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Les fantômes d'Hyrule

Ecrit par Aélia
Chapitre 1

La nuit était tombée depuis quelques heures déjà et pourtant, un jeune épéiste se baladait encore et toujours à cheval dans la plaine, en quête d'insectes dorés pour une petite fille de la citadelle.
D'ordinaire, Link ne se promenait jamais la nuit, mais les différents services que les habitants d'Hyrule lui demandaient avaient fini par changer ses habitudes - au grand désespoir de Midona, qui ne cessait de lui répéter qu'il fallait qu'il dorme s'il voulait sauver Hyrule. Il était vrai qu'il en avait grand besoin. Cela faisait quelques semaines déjà qu'il courait à travers tout Hyrule pour récupérer les fragments de cristal d'ombre, l'épée de légende Excalibur et faire quelques quêtes secondaires dont il ne voyait pas toujours l'importance, mais comme sa nature altruiste prenait le dessus, il ne pouvait rien refuser aux Hyruliens. Pourtant, malgré son irrésistible envie de fermer les yeux ne serait-ce que pour cinq minutes, Link se forçait à rester éveiller. Les gens avaient besoin de lui, et contrairement à Midona, il était sûr et certain de pouvoir continuer à se battre.

Link avançait calmement dans la plaine en compagnie de sa fidèle jument Epona. Bizarrement dans cette zone, il n'y avait pas de monstres. Et bizarrement, il y avait aussi une étrange mélodie qui résonnait dans l'air. Comme si quelqu'un chantait. Cette mélodie, Link l'entendait toutes les nuits sans exception. Bien qu'au début il était très intrigué et avait cherché sa source, il avait fini par trouver ça normal et se surprenait même parfois à chanter la douce mélodie. Mais, fait étrange, dans cette zone de la plaine, la voix chantante devenait plus forte. Des bruits de seaux frappés semblaient accompagner l'étrange chant.

Link, intrigué, descendit d'Epona. Il se trouvait devant une sorte de monticule de pierre. Il se rapprocha et posa la main sur un rocher. Il était anormalement lisse. On dirait des ruines, pensa-t-il. Une brise glacée se leva. Les sons et le chant étaient encore plus forts et la lune se retrouva cachée par des nuages. Link sentait une présence. Mais qu'est-ce que je fais là ? se demanda-t-il. C'était l'une des rares fois où il commençait vraiment à avoir peur. Il décida de contourner le monticule. Il y avait quelqu'un, il en était sûr. Le chant ne pouvait pas sortir de nulle part. Soudain une brindille craqua. Link se retourna et sortit son épée, avant de la ranger en voyant ce qui avait provoqué le bruit. Une jeune femme, un seau à la main, se balançait doucement au rythme de son chant en regardant le ciel. Ses longs cheveux flottaient au gré du vent. A chacun de ses balancements, son seau frappait le mur à côté d'elle. Link fronça les sourcils. Que faisait une jeune femme seule au milieu de la plaine d'Hyrule, la nuit ? Il se rapprocha d'elle :

- Mademoiselle ?
La jeune femme ne parut pas l'entendre et continua de chanter.
- Mademoiselle ?
Cette fois-ci elle l'entendit car elle se retourna. Lorsqu'elle aperçut Link, elle lâcha son seau et mit ses mains devant sa bouche, choquée. Ses grands yeux bleus brillaient d'espoir. Link recula inconsciemment. La jeune femme se précipita vers lui.
- C... c'est toi ? demanda-t-elle la voix tremblante.
Link ne savait pas quoi penser. La jeune femme tenta de lui attraper la main.
- C'est toi, hein ? Tu es revenu...
Link recula à nouveau, confus et effrayé. La jeune femme le regarda, elle avait l'air blessée. Des larmes commençaient déjà à se former dans ses yeux.
- Mais... pourquoi recules-tu ? Tu ne te souviens pas de moi ? gémit-elle. C'est moi, mon amour... Tu... tu ne me reconnais pas ?
Link secoua la tête dans l'incompréhension. Elle devait le confondre avec quelqu'un d'autre.
- Je suis désolé, mademoiselle, mais vous vous trompez de personne, je ne vous connais pas...
La jeune femme parut surprise, puis baissa les yeux, attristée. Il semblait qu'elle venait de se rendre compte de quelque chose.
- Pardon. Je vous ai pris pour lui. Vous lui ressemblez tellement...
- Ce n'est pas grave, répondit gentiment Link, bien qu'il ne comprenait pas bien la situation. Mais que faites-vous seule ici, mademoiselle ? C'est dangereux de rester seule dans la plaine la nuit.

La demoiselle se détourna de lui et ramassa son seau.
- Je l'attends. Ne vous inquiétez pas pour moi. J'ai l'habitude de rester seule le soir.
- Qui attendez-vous ?
- Lui. Il m'a promis qu'il reviendrait ici. Et moi j'ai promis de l'attendre, dit-elle l'air soudainement absent.
Ici ? Mais qui peut bien donner des rendez-vous dans un tel endroit ? se demanda Link. La jeune femme devant lui commençait à sérieusement l'intriguer.
- Vous attendez ici depuis combien de temps ?
La jeune femme réfléchit puis déclara d'un ton incertain :
- Oh, ça doit faire longtemps... sans doute plusieurs nuits... Mais je vous l'ai déjà dit, ne vous inquiétez pas, je suis sûre qu'il viendra.

Link soupira. Celui qu'elle attendait devait sûrement lui avoir posé un lapin. Et elle qui restait là à l'attendre depuis plusieurs nuits...
- Mademoiselle écoutez, je pense qu'il ne va pas venir.
- Mais bien sûr que si ! protesta-elle. Il tient toujours ses promesses !
- Mais enfin, vous ne pouvez rester indéfiniment ici ! Allez venez, je vous raccompagne chez vous.
Il tenta d'attraper le bras de la jeune femme mais celle-ci s'esquiva en criant :
- Non ! Vous n'allez pas me faire trahir ma promesse !
Link secoua la tête. Elle devait être très amoureuse pour vouloir rester.
- Mademoiselle, s'il vous plaît, il se fait tard, insista Link. Dites-moi où vous habitez, je vais vous ramener.
- Non ! Et puis j'habite ici, vous pouvez me laisser.
L'épéiste fronça les sourcils, confus. Elle vit ici ? Mais il n'y a rien ! Il n'y avait que des vieilles pierres éparpillées au sol et quelques arbres ayant poussé sur ce qui semblait être des petits murets en ruines. Link s'approcha encore de la jeune femme sur la défensive.
- S'il vous plaît Mademoiselle, je ne vous veux aucun mal. Ce ne serait juste pas correct de ma part de vous laisser seule ici.

