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The Legend of Zelda : L'Epopée d'Hyrule

Ecrit par Les conteuses d'Hyrule

Tome 2

Prologue   up

Tout était calme.
Aussi loin que le regard portait s'étendait un véritable océan de verdure, une forêt très ancienne dont les premières pousses remontaient à des temps immémoriaux. Une légère brise soufflait tranquillement, faisant danser doucement les feuilles de ces arbres pour certains millénaires. Dans ce paysage serein et presque idyllique, étrangement, on n'entendait aucun oiseau chanter. Il régnait un silence de plomb. Une secousse ébranla soudain la forêt. Puis, une seconde. Et encore une autre. Les tremblements se succédaient, de plus en plus rapprochés et de plus en plus intenses. Des fissures commencèrent à déchirer la terre, ouvrant le sol pour y précipiter les arbres dans un vacarme assourdissant. Une énorme faille, plus importante que toutes les autres, écartela violemment le sol de la forêt, ouvrant une voie royale vers le néant. La vue était terrifiante : un gouffre sombre et sans fond s'étendait désormais sur des kilomètres. Un énorme rugissement retentit alors dans toute la forêt et de gigantesques flammes pourpres s'élevèrent, dévorant les arbres sur leur passage tel un monstre affamé. Les troncs anciens craquèrent sinistrement sous la chaleur et les frondaisons s'embrasèrent alors que les secousses redoublaient de violence. Comme encouragé par cet enfer, une gigantesque créature jaillit du gouffre, détruisant toute vie sur son passage. Le démon s'extirpa du trou, enfonçant ses griffes dans le sol, le faisant éclater sous son poids. Son corps était recouvert d'écailles anthracites et luisantes, absorbant la lumière du jour et renvoyant celle des flammes violettes qui dansaient autour de lui comme un animal heureux de retrouver son maître si longtemps absent. La bête fit un pas, puis un autre, continuant à détruire la forêt autour de lui, nullement inquiétée par les flammes qui brûlaient toujours plus et continuaient d'anéantir la végétation sans lui laisser la moindre chance.
Le temps sembla s'arrêter, comme s'il était lui-même effrayé par ce monstre. La gueule énorme s'ouvrit sur ses crocs acérés comme les meilleures lames affutées par les meilleurs forgerons. Le démon s'apprêtait à pousser un nouveau rugissement annonçant la fin du monde. Sa haine pour la création des Déesses n'avait d'égal que sa soif de destruction. C'est alors qu'une voix jeune et cristalline retentit, porteuse d'un espoir que l'on croyait perdu.

* * *

Link se réveilla en sursaut, encore bouleversé par son mauvais rêve. Il se passa la main sur le front pour enlever les cheveux qui lui tombaient devant les yeux et souffla.
- Encore ce rêve.
Il se laissa tomber sur le lit et ferma les yeux un instant quand tout à coup une porte s'ouvrit avec violence :
- Link ! Il est l'heure ! s'exclama joyeusement Lovio.
Le jeune homme à la chevelure violette sautilla vers le lit de son ami et dans un élan, sauta pour s'y asseoir.
- Aujourd'hui, nous allons sauver Hyrule ! Enfin, on va essayer hein !!!
Link resta allongé, sans bouger ni répondre.
- Link ? ça va ?
- Oui... oui, je vais bien, dit-il en s'asseyant au bord du lit. J'arrive, laisse-moi une minute, s'il te plaît.
Le violet se leva d'un bond.
- Très bien, chef, fit-il avec un salut militaire. Je vais prévenir les autres que tu es réveillé !
Il se dirigea vers la porte quand il se retourna :
- Dis... si Sheik demande, tu étais déjà levé !
Link secoua la tête
- Tu es incorrigible !

Lovio fit un clin d'oeil à son ami avant de sortir de la chambre. Une fois seul, Link se détendit un peu et fixa le sol un moment. Ce rêve le perturbait, il avait l'air si réel. Était-ce un présage ? Une mise en garde ? Sa petite Navi voletait à côté de lui. Il appréciait finalement cette petite compagnie. Link se leva et alla chercher sa tunique posée sur la chaise devant lui et l'enfila. Il ferma sa ceinture et prit délicatement l'épée fraîchement reforgée dans les mains. Il l'observa un long moment avant de la glisser dans son étui.

- Je suis prêt, Navi, allons rejoindre les autres.

Chapitre 1 : L'incendie   up

- Il nous faut un vrai plan !
- Mais nous n'avons pas le temps ! Il faut absolument se rendre au Colosse du Désert pour tuer mon frère et en finir une bonne fois pour toutes !
- Sheik a raison ! Il nous faut un plan, nous ne pouvons pas y foncer tête baissée sans savoir ce que nous ferons une fois là-bas. Il doit sûrement nous attendre à l'heure qu'il est, et il est très probable qu'il tentera de nous tendre un piège !
- Si je peux en placer une...
- Toi, tais-toi ! Et déjà... qui es-tu ?!

Link venait à peine d'arriver auprès de ses camarades qu'il avait déjà envie de retourner dans son lit... A une table en extérieur, Sheik avait l'air exaspéré et extrêmement fatigué. Il peinait à vouloir faire comprendre à Hönir qu'il leur fallait un plan, et Zelda s'acharnait à soutenir le point de vue de son frère. Lovio était, lui, tranquillement assis à table en train de manger le petit déjeuner, Sekiro dormant au creux de son cou. Il y avait aussi Sidon assis par terre, mangeant des brochettes de poisson, et tentant de prendre la parole, mais toujours coupé par un Hönir mécontent. Et, chose rare, Era ne paraissait pas montrer le bout de son nez dans les parages. Quant au loup, toujours fidèle à lui-même, il était couché au sol en écoutant d'une oreille le débat.

Link s'avança alors et Lovio lui fit signe de le rejoindre, désignant une assiette en face de lui, lui étant sûrement destinée. Il s'installa et entama les oeufs au plat disposés dans sa gamelle, puis il prit la parole, histoire de se faire remarquer.

- Je suis de l'avis de Sheik, dit-il simplement entre deux bouchées, ce qui lui valut un regard noir, très noir.
- Mais vous n'êtes pas pressés ?! Nous avons enfin reforgé l'arme nous permettant de le vaincre, et vous voulez encore attendre !? s'exclama Hönir, à bout.
- Tu sais, je ne pense pas qu'on puisse aller frapper à la porte de ton frangin comme ça en disant "Coucou c'est nous ! On vient juste pour te tuer, mais tu penses que les mamies peuvent faire couler un café ?" fit remarquer le violet sur le ton de l'évidence en lançant un regard sérieux au géant.
Link pouffa et Zelda ne put s'empêcher de faire de même au plus grand dam du Gerudo qui leva les yeux au ciel en un geste d'impuissance face à la bêtise du plus jeune.
- Je ne dis pas que nous devons attendre des lustres ! expliqua l'Hylien plus sérieusement en finissant son repas. Je dis juste que je suis d'accord de mettre d'abord un plan au point pour éviter de tomber sur une mauvaise surprise.
Hönir bouillonnait. Il fulminait de rage. Lui qui avait tant voulu la mort de son frère, voilà qu'il devait encore attendre alors qu'il pouvait accomplir son rêve !
- Très bien, déclara le Gerudo en inspirant une grande bouffée d'air pour ne pas s'emporter. Si c'est comme ça, j'irai seul.
Le petit groupe écarquilla les yeux. Il n'allait quand même pas...
- Je vais aller l'affronter seul et je le vaincrai sans avoir besoin de cette épée de pacotille ! cracha le colosse, la mâchoire serrée et un regard froid sur le pommeau à la ceinture du blond.

Puis, sans un mot de plus, il se détourna de ses camarades pour prendre la direction de la forêt quand soudain, Era débarqua en trombe, affolé et totalement terrifié, stoppant net le géant.

- Le... il y a... feu... ! articula-t-il essoufflé, une main sur les hanches, plié en deux et faisant des gestes de l'autre main pour signifier de lui accorder un instant d'attention.
Après un court moment d'hésitation en croyant à une nouvelle farce de l'énergumène, Lovio daigna bouger et sauta de sa chaise pour aller près de lui, réveillant brutalement Sekiro au passage.
- Era, calme-toi et dis-nous ce qu'il se passe, dit-il en essayant de lui faire reprendre son souffle, inquiet de l'affolement de son ami malgré le petit sourire qui ne voulait pas quitter ses lèvres.
Lorsqu'il se fut calmé, Era releva brusquement la tête et les regarda tous à tour de rôle, la peur dans les yeux.
- C'est l'Arbre, il a pris feu ! I-il y a eu un feu dans la forêt qui s'est propagé jusqu'à lui... Il... il est...
Mais le jeune homme ne put finir sa phrase que déjà les cris aigus des Kokiris leur parvinrent. C'est alors que Link comprit.
- L'Arbre Mojo... souffla-t-il sous le coup de l'effroi. Quelqu'un a attaqué le village ! s'exclama-t-il pour les autres.
Et puis, au loin, il vit une fumée noire-violette montant plus haut encore que la cime des arbres.
- Link ! cria une voix non loin.
C'était Jehd et les autres Sages qui couraient dans leur direction. Link se leva et alla en direction de son ami, s'éloignant de son groupe.
- Nous devons partir ! déclara-t-il lorsqu'ils furent assez près pour que seul le Héros puisse l'entendre. Avant de mourir, le Vénérable Arbre Mojo nous a donné ce sceptre. Il a dit qu'il nous téléporterait, nous les Sages, dans un endroit où nous pourrons nous entraîner convenablement tout en étant en sécurité.
Il montra alors un long bâton de bois surmonté d'une pierre vert émeraude à Link pour confirmer ses dires. - Mais... et les Kokiris ?! On ne va quand même pas les laisser mourir ? s'exclama Link, comprenant que Jehd les invitait eux aussi à quitter le village.

Voyant la panique de leurs amis, Zelda agrippa instinctivement la manche de Sheik qui posa une main réconfortante sur celle de sa soeur. Hönir qui ne comprenait pas ce qu'il se passait se retint de partir comme un voleur, et alla malgré lui aider Lovio à remettre Era sur pieds et calmer sa panique.

- Ne t'inquiète pas pour mes frères, intervint alors le Sage de la forêt Fado. Ils sauront survivre. Vous avez une mission à accomplir et nous comptons sur vous, alors ne risquez pas vos vies ici et partez.

Link fut surpris par le ton employé par le Kokiri : un si petit être qui parlait avec tant de sérieux et de grandeur ! Mais l'Hylien passa outre et voulut prendre la parole, cependant les énormes flammes venaient d'apparaître, brûlant tout sur leur passage, y compris les maisons et les jardins, plongeant le village dans la terreur. Il n'avait jamais rien vu de tel. Le Héros jeta alors un furtif regard vers ses camarades derrière lui et fut rassuré que personne ne les ait encore vues. Ce ne serait probablement pas bon pour leur moral.

