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Légende de Zelda : Divinités antagonistes

Ecrit par Jean-Yann
Chapitres 1 à 24   •   Chapitres 25 à 48   •   Chapitres 49 à 65   •   Chapitres 66 à 86   •   Chapitres 87 à 98   •   Chapitres 99 à 109   •   Chapitres 110 à 112
Chapitre 87 : Il voit enfin   up

Il était 12h25. La troupe Gorman avait, sous l'impulsion de Kafei, décidé de privatiser les locaux du Milk Bar pour s'entraîner en plein jour. Le propriétaire, Barten, entretenait de bons rapports avec le directeur du cirque. Il laissa ainsi la troupe de son ami Gorman s'exercer sur la scène. Guru Guru, Ao, Aka, Marilla et Judo. Tous étaient conscients de la présence de la petite Hélia : cette dernière s'étant permis de les suivre. Seul Gorman ignorait la présence de ce sixième membre. Les enfants n'étaient pas autorisés normalement dans cet établissement. Mais en journée, le propriétaire se montrait magnanime. Il laissa donc Hélia s'aventurer dans les locaux.
Tandis que les artistes s'affairaient sur scène, Gorman broyait du noir en solitude. Il ne daignait même plus regarder le travail de sa troupe. Pour lui, cette année allait être la dernière de sa vie dans le show business et elle allait se terminer sur un fiasco.

Les artistes avaient décidé d'employer leur énergie dans une comédie musicale. L'intrigue était la suivante : Un couple, Lysandre et Lianna (Ao et Judo) écoulait des jours heureux au bord d'un fleuve. Ce dernier achevait sa course dans une grotte où se terrait un terrible magicien (Guru Guru). Souffrant de solitude et, par conséquent, très jaloux des scènes d'amour dont il est était témoin chaque jour, il fomenta la dissolution du couple. De la réflexion des deux amoureux sur le plan d'eau naquit un autre couple identique au premier (Aka et Marilla). Les nouveaux individus étaient censés semer la confusion au sein du couple en se substituant tantôt à l'un, tantôt à l'une. Mais, face à la complicité des deux amoureux, le subterfuge ne marcha pas. Le sombre magicien avilit ses deux créations pour qu'elles attentent aux jours des tourtereaux. Un combat eut lieu et ces derniers eurent raison de leurs adversaires. Le magicien mourut car éprouvé par sa solitude et les sorts nécessaires pour invoquer le faux couple... et ce fut la fin.

La fin ne plaisait pas à Hélia, mais son respect et ses liens d'amitié avec la troupe l'enfermèrent dans un mutisme. Il se jouait, sous les yeux de la petite, la scène d'affrontement entre les deux couples. Tandis que les hommes simulaient un duel de magie en jonglant en binôme des boules enflammées, les femmes y allaient au corps à corps. Démonstrations de leurs prouesses physiques, balayages pédestres dessinés à la manière d'un compas et cabrioles aériennes défiant la gravité rythmaient le combat. Les deux tandems se livraient à un ballet ultime. L'apothéose du spectacle était là...

- ... toutefois, elle retombe trop vite, remarqua Marilla. Le méchant meurt juste après de solitude et d'épuisement.
- Le chef nous laisse carte blanche pour tout, confia Aka. Moi, je crois qu'il est las de ça.
- Il nous faut un autre avis alors, déclara Guru Guru. Hélia ! Qu'en penses-tu ?

Depuis le bar, Gorman l'avait entendu : le nom d'Hélia. Depuis quand Guru Guru avait-il une amie imaginaire ? La veille, ses artistes agissaient de manière bizarre. Des réponses sans questions, des questions sans réponses. Mais toujours un semblant de conversation, de correspondance avec une entité vaporeuse. Il tourna la tête vers sa troupe. Chacun regardait dans la même direction. Et dans ladite direction... il n'y avait rien. Il en vint à l'ultime conclusion : les artistes sont barges. Et il retourna à son verre de lait alcoolisé, énième tribulation.
L'on disait, à Bourg Clocher, que Barten avait tellement vu défiler de personnalités différentes à son bar (et de ces cas ! cf. Tingle) qu'il avait développé une infinité de sens. Tous dédiés à la compréhension de son prochain.

- Tout comme ton coeur, tes yeux ne regardent pas où il faut. Il n'y a que l'imbécile qui regarde le doigt.
- Arrête -hic- ton baratin ou tu retrouveras ton verre là où je pense. Tu le vois mon -hic- ... doigt là ?
- Ce que les gens regardent, écoutent, sentent est ce que leur esprit met en lumière, que ce soit bon ou mauvais. Maintenant, si tu sors un peu de ton passé qui est un écran de fumée et que tu ancres ton esprit dans le présent, tu verras et comprendras quelle lumière peut drainer autant de regards et d'attention.
- J'ai déjà vu bien assez ! Hic ! J'ai vu ce que mes frères n'ont pas vu, donc j'ai vu ce que je ne devais pas voir...
- Il n'y a d'interdits que ceux que l'on s'impose. Tu as vu ce que tu as osé voir, tu n'as pas attendu pour bien vivre. Car ici bas, on ne fait qu'entamer, on ne tire jamais vraiment la révérence. Mais commencer est bien ce qu'il y a de plus dur. Maintenant que tu l'as fait, sois en paix avec cela. Raisonne avec la lumière du présent et tu verras les choses sous un oeil nouveau. Des choses que tu ne peux pas voir sans te recentrer.

Pendant ce temps, les observations d'Hélia se révélaient très pertinentes et ambitieuses pour la troupe. Une accolade de Judo qui entra dans la confidence avec l'enfant incita celle-ci à monter sur scène avec les autres.

- Même le goût du lait me rappelle l'élevage et les étales. L'alcool ? Ma vie de Champagné. A l'aube... hic... de ma carrière. Je ne suis que l'ombre de ce que j'étais. Et j'ai amené mes frères dans ma tourmente.
- C'est l'immense frustration de ne pas avoir commencé quelque chose comme tu l'as fait qui les a amenés à se conduire de la sorte. Ils ont perpétué le cycle des aïeux tel un héritage empoisonné. Mais toi, avec ton esprit vivace, ton esprit a désigné les lumières de la ville. Tu as brisé ce schéma pour en amorcer un autre. Je te l'ai dit : on ne tire jamais vraiment la référence. Finir ta carrière ainsi à cause de l'issue de tes frangins...
- Alors tu me demandes d'être -hic- étranger au sort de ma famille ?
- Non. Il faut leur pardonner...

Une musique retentit. Un baume au coeur, panacée éthérée qui sculptait l'air de ses envolées oniriques. Gorman et Barten stoppèrent net leur discussion pour livrer leurs sens à cette saveur nouvelle. La détresse du chef de la troupe s'envola et il se leva, comme voulant saisir le son lui-même. Puis il vit le doigt du barman désigner la scène. Il tourna alors sa tête. Et il le vit : cet être frêle fuselé comme étant l'iris tubéreux d'un soleil lointain, la lumière contenue dans une forme humaine. Ses cheveux dansaient comme un feu au vent. La belle tempête cessa et les contours de la fille se précisèrent en même temps que sa lumière s'estompait. La flûte se désagrégeant, la fillette susurra cette parole :

- ... car ce spectacle est placé sous le signe de la réconciliation...

Gorman, bouche bée, s'approchait toujours plus de la blonde figure. Entité, divinité, humanité ? Quelle importance. A présent, il pouvait voir cette fille qui, dans sa générosité, avait dissipé sa brume et offert de sa radiance, de sa lumière. Il y voyait plus clair désormais. Il n'était pas seul, il avait aussi sa famille dans le monde du spectacle. Sa troupe : autant de personnes qui lui avaient confié leur destin et qui cheminaient encore avec lui, jusqu'au bout. Là était la lumière. Ce vivier de potentialités, ces pierres à polir. Les artistes peuvent être barges en effet, mais c'est d'abord pour dévoiler des horizons nouveaux.

Il était monté, sans le savoir, sur l'estrade, face à elle. Non content de la dominer ainsi, il exécuta une génuflexion et saisit la main d'Hélia pour l'implorer.

- Hélia...c'est ton nom n'est-ce pas ? Désolé. Mon passé aveugle mon présent et je ne remarque que maintenant ta présence. Pardonne le fou que je suis de quémander ainsi mais je t'implore. Accepterais-tu de jouer ce soir, ici même, avec nous pour le Carnaval du Temps ?

Hélia, gênée par la position de son vis-à-vis, laissa perler quelques larmes : c'était la première fois de sa vie qu'elle apparaissait aux yeux de quelqu'un qui ne pouvait pas la voir. Elle saisit la main de Gorman et répondit, dans le naufrage de ses yeux :

- Avec joie !!!

Chapitre 88 : "Aucun meurtrier n'a la chance que tu as"   up

L'oiseau de malheur éclipsait la fleur orange d'un nuage, irisée par les saccades étendues du soleil couchant. La bête dominait les nuées elles-mêmes. Mais la fatigue eut raison de sa magnificence. De même que la faim tiraillait l'homme qui le chevauchait. Enricko s'éleva sur une colonne ardente avant d'amorcer le déclin de sa courbe. Il commanda à son Condor de terminer sa course dans les reliefs qui se profilaient à l'horizon. Dans sa chute, virevoltante de mouvements aériens, il pouvait observer les différents biomes qui se succédaient dans la perspective pour, au final, s'assombrir dans le contre-jour.

Un sursaut capta son attention. Le gibier en cavale venait de s'enfoncer dans la forêt dense. Le Mando prit en chasse sa proie. Happé dans la masse obscure de ces bois ténébreux, Enricko zigzagua, bifurquant avec fluidité sur son coussin ardent. Ayant enfin l'animal de visu, il amorça une énième vrille pour abattre l'axe vertical de sa jambe flamboyante. La volte-face de l'animal dévoila ses yeux, lumerottes scindant l'obscurité d'une vague circulaire. Impossible de ne pas reconnaître un regard de biche. La mort allait s'abattre avec fracas sur elle. Enricko acheva son assaut.

Et là, il la vit : une femme aux traits fins et juvéniles. Un visage épuré, le regard absent, dénoué d'iris. Son châle, offert à tous les vents, ondulait son éclat bleu en arrière-plan tandis que ses jambes sveltes, habillées d'un collant noir zébré de sécantes émeraude, contraient le marteau pédestre du prédateur. L'onde de choc creusa un cratère sous les deux duellistes. Enricko accusa un salto arrière avant de manoeuvrer un retour à la stabilité tandis que son élégante adversaire sillonna allègrement dans les airs avec des mouvements de ballerine.

Les talons de ses chaussures gracieuses se posèrent dignement sans assener le sol. La biche avait disparu dans les confins sylvestres mais cela ne semblait pas inquiéter l'Elu de la Géhenne. Il était troublé par cette femme... cette adolescente au teint cyan qui lui laissait une impression de déjà-vu.

- Enricko...

La réverbération de sa voix happée et sinueuse choqua l'homme à la simple mention de son prénom. Il se saisit la tête, tentant de réprimer des souvenirs qui remontaient à la surface. Cette voix singulière. Il l'avait entendue à maintes reprises dans sa vie. Une voix qui le rattachait encore à son humanité, qui était le miroir de son coeur d'enfant arraché trop tôt à la rêverie.

- Ce... ce n'est pas possible... hésita le fabulateur. Pourquoi fallait-il que tu te matérialises maintenant ?! HEIN ??!! FAY !
- Enricko... il n'est pas trop tard pour revenir à la lumière...
- Cesse donc tes foutaises ! Débile ! C'est de ta faute si je ne fais pas corps avec le Dieu de la Destruction ! Et maintenant, après tout ce temps passé à me susurrer des inepties à l'oreille, tu veux me faire croire que tu avais véritablement un corps capable d'intervenir ?! Un corps que je peux enfin anéantir ?!
- Dès lors que le Héros du Temps a marqué ton torse avec l'Epée de Légende, je me suis souvenue... de ce lointain voyage que j'ai effectué avec votre ancêtre commun. Cette réminiscence du lien ineffable que j'ai tissé avec lui a scindé l'alliance que j'avais établie auprès de toi. Et à présent, ma conscience doit à nouveau s'unir à celle de son successeur pour mourir à nouveau. Mon corps est ainsi revenu pour que je puisse réaliser cette dernière tâche.

Enricko examina les boursouflures de scarification qui quadrillaient son torse. Effectivement, il se souvint de la bataille de la Forêt Kokiri où le Héros du Temps était parvenu à éventrer ses défenses et à taillader sa poitrine.

Il reprit son calme et tentait de comprendre ce que son interlocutrice était en train de déblatérer.

- Qui es-tu ? questionna le magicien. Tu me dis que tu as voyagé avec le Héros qui a défait mon Dieu. De jadis à naguère, tu as toujours été comme une seconde conscience qui tentait de prendre le relais de mon assentiment. Tu as envahi mon esprit ce jour fatidique où les Sheikahs ont massacré mon peuple. Es-tu une autre malédiction des Déesses ?
- Mon nom est Fay. Je suis une envoyée d'Hylia qui siégeait dans l'ancien artefact divin en dormance : l'authentique Epée de Légende qui est devenue Ascalon après que le résidu maléfique de l'Avatar du Néant se soit renforcé, nourri par la malice des hommes. Au moment même où Lambardy retira l'épée de son socle, j'ai décelé, dans ta mine anthracite, la volonté de récupérer l'artefact, quitte à tuer ton confrère. Je me suis libérée du joug de l'Avatar du Néant pour m'introduire dans ta conscience et t'empêcher de commettre l'irréparable.
- Je me disais bien... ce jour-là, mon attention était ferme : je voulais éliminer Lambardy. Mais mon bras armé s'en est allé à rebours, veule. Comme pétri par une compassion soudaine... et ce n'était pas la seule occurrence. J'ai par la suite eu beaucoup d'occasions de tuer celui qui détenait mon complément. Mais ta voix... m'a souvent détourné de ce dessein. Je m'étais dit que si je ne parvenais pas à l'achever, c'était parce qu'il avait sans doute pris de l'importance à mes yeux. Lui, Cardice et Rachiki. J'ai alors appris à leur faire confiance et m'éprendre de ces agneaux.

- Et cette... Nabooru qui t'apparaît en songe comme cette biche qui attise ton regard de feu ?
- Nabooru... est mon amour perdu à tout jamais. Mon espoir en l'altérité. Elle, une femme parmi les femmes, qui s'intéressait au jeune homme désoeuvré sous tutelle de Ganondorf qui fulminait de rancoeur. Sa nature était clairvoyante et taquine. Je la laissai capturer mes états d'âme sous mes façades cuirassées car avant son éveil de Sage, elle avait déjà ce don. Nous formâmes ce couple précaire dans un contexte particulièrement féminin et misandre. Mais en m'instruisant avec le Seigneur du désert, beaucoup de choses ont changé et je perdais Nabooru à mesure que je m'élevais. L'Histoire enseignait que les meilleures ambitions avaient été détruites par l'amour, aussi bienveillant soit-il. Un homme qui agit par amour est un homme capable de tout sauf de se projeter en dehors de son idylle. Alors qu'un homme vide est connecté aux logiques de ce monde. Il est une force qui devance la lenteur de l'amour, de la compassion et de la nostalgie. Il est un avatar : celui du néant. Il est un esprit clair où germent les schémas alternatifs. Lorsque je l'ai réalisé, je me suis ouvert à la voix d'Ascalon pour balayer tout l'amour que j'avais en moi. Plus de familles mortes dans un génocide, plus de confrères survivants avec moi et plus de maîtres. Tout lien que je tissais n'était que tissu de mensonge. Je dois admettre que Nabooru est toujours présente dans mon esprit et, en cela, elle constitue l'épreuve et l'affront ultime.
- Tu as pourtant ce pouvoir unique. Ce feu qui n'est pas destructeur. Ce feu qui peut réparer toutes tes erreurs et ramener TES victimes à la vie : le feu du Phénix. Aucun meurtrier n'a la chance que tu as. Mais la probabilité qu'un homme qui a renoncé à toute humanité comme toi daigne utiliser son pouvoir de la sorte serait de 1%.
- Descends encore dans tes pourcentages, pauvre sotte ! Car je suis l'antithèse du temps et de ses héros. Il n'y a pas d'erreurs que je répare ou de personnes que je ramène. Je vais brûler toute parcelle de vie en ce monde afin que le temps n'ait plus d'emprise sur quoi que ce soit et que le Dieu de la Destruction le néantise dans son oeuvre.

Fay songea quelques instants avant de se résigner, visiblement avec regret.

- Alors je vais à nouveau te soumettre à l'attachement.

Le temps de cette phrase, leur environnement venait de sombrer dans l'obscurité la plus totale. Un nouveau décor se substitua. Décor qui n'était pas inconnu du polymorphe. Il s'agissait de la dimension qu'Enricko avait utilisée pour sa démonstration auprès d'Ansem le Sage. Le même plancher de verre, la même pluie cristalline et les mêmes volutes colorées se terminant par une boule de verre.

- Tu veux donc m'affronter sur mon aire de jeu ? questionna Enricko. Tss tss.

Chapitre 89 : Feu et Sacré   up

Divinités antagonistesFay patina dans les airs sur un ruisseau étincelant. Lui seul surnageait le déluge de flammes qui sévissait plus bas. Elle axa son corps parallèlement au sol et invoqua "l'Impact Gémellaire". Son châle l'enveloppa complètement et, ainsi fuselée telle une ogive, elle fondit sur le Mando enflammé, perçant les couches aériennes d'ondes concentriques. Enricko sublima l'écart qui séparait ses deux mains et un segment ardent les liait désormais.

- Solstice d'été ! cria le polymorphe.

Ses membres expulsèrent le trait rouge qui alla s'amplifier pour découper sauvagement tout ce qui se trouvait sur son passage. Fay ne fit pas exception et la saillie vint occire la frêle créature. Du moins, c'était ce que le Mando pensait avoir accompli.

Le sol se souleva sous ses pieds pour laisser émerger la véritable Fay qui, propulsée tel un obus, emporta Enricko dans les airs. Il accusa le coup et, cambré par l'assaut, fusa dans les hauteurs.

- Comment ?! Tu étais en haut et tu te retrouves subitement en dessous ? Ce n'était pas de la téléportation... Enfin, peu importe.

Une explosion retentit dans le ciel. L'axe flamboyant d'Enricko qui avait scindé le firmament venait d'extruder sa surface pour devenir une gigantesque boule de feu. Un soleil en somme. Celui-ci était à son zénith. Enricko, éclipsant partiellement l'étoile de sa sombre silhouette, invoqua, en plein vol, une énorme loupe longue de six mètres et dont le diamètre du verre dépassait les trois mètres. Il superposa la lentille aux faisceaux solaires pour y faire converger les rayons destructeurs.

- Regard inquisiteur !

