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Voyage au pays des âmes

Ecrit par Nessy, Nesumi, Nouka et Dark Link

Chapitre 1 : Rencontre nocturne   up

La nuit était fraîche en cette fin d'octobre et la lune était pleine. Link regardait les derniers enfants courir dehors. L'horloge indiquait 22h, Il était temps pour notre jeune héros d'aller se coucher. Après s'être rafraîchi et avoir enfilé sa tenue de nuit, Link se glissa dans ses draps. Il scruta la pièce comme chaque soir, la lumière du feu de cheminée faisait danser des ombres au plafond. De temps en temps, un cri d'enfant se faisait entendre. Quelques années plus tôt, c'était lui qui s'amusait le soir d'Halloween avec son meilleur ami. Link ferma les yeux et poussa un profond soupir. Seul le tic-tac de l'horloge brisait le silence qui s'était installé. Puis Link sombra.

Il émergea doucement de sa nuit. Il s'étira d'abord avant de se redresser dans son lit. Sa vue était encore un peu floue, mais il put déjà constater qu'il faisait encore nuit. Il se frotta les yeux pour mieux voir. L'horloge indiquait 22h05.
- Possible que le mécanisme se soit arrêté, pensa-t-il.
Il jeta un oeil par la fenêtre, le village était plus calme que d'habitude. Link se dépêcha de se changer, il trouvait l'atmosphère étrange. Il préférait voir ce qui clochait de ses yeux. Une fois devant la porte, il se rendit compte du silence. Un silence pesant et anormal. Link parcourut le village sans rencontrer personne. Il n'y avait aucune lumière aux fenêtres des maisons et aucune fumée ne sortait des cheminées.

La lune illuminait le village d'une lueur irréelle et le ciel était si clair qu'on aurait pu se croire en plein jour. Pourtant, l'atmosphère était oppressante et plus Link avançait entre les habitations, plus le malaise grandissait. Le bruit d'une clochette retentit, unique son dans le village silencieux. Une fois. Deux fois. Un son très clair et très lent qui lui était familier sans qu'il puisse l'expliquer. Link sentit un frisson désagréable courir le long de sa colonne vertébrale. Une part de lui voulait s'enfuir à toutes jambes pour trouver refuge dans son lit, la tête sous la couverture. Il prit son courage à deux mains - après tout, il était un héros - et se dirigea vers la clochette qui continuait à sonner à intervalles réguliers.

Le son l'entraîna jusqu'à la place du village. La fontaine en son centre ne coulait plus, ce qui n'était jamais arrivé encore. Assis sur le rebord, les pieds pendant dans le vide, quelqu'un était enveloppé dans une cape sombre et informe. On ne voyait que ses pieds nus. Son visage était dissimulé entièrement dans l'ombre. Il tenait la clochette au bout des doigts de sa main droite. L'inconnu releva la tête vers Link et agita une nouvelle fois la clochette. Link fit un pas en direction de l'étranger, quand celui-ci sauta de sa place pour se retrouver dos à notre héros.

- Attends ! cria Link.
L'inconnu ne se retourna pas. En guise de réponse, il tendit son bras et fit encore retentir la clochette.
- Qui es-tu ?

L'inconnu pivota légèrement de manière à pouvoir le regarder. Link aperçut des yeux d'un bleu magnifique. Il se trouvait littéralement envoûté quand un rire enfantin mais à la fois machiavélique se fit entendre. Link détourna son regard l'espace d'une seconde pour voir d'où provenait ce ricanement qui lui avait glacé le sang, mais quand il regarda en direction de la fontaine, l'étranger avait disparu. Sur le rebord, quelque chose scintillait à sa place. Il s'avança pour découvrir la petite clochette. Il la saisit et l'examina. Dessus il y avait de minuscules inscriptions qu'il avait du mal à déchiffrer.