- Le temps presse, Link, nous devons partir maintenant ! cria Jehd.
À ces mots, les Sages posèrent tous leurs mains sur le bibliothécaire, ou sur quelqu'un le touchant pour que tous soient en contact avec le sceptre.
- Partir ? Mais pourquoi ?! fit alors la princesse en ayant entendu le Sage.
Le blond ne répondit pas. Chaque chose en son temps. Il remarqua alors que des fées et des lucioles avaient déposé Aëline au sol et que Amelina se chargeait de la toucher en même temps qu'elle touchait Niyo.
- Sidon, fit enfin le Sage de l'Ombre, tu viens avec nous. Nous aurons besoin de quelqu'un qui puisse nous protéger en cas de problème majeur.

Le Zora ne comprit pas trop, mais le regard suppliant de son frère acheva sa réflexion et il vint poser sa main sur l'épaule de Lars. Puis, sans un mot d'au revoir, le groupe en face de Link disparut dans un nuage de poussière, lui laissant ensuite la vue libre sur le carnage devant lui. Le feu se rapprochait de plus en plus, ne lui laissant plus le choix.

- Lovio, Hönir et Era : partez de votre côté ! C'est clairement l'oeuvre de Ganondorf, donc on se sépare ! cria Link à ses amis en se tournant vers eux, une expression plus que sérieuse sur le visage. On se rejoint devant la forêt.
- Comment ça "se séparer" ? s'exclama la princesse qui n'eut pas de réponse de la part de l'intéressé.
- Tu comptes nous expliquer ce qu'il se passe ? gronda le Gerudo les poings sur les hanches.
- Pas maintenant, mon chou, il faut partir, et plus vite que ça ! dit précipitamment Era en empoignant le bras du colosse et de Lovio pour les inciter à suivre les ordres de Link, sans pour autant avoir une quelconque réaction de la part de ses deux amis.

Link fronça les sourcils. Qu'est-ce qui pouvait bien terroriser Era à ce point ? Mais le blond ne voulait pas trop s'attarder, alors il fit signe à Sheik et Zelda de le suivre en s'engageant vers la forêt.

- Mais... pourquoi ?! Et c'est quoi cette fumée bizarre au juste ?! s'énerva la jeune fille, empourprant ses joues.
- Je vous expliquerai plus tard. Pour l'instant il faut fuir, souffla l'Elu sur un ton étrange, le regard ailleurs.
Sheik haussa les épaules et prit sa soeur par la main pour l'entraîner à sa suite, mais celle-ci n'était pas d'accord avec ce plan et le lâcha.
- Mais que faites-vous ? s'écria-t-elle enfin pour avoir l'attention de tout le monde.
Les garçons la regardèrent, étonnés. La jeune fille n'avait plus levé le ton de cette façon depuis la dispute avec son frère.
- Nous ne devons pas nous séparer et paniquer comme ça ! il faut rester ensemble ! Si c'est l'oeuvre de Ganondorf, c'est assurément ce qu'il cherche à faire ! expliqua-t-elle avec force et conviction.
Sheik et Link se regardèrent furtivement. Pour une fois, la jeune fille n'avait pas tort : ils seraient plus forts ensemble et non séparés.
- Vous allez vous décider une bonne fois pour toutes !? s'impatienta Hönir, qui en fin de compte avait décidé de rester avec ses amis le temps d'échapper à la catastrophe.

Link chercha à nouveau le regard de Sheik et attendit son approbation. Le blondinet avait beau être le "chef" du groupe, il hésitait toujours à prendre des décisions, recherchant constamment le consentement de quelqu'un d'autre.

- Très bien. Nous restons ensemble, déclara le Sheikah en comprenant le problème de l'Hylien.
- Super, ça me rassure ! s'exclama Lovio qui, pendant un instant, avait eu peur de se retrouver une nouvelle fois séparé de ses compagnons.

Les amis se précipitèrent alors au grand complet dans la forêt, veillant à bien rester regroupés, chacun sur ses gardes. Link se retournait sans arrêt. Le feu avançait plus vite qu'il ne l'avait imaginé, ayant, en un rien de temps, englouti la table où ils étaient quelques minutes plus tôt. Une rafale de vent qui venait de derrière eux le fit s'arrêter. Zelda, qui marchait près de lui, se stoppa à son tour.

- Que se passe-t-il, Link ? demanda-t-elle, inquiète de devoir s'arrêter subitement.
- Le vent vient de se lever.

Il se retourna, imité par Zelda, et leva les yeux en direction du village. La forêt qui d'ordinaire était remplie de vie et de bruits de divers animaux était très calme. Le ciel, lui, avait pris une étrange teinte violâtre.

- Je n'aime pas ça, souffla Link, le regard ancré sur le funeste spectacle qui s'offrait plus loin, dans ce village auparavant si joyeux.

Sheik, qui avait remarqué que sa soeur et l'Hylien s'étaient arrêtés, avait demandé aux autres de stopper. Un léger souffle chaud caressa la joue de la princesse, elle voulut porter sa main à sa joue quand son regard fut attiré par un petit point rouge flottant.

- Link, regarde... fit-elle en désignant une braise encore chaude qui voletait devant elle.
Le jeune homme n'était pas rassuré. Un vacarme venant du ciel confirma la sensation désagréable qui l'accompagnait : oiseaux, fées, lucioles et insectes volaient furieusement vers l'extérieur de la forêt.
- Les animaux sont en train de fuir, dit-il pour lui-même.
Puis, il se retourna et hurla à ses amis :
- Le feu arrive plus vite que prévu ! COUREZ !

A ces mots, il empoigna la princesse et se dirigea aussi vite qu'il le pouvait en direction de leurs compagnons qui fuyaient aussi. Le vent ramena le feu rapidement vers eux, ils étaient presque encerclés. Une pluie de petites braises allumait de nouveaux foyers çà et là. Des animaux sortant des flammes passaient à côté du groupe sans se soucier d'eux, les bousculant presque. Dans la panique, Lovio, Hönir et Era s'étaient détachés un peu des autres.

- Era, attends-nous ! cria Zelda, le souffle court.

Elle courut dans sa direction mais des flammes lui barrèrent le chemin. La chaleur devenait étouffante, suffocante. Link sortit sa gourde d'eau et humidifia le haut de sa tunique. Il la mit sur son nez afin de ne pas être asphyxié par la fumée qui arrivait lentement sur eux, et recommanda aux jumeaux de faire de même. La princesse était à quelques pas de lui, il lui prit la main et, ensemble, ils rejoignirent Sheik. Celui-ci les guida en direction des autres. Link distinguait devant lui la silhouette de son ami à la chevelure violette, mais la chaleur, insupportable, lui brouillait la vue et l'obligeait à plisser les yeux.

- Lovio ?! Era ?! Hönir ?! appela le jeune homme, la voix enrouée de fumée.
Mais il n'eut pas de réponse.
- Je ne les vois plus ! s'exclama Zelda paniquée, réprimant un sanglot dû à l'odeur de brûlé les prenant à la gorge.
- Ne restons pas ici, il faut avancer, insista Sheik en leur faisant presser le pas.
- LOVIO ! hurla Link à s'en déchirer les cordes vocales.

La silhouette de son ami se retourna dans la fumée. Le jeune homme voulait partir en direction de l'ombre, mais le Sheikah le prit par le bras et le tira brusquement dans sa direction, lui arrachant un cri de surprise.

- Link ! hoqueta la princesse.
Un mur de flammes venait de se dresser devant le trio, les séparant de leurs amis. Encore un peu et l'Hylien finissait comme une cocotte grillée !
- Link, viens ! Il faut fuir ou nous allons tous mourir brûlés, dit Sheik en haussant le ton pour se faire entendre par-dessus les bruits de bois craquant et se cassant à cause de l'incendie.
- Nous ne pouvons pas les abandonner ! s'emporta la princesse en regardant désespérément le mur incandescent infranchissable.
- Ne t'inquiète pas pour eux, ils savent quoi faire, nous les retrouverons à l'entrée de la forêt, lui dit son frère en les tirant, elle et Link, loin de la morsure du feu, loin de la chaleur étouffante.
Résignés, Link et Zelda le suivirent, priant en silence pour que les autres réussissent à passer de leur côté.

Chapitre 2 : La forêt des Illusions   up

Séparé des autres, le groupe d'Hönir avait fui de son côté, s'engouffrant plus profondément dans la forêt. Lovio espérait que tout allait bien du côté de Link. Il suivait péniblement Era qui lui tenait toujours le bras, quoiqu'un peu ailleurs, pensant à ces pauvres Kokiris. Soudain, une poigne de fer agrippa le col de sa tunique ainsi que celui d'Era, et les tira en arrière. Hönir avait réussi à attraper ses deux amis avant qu'un arbre enflammé ne tombe sur eux. Ce n'était pas la première fois qu'il leur sauvait les fesses, surtout Lovio, mais le Gerudo prit conscience cette fois qu'il avait bien failli perdre ses compagnons. Hönir et Lovio se laissèrent à nouveau guider par Era qui marchait au hasard. Le feu était loin à présent, seulement les arbres devenaient de plus en plus foncés, de moins en moins accueillants.

Era ne pensait plus à rien, hormis le fait de fuir. Fuir le plus loin possible de ce truc. Le plus loin possible de tout. Il était parti à cause de ça, et maintenant il le retrouvait ici ? Ça ne pouvait pas être réel ! La panique prenait le pas sur lui et Lovio le voyait bien. Il le voyait si bien qu'il remarqua qu'il avait quitté la route pour s'enfoncer plus loin encore dans la noirceur des bois. Autour d'eux, il n'y avait maintenant que des arbres tordus, morts et très, très peu joyeux. Il n'y avait plus aucune luciole et tout paraissait pourri. Il remarqua aussi une fine couche de cendres au sol et le paysage était dénué de toute couleur, comme si cette partie de la forêt venait d'être carbonisée, mais il ne restait aucune trace de la chaleur d'un quelconque incendie.

- Era, arrête-toi, je crois qu'on est partis trop loin, dit-il doucement en posant une main sur le bras de son ami. Et puis, on peut ralentir, le feu est loin maintenant.
Hönir fut moins doux quant à lui. Il tira brusquement sur son bras emprisonné par l'énergumène, ce qui fit basculer ce dernier en arrière, entraînant Lovio dans une chute mal assurée qui les mena tous deux au sol.
- Aïe ! Non mais ça ne va pas de faire ça ! geignit Era en se frottant l'arrière du crâne. En plus, t'as sali ma jolie robe !
Il se mit à sangloter comme un enfant, semblant reprendre un peu ses esprits.
- Ça y est ? Tu as fini ta petite crise ? Tu peux enfin nous expliquer ce qu'il se passe ici ?! s'emporta le Gerudo intérieurement soulagé de revoir le Era de d'habitude.

