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On ne naît pas héros, on le devient

Ecrit par USSYorktown
Chapitres 1 à 18   •   Chapitres 19 à 26

Prologue : On n'échappe pas à son destin

On dit souvent que l'histoire est un éternel recommencement ; que les évènements qui se sont passés il y a longtemps se répètent, encore et encore. On raconte aussi que notre destinée est tracée dès notre naissance et que, quels que soient nos choix, nos pas nous y ramènent toujours. Je le sais désormais. Que l'on soit un simple fils de paysan ou de chevalier, on n'échappe pas à son destin, surtout lorsque ce dernier doit nous amener à accomplir de grandes choses...
Vous vous demandez sûrement qui je suis n'est-ce pas ? Eh bien, je suis une personne issue d'une lignée très spéciale, à ceci près que mon histoire diffère complètement de celle de tous mes aïeuls sur un point : je n'ai jamais souhaité pendant longtemps devenir qui je suis désormais, à savoir un héros. De nombreuses années se sont écoulées depuis mon aventure, mais je m'en souviens encore comme si c'était hier. Aujourd'hui cependant, il est temps que mes descendants sachent la vérité sur qui j'étais réellement. Vont-ils me considérer comme un lâche ayant fui son devoir ? Sans doute. Considèreront-ils que le plus courageux ne fut non pas de vaincre, mais d'accepter de devenir ce à quoi j'étais destiné ? Peut-être. Quoi qu'il en soit, je ne regrette rien, au contraire. Car cette aventure m'aura permis de faire face à mes doutes et de découvrir qui je suis réellement. Je m'appelle Link, Chevalier d'Hyrule, Héros à la Lame Purificatrice, et voici mon histoire.

Chapitre 1 : Un lourd fardeau   up

"Allez debout fainéant ! Ramasse cette satanée épée et bats-toi !"

Maugréant sur le nombre de coups reçus depuis le début de l'exercice, je récupérais mon arme pour la énième fois et me remis en garde. Mon entraînement avait commencé depuis presque dix ans, et chaque jour m'apportait son lot de blessures et de désillusions. Et mon maître d'armes n'arrangeait en rien les choses.

"Tu te bats comme une fillette ! Tu crois vraiment que tu vas devenir chevalier d'Hyrule comme ça ? Toi le fils du meilleur bretteur du royaume, incapable de tenir une arme plus de cinq secondes ? Que doit penser ton père de toi, Link ?"

C'était sa réplique préférée, et malheureusement il n'avait pas tort. Je m'appelle Link, et je suis le petit-fils du héros qui sauva le royaume du chaos il y a maintenant deux cent cinquante ans. Il faut savoir que ma famille est intimement liée à celle de la famille royale d'Hyrule depuis cet évènement. En effet, nous combattons ensemble un ennemi commun, le Fléau Ganon. Incarnation du mal absolu, il rêve de détruire notre monde et de mettre la main sur la Triforce ; relique sacrée composée de trois morceaux et permettant d'exaucer un voeu à celui qui la contrôle. Il y a de cela des temps immémoriaux, Ganon déroba la Triforce de la Force, qu'il possède depuis. La famille royale, elle, est la gardienne de la Triforce de la Sagesse, qui se transmet de mère en fille, descendantes de la réincarnation de la déesse Hylia. Quant à notre famille, elle a hérité de la Triforce du Courage de par la valeur de ses membres, et chacun d'entre nous devient chevalier d'Hyrule, afin de servir et protéger la princesse.

Malheureusement, c'est là que se trouve mon plus grand défaut. Contrairement à tous mes prédécesseurs, je n'ai jamais réussi à manier correctement une arme, et encore moins à vaincre lors d'un combat, et ce alors que je suis formé à devenir chevalier depuis mon plus jeune âge. Malgré tous mes efforts, je ne suis jamais parvenu à devenir un véritable chevalier. Je ne compte pourtant plus les fois où je suis resté dehors à m'entraîner jusqu'à épuisement, à essayer de manipuler une épée avec mon maître d'armes, ou dans de rares cas, avec mon père.

Plus grand bretteur d'Hyrule et ancien chevalier personnel de la reine, il a tenté de m'inculquer les fondements du combat, mais sans grand succès. Bien qu'il ne me le montre jamais, je sentais qu'il était de plus en plus peiné et ne savait plus quoi faire. Voir son fils être incapable de reprendre le flambeau, et ce d'autant plus que c'est une tradition familiale, tout ceci devait l'attrister. Savoir que j'étais sans doute pour lui un fardeau me blessait énormément. J'ai toujours voulu que mon père soit fier de moi, mais je n'ai réussi au final qu'à tout rater lamentablement. Et comme si tout cela ne suffisait pas, une pression extérieure venait de se rajouter à mon fardeau. Le roi avait en effet décidé, au vu des circonstances, que si à mes dix-sept ans je n'étais pas nommé chevalier, alors une autre personne prendrait ma place en tant que chevalier servant de la princesse Zelda.

La princesse Zelda... Que pouvait-elle bien penser de moi ? Elle devait bien rigoler je pense. Le fils du plus grand chevalier du royaume, combattant comme une cocotte apeurée et sans aucun talent à l'épée. Je n'osais imaginer ce qui se passerait après expiration du délai. L'Epée de Légende, la Lame Purificatrice, maniée par notre famille depuis des millénaires, brillerait-elle devant moi, me considérant comme chevalier et nouveau détenteur légitime, ou serait-elle attribuée à un autre ? Si cela devait advenir, je ne sais ce que je deviendrais, mais je savais que quoi qu'il advienne, ma famille serait humiliée pendant des générations. Et j'en serais l'unique responsable.

Chaque soir, je priais ardemment la déesse de m'aider. Que devais-je faire ? Pourquoi étais-je différent à ce point ? Mais j'avais beau poser ces questions à chaque fois, jamais de réponses ne me parvenaient.
C'est dans ces moments que je me remémorais l'histoire de mon grand-père, Prodige du royaume. Malgré la dévastation d'Hyrule par Ganon et après avoir été entre la vie et la mort pendant un siècle entier, il avait non seulement récupéré ce que l'on appelait les créatures divines, mais aussi vengé les autres Prodiges tués par le Fléau et sauvé la princesse, qui a lutté seule pendant le coma de mon grand-père. Tous les deux, ils avaient accompli quelque chose d'incroyable, alors que tout semblait perdu d'avance.

Je me demandais ce que mon grand-père devait penser de moi. Voir sa descendance aussi incapable devait certainement le décevoir. Je me souviens encore de ce qu'il m'avait dit avant de mourir :
"Link, tu n'as pas à avoir honte de ce que tu es actuellement. Car je sais qu'un jour, tu seras un grand chevalier. Ecoute toujours ce que te dit ton coeur, et tu verras alors ce qu'est le courage."
Depuis, ces mots résonnent sans cesse dans ma tête. Mais savais-je vraiment ce que me disait mon coeur depuis tout ce temps. J'en doute fort malheureusement. Tout ce que je savais ces derniers temps, c'est que mon dix-septième anniversaire approchait à grands pas, et je n'étais toujours pas apte à devenir un chevalier d'Hyrule.

Chapitre 2 : Un entraînement pas comme les autres   up

Le jour de mes dix-sept ans fut un jour particulier pour ma famille. En effet, il marquait mon entrée dans l'âge adulte. Mais il correspondait surtout à la fin de l'ultimatum adressé à mon père par le roi. C'est pourquoi depuis les premières lueurs de l'aube je m'entraînais sans interruption en attendant l'arrivée de la famille royale, qui déciderait alors de mon sort. Mais rien n'avait changé depuis la dernière fois ; je restais toujours aussi peu doué dans le maniement d'une arme.

En partant au château ce matin, j'avais vu mon père en pleine conversation avec le roi. De quoi parlaient-ils ? Sans doute étaient-ils en train de réfléchir à ce qu'ils allaient faire de moi. Notre famille n'a jamais rien fait d'autre que de défendre la famille royale. Je ne connaissais rien en dehors des armes et des tactiques de combat. Si le roi refusait ma nomination, je n'avais aucune idée de ce que je deviendrai.
Alors que j'étais perdu dans mes sombres pensées, j'entendis un bruit derrière moi. Sursautant de peur, je me suis retourné vivement, pensant que le roi était arrivé en avance. Mais je ne vis personne. Quand on est tendu en permanence, on a tendance à être vite surpris. Cependant, il m'est rarement arrivé de sentir une pointe froide dans son dos dans cet état. Jetant mon arme au sol et levant les bras, je me retournai lentement, pensant que c'était mon instructeur qui allait me reprocher une fois de plus mon incapacité à combattre convenablement. Mais lorsque je découvris qui était mon mystérieux agresseur, je fus impressionné.

C'était une jeune fille, d'environ mon âge, habillée avec une de nos tenues d'entraînement. Bien qu'elle parût svelte, il se dégageait d'elle une aura de puissance et elle semblait très bien savoir manipuler l'épée qu'elle tenait. A cet instant, je ne rêvais que d'une chose, disparaître tellement j'avais honte de m'être fait avoir de cette façon. Ma surprise fut plus grande quand elle me dit :
"Tes bottes à l'épée ne sont pas mauvaises, mais tu ne gagneras pas si tu ne frappes pas de toutes tes forces. Bouge en permanence et attaque à la moindre faille de ton adversaire, comme ça !".
Joignant le geste à la parole, elle fendit un des mannequins avec une facilité déconcertante.
"Tu vois c'est facile !" dit-elle. "Au fait c'est quoi ton nom ?".
Elle ne savait donc pas qui j'étais, malgré toutes les remarques qui circule sur moi ? Mais qui était cette fille ?
"Bon alors tu réponds ?"

J'aurais bien souhaité lui répondre que je ne pouvais pas, mais même ça cela m'était impossible. Et pour cause, je n'avais pratiquement plus parlé depuis mes premières débâcles à l'épée. Toute cette pression que je portais au fil des années avait fini par m'enfermer dans un mutisme profond. Les rares fois où je prononçais un mot, c'était uniquement face au roi, mais avec beaucoup de difficultés.

"Laisse tomber ce n'est pas grave. C'est ton jour d'évaluation ?"
J'acquiesçai d'un hochement de tête.
"Et du coup tu t'entraînais avant ton passage, c'est ça ?"
Autre hochement de tête.
"Mouais, et bien c'est assez moyen pour être honnête. Mais on peut essayer de corriger quelques détails avant ton passage. Ça te dit ?"
Avais-je bien entendu ? Elle me proposait de m'aider à m'entraîner ? Mais pourquoi faisait-elle ça ? Mais bon, vu ma situation critique, toute aide était la bienvenue. Je pris mon arme et me mis face à elle.
"Bien. La première chose importante au combat est de bouger en permanence. Une cible mouvante est toujours plus dure à toucher. Tu vas essayer de me toucher. Allez !"
Pendant un instant, personne ne bougea, puis d'un coup elle se jeta sur moi. Je parvins in extremis à me jeter sur le côté pour ne pas être écrasé par son bouclier.
"Bah alors ? Tu nous fais quoi là ? Tu fuis ? Je croyais que tu voulais devenir chevalier ! Alors attaque !"

J'avais l'habitude des remarques acerbes de mon instructeur, mes ses railleries m'agaçaient au plus haut point. De colère, je me mis à frapper de tous les côtés, bien décidé à briser sa garde et à mettre au sol cette fille de plus en plus insupportable. Mais elle parvenait à parer toutes mes attaques sans aucune difficulté. Finalement, après une énième esquive, elle frappa son bouclier contre moi, m'envoyant lamentablement au sol. J'étais en sueur et à bout de souffle, mais ce n'était absolument pas le cas de mon adversaire.

"Bah alors, déjà fatigué ? Je commençais juste à m'échauffer moi !" dit-elle avec un sourire en coin.
Bon sang, que son sourire m'énervait. J'étais déjà assez ridicule à mes précédents entraînements, mais là c'était carrément humiliant. Mais qui était-elle à la fin ? Articulant avec peine, je parvins à lui demander :
"M... mais qui es-tu ?"
- Ça alors ! Tu n'es pas muet en fait ! Finalement, il fallait juste te forcer un peu pour que tu te mettes à parler, ricana-t-elle. Tu t'appelles comment du coup ?"
Elle semblait vraiment décidée à se payer ma tête. De guerre lasse, je finis par murmurer :
"Je... je m'appelle Link."
- Link ? Alors c'est toi le cas particulier dont on m'a parlé ? En effet, tu as encore beaucoup de travail à faire si tu veux devenir chevalier."

Ça y est ! C'était reparti pour les remarques à propos de mon incompétence au combat. Et juste au moment où je me disais que la journée ne pouvait pas être pire, le roi et mon père arrivèrent dans l'arène.

Chapitre 3 : L'heure du verdict   up

"Cela fait cinq minutes maintenant que nous vous observons ! Puis-je savoir ce que vous faites ?" demanda le roi.

Jusqu'à aujourd'hui, je n'avais jamais eu l'opportunité de voir de près son Altesse. Mahor Bosphoramus Hyrule était un monarque assez particulier. Très doué au combat, mais aussi en diplomatie, il avait non seulement réussi à débarrasser le royaume des dernières traces du Fléau, mais en plus Hyrule connaissait sous son règne une ère de prospérité digne de l'ancien temps. On racontait même qu'il évaluait personnellement les écuyers avant leur adoubement. Autrement dit, j'allais m'humilier devant le roi en personne ; c'était définitivement une journée cauchemardesque.

"Nous nous entraînons ensemble, rien de plus votre Majesté" répondit la bretteuse en s'inclinant.
- C'est le meilleur moyen pour progresser mutuellement en effet. Mais dis-moi Link, as-tu l'intention de te relever ou de rester allonger par terre ?" me fit remarquer le roi avec un sourire en coin.
Quel abruti je faisais. Et en présence du roi qui plus est. Rouge de honte, je me dépêchais de me relever et de m'incliner à mon tour.
"Allons allons ! Laissez tomber ce cérémoniel. Je viens simplement pour évaluer les compétences de notre jeune écuyer ici présent. Je suppose que tu t'es bien entraîné avec ta partenaire, n'est-ce pas ?"

Comment aurais-je pu lui dire que cet entraînement s'était changé en débâcle dès le premier combat ? Je m'étais tout bonnement fait ridiculiser par une inconnue. Ravalant quelques commentaires acerbes, je m'apprêtais à mentir au roi :
"Votre altesse, je..."
Je ne pus aller plus loin. Cela faisait des années que j'accumulais une pression de plus en plus lourde en moi, sans moyen pour m'en débarrasser. Et à ce moment-là, agenouillé devant le roi, je fus tout simplement incapable de lui cacher la vérité.

"Je suis vraiment navré votre Majesté, mais je crains de ne pas pouvoir vous donner satisfaction quant à mes capacités pour devenir chevalier.
- Comment cela ? me demanda-t-il surpris.
- Pour être honnête, votre Altesse, je ne crois pas avoir hérité des qualités de bretteurs de mes ancêtres. Malgré les nombreux entraînements que j'ai eus, je ne parviens malheureusement pas à avoir les compétences nécessaires pour défendre la princesse comme il se doit. Père, je suis désolé de vous avoir déçu durant toutes ces années. J'espère qu'un jour vous me pardonnerez. Quelle que soit votre décision mon Roi, je l'accepterai sans hésitation. Je suis navré..."

Au moment où je disais ces mots, je sentis comme un intense soulagement, comme si tout le poids que j'avais sur les épaules s'était envolé. Avoir réussi à dire ce que j'avais sur le coeur après tout ce temps me fit un bien fou. C'est à ce moment que je me rendis compte que, pour une fois, j'avais réussi à parler sans aucune difficulté. Mais ma situation n'était cependant toujours pas brillante, loin de là. Pire, à la suite de ce que je venais d'avouer au roi, il semblait évident que je ne serais pas élevé au rang de chevalier. La tête basse, j'attendais la décision du roi qui mettrait un terme au pacte établi entre nos deux familles.

"Dis-moi Link, accepteras-tu vraiment la décision que prendra le roi, quelle qu'elle soit ?"
Contrairement à ce que je pensais, ce ne fut pas le roi mais mon père qui parla, et, chose plus surprenante encore, d'une voix calme et affectueuse. Mon père n'avait jamais parlé de cette façon !
"Je le jure devant les déesses" répondis-je sans hésiter.
Je surpris cependant un regard entendu entre le roi et mon père. Je vis même ce dernier esquisser un sourire ?! Que me cachaient-ils ? J'étais cependant encore loin d'imaginer la suite.
"Qu'en pensez-vous ma chère ? Êtes-vous toujours d'accord ?"

Ainsi donc, cette femme semblait être au courant de tout depuis le début ? Dans ce cas, pourquoi avait-elle fait semblant de ne pas me connaître ? Et pourquoi avait-elle testé mes compétences ? J'avais de plus en plus de questions, mais aucune réponse ne m'était apportée.
"Avec ce que je viens de voir, je vous confirme sans hésiter ma décision !"
- Alors nous sommes d'accord. Link, voici mon verdict..." commença le roi.
Ça y est, j'allais officiellement apporter la honte sur ma famille pour des générations. Cependant, une petite voix intérieure me disait que la décision serait plus complexe que cela.