Le rire d'enfant retentit encore une fois dans le lointain, lui faisant lever la tête, mais l'inconnu avait vraiment disparu, le laissant seul dans le village désert et à nouveau complètement silencieux. Link leva la clochette jusqu'à ses yeux. C'était un très bel objet, dans un métal scintillant sous la lune. Il passa son pouce sur les inscriptions et celles-ci s'illuminèrent brièvement. Link se décida à la faire tinter. Il ne voyait pas quoi en faire d'autre. Le tintement cristallin résonna à ses oreilles et, à nouveau, lui parut familier. C'était comme s'il l'avait déjà entendu par le passé, mais son cerveau n'arrivait pas à se rappeler quand. Le souvenir auquel il était associé ne semblait pas agréable vu comment il hérissait tout son être.

Un mouvement dans le coin de l'oeil capta soudain son attention. Il se retourna aussitôt, mais ne vit rien. Il s'approcha doucement et avec prudence vers les tonneaux où il avait cru apercevoir quelque chose se cacher. Il se pencha pour voir, mais rien. Link se gratta la tête, perplexe, quand il sentit un souffle glacial sur sa nuque. La stupéfaction le paralysa. Puis, des petits doigts fins virent le chatouiller. Il se retourna mais ne vit personne. Cet étranger se jouait de lui.

- Montre-toi ! Je n'ai pas peur ! cria-t-il, agacé.
- Tu n'as pas peur ?! fit une voix derrière lui.

Link fit volte-face, mais encore une fois, l'autre restait invisible. La clochette dans ses mains tinta d'elle-même, attirant son attention. Link la rapprocha devant ses yeux pour l'examiner bien plus minutieusement que lorsqu'il l'avait trouvée. Les inscriptions étaient en ancien hylien. Il plissa les yeux pour les déchiffrer :

"Seul le Héros du Vent peut vaincre les ennemis de la Lune de Sang". Link ne comprenait pas ce que cela signifiait.
- La Lune de Sang fait revivre tous les monstres que tu as tués, le savais-tu ? expliqua la voix de l'inconnu, résonnant de partout à la fois.

Agacé par ce petit jeu, Link s'éloigna de la place du village alors qu'une lune rouge, une lune de sang, apparaissait dans le ciel. Il n'avait jamais vu un tel phénomène. Ce qu'avait dit l'inconnu était-il vrai ?

Ses pas le menèrent à l'extérieur du village. Il y avait un ancien campement de monstres dans cette direction. Il les avait éliminés quelques mois plus tôt. Soudain, dans une brume aussi rouge que la lune, les monstres réapparurent devant ses yeux ébahis. Il y eut du bruit derrière lui. Link se retourna brusquement pour se retrouver face à un Lynel qui chargeait. Link sauta en arrière pour éviter sa monumentale épée. Lui était totalement désarmé. Derrière lui, les autres monstres encourageaient le Lynel. Link savait qu'il ne devait pas rester entre celui-ci et les autres au risque de prendre une flèche dans le dos ou une pierre en pleine tête. Il plongea au sol lorsque le Lynel porta un nouveau coup, fit une roulade et se redressa aussi vite. Il l'avait déjà fait des dizaines de fois par le passé. Il profita de la seconde d'hésitation de son adversaire pour lui sauter sur le dos, mais sans arme, il n'avait aucun moyen de défaire la bête. Le Lynel rua de toutes ses forces. Link se cramponna à sa crinière de son mieux. Comme il l'avait craint, les Bokoblins s'en mêlèrent et commencèrent à le bombarder de cailloux à défaut de flèches. L'un des projectiles finit par atteindre son but alors que Link tentait toujours de rester sur le Lynel. Le caillou l'atteint à la tête, lui faisant lâcher prise et il perdit l'équilibre. La rencontre avec le sol fut brutale. Link sentit toutes ses dents s'entrechoquer et le souffle lui manqua. Par réflexe, il réussit à se retourner sur le dos, mais trop tard. Le Lynel était déjà sur lui, prêt à le transpercer. Avec horreur, il vit l'épée brandie au-dessus de lui. Cette fois, tout était fini. Le Lynel porta le coup fatal, visant la tête. Dans un dernier geste défensif bien inutile, Link croisa les bras devant son visage. Sans le vouloir, il poussa un cri.