Elle secoua la tête, déterminée. Link posa sa main sur son épaule dans l'espoir de la raisonner mais la jeune femme disparut soudainement avant de réapparaître quelques mètres plus loin. Link, abasourdi, tenait encore son bras en l'air lorsqu'il se rendit enfin compte de la véritable nature de son interlocutrice. Elle... elle est transparente... Son coeur s'arrêta et la sensation de froid qu'il avait ressentie plutôt s'intensifia.
- Vous... vous... vous êtes un fantôme ?
La jeune femme le regarda, apeurée. Elle tenait fermement son seau contre elle, comme pour se protéger.
- Mais... mais vous êtes fou ! cria-t-elle. Je ne suis pas un fantôme ! Lai-laissez-moi tranquille !
Avant qu'il n'ait pu dire un mot, la jeune femme disparut, le laissant complètement sidéré.

Chapitre 2   up

Pour la première fois depuis longtemps, Link était rentré chez lui. Les yeux dans le vide, il s'était assis à même le sol et y était resté jusqu'au lever du soleil. Et c'est au moment où il commençait à s'endormir que Midona se mit en tête de lui parler. Elle sortit de son ombre et, remarquant que son coéquipier se reposait un peu, déclara fièrement :
Ah ! Enfin ! Tu vois que tu avais besoin de repos ! Par contre je dois t'avouer qu'un lit serait tout de même mieux...
Link ne leva pas les yeux et se contenta de répondre :
- Midona... je crois que je deviens fou...
L'être du Crépuscule fronça les sourcils, perplexe.
- Pardon ? Comment ça ?
Link redressa enfin la tête. Ses yeux étaient vides de toute expression.
- Tu n'as pas vu ? Tout à l'heure, dans la plaine...
- Dans la plaine ? Non. Je dormais. Même ceux qui viennent du Crépuscule ont besoin de sommeil. Mais que s'est-il passé ? demanda doucement Midona.
Elle se rapprocha de Link et posa une petite main sur son épaule. Son compagnon avait l'air totalement effaré, comme un enfant perdu.
- J'ai rencontré une fille...
Midona fut surprise de la réponse de Link.
- Hum, oui, Link, à Hyrule il y a des filles et des garçons, et des...
- Non, non ce n'est pas ça ! la coupa-t-il. C'était une fille, mais elle était... elle était morte !
- Quoi ?
- Elle était morte, répéta-t-il. C'était un fantôme, elle était transparente !
Midona ne savait pas quoi dire.
- Mais, Link, tu as déjà affronté des fantômes, non ? Dans la tour du Jugement, pour Giovanni... Tu n'as pas de raison d'avoir peur...
Oui ! Oui, mais pas des fantômes comme ça ! C'était une fille ! Oh, Midona, je deviens complètement fou...
Ah bah les effets du manque de sommeil... se dit-elle en levant les yeux au ciel. Elle observa son ami qui s'était roulé en boule et soupira. Elle lui avait pourtant bien dit qu'il devait se reposer...
Elle réfléchit, puis lui prit la main pour le forcer à se relever. Elle l'entraîna vers le lit où il se laissa tomber brutalement et enfouit son visage dans son oreiller.
- Tu sais quoi Link, commença-t-elle. On va faire une pause d'un ou deux jours, d'accord ? Personne n'est en danger immédiat pour l'instant.
Link ne répondit même pas. Il s'était déjà endormi.

* * *

Malgré toutes les heures de sommeil qu'il avait à rattraper, Link ne dormit quasiment pas. Toute la journée, assis près de sa fenêtre, il repensa à la jeune femme. S'il n'avait pas halluciné, alors cela voulait dire que la plaine d'Hyrule était hantée la nuit par une jeune chanteuse. Link réfléchit. Il fallait qu'elle parte. Non pas qu'il détestait les spectres, mais visiter une plaine de nuit, c'était tout de même mieux sans fantômes (même si, à son sens, visiter une plaine se faisait le jour, mais bon, comme le disait parfois Midona "chacun ses délires"). Link se tourna vers la créature du Crépuscule, endormie sur son oreiller, qu'elle jugeait plus confortable que son lit. Il s'approcha d'elle pour lui faire part de sa décision. La nuit tombait bientôt, il n'allait pas falloir qu'elle le retienne.

- Midona... dit-il en la secouant. Midona réveille-toi.
La petite créature ouvrit son unique oeil visible.
- Quoi ?
- Je crois que, commença Link, que... je vais retourner voir cette fille.
- Pardon ? s'écria Midona en se relevant d'un coup, manquant ainsi de faire tomber son casque. Mais tu as vu dans quel état tu es rentré hier ? Et puis, si ça se trouve, ce n'est qu'une hallucination... Link secoua la tête.
- Non. Ce que j'ai vu hier est réel. Il faut que j'y retourne.
- Et pourquoi donc ?
- Pour aider cette femme.
Midona ne comprenait plus. Aider cette femme ? Mais pourquoi faire faire ? Si c'était encore pour retrouver son coéquipier complètement perdu comme la veille, il n'en était pas question.
- Mais pourqu... ?
Link la coupa brutalement. La nuit venait de tomber. Il lui fallait partir.
- Je t'expliquerai en route. Viens on y va.