Résultat : une colonne ardente s'aligna dans l'axe de la loupe et du mini soleil pour prendre en chasse l'envoyée de la Déesse en fuite. Enricko invoqua une seconde loupe et redoubla d'assauts, concentrant le point focal sur Fay. Des axes enflammés prolongeaient les membres du prédateur, pourchassant la proie en pas de faucheurs. Les fléaux lacéraient la verrière pour la générer de véritables tranchées rougeoyantes. Fay sillonnait de manière imprévisible pour déjouer les zélés sécateurs brûlants. Le Mando se figea. Perdant patience, il superposa ses deux loupes. Ainsi jointes dans l'axe des rayons solaires, l'attaque d'Enricko put atteindre son nouvel aphélie :

- REGARD INCINÉRATEUR !!!

Un fléau sans commune mesure s'échappa de la double lentille pour sanctionner la servante de la Déesse, prise dans une déferlante de flammes. Son ergot rouge fendit la verrière sur des hectares avant d'épargner l'esprit, sauvé par l'essoufflement des rayons. Dans la fosse générée par l'attaque se dressait un enchevêtrement de ferrailles luisantes qui, dans un effet moiré, ondulait d'éclat et d'obscurité. Soudain, l'étrange sculpture se dispersa, révélant le subterfuge. Fay venait d'amoindrir considérablement les dégâts en se repliant derrière pléthore d'épées qu'elle venait d'invoquer. Au nombre de trois cents, les lames flottaient désormais autour de leur maîtresse tout en désignant leur adversaire.

- Les épées Damoclès, déclara Fay.

La nuée d'armes blanches fusa vers le polymorphe qui n'avait aucune échappatoire. Ce dernier fit apparaître un Sceau Mando dont la circonférence était suffisante pour englober le diamètre de l'attaque. Mais Fay marmonna à nouveau :

- Impact Gémellaire.

Les épées s'évaporèrent dans leur course meurtrière. Mais le néant soudain n'avait pas décontenancé Enricko qui avait retenu la précédente leçon. Il n'eut nullement besoin d'exécuter une volte-face pour comprendre que les armes blanches tentaient désormais le coup de Jarnac. Pour éviter de se faire empaler, Enricko soutint les bords du Sceau Mando, à la surprise de Fay. Il souleva le portail magique jusqu'à le hisser à sa hauteur puis le fit basculer dans son dos en cambrant ce dernier au maximum. Ce mouvement en cloche permit au Sceau Mando de phagocyter l'ensemble des épées.

- Il y avait zéro pourcent de chance que je puisse envisager la possibilité de saisir le sceau, confia Fay.
- Je ne savais pas non plus que je pouvais le faire. Juste une intuition...

Enricko, lui-même étonné par sa manoeuvre, fendit son visage d'un sourire démoniaque.

- Voici une preuve supplémentaire que je suis bien l'élu. Disposer de recours multiples au Sceau Mando est une liberté qui sied au futur réceptacle du Dieu de la Destruction.

Le vil symbole venait de se subdiviser en plusieurs sceaux. Ces derniers lévitèrent autour de l'esprit bleu, constellant son environnement. L'envoyée de la Déesse était prise au piège, cernée de toutes parts. Les sceaux libérèrent chacun une épée. Des centaines d'axes tranchants convergèrent sur Fay qui fut empalée de toutes parts. Un oursin géant venait de se créer. Une sphère hérissée de centaines de manches d'épées, flottant dans les airs. Au sol, une rosace s'épanouit dans l'ombre de la sphère, révélant des pétales luminescents élus des arcanes. Un chant accompagna cette curieuse manifestation. Dans un espace limité, le temps s'arrêta. Le dioptre devint visible car la zone fut dépourvue de couleur.

Et là, les actions précédentes s'en allèrent à rebours. La sphère se disloqua et les nombreux segments tranchants retournèrent dans les sceaux. Au centre de ce capharnaüm se trouvait Fay, intacte, sauve grâce à son "Chant Nostalgique". La recoloration de l'espace fut le laps de temps dont disposa Fay pour s'enfuir avant que l'action ne se répète. Ce qu'elle fit. Le temps reprit son cours et les épées s'entrechoquèrent dans un débat d'étincelles.

Fay, forte de ses jambes de ballerines et lancée à pleine vitesse, venait déjà de planter ses pieds dans les défenses du Mando. Dans sa valse aérienne, Enricko perça le mur du son et dispersa trois auréoles de fumée avant de se redresser et de freiner sa course grâce à une poussée de feu qui lui permit aussitôt de prendre en chasse l'envoyée de la déesse.

- Mandoraga du Feu ! vociféra le polymorphe.

Une centaine d'Anubis et de Danseurs de flammes jaillirent du néant pour suivre le halo flamboyant d'Enricko. Son commandement leur permit de souffler leur feu à l'unisson, générant un véritable mur apocalyptique. Mais un changement de taille venait de s'opérer. Le rideau ravageur naviguait désormais avec l'énorme visage de Fay en figure de proue. La fille bleue venait de projeter son esprit dans l'énorme salve meurtrière et, consciente d'avoir laissé son corps en pâture, sa contrepartie incandescente ouvrit la bouche. Il y eut alors un énorme trou dans le mur inextinguible qui défila tout en manquant sa proie.

Enricko congratula sa Némésis pour ce coup de maître. Fay, de son côté, était septique. Le Mando semblait insensible à ses attaques. Elle, en revanche, allait être à cours d'idées pour contrer ses attaques dévastatrices. Et ce dernier n'avait pas encore eu recours à sa transformation. Une ride venait d'apparaître sur le visage neutre de Fay. Elle vociféra :

- Danse séraphique !

Cette dernière expulsa tout son flux magique qui répandait des vagues opalescentes. Une robe immense se dessina, découverte par les ondes successives et reliant l'être éthéré à la verrière. Du bassin du jeune esprit ruisselait un fleuve éloquent. Il suivit ainsi la danse virevoltante de Fay. La tornade étincelante sévit et projeta des aurores falciformes qui allèrent scinder les monstres. A mesure que les lames d'énergie étaient projetées, l'énorme robe en folie perdait de sa substance. Ayant, au bout d'une vingtaine de secondes, déversé toute sa beauté punitive, la robe s'évapora en particules.

Si l'attaque avait eu le mérite de détruire tous les monstres, elle n'était cependant pas parvenue à atteindre l'Elu de la Géhenne, tranquille derrière son Sceau Mando qui venait d'absorber l'assaut. Enricko esquissa un sourire. Il se posa délicatement au sol avant de s'adresser à Fay. Une onde de feu se répandit autour de lui et l'intérieur du cercle était relié à une autre dimension. Juché sur l'entrée d'un enfer, Enricko allait déchaîner sa puissante attaque. Une colonne jaillit de la zone pour surmonter Fay qui n'eut rien le temps de voir venir.

- Quelle célérité.

Cette dernière fut emprisonnée dans ce qu'elle pensait être une cage. En réalité, le crachat des enfers était une gigantesque ossature de serpent qui chatouillait presque les nuées et c'était une dizaine de côtes qui s'étaient refermées sur elle pour condamner l'esprit bleu.

- RÈGNE DE L'ENFER REPTILIEN ! tonna Enricko.

Le squelette prit corps dans un torrent de flammes. Le feu escalada l'énorme vertèbre, l'habillant de chair incandescente. Le serpent ardent se dressait fièrement, emprisonnant Fay dans l'enfer de son feu intestinal. L'invocation s'évapora et Fay n'était plus. Le monde s'évanouit pour laisser place aux bois dans lesquels Enricko était venu chasser du gibier. Le polymorphe pensa alors que ce changement était dû à la mort de Fay. Il exulta de joie. Il venait d'éliminer la conscience qui avait jugulé ses intentions meurtrières durant toutes ses années.

Ce qu'il ne savait pas, c'était que Fay avait opté pour une fuite aérienne. En effet, la dernière invocation de l'Elu de la Géhenne l'avait, certes, bien endommagée mais elle s'était également présentée comme l'unique salut de l'esprit. Fay avait ainsi pu remonter, à une vitesse phénoménale, jusqu'à la gueule du monstre qui caressait les kilomètres d'altitude. Effectuant sa retraite hors de toute suspicion, l'Esprit put enfin s'envoler pour retrouver le Héros du Temps.

Loin de se douter de la fuite de l'esprit, Enricko, courbé et transfiguré par une folie démentielle, expulsa sa rage accompagnée de filets de bave décadente :

- JE... JE VAIS ARRACHER LES SOMMETS DE PIERRE ! JE VAIS BOIRE CE CIEL PAMPLEMOUSSE ! JE VAIS SÉCHER LES OCEANS ! ET AVEC LA PUISSANCE DE GRAAL, JE VAIS SOUMETTRE TOUS LES MONDES PAR DELÀ L'IMAGINABLE ET L'IMAGINÉ !!!

Il enflamma ainsi la forêt avec ses jets de feu hasardeux. Désarticulé par sa démence croissante, le Mando expectorait des salves incandescentes à tout va.

Fay, s'élevant dans les nappes célestes, implora le seul être qu'elle pensait être capable de tenir tête à ce monstre :

- Link. Tu dois absolument devenir plus fort pour stopper Enricko Machiavel...

Chapitre 90 : Rendez-vous au cimetière   up

Il était 13h03 lorsque Kafei entra dans la chambre de Link et Jim, point de rendez-vous. Essoufflé, l'homme s'assit sur le lit de l'Hylien pour reprendre son souffle. Une énorme pression pesait sur ses épaules. Le Carnaval du Temps débutait ce soir et il y avait encore beaucoup de paramètres à régler. Mais la présente mission d'appréhender les imposteurs qui étaient derrière les mystérieux événements de ces derniers jours était d'une prime importance. Quelque chose allait se produire ce soir. Quelque chose qui allait surprendre tout le monde...

Dix minutes plus tard, ce fut au tour du Héros du Temps d'entrer dans la chambre. Le jeune homme trouva le fils du maire assis sur le seuil de ses rêves. Il déposa son séant sur celui de Jim pour se retrouver face à son ami. Sans plus attendre, Kafei interrogea Link sur l'avancée de ses recherches.

- Eh bien, commença Link, il n'y a désormais plus de doutes : Sakon a bien commandé un bateau volant et invisible au chantier naval. Et d'après les employés, il semblerait que la musique soit le point faible de la Térébenthine d'Invisibilité.
- Intéressant. Penses-tu que Sakon est au courant de cette faiblesse ?
- Je ne pense pas. Il doit penser que cette matière est infaillible.
- Dans ce cas, ne perdons pas de temps : lorsque Jim arrivera, nous irons tous à la Place du Clocher et tu joueras de ton instrument pour briser la Térébenthine. Ils seront exposés !
- Oui mais... je doute que ce soit aussi facile. Hier, Hélia a joué de la musique à la Place du Clocher et rien ne s'est produit...
- Hélia ?

Link se rendit compte de son erreur. Avant qu'il ne puisse rectifier le tir, son interlocuteur était déjà en train de battre le sujet.

- Donc tu connais l'identité de la personne qui a joué de la flûte vers sept heures du soir ? Hélia hein ? Quel genre de personne est-ce ?
- Non... je ne connais pas l'identité de cette personne. Hélia est une nouvelle amie à moi qui joue... de la trompette...
- Oooh...

Le visage de Kafei se rida pour s'illuminer à nouveau. Il venait d'avoir une idée.

- LA PUISSANCE ! Il manquait de la puissance ! Je suis sûr qu'une trompette ferait l'affaire.
- Ah oui c'est peut-être ça. L'employé Goron qui a mis en défaut la Térébenthine utilisait un djembé. Avec sa force inouïe, sa puissance surclassait largement le son d'une flûte.
- Eh bien, dans ce cas, demande à ton amie qui joue de la trompette de nous rejoindre à la place du Clocher.

Link laissa filer la demande, feignant son intérêt. Il ne voulait pas s'engager davantage dans la discussion pour ne pas s'enfoncer dans son mensonge. Les minutes et les quarts d'heure passants, Link et Kafei se demandèrent si Jim ne s'était pas assoupi, seul, dans son observatoire...

- ... Ou peut-être lui est-il arrivé quelque chose, supposa Link.
- Allons vérifier ! commanda Kafei.

Le duo se dirigea promptement vers la sortie de l'auberge. Peu de temps après, ils s'engageaient déjà dans les galeries souterraines qui débouchaient sur l'ancien repaire des Bombers. Ils découvrirent avec effroi les indices criants d'une agression : mobilier et chaises renversés, des traces de pas distinctes et quelques tâches de sang. Kafei remarqua un carré blanc dans sa vision périphérique : un papier pour être précis sur lequel était inscrit quelque chose. Kafei se rua dessus, suivi par Link. Ils purent ainsi lire :

"Votre ami ne verra pas l'aube prochaine si vous ne vous rendez pas au cimetière Ikana à 17h. Nous vous attendons tous les trois : le blondinet en tunique verte, le fils du maire et la jeune fille à la flûte. N'essayez pas de nous doubler en appelant des renforts. N'oubliez pas que nous avons la vie de votre camarade entre nos mains."

Link rageait. Bien sûr qu'ils allaient découvrir cet endroit. Avec le recul, lui et ses deux comparses avaient clairement manqué de jugeote la veille. En supposant que les Garos n'apparaissaient jamais en milieu urbain, cela supposait qu'ils étaient surveillés depuis l'attaque des ninjas. Probablement par les frères Gorman au minimum. Dès lors, ils les avaient forcément suivis jusqu'à l'Observatoire, localisant ainsi leur quartier général. Bien au courant des capacités du télescope et de leurs plans, ils avaient pu anticiper la manoeuvre du trio et avaient déplacé le Bateau Volant/Invisible afin que les assauts de Link ne fassent pas mouche.

- Et bien sûr, tempêta Link, rien de mieux que l'enlèvement d'un des nôtres pour geler nos actions.

Link chercha le regard complice de Kafei, histoire de se sentir appuyé dans son constat. Cependant, il n'en était rien. Son regard réprobateur racontait une toute autre histoire.

- ... Et si tu me disais une bonne fois pour toutes qui est vraiment cette... Hélia ? D'après le mot, une fille avec une flûte s'oppose également à eux. Tiens ? Une flûte ? Cela me rappelle vaguement quelque chose. Un hymne enchanteur qui emporte tout le Bourg dans sa rêverie et dont le son semble provenir de cet instrument. Et toi, dans un lapsus plus que révélateur, tu me sors le nom d'Hélia durant notre conversation de ce matin. Quelque chose me dit que cette dernière ne joue pas de la trompette mais plutôt de la flûte. Et, pour d'obscures raisons, tu sembles t'entêter à me dissimuler son identité.

Les yeux de Link dévièrent pour observer un élément de la salle. Son silence fut un aveu.

- Il va pourtant falloir qu'elle vienne avec nous pour sauver Jim...
- ... Hélia est une jeune fille que j'ai rencontrée hier. Sa substance physique s'est effacée devant l'ignorance de ses parents à son égard, ceux-ci étant trop occupés à se quereller. Pensant que leur négligence avait bridé l'existence de leur fille, ils se sont donné la mort alors qu'Hélia observait la scène, impuissante.
- C'est... c'est horrible...

Kafei soutenait son regard affligé en direction de Link. Puis il mira la voûte du bâtiment.

- Des parents qui se disputent jusqu'à effacer la présence de leur enfant...Je me demande comment Luna nous juge actuellement. Et si nous honorons bien sa mémoire...
- Dès lors, Hélia a toujours été invisibles aux yeux des êtres en peine, divisés. Anju et toi êtes "brisés" de l'intérieur. Pour cette raison, vous ne pouvez pas la voir. Elle est pourtant souvent avec moi et elle dort dans ma chambre.
- Et c'est donc cette fille éplorée qui a joué cet air de fortune ? Par quel prodige ?
- Eh bien je dirais que, parfois, moins on a, plus on donne.

Kafei fixa le sol. Cette fille, qui avait autant perdu que lui, répondait par l'amour et la bonté. Il fut pris d'un désir irrépressible de la voir, de lui parler, de converser avec cet ange. La réalité le rattrapa et il se souvint que le temps jouait contre eux.

- Quoiqu'il en soit, coupa Kafei, pendant que je vais récupérer mon cheval au Ranch Romani, toi, va chercher cette fille et nous irons ensemble au cimetière ! On se rejoint à 16h30 devant la sortie est !
- D'accord. Mais, pour la sécurité de la petite, on fera à ma manière. Personne ne doit mourir.

Kafei acquiesça. Ils sortirent de l'Observatoire pour regagner le bourg. De là, ils se séparèrent. Il était désormais 15h22. Le Héros du Temps devait maintenant mettre la main sur Hélia. D'après ses récits de la veille, la fillette devait se trouver auprès de la Troupe de Gorman. Sachant très bien que la troupe ne restait pas à l'auberge durant la journée, Link s'y rendit tout de même pour demander à Anju si cette dernière n'était pas au courant du programme des artistes.

- Kafei a privatisé le Milk Bar pour que "des artistes" y répètent avant ce soir. Je ne saurais te dire s'il s'agit de la troupe en question.
- C'est une précieuse information Anju ! Merci !

Link exécuta une preste volte-face pour se diriger vers la porte de sortie. Comme si elle avait omit de lui dire quelque chose, la femme l'interpella :

- Link ! Je voudrais te remercier encore une fois.
- Ah ? Et pourquoi donc ?
- Ça ne fait même pas 24 heures que tu es arrivé mais tu as apporté avec toi un quelque chose d'ineffable. Les choses ne sont pas parfaites entre Kafei et moi mais nous nous aimons et t'avoir à nouveau dans nos vies débloque nos réticences. Hier, je me suis souvenue à quel point j'étais amoureuse de Kafei. Un vent d'allégresse a balayé tous mes doutes. J'aimerais que ce baume nous accompagne chaque jour, Kafei et moi. Et je suis sûre que mon mari s'emploie à te rendre la pareille.

Link fut gêné mais reconnaissant de la confession d'Anju. Il se sentait comme étant vraiment un témoin légitime de ce couple. Link se contenta toutefois de poser sa main sur l'épaule de son interlocutrice. Après tout, lui et son mari allaient peut-être mourir dans deux heures. Après tout, il n'y avait pas eu mention d'argent pour une éventuelle rançon. Link avait les pouvoirs d'un dieu mais, face au chantage, il était aussi désarmé que tout homme. Celui-ci s'en alla, accentuant l'inquiétude d'Anju. Pour elle, le dos de Link était apparu trop vite, dissonant avec sa main qui se voulait rassurante...

Hélia fut navrée d'apprendre à Gorman qu'elle ne pouvait invoquer sa flûte que dans certaines circonstances. Elle fut d'autant plus navrée qu'elle devait s'absenter à 16h30 : ordre obscur de Link qui venait de débarquer au Milk Bar. Gorman reconnut Link, le gamin à qui il avait livré ses états d'âme plusieurs années auparavant, alors que la lune faisait des siennes. Pour cette raison, il fut totalement enclin à laisser Hélia faire ses besognes. De toute façon, en l'état, la jeune fille ne pouvait réitérer son exploit.