- Hihihi ! Tu es brave, mais même face à la Mort, toi aussi, tu peux crier ! Tu vois, tu vois, tu peux avoir peur, se moqua la créature aux yeux orange. Pas grave, pas grave ! Hihihi !
Link rouvrit les yeux. Il était au sol, sur le dos, dans la même position que face au Lynel. Seulement, il n'y avait aucune bête, aucun monstre. Il se redressa pour se rendre compte qu'il était toujours sur la place du village. L'autre était à côté de lui, sautillant d'un pied sur l'autre.
- Que m'as-tu fait ?
L'inconnu sauta sur le bord de la fontaine pour y marcher en équilibre comme l'aurait fait un enfant. Il riait encore de la blague qu'il venait de jouer à Link. Mais était-ce bien une blague de mauvais goût ou un test ?
- Qui es-tu ?
- Je suis tout le monde, et à la fois personne.
- Comment ça ? s'exclama Link. Je ne comprends pas.
L'étranger sauta devant notre jeune héros. Stupéfait, Link recula de plusieurs pas. Sous la capuche, seuls les yeux d'une couleur orangée brillaient. Link était persuadé qu'ils étaient bleus un instant plus tôt. Il essaya de deviner son visage sous sa capuche, en vain.
- Que me veux-tu ?
L'inconnu désigna la clochette que Link avait toujours en main.
- Que tu suives ton destin, jeune Héros.
Il rit à nouveau, sautillant d'un pas en arrière, puis disparut. Il réapparut sur le toit de la maison la plus proche. Assis sur le rebord, les pieds ballant dans le vide, il fit un petit signe de la main au jeune homme.
- Ils arrivent ! Vite, vite !

Chapitre 2 : Le cortège de l'entre-deux mondes   up

A peine avait-il dit cela que des langues de brouillard rampèrent sur le sol, recouvrant les pieds de Link. Les nuages commencèrent à obscurcir le ciel, faisant disparaître la lune. Link entendit un nouveau bruit de clochette. L'inconnu n'avait pas bougé de son toit et pointa un doigt fin droit derrière l'Hylien qui se retourna. Au coeur du brouillard se dessinèrent des lueurs alors que les clochettes, plus nombreuses, retentissaient encore. Très vite, Link réussit à distinguer des silhouettes dans les brumes. Les lueurs venaient des lanternes que certains portaient au bout de longues perches. Finalement, ce fut tout un cortège qui sortit du brouillard. Les hommes et les femmes qui le composaient portaient tous un masque différent et étaient vêtus de grandes robes blanches au col et aux manches brodés de rouge. Certains d'entre eux portaient les lanternes, d'autres des clochettes identiques à celle que Link avait en main. Ils encadraient de magnifiques palanquins en bois peints en rouge, blanc et jaune dont les rideaux étaient tirés. Le cortège s'arrêta à la hauteur de Link qui ne comprenait rien de ce qui lui arrivait. Un des palanquins se trouvait devant lui à quelques pas seulement.

- Qu'attends-tu ? lui lança l'étranger toujours sur le toit.
Link leva les yeux vers lui.
- Je n'ai aucune idée de ce que tu veux que je fasse !
En une fraction de seconde, l'étranger se matérialisa à côté de Link qui trébucha et se retrouva sur les fesses.
- Sais-tu quelle nuit nous sommes ? Tu connais certainement les légendes sur cette nuit.
Link n'était pas sûr de savoir quoi répondre, mais il hocha la tête.
- Dépêche-toi, dépêche-toi ou il sera trop tard, répondit seulement l'autre en désignant le cortège qui reprenait sa route.

D'un claquement de doigts, il fit apparaître un masque au-dessus de sa main. Il était très coloré, en forme vaguement de coeur, sans bouche mais avec deux gros yeux grand ouverts et des pics un peu partout. Il mit aussitôt Link très mal à l'aise, encore plus que tout le reste.