* * *

- Et donc, quand comptes-tu m'expliquer ce que tu vas faire ?
Midona commençait à s'impatienter alors que Link et elle marchaient dans la plaine. Le fait que son compagnon tienne tant à revoir ce soi-disant esprit ne lui plaisait pas trop. Ils avaient d'autres chats à fouetter après tout.
- Je vais l'aider, répondit Link.
- Oui, merci tu me l'as déjà dit, mais l'aider à quoi ?
Link réfléchit quelques instants puis finit par répondre :
- Cette fille attend quelqu'un, sans doute son petit ami. Elle lui a fait une promesse et ne partira pas avant que celui qu'elle attend revienne. Un jour, quelqu'un m'a dit que les fantômes hantaient des lieux parce qu'ils avaient encore des choses à faire. Je pense que si je l'aide à retrouver celui qu'elle attend, cette fille partira.
- Oui, si tu le dis, intervint Midona. Mais pourquoi tiens-tu tant à ce qu'elle parte, au point de vouloir la revoir alors qu'elle t'a tant effrayé hier ?
Link soupira.
- Enfin, Midona, ça doit faire des dizaines d'années qu'elle attend là ! Comme toutes les âmes, elle mérite elle aussi le repos éternel.
- D'accord, d'accord, j'ai compris. Mais pourquoi tiens-tu tant à l'aider ?
- Le devoir de tout héros est d'aider les personnes dans le besoin, qu'elles soient mortes ou vivantes. Sinon pourquoi crois-tu que je perde mon temps à chercher des insectes ?
Midona soupira à son tour. A son avis, Link était un petit peu trop gentil. Sa bonté allait finir par lui apporter des problèmes.

La nuit était déjà bien avancée quand ils arrivèrent enfin aux ruines. La jeune femme était toujours là, Link pouvait le déduire grâce à son chant et aux bruits de son seau. Midona était rentrée dans l'ombre de son ami, désireuse de ne pas se montrer. Link contourna le monticule de pierre et vit enfin la jeune femme. Encore une fois, elle n'avait pas remarqué sa présence. Conscient que le moindre faux pas la ferait fuir, le jeune épéiste s'approcha doucement d'elle et l'appela :
Mademoiselle...
L'esprit se retourna brusquement et s'éloigna aussitôt lorsqu'elle aperçut son interlocuteur.
- Encore vous !? Je vous ai dit de me laisser tranquille !
Elle commençait déjà à disparaître.
- Non s'il vous plaît ne partez pas ! insista le jeune homme. Je veux vous aider !
- M'aider à quoi ? A attendre ? Merci, mais je me débrouille très bien toute seule !
Elle tourna les talons et commença à partir.
- Non, mademoiselle attendez ! Je veux vous aider à retrouver celui que vous attendez !
L'esprit s'arrêta net et se retourna lentement.
- Vraiment... ?
Link, hésitant, hocha la tête avec incertitude. La jeune femme le dévisagea, se demandant s'il était sérieux, puis se précipita vers lui en lâchant son seau. Elle l'agrippa, désespérée, et Link frissonna au contact de ses mains glaciales.
Vous allez vraiment m'aider ? C'est vrai ?
Ses yeux bleus s'étaient soudain remplis d'espoir. Face à ça, le jeune homme ne pouvait plus refuser.
- Euh, oui, bien sûr, bégaya-t-il.
- Oh, merci ! Merci infiniment !

Prise d'enthousiasme, la jeune femme serra dans ses bras le jeune épéiste, qui s'empressa de se libérer de son étreinte. Le contact glacé de cet esprit le dérangeait. Malheureusement pour lui, la jeune femme le prit par la main et l'entraîna près d'un muret où ils s'assirent à même le sol.
Merci encore, monsieur, dit-elle en souriant. Depuis qu'il est parti je ne cesse de m'inquiéter pour lui. Je ne sais pas où il est. Cela fait tellement longtemps que je n'ai pas reçu de lettre de sa part... Si vous pouviez simplement me dire qu'il va bien, je vous en serais reconnaissante toute ma vie !
Link trouva ses paroles étranges. Il semblait que la jeune femme n'avait pas conscience de sa mort. Elle continue de parler comme si elle était vivante... Est-ce que je devrais lui dire à nouveau qu'elle ne l'est plus ? Il réfléchit, puis se décida. Non. Je vais juste l'aider, elle finira bien par s'en rendre compte d'elle-même.
La jeune femme à côté de lui ne semblait pas avoir remarqué son absence et avait continué à parler de lui, mais fut soudainement interrompue par Link.

- Dites-moi, mademoiselle... Qui est celui que vous attendez depuis si longtemps ?
Il ne fallait que Link perde son temps en bavardages inutiles. La nuit passait plutôt rapidement et au lever du soleil, le spectre de la jeune femme disparaîtrait à nouveau. Mais l'interruption du jeune homme ne parut pas déranger la demoiselle qui, ravie de parler de "lui", leva les yeux au ciel amoureusement.
- Oh, lui... C'est mon mari... Il me manque, vous savez..., Je l'aime tellement...
Link hocha la tête :
- Je vois... Et pourquoi est-il parti ?
Les yeux de la jeune femme se ternirent soudainement et la joie qui illuminait son visage lorsqu'elle parlait de son époux disparut immédiatement.
Une guerre s'est déclarée, soupira-t-elle. Alors il est parti combattre...
Une guerre ? Il n'y avait pas des guerres tous les jours. Si Link parvenait à savoir de quel conflit la jeune femme parlait, il pourrait avoir un indice sur son époque.
- Une guerre contre qui ? demanda-t-il.
- Oh, ça, je ne sais pas. Il n'a pas voulu me dire, pour ne pas m'inquiéter.
Link soupira dans son for intérieur. Cela ne l'avançait pas.
- Mais même si je m'inquiète pour lui, je sais que tout ira bien, continua la jeune femme. Vous savez, monsieur, c'est le meilleur épéiste de tout Hyrule !

Une étincelle de fierté brillait dans ses yeux. Link sourit. Il n'avait jamais de femme aussi amoureuse qu'elle. Cette dernière continua d'ailleurs de dire ô combien son mari était le meilleur jusqu'au lever du soleil, sans que Link n'ait pu placer un mot. Lorsque les premiers rayons du soleil touchèrent la peau transparente de l'âme, elle sursauta, ramassa son seau et se releva rapidement, tout en époussetant le bas de sa robe.
- Oh pardon, excusez-moi, s'empressa-t-elle de dire. Je parle, je parle et je ne vois même pas que l'heure passe. Pardonnez-moi d'avoir pris de votre temps.
Link secoua la tête. Bien qu'il n'ait pas eu plus de renseignement sur l'époque de la jeune femme, lui parler ne lui avait pas déplu.
- Ce n'est pas grave.
- Bon, il vaut mieux que j'y aille. Vous devriez aussi rentrer chez vous. Vous allez être fatigué.
- Ne vous inquiétez pas pour moi.
- En tout cas merci de m'avoir tenu compagnie cette nuit. Depuis l'évacuation des habitants je me sens seule.
Elle lui sourit gentiment. L'évacuation des habitants ? Link s'apprêta à lui poser une question quand elle le coupa :
- N'hésitez pas à revenir me voir. Je serai toujours au même endroit.
Et elle disparut soudainement, laissant Link dépité, avec ses questions sur le bout des lèvres.

