• Legend of Zelda
  • Adventure of Link
  • A Link to the Past
  • Link's Awakening
  • Ocarina of Time
  • Majora's Mask
  • Oracle of Ages
  • Oracle of Seasons
  • Four Swords
  • The Wind Waker
  • The Minish Cap
  • Four Swords Adventures
  • Twilight Princess
  • Phantom Hourglass
  • Spirit Tracks
  • Skyward Sword
  • A Link Between Worlds
  • fin du menu jeux

Secret

Ecrit par Linki et son assistant Megasam, en 2004

Mon nom à moi c'est Jeffrey. Mes potes m'appellent Jeff. Si je marque ça, déjà, c'est pas sans raison. Ce qui m'est arrivé, ce qui est donc arrivé à moi, Jeff, n'est jamais arrivé à aucune autre personne. Sinon j'imagine que les gens seraient au courant. Ce qui m'est arrivé va vous paraître un peu con au départ, mais moi, ça m'est arrivé. J'veux dire que si ça vous arrivait aussi à vous, vous seriez sûrement dans le même état que moi maintenant. Et j'peux vous dire que je vais pas trop bien. Et si j'écris ça, là, maintenant, c'est parce que si je raconte ça à tout le monde, on va me prendre pour un dingue. Et je suis pas dingue, mais je sens que je vais bientôt le devenir. Et si on retrouve ça chez moi, c'est sans doute qu'il m'aura retrouvé et que je suis déjà mort. D'ailleurs je devrais déjà l'être.

Tout a commencé un jour comme les autres. Hier, en fait. Depuis quelques années, moi et Matt, mon meilleur ami, on attend les vacances pour jouer à Zelda. Pas n'importe lequel, le premier sur 64, Ocarina of Time. Bien sûr, ça fait trois plombes qu'on l'a fini, mais on cherche. Des secrets, des trucs cachés. Et depuis que y a eu cette annonce de Miyamoto, on cherche encore plus. Moi je lui avais dit à Matt, que ça me surprenait pas, que personne cherchait rien. Mais nous, il fallait qu'on trouve. J'imaginais déjà nos noms cités sur le net, ceux qui ont trouvé le plus grand Secret de ocarina of time. Mais si j'avais su ce que j'allais trouver hier, jamais, non, jamais j'aurais cherché ce maudit secret. J'ai les boules rien que d'y repenser. Depuis le début de la semaine, je ratissais les moindres coins d'Hyrule. Attention, quand je dis ratisser, c'est ratisser. J'vous dis pas le stock de bombes que j'avais épuisé pour en lancer partout, dans tous les recoins, dans l'espoir d'entendre ce petit son qui fait qu'on débloque un truc. J'étais d'ailleurs loin d'avoir fini mon expédition, pour tout dire j'en étais même pas à la moitié.

Hier soir, j'étais tout seul chez moi. En plus, en ce moment, la nuit tombe vite. J'étais dans ma chambre, en train de jouer, assis sur un tabouret à deux mètres de l'écran. A côté de moi y avait mon lit. Tout ça j'en suis sûr, le reste je sais pas, j'ai pas fait gaffe. Pas de lumière allumée, juste ma télé, le son assez fort mais pas trop, juste pour que j'aie pas à tendre l'oreille pour entendre un bruit de secret. Bon bref, c'est du détail ça.
J'étais adulte, à la place du marché. Là où y a plein de zombis. Déjà ça craint d'être ici la nuit, mais j'étais tellement obsédé par la recherche que je m'en foutais complètement. J'ai tout fait, j'ai essayé de poser des bombes pour rentrer dans les ruelles, j'ai tué les monstres à chaque fois dans un ordre différent pour essayer de débloquer un truc. J'ai vraiment tout fait. Je commençais même à me dire qu'il fallait changer de lieu. Si j'l'avais fait j'écrirais pas ça.
Ben ouais, comme un con j'me suis obstiné, j'ai tout refait et là...

J'étais sur un des côtés. Celui à gauche du côté du château de Ganon. Je longeais le mur sans raison, comme si j'allais trouver un passage. Quel débile je fais parfois. Et là, au moment d'arriver devant la ruelle...

Pof.

Mon jeu se bloque.

