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Légende de Zelda : Divinités antagonistes

Ecrit par Jean-Yann
Chapitres 1 à 24   •   Chapitres 25 à 48   •   Chapitres 49 à 65   •   Chapitres 66 à 86   •   Chapitres 87 à 98   •   Chapitres 99 à 109   •   Chapitres 110 à 112
Chapitre 49 : Le départ
Chapitre 50 : Aller simple pour l'enfer
Chapitre 51 : Arrivés à bon port
Chapitre 52 : Les cinq Ducs des Enfers
Chapitre 53 : Larmes du Savoir Chapitre 54 : "Inception"
Chapitre 55 : La colline où tout se jouera
Chapitre 56 : Eléments de création
Chapitre 57 : Le mage qui n'avait même pas peur du ciel
Chapitre 58 : Et la Lumière fut...
Chapitre 59 : La persévérance d'Impa
Chapitre 60 : Le message qu'Ils laissèrent aux générations futures
Chapitre 61 : L'avenir d'Hyrule
Chapitre 62 : Curieux évènements
Chapitre 63 : La boutique de tous les trésors
Chapitre 64 : Des visages familiers
Chapitre 65 : Le courroux
Chapitre 49 : Le départ   up

Les dernières lueurs du soleil furent étouffées par l'horizon. Une légère brise fraiche avait remplacé le sirocco. La forteresse n'était plus que l'ombre d'elle-même, une masse sombre qui souffrait encore de l'attaque de Rachiki. Errante dans le désert, elle retournerait bientôt au sable chaud.
Cassidy apparut devant Impa, Lyros et Rauru. Elle laissa choir l'énorme sac qui lui pesait sur le dos.

- Fais doucement, conseilla Impa. Les bouteilles sont fragiles.
- J'ai fait une bonne affaire, annonça la Sheikah. Douze potions rouges, sept potions vertes et deux potions bleues pour 370 rubis. J'ignore pourquoi le commerçant a ainsi baissé ses prix pour moi...
- Nous nous occuperons de la répartition demain. Comme nous l'avons convenu, Zelda, Rauru, Ruto, Darunia, Saria et Nabooru quadrilleront l'ensemble de la Plaine d'Hyrule. Pour Lyros, Gontran, Cassidy et moi, ça se passera sous terre. Link partira pour Termina dans le but de retrouver Sakon.
- Cela nous laisse cette nuit pour nous préparer mentalement, lança Rauru. Je vais prier les Déesses pendant deux heures.
- Je vais faire de même, décida Lyros.

Nabooru soupirait bien plus haut, sur la terrasse la plus élevée de la forteresse. Le vent soulevait gracieusement sa chevelure rousse qui dansait allègrement. Un cliquetis se fit entendre et alerta Nabooru qui sursauta. Elle fronça les yeux pour aiguiller sa vue et déceler la présence de l'indiscret.
- Es-tu sur d'être un vrai Sheikah ? se moqua le Sage de l'Esprit qui avait reconnu l'homme qui se cachait. Quelle discrétion ! Haha !
- Arf ! Mais quel imbécile !
Gontran se dévoila entièrement. Horriblement gêné, il enfouilla ses mains dans ses cheveux gris avant que celles-ci ne glissent lentement sur son visage qui fondait sous leur pression.

- Et depuis combien de temps m'observes-tu ? Serais-tu un pervers ?
- Hein ?! N-non ! nia le pauvre homme. Je suis venu te tenir compagnie !
- Et pourquoi cela ? Si c'est pour me faire des aveux...
- Non, non et ça me navre de ne pas être à ton gout. Mais si je suis là c'est parce que j'ai bien vu qu'aujourd'hui tu n'étais pas dans ton assiette.
- Oh...
Nabooru avait été transparente aujourd'hui. Froide, distante, pensive, elle n'était pas au diapason de la crise qui frappait Hyrule. Non, elle était... ailleurs.