- Rejoins-les. Cette nuit est la seule nuit où tu pourras le faire. Mais attention ! Attention ! S'ils savent que tu fais partie de l'autre monde... hihihi...
Il claqua encore des doigts et le masque se retrouva entre les mains de Link qui ne comprenait toujours pas ce qui se passait.
- Mais pourquoi dois-je aller là-bas ? demanda Link en regardant le cortège à nouveau.
L'inconnu surgit brusquement devant lui, plongeant ses yeux orange dans les siens.
- Tu ne veux pas ramener l'âme de ton ami ?
Il s'éloigna en sautillant, riant toujours.
- Mon ami...
Link ne demanda pas de qui il parlait. Il ne le savait que trop bien. Il n'y avait qu'une seule personne pouvant se trouver au Royaume des Morts, puisque c'était de cela dont il s'agissait.
- Allez ! Vite ! Vite ! fit l'inconnu en poussant Link dans le dos.
Celui-ci marcha en direction du cortège sans trop savoir quoi faire.
- J'oubliais : tu dois être revenu avant le lever du soleil, lui cria l'autre alors qu'il atteignait les gens masqués. - Pourquoi.... commença Link avant de s'interrompre.

Mais, bien sûr, il n'y avait plus personne. Il ne savait toujours pas où il devait se rendre, mais il continua en direction du plus grand palanquin, mettant le masque sur son visage. Le cortège avait repris sa marche, d'un pas très lent, presque irréel. Les hommes et femmes le fixaient tous derrière leurs masques. Link se retrouva devant la porte du palanquin le plus proche. Le brouillard commençait à s'épaissir quand la porte s'ouvrit toute seule. Il regarda autour de lui quand l'un des hommes du cortège pointa le palanquin du doigt. Link fit un pas en direction de la porte, mais il n'était pas rassuré. Il mit la main sur la poignée, un pied sur la marche et se hissa à l'intérieur. Il y faisait noir, mais à force de tâtonner, il finit par trouver une banquette où il s'installa. La porte se referma alors dans un grand claquement. Une secousse lui fit comprendre que le cortège avait repris son chemin.

- Bonjour Link... fit une voix vacillante en face de lui.
La vision de Link finit par s'habituer à l'obscurité, mais il ne put que deviner les contours de la silhouette de son interlocuteur.
- Je sais qui tu es et d'où tu viens, reprit la voix.

La silhouette leva la main pour l'empêcher de l'interrompre. Il y eut un tintement de clochette similaire à celui qui l'avait conduit dans cet étrange entre-deux mondes et avisa que la personne en face de lui tenait un grand bâton surmonté de plusieurs de ces clochettes.

- Tu n'as rien à craindre de moi. Les autres, en revanche... Garde bien ton masque en place tant que tu es dans le cortège et même au-delà.
Link hocha la tête. Il faisait chaud sous le masque que lui avait donné l'inconnu encapuchonné, mais il avait bien saisi l'avertissement.
- Entrer est facile, en ressortir beaucoup moins, surtout si tu ramènes ce que tu es venu chercher. On ne laisse pas s'échapper facilement les âmes ici. Tu trouveras un allié de l'autre côté, mais il a ses propres buts, ne l'oublie jamais, reprit l'autre en agitant une nouvelle fois son sceptre et ses clochettes.
Chaque tintement semblait résonner dans le masque de Link jusqu'à son coeur, lui laissant une étrange sensation.
- Va maintenant. Tu as peu de temps et nous sommes presque arrivés à la Porte des Âmes.

Il lui désigna la porte du palanquin opposée à celle par laquelle il était monté. Le jeune héros obtempéra, se doutant bien qu'il ne servait à rien de poser plus de questions. Son destin était toujours le même : rencontrer des gens bizarres qui lui parlaient par énigmes et il devait se débrouiller seul ensuite pour comprendre quoi faire.

Chapitre 3 : La Porte des Âmes   up

Link sortit du palanquin pour découvrir que le décor avait changé. La brume avait disparu, le village aussi. Sous ses pieds, il n'y avait rien et cela lui donna une impression de vertige. Il dut fermer les yeux un instant pour se reprendre et il préféra se concentrer sur le ciel étoilé qui entourait le cortège. C'était comme s'ils avançaient au milieu des étoiles sans savoir où commençait le ciel et où se terminait le sol, s'il y en avait un.