Et j'ai aucune idée du pourquoi du comment. En même temps, c'est pas la première fois que ça m'arrive. Je tapote un peu sur ma cartouche. J'ai pas envie de tout me retaper quoi. Rien du tout. Je retape encore. Rien. Et là je frappe vraiment fort. Sur le coup je me suis surpris moi-même. Miracle, ça marche. Hein ? Mais non, ça marche pas, j'me dis, en voyant l'écran tout noir. Et là, surprise.

Je suis dans la ruelle. Elle est exactement comme le reste de la place, bien assortie. Y a même un zombie. Sans attendre, je m'approche de lui pour le tuer. J'ai le coeur qui bat d'excitation. Et là, bizarre. Le zombie ne m'attaque pas. Je suis juste à côté, et il ne bouge pas, il ne crie pas, il ne fait rien. Immobile comme une statue. Alors moi bien sûr, j'allais pas laisser passer cette chance. Je le tue en quelques coups avec l'épée biggoron.

Mais quand même, c'est bizarre. Avec en plus la ruelle, je commence à me poser des questions. C'est pour ça que quand tout d'un coup je sens mon kit vibration vibrer, j'fais un bond d'un mètre sur mon tabouret.
C'est la première fois que j'ai peur en jouant à un jeu vidéo.
Et pour un truc naze en plus, ma manette qui vibre.

Tout de suite, je m'trouve con de réagir comme ça, juste parce que j'ai découvert la ruelle et qu'il fait noir. Et qu'y a un zombie qui bouge pas. Là je pige, c'est tout con. Une simple grotte secrète.

Pas simple du tout en fait.

Je pose une bombe devant moi. Bingo ! Un trou est apparu. Sans hésiter je fonce dedans. Pas la peine de sauvegarder, puisque je retrouverais sûrement jamais cette ruelle bizarre.

Bizarre, c'est le mot.
Mais la grotte, elle, elle était pas bizarre.

Pire que ça.

C'est là que ça commence à se gâter. Déjà, je ne suis pas dans une simple grotte avec des plantes, de l'eau et un coffre. Non non. Je suis dans un truc tout noir, en pierre, comme dans un temple. C'est encore plus sombre que le temple de l'ombre.

Et devant moi, un escalier.

Mais il va pas tout droit. Il part à droite. Vous savez, comme celui du temple de la forêt un peu. Alors je m'avance. Et là, juste pour me rassurer, je me retourne pour voir le rayon lumineux qui fait sortir de la grotte.

Pas de rayon.

Là, c'est flippant, je peux même plus sortir. Je me persuade donc qu'il y a une sortie plus loin. Forcément, je peux pas rester là, comme ça, pour toujours. Ben non. Bon, alors j'avance, très lentement dans l'escalier, j'utilise le monocle toutes les deux secondes. Ça m'inspire pas confiance. Pas du tout, même. J'avance, j'avance. Rien. L'escalier était super long, quand j'y repense. Au bout de cinq bonnes minutes, j'arrive en bas.

Ça tourne à droite.

Je me retourne avec Z. Je suis dans un couloir. Un simple couloir.
Enfin, en apparence. C'est la pièce la plus bizarre que j'ai jamais vue. C'est comme si même les graphismes avaient changé. A part Link, tout est sombre. C'est tellement obscur que je vois même pas le bout du couloir. La première chose que je remarque, ce sont les pierres à potin. Ouais vous savez, c'est les pierres qui donnent l'heure quand on tape dessus. J'en voyais six. Trois à droite, et autant à gauche. Je m'approche de la première, à gauche.

C'est là que je me rends compte.

J'ai plus de fée.

Ben ouais, d'habitude, à chaque fois qu'on s'approche d'une de ces pierres, Navi arrive avec le pointeur.

Et là, que dalle.

J'commence sérieusement à me poser des questions, déjà.
L'icône d'action se transforme en "voir". Alors moi, je sais bien quel texte va apparaître, le même qui apparaît à chaque fois qu'on regarde une pierre à potin, ce texte que je connais par coeur. Mais j'appuie quand même, pour voir. Juste pour voir.

"Ganon n'est pas le vrai Malin. Le vrai Malin est caché."