Chapitre 3   up

- Une guerre, une évacuation des civils et un soldat ? C'est tout ce que tu as appris ? demanda Midona, visiblement perplexe.
Link hocha la tête. Après le lever du soleil il était rentré chez lui dormir un peu et dès son réveil, Midona l'avait harcelé pour savoir ce qu'il s'était passé. Elle semblait maintenant vouloir elle aussi aider l'esprit égaré bien qu'elle ne l'avouait pas.
- Bon, déclara Midona. Je pense qu'avec ça, on peut déjà arriver à quelque chose. Mais dis-moi, Link, lui as-tu demandé le nom de son mari ?
- Le nom de son mari ?
Link se mordit la langue. Il avait oublié de demander ce détail. Il préféra mentir :
- Euh... elle... elle ne m'en a pas laissé le temps...
- Mais enfin Link ! s'énerva sa coéquipière. Tu es bête ou tu le fais exprès ? Tu m'expliques comment tu peux retrouver quelqu'un de mort sans connaître son identité ?!
- On... on sait au moins que c'est un soldat sans doute mort au combat... marmonna Link.
Il redoutait les colères de la créature du Crépuscule depuis qu'elle avait failli l'assommer pour une histoire de coffre qu'il n'avait pas ouvert en croyant qu'il s'agissait de rubis, alors qu'il contenait une petite clé. Il se souvenait encore de l'énorme bosse derrière la tête qu'il avait eue quand Midona s'était rendu compte qu'ils tournaient en rond pour rien depuis des heures.
- Ah bah bien, merci Link, rouspéta encore Midona. Et à ton avis combien de soldats sont morts au combat ? Cinq ou plus de mille ? J'hésite encore ! cracha-t-elle avant de disparaître dans l'ombre de Link.
Ce dernier soupira. Elle avait raison. Avec tous les soldats décédés, jamais il ne pourrait retrouver la trace du mari de la jeune femme.
- Hum, Midona ? On peut au moins essayer de se renseigner sur la guerre dont elle parlait, non ?
Aucune réaction de la part de son amie.
- Et je pourrais retourner la voir ce soir ?
Elle ne se manifesta toujours pas. Link soupira à nouveau. Tant pis. Il ferait ses recherches tout seul.

***

Quelque part dans la grande citadelle d'Hyrule se trouvait une grande bibliothèque où étaient conservés des livres de tous genre. C'est dans cette bibliothèque que Link entra en début d'après-midi accompagné d'une Midona toujours vexée cachée dans son ombre.

Jamais de sa vie Link n'avait vu autant de livres réunis en un seul endroit. Le jeune héros s'avança entre les bibliothèques qui faisaient bien trois fois sa taille et se demanda comment il allait se débrouiller pour trouver les bonnes informations. Il s'approcha d'une étagère et attrapa un gros livre bleu. Il tourna à peine quelques pages avant de le reposer, dépité. Il n'y comprenait absolument rien. En tant que berger, il n'avait pas besoin d'apprendre à lire pour faire son travail, et agiter son épée dans tous les sens dans l'espoir de toucher un monstre ne nécessitait pas non plus de grandes compétences littéraires. Malgré tous les livres que Moï lui offrait chaque année pour son anniversaire, espérant vainement qu'il s'intéresse enfin à la lecture, le jeune homme était un fin procrastinateur qui préférait s'amuser dans les bois plutôt que d'étudier. Il connaissait seulement les mots dont il avait besoin tous les jours comme "forêt", "montagne", "village", "magasin" ou "source" et pour lire des cartes ou des pancartes, il se débrouillait comme il pouvait. Mais face à des ouvrages comme ceux de la bibliothèque, Link était totalement perdu.

Alors qu'il s'apprêtait à partir dans un lieu isolé pour demander de l'aide à Midona, une voix l'interpella :
- Link ?
Le jeune homme se retourna et se retrouva nez à nez avec Jehd, membre de la résistance.
- Oh, bonjour.
Jehd lui sourit :
- Salut ! Qu'est-ce que tu fais là ?
Link réfléchit à quel mensonge il pourrait sortir afin de ne pas passer pour un demeuré.
- Je... j'ai... décidé de venir me cultiver un peu. Vu que je dois bientôt partir pour la Tour du Jugement, je me suis dit qu'en apprendre un peu plus sur l'histoire d'Hyrule ne me ferait pas de mal.
Jedh parut surpris.
- Oh, je ne savais que tu pouvais t'intéresser à l'Histoire... Enfin, je ne veux pas dire que tu es bête, rajouta-t-il rapidement, mais quand j'ai voulu te raconter l'histoire des Célestiens, tu m'as juste mis un gros vent...
A vrai dire, Link ne pensait pas, lui non plus, pouvoir un jour s'intéresser à ça. Au village Toal, Moï lui donnait parfois des petits cours d'histoire, mais ceux-ci lui servaient plus de sieste qu'autre chose...
- Euh, désolé te t'avoir ignoré la dernière fois, s'excusa Link. J'étais... pressé.
C'était surtout qu'il n'en avait rien à faire, du peuple du ciel. Il n'allait pas perdre son temps à écouter une légende dont il ne voyait pas l'utilité.
- Ce n'est pas grave, répondit gentiment Jehd. J'ai l'habitude. Sinon, tu veux peut-être que je t'aide ? Sur quelle partie de l'histoire d'Hyrule aimerais-tu te renseigner ?
- Euh, sur une guerre. Avec une évacuation des civils. J'en ai entendu parler il n'y a pas longtemps et j'aimerais en savoir plus.
Jehd hocha la tête et réfléchit. Puis il fit signe à Link de le suivre et se dirigea vers une étagère qui menaçait de craquer si on y déposait un livre de plus. Il y attrapa un énorme ouvrage et partit s'asseoir à une table non loin de là. Link le suivit et s'installa à son tour à côté de lui. Jehd ouvrit le livre et commença à le feuilleter.
- Tu m'as dit une guerre où les civils ont été évacués ? redemanda-t-il.
Link hocha simplement la tête.
- Ce livre parle de toutes les guerres qu'Hyrule a connues, déclara Jehd sans lever les yeux de l'ouvrage. J'espère qu'on trouvera celle que tu cherches assez rapidement.
Link hocha à nouveau la tête et laissa le résistant chercher ce qu'il voulait. Il en profita pour observer les alentours. Un grand silence régnait dans l'immense salle, seulement perturbé par les pages des livres que les lecteurs tournaient. Entre les étagères se trouvaient parfois des tables et des chaises pour s'asseoir et lire tranquillement. De grandes fenêtres faisaient entrer la lumière du jour. Link se cala confortablement sur sa chaise. Le lieu était tellement apaisant.