- Merci, Gontran, c'est gentil de ta part, même si tu agis sans doute par intérêt.
- Non. A défaut d'être ton homme, je serai ton confident.
- Mmmh c'est aussi pour cela que je me méfie des mâles. Tu ne me connais que depuis quelques heures et pourtant tu t'es très vite attaché à moi, trop vite même. Ce n'est que mon apparence qui t'attire.
- Je l'admets, ta beauté est le catalyseur. Mais s'il ne s'agissait que de cela, pourquoi m'attarder sur ton cas difficile alors qu'il y a beaucoup de choix dans cette forteresse ? Je pense que c'est ce qu'on appelle le coup de foudre. Enfin, à la base, je ne suis pas venu pour parler de moi. Quel mal te ronge ?
- Une ancienne flamme qui se ravive.
- Aaaah. Dans ce cas, je reformule : quel mâle te ronge ?
- Tu as reformulé quoi dedans ?
- La différence n'est pas phonétique, j'aurais du y penser... zut !
- Oui, bon... je viens de comprendre.
- N'est-ce pas contre vos lois de séduire ou d'être courtisé par un homme ? Oups, j'enfreins !
- C'est surtout que ce n'est pas utile puisque nous nous reproduisons de par une grâce invisible. Une main qui choisi aléatoirement qui doit enfanter. Après, rien ne nous interdit de partager notre vie avec un homme. J'ai une certaine aversion pour les mâles, cela ne veut pas dire que je ne cherche pas à en appeler un "chéri". Et c'est le cas pour beaucoup de mes consoeurs, je pense. Un homme m'a appris ce sentiment. Celui de dépendre de quelqu'un et de vouloir son bonheur a tout prix.
- Ganondo... ?
- MAIS OUI, BIEN SUR ! VRAIMENT, N'IMPORTE QUOI !
- Ouuh désolé. Héhé. Mais qui alors, dans ce cas ?
- Non, je ne t'en dirai pas plus. Bon, il faut que j'aille dormir pour être en forme demain. Ciao.
Nabooru commença à marcher, mais Gontran parla :
- Pendant neuf ans... j'ai été emprisonné. Avec pour compagnons des criminels au début de ma réclusion. Avec le temps, je les ai vu mourir, ces affreux mais néanmoins utiles camarades. Pourquoi j'ai survécu ? A cause de ma saleté de pouvoir de guérison qui n'a fait que détruire mon âme un peu plus chaque jour. Pendant neuf ans...

Nabooru revint sur ses pas, intriguée.
- Je n'avais plus aucun contact, aucun lien social. J'étais "l'Oublié d'Hyrule" puisque cette prison avait été laissée à l'abandon durant le règne de Ganondorf.
- Gontran, je ne savais pas...
- Je demeurais dans cet endroit sombre, froid, humide, sale. J'avais soif de compagnie. Dans un tel état de solitude où le corps est inutile, l'esprit est très actif. Je me suis mis à imaginer le complément à ma vie qui m'aiderait à occulter ma condition de prisonnier. Dans cet endroit sombre, froid et étroit, il me manquait la chaleur, de la végétation, une étendue vaste et claire comme le désert. Et dans mon délire, le mélange de ces trois éléments a donné une Rose Sauvage du Désert.

Il y eut un silence. Nabooru se sentait désolée pour cet homme. Ce dernier arbora un sourire forcé pour faire bonne figure.

- Bref, Nabooru. Tout ça pour te dire que si je t'ai bien aimée dès le début, c'est parce que tu m'as semblé être la personnification de cette Rose. Parce que tu es chaleureuse, pétillante et que tes cheveux on la couleur caractéristique de cette plante. Voilà ! C'est vrai que Ganondorf ça serait plutôt le cactus, Héhé ! Ah ! J'aperçois Mido qui chahute encore en bas ! Je vais lui donner une correction ! A plus !
- Gontran...

Trop tard, il s'était déjà envolé pour descendre tout les étages en chute libre.
- Gontran, les liens qui t'entravent sont plus douloureux que les miens.