Hélia confronta son grand frère à la rudesse de son intrusion mais se ravisa devant le visage grave de celui-ci. Les deux sortirent du Milk Bar et Link expliqua en détail la situation.

- Dans un cimetière ? chuchota Hélia. Mais alors leurs intentions sont claires. Il nous faut un plan sinon ils vont nous enterrer là-bas...
- Quoiqu'il arrive, je ne laisserai personne te toucher.
- Merci grand frère... monsieur le fils du maire est donc au courant de mon existence ?
- Exactement, il sait que c'est toi qui as joué un air de flûte hier et que tu es invisible aux yeux des âmes en peine...
- C'est donc toi ?

La question venait d'ailleurs. Une voix de femme. Link et Hélia examinèrent les alentours. Ils ne trouvèrent que la gracieuse silhouette d'Anju.

- An... Anju, bégaya Link, depuis quand m'écoutes-tu ?
- Depuis que tu as parlé des ennuis que tu as avec mon mari. Mon intuition ne m'a pas trompée : avec toi dans les parages, Kafei ne pouvait trouver meilleure aide pour pister Sakon. Je me doutais qu'il devait te solliciter pour assouvir son désir de vengeance. Ce que j'ignorais en revanche, c'était le rôle qu'avait joué cette petite jusqu'à présent.
- Vous pouvez me voir ? interrogea Hélia.
- A deux reprises, mes oreilles ont été enchantées hier. La première écoute m'a permis de renouer avec ma situation maritale. La seconde écoute m'a permis de renouer avec ma position de femme et d'ancienne maman. Il ne m'en fallait pas plus pour trouver un nouvel équilibre.

Anju admira Hélia, plongeant ses yeux pétris de tendresse et de gratitude dans les yeux roses de la blonde figure. Elle saisit les épaules d'Hélia pour l'attirer en son giron et l'enlacer. Hélia, de prime abord gênée, lui rendit l'étreinte. La fillette fondit en larmes : c'était une sensation qu'elle n'avait jamais connue avec ses parents. Comment un geste aussi simple et franc provenant d'une femme qu'elle ne connaissait à peine pouvait toucher autant l'essence de son être ? Elle l'identifia alors : l'amour maternel. Le détenteur de la Triforce du Courage leur laissa l'espace nécessaire. Il ne voulait pas que sa présence soit ressentie. Emu, il regarda la scène avec tendresse. Anju brisa le silence.

- Ma fille... merci de m'avoir autant aidée. Je ne sais pas par quel prodige mais... tu es venue chercher en moi ce que j'avais perdu depuis la mort de mon enfant...
- Sniff... Vous savez... snif... c'est grâce à Link... je ne serais capable de rien sans lui...
- Oui. Je pense qu'il fait cet effet à beaucoup de monde.

Link rougit. Anju, d'abord amusée par la réaction du Héros, prit un air sérieux et s'adressa à nouveau à la fillette.

- Je ne peux me résoudre à te laisser aller à ce rendez-vous Hélia. J'irai donc à ta place.

Link et Hélia eurent un hoquet de surprise simultané. Cette dernière voulut contester cette décision soudaine. Cependant, la détermination d'Anju ne connaissait aucune faille. Il y avait quelque chose d'irrémédiablement définitif dans son regard.

- Qu'ont-ils de mieux que la femme du fils du maire pour faire pression ? J'agirai comme monnaie d'échange. Mais comme tu l'as dit plus tôt : je ne laisserai personne faire du mal à cette petite !
- Je note ta résolution et je l'admire. Mais c'est Kafei que tu vas devoir convaincre.
- Je ne lui laisserai aucune marge de négociation. Le mariage est une guerre Link...

Alors que la brume commençait à confondre les contours de la géométrie urbaine, Anju et Link convinrent Hélia de retourner aux répétitions : ce qui ne fut pas une mince affaire. Link insista pour qu'elle ne se fasse aucun mauvais sang pour eux. Avant de disposer, Hélia feignit un sourire pour rassurer Link. Toutefois, son visage claironna risette lorsqu'elle mira la belle femme qui se tenait aux côtés du cavalier vert.

16h30 arriva. Une tempête nommée Kafei avait décidé de sévir sur Link et Anju. Voyant que sa femme s'était substituée à l'enfant, il paniqua. Et la panique se manifestait d'une terrible manière chez Kafei, sa femme ne le savait que trop bien. Les deux échangèrent un long moment sous le regard impuissant de Link qui voulait sonner le gong.

- Si nous mourrons, chéri, ce sera pour cette fille...

Cette phrase venait de sonner comme une conclusion efficace. Kafei se tut. C'est vrai qu'ils ne pouvaient décemment pas amener la petite avec eux dans ce contexte, même si les ravisseurs l'exigeaient. Mais voir sa femme se donner en pâture était une idée aussi insoutenable. Il lui avait demandé à maintes reprises de retourner à l'auberge mais rien ne semblait pouvoir infléchir la résolution d'Anju. Ce fut ainsi que cette dernière monta sur Melchior, le cheval à la robe bai-brun, avec son mari alors que Link chevaucha Epona.

Ils quittèrent la brume de la ville pour cheminer vers les Canyons. Qu'allait-il avenir de la vie de Jim à l'heure où la liste des invités venait d'être modifiée ?

Chapitre 91 : L'Horloge du Clocher   up

Il était 16h56.

Link, Kafei et Anju se trouvaient dans un endroit lugubre. Un micro climat plongeait constamment les environs dans une traînée de Satan. Chutes de hasards malfaisants, silence des vivants, apanage des lieux sinistres. Ils se trouvaient donc au Cimetière d'Ikana.
Non loin de l'entrée se trouvaient les deux frères Gorman et Evander. Jim était un peu en retrait, ligoté et tenu en joug par les sabres de trois ninjas garos. Parmi tout ce beau monde, pas de Sakon.
Les deux similis de frères remarquèrent qu'Hélia avait été remplacée par Anju. L'un des deux s'insurgea :
- Le mot le précisait bien : il nous faut toutes les personnes mentionnées. Et je ne vois pas la petite...
- Du caaaalme, tempéra Evander. Après tout, s'ils pensent que leur futur est incertain, il est normal qu'ils aient voulu protéger la jeune fille. C'est un trait que je respecte.
- Trêve de bavardage, interrompit Link. Libérez Jim sur le champ !
- Mais on a tout notre temps... Toi là ! Le guerrier vert ! Dépose tout ton attirail à un mètre de toi. Au moindre geste brusque, la jugulaire de votre ami se videra de son sang !
- Par les Déesses ! jura Link. Cela ne se déroulera pas comme vous l'espérez !

Link acheva de balancer tout son équipement. Il se sentait nu. Ses armes précieuses qui l'ont accompagné durant ses aventures étaient désormais en possession d'un ennemi. Monocle de Vérité, grappin, arc, carquois, bombes, ocarina...
Non content de sacrifier ainsi "ses trésors", l'Hylien somma ses ravisseurs d'expliquer le pourquoi de cette énorme machination.

- Ce n'est pas à toi de poser les questions normalement mais... je veux bien te répondre. Vois-tu, comme tu as pu le deviner, je ne suis pas un marchand de masques tout ce qu'il y a de plus ordinaire. En réalité je suis un gourou et ma secte voue un culte tout particulier à Gomorrhe l'Exilé.
- Gomorrhe ? interrogèrent Link et Kafei.
- Exact. Gomorrhe est à la fois le nom d'une île et le nom d'une entité masquée qui sert la rancune du Cinquième Géant.
- Cinquième Géant ? questionna une nouvelle fois le duo.
- Il y a longtemps, poursuivit l'aîné des frères, Termina possédait une cinquième région située à l'embouchure entre les marais et l'océan : la métropole. Le centre névralgique était sa ville, Fina. C'était une cité luxuriante où foisonnaient toutes sortes d'instruments précurseurs et où la technologie était très en avance. Des habitations et des bâtiments si vertigineux qu'ils sabraient le ciel lui-même. Mais cette région drainait toutes les richesses du pays, faisant des autres régions des "ateliers". La métropole se développait ainsi à contrario du reste de Termina. L'ancien roi d'Ikana, Morsang, déclara la guerre à Fina, pensant que cette dernière ne possédait aucune puissance militaire. En réalité, la force de cette ville résidait dans ceux que l'on appelait autrefois "la milice de l'ombre". Des ninjas aguerris qui exterminèrent aisément la première vague de soldats de Morsang. Mais ce dernier, fou de rage, partit en croisade avec ses trois meilleurs soldats : Crâne de Pierre, Obélisque et Tridine. Tous étaient des colosses, y compris le roi. La bataille qui confronta ces êtres à la milice de l'ombre fut appelée "la marche des quatre".
- J'ai vaguement entendu parler de cette bataille, réagit Anju. Le roi et ses trois guerriers étaient si puissants qu'ils anéantirent l'armée adverse en marchant et sans jamais rebrousser chemin. Toutefois, seuls Crâne de Pierre et le roi Morsang revinrent de cette bataille. Mais ils n'étaient désormais que des squelettes vivants, maudits par on ne savait quel maléfice.
- Les quatre guerriers, poursuivit le conteur, s'étaient retrouvés face à l'élite de la milice de l'ombre : les maîtres. Ces derniers leur jetèrent en concert un terrible maléfice : celui d'être insensible à la mort mais vulnérable face à la lumière et de condamner toute connaissance, proche ou lointaine, à subir le même sort et à errer indéfiniment sur cette terre. Ils furent alors confrontés à un choix draconien : rentrer à Ikana et transmettre la malédiction à leur peuple ou jurer allégeance aux maîtres de Fina. Tandis que Tridine et Obélisque étaient résolus à abandonner leur position et honneur pour ne pas affecter le peuple d'Ikana, Morsang et Crâne de Pierre ne l'entendirent pas de cette oreille. Ils ne voulaient pas devenir la chair à canon de la métropole dirigée contre leur propre contrée. Ils revinrent donc, maudits, voilés contre la lumière et maudissant Ikana par la même occasion.
- C'est bien beau tout ça, coupa Kafei, mais en quoi cela nous concerne ? Mmmh ?
- Les géants du marais, des montagnes, de l'océan et du canyon s'unirent pour exiler la région de la métropole ainsi que son géant : Gomorrhe. Ils scindèrent la terre et emportèrent la métropole au loin. Skorn, le géant du Canyon, arracha à la cité luxuriante le symbole de sa prospérité : L'Horloge du Clocher. Horloge qui fut implantée au centre de Termina autour de laquelle se développèrent villages et faubourgs. Bref, les prémisses de Bourg Clocher. Dès lors, l'île de Gomorrhe, telle qu'elle fut appelée après la séparation des terres, devait survivre en autarcie. Ce qu'elle ne fut pas en mesure de faire. Sa population et sa civilisation dépérissaient à petit feu. La haine de Gomorrhe le réduisit à un démon masqué vengeur. Depuis des siècles, il commanda à ses fidèles disciples d'infiltrer le continent pour mettre en défaut ce monde qui les avait rejetés. La milice de l'ombre devint "l'Ordre des Garos", composé d'anciens ninjas ayant abandonné leur âme pour ne suivre que le commandement de Gomorrhe.

Link observa un instant les Ninjas Garos qui se tenaient en retrait, prêts à égorger Jim. Ils étaient donc les ennemis jurés de la famille d'Igos et de son ancêtre, Morsang. Et les Maître Garos étaient sans doute ceux qui leur avaient infligé cette malédiction. Terrible malédiction d'ailleurs !

- Evander ici même, désigna le petit frère, est un insulaire de Gomorrhe, tout comme Sakon. Ils servent fidèlement Gomorrhe et c'est en leur personne que le démon a placé son dernier espoir. Ce soir, pour la veille du Carnaval du Temps, nous allons hypnotiser tous les porteurs du Masque de l'Exorciste. Tous les habitants seront hébétés et impuissants face à notre manoeuvre. Nous allons, grâce au Bateau Volant, subtiliser l'Horloge du Clocher pour la ramener à son île et renouer avec sa gloire d'antan. Et par la même occasion, piller la plèbe.

Link, Anju et Kafei étaient abasourdis. Penser que les fondations de ce plan machiavélique prenaient racine dans une haine aussi ancestrale... L'enjeu de toute cette mascarade était donc de subtiliser la Tour de l'Horloge aux Terminiens. La symbolique de dérober un tel monument la veille d'une célébration pluri séculaire était forte : oblitérer un pan de l'Histoire et de l'identité du peuple.

- Cette tour a donc une incidence sur son environnement ? questionna Kafei.
- La prospérité, le développement, répondit Evander. Ce qui croît autour d'elle rayonne davantage que le reste. Le temps devient bonne fortune. C'est en tout cas ce que Gomorrhe nous a dit.

Evander se retira de la scène, marchant allègrement vers Jim. Il souleva le jeune homme puis se retourna vers le trio et dit :
- Je vais amener ce jeune homme avec nous. Cet amoureux de la justice aura ainsi l'occasion de revoir son jugement lorsqu'il verra la misère de mon île. Je préfère vous séparer : les héros unis parviennent toujours à se libérer et constituent une gêne potentielle lorsqu'ils sont ensemble. Ne vous inquiétez pas, il ne mourra pas... sauf si vous ne suivez pas les instructions des Frères Gorman.

Evander, soutenant le corps du chef des Bombers, se dirigea vers la sortie du cimetière. Tandis que la lumière déclinait, découpant les tombes dans un sinistre contre-jour, le gourou soutint une dernière pointe assassine à l'adresse des nouveaux venus :

- Je suppose, en observant les vêtements de la charmante madame, que vous êtes venus ici à cheval. Mes complices et moi-même joueront les bons palefreniers, ne vous inquiétez pas. Et maintenant je vous dis adieu ! Hahahahaha !!!

Le rire du malfaiteur résonna puis disparut derrière les reliefs moribonds. Une tombe était béante, révélant un puits sans fond dont la perspective plongeante convergeait en un noir absolu. Les frères Gorman commandèrent à Link, Anju et Kafei de se tenir tous les trois au bord de ce trou. Le héros observa une dernière fois ses affaires dispersées un peu partout. Il porta une attention toute particulière à l'Epée de Légende encore rangée dans son fourreau.

- Nous allons vous laisser croupir en bas, annonça le frère aîné Gorman. Vous pourrez bien flirter avec les morts.
- Ce que nous allons faire, rétorqua Link, c'est que nous allons en réchapper très vite et que nous vous stopperons dans vos sombres desseins.
- On ne vous a pas tués car nous ne sommes pas des monstres. Mais ne mettez pas notre patience à l'épreuve. MAINTENANT SAUTEZ !

Link se jeta en premier, suivi de Kafei et d'Anju. Tous les trois sombrèrent dans le monde obscur des défunts, au deçà les hécatombes de noir sournois. Le Héros du Temps le réalisa enfin : les cimetières avaient tendance à être les lieux des grandes révélations ces derniers temps. Qui diable savait ce que les confins obscurs avaient d'autre à leur révéler ?

Chapitre 92 : Une énigme qui en vaut la chandelle   up

Il était 17h17.

Une heure miroir placée sous le signe de la force créatrice et du dépassement de soi. Anju les connaissait bien, ces heures miroir. Toutefois, celles-ci n'avaient jamais eu quelconque incidence sur elle. Le trio était, de toute façon, démuni de tout repaire temporel. Les montres ne s'étaient pas encore démocratisées, cernant les poignets des plus nantis. Ils erraient donc entre catacombes et au-delà, dans le plus ambitieux des abysses.

Link menait l'expédition en éclaireur pour prévenir toute attaque de front. Il ne connaissait que trop bien le cimetière d'Ikana et ce dernier était tout sauf un lieu de repos pour les morts. Les séjours souterrains étaient infestés de créatures plus vivantes que le vivant. Anju était en seconde position. Kafei, lui, fermait la marche afin de protéger sa bien-aimée. Link leur fit signe de se stopper et de rester bien en arrière, ce qu'ils firent. L'Hylien venait de repérer des candélabres qui ne demandaient qu'à être allumés. Un premier brassage de la main ferma sa posture qui se replia sur elle-même. Son membre gauche venait de rejoindre ses côtes droites. Enfin, son bras droit s'éleva en hauteur avant de piquer et de permettre à sa main de frapper le sol.

- Feu de Din ! s'écria Link.

Un dôme enflammé auréola le guerrier pour prendre de l'ampleur et enfin mourir dans un étalage d'aurores, exorcisant momentanément les ténèbres. Sur son chemin, la vague ardente alluma les dix candélabres qui prirent le relais de l'incandescence. Ils purent donc constater qu'ils étaient arrivés dans une vaste salle où une dizaine de cercueils étaient dressés à la verticale. Ils étaient tous posés sur un chemin de dallage extrêmement complexe. Et en point de fuite de cette perspective se trouvait une porte condamnée par des barreaux de fer.

- Il y a donc une énigme à résoudre pour avancer, devina Link.
- Peut-être en rapport avec ces cercueils dressés, opina Kafei. Le chemin au sol est aussi large que ces sépultures. A mon avis, il doit y avoir moyen de les pousser ou de les tracter mais seulement sur le chemin.

Link s'avança au milieu de ce dédale. Il vit, au milieu de la salle, une inscription à l'adresse de tous les aventuriers... ou malheureux :

Voici venu le temps d'endormir les défunts.
A chaque trépassé son seuil de délivrance.
Que celui qui s'y attèle préserve le feu de la vie.
Sans quoi, inlassablement, la mort l'emportera.

Link lut à voix haute afin qu'Anju et Kafei l'entendent. Illico presto, Kafei rejoignit son ami pour faire ce qu'il pensait être juste. Effectivement, les deux purent déplacer les sépultures sur les dalles. Il y avait des emplacements excentrés où les cercueils pouvaient reposer. Ils devaient donc cheminer jusque-là.

Soudain, la lumière de la salle déclina d'un cran. L'un des candélabres venait de s'éteindre. Link et Kafei notèrent la disparition de la flamme et leur attention fut distraite par ce détail... important. Car un autre cliquetis les alerta. L'un des cercueils venait de perdre son couvercle... Une silhouette venait déjà de fondre sur Kafei qui, assujetti à la puissance du mort-vivant, se retrouva au sol. Le Gibdo était sur lui et ne l'épargnait pas mais une force supérieur l'envoya se fracasser contre les parois, provoquant ainsi sa mort. Link releva Kafei qui avait été touché à son épaule. Le débit du sang était inquiétant mais, en compressant la plaie, il n'y aurait aucun problème.

- Attention ! prévint Anju.

Un Effroi, cette fois, sortit de la même sépulture. Avant qu'il ne puisse émettre le moindre son, Link, qui avait pu garder ses Gantelets de Platine, l'expulsa d'un coup de paume dans le ventre. Le mort-vivant fusa dans toute la pièce pour se retrouver enseveli sous un tas de gravats. Un deuxième candélabre s'éteignit. Un Gibdo s'extirpa du premier cercueil tandis qu'une seconde bière vomissait son défunt.