"A partir d'aujourd'hui, tu seras sous les ordres de Dame Impa et de moi-même, et nous t'enseignerons les techniques de combats des chevaliers et des Sheikahs, et ce jusqu'à que tu aies fait tes preuves. En attendant ce moment, ton père assumera la fonction de chevalier servant de la princesse. As-tu quelque chose à ajouter ?"

Cette décision me laissa bouche bée. Avais-je bien entendu ? La personne qui m'avait évalué n'était autre que Dame Impa, chef du peuple Sheikah et protectrice de la reine ? Et au lieu d'être renvoyé, j'allais devenir l'écuyer de Dame Impa et du roi, deux des plus grands combattants du royaume ? J'étais abasourdi.

"Juste une question votre Altesse... Pourquoi ?"
Complètement sous le choc, ces mots m'avaient échappé. La réponse que j'eus fut encore plus surprenante.
"Tu as vu que tu n'avais pas le talent de tes ancêtres à l'épée. Cependant tu ne t'es pas laissé abattre et tu as continué à t'entraîner de toutes tes forces, et ce alors même que tu savais la tâche difficile" commença mon père.
- Face à ton combat contre moi, tu as persévéré et tenu bon malgré tes défaites successives. Mieux, tu as essayé de retourner les techniques que j'employais contre moi. Tu possèdes un grand potentiel dont tu n'as pas encore conscience, et j'ai l'intention de te le montrer" ajouta Dame Impa.
Je n'avais jamais imaginé un instant les choses comme ça. Pour moi, je n'étais rien de plus que l'échec de la famille, incapable d'atteindre le but fixé.
"Enfin, acheva mon père, tu as décidé d'avouer la vérité plutôt que de mentir au roi, malgré les conséquences que cela engendrerait. Tu as fait preuve de beaucoup de courage et pour cela, je suis fier de toi !"

Ces mots prononcés par mon père me touchèrent énormément. Ainsi il était fier de moi ? Après tout ce qui s'était passé ? Je sentis alors quelque chose d'humide sur mes joues ; pourtant il ne pleuvait pas ! Et pour cause, ce n'était pas de l'eau, mais une larme. Une larme de bonheur et de joie, deux choses que je n'avais plus ressenties depuis des années.

"Nous allons te laisser maintenant, dit Dame Impa. Je t'attendrai dans trois jours devant l'entrée du château, après quoi nous irons à Cocorico commencer ton apprentissage. Je compte sur toi !"
Avec une détermination que je ne connaissais pas, je répondis :
"Je ne vous décevrai pas Dame Impa !"

Chapitre 4 : Le début du voyage   up

"Cette épée a été créée par les Sheikahs il y a des siècles de cela. On dit que ces armes furent forgées dans le but de protéger la famille royale du Fléau. Est-ce vrai ou faux ? Je ne sais pas. Mais je tiens à ce que tu la prennes," me dit mon père en me tendant une arme que je n'avais jamais vue chez nous auparavant.

Je pris l'épée et l'observai plus attentivement. D'une couleur assez sombre, elle semblait avoir été forgée dans un métal bien différent de celui utilisé habituellement. Un rubis ornait le bas de sa garde de façon à ce qu'il ne dérange pas le bretteur.
"Et si tu la testais ?" me proposa mon père en me montrant une vieille souche.
Prenant l'épée à deux mains, je l'abattis de toutes mes forces sur le bois. La lame pénétra celui-ci comme dans du beurre avant de ressortir aussi facilement, et elle n'était même pas endommagée. La remettant dans son fourreau, je dis à mon père :

"Elle est vraiment puissante et m'a l'air bien plus maniable que n'importe quelle arme. Merci pour cette arme, Père."
Il me mit alors les mains sur mes épaules ; je sentais qu'il voulait me dire quelque chose de particulier.
"Ecoute Link, je sais que je n'ai pas souvent été un très bon père. Je sais aussi que tu as souvent eu l'impression de me faire honte, et que j'étais déçu de toi. Alors je veux que tu saches une chose : de tous les membres de notre famille, c'est toi qui auras affronté les plus grandes épreuves, car tu t'entraînes pour être chevalier sans bénéficier de capacités innées comme nous. Et c'est pour cela que tu deviendras à la fin un des plus grands bretteurs que le royaume n'ait connus ; encore plus fort que moi ou ton grand-père."

Surpris par cet aveu, je relevai les yeux vers ceux de mon père. Dedans, je pus lire une profonde tendresse, chose que je n'avais pas remarqué chez lui.
"Grand-père a dormi pendant cent ans. C'est pour ça qu'il était moins doué qu'avant" lui répondis-je, ne sachant pas trop quoi dire.
Tout d'un coup mon père éclata de rire, chose encore plus rare.
"En effet, et ça lui a valu quelques surprises. Si tu savais le nombre de fois où il a voltigé à cause d'une batte de bokoblin ! Je le vois encore rougir en nous racontant ces histoires."

Il faut croire que le rire est contagieux, car nous étions tous les deux en train de nous tordre de rire. Je me rendis compte alors que j'ignorais encore beaucoup de choses de mon père. Moi qui ne l'avais jamais connu autrement que strict et autoritaire, je découvrais aujourd'hui une autre facette de lui. Il dut s'en rendre compte également, car il dit alors :

"Je me suis rendu compte que j'ai privilégié pendant des années mon rôle de soldat, au détriment de celui de père. J'espère que tu ne m'en veux pas. Quoiqu'il en soit, j'ai bien l'intention de rattraper ça durant tes moments de repos."
Je vis qu'il voulait en dire d'avantage, mais à ce moment un messager vint l'informer que le roi l'attendait. En soupirant, il se retourna vers moi :
"Je dois y aller et tu devrais faire pareil. Impa est très pointilleuse sur les horaires. J'essaierai de venir te voir à Cocorico. Prends bien soin de toi, mon fils."

C'est sur ces mots qu'il se mit en route pour rejoindre la Citadelle, me laissant avec mes pensées. Je venais de voir une autre version de mon père que je ne connaissais pas, et j'espérais ardemment la revoir un jour.
Pour la seconde fois en une semaine, je me sentais heureux.

"Tu es en avance, c'est bien ! Mais était-ce nécessaire d'amener de quoi équiper tout Cocorico ?" me lança Impa avec un sourire en coin.
Il fallait avouer qu'elle n'avait pas tort ; mon père m'avait donné suffisamment de vivres et de vêtements pour approvisionner toute la garnison du palais. Heureusement pour moi, mon cheval était capable de tout porter.

"Bon on va partir du coup. Mais avant, descends de ce cheval et prends toutes tes affaires !" me lança-t-elle.
J'avais bien entendu ? Elle ne comptait tout de même pas faire le trajet jusqu'à Cocorico à pied !
"Euh... Dame Impa ? Vous voulez que l'on aille à pied ?" demandai-je timidement, mais surtout inquiet.
Je devais vraiment avoir fait une tête bizarre, car je voyais qu'elle rigolait intérieurement.
"Ne t'inquiète pas, je ne suis pas dure à ce point."
Profond soulagement.
"TU vas marcher avec tes affaires et JE vais te suivre avec les chevaux !"
QUOI ?! C'était une blague là ?! Elle voulait me tuer ou quoi ? Devant ma mine ahurie, Impa ne parvint pas cette fois à se retenir de rire. Parvenant à reprendre son sérieux, elle acheva mes derniers espoirs.
"Tu as bien entendu Link. Alors tu prends tes affaires et tu marches. EXECUTION !"
Et pour prouver qu'elle ne plaisantait pas, elle se mit en route avec les deux chevaux. Ramassant mes affaires, je me mis péniblement en route derrière elle.
"Alors Link ? T'es déjà fatigué ? On n'a fait que dix mètres là !" se moqua-t-elle avec son sourire narquois.
Il ne manquait plus que ça ! Un entraîneur ironique et sadique ! Le voyage promettait d'être long et douloureux.

Chapitre 5 : Cocorico   up

J'ignorais où je me trouvais, mais je savais que si je ne bougeais pas rapidement, la créature allait me retrouver. Ravalant un cri de douleur en comprimant ma blessure au flanc, je me mis en route en essayant de retrouver mon chemin dans ce dédale de couloirs. Je sentais mes forces faiblir à chaque pas, mais je devais continuer coûte que coûte. Arrivant devant un trou béant, je lâchais un juron. C'est alors que j'entendis un sinistre cliquetis dans mon dos. IL m'avait retrouvé et IL comptait bien finir le travail commencé. Puisant dans mes dernières forces, je me retournai en cherchant mon épée, avant de me rappeler que je ne l'avais plus. Je n'avais plus d'issue pour LUI échapper et IL le savait. Au moment où une lueur sortit de son oeil, mes forces m'abandonnèrent et je tombai dans le trou.

Me réveillant brusquement inondé de sueur, je me mis à regarder autour de moi. Je me trouvais non pas dans un endroit sombre, mais dans mon sac de couchage. Un cauchemar, ce n'était qu'un simple cauchemar. Cherchant à reprendre mes esprits, j'entendis brusquement une voix dans mon dos :
"Dis donc Link ?! Tu te crois en vacances ?! Le soleil se lève, alors tu as cinq minutes pour t'équiper et me rejoindre à la zone d'entraînement ! Compris ?"
Ne connaissant que trop bien ce ton autoritaire et moqueur, je me retournai pour voir Impa déjà en tenue d'entraînement. Elle comptait donc me laisser aucun répit ? Nous étions arrivés à destination il n'y avait même pas quatre heures, et ce après deux jours de voyage quasi-ininterrompus. Elle ne dormait jamais ou quoi ? C'est alors que j'aperçus qu'elle tenait un seau vide dans ses mains. Non ? Elle n'avait quand même pas osé ?!!
"Si d'ici cinq secondes tu n'as toujours pas bougé, tu auras le droit à une deuxième douche !" menaça-t-elle.
Comprenant soudain que la transpiration n'était pas la responsable de mon état, et sachant qu'Impa n'hésiterait pas à mettre sa menace à exécution, je bondis hors de mon sac.
"A partir de demain, ce ne sera plus un seau d'eau, mais directement un bain dans le lac. C'est bien clair ?" jugea-t-elle utile de rajouter avant de quitter la pièce
Traduction, réveil à l'aube tous les jours. Ça promettait. Me séchant rapidement, je récupérai mes affaires avant de sortir à mon tour.

Etant arrivés pendant la nuit, je n'avais pas eu la possibilité d'observer l'endroit. Du coup, en me dirigeant vers la zone d'exercice, je pus découvrir plus en détails le village. Cocorico est un petit village pittoresque situé dans un canyon au pied de Lanelle. Construites en bois et avec un toit de paille, ses habitations semblent rustiques, mais sont résistantes et très confortables. Au centre du village, au-dessus d'un lac se trouve la demeure d'Impa, bien plus grande que les autres maisons. Juste en face d'elle se trouve une statue couverte de mousse représentant la déesse Hylia, la divinité protectrice du royaume. Un peu partout dans le village, on peut apercevoir des guirlandes de bambous séchés tendues au-dessus du sentier. Enfin, de magnifiques pruniers pouvaient être aperçus un peu à l'écart dans un champ. Réputé pour ses citrouilles, ses carottes et surtout ses cocottes, il est aussi connu comme étant le village natal des Sheikahs, peuple présent depuis des millénaires en Hyrule et au service de la famille royale.

En arrivant à la zone d'entraînement située dans les bois au-dessus du village, je m'aperçus qu'il ne s'agissait en fait que d'une simple clairière éclairée et avec un ou deux mannequins de bois. Je n'eus cependant pas le temps de m'appesantir dessus, Impa semblant décidée à me faire bénéficier d'un entraînement de choc.
"Voilà le planning des prochains jours : petit échauffement suivi d'une séance de combat, avant de terminer par du tir. C'est parti !"
Petite précision : quand Impa vous dit "petit échauffement", cela veut dire une séance de musculation avec trois cents pompes, suivie de deux heures de courses dans les bois et les collines. Autrement dit, quand les combats commencèrent, j'étais déjà épuisé. Cependant, je voulais à tout prix montrer à Impa qu'elle avait eu raison en acceptant de m'entraîner. Malheureusement, ces duels face à elle se révélèrent aussi désastreux et ridicules que le premier, Impa parvenant à me désarmer et à me vaincre avec une célérité déconcertante. Heureusement, la session de tir se déroula mieux. Contrairement à l'épée, je maîtrisais l'arc sans difficultés, ce que je pus prouver à Impa en frappant à chaque fois le centre de la cible.
"Pas trop mal. Tu sais utiliser un arc, c'est déjà ça. On arrivera peut-être à faire quelque chose de toi," me lança-t-elle à la fin de la journée.
Ce compliment d'Impa, bien que léger, me soulagea énormément, car il me montrait que j'avais fait le bon choix. Bien que je sois toujours aussi lamentable avec une épée, je n'avais plus cette sensation de poids sur les épaules. En fait, je ne m'étais jamais senti aussi léger depuis des années.

Après avoir pris congé d'Impa, je décidai de continuer à m'entraîner devant la statue. Malheureusement, concentré sur mes mouvements d'épée, je n'avais pas remarqué la cocotte qui s'approchait dangereusement de moi, et ce fut l'accident. L'apercevant au dernier moment, ma lame trancha les plumes à l'extrémité de sa queue dans un mouvement fluide. Dire qu'une cocotte est rancunière ne serait pas assez fort pour décrire ce qui s'est passé ensuite. Triplant de volume, ses yeux me lancèrent un regard noir, montrant clairement une envie de vengeance. Soudain, elle se jeta sur moi en appelant ses congénères à la rescousse. Pour vous donner une idée de la scène, imaginez-moi en train de courir comme un fou dans le village, tout en étant poursuivi par un nuage de cocottes enragées.
Après une folle course-poursuite, je parvins finalement à leur échapper après avoir plongé dans le lac du village. Décidément, c'était le jour des bains forcés. Inspectant prudemment les alentours, je récupérai vite fait mes affaires, avant de rentrer en quatrième vitesse, le tout sous le cri moqueur de la cocotte.

En me couchant le soir, épuisé et griffé de partout, je ne pus m'empêcher de me remémorer ce que m'avait dit mon père avant le départ, comme quoi il était en réalité fier de moi. Ces mots m'avaient bien plus touché que je ne l'avais imaginé. Non seulement je sentais mon fardeau beaucoup plus léger, mais en plus ils m'avaient rendu l'envie et la volonté de me dépasser. Motivé comme jamais, je m'endormis en ayant bien l'intention de montrer à Impa et aux autres qu'ils avaient eu raison de croire en moi.

Chapitre 6 : A bout de forces...   up

Cela faisait maintenant deux semaines que j'avais commencé l'entraînement avec Dame Impa. Deux semaines durant lesquelles elle ne me laissa aucun répit. Ces entraînements n'avaient absolument rien à voir avec ceux que j'effectuais jusqu'à présent. Les jours se succédaient et suivaient inlassablement la même routine : échauffement puis combat, avant de terminer par du tir et de l'endurance. Je me couchais chaque soir un peu plus fatigué, mais hors de question de paraître faible. Le but d'Impa était clair : m'endurcir et me remettre à un niveau acceptable le plus rapidement possible, quitte à m'épuiser chaque jour. Cependant, au milieu du quinzième jour de formation, mon corps craqua...

"Allez on reprend ! Tu dois esquiver mon attaque et profiter de la brèche dans ma garde pour contre-attaquer !"

Cela faisait la dixième fois qu'Impa me redemandait de refaire cette botte. Il faut dire que les essais précédents n'avaient pas été glorieux. A chaque fois je finissais désarmé ou virtuellement embroché par son arme. A cause de l'échauffement, j'étais déjà éreinté, et ce n'était même pas le milieu de la journée. Ramassant l'épée en bois, je me remis en position face à Impa. J'étais en sueur et je sentais mon coeur battre à tout rompre. Pour ne pas arranger les choses, j'avais des courbatures et des bleus partout sur mon corps, ainsi qu'une migraine de plus en plus forte depuis hier. Je n'avais plus qu'une idée en tête, réussir cette maudite botte pour pouvoir souffler deux minutes après. A ce moment, Impa effectua son attaque préférée, c'est-à-dire se jeter sur moi sabre en avant. Jusqu'à présent, j'avais essayé de reculer ou de me déporter vers la droite pour éviter la lame ; aussi décidai-je de tenter une autre manoeuvre. Rassemblant mon énergie, j'attendis que son arme arrive. Juste avant qu'elle ne m'atteigne au niveau de ma tête, je fis un énorme bond vers la gauche. Impa étant droitière, c'était le seul endroit où elle ne pourrait pas me contrer facilement. Mais au moment où mon arme s'apprêtait à frapper son flanc, une intense douleur traversa mon corps. Lâchant un gémissement, je sombrai dans l'inconscience.

Je ne saurai dire combien de temps s'était écoulé, mais en me réveillant, je vis que je me trouvais non pas par terre sur le terrain d'exercices, mais dans un lit confortable. J'essayais de reprendre mes esprits et pour déterminer où je me situais lorsque la porte s'ouvrit sur Dame Impa. Contrairement à son habitude, elle semblait très inquiète.

"Ah tu t'es réveillé. Ne bouge pas, me dit-elle en me posant un linge humide sur ma tête.
- Comb... combien de temps ? bredouillais-je.
- Tu es resté inconscient près de neuf heures. Comment te sens-tu ?"
En temps normal je lui aurais dit que j'allais bien, mais son regard me montra qu'il fallait mieux que je lui dise la vérité.
"J'ai l'impression que ma tête va exploser et j'ai mal dans tout le corps, lui répondis-je en baissant la tête, honteux.