Quelqu'un le percuta, faisant sonner les clochettes. La personne portait un masque ressemblant à un renard blanc avec des dessins rouges. Elle le fixa intensément. Mal à l'aise, Link tourna la tête et se mit à marcher. Il ne fallait surtout pas qu'il se fasse remarquer. Sentant le regard du Renard peser dans son dos, il avança, calquant son rythme sur l'âme le précédent, se fondant dans la masse. Quand les autres faisaient tinter leurs clochettes, il faisait de même.

Il finit par apercevoir ce dont la personne dans le palanquin avait parlé : la Porte des Âmes. Le cortège se mit à grimper une pente scintillante menant à une sorte d'arche entourée de rouages gigantesques tournant avec lenteur. Les montants étaient d'or, sculptés de signes qu'il n'avait jamais vus. Trois statues monumentales en albâtre encadraient la porte, deux sur les côtés et une au-dessus. Link sentit un frisson le parcourir en observant ces lions géants à la crinière lumineuse et aux pattes si larges qu'elles auraient pu facilement écraser une maison comme si elle n'était rien, et en saisissant qu'ils étaient vivants !

Le cortège s'arrêta et le palanquin dans lequel Link était entré un peu plus tôt avança jusqu'aux gardiens de la porte. Les trois lions l'observèrent avec attention. Les clochettes retentirent à nouveau et l'espace au centre de l'arche se troubla, comme s'il était fait d'eau et qu'une gouttelette venait d'en troubler la surface. Le palanquin avança et traversa la porte pour y disparaître. Aussitôt, le cortège se remit en route sous le regard des gardiens. Parfois, l'un des lions reniflait une âme pour l'inspecter. L'imagination de Link n'avait pas beaucoup à travailler pour savoir que si l'un d'eux devinait qu'il était vivant, il ne le resterait pas très longtemps. C'est donc avec appréhension qu'il vit se rapprocher le moment où il devait lui aussi passer la porte. Il avait beau regarder, il était incapable de deviner ce qu'il y avait de l'autre côté. Les palanquins et les âmes qui s'y engouffraient disparaissaient purement et simplement.

Link arriva à proximité des lions qui se penchèrent vers lui, tous les trois. Il fit de son mieux pour rester impassible, continuant à avancer comme il avait vu les âmes le faire. Les géants étaient si proches de lui qu'il pouvait sentir leur souffle froid et il fut bien content de porter un masque les empêchant de voir son visage. Les lions hésitèrent, le reniflant sous toutes les coutures et il crut que la supercherie était découverte quand il sentit le Renard derrière lui le pousser pour qu'il avance un peu plus vite. Il ne se fit pas prier et ce fut avec soulagement qu'il vit les gardiens reprendre leur place. Son tour arriva de passer la porte et de plonger dans l'inconnu. Il prit une grande inspiration et franchit le passage à son tour, suivi par le Renard.

- Qu'est-ce qui m'a fichu un empoté pareil, soupira le Renard avec agacement. Un peu plus et tu te faisais écrabouiller. Pas que cela m'aurait gêné, remarque. Pendant qu'ils jouaient à déchiqueter ton âme en tous petits morceaux, j'aurais été tranquille.

Link n'eut pas le temps ni de lui répondre, ni de regarder où ils étaient arrivés que le Renard l'attrapa par le col pour le tirer à l'écart, derrière ce qui ressemblait à un rocher. Il leva brusquement le masque de Link pour regarder son visage.
- Ça aurait pu être pire, dit-il avec ce qui ressemblait à un rire.

Le Renard releva son masque à son tour. Link ne cacha nullement sa surprise en découvrant un visage enfantin tout en rondeurs et indubitablement féminin. La peau de la Renarde était d'un bleu très clair et noire. Elle avait d'étranges yeux orange et cachait des cheveux d'un roux flamboyant sous la toge qui lui dissimulait la tête. Ses canines étaient plus longues que la moyenne et l'une d'elles saillait légèrement lorsqu'elle souriait en coin. Elle avait tout du diablotin, la malice dans le regard compris.