Anju comprit qu'il y aurait un flot incessant de monstres tant que tous les candélabres ne demeureraient pas allumés. Et plus les torches s'éteignaient, plus il y avait d'ennemis qui revenaient à la charge. Ainsi diminué, même Link ne survivrait pas si les dix cercueils renflouaient sans cesse les rangs adverses. En réalité, si. Mais ses attaques seraient alors dévastatrices et balayeraient également les sépultures, les condamnant ainsi éternellement. La femme fouilla dans ses vêtements. Elle en sortit un arc et se plaça derrière un candélabre. Sa silhouette se trouvait dans l'alignement avec les trois torches éteintes. Oui, la troisième venait de s'éteindre.

Link invoqua le Vent de Farore qu'il plaça loin du dédale dallé. Kafei, paralysé par le cri strident de l'Effroi permuta sa place avec la lumière verte. Link sauva ainsi son ami d'une mort quasi certaine. Et alors que le Héros du Temps s'apprêtait à en découdre avec les trois morts-vivants, les démons disparurent en un battement de cil. Les sépultures étaient bien en place, tranquilles et closes. Le trait qu'avait décoché Anju avait ravivé les trois candélabres éteints. Anju se porta ainsi garante de la protection du feu. Elle n'avait qu'à raviver la flamme.

- Merci Romani, remercia Anju qui admirait son arc bien bandé.

Evander avait commis l'erreur de penser que seul Link était pourvu d'une arme. Il n'avait ainsi pas jugé utile de fouiller les corps des mariés tant il craignait la puissance de l'Hylien. Les deux hommes se remirent au travail. Ce n'était pas une mince affaire. Long était le chemin dallé. Link, avec ses Gantelets de Platine, pensait pouvoir tricher en soulevant les sépultures. Toutefois, il semblait devoir s'employer à déraciner une inertie inscrite dans les entrailles de la terre même. Sa force était juste suffisante pour déplacer le meuble cinq fois plus rapidement que Kafei. A plus forte raison que celui-ci était blessé à l'épaule. Sa force était donc drainée par sa meurtrissure à mesure que le temps passait.

Deux autres candélabres s'éteignirent, laissant présager au trio ce qui allait se produire. Link et Kafei se mirent en garde. Anju s'axa dans la trajectoire des deux sculptures assombries pour réitérer son action. Le jeu sembla reprendre de plus belle. Mais plus il durait, moins Kafei semblait apte à continuer avec la même vigueur. Sa condition ne lui permettait pas une telle endurance. Link redoubla d'efforts pour pallier à cette lacune.

Ils réussirent enfin à placer tous les cercueils à leurs emplacements au bout d'une heure et vingt-six minutes. Au terme de vaillants efforts et au prix d'un carquois vide, la porte du fond se déverrouilla, permettant aux trois camarades de passer à la prochaine étape.

Il était 19h01.

Evander et les frères Gorman se retrouvaient sur le gaillard d'avant de leur bateau. Epona et Melchior avaient été têtus comme des mules. Relier les Canyons à la ville fut laborieux à dos de ces chevaux. Mais les éloigner de leur maître était un mal nécessaire. Il ne fallait pas, dans le cas improbable où leurs trois prisonniers réussiraient à sortir avant l'exécution du plan, qu'ils puissent disposer d'un quelconque moyen de locomotion.

Situés en surplomb du Clocher de l'Horloge, leur vue impériale n'avait d'égal que l'imminence de leur coup d'éclat. Plus de fils du maire, plus de justicier et plus de guerrier vert en ligne de mire. Les dangers ont été écartés. La plèbe, emprunte de peur, enfilait déjà les masques de l'Exorciste dans l'espoir de passer un bon réveillon de Carnaval.

- Fufu ! Il faut être complètement cynique pour penser à condamner des vivants dans des tombes, commenta Sakon qui venait d'apparaître sur le pont supérieur. Les sous-sols d'Ikana sont infestés d'âmes en peine.
- Nous ne sommes pas des meurtriers Sakon, répondit Evander. Nous savons très bien qu'ils vont survivre parce que le guerrier vert est avec eux. Mais si nous voulions geler leurs actions, il convenait de les mettre suffisamment en danger pour qu'ils soient retenus quelque part le temps de notre manoeuvre.
- Oui je sais bien, se moqua le chef de la bande. D'ailleurs, ce blondinet me fait penser à une certaine légende qui vient tout droit de la Terre Sainte.
- Le Royaume d'Hyrule, devina l'aîné des Gorman. Ton séjour là-bas ne t'a pas laissé indifférent, dis-moi.
- Certains vont là-bas pour quérir la Triforce. Moi, j'y ai trouvé la guérison des mains du "Thaumaturge". Il y a en Hyrule une conscience collective des puissances qui nous transcende, chose qui manque cruellement à Termina. Et c'était dans cette même Terre Sainte que se contait une légende de génération en génération. Un homme, tout de vert vêtu, fendrait les ténèbres dans un jet de lumière, armé de l'épée de Légende.

Sakon venait de prononcer ces paroles tout en se dirigeant vers les nombreux sacs à butin agencés non loin de lui. Il plongea sa main dans un sac pour en ressortir l'Epée de Légende brisée. Jim, ligoté à proximité, observait également la scène.

- Vous voyez cette garde aux ailes bleues ? questionna le malfaiteur. Il représente la postérité d'Hylia qui est visible dans les armoiries de la famille royale. En d'autres termes, cette épée brisée EST l'Epée de Légende !

Sa révélation ne suscitait pas grand intérêt auprès de ses interlocuteurs. Un simple haussement d'épaules, ce fut tout ce qu'il reçut. Jim, en revanche, fit énormément de connexions dans sa tête. Il était possible que l'adulte innocent à l'accoutrement exotique fût en réalité un illustre paladin, tombeur de titans et autres créatures. Son aptitude au combat n'avait échappé à personne. Il était rare de rencontrer une personne à Termina capable d'affronter sans crainte une ribambelle de monstres.

- Tout cela pour dire que si ce jeune homme est effectivement le "Héros du Temps", il va sans doute nous traquer, même au-delà de l'océan. D'autant plus que le Tapis Volant que j'ai obtenu à Hyrule est une relique importante pour lui car cela lui permettrait de voir les Trois Déesses de la Création.
- J'entends tes craintes, rassura Evander. C'est aussi pour cela que nous avons gardé le garnement avec nous afin qu'il demeure une arme dissuasive. Ses amis n'oseront jamais risquer sa vie et, par conséquent, interférer dans nos plans. On s'en tient à ce qu'on a prévu. L'opération commence à 21h. Contentons-nous d'arriver à Gomorrhe avec cette tour. Personne ne pourra faire quoi que ce soit une fois arrivé sur notre île. Même pas le Héros d'une nation...

Chapitre 93 : Le marché... et la Banshee   up

Légende de Zelda : Divinités antagonistesLe temps passa et les épreuves s'enchaînaient. Ils venaient de passer une salle où ils devaient récupérer toutes les gemmes en argent. Simple à première vue. Sauf quand l'une d'elles se retrouvait sur une corde raide suspendue dans le vide et qu'une autre se trouvait dans un renfoncement que seul le Monocle de Vérité aurait pu déceler. Car le mensonge du mur s'exprimait dans le mimétisme absolu de la matière dominante. Le hasard permit la découverte de cette dernière mais la recherche fut chronophage. Terriblement. Si bien qu'il était 20h18 lorsqu'ils eurent enfin trouvé l'ultime gemme.

Dans la nouvelle salle, une sinistre statue tournoyait au centre de la salle. Une figure siamoise. Deux Faucheuses avec un dos en commun assurant chacune les arrières de l'autre. En effet, chacune d'elles saisissait une longue faux. Les deux axes formaient ainsi un diamètre cisaillant qui laminait l'air dans une danse circulaire. Et pourtant, il fallait s'y confronter car des interrupteurs jalonnaient le sol de la zone de danger. Link ambitionnait d'activer les 20 interrupteurs tout seul pour épargner les deux individus qui n'étaient pas rodés à ce genre d'exercice mais Kafei insista pour assister son témoin qui avait, jusqu'à présent, toujours oeuvré pour préserver le couple. Link accepta. Il invoqua l'Amour de Nayru afin que le prisme protecteur assure l'invulnérabilité temporaire de Kafei.

Une roulade avant permit à Link d'enfoncer deux interrupteurs tout en esquivant la lame qui brassa de l'air. Même tarif pour Kafei qui, malgré la protection dont il bénéficiait, se contorsionnait pour échapper aux sanctions de la statue. La valse meurtrière dura quelques minutes jusqu'à ce que Kafei pose le pied sur l'ultime interrupteur, provoquant le déverrouillage de la porte.

Link et son ami se congratulèrent sous le regard amusé d'Anju qui les devança ainsi pour ouvrir la porte. Cependant, une fois face à la porte, une peur soudaine la paralysa. De la porte irradiait un dangereux frisson. Un de ceux qui pouvaient geler le sang. Kafei vit sa bien-aimée se ruer pour se blottir contre lui. Il pensa de prime abord à une digression amoureuse. Puis il sentit Anju trembler et examina son visage : elle était terrorisée.

- Qu'y a-t-il, chérie ? questionna Kafei.
- Je... je ne sais pas ce qui se trouve derrière cette porte... mais cette chose pourrait nous tuer... en quelques instants...
- Non ne t'inquiète pas, rassura Kafei. Link en a déjà combattu des pires...
- Exact, confirma Link. Toutefois, j'étais en pleine possession de mes moyens. Et ce qui se trouve là-dedans n'est pas à prendre à la légère...

Link ne pouvait, en aucun cas, minimiser les propos d'Anju. Sa peur était tout à fait justifiée. Le héros avait également sentit une terreur souveraine s'exprimer à travers les interstices de la porte. Il regarda solennellement Anju et Kafei et leur dit :

- Vous ne pouvez pas m'accompagner cette fois-ci. Mais je vous promets que je vais revenir vous chercher une fois le danger écarté.

Kafei examina une nouvelle fois Anju puis revint vers Link, l'air désolé.

- Tu n'as qu'à hurler mon prénom... et je te jure que j'accours sans considérer ma propre vie.

Link sourit mais demeura silencieux. Il s'approcha vraiment très près de la porte afin que celle-ci s'élève. Il franchit le seuil et se retrouva de l'autre côté, dans la salle suivante. La salle était sombre comme à l'accoutumée dans ce donjon souterrain. Toutefois, une lueur feutrée et légèrement bleue vaporisait les ténèbres d'un second mystère. Une présence magique sans doute. La lueur permettait de comprendre l'étendue de la salle qui était étrangement vide. Elle était suffisamment grande pour permettre une bonne mobilité. C'était déjà bon à savoir.

Une ombre entonnoir se découpait sur le fond légèrement bleuté, laissant entrevoir son goulet d'étranglement qui se situait à hauteur du visage de Link. Qu'est-ce que cela pouvait être ? Un bruit interrompit Link dans sa réflexion. Un bout de bois frappa le mur. L'Hylien observa l'obscurité se mouvoir sur sa droite pour préciser les contours d'un être encapuchonné. Une lueur rouge scintillait à l'emplacement de son visage. Des guenilles lésées l'habillaient, alternant entre mauve et écru, se déchirant sur leur fin. L'être tenait un bâton dans la main droite. Il s'agissait du Marchand d'Ames.

- Tu es toujours dans ce genre d'endroit, commenta Link. Que fais-tu ici ?
- Mon ami, tant qu'il y aura des âmes errantes en ce bas monde, j'y séjournerai autant que possible. Dis-moi, ne serais-tu pas intéressé à remonter à la surface ?
- Bien sûr... mais avec toi, rien n'est gratuit...
- Le marché est simple : tue le démon qui est dans cette pièce et son âme ainsi libérée te libérera aussi. Tu permettras ainsi à toutes les âmes de ce cimetière de reposer enfin en paix. Quelle noble action, ne penses-tu pas ?
- Je n'ai pas trop le choix on dirait. Envoie le défi qu'on en finisse.
- C'est comme si c'était fait...

L'étrange personnage disparut. Des étincelles écarlates parcoururent la silhouette se détachant du fond. Les nervures se rependirent au plafond et on entendit un lien qui se brisa. L'entonnoir n'en était plus un. La forme venait de laisser choir deux membres, auparavant emprisonnés par quelconque attache.

Soudain, un cri démentiel retentit ! Une terrible vague sonore ! Doux mélange du cri d'agonie d'un goret que l'on saigne, des plaintes d'une femme mettant bas et d'une oie hystérique. Le son de la mort frappa directement Link qui s'écroula au sol, atterré par la division de son âme. Les Effrois et les Gibdos sonnaient comme une douce mélodie en comparaison. Le cri cessa et on pouvait d'ores et déjà entendre la respiration rauque de la sombre figure. Link releva la tête. Il vit une femme gigantesque drapée d'une énorme robe noire, cintrée à la taille par un corset. Ses épaules nues s'incurvaient ensuite vers leur concours, nous amenant à sa collerette zébrée de plaies noires ainsi qu'à son horrible visage nécrosé. Des rides profondes sabraient son visage de sécheresse. Ses yeux n'étaient plus, marquant davantage les zygomatiques qui soutenaient les sinistres emplacements concaves. Sa bouche n'avait plus de lèvres, seulement des rides qui constellaient le trou béant. Ses cheveux généraient une masse vaporeuse, chaque capillaire suivait un commandement qui lui était propre. C'était donc une Banshee, un être terrible dont la voix pouvait tuer.

Link invoqua un Vent de Farore qu'il envoya à l'antipode de la salle. Peinant toujours à se relever, il vit la bouche de la Banshee condenser une sphère d'énergie écarlate. Link se téléporta in extremis pour se retrouver là où flottait auparavant son téléporteur. Une explosion illumina la salle, découpant momentanément la silhouette de la Banshee dans un contre-jour empourpré. Le Héros du Temps se rua dans l'angle mort de la démone. Il déploya ses bras sur les côtés.

- Câlin de Din, s'écria-t-il.

Deux gigantesques bras enflammés se matérialisèrent de part et d'autre de la salle, mimant la gestuelle de Link. Ce dernier croisa violemment ses deux membres, ordonnant ainsi à ses bras de feu de réduire la distance à zéro. Mais, avant qu'ils ne puissent compresser la Banshee, cette dernière virevolta sur elle-même, expulsant une bourrasque violette. La tornade maudite qui tournoyait autour de la démone néantisa les membres incandescents. La silhouette de Link fondit sur son adversaire.

- Tempête de Farore !

Il tendit son bras gauche en arrière pour amorcer un mouvement circulaire. Le jet de son bras décocha un chapelet de seize lumières vertes qui gravitèrent autour de la démone. Son corps siffla vers le premier téléporteur, esquivant ainsi la déferlante d'énergie que venait d'expulser la Banshee. Fusant successivement sur toutes les sphères vertes, son corps glissa à toute vitesse sur l'orbite de la terrible créature pour la subjuguer. Le dernier téléporteur se retrouvait à la verticale, donnant l'ampleur nécessaire pour réaliser un saut de l'ange. Auréolé d'un manteau de flammes, une trainée bleue profila sa chute. Il était armé du bouclier de Nayru.

- Le pourfendeur céleste ! s'écria Link.

La verticale meurtrière, conjuguant flammes et axe bleuté, sanctionna la Banshee. L'axe punitif l'enterra et hérissa le sol d'une couronne d'excroissances. Mais son cri de souffrance paralysa Link, emprisonné avec sa Némésis. Acculé par les assauts répétés de la démone qui venait de tronquer ses bras avec des massues, Link était l'épicentre des ondes de chocs qui émiettaient le sol lui-même. Des lézardes s'exprimèrent sur le sol de la salle, grimpant également aux murs. Toutefois, Link ne ressentait rien : son Amour de Nayru était actif et le protégeait encore.

La Banshee enchaînait les cris paralysants pour empêcher le Héros de contre-attaquer. Bien qu'incroyablement abasourdi par les hurlements, Link apprit la leçon et s'immunisa à petit feu. Si bien qu'il put s'émanciper de son emprise et s'élever hors du sol. L'immense femme le prit en chasse en tractant avec elle un énorme pan d'architecture. Elle projeta le roc en direction de son ennemi qui était encore dans les airs, incapable de se mouvoir et dépourvu du manteau de Nayru. La réception fut difficile mais Link parvint à retenir le roc en le saisissant avec ses mains gantelées. Une petite cabriole aérienne lui permit une rotation complète avec l'énorme masse pour gagner en puissance. Il abattit avec force l'énorme bloc pour assommer une nouvelle fois la Banshee mais cette dernière lacera l'énorme morceau de sol avec ses doigts qu'elle venait d'allonger pour en faire des fouets.

Le monstre expulsa de sa bouche une vingtaine de Fées Sombres. L'essaim traversa la multitude de débris en chute libre pour approcher le Héros du Temps. Ces fées, contrairement à leurs consoeurs roses, ôtaient la vie au moindre contact. Link fit apparaître sa Triforce du Courage sur le dos de sa main pour libérer son flux d'énergie. Se réceptionnant enfin au sol, sa main désigna l'essaim et la démone.

- Paume de Nayru !

Un mur bleu put s'extraire de sa main pour gagner en ampleur et rafler tout sur son passage. Il déferla ainsi sur toute la salle, repoussant les fées qui furent réduites à néant et plaquant, par la même occasion, la crieuse contre le mur. Ainsi sonnée, le laps de temps fut suffisant pour invoquer un puissant sort fatal.

- LA LANCE DE DIN !

Link leva sa main gauche pour cueillir l'immense lance incandescente qui chuta du néant. Son bras chuta brutalement, décochant un horizon enflammé. Le trait alla empaler la Banshee puis traça son chemin dans les tonnes de terre et de roches. Les cris d'agonie de la démone s'éloignèrent à mesure que le trait de feu poursuivait son excavation.

Plus haut, du sol du cimetière, émergea une colonne de feu surmontée d'un vêtement noir qui se consuma très vite. La lance se perdit ainsi dans la voute céleste. Un bain lumineux se mit à pleuvoir non loin de Link. Le Marchand d'Ames réapparut pour féliciter le combattant.

- Bravo ! C'était remarquable. Je note que tu n'as pas eu besoin de ton arsenal pour défaire cette créature...
- Oui. Mais c'était un combat bien plus dangereux qu'il n'y paraissait.
- Je crois que tu as quelque chose à faire dehors non ? Allez, va prévenir tes amis et partez vite, la Tour de L'Horloge n'attend pas...
- QUE... ?! Attends un peu !

Le personnage venait de s'évaporer. Comment savait-il autant de choses ?

Link alla chercher Anju et Kafei, peinant à se relever. Eux aussi avaient entendu le cri de la Banshee. Même à travers les murs. Ils allèrent ensemble dans la salle du récent affrontement pour se placer dans le faisceau lumineux. Leurs corps furent délicatement élevés vers la surface.

Toutefois, ils furent surpris de constater que la nuit était déjà tombée. Après un rapide échange de regards, ils se ruèrent vers la sortie du cimetière : il fallait empêcher l'Axe du Mal de mettre son plan à exécution.