Je voulais prouver à Impa qu'elle avait eu raison de croire en moi, mais au final je n'avais réussi une fois de plus qu'à lui prouver que j'étais une perte de temps. Je ne me faisais plus d'illusions ; dès mon rétablissement, elle allait me renvoyer chez moi définitivement et annoncer mon échec au roi. Devinant cependant mes pensées, elle me rassura, à sa manière :

"Si tu crois qu'une fois rétabli tu vas te tourner les pouces chez ton père, tu rêves. On a un entraînement à finir.
Malgré la situation, je parvins à esquisser un sourire.
"Cependant, promets-moi une chose. Ne me mens plus jamais sur ton état ! Tu étais littéralement à bout ! Le but de cet entraînement intensif était de mesurer ton endurance, pas celui de te former rapidement. Ta formation ne doit pas prendre le dessus sur ta vie !"
Bon sang elle avait raison. J'étais tellement obnubilé par l'envie de faire mes preuves que j'avais négligé les nombreux signaux d'alarme de mon corps, quitte à tomber d'épuisement. Ce qui était le cas d'ailleurs.
"Je suis navré de vous avoir fait peur, Dame Impa. J'aurais dû mieux comprendre le but de cet exercice. Pardonnez-moi.
- Au moins maintenant tu feras peut-être plus attention. Reste te reposer dans ce lit ce soir. Demain, on prendra la journée pour aller se promener un peu dans la région. Tu mérites amplement de te détendre après les derniers évènements."
Juste avant de sortir, Impa se retourna :
"J'ai déjà entraîné plusieurs soldats, mais jamais aucun n'avait tenu aussi longtemps face à cet entraînement extrême. Tu as vraiment montré une endurance exceptionnelle Link, et j'en suis plus que surprise. Tu peux en être fier."

Bien que seul et fatigué, je sentis le besoin de mettre de l'ordre dans mes pensées. Bon sang Link, qu'est-ce qui t'avait pris ? Jamais auparavant tu ne t'étais mis en danger lors de tes exercices, alors pourquoi avais-tu fait ça ? Le pire dans tout ça, c'est que je connaissais parfaitement la réponse, mais que j'avais essayé de l'enfouir au plus profond de moi. La vérité, c'est que j'avais peur. Peur de ne pas être à la hauteur à nouveau. Peur de décevoir encore mon père. Et surtout peur de ne jamais arriver à poursuivre l'oeuvre de ma famille. Toutes ces peurs m'avaient forgé une carapace me rendant insensible à la moindre douleur, et m'avaient poussé à tout donner, quitte à mourir. Et cela bien faillit être le cas. Mon plus grand défi n'était pas de devenir chevalier, mais de faire face à moi-même. Si je voulais continuer ma formation, il fallait alors impérativement que je parvienne à contrôler mes émotions. Ne pas y parvenir signifiait mettre les autres ou moi-même à nouveau en danger. Malgré ce triste constat, j'avais au moins réussi à impressionner Impa et ça, c'était une victoire. Cela signifiait peut-être que je n'étais pas aussi incompétent que je le redoutais finalement... C'est sur cette dernière pensée rassurante que je parvins enfin à trouver le sommeil, le coeur bien plus léger.

Chapitre 7 : Embuscade !   up

Cela faisait plusieurs heures que j'errais dans ce maudit labyrinthe en n'ayant aucune idée de ce que je devais trouver. Tout ce que je savais, c'est que je devais éviter à tout prix d'être repéré si je souhaitais m'en sortir vivant. Comment le savais-je ? Aucune idée. La seule chose dont je me rappelais, c'est qu'il existait au coeur de cet endroit un objet capable de vaincre les émissaires les plus puissants du mal. En arrivant à une énième intersection, j'entendis un bruit venant de ma droite. Bon sang, pas moyen de me cacher. Ma seule chance était qu'il passe sans se tourner vers moi ; autrement dit c'était du quitte ou double. Tout d'un coup, je me rendis compte que le bruit avait cessé. Ce n'est pas vrai, où était-il ? Avait-il fait demi-tour ou, plus probable, m'avait-il repéré et me tendait un piège ? Perplexe, je réfléchissais à la stratégie à adopter, lorsque j'entendis un sifflement derrière moi. Par instinct de survie, je fis un bond de côté, mais trop tard. Je sentis une vive douleur au niveau de mon flanc droit. Lâchant mon arme afin de comprimer la plaie, je vis une flèche profondément enfoncée dans ma tunique. Sans prendre le temps de regarder la créature qui m'avait attaqué par surprise, je me mis à courir le plus rapidement possible, talonné par un impitoyable bruit de cliquetis...

Etouffant un cri de terreur, je me relevai brusquement sur le lit. Encore ce cauchemar ; cela faisait la seconde fois depuis mon arrivée à Cocorico. Qu'est-ce que cela signifiait ? Regardant par la fenêtre, je vis alors que le soleil était déjà haut dans le ciel. Mince ! Impa devait certainement être en train de m'attendre aux écuries. Me levant d'un bond, je me dépêchai de me préparer et de rejoindre en quatrième vitesse Impa. En effet, celle-ci m'attendait bien depuis un moment aux écuries, mais curieusement, elle ne semblait pas en colère après moi.

"J'ai vu que tu dormais encore lorsque je suis sortie. Au vu des évènements d'hier, j'ai préféré te laisser te reposer pour que tu puisses récupérer tes forces. Vu comment tu es sorti, je suppose que tu n'as pas encore déjeuné n'est-ce pas ?"
Je lui aurais bien répondu que ce n'était pas grave, mais mon estomac ne fut malheureusement pas du même avis.
"Je m'en doutais, lâcha-t-elle avec un sourire en me voyant rougir de honte. On va aller patrouiller un peu autour du village avant de manger au relais des Monts Géminés. Prends cette pomme en attendant."
Je rattrapai la pomme et mordis dedans. Qu'est-ce que les pommes d'Hyrule étaient délicieuses ! Juteuses et croquantes à la fois, elles vous requinquaient n'importe quelle personne.
"Bon ben je pars devant. Tu me rejoindras, si tu y parviens !" me lança Impa moqueuse avant de partir au galop.
Etait-ce un défi ? Eh bien soit ! Bondissant sur mon cheval, je me lançai à la poursuite de la cavalière, bien décidé à la rattraper.

Le soleil commençait à décliner lorsque nous décidâmes de rentrer. Après plusieurs semaines d'entraînement, cette journée avait été une bénédiction. Après une folle course dans la plaine d'Elimith et un repas plus que copieux au Relais des Monts Géminés, Impa avait profité de ce moment de détente à cheval pour me raconter plus en détails la vie au village Cocorico. En plus de ses fameux poulaillers, on y trouvait les fermes de carottes et de citrouilles. J'y appris également en rigolant que les propriétaires des deux exploitations passaient d'ailleurs leur temps à se disputer, même si on en ignorait la raison. Apparemment l'origine de cette rivalité remonterait à l'époque du Grand Fléau. J'étais en train d'imaginer avec un sourire la réaction de mon grand-père lorsqu'il avait dû rencontrer leurs ancêtres, lorsqu'une flèche vint frapper en pleine tête mon cheval. Celui-ci se cabra brusquement avant de s'effondrer, me projetant au sol.

"Embuscade !" cria Impa.

A moitié assommé, je parvins péniblement à me relever, juste à temps pour voir une vingtaine de bokoblins foncer vers nous. Esquivant de justesse un monstre, je sortis mon épée et la planta dans son flanc. A ce moment-là, je vis au milieu des bokoblins un monstre plus imposant. Saintes Déesses, un moblin noir. De toutes les créatures restantes en Hyrule, ce sont les plus dangereuses, et celui-ci, équipé d'une épée de soldat et de nombreuses cicatrices, devait certainement avoir une bonne expérience de combat derrière lui. Parvenant à trancher un autre monstre, je vis que les bokoblins m'évitaient, tandis que le moblin s'avançait vers moi. Génial, apparemment c'est moi qu'il voulait. Et dire que cette journée se passait si bien.

"Eh l'affreux ! Tu es en train de gâcher ma journée de repos ! Alors tu récupères tes petits copains et tu pars vite avant que je m'énerve !"
Était-ce intelligent ? Absolument pas, car à peine avais-je dit ces mots qu'il se mit à rugir de colère avant de me lancer un regard assassin. Le message était clair, ce serait un duel à mort.

Le moblin se lança brusquement sur moi, bien décidé à m'embrocher. Levant ma lame afin de parer, je sentis une violente douleur tout le long de mon bras lorsque les épées se rencontrèrent. Bon sang, il était bien plus fort que je le pensais. Parvenant avec peine à dévier sa lame, je reculai afin d'avoir une meilleure vue de la situation. Six bokoblins m'entouraient afin de m'empêcher toute retraite face à leur chef, tandis que les autres se battaient avec Dame Impa. Elle maniait ses armes avec une rapidité et une agilité incroyable, profitant de la moindre brèche pour frapper ses ennemis mortellement, comme le montraient les nombreux corps autour d'elle. Quant à mon adversaire, il semblait déterminer à avoir ma peau. Ses attaques étaient puissantes, et j'avais de plus en plus de difficultés à les éviter. Esquivant une énième attaque, je ne vis pas le moblin lancer un regard au monstre derrière moi. Je me remettais en garde lorsqu'une violente douleur à la jambe droite me fit tomber en grimaçant à genoux. Un bokoblin, par traîtrise, venait de planter profondément sa lance dans ma cuisse.

Heureux de son coup, le moblin s'approchait lentement de moi, un sourire cruel et sadique sur son visage. Il semblait sûr de sa victoire et voulait prendre son temps pour m'achever. Malgré la douleur, je voulus me relever, mais son acolyte derrière moi me planta à nouveau son arme, cette fois dans l'épaule gauche. Ayant enfin réussi à se débarrasser de son dernier adversaire, Impa s'aperçut de ma situation et essaya de m'aider. Malheureusement, les dernières créatures étaient décidées à l'empêcher d'avancer et semblaient plus intelligents que leurs congénères, évitant les dangereuses lames qu'elle maniait.

"Link !"

Cela ne pouvait se terminer comme ça, et pourtant... Était-ce donc la sentence que les Déesses me réservaient face à mon échec ? Devais-je finir de cette manière, après avoir une nouvelle fois fait montre de mon incapacité à accomplir mon devoir ? Mon destin était-il de ne pas réussir ce à quoi on m'avait destiné ? Las et démoralisé, je sentais le désespoir m'envahir. N'ayant plus la volonté de me battre, je n'espérais plus qu'une chose, qu'Impa puisse s'échapper de cette embuscade afin d'annoncer la nouvelle à mon père.

"Grand-père, désolé d'avoir trahi ta confiance", me mis-je à penser en attendant le coup qui mettrait un terme à ma pitoyable existence. Mais au moment où le moblin leva son arme pour le coup fatidique, un souvenir que j'avais enfoui au plus profond de ma mémoire refit surface...

Chapitre 8 : N'abandonne jamais   up

"Regarde grand-père, une de ces fleurs que tu aimes tant."

C'était un magnifique soleil qui s'étendait sur Hyrule aujourd'hui. Pour mon cinquième anniversaire, Grand-père avait décidé de m'emmener promener dans la région de Tabantha. Cette journée passée avec lui à cheval était tout simplement formidable. C'était le premier jour qu'il passait avec moi après plusieurs mois d'absence. Avant de repartir, nous étions en train de longer les falaises lorsque je vis une splendide fleur sur une corniche au-dessus du canyon : une princesse de la sérénité. Je savais que mon grand-père adorait ces fleurs, aussi commençai-je à m'approcher d'elle, sans voir que l'endroit où elle se situait paraissait bien fragile.

" Fais attention Link, les parois sont assez instables ici, me lança-t-il.
- Ne t'inquiète pas, grand-père, je fais attention."
J'approchai de la fleur pour la cueillir lorsqu'arriva le drame. Sous mon poids, la corniche s'effondra, m'entraînant dans le vide.
"LINK !!!" cria mon grand-père en se précipitant au bord.
Par chance, je parvins à m'accrocher in extremis à une branche cinq mètres plus bas, mais celle-ci menaçait de rompre à tout moment.
"Link ! Tu vas bien ?!
- Grand-père, à l'aide ! répondis-je terrorisé.
- Ne t'en fais pas ! Fais ce que je te dis et tout va bien se passer ! Accroche-toi à la paroi !
- Je ne peux pas ! J'ai peur !
- REGARDE-MOI !" hurla-t-il soudainement.

Paralysé par la peur, je parvins cependant à relever la tête vers lui.
"Je refuse que tu abandonnes, c'est clair ?!! Tu vas t'accrocher à cette paroi et tu vas la grimper pour que je puisse te tirer de là ! Je ne peux rien faire si tu restes agrippé à la branche ! Je sais que tu as peur, c'est normal. Mais tu peux y arriver et tu vas y arriver ! Alors courage !"
Malgré ma frayeur, je parvins difficilement à agripper d'abord une main puis l'autre à la paroi, avant de trouver un support pour mes jambes.
"C'est bien Link ! Continue comme ça ! Je suis juste au-dessus !"
La gorge nouée, je commençai lentement mon ascension, aidé par Grand-père qui m'indiquait les prises les plus solides.
"Tu y es presque ! Un dernier effort, je peux presque t'atteindre !"

Au bout de ce qui sembla être une éternité, je parvins enfin à son niveau. Il m'attrapa aussitôt par les bras et me sortit du ravin. Pétrifié de peur et tremblant de tous mes membres, j'étais incapable de le lâcher.

"Grand-père, je ne voulais pas... bredouillai-je.
- C'est fini Link, c'est fini. Je t'avais dit que c'était dangereux de s'aventurer au bord.
- Je voulais juste te cueillir une fleur, pardonne-moi.
- Ça ne fait rien, l'essentiel c'est que tu sois vivant et entier. Tu as été très courageux, Link. Sache que même lorsque tu te retrouves dans une situation dangereuse, il y a toujours moyen de s'en sortir, du moment que tu gardes ton sang-froid. Promets-moi que quoi qu'il se passe, tu ne laisseras jamais tomber. N'abandonne jamais !"
Accroché de toutes mes forces à mon grand-père, je lui répondis les larmes aux yeux :
"Je te le promets, grand-père !"

"N'abandonne jamais !" Ces mots se mirent à résonner dans ma tête, alors que le moblin s'approchait de moi. Depuis cette chute, je n'avais jamais reculé face à un obstacle. Même mes échecs à répétition lors des entraînements n'étaient pas parvenus à m'arrêter. J'avais fait une promesse à mon grand-père, et il n'était pas question que je la brise aujourd'hui. Ignorant la douleur à mon épaule gauche, je ramassai mon épée et transperçai le bokoblin qui m'avait planté sa lance auparavant. Traversé d'une énergie nouvelle, je pris la hampe de la lance et tirai d'un coup sec pour la retirer. Je signais sans doute mon arrêt de mort par ce geste, mais il n'était plus question de flancher. Au moment où le moblin leva son épée pour me transpercer le coeur, je brandis la lance devant moi en fermant les yeux...

Ainsi c'était donc ça la mort, le vide absolu, sans rien d'autre qu'une immense étendue noire à perte de vue. Mais dans ce cas, pourquoi sentais-je des gouttes me tomber dessus ? Ouvrant un oeil, je vis que j'étais encore vivant. Comment était-ce possible ? Lorsqu'une autre goutte tomba sur moi, je compris alors. Le moblin s'était littéralement empalé sur ma lance, inondant mon corps avec son sang. De dégoût, je lâchai l'arme et le monstre s'effondra à mes pieds. Démoralisés par la mort de leur chef, les rares survivants abandonnèrent le combat et s'enfuirent sans demander leur reste. Epuisée mais entière, Impa se précipita aussitôt vers moi.

"Par les Saintes Déesses ! Tu as survécu ! Montre-moi tes blessures."
Je souhaitais lui dire que ça allait, mais l'adrénaline que j'avais ressentie juste avant s'était dissipée, remplacée par la douleur et une horrible sensation de froid. Chose curieuse, la douleur n'était pas aussi violente qu'avant. Elle semblait être de plus en plus lointaine, tout comme la voix d'Impa.

"Ne meurs pas maintenant tu m'entends ? Je te l'interdis ! Je vais te ramener à Cocorico, je connais une personne qui peut te soigner !"
Son visage me semblait si loin, et j'étais fatigué, très fatigué. Tout ce que je souhaitais, c'était fermer les yeux et m'endormir. Juste avant de sombrer dans l'inconscience, j'entendis Impa murmurer :
"N'abandonne pas."