Quelques minutes après le début de la lecture du Livre des Guerres par Jehd, ce dernier releva la tête et s'adressa à Link :
- Je crois que j'ai trouvé ce que tu cherchais. Viens voir.
Link se pencha sur le gros livre et regarda ce que Jehd lui montrait.
- Tu vois ? dit-il. C'est marqué ici. C'était la Grande Guerre. Selon le livre, c'est le seul conflit où les civils ont été évacués. C'était il y a cent ans.
Il y a cent ans.
- D'accord, merci Jehd, remercia Link.
- De rien. Je pense que je vais te laisser. Si tu as à nouveau besoin de moi, je serai là-bas, de l'autre côté.

Il désigna une étagère puis partit dans sa direction, laissant Link seul. Le jeune épéiste se pencha de nouveau sur l'ouvrage et tenta de déchiffrer certains mots. Il ne réussit qu'à lire le mot "Gerudo" qu'il avait vu plusieurs fois sur des cartes avant. Bien qu'il ne connaissait pas énormément de choses sur les différents peuples d'Hyrule, il pouvait au moins dire que les Gerudos étaient un peuple de femmes aujourd'hui disparu. Il en conclut donc que ces dernières avaient été mêlées au conflit.

Il continua de tourner les pages et contempla les différentes cartes et croquis des armes de l'époque, jusqu'à arriver à une photo. Il constata qu'il était arrivé à un chapitre parlant des civils. Plusieurs photos grises - parfois déchirée ou brûlées - montraient les habitants de l'ancien Hyrule. Mais une seule attirait réellement son attention. C'était celle d'une jeune femme qui posait devant une grande étendue d'herbe où broutaient des chevaux. Une pancarte au-dessus d'elle indiquait le lieu, mais l'image était brûlée à cet endroit si bien qu'on ne pouvait lire. Link observa la photo de plus près. Elle était vieille et de mauvaise qualité, mais il pouvait tout de même reconnaître la jeune femme qui souriait à l'objectif. C'est elle...

Link sourit puis observa les alentours. Les quelques personnes qui étaient près de lui à son arrivée étaient parties et il semblait isolé. Parfait... pensa-t-il.
- Midona ? chuchota Link. Midona ? Je l'ai trouvée.
Il n'obtint tout d'abord aucune réponse, puis lentement, une forme se détacha de son ombre et vint se placer à côté de lui.
- Son mari ? Tu l'as trouvé ? demanda Midona dont la colère précédente était visiblement terminée.
- Non, pas son mari. Elle. J'ai retrouvé une photo d'elle. Regarde.
L'être du Crépuscule regarda attentivement la photo puis se tourna vers Link d'un air sceptique :
- D'accord. Et tu peux me dire en quoi ça nous avance ?
- Eh bien... on sait maintenant qu'elle a vécu pendant la Grande Guerre.
- Super, Link... ça nous aide... Mais... attends, c'est quoi ça ?
Midona se pencha d'encore plus près et caressa l'image.
- Regarde Link, la photo est déchirée, mais on dirait qu'elle tient quelqu'un par la main.
Le jeune héros regarda à son tour la photo. En effet le côté droit de l'image était déchiré mais on pouvait tout de même remarquer un bras tenant la main de la jeune femme.
- Tu penses que c'est son mari ? demanda Link.
- Bah oui. Qui veux-tu que ce soit d'autre ?
- J'sais pas... son frère ou son cousin.
- Tu cherches trop loin.
- On sait jamais.
- En tout cas, si c'est bel et bien son mari, on peut dire qu'on n'a vraiment pas de chance, soupira Midona. Il fallait que la photo soit déchirée.
- Ce n'est pas grave, je n'ai qu'à retourner la voir ce soir.
Midona réfléchit puis secoua la tête.
- Je ne pense pas. Il faut qu'on avance dans la quête.
- Mais ce n'est pas toi qui m'as dit hier qu'on avait le temps ?
- C'est parce que tu étais fatigué ! protesta l'être du Crépuscule. Je ne suis pas un monstre, je ne vais pas te laisser crever de fatigue !
Link soupira. La jeune femme allait devoir attendre une nuit de plus toute seule. Midona se rapprocha de lui et posa sa main sur son épaule.
- Allez ne fais pas cette tête-là... Je sais comment on peut continuer à chercher tout en faisant la quête.
Link la regarda, les yeux pleins d'espoir. L'âme de la jeune femme lui faisait tant de peine. Il voulait vraiment l'aider.
- C'est vrai ?
- Mais bien sûr. Allez viens, le désert nous attend.

Chapitre 4   up

Le vent brûlant fouettait le visage de Link tandis qu'il avançait à travers le désert. De tous les lieux qu'il avait visités jusqu'à présent, celui-ci était de loin le moins accueillant. Le soleil incandescent brûlait sa peau et à chaque pas, des dizaines de petits vers des sables l'agressaient. Dire que le calme et paisible lac Hylia se trouvait juste à côté...

Epuisé, Link sortit sa carte. Celui qu'il cherchait ne devait plus être très loin. En sortant de la bibliothèque, Midona lui avait proposé d'interroger le fameux esprit qui lui enseignait tant de techniques de combat. Tout d'abord, Link n'avait pas été très emballé. Puis il s'était souvenu que les dessins des armures de la Grande Guerre dans le Livres des Guerres ressemblaient étrangement à celle du guerrier fantôme. Encouragé par Midona, il s'était alors embarqué dans un canon géant, qui l'avait propulsé dans ce lieu de désolation. Il avait ensuite affronté moult monstres et avait fini par chevaucher un sanglier incontrôlable qui avait tout détruit sur son chemin.