Sans trop savoir pourquoi, Link jeta un dernier coup d'oeil vers le cimetière. L'atmosphère n'avait plus rien de mortifère. C'était un lieu paisible où de gros dormeurs avaient décidé de ne plus se réveiller et d'utiliser la terre comme couverture. Seule une grande femme nue se tenait au milieu des tombes. Elle saluait le Héros du Temps.

- Hein ?

Link se frotta les yeux... et plus rien. Le fantôme bienveillant avait disparu pour de bon. Il avait pu remercier son Héros qui lui avait apporté le repos éternel. Il était temps de s'endormir...

Il était 20h44. Pouvaient-ils, sans chevaux, arriver à temps pour contrecarrer les plans de Sakon et sa clique ?

Chapitre 94 : L'exécution du plan et le retour du collectif bleu   up

Il était 20h58.

Au Milk Bar, la pression était à son comble. L'organisation avait été bâclée car Kafei n'avait pas repris son service à 15h comme il aurait dû le faire. Résultat, les animateurs de soirée devaient improviser leur show. Il était également difficile de parler ostensiblement avec le Masque de l'Exorciste. D'ailleurs, les spectateurs se ressemblaient tous ce soir-là, affublés du fameux masque protecteur. Le Maire, lui aussi masqué, récita un discours. Le message s'articulait autour des circonstances particulières dans lesquelles se déroulaient les fêtes. Il insistait sur le fait qu'il fallait vivre et montrer à l'oppresseur que la population ne se réfugierait pas dans la peur. Mutoh était à ses côtés, lançant la vague d'applaudissements.

La Troupe de Gorman passait en deuxième après "La Balade Cuivrée", un groupe de Pestes Mojos spécialisées dans les instruments de la famille des cuivres. La majesté de leur hymne royal marqua un très bon coup d'envoi des festivités. Hélia, qui se tenait dans les coulisses, avait l'estomac dans les talons. Mais plus encore que la pression qui relançait ses viscères, elle s'inquiétait énormément pour Link, Kafei et Anju. Le trio était peut-être mort et enterré en ce moment même. Dans ces conditions, comment rassembler la concentration nécessaire pour briller sur scène ?

Les retardataires hâtaient leurs pas, escortés par les soldats qui quadrillaient toute la ville. L'opération fut menée par le Capitaine Viscen qui dirigeait ses troupes d'une main de fer. Rendus ou pas rendus aux festivités, les habitants et les touristes allaient bientôt devoir se plier au couvre feu. Pendant que la fanfare attirait la population vers le Milk Bar qui recevait toujours plus de monde, Sakon observait tout ce beau monde. Il se tenait debout, au dessus des foules impatientes. Etant donné les circonstances, la ville avait décidé de ne pas réaliser l'habituel feu d'artifice et de laisser la Tour de l'Horloge dans sa configuration normale. Cela arrangeait le bandit. Il jeta un dernier coup d'oeil à l'Horloge. Un sourire fendit sa face.

Il était 21h00.

Au Milk Bar, "La Ballade Cuivrée" venait de Terminer son mini-concert. Une belle ovation leur fut livrée et, après avoir remercié la foule, ils s'en retournèrent dans les coulisses, souhaitant bonne chance aux autres groupes et surtout à la Troupe de Gorman qui prenait le relai. Hélia sentit son coeur se serrer davantage. Elle et sa troupe étaient les seuls à ne pas porter de masque. Ses états d'âme étaient, par conséquent, perçus par tous. Judo et Marilla tentaient de la rassurer. En vain.
L'animateur de soirée apparut une nouvelle fois pour faire la transition. Après un discours bien amené, il appela sur scène le groupe d'Hélia et compagnie. La réaction du public fut mitigée. Alors que certains étaient impatients de voir leur performance, d'autres n'oubliaient pas les mauvais épisodes judiciaires qui planaient sur la famille de Gorman. Il fallait pourtant que le spectacle commence. Extinction des projecteurs. Seule une lueur douce plut sur le couple : Lysandre et Lianna. Joués pas Ao et Judo, ils jouaient de regards et de proximité pour feindre leur amour fictif.
Il y eut des bruits étranges parmi la foule. Les performeurs pensaient qu'on les huait. La réalité était tout autre : Les spirales disposées sur les Masques d'Exorcistes sortirent de leur immobilisme pour entamer leur infini vortex. Les spectateurs étaient comme transis et possédés par leurs masques. Aka, Marilla, Guru Guru, Gorman et Hélia rejoignirent Ao et Judo pour constater l'étrange phénomène. Même Barten, le barman, rêvassait debout, hypnotisé.

- Mais... qu'est-ce qu'ils ont ?! s'affola Gorman.
- Ils sont hypnotisés je crois, supposa Marilla.
- Mais... c'est normal ce qu'il se passe avec les Masques d'Exorcistes ? interrogea Aka.
- Je ne pense pas, répondit assurément Hélia. Grand frère Link, le fils du Maire et un autre monsieur étaient suspicieux vis-à-vis de ces objets...

La porte du Milk Bar s'ouvrit en contrebas. Les artistes et leur directeur levèrent la tête. Evander, vendeur de masques, entrait pour chercher son butin. Il vit toutefois que quelques audacieux ne portaient pas de masques et n'avaient pas été pris dans l'hypnose générale.

- C'est le vendeur de masques ! hurlèrent Ao et Aka.
- Il doit forcément pouvoir nous éclairer, déduit Gorman qui se rua vers lui.

Evander se mit sur le côté, permettant à quatre silhouettes furtives de s'introduire dans le Milk Bar. Quatre individus venaient de fuser dans les airs pour subjuguer de vitesse la troupe qui se retrouva soumise en un rien de temps. Les Garos mettaient en joug Guru Guru, Marilla, Gorman et Hélia. Les autres n'osèrent pas intervenir car les vies de ces quatre-là étaient menacées. Le directeur du cirque fulmina de rage lorsqu'il vit ses artistes ainsi assujettis. Il convulsa davantage lorsqu'il vit la lame tutoyer la jugulaire d'Hélia.

- Comment osez-vous soumettre ainsi une jeune fille aussi innocente !!! tempêta Gorman.
- Gorman, reconnut Evander. Le roi du divertissement terminien. Je suis heureux de te rencontrer en personne. Tes frères me parlent beaucoup de toi...
Le visage de Gorman se décompressa pour laisser place à la stupeur.
- Mes frères... te parlent... ? Qui es-tu ?! Où sont-ils et que font-ils ?
- Tu devrais les voir arriver d'ici quelques minutes, assura le faux commerçant. Juste le temps qu'ils dévalisent à souhait les habitations de Bourg Clocher. Tout le monde est sous l'emprise de mes masques, ils ne rencontreront aucune résistance. Hahahaha !

Une violente secousse fit vibrer les murs du Milk Bar. Un tremblement de terre était en train de sévir. A la place sud, Shiro et le Capitaine Viscen, les deux soldats qui ne portaient pas de protection, furent les témoins impuissants d'une gigantesque mascarade : un énorme grappin fondait de nulle part pour saisir le sommet sphérique de l'Horloge du Clocher. Les crochets tractèrent l'énorme bâtisse vers le haut. D'énormes fissures zigzaguèrent le sol. Des contours hasardeux fragmentaient ce dernier. Un énorme pan de terre s'éleva, s'alignant avec la bâtisse. Un roc poreux, laissant entrevoir les escaliers ballants qui constituaient l'ossature souterraine de la tour. Les sous-sols dévoilaient leurs mystères : canaux et moulin conjoints dans l'usure et la corrosion du lichen. Avec l'altitude que prenait le bateau invisible, les rais lumineux dilataient les formes montreuses, rendant les illusions bien moins consistantes.

- Je vois, constata Shiro. Tous ces monstres vaporeux, le parallèle avec les soi disant "Garos" du Ranch Romani et les Masques de l'Exorciste... La création de cette psychose à grande échelle nécessitait un concours de ces trois circonstances, orchestrées par un ou plusieurs individus. Le vendeur est dans le coup.
- Mais... et le citoyen qui s'est fait agresser il y a deux jours ? interrogea Viscen ?
- Sans doute a-t-il été agressé par le véritable cerveau de cette machination. A savoir le vendeur de masques ou un de ses complices s'il en a. Une nuit de plus et on se serait rendus compte que ces projections étaient inoffensives. Il fallait donc un élément de véracité. Un audacieux qui serait le parfait candidat pour l'exemple. Et ce fut après cet incident que la vente de masques a réellement été massive...

Au loin, une vague macabre sillonna pour taillader la brume. Un axe tranchant ondulait sa trajectoire tout en fonçant sur le duo. Shiro aperçut au dernier moment les deux lames qu'il contra avec le bout de la guisarme. Le choc stoppa la silhouette encapuchonnée qui maniait les deux lames, permettant un court face à face avec Shiro. Les deux bretteurs se repoussèrent mutuellement.

- Voyez capitaine ! ordonna Viscen. Voyez comme ces êtres sont différents ! Ils n'ont rien à voir avec l'illusion. J'ai été suffisamment longtemps aux Canyons pour reconnaître un vrai Ninja Garo lorsque j'en vois un. Rien à voir avec les spectres du Ranch !

Les deux frères Gorman apparurent devant le duo de soldats. Affublés de la cagoule Garo, ils amenèrent avec eux un bon nombre de Ninjas. Ils se découvrirent pour dévoiler leur véritable identité.

- Les frères du directeur du cirque ?! réagit Viscen.
- Nous allons vous contraindre au silence pour le moment, assura le petit frère. Juste le temps de l'opération.

Shiro nota qu'ils portaient des sacs bien remplis. Peut-être leur butin de la soirée ? Laissant cette question en suspend, il brandit son arme pour l'abattre sur ses adversaires. Viscen en fit de même. Ils affrontèrent ainsi la horde de Ninjas Garos. Mais leurs adversaires eurent rapidement le dessus et laissèrent les deux soldats évanouis à leur propre sort. La Tour de l'Horloge, s'élevant toujours dans le ciel, projetait son ombre sur l'ensemble de Bourg Clocher. Telle une figure déifiée, sa gravité inversée l'amenait dans les écrus de la pleine lune tandis qu'elle venait de plonger la ville dans un coma obscur. Les habitants étaient transis et hébétés dans leurs propres séjours. Après un énième commerce dévalisé, les bandits décidèrent d'en finir :

- Allons rejoindre Evander au Milk Bar et partons ensuite, commanda l'aîné.
- Oui. Mais il ne faudrait pas qu'il s'élève trop haut avec le bateau. L'échelle a ses limites.

Et, comme pour répondre à ses prières, l'Horloge du Clocher stoppa sa progression verticale. Loin de là, très loin de là, une forme gargantuesque traçait son sillon à travers les flots. La silhouette était vivante et usait de ses membres gigantesques pour avancer. Il s'agissait de la Tortue Géante qui dormait au large de la Grande Baie lorsque Link était venu une première fois il y a 8 ans de cela. Des formes mobiles sur sa carapace semblaient converser avec lui.

- Tu es sûr de toi, Kameshima ? demanda une voix féminine.
- Je vois tout depuis la mer, répondit la tortue de son énorme voix. Et lorsque le continent a besoin de ma force, il me le fait savoir. Un individu qui aura besoin de notre parole va sauver cette terre une nouvelle fois.
- Le "Héros aux quatre visages" ?
- Vous êtes, avec le peuple Goron et le peuple Mojo, à l'origine de cette appellation. Et c'est pour cela que vous êtes les seuls à pouvoir l'aider. Car vous avez été témoins de ses actes bénéfiques pour le salut de Termina. Il a dû emprunter la force de vos défunts et il a fait d'eux des héros.
- C'est vrai. Je ferai tout pour l'aider. Il a sauvé mes oeufs et permis d'avoir les sept enfants que j'ai aujourd'hui.

Oui. La personne qui venait de parler n'était autre que Lulu, la chanteuse des Indigo-Go. D'ailleurs, le reste du groupe était présent avec elle. Evan le leader pianiste, Japas le bassiste, Tijo le batteur, Toto le manager et Kozan le guitariste successeur de Mikau. Ils venaient d'ailleurs d'arriver sur la Grande Baie où une foule de monde les attendait. Les employés Zoras et Gorons du Chantier Naval les attendaient sur la terre molle. Shaudaï et d'autres superviseurs se tenaient aux premières loges pour accueillir les arrivants.

- Comment étiez-vous au courant de notre arrivée ? demanda Evan. Notre retour fut pourtant inopiné...
- Vous pensiez qu'on ne remarquerait pas une aussi grosse tortue que Kameshima? se moqua Shaudaï.
- Shaudaï, coupa Kameshima, je crois que tu as eu une longue interaction avec le Héros aux quatre visages. Il t'a sauvé la vie il me semble.
- Plusieurs de mes employés ont vu mon sauveur prendre l'apparence de Feu Mikau qui repose sur cette plage. Si tes paroles vont dans ce sens, je pense qu'on ne peut plus douter de son identité.
- Quelque chose d'invraisemblable se passe en ville et cela va avoir des répercutions sur Termina. Le peuple Goron est là et les Mojos ont quelques représentants en ville. C'est parfait. Votre parole à tous sera indispensable.

Kameshima marqua un temps d'arrêt, le temps que ses "passagers" rejoignent la terre molle. Il scruta le ciel sombre et orageux. Des hasards argentés zébraient les nuées ténébreuses. Il recentra son attention sur les riverains pour leur parler à nouveau.

- ... Nous attendrons le lendemain. Pour ce soir, il n'y a rien que nous puissions faire et je ne peux pas vous imposer de traverser la Plaine Termina de nuit. Mais soyez bien attentifs à ce qui se passera dans le ciel.

Si les propos abscons de Kameshima laissaient planer le doute, son audience ne les remit pas en cause. Car seule la vérité semblait s'échapper de son bec majestueux.

A la sortie des Canyons, Link généra un éboulement pour ensevelir les Teigneux qui gambadaient avec leurs explosifs. Dans sa course rapide, une succession de Feux de Din jalonnèrent la plaine de dômes incandescents, néantisant les Tetdoss bleus. Anju et Kafei le talonnaient. Ils avaient encore espoir d'empêcher le vol de l'Horloge du Clocher.

Il était 21h13.

Chapitre 95 : Chantage maladif et remède cuivré   up

Des larmes ruisselaient sur les joues d'Hélia, tenue en joug par les lames des Garos. Elle n'était, pour ainsi dire, pas habituée à ce genre de traitement. Personne ne l'était d'ailleurs. Sa sensibilité de jeune fille l'empêchait de contrôler son débit lacrymal. Judo voulut sécher ses larmes mais la pression de la lame qui menaçait sa collerette lui indiqua qu'il serait contrevenant et risqué de changer brusquement de posture. La porte du Milk Bar s'ouvrit une nouvelle foi pour laisser apparaître les frères du directeur du cirque. Ce dernier, oubliant totalement la situation dans laquelle il était, se dressa subitement pour mieux apercevoir ses frères. Ces derniers le reconnurent aussitôt.

- Bonsoir jeune frère, salua l'aîné des trois. Tiens, je suis étonné de ne pas te voir porter de Masque de l'Exorciste. Toi, le haut de la pyramide, attablé avec tous ces gorets de l'aristocratie qui prennent leurs jambes à leur coup lorsque le moindre danger apparaît.

Le chef de la troupe se rassit, contraint par un Ninja Garo de revenir à sa posture initiale. Il regarda tristement ses frères, puis observa Evander et revint sur ses frères.

- Vous avez participé à cette hécatombe... Êtes-vous conscients... que vous êtes arrivés au point de non retour ? Jamais plus la société ne vous acceptera. Les yeux du malheureux scintillaient, prêts à déverser un flot de peine.

- Oooh bah qu'est-ce qu'il y a mon bonhomme ? railla le jeune frère. Tu es revenu en enfance ?
- ... A quelle famille appartenez-vous ? demanda Gorman.

Ses deux frères ne comprirent pas sur l'instant.

- A quelle famille appartenez-vous ?

Deuxième édition. Pas de réponse de la part des frères qui étaient trop pressés par le temps. Ils décidèrent, avec Evander, de décamper. Mais avant que tous n'aient franchi la porte, Gorman poursuivit :

- Lorsqu'on se reverra, je vous reposerai cette question. Moi, aujourd'hui même, j'ai compris à quelle famille j'appartenais. Et j'aimerais que vous compreniez la même chose. Je ne veux plus vous voir agir de la sorte parce que vous êtes indécis. Vous... mes frères...
- Ferme-la ! ordonna l'aîné. En tout cas, il y a longtemps que tu ne fais plus partie de la nôtre.
- Les Ninjas Garos vous soumettront encore un petit moment, rassura Evander. Ne jouez pas les héros car leur ordre est d'exécuter tout contrevenant qui oserait agir contre nous.

Le gourou vit la blondinette en pleurs. Il s'adressa alors à la petite :

- Je suis sincèrement rassuré de te voir ici gamine. Loin de ton ami qui doit encore vivre des instants pénibles au Cimetière Ikana. Je suis sincèrement rassuré car, malgré la menace, ils ont fait le choix de te maintenir en sécurité. Et je respecte énormément ce genre de personnes. Mais vois-tu, tout comme tu as dû assister à ce déplaisant spectacle, tu pourras réaliser que le rêve peut rapidement virer au cauchemar.
- En terme de choses déplaisantes à voir, sanglota Hélia, j'ai déjà eu mon compte... Vous... vous pouvez me voir mais vous vous complaisez dans vos noirs desseins. Vous êtes donc persuadé que le chaos que vous avez généré est dans l'ordre logique des choses...
- Je ne comprends pas tout ce que tu dis mais sache que le plus grand crime d'un peuple, c'est d'oublier son Histoire et que VOUS, les gens du continent, avez complètement fait de nous des victimes de votre amnésie. Mais je ne vais pas discuter de ça avec toi. Je doute que nous nous reverrons dans le futur alors je vous dis adieu à tous.

Et il s'en alla, laissant la porte ouverte afin que les Ninjas Garos puissent partir le moment venu. Avec les frères Gorman, ils détalèrent comme des lapins. Leurs foulées étaient cependant ralenties par leurs énormes sacs en toile de jute. Arrivés à la place sud, ils se placèrent en dessous du bâtiment en lévitation. Dans son ombre, ils saisirent l'échelle invisible pour escalader les nombreux mètres qui les séparaient du Bateau Volant.

Soudain, un cri vint déchirer le voile nocturne. Trois ombres venaient d'envahir la place sud pour se diriger vers le bateau.

- Arrêtez-vous sur le champ !!!

Link, en pointe de formation, venait de hurler son ordre aux silhouettes encore visibles d'Evander et des similis. Le premier se volatilisa, basculant dans l'envers de la couche invisible, suivi de l'aîné des deux frères. Mais alors qu'il restait deux mètres au cadet, Link saisit l'échelle composée de corde épaisse. La force que détenaient ses Gantelets de Platine ne permit pas au Héros du Temps de s'y agripper. Non. La tension fut transmise à l'autre extrémité de la corde qui se rompit, provoquant la chute du plus jeune des frères Gorman.