C'est ce qui est marqué. Comme si la pierre à potin me parlait, en fait. Sauf que j'étais pas enfant, que je portais pas le masque de vérité, et que c'était pas marqué que la pierre à potin me parlait. Juste ça. J'étais convaincu de faire une grande découverte, je ne me méfiais donc pas de ce message bizarre. Bien sûr, instinctivement, je m'approche de la pierre à potin d'en face, afin de trouver quelque chose d'autre.

"Ganon n'est pas le vrai Malin. Le vrai Malin est caché."

Même message. Là c'est grave. C'est la première fois que je vois deux pierres à potin qui disent la même chose. Je m'avance près de la troisième, du côté gauche du couloir. Même chose. Cette fois-ci, je suis moins surpris. Mais quand même, après avoir fait les six pierres et retrouvé le même message à chaque fois, je me demande bien où est-ce que je suis tombé.

Je n'étais pas au bout de mes surprises.

Je continue donc à avancer dans le couloir. Lentement, car ma crainte de tomber sur un monstre invisible m'a repris. Aucun monstre. Par contre, je remarque un truc bizarre. Une espèce de symbole sur ma droite. Et c'est là que je vois.

Partout. Partout sur les murs y a des symboles. Des symboles Hyliens, pas n'importe quoi. Pareil que sur les panneaux. Sauf que sur les panneaux, c'est toujours les mêmes symboles. Et là, aucun se ressemblait. Par contre j'avais rien pour comprendre. N'empêche que j'avais l'impression bizarre de ne plus jouer au même jeu. C'était bien trop mystérieux. Mais au point où j'en étais... Ça me surprenait de moins en moins, toutes ces conneries. J'avançais donc encore.

Une porte.

Ouais, une simple porte, voilà sur quoi débouchait ce couloir. J'étais pour le moment assez dégoûté, et toutes ces surprises commençaient tout de même à me donner une envie pressante. Mais je sentais que je devais continuer, qu'il y avait pas que des pierres pourries et des graffitis sur les murs. Je sentais que je devais découvrir un plus grand mystère, que je devais même pas me débiner pour aller aux chiottes. Comme si ma vie en dépendait.

Alors, je passe la porte.

Ce que j'avais pas vu, c'est que c'était une porte sans poignée, vous savez, celles qui se soulèvent et retombent dans un bruit du tonnerre. Encore une fois je sursaute. C'est pas ça qui fait diminuer mon envie pressante, je dois dire. Mais c'était rien à côté de la salle dans laquelle j'étais.

Ou plutôt, c'est la salle qui n'était rien.

En fait, je voyais rien du tout dans cette salle, impossible de dire si c'était un couloir, un hall ou un escalier. Je voyais même plus la porte. Rien. Le noir total. Tout ce que je voyais, c'était Link, que je faisais courir partout pour trouver de la lumière.

Je ne me suis heurté à aucun mur.

Que dalle. Y avait que dalle, dans cette salle. C'est là que j'ai commencé à flipper. Et là...

Un ricanement.

Qui vient du jeu, je précise.

C'était la première fois que j'entendais un ricanement dans ce jeu. Les monstres ne ricanent jamais, pas même Ganondorf. Pourtant, je venais d'entendre un ricanement. Je flippais pas mal, et ça m'a achevé. J'ai mis pause et je suis sorti en courant de ma chambre en direction des toilettes.

Si j'avais su, j'aurais préféré me pisser dessus plutôt que de partir.

Prenant même pas la peine de fermer la porte étant donné que mes parents étaient pas là, je me soulageais tranquillement, en pensant à tout ce que j'avais vu jusque là. Je commençais à me dire que tout ça n'était qu'un jeu vidéo, et que j'avais aucune raison d'avoir peur. Je me trouvais con de sursauter au moindre truc. Seul le ricanement restait vraiment angoissant.

Alors, je suis retourné dans ma chambre et je me suis rassis sur mon tabouret avant de regarder l'écran de pause.

Seulement, c'était plus sur Pause.

Je suis certain que quand je suis parti j'avais mis le jeu en pause, et j'avais regardé avant de passer la porte les quatre fées que j'avais en bocaux.

Mais en fait, c'est pas ça qui m'a fait le plus peur.

Link était mort.

Quand je dis mort, c'est mort.
Par terre, avec marqué Game Over.

C'était pas possible. Pas possible que je puisse mourir. Pourquoi ?