Mais malheureusement pour lui, le regard de l'intéressé s'assombrit soudainement, comme s'il avait revu un fantôme du passé. Le géant se dit alors qu'il aurait peut-être dû attendre un peu.

- Ce n'était pas de simples flammes... murmura sérieusement le brun d'une voix rauque.
Hönir fronça les sourcils et Lovio essaya de choisir une meilleure position par terre, même si ce fut vain.
- Comment ça ? Que s'est-il passé ? demanda Lovio sur un ton qu'aurait employé une mère à son enfant, ce qui eut le don de faire rouler des yeux au géant.

Pourtant, tous deux savaient que ce n'était pas normal. Que ce feu n'était pas normal. Pendant leur fuite, ils avaient remarqué l'étrange couleur que portaient les flammes. Elles n'étaient pas de la couleur habituelle, et ça, l'Hylien et le Gerudo l'avaient deviné sans grand mal. Era leur répondit alors en un souffle leur procurant d'étranges frissons.

- C'était des flammes violettes...

* * *

- Qu'est-ce que cela signifie ? Link marchait vite.

Depuis sa séparation avec son ami Lovio, il ne voulait plus qu'un chose : le retrouver et le savoir sain et sauf. Derrière lui, les jumeaux le suivaient avec un peu de difficulté, mais tenaient le coup. Zelda arrivait encore à poser des questions alors qu'il avait demandé à ne pas être interrompu lors de son explication. Ils avaient réussi à semer le feu, et ce dernier en aurait pour un moment à les retrouver.

- Je ne sais pas ce que ça signifie, mais sûrement rien de bon, soupira-t-il.
Lorsqu'ils avaient été en sécurité, Link leur avait brièvement raconté ce dont Jehd lui avait fait part. Ils avaient ensuite parlé de ce fameux feu violet que personne n'avait pu ignorer.
- C'est vrai, se manifesta Sheik. Impa m'a appris à reconnaître les différents types de magie, et ceci est de la magie sombre.
Le héros s'arrêta brusquement, manquant de se faire percuter par ses amis, et se retourna, livide.
-Mais... les Twinrovas ne maîtrisent que la magie noire, je me trompe ? fit Zelda, essayant de se remémorer le récit des aventures de ses amis et ce que lui avait dit sa mère. De plus, la magie sombre est censée avoir été oubliée il y a des lustres !
Sheik acquiesça. Il craignait le pire. Si cet incendie n'était pas l'oeuvre de leur ennemi, qui cela pouvait bien être ?
- De la magie sombre ? ça veut dire que... murmura un peu pour lui-même l'Hylien.
- Que nous n'avons pas que Ganondorf comme ennemi, termina le Sheikah pas très confiant de ses propres paroles.

* * *

- Bon ! Moi, j'en ai marre, j'me tire ! Je vais combattre mon frère ! fit Hönir en faisant mine de partir.
- Je pense que ce serait mieux que tu restes avec nous, Hönir... dit Lovio en observant les alentours. Sinon, on risque de se perdre, on s'est déjà trop enfoncés dans la forêt...

Le jeune homme venait de remarquer qu'une sorte de brouillard tombait, les happant, léchant le sol telle une langue et embrumant les environs... et leur esprit. La brume devint plus épaisse et rendit vite la vision plus restreinte à tel point que Lovio ne distinguait presque plus son grand ami pourtant à trois pas de lui. Le Gerudo s'était stoppé lorsque la purée de pois était tombée et avait reculé d'un pas, ne comprenant pas ce qu'il se passait. Décidément, tout était contre le fait qu'il veuille partir ! Cela aurait pu être un signe s'il l'avait vu venir... Soudain, des pas se firent entendre, se rapprochant, semblant pourtant leur tourner autour.

- On... on s'est perdus, souffla Era, affolé. C'est ma faute, je suis désolé. Désolé, désolé, c'est ma faute, désolé...
- Ce n'est rien, Era, nous pourrons trouver la sortie, ne t'inquiète pas, le rassura Lovio autant pour son ami que pour lui tout en scrutant les alentours.
Le brun releva la tête, une lueur folle dans les yeux qui fit faire un mouvement de recul à son ami. Depuis qu'il avait reforgé l'épée, Lovio trouvait Era de plus en plus bizarre. Lui qui d'ordinaire était toujours souriant et ne manquait pas de faire une blague, se retrouvait recroquevillé sur lui-même, le regard fou depuis l'incendie.
- C'est ridicule de rester ici ! s'énerva Hönir en élevant la voix.
- C'est de ma faute, désolé... je suis désolé, désolé, désolé, c'est de ma faute... je suis... continua à murmurer l'énergumène en se balançant d'avant en arrière, comme en transe.

Et ça continua, encore et encore. Hönir qui s'énervait et Era plongé dans son délire. Hönir qui élevait la voix, et Era qui la baissait. Hönir qui bouillonnait, et Era qui semblait sur le point de s'évanouir. Et ça pendant de longues minutes qui parurent une éternité à Lovio, qui commençait à avoir la tête qui tourne. Et plus ses amis jouaient au ping pong avec leurs émotions, plus il se sentait chavirer. Il avait la tête lourde, la migraine, les yeux qui se fermaient... l'envie de tout lâcher. De lâcher prise. Car de toute façon, ils ne réussiraient jamais à vaincre Ganondorf avec toutes les discordes qui persistaient dans leur groupe. Ils ne réussiraient qu'à se faire tuer. Se faire tuer comme Fram... Lovio ouvrit soudainement ses yeux en grands, comme s'il venait de se réveiller subitement d'un rêve... ou d'un cauchemar.

- C'est la forêt ! s'exclama-t-il alors, se relevant brusquement, stoppant les litanies de ses deux compagnons. Mojo nous l'a dit hier soir avant que nous partions nous coucher !
Aucun des deux autres ne sembla réagir à ses dires, concentrés sur un point invisible devant eux.
- Il nous a avertis ! Avertis de ne surtout pas nous perdre sous peine de devenir fous ! expliqua-t-il, comprenant parfaitement la situation dans laquelle ils se trouvaient.

Mais ils ne l'écoutèrent pas. Ils semblaient ailleurs. Comme si... mais oui ! L'Arbre Mojo leur avait également dit que la forêt faisait voir des illusions au malheureux qui se serait perdu. Des hallucinations issues de leur passé, les accablant pour faire en sorte qu'ils s'abandonnent aux bois, qu'ils deviennent des monstres rongés par les regrets et constamment tristes.

- Era ! cria-t-il alors en venant secouer son ami, réveille-toi ! Quoi que tu puisses voir, ce n'est pas réel ! Hönir !
Il se tourna vers le colosse qui ressemblait plus à une statue de marbre qu'à un être fait de chair et de sang.
- Hönir, regarde-moi !
Mais il ne daigna faire aucun geste.
- REGARDE-MOI ! hurla Lovio du plus fort qu'il pouvait, réveillant heureusement Era en même temps.
Le géant tourna alors lentement la tête vers son ami, mais son regard faillit faire défaillir l'Hylien. Il n'avait plus rien d'humain. Ses yeux ne reflétaient plus que de la colère, de la haine et une immense soif de pouvoir.
- Il est là, déclara-t-il d'une voix sombre qui ne lui appartenait pas. Il est venu pour mourir. Mourir de ma main, pour expier ses fautes !
Lovio écarquilla les yeux.
- Non, Hönir ! Ce n'est pas ton frère ! C'est une hallucination ! éructa-t-il, craignant le pire.

Puis, sans prévenir, le Gerudo poussa un effroyable cri de guerre et fonça droit devant lui, s'enfonçant dans le brouillard sans que Lovio ne puisse esquisser le moindre geste pour l'en empêcher. Il pria en silence pour que son ami se ressaisisse vite, mais fut interrompu lorsque le cri de son camarade se stoppa net, comme si quelqu'un venait de l'assommer, ou de l'arrêter de quelque manière que ce soit. Il se leva alors pour partir à sa recherche, paniquant, mais quelque chose l'en empêcha en lui tirant sur sa manche. Il regarda ce qui l'avait entravé et constata qu'il s'agissait d'Era.

- Il... il faut sortir d'ici, souffla-t-il en déglutissant bruyamment, le regard toujours ancré sur un point au loin. Et au plus vite !

Soudain, Lovio eut une idée. Il s'empara de la sacoche qu'Impa lui avait donnée et qu'il ne quittait plus depuis, et en sortit sa fameuse loupe magique ! Qui dit "bois magiques", dit forcément "loupe magique" ! Il la porta à son oeil et regarda les alentours se teinter du même rose foncé que le verre du Monocle de Vérité. Il constata alors qu'il y avait un chemin légèrement lumineux semblant être la sortie, mais à mieux y regarder, il voyait aussi deux silhouettes au loin : une grande et costaude, et une plus frêle qui scintillait faiblement de violet sombre. C'était Hönir ! L'espoir de revoir son ami revint en force et il le dit à Era, expliquant qu'ils DEVAIENT aller sauver leur ami de la forêt.

- On ne peut pas. Il faut absolument sortir, déclara ce dernier un peu froidement en resserrant le bras de l'autre. C'est un grand gaillard, ne t'inquiète pas pour lui.

Et il se mit debout, droit comme un i, à l'affût du moindre signe de menace, comme l'aurait fait Sheik ou le Gerudo. Lovio baissa la tête. Pourquoi se comportait-il ainsi ? Era ne s'était jamais comporté ainsi. Depuis qu'il le connaissait, l'énergumène ne faiblissait jamais, toujours souriant avec ses blagues et ses manières étranges. Alors pourquoi ? Pourquoi voulait-il abandonner Hönir alors qu'il avait commencé à s'entendre tous les deux ? Pourquoi...

- Tes amis t'abandonnent... lui murmura une voix au creux de son oreille. Viens avec moi, tu seras mieux qu'avec eux.
Lovio sursauta et se tourna dans tous les sens pour essayer de voir d'où venait cette voix qui lui semblait familière. Era l'interrogea, mais il ne l'écoutait plus, trop concentré à chercher la source de son sursaut.
- Je ne comprends pas ce que tu leur trouves, dit la voix à sa droite. Ils n'ont rien de particulier et sont encore moins tes amis.