- Barry ! hurla une voix venant des transparences tangibles.
- Benthaaaam !!! s'égosilla l'homme en chute libre.

Link rattrapa la masse chue des hauteurs. Ses deux bras soutenaient le bonhomme à l'horizontal. Celui-ci voulut se débattre mais Link le maîtrisa aisément. Kafei relaya Link dans sa domination de l'individu. Le Héros du Temps put ainsi se concentrer sur la poursuite du Bateau Volant. A bord, Bentham Gorman s'affola : il devait récupérer son petit frère !

- Tu sais très bien que nous ne pouvons pas, déclara Sakon. La mise en péril de l'opération pour le sauvetage d'un des complices est proscrite. Ce que nous avons à perdre en allant le chercher est trop important. C'est une occasion qui ne se représentera jamais. L'hypnose des masques ne va pas durer éternellement. Tu comprends ?
- Tu me demandes de comprendre ?! interrogea l'aîné des Gorman, interloqué.

Il fixa quelques instants Sakon. Puis son regard se résigna, assagi par une soudaine prise de conscience. Il s'assit à même le plancher de la cale pour se recueillir et demander pardon à son frère.

Link avait beau vociférer son chantage, l'Horloge du Clocher ne semblait pas descendre. Or, ayant la main sur l'un des membres de l'équipe, il pensait pouvoir engager des pourparlers. Il n'en était rien.

- Je vous assure ! s'écria-t-il. Si vous déposez tranquillement votre bateau et que vous me donnez Jim, je vous laisse celui-là en échange et m'engage à ne pas vous poursuivre.

Link mentait rarement mais il fallait admettre que l'urgence de la situation l'imposait. Quoiqu'il en soit, le Héros du Temps n'était pas du tout convaincant. Mais alors pas du tout.

Anju s'était séparée des deux hommes pour foncer au Milk Bar voir si Hélia allait bien. Des ombres vivaces l'effleurèrent alors qu'elle s'apprêtait à pénétrer dans le bar souterrain. La célérité de leurs déplacements rendait impossible toute identification visuelle. Mais Anju savait très bien qu'il s'agissait de Ninjas Garos. Et s'ils étaient désormais dehors, cela signifiait qu'ils n'étaient plus au dedans. Cette dernière pensée la rassura et l'engagea sur les lieux du crime.

En réalité, sa décision de venir au Milk Bar malgré la confusion extérieure avait été vivement encouragée par Kafei. Ce dernier voulait que sa femme ramène des musiciens sur la place sud. L'idée était de générer une véritable philharmonie afin de briser la Térébenthine d'Invisibilité qui recouvrait le bateau. Mais en voyant Hélia, son coeur l'éloigna de tout schèma tactique. Elle se rua vers la petite pour la serrer une nouvelle fois contre elle. La pauvre était en sanglots : traumatisée. Non loin des artistes de la troupe, d'Anju et de Hélia, venait d'apparaître un grand personnage de Termina. Une sommité. Sortant des coulisses, la Princesse Mojo apparut, suivie de près par les musiciens de la Balade Cuivrée.

- Mais... c'est sa Majesté la Reine Mojo Neequ ! reconnut Gorman.
- Votre Altesse !!! s'inclinèrent prestement Guru Guru, Ao, Aka, Judo, Marilla et Anju.

Hélia se jeta au sol avec un certain délai car elle ne connaissait pas ce monarque. Elle la trouvait TELLEMENT mignonne.

- Hohohohoho ! Quel accueil ! A vrai dire, je n'étais pas censée apparaître devant les citoyens de la ville. Je suis restée cachée dans le flacon de l'un de mes musiciens afin de pouvoir profiter des festivités. En voyant que les choses devenaient bizarres, je suis sortie et j'ai retiré ces masques étranges que portaient mes artistes.
- Vous êtes... dans un flacon... Quoi ?! jésita Marilla qui ne parvenait pas à imaginer comment une Peste Mojo pouvait s'introduire dans un flacon.
- Je suis désolée, coupa Anju. Nous allons devoir mettre un terme aux formalités. Votre Altesse, expliquer la raison nous amènerait au petit matin. Mais je vous en conjure : laissez-moi vous emprunter vos musiciens pour une affaire urgente. S'il vous plaît ?
- Bien sûr ! Faites et expliquez-moi après. D'accord ?

Chapitre 96 : L'arrestation et l'oiseau rare   up

Le départ du Bâteau Volant était laborieux. Mais petit à petit, il allait gagner une vitesse de croisière. Link le savait et, avant que la vitesse de la structure n'atteigne son apogée, il devait la stopper ou parvenir à s'infiltrer à l'intérieur. Tout comme le Héros du Temps avait localisé l'échelle invisible en observant les fuyards en ascension, il pouvait aisément imaginer la position du bateau qui devait se situer au-dessus de l'îlot flottant que constituait la Tour de l'Horloge et sa base en lévitation. Voyant qu'aucune négociation ne serait possible avec les malfrats, il traça une diagonale ponctuée de sphères vertes. Scindant son ascension éclair en huit fois, il venait de se téléporter sur la terre arrachée. De là, il put assaillir l'énorme chaîne du grappin qui reliait le sommet de la tour au bateau. Tout en oeuvrant à la destruction de la chaîne, Link remarqua, à sa verticale, un carré assombri par sa juxtaposition avec la lune. Un carré flottant et ondulant. Il ne parvenait pas à l'identifier. Mais le temps le pressa et il se recentra sur la présente mission.

Toutefois, il se stoppa avant de terminer sa besogne. Il se rendit compte que l'ensemble sur lequel il se tenait venait de changer de trajectoire. Il se situait désormais sur la partie est de la ville. Dominant ainsi les habitations, il se rendit compte qu'il ne pouvait rompre le lien entre la tour et le bateau sans causer de pertes humaines. La course s'arrêta momentanément. En surplomb des bâtiments, Link était dans l'impossibilité d'agir et c'était sans doute le but de cette immobilité soudaine. Une voix confirma les soupçons de Link.

- Alors ? Que vas-tu faire ? Tu ne peux décemment pas couper la chaîne de ce grappin géant sachant qu'il y a des gens en bas !

Link nota que la voix ressemblait fortement à celle de Sakon. Mais comme il ne l'avait pas entendue depuis plusieurs années maintenant, il n'en était que fortement convaincu, laissant la place à une poussière de doute. Il rétorqua :

- Je trouverai un moyen ! Tu peux en être sûr !
Mais avant qu'il ne puisse continuer sa réplique de protagoniste, ses environs furent constellés de silhouettes obscures et ondoyantes qui venaient jaillir du rebord de la plate-forme. Malgré l'obscurité, le drapé qui auréolait ces formes fut un indice suffisant : il s'agissait de Ninjas Garos. Agissant dans une même témérité, les ombres, précédées de leurs axes tranchants, convergèrent sur le jeune homme. Il se courba en avant pour esquiver un premier axe argenté. Il s'éleva et vrilla suffisamment longtemps pour s'immiscer entre les deux horizons tranchants qui sévirent. Une énième cabriole lui permit d'éviter la croix sifflante de l'éclat des deux diagonales coupantes. Juché au-dessus de ses ennemis qu'il avait mis dans le vent, il s'écria :

- LA MARCHE DE NAYRU !

Des disques bleus proliférèrent, générant une véritable acné aérienne. Couvrant les chefs des Garos, le sort de Link était prêt à les sanctionner. Les surfaces bleutées extrudèrent leur surface pour, dans une colère cylindrique, écraser tous les Ninjas sans exception. Un véritable festival tambourinant. Le Héros du Temps comptait, par la même occasion, obtenir un flot de vérité, mais l'agonie simultanée de ses adversaires généra un tohu-bohu indéchiffrable.

- Tu aurais dû les laisser te maîtriser, affirma Sakon. Ce qui va arriver sera purement de ta faute.

Les laquais, dans un dernier souffle, avaient invoqué chacun une bombe. Link s'affola :
- OH NON !!!

Toujours dans les airs, il laissa choir un téléporteur de Farore pour se substituer à la lumière. Devançant ainsi la chute de blocs épais provoquée par les explosions successives, il martela le sol qui s'engouffra lui-même dans une cuve, ployant sous la puissance des Gantelets de Platine. Un flux bigarré l'auréola alors, fusionnant les arcanes de Din et de Farore.

- LES AFFRONTS INTERSTELLAIRES !

Une atomicité de sphères vertes constella les hauteurs de la ville. Plus particulièrement les dessus de toiture. Le sort de Farore dans son apogée. Un premier axe flamboyant relia deux lumières pour ensuite bifurquer et poursuivre sa course articulée à travers les téléporteurs. Le phénomène se produisait à plusieurs endroits, si bien que les hauteurs furent sabrées à la hâte par les incandescences rectilignes qui émiettèrent les énormes blocs, acculés par les croisements et entrelacs rouges. Le ciel sembla, dans un premier temps, marqué au fer rouge. Puis la fumée prit le relais, évaporant flammes et éclats verdoyants.
Content d'avoir pu protéger les habitations, Link se rendit compte que cette manoeuvre avait permis au bateau de s'élever hors de son champ d'action. Le temps perdu avait été crucial.

Non loin de lui, un quintet apparut. Il s'agissait de la Balade Cuivrée, les musiciens Mojos. Ils entamèrent leur morceau "Sortie de la sève", un air s'élevant énormément dans les accents aigus. Accents qui ne manquèrent pas d'atteindre les sommités invisibles qui se mirent à craqueler. Les musiciens redoublèrent de souffle et d'énergie. Les fissures gravèrent davantage les airs jusqu'à morceler complètement les hauteurs.

- Ça, commença un des musiciens, ça veut dire que notre son... il déchire !
- JOUE ! ordonnèrent en concert les autres entre deux notes cuivrées.

Un éclat se fit entendre, suivi d'une pluie de fines particules étincelantes. Le rideau invisible s'était fait la malle. Le bateau était enfin visible : un véritable mastodonte ! La ville sombra davantage dans l'obscurité.

- Nous y voilàaaa...

Link célébra cet instant. Le mystère du Bateau invisible était enfin résolu. Penser que cette énorme chose se situait depuis plusieurs jours au Bourg Clocher sans dévoiler une once de sa structure... Il vit les visages enfin visibles et déconfits de Sakon, Bentham et Evander. Une ode à la joie que leurs mines empruntes de désarroi.
L'instant velours fut de courte durée car Link se rendit compte de l'accélération du bateau. Il n'allait pas pouvoir le rattraper. C'est alors qu'un flash brûla la rétine du jeune homme. Un des musiciens Mojo venait de prendre une photographie grâce à la Boîte à Images que commercialisait l'Office du Tourisme aux Marais. Alors que la photographie se développait, le navire disparut derrière les remparts de la ville, côté ouest. Aucun Vent de Farore ne pouvait le rattraper maintenant. Le Héros du Temps se rua vers la sortie est dans l'espoir de rejoindre la Plaine Termina et de retrouver Epona.

Cependant, les premiers cris se firent entendre. L'effroi et la stupéfaction des habitants qui réalisèrent qu'ils venaient d'être vandalisés se propagèrent progressivement jusqu'à embraser toute la ville. Le voleur avait réussi son entreprise et les habitants n'avaient que leurs yeux pour pleurer. Link se ravisa. Ce n'était peut-être pas le moment d'abandonner le peuple ainsi égaré et dupé. Il se devait de rester pour le moment. Lui qui connaissait toute la vérité, il avait une dette envers la plèbe.

Ce fut à ce moment qu'Hélia, Anju et la Troupe Gorman rejoignirent le Héros du Temps, partagé entre deux feux.

- Ils ont réussi... n'est-ce pas ? questionna Anju.
- On ne peut pas dire qu'ils aient raté leur coup, avoua Link. Allons rejoindre Kafei au quartier sud. Il a capturé l'un des frères Gorman. C'est déjà ça. On saura le rendre bavard...

Son oeil bifurqua vers Hélia qui semblait encore tremblante. Il s'agenouilla pour caresser les joues de la jeune fille. Des larmes avaient perlé sur le sillon que Link embaumait d'amour. Ils marchèrent ensuite en direction de la place sud. Une fois arrivés, ils virent Kafei et Barry Gorman en plein échange avec le Capitaine Viscen et Shiro. La milice semblait s'enquérir du pourquoi de la présence de ces deux individus en dehors de leur séjour.

- Il est rare de vous croiser en ville Sieur Gorman, constata Viscen. Même en période de festivités. Pourquoi je ne suis pas surpris de vous revoir en ces temps troublés ?
- Ce sont des présomptions honteuses Capitaine ! Mon passé de criminel ne vous permet pas de me soupçonner de la sorte !
- Je peux tout vous expliquer Capitaine, confia Kafei.

Il s'ensuit une longue explication de Kafei sur les récents évènements et l'enquête qu'il a menée avec Link. Ce ne fut pas la décision la plus intelligente du personnage... Pendant ce temps, Link vit les musiciens Mojos lui emboîter le pas. Il réfléchit un instant puis, dans les ténèbres d'une confusion passagère, une aurore illumina son visage. Surnageant les eaux troubles, l'éclat d'Archimède lui insuffla la requête suivante :

- Par Din, Nayru et Farore, je vous en supplie : est-ce que je pourrais avoir la photo que vous avez prise du Bateau Volant s'il vous plaît ?
- Bien entendu, répondit le leader Kopodebois qui arracha l'image des mains de son ami pour la remettre à Link. Mais, par Neequ, je ne connais pas tes trois amies.
- Merci beaucoup !
- Sieur Link ?

Le Héros se retourna pour faire face au Capitaine Viscen et une bonne partie de sa division qui venait également de reprendre conscience après l'hypnose. Le visage du Capitaine semblait assez dur, enhardi par les révélations de Kafei.

- Oui Capitaine ?
- Etiez-vous au courant des manigances de ceux qui fomentaient le pillage de Bourg Clocher ? Avez-vous enquêté sur les événements avec Sieur Kafei pour les appréhender ?
- Tout à fait, avoua Link. Nous avons, depuis hier, réuni énormément d'informations qui nous ont permis d'identifier les coupables, les moyens qu'ils ont mis en place pour piller la ville et leurs mobiles.
- Eh bien, Sieur Link, vous vous défendrez demain devant la cour avec les éléments dont vous disposez.
- Hein ?!
- Je vous arrête pour complicité et opacité d'enquête. Voici les chefs d'accusation qui pèsent sur vous. En effet, il incombe au citoyen, surtout pour une affaire de cette ampleur, de livrer à la milice tout élément qui ferait avancer l'enquête. Ne pas le faire est synonyme de complicité. Sieur Kafei est coupable des mêmes crimes. En ce qui concerne Barry Gorman ici même, son sort sera déterminé par l'enquête préalable et par la confirmation de vos dires ou non. Puisqu'il a tout nié, la lumière sur cette histoire dépendra de la véracité de vos propos.
- Mais... mais...

Link bégaya. Il ne savait plus où se mettre. Il ne trouvait aucune répartie, subjugué par la tournure des événements.

- Vous passerez votre nuit dans des cellules voisines. Vu que nous sommes dans des circonstances exceptionnelles, le procès aura lieu demain matin à ciel ouvert. 12 heures pour être précis. Les habitants ont besoin de savoir ce qui leur est arrivé. La loi stipule qu'à défaut d'avoir un avocat, vous pouvez disposer de plusieurs "témoins du coeur". Ce terme juridique désigne toute personne qui saura défendre votre profil psychologique et qui contribuera à contrebalancer les arguments qui vous accablent. Un ami, une personne de la famille, peu importe. Avant d'entrer en cellule, vous remplierez un formulaire pour désigner les "témoins du coeur" que vous avez choisis. Nous nous chargerons de les réunir pour le procès mais seulement s'ils se trouvent en ville. Etant donné qu'il s'agit plus d'une notion abstraite que concrète, votre défense présentera de nombreuses lacunes. C'est pourquoi nous accorderons une plus grande valeur juridique à la parole de vos témoins du coeur. Si mes termes ont été clairs, nous allons vous conduire vers les cellules où prendra effet votre garde à vue.

Un silence sur lequel flottaient la stupéfaction et l'incompréhension des protagonistes sévit. Link et Kafei furent escortés par un cortège de soldats. Ils défilèrent ainsi devant les yeux impuissants de la Balade Cuivrée, de la Troupe Gorman, d'Anju et de Hélia. Cette dernière, les larmes aux yeux, se rua vers les deux amis, voulant leur témoigner son affliction. Link lui rendit un sourire. Kafei, en revanche, ruminait sa rage. Il se sentait sali et bafoué. Il vivait le drame d'avoir laissé échappé son Némésis, la cause de ses malheurs. Et de surcroît, alors qu'il pensait être un fier chevalier de la loi, il était coupable aux yeux de la justice. Il n'avait que les siens pour pleurer sur son sort. Un naufrage salé s'écoula sur ses joues, abondé par la honte et la colère. Si bien que la petite Hélia n'avait jamais été aussi invisible à ses yeux... Anju sanglota, hurlant, entre deux reniflements, le nom de son bien aimé qui lui rendit un regard naufragé. Benjen Gorman, le chef de la troupe d'artistes, éconduit le regard insistant de son petit frère d'une volte-face. Il ne voulait pas lui montrer sa peine.

Les ombres défaites arrivèrent devant la mairie.
Les ombres défaites s'enfoncèrent dans le sol grâce à un élévateur, activé par une manivelle.
Les ombres défaites découvrirent les sous-sols de Bourg Clocher.
Les ombres défaites arrivèrent enfin au poste.

Dans ce bunker souterrain, Link et Kafei durent livrer tout ce qu'ils savaient dans les moindres détails face à un Capitaine Viscen enhardi par la situation d'urgence. Link n'était vraisemblablement pas Terminien, pensa Viscen. Il s'enquérait des origines du jeune homme et des raisons de sa venue. Ce dernier nota tous les dires qu'il compacta dans un dossier écrit de six pages. Il plaça l'ensemble dans une enveloppe qu'il transmit à Shiro, accompagné d'une bourse. Le Capitaine commanda alors :

- Contacte Mist. Dis-lui qu'il a une enquête de la prime importance et qu'elle doit être complétée avant demain 10 heures. Tu l'assisteras et utiliseras notre "Oiseau rare" pour effectuer vos déplacements.
- Mist ? D'accord.

Shiro s'en alla, non sans jeter un dernier regard compatissant à Link et Kafei. Il remonta à la surface. Un autre escalier, autre que celui qui s'immisçait entre l'Auberge et le Milk Bar pour atteindre le premier pallier qui permettait d'accéder à la Mairie, tutoyait la face extérieure du Milk Bar et s'élevait pour atteindre un dernier pallier, permettant également d'aller sur le toit. Shiro l'emprunta.
Qu'y avait-il au-dessus du Milk Bar ? Un treillage massif de brindilles solidement agencées en un cercle d'un diamètre de trois mètres. Un énorme nid, en somme, qu'Hélia et Link avaient entraperçu au chapitre 77.