A l'aire d'archerie montée, Link et Zelda discutaient tout en marchant.

- La femme-foudre aurait donc basculé du bon côté ?
- Je n'en suis pas certain. Elle était dans un tel état lorsqu'elle m'a laissé. Cette instabilité pourrait l'amener à faire des choses insensées. Toujours est-il qu'elle n'est pas aussi cruelle qu'elle en a l'air. Je pense sincèrement que Lambardy et Enricko sont les plus dangereux de ce point de vue. Quoi que... je n'ai toujours pas croisé le Mando de Glace.
- Moi non plus. Mais si la femme-foudre réalise que ce que tu lui as dit est la vérité, il y aura des divisions au sein même des Mandos. Si on peut dresser une hiérarchie dans leur groupe, il est évident que du fait de sa puissance, Lambardy est le leader. Les trois autres suivent ses ordres. Mais si Enricko est un traitre, il est fort probable que les deux autres s'opposent à lui.
- Les Mandos restent dangereux tout de même. N'oublie pas qu'ils ont tenté d'assassiner les Sages. Et maintenant qu'ils savent que nous avons exilé Lambardy dans une dimension que l'on ne peut même pas atteindre, la femme-foudre et l'homme-glace ont une raison supplémentaire de nous haïr.
- Oui c'est vrai. Mais si leur unité est fragile, c'est déjà un plus pour nous.
- Mais... dés le début, je pense que leurs ambitions n'étaient pas les mêmes.
- Eclaire-moi.
- Lambardy voue une haine sans limites aux Sheikahs. C'est indéniable et compréhensible compte tenu de ce qu'il s'est passé il y a vingt ans. Il voulait notre mort uniquement parce que nous constituions une gêne pour ses plans de vengeance. Et c'est sans doute Ascalon qui lui a ordonné de tuer le Bourgeon de l'Arbre Mojo pour accélérer sa propre résurrection. Et pour empêcher qu'un autre Arbre Protecteur ne naisse, il fallait annihiler la création des précédents : les Kokiris. Pour résumer, Lambardy n'a agit que pour éliminer ceux qu'il méprisait et qui le gênaient. Mais Enricko est au-dessus. La volonté d'Enricko se résume à tout détruire, tout ce qui se meut. Il l'a dit lui-même : il s'en fout de Lambardy. Et c'est bien pour cela qu'il est le véritable Elu d'Ascalon. Seule l'obtention du pouvoir divin l'obsède, et ce, pour assouvir ses pulsions destructrices.

Les paroles d'Enricko raisonnaient encore en Link.
"Je n'aime pas me battre mais si j'y suis obligé, je brule toute parcelle de vie qui m'entoure"... "JE ME FOUS DE LAMBARDY, SALE CATIN"... "Mais Lambardy n'était pas l'élu ! C'était MOI ! Et s'il ne m'avait pas devancé ce jour là, j'en aurai été le propriétaire et j'aurai pu, d'un seul ordre, anéantir le royaume d'Hyrule et même au delà. J'aurai eu... le dernier mot de l'Histoire"... "Je retrouverai Graal. Je fouillerai dans tous les univers parallèles et je reviendrai en tant que Dieu de la Destruction."

Tandis que Zelda se remémorait ce que lui avait dit Lambardy avant leur affrontement.
"Je porte la haine de mon peuple, poursuivit Lambardy. Il est donc logique qu'Ascalon fasse de moi son détenteur afin qu'elle puisse se nourrir de mon aversion pour ce monde. Nous nous complaisons dans nos desseins. Alors comment, toi, Link et les Sheikahs, pouvez-vous m'identifier comme le mal alors que je ne fais qu'établir ma justice !?"