J'avais vingt coeurs et quatre fées, même si j'avais oublié de mettre pause et qu'un ennemi m'avait tué, il aurait jamais eu le temps de me tuer et de m'enlever toutes mes fées avant que je revienne. En plus, j'étais sûr d'avoir mis pause.

C'était impossible.

Alors, je prends la manette, et j'appuie sur A, pour pouvoir sauvegarder et continuer.

Mais l'écran bouge pas. Comme si le jeu avait gelé là-dessus.

Tout ça était impossible.
Et c'est là que je l'ai entendu...

Le ricanement.

J'ai fait un bond d'un mètre.
Le même, exactement le même, mais plus fort, alors que j'avais pas touché au volume, puisque j'étais parti. Et quand j'ai vérifié le volume, il était au même niveau qu'avant.

En plus, quand on est mort, on est censés rien entendre à part une petite musique. Mais là, c'était un ricanement. J'ai tellement eu peur, que comme je pouvais visiblement pas continuer, j'ai éteint la console, puis la télé. Ma chambre était donc dans le noir. J'avançais pour allumer la lumière. J'appuie sur l'interrupteur.

Rien ne se passe.

Imaginez un peu l'état dans lequel je me trouvais, je venais de vivre un truc super bizarre dans Zelda et maintenant ma lampe refusait de s'allumer. J'ai pensé que c'était le disjoncteur, un truc comme ça.
Le problème, c'est qu'il était à la cave. J'avais trop les boules pour descendre à la cave maintenant. Alors je suis allé me coucher, en cherchant mon lit à tâtons. Une minute se passa, puis une autre. J'étais tellement perturbé par tout ça que je savais que je n'arriverais pas à dormir.

J'avais peur.
Peur de quoi ? D'un simple ricanement que j'avais entendu dans un jeu vidéo et de la lumière qui ne voulait pas s'allumer ? Je me trouvais un peu ridicule, mais j'avais quand même peur. Et plus je repensais à ce que j'avais vu, plus j'avais peur.

Et là, j'ai eu un déclic.
Un endroit sombre, avec des murs en pierre, un escalier, des symboles bizarres, des statues encore plus bizarres, et d'où l'on ne revient pas...
C'était une crypte, un tombeau.

J'avais trouvé une crypte dans Zelda. Et vu les messages des pierres à potin, celui qui était enterré là, c'était pas un rigolo. Et puis tout d'un coup, un truc m'a choqué.
J'étais en train de jouer, donc y avait du courant. Pourtant, juste après y en avait plus.
Impossible que ça soit une coïncidence après tout ce que j'avais vu.

J'étais torturé par toutes ces pensées, et, ce que je me demandais parfois, c'est si j'allumais la télé et la console, que se passerait-il ? Est-ce que ça marcherait ou pas ? C'était le seul moyen de me fixer, car si ça marchait pas, c'était bien mon imagination qui me jouait des tours. Et si ça marchait, je pourrais peut-être en savoir plus.

Mon plan était con. Pourtant j'y suis allé. Lentement, je me suis levé, et après avoir attendu de m'accoutumer un peu à l'obscurité, je me suis rassis sur mon tabouret, l'ai rapproché de l'écran et ai allumé la télé d'une main et la console de l'autre.

Les deux se sont allumées.

Avant que l'écran n'envoie l'image, le jeu était déjà démarré. Et quand l'écran s'est allumé pour de bon, j'ai vu le même écran que quand j'avais éteint.

Pas de sigle Nintendo 64, pas d'écran-titre. Non, c'était toujours la même chose, sans aucun moyen de sortir. J'allais donc éteindre la console, ça ne m'avançait pas du tout. Sauf que quand j'ai posé le doigt sur le commutateur pour l'abaisser...

Le ricanement.
Mais ça, c'était rien. Non, ce qui m'a littéralement paralysé de peur c'était que...

Le ricanement.

Il venait pas de la télé.

Mais de derrière moi.

J'avais tellement peur que j'osais pas me retourner, j'ai même pas éteint la console. Ni la télé. Je ne voulais plus être dans le noir. Même si la seule lumière venait d'un écran qui me faisait peur, j'avais de la lumière.

Alors mon écran et ma console se sont éteints tous seuls, comme pour une coupure de courant.