Cette fois, ça venait de la gauche. Lovio commençait à avoir la tête qui tourne à force de tourner sur lui-même quand il eut l'idée d'utiliser la loupe. Il la mit à son oeil comme avant et chercha, cette fois pas longtemps. Il vit d'abord ses cheveux blancs. Puis ses yeux verts remplis de malice. Il la vit sourire et se rapprocher de lui.

- Tu sais, lui chuchota-t-elle. Tu peux encore faire le bon choix !

Puis, elle repartit. L'Hylien secoua la tête. Cela devait être une illusion parce que Ghyni ne pouvait simplement pas être là ! Il regarda à nouveau vers Hönir en passant sur Era et ouvrit grand ses yeux. Il y avait désormais deux personnes entourant son grand ami, une plus petite accompagnant la plus frêle.

- Ne m'en veux pas, mais nous te l'empruntons ! ricana la vision de la Sheikah.

S'ensuivit une chose à laquelle il ne se serait pas attendu : la silhouette mince frappa le colosse à la tête, et ce dernier s'effondra avant de doucement se teinter de violet sombre lui aussi. Ça ne pouvait signifier qu'une seule chose... Mais Lovio se refusa à le croire ! Puis, les trois silhouettes disparurent, les laissant seul dans un silence de plomb. Era qui n'avait toujours pas comprit le problème de Lovio s'approcha de lui pour le sortir de ses pensées.

- Qu'est-ce qu'il y... commença le brun, cette fois réellement inquiet pour lui.
- On y va, déclara soudainement Lovio en intimant à son ami de le tenir pour qu'ils ne se perdent pas une nouvelle fois, ni qu'ils se retrouvent séparés.

C'est ainsi que Lovio suivit le chemin légèrement lumineux en pressant le pas, lorsqu'il sentit quelque chose de chaud rouler sur sa joue. Il l'essuya et fut surpris que cela soit de l'eau, puis il comprit qu'il pleurait. Il ne savait pas pourquoi, mais ce qu'il venait de voir ne présageait rien de bon. Il se sentit coupable de ne pas avoir retenu Hönir, de ne pas l'avoir aidé à sortir de son illusion. Quelque chose au fond de lui lui chuchotait qu'il le regretterait amèrement.

Ils sortirent enfin de la forêt une vingtaine de minutes plus tard et rejoignirent le groupe de Link qui se trouvait non loin de là. Lorsqu'ils arrivèrent, Era se jeta dans les bras de Sheik, alors que Lovio restait planté devant le groupe.

- Ooooh ! Sheik, mon Lapin ! Comme tu m'as manqué ! s'exclama le brun en enlaçant fortement le Sheikah au plus grand dam de ce dernier.

Zelda rigola, mais fut elle aussi enserrée par l'énergumène, prônant le fait de ne pas faire de préférence entre les jumeaux. Un discours des plus gênants à entendre. Lovio s'autorisa alors à sourire en voyant la scène de son ami enfin redevenu le vrai Era, mais fut incapable de faire un pas en direction de leur petit cercle. Link le remarqua alors et s'approcha de lui en fronçant les sourcils. Lorsque le blond avait vu arriver l'autre partie de leur groupe, il avait été empreint d'une grande joie en les voyant sains et saufs, et avait même voulu imiter Era en sautant au cou de Lovio, mais il s'était ravisé en voyant la mine meurtrie de son ami. De plus, une présence manquait.

- Où est Hönir ? demanda-t-il, inquiet par l'absence de leur Gerudo.

Lovio voulut ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun son n'en sortit, comme coincé dans sa gorge. Ses yeux le brûlèrent subitement, et il fixait désespérément le sol, semblant suffoqué par ce bouchon d'émotions qui s'était formé au fond de sa bouche. Il cherchait de l'air, pris d'une prise de panique soudaine.

- Je... essaya-t-il de dire.
- Que s'est-il passé, Lovio ? insista le blond en regarda intensément son ami.

Le jeune homme déglutit bruyamment et releva les yeux vers Link, enfonçant son regard dans le sien tout en prenant une grande respiration pour se calmer. Ce qui eut malheureusement pour effet de laisser échapper ces traîtresses de perles salées qui roulèrent tranquillement sur ses joues, comme si rien ne s'était passé, comme si elles n'en avaient que faire des problèmes du jeune homme. Au loin, comme pour rajouter de la culpabilité, on pouvait entendre le crépitement de l'incendie qui se rapprochait, doucement mais sûrement. Lovio inspira une nouvelle fois profondément et déclara d'une seule traite, laissant tout le monde coi, y compris Era :

- Il s'est fait kidnapper.

Chapitre 3 : L'île de l'Aurore   up

Les Sages étaient arrivés sains et saufs à leur destination bien que quelques-uns eurent du mal à supporter leur moyen de transport. La téléportation avait retourné l'estomac de certains jusqu'à leur faire rendre leur petit déjeuner. Jehd observa le lieu. Il ne reconnaissait pas l'endroit, bien que grâce à ses livres il avait pu voyager dans tout Hyrule. Devant lui se dressait une vaste forêt, à l'horizon une montagne, bien plus petite que le mont Hébra. Le ciel était bleu et il pouvait voir divers oiseaux voler au-dessus de lui. Il reconnaissait la plupart des espèces. Il s'émerveillait du spectacle quand Fado vint le sortir de sa rêverie.

- Alors ? Comment trouves-tu l'île ?
- L'île ?
A cette remarque, le bibliothécaire baissa les yeux et vit qu'il se tenait debout sur du sable. Une plage ?
- Hé oui, Sage des Ombres : bienvenue à Labrynna.
- Labrynna ? s'interrogea Jehd.
- C'est un archipel de plusieurs terres et nous sommes sur l'île de l'Aurore.
- Mais c'est une légende ! s'exclama l'homme à lunettes.
- Peut-être que toute tes légendes sont vraies, sourit le Kokiri en laissant le jeune homme sur place.

Jehd fit demi-tour sur lui-même et se retrouva face à un océan aux eaux cristallines. Il n'avait vu cela que sur des tableaux. Instinctivement, il ôta ses chaussures et entra dans l'eau jusqu'à hauteur des mollets. Et pour la première fois depuis un long moment, il se sentit rassuré et apaisé. Il ferma les yeux et écouta le bruit des vagues qui s'écrasaient sur la plage quand un gros "splash" et des éclaboussures le firent revenir à la réalité. Devant lui, un Zora s'amusait à faire des bonds dans l'eau.

- Sidon, cria Lars sur la plage. Tu n'as pas fini tes enfantillages ?
Le Zora ne répondit pas et continua à s'amuser dans l'océan. Jehd sourit en voyant la scène et décida de rejoindre Sidon. Les deux jeunes hommes furent bientôt suivis par les autres Sages. Lars et Fado observaient depuis la plage.
- Ils sont tellement insouciants, ils ne se rendent pas compte, dit Lars en secouant la tête.
- Chaque chose en son temps, Sage de l'eau. Nous avons le temps pour l'entraînement. Laissons-les s'amuser et se détendre.
A ces mots, Fado tourna les talons.
- Fais comme eux. Après tout, tu es le Sage de l'Eau, non ? dit-il au Zora en lui faisant un clin d'oeil.

* * *

Après cette petite récréation, Jehd se mit à l'écart du groupe. Il s'installa à l'ombre d'un cocotier. Le sable était tiède. Il avait ôté sa chemise et l'avait déposée sur une pierre non loin de lui pour que celle-ci sèche, ainsi que son pantalon. Se retrouvant en caleçon, il observa le groupe qui s'amusait encore, tout en caressant le sable sous ses doigts. Il s'adossa contre le tronc et bascula la tête légèrement en arrière pour entrevoir le ciel à travers les feuilles du cocotier. Il poussa un long soupir et ferma les yeux. La seconde d'après il rejoignait les bras de Morphée, ou plutôt ceux de sa bien-aimée. Il était assis au même endroit, seulement le groupe n'était plus là. Il câlinait tendrement sa dulcinée.

- Et bien, tu en as mis du temps ! lui fit Ash, la moue au visage.
- Je suis vraiment désolé, mais les choses au Village Kokiri ne se sont pas passées comme prévu.
La jeune femme se leva, uniquement vêtue d'une longue toge blanche. Elle se dirigea vers l'océan, obligeant le jeune bibliothécaire à la suivre. Elle entra dans l'eau jusqu'aux chevilles. Elle ferma les yeux et ramena ses mains à sa poitrine.
- Je peux presque sentir les mouvements de l'eau sur mes jambes. Et cette brise aussi.
Jehd sentit que son ton avait changé, la guerrière avait laissé place à une jeune femme frêle et nostalgique. Il vint l'entourer de ses bras et lui déposa un baiser dans le cou.
- Je trouverai le moyen pour que nous soyons réunis en dehors de mes rêves.
Ash fit face à son amoureux les larmes aux yeux.
- Je crains que cela soit impossible, dit-elle en détournant le regard.
- Je trouverai le moyen, sois-en certaine.
- La menace qui pèse sur Hyrule est bien pire que ce à quoi vous vous attendez.
Jehd observa la jeune femme, sans dire un mot.
- Je l'ai vue à l'oeuvre... dans la forêt de Firone... de la magie sombre.
- Sombre ?
- Une magie bien plus puissante que celle des vieilles sorcières. Et d'après ce que j'ai pu voir, celle qui l'utilisait était près de votre groupe à rechercher Hönir. C'est d'ailleurs elle qui a aspiré les pouvoirs d'Aëline.
- Comment ça "aspirer ses pouvoirs" ?
- Je l'ai vue faire, et si je ne me trompe pas, elle cherchera tous les Sages et prendra leurs pouvoirs jusqu'au dernier...
Jehd coupa la jeune femme.
- Il ne nous arrivera rien, je t'en fais la promesse.
- Mais si cela arrive, vous n'aurez plus aucune chance de vaincre le Mal.
- Nous sommes en sécurité ici, nous sommes...
- Ne me dis rien, si la magie sombre est ce que je crois, je pourrais vous mettre en danger sans le vouloir. Et puis, vous ne vous battez pas contre le bon ennemi.
- Comment ça ? l'interrogea le bibliothécaire.
Ash ouvrit la bouche pour lui répondre, mais le ciel s'assombrit dangereusement. D'épais nuages noirs approchaient rapidement, accompagnés au loin d'éclairs effrayants.
- Il est peut-être trop tard, s'affola la jeune femme, Ils vous ont sûrement trouvés par ma faute. Je dois partir.

Ash lâcha subitement les mains de son amoureux, et dans un dernier murmure lui promit de veiller sur lui et les autres Sages. Jehd contempla le visage de sa bien-aimée qui s'effaça doucement sous ses yeux.