Une énorme silhouette recroquevillée se déploya, révélant des ailes gargantuesques. L'aspect métallique de ses couleurs et l'éclat myosotis de ses yeux en faisaient un oiseau légendaire. L'oiseau protecteur de la ville : l'Alicanto. Sa taille excédait les deux mètres. Hélas, il fallait le nourrir de rubis pour que ce dernier agisse. Ce fut la raison pour laquelle il resta de marbre lorsque le Bateau Volant... prit le large. Et pourtant, on le disait capable de fendre la lune elle-même. Mais son utilisation était réservée au corps armé et à quelques rares privilégiés. Ce n'était pas le citoyen lambda qui pouvait l'utiliser.

Shiro le nourrit avec un rubis argenté qui se présenta comme un mets de choix pour l'animal. Ce dernier se redressa de tout son long pour montrer son contentement. Il saisit l'enveloppe que lui tendit le soldat entre ses serres et écouta attentivement ses instructions. Le soldat le chevaucha ensuite. L'oiseau s'envola dans un affolement de bourrasques. Il n'avait pas une minute à perdre : Mist n'avait qu'une nuit pour effectuer une enquête aux quatre coins de Termina.

De retour au poste, Link et Kafei durent remplir le fameux formulaire de témoins du coeur. Barry Gorman n'en eut cure. Link choisit Shiro, à la grande surprise du Capitaine. Ce dernier insista sur le fait qu'il pouvait en choisir plusieurs. Link ne daigna cependant pas inscrire un autre nom. Kafei mentionna sa femme Anju et son ami Saure. Il ne jugea pas nécessaire d'impliquer ses parents dans l'affaire. Le Maire Dotour et sa femme Aroma étaient des personnalités politiques qui avaient tout à perdre en comparaissant en tant que témoin du coeur de l'homme qui avait trahi le peuple.

Passé cet exercice, tous furent mis derrière les barreaux. Ces segments froids et durs de la réclusion les séparaient d'un monde d'actions et de liberté. Ils étaient sur la touche. Déchu à Hyrule, déchu à Termina, le Héros du Temps chercha le défaut de sa justice. Le jugement de demain allait être celui qui allait l'opposer à tout un peuple. Qu'importe le verdict, il allait l'intégrer intelligemment pour améliorer sa déontologie.

Alors que le monde d'en haut pleurait, les hommes capables écoutaient, impuissants et incapables d'agir.

Chapitre 97 : Mist   up

Il était 22h11.

L'Alicanto et l'homme qui le chevauchait scindaient les nappes nuageuses en un corridor tubéreux. Le vide créé par la perforation se manifestait par des ronds de vacuité. Shiro commanda à son oiseau de fondre vers le sol. Ce dernier piqua droit sur les massifs qui se trouvaient encore derrière les Pics enneigés. La magie des premières montagnes blanches fanait dans un glissement des plus prosaïques, reléguant les suivantes à une misère échafaudée.

L'atterrissage de l'oiseau se fit en douceur. Ils étaient sur une plate-forme aménagée qui donnait accès à une succession d'escaliers, délimités par les flancs verticaux et rocheux. Hélas, ils étaient trop étroits pour que l'oiseau puisse s'y frayer. Shiro le laissa là, tout en prenant soin de récupérer l'enveloppe. Il escalada les quelques centaines de marches, non sans soupirer de temps à autres. Mais, en bon soldat qu'il était, il surmonta l'ultime obstacle pour arriver sur un immense lac. Un océan noir bordé par un archipel d'ombres saillantes : les montagnes elles-mêmes. Les étoiles du firmament s'y reflétaient pour consteller le lac de points lumineux. Les éléments se dissimulaient dans une clarté obscure. Ce fut ainsi que Shiro vit le chalet situé sur une mini péninsule qui dérivait dans les cercles intimes du point d'eau, raisonné par le bras de terre qui le reliait aux bords. De la lumière s'échappait des fenêtres. Les carrés lumineux étaient, de temps à autres, hachés par les passages répétés de la personne qui vivait dans le chalet. Le soldat s'avança pour atteindre la maison.

Toutefois, à cinq mètres du but, un remous aqueux surprit Shiro qui se mit en garde. Deux castors venaient d'émerger. Le plus petit était bardé d'un dispositif à hélices, le plus gros était ceinturé par une bouée. Ce fut le second qui s'exprima en premier :

- Un autre, constata-t-il. Ils sont donc déterminés à gravir des montagnes ?
- Grand frère... ce n'est pas n'importe qui à l'intérieur...
- Je sais bien petit frère...
- Vous m'avez fait peur les amis, avoua Shiro. Je suis venu contacter Mist...
- ... et vous l'avez devant vous, annonça une voix très proche.

Shiro se retourna vers le faisceau lumineux. Et il la vit : cette femme somptueuse sculptée dans le moule d'un vase gracieux. Des courbes sinueuses, insinuées sous sa tenue de nuit qui scintillait d'éclats pourpres. Sa pudeur était sauve jusqu'aux avant bras et genoux, révélant une peau ébène qui contrastait avec ses yeux verts et ses longs cheveux magenta. Un grain de beauté se situait sur le chemin des larmes. Elle semblait très jeune, à peine majeure...

- Je suis Misty Donove, alias Mist. J'ai 18 ans...
- Mon capitaine Viscen a déjà collaboré avec vous Mist, affirma Shiro. Désolé de vous presser de la sorte mais je dois vous missionner pour une enquête qui doit être effectuée avant demain midi.
- Tssss ! Ce n'est même pas mon vrai nom. Quel simple d'esprit irait choisir un alias aussi proche de son vrai prénom, surtout si c'est pour le dévoiler aussi facilement. Ton capitaine a déjà travaillé avec Mist dis-tu ? Dans ce cas, il devrait connaître cet aspect de mon travail. Alors au lieu de me couper la parole, écoute-moi jusqu'au bout car c'est moi qui mène la danse. Et ce n'est pas mon âge non plus, mais la bienséance t'oblige à ne pas m'interroger sur ce point.

Clouant temporairement le bec de Shiro, Mist indiqua aux castors que tout allait bien. Ils agissaient en frères protecteurs pour la nageuse confirmée qu'était l'enquêtrice. Rassurés, ils plongèrent dans l'eau pour s'adonner à leur activité préférée : la course sous-marine. La jeune femme s'adressa à nouveau au soldat.

- Même si la mission est d'une prime importance, ce dont je ne doute pas une seconde, on sera toujours plus opérationnels à l'intérieur. Allez rentre l'ami ! Il fait trop noir dehors pour que, même moi, je mette la lumière sur tes mystères.

Elle venait de désigner l'enveloppe que le soldat cachait pourtant derrière lui. Lui qui n'avait que seulement entendu parler de Mist, il voulait d'abord être sûr que son interlocutrice était vraiment celle qu'elle prétendait être. Il accepta son invitation et entra dans le séjour de l'enquêtrice. Il fut surpris de voir que le bureau et le canapé croulaient sous pléthore de dossiers en tout genre.

Seuls le séjour et la chambre qui se laissait entrevoir dans le bâillement de la porte semblaient épargnés par les recherches frénétiques de la détective. Cette dernière s'assit et invita Shiro à en faire de même. Enfin vis à vis, la femme mit en lumière la complexité de la situation.

- Nous sommes dans une situation bien compliquée, n'est-ce pas ?
- Expliquez... explique-toi.
- Je dois te prouver que je suis vraiment Mist car, logiquement, tel que l'on t'a présenté les choses, je suis un homme.
- Voilà. D'où ma méfiance...
- Eh bien oui je suis Mist et non je ne suis pas Mist. Je m'explique : Mist est un personnage de notoriété publique. Son nom est répandu mais il peut être incarné par plusieurs personnes. Mon prédécesseur a pris sa retraite il y a un an avant de me nommer pour sa succession. Par conformité et par respect, je ne te révélerai pas son nom mais c'est avec lui que Viscen a collaboré dans le passé. Cette maison a été choisie comme étant la base de Mist. Mon successeur y demeurera et ainsi de suite. Mist peut dévoiler son visage, ça n'est pas un problème. En revanche, il ne doit révéler à quiconque QUAND il change de visage. Nos successions se font dans le plus grand des secrets et c'est pour cela que Viscen n'a pas été mis au courant. L'omerta est de vigueur dans ce métier. Cela s'avère crucial pour deux raisons : la première est que l'efficacité de Mist oscille souvent entre l'expérience de l'aîné et l'inexpérience du successeur. Les criminels éventuels ne doivent pas avoir vent d'un éventuel changement. Auquel cas, ils profiteront de ce laps de temps pour perpétrer leurs crimes. Notre rencontre illustre bien la seconde raison. Si tu avais été un assassin venu pour attenter à mes jours, tu n'aurais pas immédiatement compris que j'étais l'actuel Mist. Ce battement est suffisant pour faire la différence entre vie et mort.
- Qui te dit que je n'ai pas de mauvaises intentions ?
- Facile. S'adresser aux castors en les appelants "amis" est trop bon et spontané pour un homme venant ôter la vie. Ensuite, tu es venu au nom de Viscen. En soi, ce n'est pas un gage de sincérité mais... soit. J'achète car il est risqué de se mettre dans la peau de quelqu'un qui a intégré le corps militaire tant il est régi par un protocole détaillé. J'ajoute qu'un malotru est confiant pour mettre sa victime en confiance également. Ta méfiance suintait à un décamètre. Pour finir... je dois dire que ta maladresse face aux femmes est des plus authentiques... (Le pauvre homme rougit sous le tacle moqueur.) Et puis je viens de remarquer que ton visage est marqué par les vents gelés. En revanche tes mains ne sont lacérées que par la marque de ta Guisarme. Aucune morsure de froid, généralement visible sur les mains de mes clients qui escaladent les flancs drus de la montagne pour bénéficier de mes services. En somme, tu n'as pu venir que par les airs et il n'y a qu'un mastodonte ailé dans le secteur capable de transporter la charge que tu es : l'Alicanto. Et il n'est réservé qu'aux soldats ou à certains citoyens jouissants de prérogatives. Ai-je bon jusque là ?
- Oui... c'est très perspicace...
- OUIIII ! Mon oisillon préféré est dehors ! Mon choupiii !
- Un oisillon ? Ce colosse ?
- Bah il reste mignon, quoi.
- En attendant, tu as juste réussi à me prouver que tu es assez intelligente. Même si ton histoire est très bien détaillée, rien ne me dit qu'elle est vraie.
- Oooh bien sûr môssieur le soldat. Je me doutais bien qu'une explication de 48 secondes (elle a compté le temps de parole de sa première explication, quoi) sonnerait vaseuse à tes oreilles. Mais, à vrai dire, on s'en fout puisque tu n'as que moi. Tu n'as pas d'autre choix que de me croire. Pour m'invoquer d'urgence et m'empêcher de dormir, soit tu as des envies de suicide, soit ta clique et toi, vous êtes vraiment dans l'impasse et dans l'urgence. Et je doute que Viscen ait eu recours à l'Alicanto pour des broutilles. Donc laisse-moi mener la danse et montre-moi ce dossier... Tu n'aurais pas un prénom par hasard ?
- Donne-moi le tien d'abord et on verra, railla Shiro en déballant l'enveloppe.
- On va vraiment bien s'entendre ! Alors c'est quoi les nouvelles sur le Bateau Volant ?

Shiro marqua un temps d'arrêt puis fronça les sourcils. Il interrogea une nouvelle fois Mist d'un regard torve :
- Je n'ai jamais fait mention d'un bateau qui vole. Comment as-tu eu connaissance de cette affaire ? Toi qui vis retranchée de tout ?
- Relax. J'ai des yeux et ils voient bien. Mais même un myope aurait vu cet imposant bateau sillonner le ciel. Et à en juger ta réaction, il a un lien direct avec votre problème en ville.
- Cesse de supposer, petite, et examine ce dossier. On a peu de temps devant nous.
- Roooh ça va... Oh la laaaaaa...

Pendant que la "petite" lisait l'intégralité des six pages manuscrites, Shiro se demanda pour quelle raison une demoiselle aussi apte et pleine de vie avait décidé de sacrifier sa jeunesse pour effectuer un métier de tous les dangers. Et, de surcroît, en marge de tout ? Il se leva et, s'approchant des dossiers empilés qui jalonnaient la maison, il reçut une tacite autorisation, au moyen d'un hochement vertical de la tête, de consulter les masses de papier.

"Localisation de Fanalis réduits en esclavage : affaire résolue"
"La disparition de l'orbe ambré : affaire résolue"
"Qui, de l'oeuf ou de la poule, est venu en premier : affaire résolue"
"Le champion d'arène se drogue-t-il : affaire résolue"
"Les Effrois s'enrubannent eux-mêmes pour devenir des Gibdos : affaire résolue"
"Le Cirque obscur sillonne de nouveau le monde : fermeture obtenue"
"Comment protéger l'île des Yoshis des changements climatiques : affaire résolue"

Shiro rit à la lecture du cinquième dossier. Mais même sa lecture en diagonale lui permit de voir à quel point l'affaire était rondement menée. Il fut surpris par la conclusion.

- Quelle affaire...

Mist venait de finir sa lecture. Elle se leva et fila dans sa chambre qu'elle ferma à clef. Vraisemblablement, elle était en train de se changer. Cinq minutes furent suffisantes. Elles représentaient toutefois une éternité pour le soldat affecté à cette mission qui avait constamment les quatorze heures imparties en tête. La jeune femme revint avec un manteau de détective gris et un chapeau en feutre de la même couleur. Le manteau avait des manches courtes et se terminait à la moitié des cuisses. La succession était assuré, aux bras comme aux jambes par des longues mitaines noires recouvrant l'avant-bras et des grandes chaussettes de la même valeur habillant le bas jusqu'aux genoux. Des bottes obscures achevaient l'accoutrement. Elle remit le dossier dans l'enveloppe, s'en empara et défila en direction de la porte tout en invitant Shiro à en faire de même. Ce dernier vit alors la guillotine suspendue au-dessus du linteau de la porte ainsi que les arbalètes disposées dans les deux coins opposés du plafond. Le tout était sécurisé par un système de cordage bien ficelé. Mais Mist n'avait qu'un geste à faire pour déclencher les instruments de mort et abattre un éventuel nuisible. Il sortit de la maison avec son hôte qui prit soin de tout éteindre avant de fermer le chalet à clef.

- Où allons-nous ? interrogea Shiro.
- ... As-tu lu le rapport ?
- J'ai globalement entendu la version des deux coupables. Mais je n'ai pas moi-même lu les documents.
- J'arrive facilement à déterminer quels éléments le Capitaine Viscen a voulu mettre en lumière et ceux qu'il a jugés impertinents. En somme : malgré tout le professionnalisme qu'il a pu rassembler pour la rédaction de ce dossier, il reste subjectif et la rédaction est un reflet de sa perception. Quoi de plus normal dans l'urgence de la situation. Je note, par exemple, qu'il a été très évasif sur le rôle de la mystérieuse fillette blonde. C'est un élément qui lui échappe. En revanche, il semble convaincu de l'implication des frères Gorman tant il martèle les éléments qui les accablent, en particulier Barry qu'il détient captif. Nous allons tout reprendre depuis le début. Et pour cela, nous allons nous rendre au Bourg Clocher pour interroger le chef des ouvriers : Mutoh.
- En même temps c'est normal. Le Capitaine et moi-même avons été agressés par les frères Gorman et leurs sous-fifres Garos. Mais cet affront n'est pas suffisant pour déterminer leur degré d'implication dans cette machination... Bon. Donc nous allons chez Mutoh car c'est à lui qu'appartenaient les plans du Bateau Volant.
- D'une. Et aussi car le Capitaine ne semble pas le porter dans son coeur. Cela se voit sur les quelques mots qui lui sont dédiés. La dernière fois que mon prédécesseur a enquêté pour Viscen, c'était pour un détournement de fond massif qui coïncidait miraculeusement avec un renflouement miraculeux du budget du Carnaval. Et je me souviens parfaitement que le Capitaine Viscen avait désigné Mutoh comme suspect numéro un. La première faille réside peut-être dans ce sempiternel conflit de seniors entêtés. Et si le grand mastermind avait su tirer profit de ce schisme idéologique qui scinde la ville elle-même en deux ?

Et elle cribla la première feuille d'annotations tandis qu'elle descendait les escaliers menant au niveau inférieur, suivie par Shiro. Ce dernier, par curiosité demanda :

- Et comment fais-tu pour aller et venir de ton chalet ? Tu ne vas pas me faire croire que tu te confrontes aux rudes escalades et aux descentes vertigineuses à chaque fois.
- Non bien sûr. Les soubassements du chalet sont plus sophistiqués que la partie visible de l'iceberg. Encore un autre trompe-l'oeil. Un ascenseur à fonctionnement hydraulique peut me déposer près des premières sources d'eaux chaudes Gorons, 800 mètres plus bas. De là, le chemin est beaucoup moins escarpé. Mais son utilisation n'est possible que grâce à un code secret. Oooh ! Il est lààà !

En quelques secondes, elle venait de distancer Shiro pour caresser les plumes de l'animal mythique. Elle se lova en son giron et il lui rendit l'étreinte. Le soldat fut attendri par cette vision. Mais il se claqua les joues pour se remettre en selle. Il souleva Mist et la plaça sur l'énorme volatile qu'il chevaucha à son tour. La jeune femme sortit un rubis bleu de sa bourse et nourrit l'Alicanto qui se délecta dans une humeur de folie. Il sembla apprécier le geste. Il se mit à battre frénétiquement des ailes pour s'envoler sur un coussin d'air. Alors que l'orage venait de fuir au large, l'oiseau sabra à nouveau la nuit noire, surveillé par des scintillements de bienveillance.

Il était 22h49.

Chapitre 98 : Enquête préalable en ville   up

Divinités antagonistesIl était 23h12 lorsqu'ils arrivèrent en ville, déposant l'Alicanto sur son nid. Les rues étaient désertes. Le Maire avait décidé de rétablir le couvre-feu car la ville était encore en alerte. Ce fut à l'aide de moyens coercitifs qu'il réussit à faire rentrer les habitants qui criaient leur colère dans les rues. Il avait toutefois prévenu la populace qu'une enquête était en cours et que, si une personne accompagnée d'un soldat demandait à enquêter chez l'habitant, ce dernier avait pour obligation de la laisser entrer. Parfait pour nos deux amis. Ils pouvaient atterrir sans trop attirer l'attention. Mist n'aimait pas trop ça.

- Sais-tu où habite Mutoh ? demanda Mist.
- Dans les ruelles qui précèdent le Lavoir.
- Allons-y Alonzo !