J'ai failli m'évanouir, à ce moment-là. J'aurais préféré, d'ailleurs.
Ma tête me faisait mal tellement j'étais pétrifié, je serrais la mâchoire à me briser les dents.

J'étais dans le noir total.

Alors, j'avais tellement peur que j'ai eu à nouveau une grosse envie pressante. C'est là que j'ai tilté.

Bien sûr, les toilettes !
C'était à ce moment-là, pour moi, le seul endroit où je pourrais être à l'abri. A l'abri de quoi ? Je ne le savais même pas, et à vrai dire je n'avais pas envie de le savoir.

Alors j'ai pris mon courage à deux mains, et je me suis lancé, j'ai couru vers la porte de ma chambre, je me suis même tapé le bras contre tellement j'allais vite. Dans mon élan je l'ai ouverte, et j'ai longé le mur du salon pour arriver jusqu'à la porte des toilettes. Je me suis engouffré à l'intérieur. C'est là que je me suis surpris tout seul, car par réflexe, même en sachant que y avait pas de courant, j'ai appuyé sur l'interrupteur...

Et la lumière s'est allumée.

Pour la première fois, ça me rassurait. Enfin de la lumière. En plus, dans un si petit espace, je voyais tout, rien ne pourrait me surprendre. Je verrouillais la porte et m'adossais contre le mur en face de la cuvette.

Pendant un instant, mon envie m'avait laissé, mais bien vite elle me reprit, pendant que je regardais la cuvette fermée en haletant comme si j'avais couru le 100 mètres. D'un coup de pied, j'ai ouvert la cuvette tout en baissant mon pantalon.

Et là, j'ai hurlé. Hurlé de toutes mes forces.

La cuvette était remplie de sang.

Ce n'était plus de la peur, c'était de la terreur, j'étais terrorisé, et j'vous jure que ça m'a coupé l'envie de voir cette cuvette remplie à ras bord de sang.

Vous comprendrez que je ne me sentais plus tout à fait à l'abri dans les toilettes, j'ai donc essayé d'ouvrir la porte pour revenir dans le salon, tout en gardant la lumière des toilettes allumée.

Mais la porte refusait de s'ouvrir.

J'ai crié, et crié, et crié encore en secouant la poignée, comme si les toilettes étaient maintenant la pièce la plus dangereuse, malgré la lumière. Et là je me suis rendu compte que j'avais oublié d'enlever le verrou. La peur, ça rend con. J'ai donc enlevé le verrou, et franchi la porte.

Revenant dans les ténèbres, j'avais quand même la lumière des toilettes qui me permettait de voir qu'il n'y avait rien de suspect dans le salon. Rapidement, je repérai l'interrupteur de la lumière du salon, et appuyai dessus.

Rien ne se passa.

Ou plutôt si, mais pas ce que j'avais prévu.

La lumière des toilettes s'était éteinte. J'étais plongé dans l'obscurité la plus totale.

Le ricanement.

Toujours le même. Il semblait tout proche, comme si on m'avait ri au nez. Je suis tombé par terre d'effroi, et j'ai serré mes bras comme si je mourrais de froid. Sauf que c'était la peur, pas le froid. Je ne sais pas pourquoi, mais à ce moment-là, j'étais certain que j'allais mourir. Dans peu de temps. Que j'étais foutu. Et je cherchais un truc pour m'en sortir. Encore une fois, la peur ne m'a pas bien conseillé.

J'ai repensé au disjoncteur. C'était peut-être la seule chose qui pourrait me sauver. Comme si la lumière de quelques lampes allait effrayer la chose horrible qui me poursuit. N'importe quoi. Mais sur le moment, j'en étais convaincu. Pour arriver au disjoncteur, il fallait que j'atteigne la porte du couloir, puis que je traverse celui-ci pour prendre la porte de la cave à gauche, qui faisait face à celle de la cuisine.

Lentement, surmontant ma peur, je me suis mis à ramper dans le plus grand silence. Autour de moi, j'avais l'impression de voir des choses se mouvoir dans l'ombre. Même si je savais que l'imagination fait toujours voir des choses bizarres, la peur me donnait l'impression que je les voyais vraiment.
Alors, j'ai atteint la porte du couloir, que j'ai ouverte avec une lenteur extrême. Je me suis relevé, et j'ai fait trois pas dans le couloir. Ma progression a été coupée nette.