* * *

Après s'être réveillé en sursaut, le Sage des Ombres se rhabilla à la hâte et courut rejoindre les autres sur la plage. Il arriva, essoufflé, devant le groupe de Fado, Lars et Niyo, et leur raconta ce que son mentor lui avait dit en rêve.
- Ne t'inquiète pas l'ami, ici, nous sommes à l'abri de toute sorte de magie. Seuls les Elus peuvent se rendre ici sans la colère de la Bête, dit Fado en lui faisant un clin d'oeil.
Le jeune Hylien voulut contester mais le Sage de la Forêt ne lui en laissa pas le temps. Il appela les autres à se rassembler afin de pouvoir se rendre au temple.
- Nous avons encore une petite heure de marche avant d'arriver, les Auroriens doivent nous attendre pour le déjeuner.
- Est-ce qu'ils font du poisson grillé ?

Sidon, qui se trouvait derrière le groupe et dont la tête dépassait d'un bon mètre, sourit en levant le doigt, comme pour signaler que c'était lui qui avait posé la question. Fado acquiesça et se retourna pour ouvrir la marche, suivi de près par Niyo et Lars. Jehd regarda un par un les Sages qui passaient devant lui et essaya de graver chaque détail dans son esprit. Il était si inquiet depuis la révélation de sa compagne de rêve. Qu'est-ce que l'avenir pouvait bien leur apporter ? Allaient-ils tous mourir, ou être voués à finir dans le coma comme Aëline. Et si cela arrivait, qu'adviendrait-il de ses amis ? de Kida ? d'Hergo ? Mais aussi de Sheik, Link et les autres ? Que deviendrait Hyrule ? Plongé dans ses pensées si terrifiantes, le jeune Sage fut parcouru de frissons.

Au loin, Sidon l'appela. Jehd leva la tête et constata que le groupe était déjà à une certaine distance. Il courut les rejoindre, et marcha alors à côté du géant zora.
- Ne t'inquiète pas, jeune Hylien, lui sourit Sidon. Il ne faut pas perdre espoir.
Le bibliothécaire ne dit mot, il repensait à ce qu'Ash avait dit : "Vous ne vous battez pas contre le bon ennemi".

* * *

La longue marche dans l'île avait fatigué et affamé le groupe. Ils traînaient tous la patte, et même Amelina, qui volait autour de ses semblables au début, s'était fatiguée et marchait mollement désormais. Fado motivait les Sages comme il pouvait, leur rappelant le déjeuner savoureux qui les attendait avec les Auroriens et leur cuisine exquise. Le Sage de la Forêt vantait les coupes de fruits frais, la viande juteuse et cuite parfaitement, et, au plus grand plaisir de Sidon, du poisson local, sous de nombreuses formes. Ces promesses avaient ravi le groupe qui s'était activé et marchait vigoureusement. La forêt était épaisse mais ce n'était pas angoissant. Au contraire, cette forêt nous appelait à découvrir chacun de ses recoins.

Le chemin fit un brusque virage et les Sages se retrouvèrent dans un endroit sublime. Une clairière avait été aménagée, très grande et lumineuse mais également couverte par un système de feuilles de palmier tressées. Des petites huttes se dressaient, ici et là dans une parfaite harmonie. Une plus grande hutte au centre dominait le village. Un système d'eau abreuvait la clairière grâce à des demi-tuyaux qui faisaient dévier une rivière située à l'extérieur du village. De cette eau, de nombreux arbres fruitiers en tous genres poussaient. Leurs fruits, brillants et épais mettaient l'eau à la bouche. Les Sages, émerveillés par ce paradis terrestre étaient bouche bée.

Immédiatement, des Auroriens débarquèrent de toutes parts, entourant leurs invités. Les hommes étaient grands, bronzés et en pagne. Les femmes quant à elles étaient vêtues de robes légères ou de jupes en paille. Ils offrirent beaucoup de nourriture dans des paniers en osier tressé. Des légumes, du riz accompagné de différentes sauces, du poisson, de la viande, des fruits à foison et des sorbets multicolores furent présentés aux nouveaux venus. Alors qu'ils allaient se jeter sur cette nourriture, une voix grave tonna :

- Allons, est-ce ainsi que nous traitons des invités ? Éloignez-vous, laissez-moi passer s'il vous plaît.
La foule s'écarta. Un vieil homme bien bâti traversa la haie d'honneur d'un pas lourd. Il portait une tunique et une chemise légère. Il arriva en se massant le dos.
- Bien le bonjour, messieurs et madame. Je me présente, Kaeo, chef de ce petit village et par extension, des Auroriens. L'Arbre Mojo vous a envoyés ici, n'est-ce pas ?
- Oui, monsieur, répliqua Jehd.
- Comment va mon vieil ami ? questionna le chef, l'ombre d'un sourire aux lèvres.
- Oh... vous savez, c'est une "personne" très enflammée, dit Lars.
- Flamboyante je dirais, rigola Jehd.
- Il pète le feu, continua Sidon.
Le vieil homme rit. Son rire était beau, tout en saccades et mettait de bonne humeur.
- Je savais qu'il était mort. Mon miroir magique me l'a révélé.
- Un miroir magique ? s'extasia Amelina.
- Oui, jeune Piaf. Seulement personne n'est enfermé dedans. C'est plus une fenêtre sur un autre monde qu'autre chose.
- Et ce monde, c'est le nôtre ? s'enquit Fado.
- Effectivement. J'ai vu le feu se propager, vous ainsi que d'autres sortir précipitamment de la salle du conseil... j'ai vu Mojo se consumer. En attendant les jeunes, j'aime votre sens de l'humour, ajouta Kaeo avec un clin d'oeil. Dites, ce voyage ne vous a pas affamés ? A votre place je le serais, gloussa-t-il. Suivez-moi, vous aurez un festin comme personne n'en a jamais vu en Hyrule !

* * *

- Je crois bien que je ne peux plus rien avaler pour le restant de mes jours, annonça Sidon d'un air grave.

Son beau corps de poisson sculpté par des milliers d'heures de nage avait laissé place à une petite brioche de ventre. Tous les Sages étaient dans le même état. À l'instant où ils avaient goûté la nourriture aurorienne, ils surent qu'ils ne voudraient que ce type de mets jusqu'à la fin de leurs jours. Le chef se coucha davantage sur son fauteuil en bois tressé et expira bruyamment. Il ferma les yeux un instant. Il se releva et regarda chacun des Sages.

- Ce soir... devant la grande hutte. Venez. Tous. Au coucher de soleil. Et aucun retard ne sera permis. Les sages se regardèrent.
- Même moi ? s'enquit Sidon.
- Oui, Sidon, même toi.
- Très bien, vous pouvez compter sur moi, affirma le poisson humanoïde avec un grand sourire.

Les Sages se levèrent de table et décidèrent d'aller marcher un peu près du village. Ils allaient rester ici pour un moment, alors autant explorer cette île. Leur petite balade leur fit découvrir une nature comme personne n'en avait vue. Ces plantes ne ressemblaient pas aux coraux zora, ni même aux majestueux sapins d'Hébra, et encore moins aux arbres de la forêt d'Hyrule. Niyo, qui avait peu parlé jusqu'à maintenant, observait attentivement chaque branche, chaque brin d'herbe avec une grande attention. Ray était tout aussi curieux que lui, et leur duo faisait rire les autres. Le groupe trouva un petit endroit et ils s'assirent tous. Un à un, ils racontèrent leurs aventures. Certains essayaient de montrer le peu de pouvoir qu'ils savaient maîtriser, au plus grand plaisir du groupe qui applaudissait chaleureusement. Jehd raconta des légendes qu'il avait lues dans ses nombreux livres, émerveillant ses camarades. De manière générale, chaque personne du groupe avait parfaitement sa place et les histoires enchantaient tout le monde. Ils reprirent leur marche.

Le soleil déclinait, donnant à l'île une couleur orangée magnifique. Les Sages étaient bien plus soudés qu'à leur arrivée, et ils avaient hâte de savoir ce que Kaeo avait préparé. A leur entrée dans le village, les Auroriens arrivèrent de toutes parts, leur donnant de délicieux fruits. Ils les remercièrent et partirent en direction de la hutte. Ils s'installèrent timidement devant. A l'instant où le soleil disparut, Kaeo ouvrit la porte.

- Alors les jeunes ? Prêts ?

Tous se relevèrent en souriant. Le chef ouvra la porte plus grand. Ils entrèrent dans la pièce. C'était un endroit sobre, joliment décoré mais sans signe de richesse ou de vanité. Les Auroriens étaient très riches, moralement, mais aussi financièrement, vu qu'ils ne manquaient jamais d'argent. C'étaient des gens très humbles et désintéressés. Pour en revenir à la hutte, le chef s'approcha d'un tableau très grand, représentant la Déesse Hylia alors qu'elle créait le monde. Il fit coulisser le tableau, ce qui dévoila un passage secret. En fait, c'était un trou béant creusé dans la paroi de la hutte et qui descendait sous terre. Le chef prit une torche et ouvrit la voie. Il invita le groupe à le suivre. Timidement, un par un, ils le suivirent. Le tunnel descendait abruptement et conduisit cet étrange groupe dans une vaste pièce sous terre. Les murs étaient noirs, le sol était de verre. Les Sages se regardèrent, se demandant ce qui les attendait. Le chef se plaça derrière une longue table et mit un étrange appareil au niveau de ses oreilles. Il commença à se déhancher en souriant. Après un instant, il toucha la table quelques fois et tous entendirent une musique. C'était un chant étrange, mais qui faisait sentir d'incroyables sensations. Tous commencèrent à danser comme des idiots. Jehd, séducteur, offrit une danse à Amelina, ce qui rendit jaloux Sidon qui promit une danse à la Piaf juste après. Niyo virevoltait à la manière des Tuamotuas et Fado restait dans son coin. Lars esquissait quelques timides pas et Asarim jouait de l'accordéon au-dessus de la musique. Kaeo arrêta brusquement la musique.

- Bon les cocos, ça va pas du tout. Vous savez pas danser !
Les Sages se regardèrent, puis stoppèrent leurs danses respectives. Kaeo les rejoignit sur la piste de danse. Il fit des pas étranges mais qui, ensemble, avaient une cohérence.
- Allez, faites comme moi ! Droite, gauche, pied en avant, mains en haut, pieds en haut, saute, écarte les bras et touuuuuurne. Après c'est vague de bras, descend, monte, tourne encore et tape des mains. Allez, à vous !
Les Sages étaient perdus. Quoi ? Quelle était cette ridicule chorégraphie ? Sidon fut le premier à crever l'abcès. Il copia attentivement les pas de danse de Kaeo en tirant la langue. Ce dernier éclata de rire :
- Hey prince Zora ! T'as le rythme dans la peau ! Ouais, allez c'est bien ! Les autres, à votre tour !