Ils marchèrent ainsi quelques minutes avant d'arriver audit lieu. Ils virent les fenêtres irradier de lumière, signe que l'occupant veillait encore et était bien chez lui. Ils toquèrent dans l'espoir d'être accueillis dans le séjour de Mutoh. Ce fut ce dernier qui ouvra la porte, grommelant on ne savait quel juron. Mist se présenta sans décliner sa véritable identité. Grand grincheux de son état, il beugla son amertume pour finalement, au terme d'une longue minute, laisser la jeune enquêtrice entrer dans le vif du sujet. La jeune femme s'empara de l'enveloppe pour y saisir la photographie prise par les musiciens de la Balade Cuivrée. En effet, Viscen avait exigé du Héros du Temps qu'il lui remette l'image car elle constituait une pièce importante du dossier.

- Est-ce que... ce bateau volant vous dit quelque chose ?

Mutoh examina l'image une dizaine de secondes avant d'écarquiller les yeux.

- Aah ça oui ! Il ressemble exactement au bateau dont j'ai imaginé les plans. Je voulais exactement un Bateau Volant. Mais alors que je m'apprêtais à rejoindre l'Océan pour les faire examiner, un signal lumineux m'a attiré vers la Route du Lait.
- Un signal lumineux ? Pourriez-vous être plus précis ?
- Un SOS. Trois appels lents, trois rapides et trois lents à nouveau. Suivi d'un cri.
- Bien évidemment, vous avez bifurqué pour prêter assistance.
- Bien évidemment. Mais une fois arrivé sur place : personne. Sauf ce satané "Roi de la Route du Lait" qui a fondu sur moi et chapardé mes précieux plans.
- Aviez-vous parlé de ce projet à quelqu'un. Relations professionnelles, entourage proche ?
- Eh bien... ma femme en premier lieu, mes ouvriers dans un second temps et la mairie ensuite. L'info a été relayée sur les panneaux de la ville. N'importe qui était au courant. La déception fut grande lorsque j'ai annoncé le renoncement du projet.
- Je dévie complètement mais cette information est cruciale pour mon enquête. Qu'y a-t-il de plus important que le Carnaval du Temps selon vous ?
- Ça pour une déviation, c'en est une belle ! Rien n'est plus important qu'une fête de cette ampleur qui sait réunir plusieurs races à un même endroit. Peu importe le danger qui nous menace. De toute façon, il n'y a pas de meilleure place pour mourir.
- Une dernière question et je m'en vais après. Vous considérez-vous comme quelqu'un de courageux ?
- Quoi ? Euh... plutôt oui. Les gens me disent souvent que je suis excessif ou insensé. A commencer par ma femme. Faut-il accorder du crédit à ce qu'elle me dit... ?
- Je n'ai pas posé la question pour être juge, monsieur. Mais merci pour votre coopération. A priori, je ne devrais pas avoir besoin de revenir vers vous ultérieurement. Reposez-vous bien et attendez d'avoir vos réponses demain.
- Euh... mais cela va faire avancer l'enquête madame ?
- Mademoiselle... Et oui cela va grandement m'aider à aiguiller mes recherches. Bonne nuit.

Mutoh salua Mist avant de sanctionner Shiro du regard. Son aversion envers les soldats était réelle. Si bien qu'il claqua la porte afin de l'exprimer ostensiblement.

La jeune femme exprima son intention d'aller au Bazar. Shiro mena l'expédition. A mi-chemin, il osa enfin demander :

- Je n'ai pas saisi l'utilité des deux dernières questions. Peux-tu m'éclairer ?
- Il est invraisemblable que le "Roi de la Route du lait" ait dérobé les plans de Mutoh par hasard. Il a dû être dressé spécialement pour cette opération. Dressé par ceux qui ont effectué l'appel lumineux, cela va de soit. Le timing était trop parfait. A quelques semaines du Carnaval du Temps, les malfaiteurs ne pouvaient se permettre d'attendre que l'agenda se resserre davantage car ils avaient le bateau à faire construire entre-temps. Mais ils ne pouvaient eux-mêmes effectuer la sale besogne car la Plaine Termina reste un lieu dangereux, surtout les zones nord et est. Et c'est pour cette raison que j'ai posé ces deux questions qui semblent te perturber. Cheminer sans escorte dans la grande plaine demande un grand courage ou, du moins, une grande connaissance de la topographie et des dangers. Autre facteur : la passion. Si Gorman est le visage du divertissement, Mutoh en est la voix tant il s'implique personnellement et politiquement dans le bon déroulement des fêtes. Cet élan est peut-être ce qui lui permet de donner une primauté particulière aux festivités, au détriment de sa propre vie. Il l'a dit lui-même : "De toute façon, il n'y a pas de meilleure place pour mourir".
- Je comprends. Et donc nous allons au Bazar car, contre toute attente, c'est à cet endroit que le "Roi de la Route du Lait" a déposé son butin et non auprès de ses supposés dresseurs.
- Tout à fait. D'ailleurs, que peux-tu me dire sur le Bazar ?
- C'est un établissement qui ouvre seulement la nuit. Il est tenu par Saure, un quinquagénaire binoclard avec une importante calvitie. Il est assez magnanime mais son activité a toujours été obscure pour nous. Le principe de sa boutique est de revendre des articles volés au prix fort et d'acheter des objets à ses clients qui constitueront, à leur tour, la vitrine de son commerce. Avec les éléments que contient ce dossier, on est en droit de se demander si ce n'est pas lui qui dresse les oiseaux voleurs pour renflouer ses stocks.
- C'est une idée, avoua Mist. Cette hypothèse s'est révélée durant mon raisonnement. Et ce serait très croustillant car, de ce que j'ai pu lire dans le rapport, Saure et Kafei semblent être de bons amis. Ce serait un énorme coup de poignard dans le dos que le premier serve les intérêts de Sakon. Enfin, notre petite visite va éclaircir ce point.

Shiro grimaça quelques instants en réaction à la dernière remarque de son binôme. "Croustillant" était-il le terme exact ? "Navrant" serait déjà plus approprié...
Bref. Même si le Bazar était effectivement fermé depuis la veille, Saure devait probablement s'y trouver à l'heure actuelle. Les commerçants habitaient généralement sur leurs lieux de travail et il n'était pas rare d'y ressentir les humeurs de la nuit. Mist, de sa main délicate, toqua trois fois avec la phalange proéminente de son majeur qu'elle venait d'articuler pour un procès d'attention. Quelques secondes suffirent pour que Saure daigne ouvrir la porte. Un "bonsoir" expiré à la hâte souffla le visage de Mist qui nota la tristesse du commerçant. Elle se présenta sous son alias. Shiro déclina son identité. Et là, un sourire malicieux fendit le doux visage de la belle enquêtrice. Sourire qu'elle rengaina aussitôt pour s'enquérir de l'état émotionnel de son interlocuteur, sinistré parmi tant d'autres :
- Eh bien je n'y ai pas coupé. Merci de demander. Mais mon stock et quelques-unes de mes affaires personnelles ont été emportés par les voleurs.

Il disait tout cela en jetant un regard noir à son Masque d'Exorciste qu'il avait déjà brisé en mille morceaux. Lui qui se savait malin, il ne supportait pas d'avoir été joué ainsi.

- Je vous en prie, entrez donc. C'est un peu le bazar mais... on est au Bazar après tout.
- Bien joué, releva Mist d'un clin d'oeil complice. C'est très aimable. Nous n'en aurons pas pour longtemps.

Mist et Shiro entrèrent donc. Le regard de la première se balada partout. Son inspection visuelle fut cependant interrompue par une question posée par son hôte :
- Vous... vous savez qui a fait ça ?
- Qui est-ce selon vous ? renchérit Mist.
- Vous me posez la question car vous savez que j'ai déjà mon avis sur la question, n'est-ce pas ?
- Tout à fait. Votre avis m'intéresse particulièrement.
- (Soupirs) Je sais que Kafei et son ami au costume vert sont inculpés d'opacité d'enquête. La dernière fois qu'ils se sont retrouvés dans des draps similaires, c'était contre le criminel Sakon. Il n'y a que cet individu qui peut pousser Kafei à de telles extrémités.
- Vous semblez bien connaître Kafei. Cela n'a pas l'air d'être le cas de son ami Link. Que pouvez-vous me dire sur ce dernier et la relation qui le lie à Kafei.
- Je connais Kafei depuis assez longtemps en effet. Je pense, je ne suis pas sûr, que Link est un jeune homme assez mystérieux qui est déjà venu à Termina il y a huit ans alors qu'il n'était qu'un adolescent. Que dire si ce n'est qu'une aura particulière émane de lui ? Il semble lié à Kafei d'une certaine manière et l'a aidé à déjouer les pièges de Sakon alors qu'ils lançaient un assaut à son repaire à Ikana. Le but était de récupérer le Masque du Soleil que le malfrat lui avait volé, nécessaire pour son mariage.
- Le jargon mystique est le langage des paroles sincères. Au moins, je pense que ce que vous me rapportez est authentique. Je constate donc que, cette fois-là encore, ni Kafei ni Link n'ont fait appel à la milice pour solutionner le problème. C'est une mauvaise habitude qu'ils ont... Et si je vous disais, en définitive, qu'il ne s'agissait que des frères du Directeur du Cirque ?

Une expression indéfinissable s'inscrivit sur le visage du commerçant qui laissa planer le silence quelques secondes avant de se reprendre.

- Non. Impossible. Ils ne sont pas assez malins. Et, de toute façon, le Marchand de Masques est forcément dans le coup...
- Bien sûr. C'était juste pour tester votre positionnement. Avant même de réaliser que le Marchand de Masques était un coupable évident, vous avez pensé à Sakon. Dans leur témoignage, Kafei et Link parlent de lui comme étant le cerveau des malfaiteurs. Je pense pouvoir donner du crédit à vos suspicions. Je ne doute pas de votre affection pour Kafei. Mais votre soupçon à l'égard de Sakon semble dépendre de plus que de la compassion envers votre ami qui a souffert de ses interactions avec ce bandit. Je me trompe ?
- Non. On ne peut rien vous cacher demoiselle. Mon activité professionnelle m'amène souvent à traiter avec des individus assez louches. Mais la crème de la crème, c'était ce cher Sakon. J'ai été, malgré moi, le complice impuissant de ses vols et arnaques. Comme cette fois où je le soupçonnais grandement d'avoir volé un sac de bombe à la vieille d'à côté. Paix à son âme, elle n'est plus de ce monde aujourd'hui...Mais le code du travail m'interdit de questionner l'origine de ce qu'on me vend.
- Parlons de votre activité justement, bifurqua Mist. Vous venez de subir un énorme préjudice difficilement réparable. Vos stocks sont vides et, en tant que bon commerçant soucieux de son chiffre d'affaire, vous voulez vous remettre sur les rails dès le surlendemain. Comment allez-vous renflouer votre Bazar ?
- J'ai des fidèles amis qui viennent souvent me rapporter de fabuleux trésors.
- Des amis ?
- Des oiseaux très attentionnés. Hideux, certes, mais très généreux. Venez, je vais vous montrer...

Ils traversèrent ainsi le Bazar pour accéder à une porte, tout au fond du bâtiment. Ils la franchirent pour se retrouver dans une cour vide, cernée par quatre murs. Seul un énorme panier se situait au pied du mur d'en face. Une grille au centre de la cour donnait une vue sur le ruisseau souterrain qui galopait allègrement. Une délicieuse fragrance exhalait des profondeurs aqueuses. Si puissante et si subtile à la fois.

- Le cycle de l'eau à Bourg Clocher est assuré grâce au moulin qui se situe sous la Tour de l'Horloge. Le cours d'eau se répartit dans toute la ville mais il n'est visible qu'ici et au lavoir qui se trouve derrière le bâtiment qui est constitué du mur de gauche. Soldat. Cette cour est privée donc très peu de personnes l'ont foulée. Mais je pense que vous connaissez l'histoire de "la lessive des sorcières".
- Bien sûr. C'était il y a douze ans. Veux-tu que je te la conte, Mist ?
- SEULEMENT si ce n'est pas une histoire à dormir debout... SHIRO !
- Eh mais...

Le pauvre homme se souvint qu'il avait décliné son identité quelques minutes auparavant. Ce n'était qu'un point de plus de gagné pour Mist. Résigné, il concéda volontiers ce point-là avant de conter son histoire.

- Il y a douze ans, les lavandiers et les lavandières, non contents de leurs conditions de travail, firent une grève de zèle. Les habits étaient lavés et blanchis à la va-vite. Si bien que les vêtements des citoyens commençaient à empester. Le Maire trouva une solution des plus farfelues : il fit appel aux deux sorcières des Marais afin qu'elles parfument l'eau du Lavoir. Or, le point stratégique où devait s'exercer la magie odorante des deux vieilles prestidigitatrices était ce point-ci. Un tamis filtre les eaux usées en amont, ne distribuant que de l'eau claire à partir de ce point et sa succession qui se trouve au lavoir. Ainsi les deux sorcières générèrent un puissant sort odorant qui parfuma l'eau d'ici et celle du Lavoir. Les citoyens purent jouir à nouveau d'un linge propre et d'une odeur nouvelle. Le parfum s'exhale encore aujourd'hui.
- Ma théorie, poursuivit Saure, c'est que "mes oiseaux" sont tombés amoureux de fragrances perceptibles par les sens aguerris de la nature. Ils viennent ainsi depuis douze ans, m'apportant des insolites de Termina.
- Je vois. Donc vous n'avez jamais demandé à un de ces "oiseaux" de ramener des objets pour vous ? Vous ne les avez pas dressés ou même élevés ?
- Jamais. Je profite de cette providence sans question pour le lendemain.
- Bien. A part leur attrait pour cette délicieuse odeur qui se dégage de vos sous-sols, quelles particularités notez-vous chez ces bestioles qui pourraient nous permettre de les classifier ?
- Et bien... ils ressemblent à des rapaces. Ce sont sans doute des rapaces d'ailleurs. Et ils ont toujours cet air rêveur. Comme des bêtes en demande.
- Savez-vous où on peut les localiser généralement ?
- Je ne mets jamais un pied dans la Plaine. Et force est de constater qu'on ne les trouve pas en ville. Donc la réponse est non.
- Un témoignage nous a rapporté qu'il y en avait au moins un près de la Route du Lait. Ce qui lui a valu le surnom de "Roi de la Route du Lait".
- Ça ne me dit absolument rien. Mais la Route du Lait débouche sur la Piste des Gorman et sur le Ranch Romani. Peut-être que les filles qui se trouvent au ranch sauront vous répondre...
- J'ai une bien meilleure idée... Pour moi ce sera tout. Shiro ? Monsieur Saure ? Vous avez quelque chose à ajouter ?
- Non, rétorqua un Shiro surpris par la question.

Pourquoi cette question étrange venant de Mist ? Elle était l'enquêtrice, celle qui menait la danse.
A la grande surprise du soldat, Saure rétorqua :

- Eh bien... si je peux me permettre... Kafei est un homme bien. Ses malheurs l'ont juste courroucé à un tel point qu'il a développé une justice personnelle. Pour nous, citoyens de Bourg Clocher, ce pillage massif nous affecte individuellement mais aussi collectivement. Nous sommes conscients que nos voisins aussi souffrent. Kafei, lui, a dû le prendre comme une attaque personnelle, une facétie du destin qui le visait particulièrement. Si Anju est sa femme, Sakon est le second axe qui dirige sa vie puisque ce dernier est responsable de la mort in utero de son enfant et du vol de leur pendentif. Voilà. Je suis un des rares à connaître cette histoire. Les gens risquent de durement le juger demain. Mais personne ne peut se mettre à sa place.
- Merci pour ce témoignage, remercia Mist.
- Monsieur Saure, commença Shiro, une poignée d'habitants affirment ne pas avoir porté le Masque de l'Exorciste. Votre profil correspond tout à fait à cette minorité, sans vouloir vous vexer. Est-ce qu'à l'instar de la majorité, l'agression du citoyen de l'avant-veille vous a terrifié au point de vous décider à en acheter un ?
- Vous avez raison. En tant normal, je n'aurais pas acheté cette immondice. Mais depuis quelques semaines, des bruits venant du Lavoir m'empêchent de dormir tranquillement. Puis des rumeurs ont accentué mon anxiété. Certains auraient vu une fillette blonde dans le bâtiment. Mais le fait, qu'au même moment, certains ne l'aient pas vue a suscité l'effroi. Un personnage qui apparaît aux yeux de certains et pas aux yeux d'autres, on appelle ça fantôme où je ne sais quoi. Du coup, je m'en suis remis à ce qui se présentait à moi. Et il fallait que ce soit ce maudit masque... Et puisque les bruits ont cessé la veille et que personne n'a revu de fillette, je me suis dit qu'il marchait effectivement. Sottises !
- Bien, acquiesça Shiro. Je crois qu'on en a fini. Essayez de vous endormir assez vite. Tout vous sera restitué lorsque nous les retrouverons.
- Merci. Et merci à vous également madame.
- ... Mademoiselle. Et il n'y a vraiment pas de quoi. Bonne nuit.

Le duo sortit du Bazar. Mist congratula son nouvel ami :
- Très bonne question. Intéressante car, ayant été auprès des citoyens lors des évènements, il s'agissait d'une question que je n'aurais jamais pu poser.
- Merci. Lorsque tu nous as demandé ce que l'on avait à rajouter, ce détail m'est revenu.
- C'était le but. Notre échange avant cette question était purement formel puisque j'imposais ma fonction d'enquêtrice. Le fait de solliciter une intervention de ta part permettait de marteler le problème sous différents patterns, et ce, de manière inconsciente. De cette manière, Saure est sorti de sa "condition d'interrogé" pour redorer le blason de son précieux ami. Et de cette manière, nous avons appris que Sakon et Kafei ont de sérieux précédents. Bien plus que ce que la déposition ne laissait entrevoir. Et toi, tu t'es libéré de mon emprise car je t'ai redonné le libre arbitre et une occasion de t'affirmer en tant qu'entité intellectuelle et capable.
- Oui c'est logique...
- Bien camarade. N'oublie pas que tu es mon aîné. Nous sommes en mission tous les deux donc je compte sur toi. Et maintenant on se dirige vers l'Auberge : le lieu de convergence des acteurs principaux. Tu es d'accord ?
- J'allais le proposer. Mais j'ai une question. Tu as dit que, pour mieux identifier "l'oiseau voleur", tu avais une meilleure idée que d'aller interroger les filles du Ranch Romani. Quelle est-elle ?
- Ah. Aux Canyons, près des ruines de l'ancien château d'Ikana que je connais assez bien, il y a un scientifique qui vit avec sa fille et qui nous renseignera sûrement mieux. Et nous pourrons aussi visiter cette fameuse "Boutique de tous les trésors". Vu la localisation de sa boutique, le gérant y habite sûrement. Nous irons au Ranch Romani. Mais pas pour les mêmes raisons.

Shiro acquiesça. Ils étaient actuellement dans la partie ouest, non loin de l'ancien stand d'Evander. Ils devaient aller à l'est pour aller à l'auberge.

Il était 0h08.

A suivre...

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Jean-Yann". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

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