Tout d'un coup la lumière s'allume. Toute seule. Sans que je touche à rien.

Mon couloir, c'est le même.

Le même que celui de la crypte.
Les symboles, partout sur les murs.
Les pierres à potin de chaque côté.

Mais ça c'est rien.

A l'autre bout du couloir, une chose.

Massive, noire, je ne vois pas ce que c'est avec précision. Parce que la lumière s'éteint tout de suite. Une seconde après, elle se rallume.

La chose est au milieu du couloir.

Je suis paralysé de peur, mais la lumière s'éteint à nouveau avant que j'aie pu bien la distinguer. Tout s'est passé très vite. J'appuie sur l'interrupteur pour rallumer la lumière.

Rien ne se passe.

Le ricanement, tout près.

Je sais que c'est la fin, et que ma vie va peut-être se terminer au bout de ce couloir. Alors je cours, je cours comme un taré, en espérant échapper à cette chose qui me traque et se joue de moi. J'arrive devant la porte de la cave.

En un éclair, la peur revient, elle m'empêche d'ouvrir. Je tremble de tout mon corps, et lentement, très lentement, je saisis la poignée.

J'entrouvre la porte de la cave.

Rien.

En bas se trouve le disjoncteur, et devant moi, l'escalier de pierre qui y mène.

J'ouvre un peu plus.

Toujours rien.

Dans un instant de confiance, j'ouvre entièrement la porte.

Mon coeur fait un bond dans ma poitrine et je tombe à la renverse. Les cris aigus et les battements d'ailes de chauve-souris sortant de la cave me déchirent les tympans. Au bout de quelques secondes, le bruit s'atténue, elles sont sorties.

Lentement, je me relève.

Un pas, puis deux.
Je suis devant l'escalier.

Après une légère hésitation, je descends la première marche, puis la deuxième.
En bas de l'escalier se trouve ma seule issue.

Soudain, un bruit de porte derrière moi.

La porte de la cuisine s'ouvre.

J'entends des pas.

Le ricanement.

Je commets alors l'erreur fatale de me retourner.

Dans un sursaut, je vois son visage horrible. Ses yeux rouges luisant dans le noir, ses canines surmontant sa lèvre inférieure, son visage blanc, si clair que je n'eus aucun mal à le distinguer dans le noir le plus total.

Le Malin en personne se tenait devant moi.

Jamais je n'oublierai son visage.

La peur de me fit défaillir et oublier où j'étais, qui j'étais et ce que je faisais, je crus faire un pas en arrière, et me trouvant face à l'escalier, je basculai dans le vide et le choc entre ma tête et l'escalier me fit perdre connaissance.

Je me suis retrouvé, ce matin, dans mon lit. Je ne porte aucune marque de blessure, et, plus étonnant encore, je suis vivant. J'ai cherché partout des traces de ce que j'avais vu, les symboles, le sang. Tout a disparu. Mais si j'écris cela, c'est bien parce que je sais que ce n'est pas un rêve.

Comment je le sais ?

La cartouche du jeu, auquel je joue depuis une semaine et que je n'ai jamais retirée de la console a disparu. J'ai fouillé toute ma maison, impossible de le retrouver. Et je pense que plus jamais je ne pourrai rejouer à un seul jeu vidéo de toute ma vie. J'ai une peur folle de tout appareil électronique. Je ne peux plus même ouvrir un livre, j'ai peur de voir son visage. Si j'en parle, on va me prendre pour un dingue, et je suis incapable de faire autre chose que d'écrire. J'ai peur de voir son visage horrible partout où je regarde, et je n'arrive plus à dormir.

...

J'ai cru entendre un petit rire derrière ma porte, il faut absolument que je vérifie ce que c'est...

FIN   

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Linki". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

Note légale : Ce site est protégé par les lois internationales sur le droit d'auteur et la protection de la propriété intellectuelle.
Il est strictement interdit de le reproduire, dans sa forme ou son contenu, sans un accord écrit préalable du "Palais de Zelda".
retour au haut de la page
Le Palais de Zelda :: Webmaster: Ariane
Design créé par Sylvain
www.palaiszelda.com :: Copyright © 1999-2014