Chapitre 9 : Le chemin de la vie   up

La première chose que je vis lorsque j'ouvris les yeux, ce fut une immense salle obscure. Elle était si sombre qu'il m'était impossible de voir ne serait-ce que mes jambes. Que devais-je faire ? Rester ici et attendre de voir si quelque chose allait se passer, ou essayer de trouver un indice au milieu de cette obscurité ? La prudence me conseillait de rester où j'étais, mais quelque chose au fond de moi me disait que je devais avancer. Me relevant prudemment, je commençais alors à m'enfoncer dans les ténèbres, essayant en même temps de voir où je posais mes pieds afin de ne pas tomber. Cela faisait quinze bonnes minutes que je marchais sans aucune visibilité lorsque deux torches s'allumèrent devant moi. Chose curieuse, les flammes étaient bleues. D'abord aveuglé, je pus voir au bout de quelques minutes deux portes strictement identiques. Qu'est-ce que cela signifiait ? Apparemment, j'étais face à un choix, mais lequel ? Comme si on avait deviné mes pensées, une voix s'éleva de nulle part :

"Entre la vie et la mort erre ton âme,
Et un des chemins il faut que ton voyage tu entames
Soit sûr de ton choix,
Avant d'y engager ta foi
Si de la lumière tu suis la voie,
Alors une nouvelle vie s'éveillera en toi
Si dans les ténèbres tu t'avances,
De revenir tu n'auras aucune chance
Bien que seul dans l'obscurité tu sois,
A ton coeur il faut que tu croies"

A ces mots je sentis mon coeur se serrer. Mon état était donc si grave pour que je sois littéralement aux portes de la mort ? Ce n'était cependant pas le moment de s'apitoyer sur mon sort. J'avais un choix à faire et il fallait absolument que celui-ci soit le bon. Comme l'avait dit la voix, je ne pourrai pas revenir en arrière une fois engagé. Afin d'obtenir un éventuel indice, je me mis à étudier attentivement chacune des deux portes. Malheureusement, elles étaient strictement identiques, et rien n'indiquait ce à quoi elles correspondaient.

Au bout d'une heure de recherche, je dus me rendre à l'évidence. Il n'y avait aucun moyen de savoir ce qu'il y avait derrière chaque porte. Le choix ne serait rien d'autre que du hasard. Or, ce dernier ne m'avait pas vraiment servi jusqu'à maintenant hélas. Désespéré, je m'assis au sol en me lamentant. Comment pouvais-je faire un choix qui risquait de me tuer ? Relevant tristement la tête, je jaugeai les deux chemins avant de m'attarder sur celui de droite. J'ignorais pourquoi, mais cette sortie attirait bien plus mon regard que celle de gauche. Etait-ce un signe ? Je n'eus même pas le temps de répondre à cette question que déjà je me retrouvai devant cette porte, la main sur la poignée. Je ne pouvais dire pourquoi, mais je me sentais attiré par cette voie. Je voulais la lâcher et reculer un peu, mais je me vis au contraire commencer à pousser la porte. Je sentis instantanément la peur m'envahir. C'était comme si mon propre corps refusait de m'obéir et agissait de son propre chef. Mais que m'arrivait-il à la fin ? J'étais prisonnier d'un corps que je ne contrôlais pas, et je voyais avec terreur ma main pousser de plus en plus cette porte qui ne me disait plus rien qui vaille.

Je m'apprêtais à poser un pied sur ce chemin lorsque j'entendis un murmure résonner dans la salle. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce simple écho me permit de retrouver instantanément le contrôle de mes membres. Je refermai alors violemment la porte et me mis à reculer. J'ignore ce qui s'était passé, mais toujours est-il que je me retrouvais dans la même situation qu'auparavant ; j'avais toujours deux chemins possibles, et aucune idée sur lequel aller. C'est alors qu'un nouvel écho retentit dans la salle. Bien que toujours incompréhensible, j'eus la sensation qu'il provenait de la porte de gauche. Je ne voyais pas en quoi cette voix allait m'aider, lorsque les mots de l'énigme me revinrent en mémoire. Ils m'avaient dit de suivre la voix. Or, je n'en avais entendu aucune venant de droite. Il n'était cependant plus temps de réfléchir. J'ignorais depuis combien de temps j'étais resté devant ce dilemme, mais il fallait que je prenne maintenant une décision. Avec un long soupir, j'ouvris lentement la porte de gauche et fis un pas à l'intérieur. Aussitôt, j'entendis un grand bruit derrière l'autre porte ; elle venait de se condamner définitivement. Je n'avais donc plus le choix. En espérant avoir pris la bonne décision, je m'aventurai dans l'obscurité.

La porte avait disparu dans les ténèbres, et rien ne m'indiquait un quelconque changement. Seule la voix me permettait de me guider au coeur de cette obscurité. Mais plus j'avançais, plus j'avais la sensation d'avoir fait une terrible erreur. Etait-ce donc ça la mort ? Errer sans but dans les ténèbres pour l'éternité ? C'est alors que je vis au loin un très léger point lumineux. Etait-ce enfin le bout du chemin ? Allais-je enfin savoir ce qui m'attendait ? Décidé à en finir avec cette épreuve, je me mis à courir en direction de cette lumière. Cette dernière grandissait de plus en plus, et la voix se faisait de plus en plus audible. Au moment où la lumière m'envahit, j'entendis une dernière fois la voix, cette fois-ci de façon parfaitement audible. Du début à la fin, elle n'avait fait en réalité que répéter un seul et unique mot :
"Link".

Chapitre 10 : La Triforce   up

Je vis tout d'abord une lumière aveuglante, puis deux cercles bleus au milieu d'une sorte de tâche beige foncé. Je sentais également quelque chose de doux posé sur moi. Qu'était-ce donc et où étais-je ? Un cri résonna alors autour de moi.

"Allez chercher le docteur à nouveau ! Vite ! Il s'est réveillé ! Et appelez un messager !"
Cette voix, je la reconnaîtrais entre mille, surtout après l'avoir entendue pendant des semaines. Difficilement, je parvins à articuler :
"Im... Impa ?
- Reste calme, ne bouge pas. Tout va bien maintenant."

Au bout de quelques minutes, je commençais enfin à reprendre mes esprits et à retrouver mes sens. Ce que j'avais vu était en fait le visage d'Impa, quant au reste, il s'agissait tout simplement du lit dans lequel on m'avait installé.

"On peut dire que tu reviens de très loin. Tout le monde avait perdu espoir de te voir guérir. Je suis heureuse de m'être pour une fois trompée.
- Que... que s'est-il passé ?... La dernière chose dont je me souviens, c'était le duel contre le moblin... et puis plus rien après.
- Après ton duel, les derniers monstres se sont enfuis. Lorsque j'ai enfin pu te porter assistance, tu avais déjà quasiment sombré dans le coma. Je t'ai ramené le plus vite possible au village où on a essayé de te soigner, mais tu avais perdu trop de sang..."
Que voulait-elle dire par "on a essayé" ? Que me cachait-elle ?
"Dis-moi la vérité Impa. Que s'est-il réellement passé ? En me réveillant, j'ai eu l'impression que tu venais de voir un fantôme vu ton visage.
- C'est le cas... Link, ton.... ton coeur avait cessé de battre depuis une heure. Tu étais mort !"

Une heure ?!! Jamais personne n'était parvenu à revenir à la vie, qui plus est après une heure sans signes vitaux ! Comment était-ce possible ? C'est alors que je vis le visage serré d'Impa.
"Mais tu as une idée de la raison n'est-ce pas ? Dis-le-moi ! Pourquoi suis-je encore en vie ?"

Pour toute réponse, elle me montra ma main gauche. A ma grande stupéfaction, je vis apparaître sur ma main gauche un symbole que je ne pensais jamais avoir un jour : un grand triangle composé de trois petits. L'un de ces triangles luisait d'une douce lumière ; la Triforce du Courage me reconnaissait comme son porteur.

"Mais... mais... ? Mais comment ? Comment est-ce possible ? bredouillai-je. Jamais la Triforce du Courage ne s'était manifestée chez moi. C'était mon père qui la possédait jusqu'à maintenant. Cela voulait-il dire que...
- Elle est apparue juste avant que tu ne te réveilles. Je pense que c'est grâce à elle que tu es encore parmi nous aujourd'hui."
C'est à ce moment qu'un Sheikah arriva sur le pas de la porte.
"Vous m'avez demandé Dame Impa ?
- En effet. Je souhaiterais que vous vous rendiez sur-le-champ au château pour informer Sa Majesté, ainsi que le père de ce jeune homme. Il doit être mort d'inquiétude depuis son départ d'hier."
Juste après le départ du messager, je pus enfin lui poser la question qui me rongeait depuis mon réveil.
"Comment va mon père ?
- Ton père était effondré. Dès que la nouvelle est parvenue à la citadelle, il s'est précipité à ton chevet et ne l'a pas quitté jusqu'à ce qu'on le force à retourner chez lui se reposer un peu.
- Comment ça ? Je suis resté inconscient combien de temps ?"
Impa soupira longuement. Je sentais que la réponse risquait de ne pas me plaire.
"Un mois. Tu es resté dans le coma un mois entier.
- Un mois ?!!
- Nous désespérions de te voir dans cet état. Beaucoup d'entre nous pensions que tu ne te réveillerais jamais. Mais grâce soit rendue aux déesses, elles ont décidé de te laisser vivre."

J'ignorais pourquoi, mais imaginer que j'étais encore en vie grâce aux déesses ne m'enchantait guère. Lorsque les déesses intervenaient, c'était rarement bon signe. Quelle catastrophe guettait donc ce royaume ?

"Oh j'allais oublier, Link. Ton père m'a chargé de te donner ceci. De la part du roi, annonça-t-elle en me donnant un parchemin cacheté.

Qu'est-ce qui pouvait être suffisamment important pour que je reçoive une missive de Sa Majesté en personne ? Etait-ce pour annoncer son refus de poursuivre mon apprentissage après le fiasco de l'embuscade ? Les mains tremblantes à l'idée de devoir tout abandonner, j'ouvris la missive. Mais plus je parcourais le document, plus ma surprise augmentait. A la fin de la lettre, je ne pus m'empêcher de demander :

"Est-ce... est-ce vrai ? Je ne rêve pas ?"
Je devais tirer une drôle de tête car Impa étouffa un rire.
"Non tu ne rêves pas, Link. Après discussion avec le roi et ton père, nous avions convenu de te nommer officiellement chevalier au bout de deux mois. Je comptais t'en parler le jour de notre ballade, mais les évènements qui ont suivi m'en ont empêché. Tu as réussi un exploit tu sais ? Personne n'avait jamais réussi auparavant à tuer seul un moblin de cette taille et de cette puissance. Seul ton grand-père y était parvenu jusqu'à présent. Du coup, la situation a légèrement changé. Une fois que tu seras rétabli correctement, nous irons t'adouber au palais. Ton combat m'a montré que même si tu ne possèdes pas les compétences physiques de tes ancêtres, tu possèdes une grande force, et surtout une volonté de fer. Je suis heureuse d'avoir été ton instructeur Link, même si je regrette ce qui s'est passé. Je n'ai pas su faire suffisamment attention alors que c'était ma mission. Pardonne-moi."

C'est à ce moment que le médecin arriva, mettant fin à cet aveu inattendu d'Impa. Avant que j'aie eu le temps de lui répondre que non, ce n'était pas de sa faute mais de la mienne, elle s'en alla, non sans me souhaiter bon rétablissement. Pourquoi tout le monde se sentait coupable de ce qui m'arrivait ? J'étais pourtant le seul responsable... Je ne comprenais plus rien, aussi était-il temps que j'obtienne des réponses, et je savais où en trouver. Dès que je me sentirai mieux, j'irai voir mon père avant la cérémonie afin d'avoir avec lui une discussion que j'attends depuis longtemps.

Chapitre 11 : Rêves brisés   up

Une semaine s'était maintenant écoulée depuis mon réveil. Une semaine durant laquelle je ne pouvais rien faire d'autre qu'attendre l'accord d'Impa pour quitter enfin ce lit. Je savais que cette attente était nécessaire pour que je puisse retrouver suffisamment de forces, mais elle devenait insupportable. Cependant, je n'avais pas l'intention de rester sans rien faire. Contre l'avis du médecin, je passais chaque soir une bonne partie de la nuit à essayer de remarcher correctement. Par chance, Impa ne remarqua rien. Si elle me surprenait, elle aurait été capable de m'attacher au lit.

Finalement, le médecin estima que je pouvais désormais recommencer à bouger. Enfin une bonne nouvelle ! Cela voulait dire que j'allais pouvoir retourner à la citadelle sous peu. Dès que le praticien partit, je m'habillai en quatrième vitesse avant de récupérer mes armes, et partit discrètement vers le terrain d'exercice. Si la cérémonie devait avoir lieu bientôt, alors je devais vite me remettre à l'entraînement. Il était tout bonnement inenvisageable pour moi de me présenter devant la famille royale sans avoir retrouver un niveau convenable. Alors autant commencer dès maintenant.

En arrivant à la zone d'exercices, je fus surpris de voir Impa qui m'attendait, en compagnie d'un mystérieux voyageur, caché sous une cape de voyage. J'étais grillé. Et moi qui pensais avoir été suffisamment discret pour passer inaperçu.

"J'étais sûre que tu viendrais dès ton rétablissement Link. Après tout, cela fait une semaine que tu m'empêches de dormir le soir, n'est-ce pas ?"
Quel abruti j'étais ! Comment pouvais-je imaginer une seconde être capable de tromper un Sheikah, qui plus est Impa ?
Esquissant un sourire, elle se retourna vers l'énigmatique voyageur.
"Je vous avais dit que je vous trouverais quelqu'un de fiable pour vous aider Ma Dame. Eh bien ce jeune homme est de loin la personne la plus loyale et la plus déterminée que je connaisse. Je lui confierais ma vie sans hésiter.
- Je n'en doute pas en effet, Impa. Je perçois cependant une étrange aura autour de lui, bien qu'elle soit très faible. Cela aurait-il un rapport avec ce qui s'est passé au château ?
- Si vous voulez parler de la disparition de la Triforce du Courage, en effet. Il est devenu le nouveau porteur du fragment.
- Si ce que vous dites est vrai, alors il est bien la personne que je recherche pour cette mission. Vous savez cependant que..."

J'aurais pu laisser Impa et l'étrange voyageur, ou devrais-je dire "voyageuse" d'après sa voix, poursuivre leur conversation pendant longtemps, mais plus j'attendais, plus j'avais des questions, et je commençais à en avoir marre qu'elles fassent comme si je n'étais pas là.

"Excusez-moi, mais je suis juste en face de vous, vous savez ? J'ignore ce que vous avez prévu pour moi, mais vous pourriez peut-être me donner quelques détails, non ? J'ai l'impression d'être le seul à ne rien savoir."
Au vu de leurs têtes, elles avaient vraiment oublié que j'étais juste à côté, et elles le regrettaient. Impa semblait même abattue, or je ne l'avais jamais vue comme ça. Je sentais les ennuis approcher rapidement de moi.
"Désolé Link, j'aurais aimé t'en parler plus tôt, mais ton état ne le permettait pas. De plus, j'espérais trouver quelqu'un d'autre, mais les déesses en ont décidé autrement. Je vais laisser Son Altesse se présenter, puis nous t'expliquerons tout en détails une fois rentrés. Je sens qu'un orage ne va pas tarder."
Son Altesse ? Etait-elle en train de m'expliquer que l'étrange voyageuse...
"Bonjour Link. Je me présente, je suis la princesse Tetralyna Zelda. J'ai beaucoup de choses à vous raconter, et elles risquent malheureusement de ne pas vous plaire. Je souhaite juste que vous me laissiez terminer avant de nous juger Impa et moi."
En les suivant vers la maison, je ne pouvais m'empêcher de ressentir une profonde angoisse. Qu'allais-je découvrir ? Qu'attendait-on de moi ? Et surtout, que m'avait-on caché ?

La nuit était tombée depuis longtemps et une forte pluie s'abattait sur Cocorico. Assis dans la grande salle en compagnie d'Impa et de la princesse, j'essayais de rester calme pendant que je résumais ce que j'avais appris.

"Si j'ai bien tout compris, 'votre Majesté', vous avez fait en sorte que je sois pris en apprentissage par Impa malgré mes faibles compétences martiales, afin que je puisse plus tard vous servir dans une conspiration, tout en me gardant dans l'ignorance la plus totale. Est-ce que mon père était au courant au moins ?
- Si cela peut vous rassurer, seules Impa, moi et quelques personnes loyales étions dans la confidence. Votre père n'a été mis au courant qu'avant mon départ. Je sais ce que vous devez ressentir..."
Incapable de me retenir plus longtemps, j'explosais de colère :
"VOUS N'AVEZ AUCUNE IDEE DE CE QUE JE RESSENS ! Toute ma vie, je l'ai passée à essayer d'atteindre un objectif sans y parvenir, et au moment où je croyais que j'avais enfin réussi, j'apprends que non seulement cela avait été prévu, mais qu'en plus je n'ai été durant tout ce temps rien d'autre qu'une marionnette pour vous ! J'aurais préféré rester dans le coma plutôt que d'entendre ça ! Vous nous avez trompé mon père et moi ! Et comme si cela ne suffisait pas, vous m'avez fait miroiter un avenir que je ne pourrai jamais obtenir ! JE VOUS HAIS POUR CA ! ET PIRE ENCORE, JE ME HAIS POUR AVOIR ETE AUSSI STUPIDE DE CROIRE EN VOS ILLUSIONS !"