- Quoi ? Dis quelque chose ! Est-ce que je suis si belle que ça te coupe le sifflet ?
Elle ricana encore et rabaissa le masque de Link avec autorité, puis le sien.
- Je m'appelle Midona. Je ne me vexerais pas si tu m'appelles "Maître".

Midona s'éloigna de quelques pas et regarda le paysage qui s'étalait devant leurs yeux. Le cortège des âmes continuait sa progression, s'enfonçant au coeur d'un bois. L'atmosphère y était à la fois mystérieuse et calme. Des lucioles, ou ce qui y ressemblait, voletaient un peu partout dans l'obscurité.

- Mais qui es-tu ? demanda Link en se forçant à s'extirper de cette vision de sérénité.
- Ecoute, on ne va pas rester à bavasser inutilement. Le temps passe et moi, je n'ai aucunement l'intention de rester coincée ici. Suis-moi.

Elle démarra aussitôt sans l'attendre, retournant vers le cortège pour s'y mêler à nouveau, cette fois en queue. Link hésita une seconde, puis se joignit à elle. Ils suivaient les dernières âmes qui entraient dans le bois.

- Tu sais où nous allons ?
Midona soupira en levant les yeux au ciel.
- Des questions, toujours des questions... Tu ne sais vraiment rien, toi. Ça t'arrive souvent de partir à l'aventure sans te préparer d'abord ?
Link devait reconnaître que oui, c'était son quotidien, mais il ne le dit pas à haute voix. Le sarcasme de Midona n'appelait pas réellement de réponse.
- Tu sais au moins que tu ne dois pas encore être ici quand l'aube pointera dans ton monde ?
- Oui, mais comment savoir combien de temps j'ai encore ? demanda-t-il en notant que Midona avait dit "ton monde" et pas "notre monde".

Midona attrapa la main droite de Link et retroussa légèrement sa manche. Il ouvrit grand les yeux de surprise en constatant qu'il portait un bracelet de perles du même métal que la clochette qu'il avait toujours en main. Il y en avait huit et l'une d'elles était en train de se craqueler.

- Le temps passe plus lentement ici, mais il passe tout de même. Chaque perle correspond à une heure. Quand elles auront toutes disparu, il sera trop tard pour partir d'ici. Si tu ne veux pas rester coincé, tu as intérêt à repasser la Porte des Âmes avant que la dernière ne tombe en poussière.
Link observa les perles, puis hocha la tête pour signifier qu'il avait parfaitement compris l'avertissement.
- Qu'est-ce que tu fais ici, Midona ?
- Si on te le demande, tu diras que tu n'en sais rien.
Il devina qu'elle souriait avec malice sous son masque.
- Nous devons tous les deux ramener quelque chose d'ici et comme un fait exprès, elles sont au même endroit. Comme tu ne sais rien, tu as besoin de moi pour t'y rendre. Et moi, j'aurai bien besoin d'un serviteur. La vie est bien faite, n'est-ce pas ? ricana-t-elle encore une fois.
- Je ne suis le serviteur de personne.
- Mais oui, mais oui. Cesse donc de parler maintenant. Ce que tu peux être bavard !

C'était bien la première fois qu'on accusait Link de trop parler ! Cela lui fit un choc et il préféra ne rien ajouter pour marcher en silence. Les lieux l'y poussaient de toute manière. Tout en avançant, Link observait la forêt qu'ils traversaient. Ce qu'il avait d'abord pris pour des lucioles avait tout de fées. On pouvait voir leurs ailes diaphanes lorsqu'elles passaient à proximité. Il remarqua que Midona se raidissait lorsqu'elles approchaient de trop près, mais il ne posa aucune question.

Chapitre 4 : La malédiction des Damnés   up

Peu à peu, ils prirent leurs distances avec le cortège pour être les derniers à fermer la marche. La première perle venait de tomber en poussière quand le sentier que la procession suivait se divisa en deux. Midona lui attrapa la manche pour les faire bifurquer à droite alors que les palanquins et leur escorte d'Âmes continuaient à gauche.
- Pourquoi nous ne les suivons pas ? demanda Link.

