaient revenues vers une forme plus primitive. Enfin, pour Majora, c'était le symbole d'une malédiction. Rien de plus, rien de moins. Car avant de disparaître, l'Avatar avait germé en elle : il se réincarnerait dans la race qu'elle engendrerait. Et tout cela, en seulement quelques heures.

Une porte s'ouvre dans le couloir à quelques mètres. Un gardien, serviteur des déesses, entre, avant de laisser la place à une jeune femme aux cheveux d'un roux éclatant et portant une robe d'un mauve profond. Majora.

- Il ne va pas tarder à arriver ! lance la Déesse du Temps. Ce n'est qu'une question d'années, voire de siècles.
Son regard trahit sa profonde angoisse.
- Ne t'inquiète pas, fait Hylia. Il est temps de songer à préparer le champ de bataille.
- Le champ de bataille ?
Hylia, d'un geste de la main, congédie le gardien.
- Oui, le champ de bataille. Tu te rappelles de Link, je crois ?
Majora, surprise, hésita.
- Je croyais qu'il était mort ?
- Il l'est. Mais j'ai mis son âme à l'écart... au cas où, disons.
- Et alors ?
- Il va falloir que cette âme puisse combattre l'incarnation de l'Avatar du Néant au moment où elle apparaîtra. Et le combat ne pourra tourner avantageusement en sa faveur que si il possède un certain objet.
- Un objet ?
- Oui. Chaque déesse possède un instrument qui lui est propre, et qui renferme un certain pouvoir. Par exemple, moi, j'ai choisi la lyre.
- Donc, il faudrait que Link puisse posséder mon instrument ?
- Oui. Seule la Magie du Temps peut arrêter ce démon. Le problème, c'est qu'il faudrait s'assurer que cet instrument puisse être conservé en sécurité en attendant...
- Et donc ? commence à s'impatienter Majora.
- Mon plan serait de forcer Link à utiliser ton instrument pour éviter une menace, puis le pousser à le remettre à la famille royale.
- Pourquoi ne pas lui remettre directement ?
- Parce que son âme te connaît déjà ! Et on ne peut jamais savoir ce qu'une nouvelle rencontre, qui à priori est la première, pourrait déclencher !
- Ah.
- Bon, soupire Hylia. Il va falloir déterminer la menace pour que Link récupère l'instrument...
- Et comment je fais, pour former mon instrument ?
- Pense à une mélodie. L'instrument viendra à toi.

Majora ferme les yeux. Dans son esprit, une mélodie apparaît. Profonde. Grave. Et légère. La mélodie était celle de sa mère. Celle qu'elle lui chantait quand, toute petite, elle avait du mal à s'endormir. La mélodie se met alors à s'épaissir, à devenir plus compacte. Majora sent presque le souffle de sa mère. Elle est là, qui lui tend les bras. Elle l'attend. L'appelle.

- Majora... Majora...
- Majora !

Elle ouvre les yeux. Déception : ce n'est pas sa mère qui l'a appelée, mais Hylia. Hylia la dévisage d'un air étrange. Majora baisse les yeux. Dans ses mains se trouve un magnifique ocarina. Ce dernier est teinté d'une couleur bleutée. Quelques glyphes hyliens sont gravés dans une écriture dorée. Majora sourit. Il est temps de préparer le champ de bataille.

A suivre...

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Derléan Torrep". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

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