- Regarde Link, on y est presque, dit Midona en pointant du doigt un symbole doré apparu sur sa carte après avoir hurlé en tant que loup un chant près d'une stèle.
- Oui, tu as raison... Mais au fait, comment as-tu pensé à demander au loup doré des infos sur la Grande Guerre ?
- Pas sur la Grande Guerre. Sur le mari de la femme.
- Oui, enfin peu importe.
- Eh bien, tu m'as dit que le fantôme d'un guerrier t'apprenait des techniques de combat, alors j'ai pensé qu'il a peut-être connu cette guerre, et donc potentiellement le fameux mari disparu.
Link s'arrêta, perplexe.
- Comment ça "tu m'as dit" ? Tu ne l'a pas vu toi-même ?
- Bien sûr que non, répondit Midona d'un air désintéressé. C'est un truc entre vous, je ne vais m'incruster pour encore te voir te battre, ça ne m'intéresse pas. Et puis de toute façon ce n'est pas moi qui choisis.
- Il ne te laisse pas venir ?
Midona secoua la tête.
- Il ne doit pas aimer les petites créatures du Crépuscule comme moi, plaisanta-t-elle. Mais ne t'inquiète pas, ça ne me dérange pas, ajouta Midona.

Link hocha la tête. Le fait que son amie restait seule l'inquiétait un peu. Il n'avait pas envie que Xanto apparaisse à nouveau et tente encore de la tuer. Sentir quelqu'un mourir sur son dos était une expérience qu'il n'avait pas tellement envie de revivre. Link rangea sa carte et observa les alentours. Le loup doré l'attendait calmement dans un coin. Le jeune épéiste s'avança et sortit son épée. Le loup lui sauta dessus. Puis ce fut le vide.

Lorsqu'il ouvrit les yeux, Link se trouvait comme d'habitude au-dessus du royaume d'Hyrule. Les plus hautes tours du château se voyaient à travers les nuages, et devant lui, le fantôme de l'ancien guerrier se dressait, la lame à la main.

- Te voilà de nouveau devant moi.
Link hocha la tête.
- Les techniques que je vais t'enseigner dorénavant ne sont point sans danger pour celui qui s'en sert. Désires-tu tout de même continuer ?
- Oui.
- Fort bien.
Link avait presque l'impression que le squelette souriait.
- Mais avant tout, montre-moi que mes enseignements n'ont pas été vains.
Link, connaissant presque par coeur la façon de procéder du guerrier, exécuta parfaitement bien la dernière botte qu'il avait apprise. L'esprit eut l'air satisfait. Il lui montra alors une autre technique, et en le voyant lui donner l'exemple, Link se dit qu'il devait être de son temps le meilleur soldat de l'armée. La déclaration de la jeune femme de la plaine lui revint alors en mémoire :
"Vous savez, monsieur, c'est le meilleur épéiste de tout Hyrule !"
Il ne fallait pas qu'il oublie de parler de la Grande Guerre au fantôme. Mais Link fut vite sorti de ses pensées par ce dernier, qui lui demandait pour la troisième fois d'exécuter la botte secrète. Link s'excusa et fit rapidement ce que lui demandait le squelette. Facilement, il maîtrisa la sixième botte et c'est encore une fois fier de lui que le guerrier des temps anciens s'apprêtait à le quitter, avant que son élève ne l'interpelle :

- Maître ! Je... j'aimerais vous poser une question.
Le squelette fut surpris et fixa le jeune héros de son unique oeil, en attente de sa question. Link hésita. Le guerrier était si imposant qu'il avait du mal à s'exprimer.
- Avez... avez-vous connu ce qu'on appelle la Grande Guerre ?
Dès qu'il entendit le nom du conflit, l'oeil rouge sang du soldat s'assombrit.
- Pourquoi cette question ? demanda-t-il d'une voix basse, presque menaçante.
- Euh... p-parce que...
Link perdit toute contenance. Le fantôme n'était déjà pas rassurant, alors avec cette voix ! Le jeune homme avait l'impression qu'il allait mourir de sa main.
- Euh... je suis désolé si je vous ai mis en colère, maître, tenta-t-il de se rattraper. C'est juste que... dans un livre qui parlait de ça, j'ai vu des armures qui ressemblaient à la vôtre alors je me suis dit...
Il n'arriva pas à terminer sa phrase, trop intimidé. L'ancien guerrier soupira. Il avait espéré au fond de lui ne plus parler de cette période de sa vie.
- Oui, finit-il par murmurer. J'ai connu cette guerre.
Link prit une inspiration, s'apprêtant à lui poser des questions, mais l'esprit le devança.
- A l'époque, je faisais partie de l'armée d'Hyrule. Notre royaume était beaucoup plus petit qu'il ne l'est maintenant, mais notre armée était grande et puissante.
Link écoutait attentivement. Chaque information pouvait lui être utile.
- J'étais le meilleur soldat d'Hyrule, continua le fantôme, évitant le regard de son élève. Même la reine de l'époque le disait. Elle m'avait d'ailleurs nommé général. Je crois que ce jour-là, je n'avais jamais été aussi fier. J'avais aussi beaucoup d'amis dans l'armée. Je m'entendais bien avec tous les soldats.
Link sourit. Si le guerrier avait eu de son vivant beaucoup d'amis soldats, il devait probablement connaître le mari de la jeune femme.
- Est-ce que... est-ce que vous connaissiez euh...
Et c'est là qu'il se rendit compte de l'erreur qu'il avait faite en oubliant de demander le nom du soldat à son épouse.
- Euh... un soldat qu'on pourrait qualifier... de meilleur épéiste d'Hyrule ?
L'ancien général se mit alors à rire et répondit, amusé :
- Le meilleur épéiste d'Hyrule, c'était moi, mon garçon ! Pourquoi crois-tu que toutes ces techniques que je t'enseigne sont appelées "bottes secrètes" ? Parce qu'il n'y a que moi qui les connaisse !
- Oh...
A ce moment-là, Link eut l'impression de paraitre totalement stupide.
- Mais oui, continua tout de même l'esprit. Pour répondre correctement à ta question, il y avait bien un homme très doué. Il était en quelque sorte mon rival, même si l'on s'entendait très bien.
L'attention de Link se porta immédiatement sur l'homme dont parlait son maître.
- Quel était son nom ? Vous vous en rappelez ?
L'ancien soldat réfléchit, puis secoua la tête :
- Malheureusement non. Cela fait des siècles que j'erre à travers Hyrule, j'ai depuis bien longtemps oublié comment il se nommait.
Link essaya de cacher sa déception mais son maître d'arme la remarqua :
- Si d'aventure je m'en souviens, je n'hésiterai pas à te le dire, assura-t-il à son élève.
Ce dernier acquiesça en silence. Sa quête n'avancerait donc jamais ? Il s'apprêtait à prendre congé de son maître lorsque celui-ci se remit à rire :
- Tout de même, avec tout ce que je t'apprends, tu aurais pu deviner qui était le meilleur épéiste d'Hyrule, petit...
Le jeune homme baissa les yeux, gêné que l'esprit remette ça sur le tapis. Il finit cependant par regarder à nouveau le soldat et remarqua que l'unique oeil de ce dernier brillait d'amusement.
- Euh, eh bien, merci d'avoir pris le temps de répondre à mes questions..., marmonna-il en tentant de mettre fin à la conversation, car visiblement, l'esprit du guerrier n'avait pas l'intention d'arrêter de se moquer de lui.
Pourtant, le fantôme retrouva immédiatement son sérieux et Link fut surpris du changement soudain d'attitude.
- Bien. Il te reste deux bottes à apprendre, déclara d'un ton dur l'esprit. Pratique sans cesse l'art du combat pour que la prochaine fois que nous nous voyions, tu sois prêt à apprendre la septième botte.
Link acquiesça et tout ce qui était autour de lui commençait à disparaitre alors que le guerrier des temps anciens déclarait :
- Nous nous reverrons...