Et un par un, chacun dansa comme Kaeo le demandait. Une fois la chorégraphie apprise, le vieil Aurorien mit de nouveau la musique. Cette fois, personne ne riait, tout le monde était étrangement synchronisé et appliqué. Au bout de la seizième fois qu'ils recommençaient la chorégraphie, Kaeo stoppa la musique, le sourire aux lèvres.

- C'est bien les jeunes ! Vous le sentez le pouvoir couler dans vos veines ?
Effectivement, chaque Sage sentait son coeur battre plus fort, leur sang plus épais, l'air différent. La danse était magique et éveillait leurs pouvoirs.
- On dansera un peu à nouveau demain et on verra vos différents pouvoirs. Chacun de vous a un grand potentiel, et je veux que vous appreniez à vous en servir le plus rapidement possible, est-ce clair ? demanda l'Aurorien.
Tous hochèrent de la tête. Ils avaient hâte d'être à demain.

Chapitre 4 : Magie Sombre   up

Ash s'était retrouvée propulsée en dehors du rêve de son bien-aimé. La magie de l'île était puissante. D'un côté, elle était soulagée de le savoir en sécurité, mais d'un autre, le mal qu'ils allaient devoir affronter était pire que ce à quoi elle s'attendait. Elle releva les yeux et découvrit avec effroi le spectacle qui se dressait devant elle. La forêt où elle avait erré toutes ces décennies n'était plus que poussière et désolation. Des arbres si beaux et si majestueux de jadis, il ne restait plus que du bois calciné, complètement mort. Le sol d'herbe tendre était maintenant recouvert d'une épaisse couche de cendres qui fumaient encore çà et là. Le crépitement de l'écorce brûlée avait remplacé le chant des oiseaux. La forêt si vivante et si colorée avait laissé place à un paysage dévasté où régnait un silence pesant. Personne ne pouvait survivre à un feu aussi dévastateur. Ash espérait sincèrement que les amis de Jehd avaient pu prendre la fuite à temps et se mettre à l'abri. Autrement, Hyrule serait perdu.

A présent, la jeune femme ne savait pas quoi faire, la seule personne vivante qui pouvait la voir était en sécurité quelque part, protégée de toute forme de magie. Son regard se perdit au loin et elle se rappela les paroles d'Impa, lorsqu'elle était venue chercher son aide : "Regarde ta jolie forêt, je suis sûre que tu ne la quittes pas. Regarde-la bien et enregistre toutes ses belles couleurs, car si Ganondorf triomphe, tout cela ne sera plus. Si tu y tiens, retrouve Jehd et aide-le !". Elle avait alors retrouvé le jeune homme et l'avait aidé. Mais elle était sûre d'une chose : Ganondorf n'était pas derrière cet incendie, il ne pouvait pas avoir triomphé aussi facilement.

Ash regarda encore autour d'elle. Cette magnifique forêt avait brûlé, il lui faudrait des années pour retrouver sa splendeur d'antan. Elle sentit des larmes couler sur ses joues. Son amour pour le jeune Sage l'avait rendue vulnérable et plus sensible. Elle ressentait les choses et cela lui faisait mal. Ce sentiment qu'elle n'avait plus éprouvé depuis tant d'années l'avait rendue à nouveau plus humaine. Dans le lointain, un croassement la fit sortir de ses pensées.

- Sariel ? se dit-elle à haute voix.
L'oiseau arriva en volant entre les arbres morts et se posa sur le bras que lui tendit la jeune femme.
- Mon ami ! s'exclama-t-elle, heureuse. Tu es en vie !
L'animal croassa et pencha sa petite tête sur le côté. De sa main libre, Ash le caressa doucement. Sariel se secoua comme satisfait.
- Il va falloir que tu m'aides, mon ami. Hyrule court un danger plus grand que le retour du Fléau. Si je ne me trompe pas, c'est de la magie sombre, et je ne connais personne ici bas qui sache l'utiliser.
Elle continua pour elle-même, caressant toujours les plumes noires de l'oiseau.
- Enfant, on nous contait une légende à ce sujet, mais cela est tellement loin que je ne me rappelle pas ce qu'elle disait.
Après un long silence elle reprit pour le corbeau :
- Je voudrais que tu voles jusqu'au temple de Ganondorf et que tu me rapportes ce que tu vois.
Le corbeau n'approuva pas l'idée de l'ancienne Sage et croassa vivement pour le lui faire comprendre.
- Je sais, mon ami, mais je n'ai pas d'autre solution. Je suis bloquée ici, je te rappelle, et je n'ai plus accès aux rêves de Jehd. Tu es mon seul espoir. Je dois trouver un moyen d'entrer en contact avec le monde des vivants.
L'animal étira ses ailes d'ébène et les agita en guise de protestation.
- Sariel, si je pouvais y aller moi-même, je le ferais avec plaisir. File maintenant, tu ne crains rien. Personne ne va soupçonner un corbeau d'espionner l'ennemi.
L'oiseau hésita, puis finalement s'envola vers sa mission, laissant l'ancienne Sage seule. Après un long moment de réflexion, la jeune fille eut une idée :
- Et si j'allais rendre une petite visite à Midona ? Après tout, je suis déjà morte, non ? Que pourrait-il m'arriver de pire ?

Persuadée de trouver les réponses à ses questions au royaume du Crépuscule, elle s'assit en tailleur au pied d'un arbre à moitié brûlé. Elle irait bien chez Midona, mais pas sous cette forme : elle était bannie et ne se risquerait pas à s'y promener. L'ancienne Sage prendrait donc la forme d'une ombre. Ash ferma les yeux et commença à méditer. Il lui fallait visualiser intérieurement l'endroit où elle voulait se rendre. Ce qui s'avérait compliqué lorsque vous ne savez pas à quoi cela ressemble. Elle inspira un grand coup et fixa son esprit sur Midona. Ash avait déjà rencontré la princesse du Crépuscule, elle espérait ainsi pouvoir se rendre plus facilement au plus près d'elle. Son esprit vagabonda et passa d'une ombre à une autre jusqu'à arriver à un lieu sombre et froid. Cela n'étonnait pas Ash plus que cela : après tout, le Crépuscule n'avait rien de bienveillant et d'agréable. Au loin, elle entendit des murmures et continua sa progression, passant d'un mur à l'autre, quand au détour d'un couloir, les murmures se transformèrent en conversation audible.

- C'est presque toute la forêt qui a disparu ! s'énervait Impa en faisant les cent pas dans la grande salle du trône.
Elle parut attendre une réponse qui n'arriva pas et reprit alors :
- L'Arbre Mojo est mort ! C'était l'âme d'Hyrule, sa magie ! Il faudra des décennies, des siècles peut-être, avant que tout soit comme avant. C'est une catastrophe, et toi, tu restes là sans bouger ! Tu m'exaspères !
Complètement énervée, la Sheikah avait tourné le dos à Midona qui était assise, majestueuse, sur son trône.
- Et je suis censée faire quoi ? dit-elle enfin. Toi comme moi ne faisons plus partie de royaume d'Hyrule, ma chère amie. Et cette magie est bien plus ancienne que tous les mondes réunis.

A ces dernières paroles, Ash comprit que Midona en savait un peu plus sur la magie qui avait brûlé sa forêt. C'était le moment parfait pour sortir de l'ombre, si on peut dire : la jeune femme se racla la gorge et fit sursauter Impa au passage.

- Excusez-moi de vous déranger en pleine conversation...
L'ombre se détacha du mur en même temps que l'ancienne Sage parlait.
- ..., mais il me semble avoir entendu que cette magie était plus ancienne que les mondes ? Malgré l'intervention inattendue d'Ash, la princesse Midona n'avait pas bougé un cil.
- Bienvenue à toi, Sage de l'Ombre, fit-elle. Oui, tu as bien entendu.
- Mais comment est-ce possible ? dirent en choeur Impa et Ash.
L'une parlait de la magie alors que l'autre observait la silhouette devant elle. Curieuse, Impa toucha la masse noire de l'index.
- Tu veux bien arrêter, s'il te plait ? lui dit l'ombre, agacée. Revenons à cette magie ! Si tu dis vrai, Hyrule est perdu ! Et ce n'est pas votre petit héros et vos nouveaux Sages qui arriveront à le sauver.
A ces mots, Midona se leva et s'approcha de la silhouette et d'Impa.
- Celle qui détient cette magie n'a, à mon avis, pas toutes ses capacités, et si mon raisonnement est bon, il ou elle cherche à renforcer ses pouvoirs en prenant ceux des Sages.
- C'est pour cela que l'Arbre Mojo les a évacués on ne sait où ? demanda Impa.
- Oui, je le crains, répondit Midona. Link et ses amis ont encore une chance de vaincre cette personne, mais il ne faut pas que son pouvoir s'accentue.
- Et tu oublies Ganondorf et le Fléau ! s'emporta Ash.
- Une chose à la fois, très chère, et peut-être que les deux sont liés. Si Link élimine le détenteur de la magie sombre, il éliminera peut-être le Fléau.
- Ou pas, reprit l'ancienne Sage.
- Mais comment vaincre cette magie ? interrogea Impa.
- Toute magie n'est pas éternelle, ma chère Impa.
- Comment ça ?
- La magie vient de l'essence même de la vie. C'est tout ton corps qui te la donne. Pour manipuler les ombres, Impa, tu utilisais une forme de magie.
La princesse posa une main sur l'épaule de la Sheikah.
- Tu l'as cherchée en toi. Je pense que notre nouvel ennemi n'a pas réussi à récupérer sa magie sombre et c'est pour ça qu'elle cherche à être plus puissante. Link a encore toutes ses chances de l'arrêter. Il possède l'épée sacrée, l'Epée de Légende.
- Sait-il seulement s'en servir ? Ce n'est que l'apprenti d'un forgeron. Qui va lui apprendre à manier l'épée avec dextérité ?
- Ne sois pas si pessimiste, Ash, sa route n'est pas encore achevée. Lui et ses compagnons ont encore du chemin à faire avant de toucher au but.
- Le Héros de ce temps laisse à désirer, comment veux-tu qu'il survive s'il n'a rien pour se protéger ?
- Patience, tout vient à point qui sait attendre.

Chapitre 5 : Manipulations   up

Zylia admirait son trophée qui attendait, silencieux et immobile, au centre de la salle du trône du château d'Hyrule. Ses yeux suivirent la silhouette massive devant elle d'un regard plus qu'appréciateur. Elle se mit à lui tourner autour, sa main droite frôlant la peau halée du Gerudo sans vraiment la toucher. La chair ne l'intéressait pas vraiment. Elle était à la recherche du pouvoir. De ce pouvoir qui dormait au plus profond d'Hönir depuis sa naissance et qu'il ignorait totalement posséder.