Midona se contenta de lever les yeux au ciel en guise de réponse. Tous deux continuèrent de marcher en silence. Link en profita pour regarder ce paysage magnifique et à la fois si mélancolique, puis il essaya de se rappeler pourquoi il était là. Midona le vit secouer la tête à plusieurs reprises.

- Tu commences à oublier. Il va falloir que tu luttes contre ça, où notre mission sera un échec et tu resteras ici à tout jamais.
- Je fais de mon mieux, mais je n'arrive pas à me rappeler pourquoi je suis ici.
- Et ben à ce rythme ton ami sera coincé ici avec toi.

Link avait beau réfléchir et se creuser les méninges, il n'avait pas de souvenirs de qui il devait sauver. Il continua alors à marcher en silence en espérant ne pas perdre plus de mémoire. Quand Midona s'arrêta, Link constata qu'il venait de sortir de la forêt, il réussit enfin à distinguer le ciel qui avait une teinte jaune orangé. Il était émerveillé par ce changement d'atmosphère. Au loin se dressait devant eux un magnifique palais.

- C'est là où nous devons nous rendre !
Link acquiesça de la tête. Midona vérifia que son masque était bien placé et fit signe à Link de faire de même.
- N'oublie pas, on ne doit pas savoir que tu viens de l'autre monde. Un vivant au pays des âmes serait une première.
- Si je comprends bien, c'est ici que vivent les morts.
- Est-ce que j'ai une tête de mort ?!
Link secoua la tête pour dire non.
- Tu ne sais donc pas qui je suis ?!

Midona, agacée, croisa les bras sur sa poitrine et mit un coup de pied dans une pierre. Elle chuchota pour elle-même "pourquoi m'avoir collé un sot pareil, cela m'apprendra à vouloir faire les choses trop vite". Link regarda son bracelet : une des perles commençait déjà à s'estomper.

- Tu as dit que le temps passe moins vite ici ?
- Oui, pourquoi ? demanda Midona.
Link lui montra le bracelet.
- C'est mauvais signe, il va falloir aller plus vite que prévu.
- Mauvais dans quel sens ? l'interrogea Link.

Midona lui tourna le dos et se remit en marche sans lui donner de réponse. Celui-ci commençait réellement à s'inquiéter de son retour dans son monde. Link regarda une nouvelle fois le bracelet, puis emboita le pas à Midona. Ils approchèrent du palais, doucement, et commencèrent à bifurquer, comme pour le contourner. Link ne dit rien, et se contenta de suivre silencieusement Midona, un peu en retrait. Il observa le palais et remarqua qu'il était entièrement recouvert d'inscriptions complexes d'un bleu/vert clair, contrastant à merveille avec la noirceur de la pierre. Il s'arrêta pour essayer de les déchiffrer.
"C'est que ces symboles ressemblent beaucoup à de l'Hylien !" pensa Link. "Cette courbe et celle-là font partie du mot protection, et celle-ci de... damné ?".

- Bon, tu te bouges un peu ?! s'exclama Midona, les poings sur ses hanches, tout en tapant du pied.
- O-oui ! C'est juste que... Que signifient ces symboles ? demanda Link en désignant les murs du palais.
Midona stoppa tout mouvement et se retourna vivement. Un peu trop au goût du blond.
- T'as pas besoin de le savoir ! Allez, continuons, sinon tu n'auras bientôt plus de perles à ton poignet, et tu ne me seras plus d'aucune utilité ! râla Midona en repartant.
Link dut courir pour la rejoindre et ils continuèrent leur avancée en longeant les murs. Soudain, elle s'arrêta et commença à tâter la pierre.

- Que cherches-tu ? demanda Link.
Midona ne dit rien et se contenta de toquer trois fois à un endroit précis. Un pan du mur pivota, laissant apparaitre un couloir sombre dont on ne voyait pas le bout.
- Passe-moi une branche au sol, ordonna Midona à Link.