***

Link se relevait du sol sableux où il était allongé alors que Midona sortait rapidement de son ombre.
- Alors ? Que t'a-t-il dit ?
Le jeune héros prit le temps d'ôter le sable de ses vêtements avant de répondre à sa coéquipière.
- Oui. Il a connu la Grande Guerre.
- Génial ! Il pourra sans doute nous aider plus tard. Et le mari de la jeune femme ? Il l'a connu, lui aussi ?
- Euh... Il m'a dit qu'il avait bien connu un homme très doué, mais il ne se souvenait plus de son nom, alors du coup...
Link s'éloigna discrètement de Midona. La connaissant, elle allait sans doute s'énerver à cause des conséquences de son oubli de la précédente nuit. Mais elle aussi le connaissait, et il n'eut même pas besoin de s'expliquer pour qu'elle comprenne. Elle soupira :
- Je vois... Etant donné que tu n'avais pas demandé à la femme le nom de son époux, tu n'as pas pu savoir si c'était de lui dont ton squelette parlait... Tu es désespérant, Link, on te l'a déjà dit ?
- ... Euh, tu ne m'as pas déjà posé la même question la semaine dernière ?
Midona soupira à nouveau et se demanda si son compagnon avait vraiment les capacités nécessaires pour sauver un royaume.
- Mais ne t'inquiète pas, Midona ! ajouta Link. L'ancien guerrier m'a tout de même dit que lui, il était le meilleur épéiste d'Hyrule et que la reine l'avait nommé général. Et... la jeune femme de la plaine m'a dit exactement la même chose de son mari. Peut-être que lui et le guerrier sont la même perso...
- Non.
Link fronça les sourcils à la réponse brutale de Midona.
- Mais... pourquoi ?
- Réfléchis un peu ! C'est le fantôme d'une femme amoureuse. Alors, évidemment, elle ne va pas être objective. Pour elle, son mari est forcément le meilleur.
- Tu penses ?
- Bien sûr ! s'exclama Midona, sûre d'elle. L'amour rend aveugle, c'est bien connu. Par exemple, si je te parle d'Iria, tu me diras que c'est la fille la plus intéressante que tu aies jamais connue, alors que tout le monde s'accorde pour dire que cette fille est tout bonnement fatigante... Tu n'es pas objectif, parce que tu en es amoureux.
- Mais... c'est pas vrai ! répliqua Link en fronçant les sourcils, perplexe.
- Si tu le dis. Tout ça pour dire que l'on ne peut pas toujours se fier à ce que raconte cette femme. Ton squelette était général, c'est une preuve irréfutable par rapport aux dires d'une épouse follement amoureuse de son mari. Il n'est pas impossible que l'homme dont parlait ton guerrier ou même ton guerrier lui-même soit le mari disparu, mais avec si peu de preuves, on ne peut rien avancer. Je pense que si l'on veut prouver quoi que ce soit, il faut qu'on obtienne des renseignements plus concrets, si tu vois ce que je veux dire.

Link essaya de ne pas se décourager. Midona avait entièrement raison. Ce n'était pas parce la jeune femme disait que son époux était le meilleur qu'il l'était réellement. Il allait devoir continuer les recherches après la Tour du Jugement. Cependant, il y avait une chose sur laquelle il n'était pas d'accord avec Midona. Il n'était pas amoureux d'Iria. Mais pour une raison étrange, tout le monde le pensait.

Chapitre 5   up

Jamais Link ne s'était endormi aussi vite de sa vie. Aussitôt rentré dans sa maison au village Toal, il s'était littéralement jeté sur son lit afin de rattraper ces quelques nuits de sommeil que lui avait volé la Tour du Jugement. Immédiatement il avait sombré dans les méandres des rêves.

Ça commençait plutôt bien. Il rêvait que pour une fois, il ne se faisait pas disputer par Iria par rapport à Epona. Mais la suite se transforma rapidement en cauchemar. Iria fut remplacée par les cinq sages restants de la chambre du Miroir, qui se mirent à la harceler en disant qu'en plus des morceaux de Miroir des Ombres, il lui fallait récupérer trois pierres, sept médaillons, et sept horcruxes. Il ne savait même pas ce que c'était. Dans son rêve, il se mit à pleurer comme un bébé en se disant que jamais ces sages ne le laisseraient tranquille et que jamais il ne pourrait avoir une vie normale et que jamais sa quête ne se terminerait et que jamais...

Link se réveilla brutalement, des larmes de désespoir coulant encore sur ses joues. Il observa autour de lui, nerveux, puis poussa un long soupir de soulagement. Midona n'était pas à côté. Elle se serait probablement moquée de lui si elle l'avait vu dans cet état de profond désespoir. Le jeune homme se jura mentalement de ne jamais pleurer en public ou sa réputation de héros en prendrait un coup. Il se leva et partit boire un verre. Jamais un rêve n'avait été aussi éprouvant. Il avait hâte que toute cette histoire de Crépuscule se termine, il commençait à ne plus pouvoir.