J'avais besoin d'être seul. Ignorant totalement les supplications de la princesse, je sortis de la maison et me mis à courir sans réfléchir où j'allais. Je sentais les larmes ruisseler sur mes joues. Tous ces efforts, toutes les décisions que j'avais prises, avaient été en réalité planifiés depuis longtemps. Ma vie entière n'était rien de plus qu'un énorme mensonge, et ni moi ni mon père n'en avions pris conscience avant le moment choisi. Trempé et épuisé par ma course folle, je finis par tomber au sol. Sans m'en rendre compte, je m'étais dirigé vers la zone d'exercices. Je me rappelais parfaitement les nombreux mouvements à l'épée, les échauffements interminables, les duels souvent perdus, mais surtout, je me souvenais que je n'avais jamais abandonné parce que je croyais en un futur aujourd'hui inexistant. Inexistant... ou pas.

Impa et la princesse avaient eu l'amabilité de me donner tous ces entraînements intenses. Et ils n'avaient pas servi à rien, au contraire : le roi acceptait enfin de me nommer chevalier. Et il était hors de question de laisser passer une telle occasion. C'était décidé, je ne participerai pas à cet odieux complot ! Que la princesse se trouve une autre marionnette ! Désormais, je serai le seul à décider de ma vie. Demain j'irai à la citadelle pour voir le roi. Demain je deviendrai chevalier.

Chapitre 12 : Une cérémonie d'adoubement...   up

J'ignorais où je me trouvais. Tout était flou dans ma tête. Tout ce dont je parvenais à me rappeler, c'était cet oeil bleu qui me visait, ma chute dans le gouffre, et puis ce lac souterrain qui me sauva miraculeusement en amortissant le choc. Allongé sur la rive, la moitié de mon corps encore dans l'eau, je mis au moins cinq bonnes minutes pour reprendre mes esprits, tant l'impact avait été violent. Epuisé mais déterminé à continuer pour sortir de ce pétrin, je me relevai péniblement. A chacun de mes mouvements, je sentais la douleur de mes blessures se réveiller petit à petit. Je savais que cela n'irait pas en s'améliorant, aussi fallait-il me dépêcher. Devant moi se trouvait un chemin constitué... de pierres ? Qu'y avait-il donc de caché au fond de cette caverne. Lentement, je m'enfonçais alors dans les profondeurs de la grotte. Au bout d'une longue marche, je restai figé tellement j'étais impressionné. Caché dans les entrailles de la terre se trouvait un magnifique temple. Bien que marqué par les âges, il était incroyablement bien conservé. D'immenses colonnades en marbre supportaient un splendide portique sur lequel était représenté la Triforce. Intrigué, je m'approchai de l'entrée.

"Messire Link ?"
C'était étrange, mais j'avais l'impression que ce temple m'appelait. J'étais presque arrivé aux portes lorsque la voix retentit dans ma tête.
"Messire Link ! Réveillez-vous !"

J'ouvris les yeux : aucune grotte ni temple en vue. Toujours ce rêve. Et le plus étrange, c'était que plus j'en apprenais, plus il me semblait à la fois familier et totalement inconnu. C'est alors que je vis le visage assez contrarié du Chambellan.

"Ah quand même ! Je tiens à vous informer, si cela vous intéresse toujours, que le Roi vous attendra dans la grande salle pour la cérémonie d'ici trente minutes ; aussi vous prierais-je de vous préparer en conséquence en choisissant un accoutrement plus... adapté ! Je repasserai dans une vingtaine de minutes pour vous accompagner."

La cérémonie... Bon sang je l'avais complètement oubliée avec ce qui s'était passé. Et le Chambellan avait qui plus est raison. Non seulement ma tenue était pleine de boue et n'avait toujours pas séché, mais j'étais moi-même dans un état pitoyable. Il faut dire que les évènements s'étaient enchaînés à toute vitesse. Tout en me dépêchant de faire un brin de toilette et de me préparer, j'essayais de faire le point sur ce qui était arrivé depuis hier soir.

***

J'étais resté de longues minutes agenouillé sous la pluie suite à ma course dans le village. Les révélations de la princesse et d'Impa m'avaient profondément atteint. J'étais face à un cruel choix : soit je trahissais le Roi en acceptant d'aider sa fille, soit je trahissais cette dernière en refusant de faire le boulot qu'elle avait imaginé pour moi. J'avais l'impression d'être pris en étau entre deux maux. Je finis par prendre une lourde décision. Contrairement à ce que pouvait répéter Son Altesse la princesse, je ne pouvais pas imaginer que le Roi soit si mauvais. C'était lui qui m'avait offert la possibilité de faire mes preuves, pas la princesse. C'était lui qui m'avait accordé sa confiance, pas la princesse. Et enfin c'était lui qui acceptait de me faire chevalier et non la princesse. Qu'Impa et elle se débrouillent.

J'avais fait mon choix et je refusais de rester à Cocorico plus que nécessaire, aussi je me dépêchai de me rendre aux écuries, avant de me rappeler que le mien n'avait pas survécu au dernier combat. Ravalant un juron, je n'eus alors pas d'autre choix que de partir à pied sous ce déluge, l'idée même de voler une monture m'étant inimaginable. Peut-être y aurait-il une monture à acheter au relais. Lorsque je fus enfin arrivé à l'étape, la pluie avait cessé et le soleil était déjà haut dans le ciel. Bien entendu, pas de chevaux à vendre. Mince ! Par chance cependant, un marchand accepta de me conduire à l'entrée de la citadelle. Enfin une bonne nouvelle. Alors qu'il allait préparer sa carriole, je vis au loin un cavalier arriver à toute vitesse. D'instinct, je me mis derrière la tente pour ne pas être repéré. Bien m'en pris car ce n'était autre qu'Impa, à ma recherche. A travers une fente, je vis qu'elle était très inquiète ; de plus elle semblait sur le point de tomber de cheval à tout moment. Elle avait dû passer toute la nuit et la matinée à me chercher. Cela me faisait mal au coeur de la voir dans cet état, mais je ne bougeai pas jusqu'à son départ. Je me dépêchai de rejoindre le marchand avant qu'elle n'ait l'idée de revenir. Après avoir remercié le marchand pour le trajet, je me mis immédiatement en route vers le château. Les rues de la citadelle étaient comme d'habitude toujours aussi animées. Une pointe de nostalgie s'empara de moi brièvement. J'avais passé de longues heures à me promener au milieu des nombreux étals, à explorer chaque allée. J'avais l'impression que c'était à une autre époque, une époque révolue. Aujourd'hui, c'était à peine si je prenais le temps de marcher tranquillement dans la grande avenue. J'avais décidément bien changé.

En arrivant au palais, je vis le Roi en pleine conversation avec le Chambellan. Ce dernier me vit et se dirigea vers moi avec son regard habituel. Mince ! Le Chambellan était ce qu'on pourrait appeler un pur sang-bleu, et considérait ma famille avec un dédain permanent, comme s'il s'estimait supérieur à nous, simples roturiers.

"Veuillez m'excuser 'Messire' Link, mais pourrais-je savoir ce que vous comptez venir faire au palais dans cet... accoutrement ?" me lança-t-il avec sa condescendance habituelle.
Décidément, tout allait de travers ces derniers temps. Etouffant mon envie de lui refaire son visage, je lui fis mon plus grand sourire :
"Grand Chambellan, vous tombez à point nommé. Voyez-vous, je venais voir Son Altesse pour lui annoncer que j'étais prêt pour la cérémonie d'adoubement, comme il l'avait annoncé dans sa missive. J'aurais été ravi de venir plus tôt, mais un malheureux accident en a décidé autrement. Mais je suis sûr que vous êtes au courant de tout ceci, n'est-ce pas ?"
A voir son air surpris, je ne pus m'empêcher de jubiler intérieurement, avant d'enfoncer le clou :
"Comment vous n'êtes pas au courant ? Veuillez me pardonner je pensais que vous le saviez. Voyez-vous, Sa Majesté a envoyé durant ma convalescence un document dans lequel il me considère apte à devenir officiellement chevalier d'Hyrule. C'est pourquoi dès mon rétablissement je suis venu à la citadelle. Serait-il par conséquent possible d'annoncer au Roi que je suis venu officialiser cet évènement, je vous prie ?"
Ah qu'est-ce que ça faisait du bien ! Il reprit cependant vite ses esprits.
"Ah oui veuillez me pardonner, j'avais oublié cet évènement. A cause des nombreuses missives qui transitent par moi, j'avais oublié cette cérémonie. Je vais en informer le roi. Je suppose que vous souhaitez vous reposer en attendant. Vu votre... tenue, vous avez dû faire un long chemin."

Il m'emmena dans la salle réservée aux futurs chevaliers. Avant la cérémonie, chaque futur chevalier doit rester seul dans cette salle durant cinq heures, afin de prier, se reposer et se préparer. Dès qu'il referma la porte, je m'allongeai sur le lit et sombrai dans un sommeil réparateur.

***

Le Chambellan revint me chercher à l'heure convenue. J'avais remplacé ma tenue d'entraînement par celle des nouveaux chevaliers : une tunique pourpre marquée d'une Triforce avec un pantalon beige et des bottes en cuir. Dire que j'avais rêvé de porter cette tenue depuis des années, alors pourquoi étais-je aussi mal à l'aise ? Nous traversâmes rapidement les quartiers de la Garde Royale avant d'arriver devant deux immenses portes frappées du blason d'Hyrule. Avant d'ouvrir les portes, le Chambellan m'annonça :

"J'ai accompagné de nombreux écuyers, mais tu es sans doute le premier qui mérite le plus d'être adoubé. J'espère juste que tu feras ce qui doit être fait le moment venu. Je crois en toi."
Le Chambellan qui me fait un compliment ? C'était une première ! Et que voulait-il dire par "ce qui doit être fait" ? Je n'eus cependant pas le temps de lui poser la question, car les portes s'ouvrirent au même moment. A la fois intrigué, heureux et intimidé, j'entrai alors dans la salle. J'ignorai pourquoi, mais quelque chose me disait au plus profond de moi que cette cérémonie bouleverserait ma vie.

Chapitre 13 : ... marquée par le sang   up

Il existait une vieille tradition qui interdisait aux écuyers d'entrer dans la Grande Salle avant leur adoubement ; c'est pourquoi nous aimions passer nos soirées à faire des suppositions sur ce qu'il pouvait y avoir à l'intérieur. Mais même nos idées les plus folles étaient bien loin de la splendeur réelle de la Grande Salle. Longue de plus de vingt mètres, elle était composée d'une trentaine de colonnes de marbre blanc, toutes taillées et polies avec perfection. Sur les murs étaient affichés de magnifiques tableaux frappés de l'emblème de la Garde Royale. Chacun de ces tableaux représentait fidèlement un des chevaliers du royaume. En outre, un magnifique tapis de velours pourpre avec de nombreuses broderies en fils d'or reposait au sol. Cette salle symbolisait à elle seule l'Age d'Or dont bénéficiait le royaume depuis plusieurs siècles désormais.

Je restai immobilisé quelques instants à l'entrée de la salle, stupéfié par la beauté de la Grande Salle. Un léger coup dans le dos de la part du Chambellan me fit cependant revenir à la réalité. A la fois intimidé et impressionné, je me mis à avancer lentement. J'avais la sensation de ne pas être à ma place ici, de ne pas mériter une cérémonie dans un endroit aussi grandiose. Je finis par arriver devant le trône de Sa Majesté. Comparé au reste de la salle, le trône semblait au premier abord assez simple, mais je savais grâce à mon père qu'il n'en était rien en réalité. Taillé dans le tronc d'un ancien arbre millénaire, il avait été créé de façon à faire ressortir chaque détail, et à refléter en permanence la puissance du royaume. Il était à la fois modeste et imposant, et reflétait bien la puissance de la personne qui l'occupait en ce moment même.

Son Altesse Mahor Bosphoramus Hyrule, contrairement à son habitude, n'avait pas revêtu son gigantesque manteau de fourrure. A la place, il portait une somptueuse armure forgée par les plus grands artisans du royaume, rappelant ainsi qu'il était certes le Roi, mais aussi un formidable guerrier avant tout. Depuis son couronnement, il n'avait pas cessé de maintenir la stabilité et la prospérité dans le royaume ; et dire que la princesse voulait que je me rebelle contre lui. J'éprouvais un immense respect pour le Roi, ainsi qu'un honneur d'être sur le point de devenir l'un des chevaliers d'Hyrule, et ce fut avec fierté que je m'agenouillai devant celui qui m'avait offert une chance de faire mes preuves.

"Heureux de vous revoir sur pieds Ecuyer Link. Dès que j'ai appris votre mésaventure, j'ai immédiatement envoyé des hommes pour m'assurer que plus aucun de ces monstres ne reviendrait nous importuner. Sachez que le récit de votre combat a fait le tour du palais. C'était très courageux d'affronter ce moblin seul. Peu d'hommes peuvent s'en vanter."
Rougissant devant un tel compliment, j'acquiesçai.
"Je n'ai fait que mon devoir Votre Altesse. Qui sait ce que ces monstres auraient pu faire s'ils avaient survécu."
- Inutile d'être aussi modeste. Ce que tu as fait m'a convaincu que tu étais désormais prêt. C'est pour cette raison que j'ai décidé, après concertation avec mon Chambellan, de te nommer enfin chevalier. Allons, ne reste pas au sol, relève-toi. Nous attendons une dernière personne et nous pourrons commencer."

J'avais de plus en plus de mal à contenir ma joie. Le grand moment approchait. C'est alors que je m'aperçus qu'il n'y avait quasiment pas de spectateurs ; seulement le Chambellan, ainsi que quelques gardes. Bizarre. D'habitude, le Roi invitait toute la haute noblesse pour ce genre d'évènements. Sa Majesté dut comprendre mon interrogation car il me répondit :

"J'aurais souhaité faire une cérémonie grandiose pour ton intronisation en tant que Chevalier, mais des évènements ayant eu lieu récemment en ont décidé autrement. Rien de grave cependant. Juste un petit problème à régler."

Sa voix avait changé d'intonation au fur et à mesure, jusqu'à en devenir presque menaçante à la fin. Son regard était devenu en outre noir de colère. Que s'était-il bien passé ? J'ignorais pourquoi, mais quelque chose au fond de moi me hurlait de m'en aller le plus vite possible. Je soupirai intérieurement ; que devais-je faire ? Avant que je puisse y réfléchir, la porte s'ouvrit, laissant entrer...

"Veuillez pardonner mon retard Votre Altesse. Mais je n'aurais raté l'adoubement de mon fils pour rien au monde."
- Inutile de vous excuser, je vous comprends. Après tout, vous pouvez être fier de lui," répondit alors le Roi en retrouvant son visage habituel.

Pour cet évènement, mon père avait revêtu sa tenue d'apparat : une côte de mailles avec par-dessus une chemise pourpre frappée du symbole d'Hyrule, ainsi qu'un pantalon bleu marine. Il portait avec lui l'Epée de Légende, rangée dans un fourreau bleu-or finement travaillé. L'Epée de Légende... Dire que je pensais durant toutes ces années ne jamais pouvoir en être digne, voilà que j'allais bientôt devenir officiellement son nouveau gardien. J'allais enfin pouvoir reprendre le flambeau familial. Toutes mes craintes et mes peurs s'étaient envolées. Je me sentais libre. Et dire qu'il n'y a même pas trois jours "Sa Majesté" la Princesse Zelda me proposait de participer à son complot contre le Roi ! Mais aussi étrange que cela puisse paraître, même si je trouvais son projet infâme, je refusais de trahir la confiance qu'elle m'avait accordée en me mettant dans la confidence. Peut-être mon père pourrait-il m'aider après la cérémonie ?

Perdu dans mes pensées, je ne vis pas le roi et mon père m'attendre, jusqu'à ce que ce dernier se racle la gorge, comme il avait l'habitude de le faire chaque fois qu'il était contrarié. Reprenant immédiatement mes esprits, je me retournai vers eux, rouge d'embarras.

"Bien, maintenant que tout le monde est présent, nous allons pouvoir commencer. Ecuyer Link, sortez votre épée et à genoux !"

Ça y est, le moment tant attendu était enfin là. Obéissant à Sa Majesté, je m'agenouillai devant lui et mon père, tout en lui présentant l'épée que m'avait donnée mon père avant mon départ. J'avais l'impression que la conversation que nous avions eue remontait à hier ; il faut dire que j'avais quand même passé un mois dans le coma.

"Ecuyer Link, jures-tu fidélité et loyauté au Royaume d'Hyrule, ainsi à la famille royale ? Jures-tu de protéger le Royaume d'Hyrule ainsi que la famille royale au péril de ta vie ?"
Cette scène, j'en avais rêvé pendant des années. J'avais passé tellement de soirées à écouter les chevaliers en parler que j'avais fini par connaître par coeur les phrases du rituel. Et aujourd'hui, c'était à mon tour de les réciter.
"Moi, Ecuyer Link, je jure solennellement de défendre et protéger le Royaume d'Hyrule, ainsi que la famille royale, auprès de qui je jure fidélité. Je jure loyauté à Sa Majesté le roi Mahor Bosphoramus Hyrule, et lui fais serment d'allégeance. Que mon épée soit vôtre jusqu'à ce que vous me libériez de ce pacte, ou que je meure."
Ça y est, le serment avait été formulé. Il ne restait plus qu'au roi à poser mon épée sur mes deux épaules pour officialiser cette cérémonie.
"Jures-tu également de combattre impitoyablement aussi bien les ennemis externes du royaume, que ceux de l'intérieur, comme les traîtres ?"
Quel était ce nouveau serment ? Aucun chevalier n'avait jamais parlé de cette partie auparavant. Le Roi sentait-il une crise imminente ? Bien que surpris au début, je me ressaisis rapidement. Pas question d'échouer si près du but !
"Je jure de combattre tous les ennemis du Royaume, qu'ils soient externes ou internes, et ce quels qu'ils soient."
- Parfait."