Celui-ci ne comprit d'abord pas, mais se reprit vite. Il chercha du regard une branche morte, en trouva une et la ramassa. Cette dernière était rugueuse et d'un noir bleuté étrange. Il la donna à Midona, qui l'examina un instant avant de la frapper violemment sur le sol. Link crut qu'elle allait se briser, et c'est ce qui aurait normalement dû arriver ! Sauf qu'au lieu de ça, le bout ayant rencontré le sol s'enflamma. Mais ce qui surprit le plus le blond, ce n'est pas qu'elle s'enflamma, c'est que ces flammes étaient d'un bleu marine étincelant, puis qu'elles se durcirent, formant comme une flamme solide bleu glacier. Midona observa un instant le regard ébahi de Link, et ce dernier crut déceler dans les yeux de sa guide une émotion qu'il n'aurait jamais imaginé qu'elle puisse ressentir. Mais était-ce de la tristesse ? De la peine ? Autre chose ? Il n'aurait su dire.

Midona se retourna soudainement et s'engouffra dans le couloir, obligeant à nouveau Link à courir pour la rattraper. Le couloir ressemblait à une sorte de boyau tout craquelé et couvert de symboles, se rétrécissant de plus en plus au fur et à mesure qu'ils avançaient. Cette fois, les symboles n'étaient pas de l'Hylien, ou en tout cas, cela ne ressemblait en rien à ce que Link connaissait. Il voulut faire glisser ses doigts le long de la paroi, mais à peine l'avait-il touchée qu'une sorte de décharge électrique lui traversa le corps.

- Ce sont les Damnés qui les ont gravés. Ces mots sont encore imprégnés de leur présence et de leur puissance, alors c'est normal qu'un humain ne puisse pas toucher les parois de ces murs.
Link sursauta. Il ne s'attendait pas à ce que Midona lui adresse la parole de cette façon. Il allait dire quelque chose, mais elle le coupa.
- Ils les ont gravés avec leurs ongles, à même la pierre, dans toute la souffrance qu'une âme damnée peut ressentir.
Elle rapprocha sa torche d'une partie du mur, qui s'illumina d'un bleu sombre.

"Ô Maîtresse de l'ombre, Majesté des êtres rejetés,
Puisses-tu entendre notre tourment, à nous les êtres dépravés.
Abats le héros qui nous a, jadis, pourfendus de sa lame,
Apaise nos esprits brisés,
Sors-nous de ce mal qui nous ronge,
En lui faisant subir le même supplice auquel il nous a destinés.
Fais-le errer dans les Limbes,
Brûle-le mille fois dans les flammes noires des Enfers,
Et scinde son âme en deux, le divisant et le perdant à tout jamais."

... lit-elle calmement. Puis elle repartit, laissant un Link perturbé derrière elle. Que signifiait ce message ? Que voulait-il dire ? Et pourquoi le lui avait-elle lu ? Mais surtout, comment se faisait-il qu'elle sache lire cette écriture ? Tant de questions sans réponse... Quand Link rattrapa Midona, celle-ci s'était à nouveau arrêtée pour éclairer un autre message.

"Ô Héros pourfendeur d'âmes, sois maudit à jamais !
Que ton âme se scinde en deux, et erre à jamais dans les deux mondes,
Ne retrouvant jamais la paix.
Pénètre dans le royaume interdit aux vivants,
Affronte ta plus grande peur devant le Miroir de Vérité.
Laisse-toi guider par la Mort elle-même, en évitant de te perdre dans les tréfonds du Crépuscule.
Gare au péché, aux âmes damnées qui hantent les lieux, car le [...]"

... déchiffra-t-elle à nouveau, sauf que la fin était devenue illisible à cause du temps. Elle se retourna vers Link, et recula lentement, pour disparaître dans le noir malgré sa torche.

- Attends ! Pourquoi me lire tout cela ! appela Link.

Il ne reçut en guise de réponse que le craquement de ses perles. Il avança pour rejoindre Midona et atterrit dans une pièce sombre. À son arrivée, des flambeaux de flammes bleues s'allumèrent pour dévoiler un miroir au cadre d'or et de rouge. Soudain, une voix enfantine ricana et murmura dans son oreille d'une voix qui lui était familière.

- Il ne te reste plus que quatre perles, hihihi, impudent humain !

A suivre...

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Nessy, Nesumi, Nouka et Dark Link". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

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