Il regarda par la fenêtre. Les arbres cachaient légèrement la lune. Link ne savait pas combien de temps il avait dormi. D'après le positionnement de l'astre lunaire dans le ciel, la nuit était déjà bien avancée. Il se mit réfléchir. Avait-il le temps d'aller voir la jeune femme de la plaine ? Mais surtout : avait-il la flemme ? Car si c'était le cas, il était hors de question de mettre un pied dehors. Mais en examinant de plus près son humeur, Link déduisit que non, il n'avait pas la flemme. Il ramassa alors son épée et son bouclier au sol, et sortit.

* * *

Ce que Link n'avait jamais remarqué, c'est qu'il y avait des restes de barrières près de l'endroit hanté par la jeune femme. Il ne s'était d'ailleurs jamais aperçu non plus que de loin, le lieu était en fait une énorme formation rocheuse sur laquelle on pouvait deviner des ruines légèrement cachées par des arbres. En fait, il avait toujours pensé que ce n'était une simple colline. Au fur et à mesure qu'il s'approchait, Link pouvait entendre la voix de la jeune femme. Il leva les yeux vers le ciel. Il avait mal évalué le positionnement de la lune lorsqu'il était chez lui. La nuit était en fait sur le point de se finir. Le ciel commençait même à se teindre d'une lueur rouge à l'est. Link pressa le pas. Il n'allait pas avoir beaucoup de temps pour interroger la jeune femme. Pour une fois, lorsqu'il arriva près d'elle, elle était face à lui. Elle le salua gentiment :

- Bonjour ! Ou plutôt bonsoir... ?
Elle hésita, puis haussa les épaules :
- Enfin peu importe. Merci d'être revenu me voir.
Elle s'approcha de Link en souriant.
- Vous êtes très gentil. Comme lui...
Link ouvrit la bouche pour parler mais il se fit encore devancer par la jeune femme. Elle s'était mise sur la pointe des pieds et touchait son bonnet vert :
- Oh, c'est mignon ça ! Ça me fait penser au petit peuple d'enfants qui vit dans la forêt. Mon mari m'a emmené les voir un jour. Ils portaient tous des petits bonnets comme ça !

Link fronça les sourcils. Un peuple d'enfants dans la forêt ? Il supposa qu'ils avaient dû disparaître au fil du temps car lorsqu'il n'était pas à la bergerie ou avec les enfants de Toal, il était dans la forêt et n'avait jamais vu d'enfants portant de couvre-chef de ce genre. De plus, l'esprit de lumière de Latouane ne lui avait pas raconté que des enfants sylvestres portaient ce bonnet.

- On m'a raconté un jour, déclara Link, que cette tunique et ce bonnet verts appartenaient au Héros des Temps anciens.
- Un Héros ? J'avais bien un ami qui portait des vêtements pareils quand j'avais dix ans, mais ce n'était pas un héros, gloussa la jeune femme. Sauf pour moi, évidement. J'étais très impressionnable à l'époque.
Elle rit encore un peu au souvenir de cette personne puis s'arrêta immédiatement lorsqu'elle remarqua que le jour se levait.
- Oh pardon, excusez-moi, s'empressa-t-elle de dire. Je parle, je parle et je ne vois même pas que l'heure passe. Pardonnez-moi d'avoir pris de votre temps.
Link secoua la tête.
- Ce n'est pas grave.
Bien qu'au fond de lui, il se maudit pour ne pas avoir réussi à lui poser de questions.
- Bon, il vaut mieux que j'y aille. Les vaches ne vont pas se traire toutes seules, déclara la jeune femme.
- Les vaches ?
- Oui. Les vaches.
- Vous travaillez dans une ferme ?
- Oui.
- Oh...
Cela faisait une information de plus pour Link.
- Vous travaillez seule ici ?
- Oui, depuis un certain temps. Mes parents sont morts il y a longtemps et quand l'évacuation a eu lieu, mes employés sont partis.
- Oh, je suis désolé pour vous.
Elle lui sourit gentiment. Elle devenait de plus en plus transparente.
- Ce n'est pas grave, j'arrive à me débrouiller. Mais c'est vrai que je me sens seule. Comme tout le monde est parti plus personne ne vient acheter du lait. Enfin... il y a bien les quelques soldats chargés de protéger la population évacuée qui viennent parfois. Mais c'est de plus en plus rare.
- Ça doit être difficile pour vous.

La jeune femme soupira. Plus l'aube avançait, plus il devenait difficile de la voir.
- Oui, un peu, répondit-elle. C'est pour ça que j'accepte avec plaisir votre compagnie.
Link sourit. Rendre les gens heureux faisait partie de son travail à présent.
- En ce moment, c'est plus des pillards qui viennent ici, continua la jeune femme. La plupart du temps j'arrive à les chasser, mais il n'y a pas longtemps, des soldats sont venus. Ils ne faisaient pas partie de l'armée d'Hyrule. Ils se sont mis à me voler des bouteilles de lait. Alors j'ai voulu les chasser... ils se sont énervés et ont sorti leurs épées et... et puis...
La jeune fermière réfléchit silencieusement. Link attendait. Que s'était-il passé ?
- Euh... je... je ne me souviens plus de ce qui s'est passé après... bredouilla-t-elle.
Elle haussa les épaules avec nonchalance :
- Enfin, je pense qu'ils ont dû partir.
Elle se tourna vers Link et lui sourit :
- Merci encore d'être resté avec moi. A bientôt !

Lorsque les premiers rayons du soleil touchèrent sa peau transparente, elle disparut, comme d'habitude. Link resta là, à fixer l'endroit où elle s'était évaporée dans l'air. Il repensait à ce que la jeune fermière venait de dire.
"Il n'y a pas longtemps, des soldats sont venus. Ils ne faisaient pas partie de l'armée d'Hyrule. J'ai voulu les chasser... ils se sont énervés et ont sorti leurs épées."
Il venait de comprendre ce qui lui était arrivé. C'était à cause de ces soldats qu'elle n'avait pu tenir sa promesse de son vivant. Link soupira et se força à ne plus y penser. Le fantôme de cette fille lui faisait déjà assez de peine comme ça.

A suivre...

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Aélia". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

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