Le Roi prit alors mon épée et la positionna au-dessus de ma tête. Dans quelques secondes, mon rêve de devenir chevalier deviendrait enfin réalité. Mais lorsque mes yeux croisèrent les siens, je vis à nouveau un regard rempli de noirceur et de haine.

"Ecuyer Link, par les pouvoirs qui me sont conférés..."
A nouveau cette voix grave et menaçante. La moindre parcelle de mon corps me hurlait de m'enfuir ou d'agir immédiatement, mais je ne parvenais pas à esquisser le moindre geste, tentant désespérément de comprendre la situation. Par les Saintes Déesses, que se passait-il ici à la fin ?
"... Je vous déclare..."

Complètement paniqué, je cherchais la moindre explication à l'humeur du roi, lorsque quelques bribes du roi et de la princesse Zelda me revinrent à l'esprit. "La situation nous oblige à agir dans l'ombre à l'insu du roi ?", "Combattre impitoyablement les ennemis externes ET internes, quels qu'ils soient ?" Plus les éléments s'assemblaient dans ma tête, plus une peur viscérale m'envahissait. Bon sang, se pouvait-il que...

Ce qui se passa ensuite continue aujourd'hui à me hanter tous les soirs, tant cela paraissait irréel. En affichant un sourire cruel, je vis Mahor Bosphoramus Hyrule se retourner brusquement et...
"PERE !!!!!"
Je me précipitai vers lui, mais le Roi m'empoigna par l'épaule avant de me plaquer au sol, laissant désormais libre cours à sa colère.
"... Coupable de haute trahison envers la Couronne et le Royaume ! GARDES !"

Incapable de bouger tant la force du Roi était impressionnante, je vis avec horreur un garde planter sa lance dans le ventre du Chambellan. Ce dernier mourut sans même avoir eu le temps de comprendre à quel point la situation avait dramatiquement dégénéré. Pourquoi lui ? Qu'avait-il donc fait pour être assassiné sans hésitation ? Incapable de me retenir, je hurlai de toutes mes forces :

"POURQUOI ? POURQUOI AVEZ-VOUS FAIT ÇA ?"
Pour toute réponse, le Roi tordit violemment mon bras, m'arrachant un cri de douleur.
"SILENCE ! Croyais-tu vraiment que votre minable complot allait marcher contre moi ? Attrapez-le !"

Il savait, mais comment ? Moi-même je ne connaissais que ce que la Princesse et Impa avaient accepté de me dire, c'est-à-dire presque rien. Deux des gardes se précipitèrent pour me relever brutalement et m'attachèrent les mains dans le dos.

"Comment osez-vous, toi et ton père, vous présenter tranquillement devant moi, alors que vous conspirez dans mon dos en même temps ? Comment oses-tu demander à devenir chevalier, alors que tu trahis en même temps ton roi ? Vous me preniez vraiment pour un imbécile ? Depuis le début je sais tout !"
Malgré les coups de poings des gardes pour me faire, je criai :
"Je n'ai jamais participé à ce complot ! J'ai refusé d'en faire partie à la seconde où j'en ai eu connaissance !"
- TU MENS ! Non seulement tu as accepté, mais en plus tu en as pris le commandement, dans le but de prendre ma place une fois ton forfait accompli."
- C'EST FAUX ! Vous avez de fausses informations !"
- Tu crois ça ? Faites entrer mon espion, que ce traître voit qui il a traité de menteur !"
Les gardes ouvrirent la porte et s'écartèrent pour laisser la place à...
"Non, ce n'est pas possible... Pourquoi..."

J'étais complètement abattu, toute volonté de résister m'avait abandonné en voyant qui était réellement l'espion, ou devrais-je dire l'espionne du roi. Je ne désirais plus qu'une chose, mourir rapidement afin de ne plus voir celle qui m'avait trahi après m'avoir proposé sa confiance.

"Ah. Ma chère fille. Je pense qu'il est inutile de faire les présentations, mais dans le doute... Link, permets-moi de te présenter ma fille, la Princesse Zelda. Ma fille, et si tu racontais à ce traître ce que tu as découvert sur lui ?"
- Bien sûr. Ce monstre a tenté de te renverser afin de prendre ta place comme souverain d'Hyrule. Il estimait que c'était désormais à lui, descendant du Héros, que revenait le droit de gouverner. Il a retourné contre toi son père, le Chambellan, ainsi que de nombreux autres nobles et gardes. Nous nous sommes occupés d'eux avant d'arriver."

Ainsi donc, elle s'était chargée elle-même d'éliminer ceux qui l'avaient soutenue. Pourquoi avait-elle fait une chose pareille. Comment la princesse calme et réservée que j'avais rencontrée à Cocorico avait pu devenir implacable à ce point ? Elle s'approcha alors du cadavre de mon père et s'agenouilla. En le voyant ainsi, je ne pus empêcher mes larmes de couler. Son armure autrefois resplendissante était désormais souillée par son sang, le manche de mon épée dépassant de son torse, enfoncée jusqu'à la garde. Il avait été tué par traîtrise, sans que je puisse être à ses côtés. Je n'avais pas pu le voir depuis mon réveil du coma, et je ne le reverrai désormais jamais. Si je ne m'étais pas présenté à cette maudite cérémonie, peut-être serait-il encore en vie. Zelda se retourna vers moi et annonça :

"Puisque la famille de l'ancien héros a essayé de voler notre héritage, il est normal que nous fassions de même."
Et joignant le geste à la parole, elle retira le fourreau du cadavre, avant de se retourner vers le roi.
"Que faisons-nous de ce traître du coup, Père ?"
Comme si ce qui allait m'arriver n'était pas assez évident. J'allais certainement être tué sur le champ. Comme s'il lisait dans mes pensées, le roi se tourna vers moi.
"Je suis sûr que notre ami aimerait bien mourir aussi, ce qui est tentant je le conçois. Mais j'ai d'autres projets plus grandioses pour lui. Suivez-moi !"

La mort de mon père m'avait complètement brisé, aussi les gardes durent me traîner pour me faire sortir de la Grande Salle et me faire traverser la Citadelle, sous les yeux ébahis des habitants. Arrivé devant la Grande Porte, Zelda prit la parole :

"Peuple d'Hyrule ! Pendant des années nous avons remercié le Héros et ses descendants pour nous avoir sauvé du Grand Chaos ! Mais aujourd'hui, nous les maudissons de toutes nos forces pour ce qu'ils ont essayé de faire, à savoir assassiner mon Père, afin de prendre sa place. A titre d'exemple, tous les conspirateurs ont été assassinés, sauf lui ! Link, le chef de ce complot ! Link le Traître !"

En voyant tous les visages pleins de haine se tourner vers moi, je sentis mon coeur se briser. Ainsi, le roi et sa fille ne voulaient pas seulement se contenter de se débarrasser de ma famille, mais en plus la déshonorer pour l'éternité. Et je ne pouvais rien faire pour empêcher cela. Pire, j'étais désormais considéré comme celui qui avait trahi Hyrule, et plongé sa famille dans le mépris et l'oubli. Rongé par la tristesse, je n'entendis pas la suite du discours, jusqu'à ce qu'un coup dans le ventre ne me ramène à la triste réalité.

"En vertu des pouvoirs qui m'ont été conférés par la Déesse Hylia, moi, Mahor Bosphoramus Hyrule, déclare qu'à partir de ce jour, le nom du Héros et de ses descendants soient effacés des livres et des monuments. Quiconque prononcera leurs noms sera coupable de trahison. L'Epée de Légende, symbole de cette infâme famille, sera désormais gardée par la Princesse Zelda et ses descendantes. Quant au traître ici présent répondant au nom de Link, il n'y a pas de sentence assez grande pour ce qu'il a fait ! C'est pourquoi je lui laisse jusqu'au lever du jour pour s'enfuir et se cacher comme le rat qu'il est. Passé ce délai, moi et ma fille organiserons une grande battue dans tout le royaume, afin que chaque citoyen puisse exprimer sa colère envers lui."

La nouvelle me sidéra. J'allais bel et bien être exécuté, mais après avoir été traqué comme un animal sauvage ? Mais qu'était donc devenu le roi autrefois si juste et noble ?
"Que le prévenu s'approche !"
Les gardes me jetèrent aux pieds du roi, qui libéra mes mains avant de plaquer mon visage contre le sien et de me murmurer :
"J'espère que tu profites bien du spectacle. Voilà des années que je rêvais de me débarrasser de votre misérable famille. C'est bientôt chose faite, et tout cela grâce à toi. Je ne saurai jamais te remercier assez. Tu aurais mieux fait de te laisser gentiment tuer par ce moblin au lieu de jouer les héros. Mais sache ceci : tu n'es et ne seras jamais un héros ; tu n'es rien de plus qu'un raté trop faible pour s'opposer à moi."
Ce sont sur ces paroles cinglantes qu'il me jeta hors de la ville, tandis que la foule se déchaînait :
"Fuis sale traître ! Sale vermine ! On te traquera et on te massacrera ! Que les déesses te maudissent, sale monstre !"

Jamais je ne parviendrai à oublier cette scène. Tous ces gens qui hier encore me regardaient avec le sourire, ne voyaient désormais plus qu'un monstre ; un monstre qu'il fallait abattre. Malgré la douleur de mes membres et sous les injures, je m'enfuis de la Citadelle, trahi et rejeté par ceux en qui j'avais confiance.

Je ne saurais dire combien de temps ni où je courus. Mon corps agissait de façon autonome, tant mon coeur saignait. J'avais échoué. Et à cause de mon échec, ma famille était déshonorée, j'étais traqué comme une créature du chaos et mon père était mort, tué avec l'épée qu'il m'avait donnée. Et je n'avais même pas pu lui offrir une sépulture décente. Trébuchant sur une pierre, je m'effondrai lamentablement au sol, tandis que je bafouillai :
"Je suis désolé, Père..."
Blessé, trempé et ayant perdu toute envie de vivre, je me laissai alors sombrer dans le désespoir, la tristesse et la douleur d'avoir perdu un être cher.

Chapitre 14 : Exilé   up

La nuit était maintenant tombée depuis longtemps. Caché dans des fourrés surplombant un camp de marchands, j'attendais que ces derniers aillent se coucher afin de pouvoir récupérer ce dont j'avais besoin. Le chariot rempli de caisses à côté de leurs tentes me laissait espérer une bonne récolte. L'idée même de dépouiller des gens me répugnait, mais au vu des circonstances, je n'avais malheureusement guère le choix.

Trois semaines s'étaient maintenant écoulées depuis la tragique cérémonie au palais. Trois semaines durant lesquelles j'avais dû vivre terré comme une bête pour échapper à l'implacable battue qui avait été organisée. Trois semaines à survivre à l'aide de baies et de racines, presque sans dormir tellement la peur d'être retrouvé me rongeait. J'étais même allé une fois jusqu'à me rouler dans la boue pour tromper les chiens qui pistaient ma trace. Plusieurs fois je crus être repéré, mais aussi incroyable que cela puisse paraître, pas une seule fois je ne fus inquiété. Après plusieurs semaines de recherches infructueuses, les habitants et l'armée finirent enfin par se lasser, supposant que j'avais quitté le pays depuis longtemps. Mais je ne l'avais cependant pas fait. Je ne pouvais pas l'abandonner même en étant devenu l'ennemi public numéro un. En tout cas, pas avant d'avoir eu des réponses à mes questions.

Un léger grognement à l'estomac me rappela la raison de ma présence ici. Mon dernier repas, si l'on pouvait appeler ça un repas, remontait maintenant à deux jours. Ce camp représentait ma seule chance de trouver de quoi survivre pendant un moment. Les marchands avaient enfin fini par aller se coucher. Quittant prudemment ma cachette, je m'approchai de leur chariot, en espérant qu'aucun d'entre eux n'aurait l'idée de ressortir entre-temps.

Tout à coup, j'entendis un craquement derrière moi. Immédiatement, je me mis à courir vers les fourrés afin de me mettre à couvert. J'attendis presque une demi-heure dans la crainte d'être découvert, mais personne ne vint. Un animal, ça ne devait être qu'un simple animal. Je poussai un soupir à la fois de soulagement et de tristesse. Qu'elle était loin l'époque où j'essayais d'affronter courageusement le danger. Aujourd'hui j'étais devenu plus craintif que n'importe quel animal, fuyant lâchement au moindre bruit suspect. Mais ironiquement, c'était grâce à cette phobie permanente d'être découvert que j'étais parvenu à rester aussi longtemps en vie. Avec précautions, je retournais au chariot. Pour une fois, la chance me souriait. Il y avait suffisamment de vivres pour tenir plusieurs jours. Tout en remplissant un sac, je ne pus m'empêcher de ressentir une certaine gêne envers les marchands. Jamais je n'aurais pu imaginer être contraint un jour de dépouiller des habitants d'Hyrule ; mais c'était ça ou finir par mourir de faim. Ayant fini de remplir le sac, je m'apprêtais à repartir lorsque je vis un drap en toile enroulé autour d'un objet assez familier. Prenant l'objet, je déroulai le drap : à l'intérieur se trouvait une épée de voyageur toute neuve, ainsi qu'un fourreau. Quelle chance ! Bien que ces dernières ne soient pas aussi efficaces que celles de l'armée, elles étaient très robustes. Avec un sourire, j'accrochai le fourreau dans mon dos, lorsqu'une voix retentit :

- Eh toi ! Lève tes mains et sors de ce chariot !

Mince ! Et dire que tout se passait bien jusqu'à présent. Je n'avais cependant d'autre choix que d'obéir. Mettant mes mains en évidence, je descendis et me retournai vers celui qui m'avait repéré. Il ne me restait plus qu'à espérer que l'obscurité cacherait suffisamment mon visage pour ne pas être reconnu par ce marchand. Ce dernier s'empara du sac et le vida au sol.

- Je peux savoir ce que tu comptais faire avec nos marchandises ?
- Eh Terry ? Qu'est-ce qui se passe ? On ne peut donc pas dormir en paix maintenant ?
- Je viens de choper un inconnu en train de voler nos affaires. Cesse de râler et amène une lampe, on n'y voit rien ici.
Bon sang, il fallait à tout prix que je m'échappe de ce camp avant que le second dormeur ne revienne avec de la lumière.
- Ecoutez monsieur, je me suis perdu dans la région, et j'avais faim, c'est tout. Je comptais vous laisser des rubis en échange de ces vivres.
- Tu me prends pour un idiot ? Avec tout ce que tu as pris, c'est un régiment que tu veux nourrir ?! Va falloir trouver beaucoup mieux que ça mon gars !
Pour un mensonge, c'était vraiment nul. Pour ne rien arranger, son collègue rappliqua à ce moment avec une lanterne.
- T'en as mis du temps ! Bien, voyons qui est notre mystérieux visiteur nocturne...

Je priais de toutes mes forces pour que ces semaines dans la nature m'aient rendu méconnaissable. Car dès qu'ils verraient qui je suis réellement, ce serait toute la région qui serait à mes trousses, à condition qu'ils ne me tuent pas sur-le-champ.

- Eh bien, mon gars, on aime bien vivre dans la nature à ce que je vois. Tu sais que les voleurs ne sont guère appréciés par ici ?
- Terry attends un peu... c'est bizarre, on dirait qu'il ressemble à...
- Tu crois ?
- Regarde sa main, on dirait qu'elle...
- Elle brille, mais alors...
- C'EST LUI ! LINK LE TRAÎTRE !

C'était le moment ou jamais. Profitant de l'effet de surprise, je donnai un grand coup dans le ventre du dénommé Terry, et me mis à courir à toute vitesse vers les hauteurs, sans prendre la peine de vérifier si j'étais poursuivi. Saleté de Triforce ! Depuis mon exil, elle n'avait jamais cessé de briller ; même la boue n'était pas parvenue à la masquer. A croire que les Déesses voulaient vraiment ma mort.

Je courus sans relâche jusqu'à m'effondrer au sol d'épuisement. Cette expédition était un fiasco total ; non seulement je n'avais rien pu ramener de mangeable avec moi, mais en plus je risquais d'avoir toute la populace à mes trousses d'ici demain. La seule bonne nouvelle était que je possédais maintenant une arme pour me défendre. Mais à quoi bon une épée si j'étais trop faible pour la manipuler ? Vaincu par la fatigue et la faim, je finis rapidement par m'endormir, mes sens cependant en éveil afin de détecter le moindre bruit suspect. J'ignore combien de temps je dormis, sans doute trop peu, mais je fus brutalement réveillé par un grand cri aux alentours. Bondissant sur mes jambes, je vis mes pires craintes se réaliser en entendant un autre cri beaucoup plus proche, ainsi que de nombreux aboiements. La garde d'Hyrule venait de retrouver ma trace.