Alors qu'elle continuait à passer sa main sur le corps du Gerudo, elle se fit la réflexion qu'il ressemblait vraiment comme deux gouttes d'eau à son frère : la même silhouette tout en muscles, les mêmes abdominaux et pectoraux parfaitement dessinés par une vie d'entraînement, le même visage tout en angles, comme taillé à la hache. Si on exceptait la longueur de leurs cheveux roux flamboyants, seul l'éclat du regard permettait de distinguer Ganondorf d'Hönir. Chez le premier, y brûlait une haine profonde envers tout ce qui n'était pas lui-même, une soif de pouvoir que les Twinrova avaient patiemment entretenue pendant 25 ans. Chez le second, rien de tout cela. Loin de l'influence des sorcières gerudos, Hönir n'avait jamais vécu pour la recherche du pouvoir absolu et n'avait pas non plus développé d'appétit pour la destruction. C'était une erreur que Zylia devait réparer.

La déesse sourit en sentant enfin ce qu'elle cherchait. Ganondorf vivait dans l'idée qu'il était l'unique détenteur de la Triforce de la Force. Il se trompait. Zylia ignorait pourquoi, mais le pouvoir divin s'était divisé entre les jumeaux. Etait-ce parce que, cette fois, ce n'était pas un unique mâle gerudo qui avait vu le jour, mais deux ? C'était un fait sans précédent. Il n'y avait jamais eu de jumeaux mâles chez les Gerudos avant cette génération. Mais les raisons importaient peu en réalité : la Triforce de la Force résidait dans chacun des princes gerudos et, désormais, les deux étaient entre ses mains !

Zylia fit face à Hönir. Le regard fixe, le géant était plongé dans un état catatonique. Il ignorait où il se trouvait et en quelle compagnie. Son esprit était encore perdu dans les méandres des rêves dans lesquels son pouvoir l'avait plongé. Elle posa sa main sur son front, à plat, et ferma les yeux. Aussitôt, elle pénétra l'esprit d'Hönir et se mit à le fouiller, essayant d'apprendre qui il était vraiment et ce qu'elle pourrait utiliser contre lui pour le garder à ses côtés et l'associer à ses plans. Ganondorf était mauvais, retors, ambitieux, il était toutefois très facile à comprendre : il voulait le pouvoir et était prêt à tout détruire pour l'obtenir, ou si on l'empêchait de l'obtenir. Les sentiments possessifs qu'il ressentait à l'égard de la Gerudo dont Zylia occupait le corps étaient son point faible, tout autant que cet orgueil que les Twinrova avaient cultivé chez leur prince. Ces deux points le rendaient aisément manipulable pour Zylia.

Hönir était différent. Son éducation par ce père hylien disparu, ses voyages à travers Hyrule, son amitié avec cette Frambra, celle, récente, avec Link et Lovio... tout cela avait forgé un caractère différent de celui de son frère. Zylia était soulagée de l'avoir ramené ici : s'il continuait sur cette voie en fréquentant l'Elu d'Hylia, il aurait fini par mettre le pouvoir de la Triforce de la Force à son service ! Cela aurait été inadmissible. La réincarnation du Néant lui appartenait à elle, pas à Hylia !

Zylia finit par sourire : elle avait trouvé le levier qui gagnerait Hönir à sa cause. Comme pour Ganondorf, il s'agissait de ses sentiments pour Frambra. Oh ! C'était bien différent de cet amour tordu et ce désir de possession du prince du désert. Hönir n'avait jamais rien ressenti de pareil pour son amie. Mais dans son coeur se cachait de la culpabilité et autant de chagrin, et tout cela alimentait la haine qu'il avait pour son frère. La plupart du temps, Hönir cachait aux autres la profondeur de ce sentiment qui bouillait en lui comme de la lave en fusion. Peut-être aussi parce qu'il devinait que s'il se laissait aller à cette haine, il ne pourrait pas revenir en arrière. Cela avait failli arriver la nuit de l'arrivée de Zylia, lorsqu'il avait tué ce Goron. Tout cela ravissait la déesse : ce qu'elle découvrait chez Hönir, elle l'avait déjà ressenti auprès de l'Avatar du Néant.

- Quelles idiotes ! fit-elle dans un rire en pensant aux Twinrova qui avaient choisi le mauvais bébé.
Les sorcières avaient cru abandonner le plus faible au désert car elles n'avaient rien ressenti de son pouvoir latent. Et pourtant, Hönir possédait plus de l'Avatar du Néant que Ganondorf. Plus que de la bêtise, c'était de la pure incompétence !
- Je vais bien m'occuper de toi, Hönir, reprit-elle, cajoleuse. Ensemble, nous allons faire de grandes choses.

* * *

Ganondorf sortait de son bain. Le corps ruisselant d'eau, il passa un pagne autour de ses reins, et traversa la chambre jusqu'au balcon. Les bras appuyés sur la balustrade, il contempla la fumée qui s'élevait toujours de l'autre côté du fleuve Hylia, imaginant avec satisfaction les flammes ronger, dévaster cette forêt de Firone qu'il détestait tant. Fils du désert qu'il était, toute cette verdure lui donnait envie de vomir. S'il avait été contrarié que Zylia aille seule là-bas pour se débarrasser des parasites qui y avaient trouvé refuge, il était satisfait de savoir que les flammes de sa déesse avaient eu raison de la magie de cette forêt maudite et de son arbre gardien. Cette nuit, il survolerait la forêt avec Volfos pour s'assurer que Toal avait également été détruit. Si ce n'était pas le cas, le dragon finirait le travail. Barrière magique ou pas, cette nuit, Ganondorf aurait plus de pouvoir que jamais. Cette nuit serait celle d'une lune de sang.

Le Gerudo revint dans sa chambre pour revêtir une tenue plus appropriée pour un voyage à dos de dragon. Il adressa à peine un regard à la forme recroquevillée dans un coin, croulant sous les chaînes. Celui qui avait été le roi d'Hyrule ressemblait à une loque. Ses vêtements crasseux et déchirés, le vieil homme n'était plus qu'une plaie à peine vivante. Ganondorf l'avait régulièrement torturé depuis sa capture, lors de la Fête des Déesses. Il devait reconnaître que l'Hylien avait mis du temps à céder malgré les coups, les coupures et le reste. Le roi lui avait parlé des souterrains du château, des passages dérobés, d'Impa et des Sheikahs aussi, des quatre Sages encore en vie... Mais il n'avait encore rien dit sur la réincarnation de la déesse Hylia. Or, les Twinrova lui avaient enseigné que si lui, la réincarnation du Néant, et cet avorton blondinet, héritier de l'esprit du Premier Héros, étaient ici, en Hyrule, la réincarnation d'Hylia se trouvait forcément là aussi. Ganondorf comptait bien la trouver et la tuer de ses propres mains. Ensuite, il s'occuperait de ce Héros de pacotille.

Le Gerudo sortit de ses appartements et fit signe à deux spectres en armure de reconduire le roi dans sa cellule. S'il aimait avoir ses victimes à portée de main, comme cela avait été le cas avec son frère au Colosse du Désert, il ne supportait plus son odeur. Il traversa les grands couloirs où les couleurs de la famille royale d'Hyrule avait cédé la place à celles des Gerudos et de leur prince. Avant de retrouver Volfos, il souhaitait parler à Zylia. Il savait qu'elle avait ramené une jeune Sheikah de Firone et visiblement, ce n'était pas pour la torturer pour passer le temps. Elle avait des plans pour elle et cela ne plaisait guère à Ganondorf pour qui un bon Sheikah était un Sheikah mort.

- Ganondorf, j'ai quelqu'un à te présenter, fit Zylia en l'accueillant dans la salle du trône.
- Ta petite Sheikah ?
- Ghyni ? Non. Elle se repose pour l'instant.
- A quoi va-t-elle te servir ?
- Tu le sauras en temps utiles. Cette petite a beaucoup de potentiel. Elle peut faire de grandes choses pour toi comme pour moi.
- C'est une Sheikah, elle doit être éliminée, comme son village.
- Tu as peur d'une petite fille ?
La voix qui avait posé cette question cloua Ganondorf sur place. Elle était pleine de mépris et de condescendance. Il se tourna vers le balcon pour distinguer une silhouette massive qu'il n'avait pas repérée en arrivant.
- Sors de l'ombre, lui ordonna-t-il sèchement.
- Mais bien volontiers, mon très cher frère.

Ganondorf se raidit de tout son être. Apparemment, Zylia avait ramené autre chose de son excursion en forêt et elle s'était bien gardée de le prévenir. Hönir s'avança dans la lumière sans quitter son jumeau des yeux, un imperceptible sourire sur les lèvres. Ganondorf se retint tout juste de lui sauter à la gorge pour le lui faire ravaler. Quelque chose semblait différent chez son frère et ce n'était pas uniquement parce qu'il était habillé de noir de la tête aux pieds, ni parce que son front était désormais orné d'un joyau orangé sur un cercle d'or. Sa longue chevelure avait été disciplinée pour être tirée en arrière, dégageant son regard et son visage. Il n'avait plus l'air d'un barbare pouilleux, mais bel et bien d'un prince gerudo.

- Que fais-tu ici ? cracha Ganondorf.
- Je viens m'occuper de ce que tu as été incapable de faire jusque-là, bien évidemment.
Hönir avança jusqu'à Zylia et lui proposa son bras pour qu'elle l'entoure du sien. La déesse lui adressa un sourire satisfait, puis tourna la tête vers Ganondorf.
- A trois, nous serons plus forts désormais.
Ganondorf faillit hurler de rage. Zylia se moquait de lui ! Il fut stoppé par la marque de la Triforce qui apparut soudainement sur le dos de sa main. Il ne lui échappa nullement que le même phénomène arrivait à son frère. Hönir releva la main, serrant le poing, pour lui montrer fièrement la marque.
- Tu pensais être le seul élu, n'est-ce pas ? Nous sommes jumeaux, nous possédons le même pouvoir.
Avant que Ganondorf n'ait pu répliquer, Zylia enchaîna.
- C'est pour ça qu'il est impératif que nous travaillions ensemble. D'autant plus qu'Hönir vient de m'apprendre quelque chose de crucial : la Triforce de la Sagesse est également divisée en deux. Le roi a eu des jumeaux, lui aussi.

Au ton de Zylia, il était évident qu'elle reprochait à Ganondorf de ne pas avoir réussi à soutirer l'information au roi d'Hyrule.