Chapitre 15 : La fin du voyage ?   up

Je devais fuir immédiatement. Dans mon état, je savais que je ne pourrais pas distancer longtemps des soldats bien entraînés. Mon seul espoir était d'atteindre les contreforts du mont Ruto, où les nombreuses grottes et l'humidité constante me permettraient de leur échapper. Malgré la faim qui tenaillait de plus en plus mon ventre, je me mis à courir en direction des hauteurs. J'espérais avoir quelques minutes d'avances sur eux, mais un "Il est là" retentissant m'indiqua le contraire. Tout en courant je crus perdre haleine, je me maudissais de ma stupidité de la veille. Imbécile, qu'est-ce tu espérais faire d'autre à part alerter la région en dévalisant ce convoi ? Trop occupé à essayer d'échapper à la garde, je n'entendis pas alors le claquement sourd dans mon dos. Par un instinct de survie, je déviai brusquement vers la gauche. Grand bien m'en fit. Le carreau d'arbalète se ficha violemment dans mon flanc droit, manquant de justesse de me perforer le coeur. Lâchant un cri de douleur, je continuai cependant ma course folle, la garde se rapprochant de plus en plus. Des flèches, il ne manquait plus que ça ! Aucune chance d'arriver vivant au Mont Ruto dans ces conditions ; les flèches allaient m'abattre bien avant ! Mais par un heureux hasard, le chef de la troupe ne semblait pas du même avis. "Ne tirez pas ! Je le veux vivant !". "Grossière erreur, mon gars" je pensais intérieurement. Il semblait apparemment décidé à m'achever lui-même, mais il m'offrait dans le même temps la possibilité d'arriver peut-être à leur échapper. Cependant, ce léger regain d'espoir disparut aussi vite qu'il était arrivé, lorsque je fus devant...

- Oh non !!!

Devant moi se trouvait une immense falaise à pic. Bon sang Link, à quoi pensais-tu en t'engageant dans ce canyon ?! Impossible d'avancer, et la troupe se rapprochait rapidement derrière moi, bloquant de ce fait la seule issue possible. Je n'avais pas le choix. Tentant d'oublier la douleur sourde de mon côté droit, j'essayai de m'accrocher le mieux possible à la paroi. Peine perdue, la composition cristalline des montagnes de Lanelle ne me laissait aucune prise. J'étais coincé. "Triste endroit pour mourir" dis-je en retirant l'épée volée de son fourreau. Maigre consolation, je n'allais pas tomber sans avoir la possibilité de me battre. Me mettant en position de combat, je fis face à la garde qui débarqua au même moment. Ils étaient une quinzaine, mais ressemblaient plus à des brigands qu'à de vrais soldats. Pourtant, l'écusson d'Hyrule apparaissait clairement sur leurs tenues. Le royaume engageait-il maintenant des mercenaires ? Je n'eus guère le temps d'y réfléchir davantage, car celui qui semblait être le chef s'avança devant moi. Il devait avoir compris ma situation, car il me lança d'un air narquois :

- Eh bien, tu nous auras fait courir ! Tu ne manques pas d'endurance malgré ton état je le reconnais, mais il est dommage que ce ne soit pas le cas de ton intelligence. On dirait que c'est la fin de la course pour toi ! Vaincu par sa stupidité, ce n'est pas dommage les gars ?!!
Bien entendu, toute la troupe éclata de rire. Resserrant la prise sur mon arme, je tentai de retenir la colère qui bouillonnait en moi.
- Quelle tristesse d'être obligé de se débarrasser d'un descendant d'une ex-légende. Je suis sûr que le roi te rendra un dernier hommage en présence de ton père. Ah mais oui c'est vrai ! C'est lui qui l'a tué et t'a exilé, c'est dommage hein ?!
Nouveaux éclats de rire, mais cette fois, je ne parvins pas à me maîtriser davantage.
- Es-tu donc aussi lâche pour ne pas être capable d'affronter seul un fuyard ? Ou as-tu peur de te faire humilier devant ta lamentable troupe de mercenaires ?
- Je n'ai pas à me justifier devant un traître ! Soldats ! En joue !

Ainsi donc, il allait m'achever en me criblant de flèches. Résigné, mais déterminé à résister jusqu'au bout, je me remis en garde en attendant l'ordre fatidique...

... qui n'arriva jamais. Et pour cause, sous les yeux de la troupe médusée, je vis une flèche transpercer la gorge de l'officier, le congelant sur place. Je ne connaissais qu'un seul peuple utilisant ce type de munition...

- JE VOUS CONSEILLE DE LACHER VOS ARMES IMMEDIATEMENT !

Au même instant, une trentaine de Zoras surgirent du haut de la falaise, leurs arcs prêts à tirer au moindre signe de résistance. J'ignorais ce qui se passait, mais ce ne pouvait être que bienvenu pour moi. Encerclés, les mercenaires lâchèrent un par un leurs armes et levèrent les mains. N'ayant également guère le choix, mais soulagé d'être encore en vie, je fis de même.

Après s'être assurés d'avoir retiré toutes nos armes, les Zoras nous attachèrent les poignets et nous firent nous agenouiller en rang, le tout sous l'oeil des archers prêts à congeler le premier qui se rebellerait. Une Zora de couleur légèrement orangée s'approcha ensuite :

- Je m'appelle Alfine et vous êtes sur les terres des Zoras. Expliquez-nous les raisons de cette intrusion.
Une intrusion ? Mais les frontières entre les différents peuples avaient été dissoutes, et ce bien avant le Grand Chaos. Par les déesses, que s'était-il passé durant tout ce temps ? Malgré la situation précaire, l'un des mercenaires ne semblait guère intimidé.
- Vous avez commis une grave erreur en nous attaquant ! Le Roi se fera un plaisir de vous le montrer ! Libérez-nous sur-le-champ et j'oublierai peut-être cet incident !
- Vous n'avez aucun droit sur ces terres ! Maintenant, soit vous répondez à mes questions, soit vous finissez comme votre officier !
- Nous étions à la poursuite d'un dangereux fugitif ; nous n'avions pas vu que nous passions la frontière, c'est tout.
- Tiens donc, et quel criminel serait assez dangereux pour justifier une telle escouade à sa poursuite, quitte à passer outre les frontières ?
- Ce traître est le criminel numéro un d'Hyrule ! Mais vous devez mieux le connaître sous le nom de Link !
- Comment ? Vous dites que cette personne serait Link ?

Cet interrogatoire commençait à sentir mauvais pour moi. Je cherchais à tout prix un moyen de m'enfuir, mais je n'avais aucun moyen de m'échapper sans me faire transformer en glaçon. D'un geste de la dénommée Alfine, deux des Zoras me relevèrent et m'amenèrent devant elle. Elle prit alors mon poignet gauche et frotta dessus. A mon grand désespoir, elle y découvrit ma Triforce, brillant comme jamais.
- Amenez-le au domaine ! On s'occupera de lui là-bas !
Bon, au moins je n'allais pas mourir tout de suite. Et au vu de la situation, je préférais nettement être capturé par les Zoras que par le roi. Cependant, cela ne semblait pas vraiment du goût de la garde.
- Vous n'avez aucun droit sur lui ! Il appartient à la justice d'Hyrule !
- Ce criminel comme vous dites est sur nos terres. Par conséquent, c'est à la justice zora de décider de son sort. Quant à vous, mes soldats vont vous raccompagner à la frontière. Cette entrevue est maintenant terminée.
Au moment de repartir, elle se pencha vers moi et murmura :
- Désolé, mais on doit garder les apparences le plus longtemps possible.
Que voulait-elle dire par là ? Mais avant que je ne puisse obtenir de réponse, une violente douleur traversa mon corps et me fit sombrer dans l'inconscience.

Chapitre 16 : Le Domaine Zora   up

La première chose que je ressentis en me réveillant fut cette terrible sensation de froid dans tout le corps. Mes membres étaient tous engourdis, à tel point que j'arrivais à peine à les bouger. Que m'était-il arrivé ? Les derniers évènements me revinrent alors à l'esprit : ma fuite désespérée, le carreau de l'arbalète, le cul-de-sac, les Zoras... les Zoras ! Ça me revenait. C'était grâce à eux que j'étais encore en vie pour le moment. Cependant, je n'avais aucune idée de leurs intentions. Que me voulaient-ils ? Pas me tuer en tout cas, sinon cela aurait été terminé depuis longtemps. Parvenant à me redresser avec grand peine au bout de plusieurs longues minutes, je pus enfin faire un point sur ma situation. La pièce était assez spacieuse et joliment décorée. Chose curieuse, elle possédait de grandes ouvertures un peu partout. Bon au moins, je n'étais pas en cellule. De plus, le fait que j'étais allongé sur un matelas d'eau indiquait que je devais sans doute me trouver au Domaine Zora. De plus en plus étrange. Pourquoi les Zoras se donneraient-ils autant de peine pour le fugitif épuisé et blessé que j'étais ? En parlant de blessures... En regardant plus attentivement, je vis que non seulement la pointe avait été retirée, mais en plus mes nombreux autres bleus et ecchymoses accumulés durant ces dernières semaines avaient eux aussi été soignés. Je ne comprenais décidément plus rien.

Des voix à l'extérieur mirent cependant fin à mon observation. Me rallongeant rapidement, je tendis l'oreille afin d'éventuellement obtenir des réponses à mes trop nombreuses questions.

- Il ne s'est toujours pas réveillé on dirait.
- Vu l'état dans lequel on l'a récupéré, ça me semble assez normal. Le simple fait qu'il soit parvenu à leur échapper aussi longtemps est déjà un miracle.
- On a justement profité de son inconscience pour soigner ses différentes blessures. Il s'en remettra vite.

Alors comme ça ils, ou devrais-je dire elles, semblaient réellement s'inquiéter de mon état de santé. Mais qui étaient-elles ? L'une des deux voix me semblait très vaguement familière, mais impossible de mettre un nom dessus. Et cette sensation de froid qui refusait de s'en aller n'arrangeait en rien ma réflexion.

- Son inconscience ? Parlons-en justement ! Vous étiez obligé de lui faire ça ? Vous ne pouviez pas l'assommer tout simplement ? Ces mercenaires n'y auraient vu que du feu.
- Eux oui, mais on ignore toujours si le roi a pu placer des espions dans la région. Il fallait que cela soit le plus réaliste possible.
- Oui, mais de là à le transformer en glaçon avec une de vos flèches...
Elles n'étaient quand même pas sérieuses ? J'avais été littéralement congelé ? Je comprenais mieux maintenant pourquoi j'avais été incapable de bouger à mon réveil.
- Bon et maintenant que l'on a réussi à le sortir de là, on fait quoi ? Il ne peut pas rester caché ici pour le reste de sa vie.
- On verra ça le moment venu. En attendant, notre priorité est d'essayer de rassembler le maximum de personnes capables de nous aider.
- Vous avez raison. Vous devriez aller voir d'ailleurs vous savez qui. Apparemment, la situation aurait évolué chez les Piafs.
- Très bien. Je vous laisse vous occuper de lui pendant ce temps-là ? Faites attention, on ignore comment il réagira à son réveil.
- Ne vous inquiétez pas, je saurai me débrouiller.

Une fois seuls, j'entendis la première personne marcher un long moment, avant de finir par s'arrêter brusquement devant moi.

- Tu comptes faire semblant de dormir encore longtemps ? Tes oreilles sont tellement attentives au moindre bruit qu'on dirait des girouettes.
Et mince, j'étais découvert. Je pensais pourtant qu'elle ne s'en était pas rendu compte. Il faut croire qu'elle lisait dans mes pensées, car elle ajouta :
- Tu devrais pourtant savoir depuis tout ce temps que rien ne m'échappe.
Cette intonation à la fois sérieuse et ironique, je la reconnaîtrais par contre entre mille. Ouvrant finalement les yeux, je vis alors celle que je ne pensais guère revoir depuis ma fuite de Cocorico.
- Bonjour Link ! dit Impa. Je t'ai manqué ?

La journée s'achevait doucement sur le Domaine Zora. Marchant avec Impa dans la ville, je pouvais pour la première fois depuis des semaines me détendre sans crainte d'être poursuivi. Les Zoras s'étaient révélés très chaleureux et accueillants. Non seulement j'avais pu me laver et me restaurer grâce à eux, mais ils m'avaient en plus offert de quoi remplacer les loques qui m'avaient servi de vêtements. En quatre jours, j'étais complètement remis de ma dernière mésaventure. De plus, le fait de savoir Impa encore en vie me soulageait énormément, moi qui craignais qu'elle ait elle aussi été tuée par le roi.

- Comment te sens-tu Link ?

Si elle conservait son habituel sourire, elle avait cependant bien changé depuis notre dernière rencontre. Ses cheveux autrefois longs et blancs avaient été coupés et teints en marron. De plus, sa traditionnelle tenue sheikah avait laissé place à une simple tunique hylienne, ainsi qu'à un pantalon ample beige et à une paire de bottes en cuir renforcé. Quant à son visage, on y lisait maintenant une grande tristesse, ainsi qu'une profonde mélancolie. Les dernières semaines avaient dû être dures pour elle aussi.

- Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu de moments de repos. Pouvoir se détendre, ne pas craindre pour sa vie à chaque instant, laisser son esprit vagabonder... j'avais oublié à quel point cela pouvait faire du bien.
- Je suis heureuse de voir que tu t'en es sorti. Après ce qui s'est passé, je voulais partir à ta recherche, mais les soldats en avaient aussi après moi. J'ai dû faire profil bas pour m'enfuir jusqu'au Domaine Zora. Et une fois arrivé, on m'a donné l'ordre de superviser la résistance contre Mahor, tout en m'interdisant de quitter le Domaine. J'aurais bien aimé leur fausser compagnie, mais les gardes ne me lâchaient pas d'une écaille. Tu en sauras plus lorsque l'on sera au palais, c'est là que nous nous dirigeons. En tout cas, ce que tu as vécu et réussi à faire relève de l'exploit.
- Peut-être. Je n'arrive toujours pas à croire que la princesse ait pu nous faire une chose pareille. Vous sembliez pourtant très proches l'une de l'autre. Comment a-t-elle pu se retourner contre nous ? Et surtout, pourquoi ?

Ces deux questions ne cessaient de revenir dans ma tête. Pourquoi être venu me voir ? Pourquoi m'avoir appris des choses que j'ignorais pour ensuite nous trahir ? Pourquoi avoir menti durant l'accusation ? Pourquoi... ? Ces semaines d'exil m'avaient vu passer par de nombreux stades : la tristesse, le désespoir, la colère, la résignation même ; mais malgré cela, je n'avais cessé de garder l'espoir d'obtenir un jour les réponses à ces questions qui ne cessaient de me hanter.
- Tu sais Link, la situation était tendue depuis des années. De nombreuses choses se tramaient en coulisses, et la Citadelle ressemblait de plus en plus à une poudrière. Je crains que nous ayons été l'étincelle de trop. Il fallait que Zelda parvienne à une certaine stabilité dans ce chaos, quitte pour cela à briser certains oeufs. De plus, sa situation est très délicate depuis longtemps.
- Ne me dis quand même pas que tu la défends ? Pas après tout ce qu'elle a fait ?
- Je te l'ai dit. La situation est particulière... Nous sommes arrivés.

Ce qu'Impa appelait palais était en fait une simple Pagode située à l'étage supérieur du Domaine Zora. Entourée par de nombreuses cascades, on y accédait uniquement par un grand escalier étroitement surveillé.

- Halte ! tonna un des gardes. Que voulez-vous ?
- Nous sommes attendus auprès de Son Altesse pour une affaire importante.
- Oh c'est vous Dame Impa. Veuillez nous excuser. Le Prince vous attend, il est en conversation avec ... "vous savez qui".
Etrange... Pourquoi le garde s'était-il soudainement ravisé avant de dire le nom du visiteur ?
- Ecoute Link... Je sais que c'est assez compliqué, mais... Promets-moi de prendre le temps de réfléchir et d'écouter avant de t'énerver.
Pourquoi Impa me sortait-elle ce genre de remarque maintenant ? Y avait-il un lien avec ce fameux inconnu ?
- Par pitié Impa, qu'est-ce que cela signifie ?
Elle n'eut cependant pas le temps de répondre, car nous arrivâmes devant le trône du Prince Zora. Ce dernier était en grande discussion avec une personne dissimulée derrière une grande cape brune. Mais alors que nous nous inclinions, un léger doute m'envahit brusquement. Et si...
- Mon Prince, commença Impa, je suis heureux de vous voir. Permettez-moi de vous présenter...

Interrompant la conversation et passant outre les protestations d'Impa, je bondis brusquement et releva la capuche de l'inconnu, ou devrais-je dire l'inconnue. En voyant que mon intuition ne s'était pas trompée, je restai sidéré. Elle avait bien changé depuis tout ce temps, mais jamais je ne pourrai oublier ce regard pénétrant, ni cette voix impitoyable alors qu'elle détruisait ma vie. Et elle était là, après tout ce temps, à me regarder comme si tout ce qui s'était passé était parfaitement normal. La colère que j'avais longtemps refoulée bouillonnait maintenant en moi.
- Zelda !!!
Et ivre de haine, je me jetai sur elle...

Chapitre 17 : Révélations   up

"Bien joué Link ! Non seulement tu étais déjà l'ennemi numéro un du royaume, mais en plus tu as réussi à te mettre à dos les rares personnes qui voulaient t'aider ! Il n'y a pas à dire, tu as été le roi des idiots sur ce coup-là !"