- Une fille et un garçon. Tous les deux sont en compagnie du Héros et tous les deux ont éveillé leur pouvoir.
- Et une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, continua Hönir, Link a reforgé l'Epée de Légende avant que Firone ne parte en fumée.
Hönir s'écarta un instant de Zylia pour approcher de son frère. Si Lovio ou Link l'avait croisé à cet instant, jamais ils n'auraient pu reconnaître leur ami dans cet homme qui toisait Ganondorf d'un air supérieur.
- Mais je suis là maintenant, mon cher frère. Tu n'as plus à t'inquiéter de Link, de Zelda ou de Sheik.
Ganondorf serra les poings, prêt à les abattre sur son jumeau, débordant de haine. Zylia s'interposa entre eux, les attrapant tous les deux par le bras.
- Plus rien ne nous arrêtera, mes doux princes. Hyrule est à nous, et bientôt, la Triforce le sera aussi.
Elle regarda Ganondorf et lui sourit.
- Très bientôt, tu auras ce que je t'ai promis.
Elle tourna la tête vers Hönir.
- Tout comme toi.
Elle les entraîna vers le balcon. Elle se détacha d'eux et posa sa main froide sur la joue de Ganondorf.
- Ganondorf, tu es le feu ardent du désert et le maître du feu. La nature de Volfos s'accorde à la tienne à la perfection. Il nous faut trouver une monture digne de ce nom pour Hönir.

Il aurait bien proposé le ver de terre, mais Zylia ne goûterait pas le sarcasme. Il se détesta lorsqu'il sentit du regret et de la frustration quand elle retira sa main de sa joue. Il savait que ce n'était pas Frambra qui venait de le toucher et malgré tout, c'était bien la main de la femme qu'il aimait.

- Quel pouvoir t'irait le mieux ? continua-t-elle en caressant la joue d'Hönir. La foudre ou la glace ?
Hönir posa sa main sur celle de Zylia et en embrassa la paume glacée. Ganondorf fut certain que ce geste n'était que de la provocation à son égard.
- La foudre me plairait assez, répondit Hönir.
- C'est aussi un des pouvoirs du désert. Très bon choix, sourit Zylia.
Elle revint à Ganondorf pour se couler contre lui.
- Appelle Volfos. Nous nous rendons tous les trois aux confins du désert. Il y a une fée à qui j'aimerais rendre visite, fit-elle avec un sourire qui n'augurait rien de bon pour Tera.

Ganondorf obtempéra, faisant taire la rage qui le consumait. Il ne fallait pas agir dans la précipitation. Il fallait qu'il réfléchisse à comment se débarrasser d'Hönir. Jumeau ou pas, détenteur d'une partie de la Triforce ou pas, Ganondorf ne comptait pas partager quoi que ce soit avec lui. Le Gerudo décrocha une sorte de coquillage de sa ceinture et le porta à la bouche. Un son aigu en sortit. La seconde d'après un rugissement se fit entendre et la bête arriva devant le balcon. A la vue du jumeau de son propriétaire, le dragon poussa un nouveau rugissement, mais Hönir ne bougea pas d'un cil. Zylia s'installa sur le dragon, suivie de son nouveau compagnon. Quand fut venu le tour de Ganondorf, celui se ravisa.

- Alors ? Qu'attends-tu pour monter ? intervint la déesse.
- Je vais rester ici.
- J'ai besoin de toi à mes côtés, lui lança Zylia d'un ton agacé.
- Tu n'as besoin de personne, lui dit le Gerudo, avec un regard glacial.
- Ne fais pas l'enfant, Ganondorf, intervint son frère. Monte !
- Je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi, s'énerva-t-il.
Il claqua des doigts et Volfos s'envola.
- Attention à ne pas tomber, ce serait dommage que tu meures autrement que par mes mains.
Ganondorf regarda sa monture s'éloigner, puis il retourna à l'intérieur. Serrant les poings, il sentait la rage le consumer. Il fallait qu'il lâche sa colère : quoi de mieux que de s'en prendre à son prisonnier préféré ?
- Gardes ! hurla-t-il.

Il appela à plusieurs reprises, mais personne ne vint. Cela n'était pas commun. Il sortit de la salle du trône et erra dans les couloirs, sans rencontrer âme qui vive. Il se saisit de son cimeterre à sa ceinture et avança prudemment. Au détour d'un couloir, il vit un corps au sol, inerte. Il s'agenouilla et reconnut un de ses gardes. Il releva aussitôt la tête : il entendait des bruits d'épées qui s'entrechoquaient. Un combat ? Qui avait osé pénétrer son domaine et le défier comme cela ? Il se redressa et alla jusqu'à la salle d'entraînement. Quelle ne fut pas sa surprise de voir la petite Ghyni se battre contre trois de ses gardes ! Mais le plus stupéfiant était le nombre de ses soldats morts un peu partout dans la pièce. Le Gerudo observa la Sheikah sans rien dire quand elle tua le dernier. Il entra dans la pièce, son arme toujours à la main.

- Je savais bien qu'il ne fallait pas te faire confiance. Je vais te tuer et je n'aurais aucune pitié.

Ghyni releva la tête et fit face à un Ganondorf plus qu'énervé. Elle ramena la lame de son épée et essuya du revers de son bras le sang qui était dessus. Puis elle laissa tomber son bras le long du corps, l'épée toujours à la main. La jeune Sheikah pencha légèrement la tête sur le côté, un sourire aux lèvres comme possédée.

- Si tu me tues, que crois-tu que Zylia te fera ?
- Elle ne fera rien, c'est moi qui donne les ordres ici !
La jeune fille s'avança vers le Gerudo en laissant trainer sa lame sur le sol.
- Crois-tu réellement qu'elle a encore besoin de toi ? reprit Ghyni, le regard plus que menaçant. D'après ce que j'ai pu entendre, ce n'est pas de toi qu'il faut avoir le plus peur.
- Tu es bien culottée de me défier comme ça.
- Je ne te défie pas, tu ne m'intéresses pas.
- Tu as tué ma garde.
- Je m'ennuyais, il fallait bien que je trouve une occupation. Et puis, soyons honnête, si une gamine comme moi peut venir à bout de ta garde, penses-tu que le détenteur de la Triforce du Courage n'y arriverait pas ?
- Soit tu es folle, soit tu es inconsciente, cracha le colosse.
- Peut-être même les deux, rigola la Sheikah.

A ces mots, elle lâcha l'épée qui finit au sol dans un fracas métallique. Ganondorf profita que la jeune fille soit désarmée pour l'attraper à la gorge d'une seule main. Il avança vers elle, obligeant Ghyni à reculer jusqu'à être coincée contre le mur. Un sourire satisfait, Ganondorf resserra un peu sa prise et décolla la jeune fille du sol. Celle-ci ne broncha pas et regarda le Gerudo droit dans les yeux. Attendait-elle la mort ? Le colosse fut l'espace d'un instant troublé par le regard vert profond de la fillette. Il finit par relâcher sa prise et se retourna.

- Pourquoi ? réussit-elle à dire, la voix éraillée.
- Tu es forte pour une Sheikah, bien plus que je ne l'étais à ton âge.
- Merci, dit-elle en se redressant légèrement Le colosse se retourna étonné.
- Merci ?
- D'avoir dit que j'étais forte pour une Sheikah et non pour une gamine.
- Allez, viens, tu as besoin d'un bon bain. Tu dois être présentable si tu veux être ma garde personnelle.

Ganondorf sortit de la salle, suivi de Ghyni. Celle-ci porta rapidement sa main à la gorge et sourit. Elle était fière d'avoir était reconnue comme Sheikah. Ils montèrent un énorme escalier puis s'arrêtèrent devant l'une des nombreuses portes du couloir. Il l'ouvrit et entra dans une chambre sombre qui sentait le renfermé. Le colosse se dirigea vers la fenêtre et tira un des rideaux laissant entrer un peu de luminosité. La pièce était poussiéreuse et en désordre. On voyait bien que personne n'y avait vécu depuis bien longtemps, sans doute même bien avant l'attaque du château.

- Tu t'installeras dans cette chambre, dit-il, dos à la jeune fille. Je vais te faire ramener des vêtements propres et de l'eau pour te rafraîchir.

Il quitta la pièce en laissant seule Ghyni. La jeune fille avait beau en avoir l'habitude, la solitude lui pesait un peu plus à chaque moment. Elle se ressaisit, ne laissant pas le temps à la tristesse de la gagner, et se dirigea vers la grande fenêtre qu'elle ouvrit. Devant elle s'étendaient ce qu'il restait de la citadelle et, plus loin, l'immensité des plaines, le coeur d'Hyrule. Ghyni resta là un long moment à scruter l'horizon, puis on frappa à la porte. Elle tourna légèrement la tête et vit un des sbires de Ganondorf déposer des vêtements sur le lit ainsi que de l'eau sur une coiffeuse. Elle ne bougea pas, laissant la personne sortir de la chambre sans dire un mot. Elle examina alors les vêtements : un pantalon noir et une tunique rouge, un oeil Sheikah inversé brodé sur le devant. Le symbole des traîtres ! En était-elle une ? À bien y réfléchir, peut-être que oui, finalement, mais elle faisait cela par amour. Son Lovio lui manquait, mais ils seraient réunis, Zylia lui en avait fait la promesse.

Ghyni alla se rafraîchir et enfila sa nouvelle tenue. Installée devant la coiffeuse, elle s'examina un long moment. Elle toucha sa natte du bout des doigts. Ses cheveux reflétaient la seule chose qui montrait qu'elle était une Sheikah. Ce peuple qui l'avait rejetée. Ghyni ferma forts les yeux et serra les poings en repensant à son mentor qui l'avait abandonnée. Elle rouvrit les paupières et comprit à cet instant qu'elle n'avait pas été rejetée par son peuple, mais par Sheik. Impa, de son vivant, ne se serait jamais comportée comme lui l'avait fait. Elle continua à se regarder dans le miroir, ses yeux reflétant toute la colère qu'elle ressentait contre son ancien mentor. Ghyni se saisit alors du poignard qu'elle avait posé devant elle et, d'un coup assuré, coupa la natte au niveau du cou, laissant ainsi retomber ses cheveux courts sur sa nuque. Elle paraissait plus âgée comme cela. La jeune fille se redressa, elle fit deux pas avant de jeter la natte sur la coiffeuse et rangea son poignard le long de son mollet. Après quoi, elle sortit de la chambre, jurant de tuer celui qui avait véritablement trahi les Sheikahs.

A suivre...

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par ses auteurs, Les conteuses d'Hyrule. Les droits d'auteur (copyright) leur appartiennent.

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