Assis sur le banc de ma cellule, je rêvais de me donner des claques tellement j'avais été stupide ; geste qui nécessitait cependant de réussir à me libérer de mes liens aux poignets. Il faut dire que je n'avais pas retenu mes coups, et plusieurs Zoras allaient sans doute garder leurs bleus pendant plusieurs jours, y compris Son Altesse... Saintes Déesses, j'avais osé frapper le Prince ! Cette fois, c'était définitif, plus personne ne ferait le moindre geste pour m'aider. Ce que j'avais osé faire était tout simplement trop grave pour être oublié. Bon sang, j'avais complètement perdu tout contrôle, le simple fait de la voir m'avait rendu fou. Je tremblais encore rien qu'en repensant à ce qui venait de se passer...

* * *

Elle était devant moi, à me regarder comme une bête curieuse, sans aucun remords sur ce qu'elle avait provoqué. A cette pensée, la colère que j'éprouvais pour elle prit le dessus sur moi.
- Zelda !!!
Incapable de retenir ma haine, je me jetai elle, mais Impa veillait. Avec une célérité extrême, elle me plaqua violemment sur le sol, tandis que le Prince essayait de bloquer mes bras. Mais ivre de fureur, je me débattai violemment, frappant dans tous les sens sans distinction, tout en inondant la princesse d'injures. Finalement, les gardes parvinrent à me maîtriser non sans mal, avant de me traîner de force dans une cellule, le tout sous mes cris de rage.

* * *

Trop occupé à ruminer ces sombres pensées et à essayer de deviner ce que j'allais devenir après ça, je n'entendis pas que l'on venait, jusqu'à ce qu'un garde m'appelle :
- J'espère que tu es calmé, parce que tu as un visiteur !
Relevant la tête, je restai alors figé un instant, avant de détourner le regard.
- Si vous êtes venu admirer ce que je suis devenu grâce à vous, vous auriez dû en profiter tout à l'heure.
Aucune réponse. J'essayais tant bien que mal de retenir une nouvelle bouffée de colère.
- Au moins, vous pourrez annoncer à votre très cher père le Roi que vous avez fini le travail. Je suis sûr qu'il en sera ravi ! N'est-ce pas "Princesse Zelda" ?
- Je ne suis pas venue pour me moquer de vous si c'est ce que vous croyez. Si je suis ici, c'est parce que je souhaite vous parler, du moins si vous êtes d'accord.
- Tiens donc, vous me demandez mon avis maintenant ? Dans ce cas, je pense que vous connaissez parfaitement la réponse.
- Je sais que je n'ai aucune excuse sur ce qui s'est passé, et que je mérite amplement votre colère. Mais tout ce que je souhaite, c'est d'avoir une chance de m'expliquer.

La possibilité de connaître enfin la vérité ? Ou un énième mensonge de sa part ? Mais elle avait cependant réussi à m'intriguer. C'était peut-être ma seule chance d'en savoir plus. De toute façon, que pouvait-il m'arriver de plus ?

- En supposant un seul instant que j'ai envie de vous écouter, qu'est-ce qui me prouve que vous me direz la vérité ?
Sur un signe de Zelda, un des gardes s'approcha de moi, avant de détacher mes liens.
- Je n'ai aucun moyen de vous prouver que ce que je vais dire est vrai. Aussi je vous propose le marché suivant : laissez-moi m'expliquer, et après libre à vous de me tuer si vous le souhaitez.
Massant mes poignets endoloris, je ne pus m'empêcher de ricaner.
- Vraiment ? Avec tous ces gardes prêts à me bondir dessus au moindre problème ?
Mais sur un signe de sa tête, les gardes quittèrent la pièce, me laissant seul avec Zelda. A quoi jouait-elle donc ?
- Vous n'avez pas peur que je vous brise le cou de colère on dirait.
- Link, contrairement à ce que vous pensez, je vous connais. Je sais que vous avez vécu des choses terribles par ma faute, et cela vous a rempli de colère. Mais je sais aussi que tuer les gens n'est pas dans votre nature. Vous n'étiez pas vous-même tout à l'heure. Le vrai Link ne tuerait jamais quelqu'un de sang-froid, aussi coupable soit-il.

Elle marquait un point. Maintenant que la colère était passée, je me sentais incapable de lui faire le moindre mal. L'idée que j'aurais pu... Rien qu'à y penser, cela me rendait malade. Lâchant un profond soupir, j'abdiquai.
- Soit. Je vous écoute.

"Depuis maintenant des années, le Royaume connaît un Age d'Or sans précédent. Malheureusement, il vit aussi une période trouble, et ce en plein coeur de la Citadelle. De nombreuses personnes influentes commençaient à estimer que la famille royale perdait en autorité et pouvoir, au profit de votre famille. Cela semble absurde, mais ils pensaient que vous étiez les vrais détenteurs du pouvoir, et que nous n'étions désormais plus que des marionnettes. La décision du Roi de laisser Impa te former à la suite de ton l'évaluation a été pour eux comme une preuve de notre faiblesse. Aussi ont-ils commencé à envisager un coup d'état.
Lorsque nous l'avons appris, nous restâmes stupéfaits. Si nous voulions maintenir la stabilité dans Hyrule, il nous fallait agir et vite. C'est pourquoi nous décidâmes de faire circuler une rumeur sur un soi-disant complot dirigé par toi et visant à nous détrôner, mon père et moi. Lors de ma visite à Cocorico, Impa et moi t'avons volontairement fait croire que tout ce qui t'était arrivé avait été planifié depuis longtemps. J'aurais préféré te prévenir avant, mais ta réaction n'aurait pas été naturelle. Ta colère et ta fuite du village ont fait croire aux conspirateurs que tu étais moins influent, aussi se sont-ils rapprochés de moi. Ayant les noms de ceux qui trahissaient le royaume, nous n'avions plus qu'à les arrêter avant de te remercier en t'adoubant... du moins c'est ce qui était prévu...
Link, il faut que je t'avoue quelque chose. Cela fait longtemps que j'essaye de le cacher, mais je crains que ma famille ne soit plus ce qu'elle était. A cause de ce complot, mon père a eu de nombreuses crises de paranoïa ; et je crains qu'elles se soient transformées en folie. Et ce qui m'effraye le plus, c'est qu'il m'arrive la même chose. Plus je cherchais les coupables, plus j'avais l'impression de n'être entourée que d'ennemis. Et plus j'essayais de combattre cette idée comme quoi vous dirigiez dans l'ombre, plus j'y croyais. J'étais déchirée par ce combat interne... c'est comme si deux Zelda se battaient pour le contrôle de mon esprit. Hélas, ma folie l'emporta. Avec mon père, nous parvînmes à la conclusion que si nous voulions retrouver notre puissance d'antan, il fallait faire un exemple. Et votre famille fut pour nous le parfait bouc émissaire... La suite tu la connais déjà...
Quand je revins finalement à la raison, il était déjà trop tard. Quant à mon père, la folie l'habitait désormais définitivement. J'étais incapable d'arrêter ce que j'avais déclenché, mais je pouvais au moins essayer de te sortir de la situation dans laquelle je t'avais mise. Je ne pourrai jamais faire revenir ceux qui sont morts par ma faute, ni te rendre ta vie d'antan. Si tu estimes que je mérite la mort pour ce que j'ai fait, tu as parfaitement raison. Mais je refuse de laisser Hyrule sombrer dans le chaos par ma faute. Et si je dois pour cela combattre mon propre père, je le ferai. Mais je sens aussi que ma folie est toujours quelque part en moi, et qu'elle pourrait revenir à tout moment. Et je refuse de gouverner seule avec ce risque.
C'est pour ça que j'ai besoin... non, que nous avons tous besoin de toi. Ta famille a sauvé chacun des peuples d'Hyrule durant le Grand Chaos. S'il y a quelqu'un que les différents chefs écouteront, c'est bien le descendant de leur sauveur. Si nous parvenons à les convaincre de nous aider, alors nous pourrons mettre un terme à cette crise. Mais pour cela, il nous faut ton aide. Ce n'est pas une princesse mais une personne désespérée et pleine de regrets qui te fait cette requête. Aide-nous à sauver Hyrule... je t'en supplie Link !"

Un silence de plomb se mit alors à régner dans la salle. Je m'étais attendu à de nombreuses choses, mais pas un seul instant je n'avais envisagé une telle déclaration. Je ne savais plus quoi faire. Mon amertume envers Zelda était toujours présente, mais ce qu'elle venait de me révéler m'avaient aussi rempli d'une profonde tristesse, et même de compassion... J'étais complètement perdu au milieu de toutes ces révélations, sans savoir quoi penser.

- Je suppose que tu as besoin de temps pour réfléchir. Si tu refuses, sache que nous le comprendrions tous parfaitement. Mais sache que sans ton aide, Hyrule est peut-être perdue.

Hyrule... notre famille n'avait cessé de lutter pour protéger le royaume, et ce dernier en échange avait essayé de nous anéantir. Mais c'était aussi le pays où j'étais né et dans lequel j'avais grandi... je connaissais chacune de ses régions. J'avais passé de longues journées à chevaucher dans ses plaines, à me promener dans ses forêts, à nager dans ses rivières, à discuter avec ses habitants... C'était bien plus qu'un simple pays pour moi, il en était devenu mon foyer. Et savoir qu'il était à l'agonie me faisait bien plus souffrir que tout ce que j'avais connu auparavant. Alors que la princesse Zelda s'apprêtait à s'en aller, je pris ma décision.

- Je vous aiderai !
Elle s'arrêta brutalement, avant de se retourner.
- Tu n'es pas obligé de donner une réponse tout de suite. Si tu as besoin de plus de temps...
- J'ai dit que je vous aiderais. J'ignore si ce que vous m'avez raconté est vrai, mais je suis sûr d'une chose : Hyrule est en train de sombrer. Et je refuse de laisser mon pays s'écrouler sans rien faire. S'il existe un moyen pour lui redonner sa splendeur, alors je veux le trouver.
- Je savais que tu dirais cela Link. Merci... du fond du coeur.
- Cependant, ce n'est pas parce que je vous aide que tout est oublié. Quel que soit votre soi-disant motif, je ne vous pardonnerai jamais. Et dès qu'Hyrule sera sauvée, je ne veux plus jamais avoir affaire à vous.
- Je comprends... Venez, il est temps maintenant de rejoindre les autres. Nous devons établir un plan.

En sortant de cellule pour suivre Zelda, je ne pus m'empêcher de remarquer sa pâleur et sa tristesse. Et alors que je passai à côté d'elle, je parvins difficilement à entendre un faible murmure s'échapper de sa bouche : "Déesses, combien de temps vais-je devoir encore le lui cacher, après tout ce qu'il a subi, il mérite de savoir." Que pouvait-elle bien m'avoir caché encore ? Et surtout, quels secrets terribles tentait-elle de garder à tout prix, au point d'en souffrir ? J'espérais avoir enfin des réponses, mais au final je me retrouvai avec encore plus de questions.

Chapitre 18 : Et maintenant ?   up

En entrant dans la grande salle du Palais Zora, je vis Impa, Alfine et le prince Zora en pleine conversation autour d'une table remplie de documents. Curieusement, une jeune Piaf se trouvait avec eux. Prévenu de notre arrivée, le Prince se retourna vers nous.

- Princesse Zelda, heureuse de voir que vous vous en êtes mieux sortie que moi.
- Cela n'a pas été facile, mais il a finalement accepté de nous rejoindre.
- Tant mieux, on aura besoin de toute l'aide disponible pour cette mission. Mais je vous en prie, rejoignez-nous.
Approchant les autres, je m'aperçus avec horreur qu'un immense bleu ornait le visage du Prince. Je ne l'avais vraiment pas raté. Décidé à réparer ma faute, je me mis à genoux devant lui.
- Votre Altesse, ce que j'ai fait est impardonnable et je m'en excuse profondément. Si vous souhaitez me punir pour ce que j'ai fait, qu'il en soit ainsi. J'accepterai le sort que vous me réservez.
- Je ne t'en veux pas pour ce que tu as fait, Link. Nous étions tellement pressés que nous n'avons pas pensé à quel point ta situation avait été difficile durant tout ce temps. C'est à moi de m'excuser pour cela.
- Je ne puis cependant oublier pareil acte. Aussi ai-je désormais une dette envers vous, Prince.
- Je n'en attendais pas moins de toi, Link. Tu ressembles beaucoup à ton grand-père.

Sauf qu'il n'avait jamais agressé un souverain, contrairement à moi. S'il était encore parmi nous, nul doute qu'avec mon père ils m'en auraient fait voir de toutes les couleurs. Père... Cette simple pensée m'emplit d'une profonde tristesse. Si je n'avais guère eu le temps de penser à lui durant mon exil, ce n'était en revanche plus le cas depuis mon arrivée au domaine. Son absence me faisait souffrir énormément. Quant au fait de n'avoir pu ne serait-ce que lui offrir des funérailles me brisait le coeur. J'avais la sensation de l'avoir abandonné. Tout ceci me semblait si irréaliste, comme un horrible cauchemar. Mais tout était malheureusement bel et bien vrai.

- Link ? Êtes-vous avec nous ?
Reprenant brusquement mes esprits, je vis que tout le monde m'attendait pour continuer.
- Veuillez m'excuser votre Altesse, un moment d'égarement.
- Je vois... Bien, il est temps de faire le point sur la situation. Alfine, je vous laisse la parole.
- Merci. À la suite de ce qu'il s'est passé il y a un mois à la Citadelle, le roi Mahor Bosphoramus Hyrule a brusquement fermé les frontières. Par ailleurs et ce sans avertissement préalable, tous les ressortissants des autres peuples ont été arrêtés et expulsés du pays. En écoutant les témoignages des réfugiés, nous avons appris que la grande majorité des soldats loyaux à Hyrule ont été remplacés par des mercenaires et autres criminels. Pour quelle raison ? On l'ignore. Grâce à certains de ces anciens soldats, nous avons pu découvrir que le roi a instauré la loi martiale, ainsi qu'un couvre-feu. Toute personne ne respectant pas les nouvelles règles est immédiatement arrêté.

Je restai stupéfait. Saintes déesses, comment la situation avait-elle pu devenir aussi catastrophique en si peu de temps ? Hyrule était-elle condamnée à vivre des heures sombres ?
- Après notre mission de sauvetage, nous avons reçu une missive du Roi. Ce dernier nous considère désormais comme des ennemis, et demande aux autres peuples de se liguer contre nous.
Une guerre civile dans Hyrule ? Je ne pouvais tout simplement pas y croire. Jusqu'où la folie du roi mènerait-elle ce pays ? Et les autres peuples ? Les Gorons, les Piafs... avaient-ils... ?
- Mon Prince, commençai-je faiblement. Je vous remercie pour votre aide, mais je ne peux rester ici en sachant que vous êtes tous en danger par ma faute.
- Je comprends ton inquiétude, Link, mais sache que nous aussi avons de l'influence. Par ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à nous rappeler ce qu'a fait ta famille pour nous, Link.
- Auriez-vous... réussi à convaincre d'autres personnes de vous aider ?

Alors qu'elle était restée discrète durant tout ce temps, la jeune Piaf s'avança.
- Je ne me suis pas encore présentée je crois. Je m'appelle Médolie et je suis la fille du chef des Piafs. Mon grand-père Teba a combattu aux côtés du tien contre Vah'Medoh avant de devenir le chef du village. Nous sommes depuis redevables envers ta famille, et aujourd'hui, il est temps pour nous de te renvoyer la pareille en apportant notre soutien.
- Par ailleurs, ajouta Impa, les Gorons ont annoncé que cette affaire ne les concernait pas et qu'ils resteraient neutres, ce qui est mieux que rien.
En apprenant que la majorité des peuples se rallaient aux Zoras ou délaissaient Mahor, je sentis l'espoir revenir en moi. Si le Roi se retrouvait seul, nous avions une chance. Tout dépendrait cependant du dernier peuple...
- Et les Gerudos ? Ont-elles aussi rejoint l'alliance ?
- Malheureusement, nous n'avons jamais eu de réponse. J'ignore si ce silence est intentionnel, mais cela nous inquiète tous. C'est pourquoi une délégation va être envoyée afin de rencontrer en personne la Reine Nahbora.

Rencontrer la Reine Nahbora ? On la disait assez autoritaire, et surtout peu encline à laisser des étrangers se mêler de ses affaires. Et en plus, seules les femmes ont le droit d'entrer dans la cité. Je plaignais d'avance les malheureuses qui seraient chargées d'une telle mission.

- Je compte par conséquent sur vous pour convaincre la reine de nous aider.
Avais-je bien entendu ? Le Prince venait bien de dire "vous" ?
- Euh... par "vous" votre Altesse, vous vous adressiez à Alfine ?
Etait-ce mon imagination, où toute l'assemblée se retenait de rire devant ma soudaine gêne ?
- Oh excuse-moi Link, annonça Zelda. J'avais oublié de te dire que nous étions de la délégation avec Impa et Médolie.
Comment ça je faisais partie du groupe ? Jamais les Gerudos ne nous laisseraient entrer. Avant même que je puisse formuler la question, Médolie ajouta :
- Et ne t'inquiète pas pour l'interdiction d'entrer pour les Voïs, la princesse et moi avons une idée...
- Considère ça comme ta punition pour tout à l'heure, termina le Prince tout sourire.

A cette remarque, Impa et Médolie laissèrent échapper un ricanement, tandis que les autres me dévisageaient intensément. Une chose était cependant sûre pour moi. Quelle que soit l'idée géniale qu'ils avaient imaginée, elle n'allait certainement pas être de mon goût...

chapitres suivants...

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "USSYorktown". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

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