- Je veux le sauver, déclara Link. Je veux sauver cet homme détruit par la haine qui erre dans la solitude en ce moment même.
- Link...
- Ne te méprends pas. Il a aussi tué ton "père", Gaebora Kaepora et a failli te tuer ainsi que les autres Kokiris. Sa mort me soulagerait dans un sens. Mais le fait de "vouloir" sa mort m'engagerait dans le même chemin de destruction. Et j'affronterai Enricko une seconde fois pour empêcher la destruction du monde. C'est lui mon adversaire.
- Vouloir seulement la justice... lorsque la vengeance serait gré. Seul un esprit fort le peut.
- Et c'est pour ça que j'ai toujours cru en toi, mon frère, avoua la voix rocailleuse.

Darunia venait d'apparaitre, accompagné de Ruto et Saria.

- Nous aussi, confirma Ruto. Demain, tu te mettras en route pour Termina. C'est sans crainte que je te laisse t'aventurer aussi loin de moi...
- M-merci, dit Link rougissant.

Et ils discutèrent ainsi une bonne partie de la nuit, histoire de décompresser un peu. Des anecdotes facétieuses, des bêtises en tous genres. Il leur arrivait de rire à gorge déployée.

L'aube succéda la nuit et les visages dévoilaient clairement que certains avaient moins bien dormi que d'autres. L'angoisse avait été la cause d'insomnies.

C'est ainsi qu'arriva l'heure du départ pour Link.

- Pourquoi tu dois déjà partir ? demanda un des Frères Je-Sais-Tout.
- Mais tu devrais le savoir non ? se moqua Link.
- Minable...
- Non mais je rigooooole. Pour te résumer en seize mots, je dois aller à Termina pour retrouver une personne qui possède quelque chose de très important.
- Je comprends.

Tandis qu'il clopinait à cause de l'intensité de ces derniers jours, il vit l'ensemble des Sages, des Sheikahs, Zelda et surtout Epona l'attendre. La jument avait survécu malgré tout.

- Bon les amis. Le moment est venu. J'ai confiance en vous, je sais que vous vaincrez les bêtes de l'enfer.
- Pour combien de temps t'en iras-tu ? interrogea Impa.
- Il me faut deux semaines pour y aller. Je reviendrai dans un peu plus d'un mois si mes recherches aboutissent vite une fois là-bas. Et si les Déesses réparent vite mon épée.
- Nous empêcherons les Mandos de mener leurs actions à bien. Surtout ce soi-disant héritier de Graal. Fais taire ton inquiétude et concentre-toi sur ta quête.
- Tu nous raconteras hein ? dit Saria. Ta rencontre avec les Déesses...
- Dans les moindres détails !

Link escalada sa monture pour la chevaucher et caressa sa robe alezan crins-lavés. Puis il jeta un dernier regard vers ses amis. Enfin, ses mollets claquèrent Epona qui, dans son plus bel hennissement, se mit à galoper. La silhouette de Link et de sa jument s'éloignait pour disparaitre derrière le relief. Il n'allait pas revenir de sitôt.

Loin, très loin de là, le Simurgh d'Enricko fendait les airs. Le Mando de feu était maintenant bien loin d'Hyrule. Il survolait des paysages somptueux, à la faune bien particulière. Mais cela ne l'intéressait pas. Volant sur son grand oiseau et accompagné d'une vingtaine de flux ténébreux, il scrutait l'horizon, dans l'espoir d'y voir émerger un certain Château.

- Le Jardin Radieux. Voyons si ce cher Ansem le Sage possède le bien que Ganondorf lui avait remis.

Chapitre 50 : Aller simple pour l'enfer   up

- Voilà les instructions que Cassidy m'a laissées avant de partir avec les autres Sheikahs.
Saria déplia une carte de la Plaine Hyrule et délimita trois zones à l'aide d'une craie
- On va fonctionner en binômes. Donc... Rauru et Zelda combattront dans la zone nord, près du pont levis. C'est là où Cassidy aurait repéré les monstres les plus puissants et les plus impressionnants. Votre binôme a quatre potions rouges et deux potions vertes. Ensuite, Ruto et Darunia s'occuperont de la zone sud-est. C'est là-bas que les monstres y seraient plus bourrins. Votre combinaison d'attaque correspond le mieux à ce genre d'adversaires. On vous a attribué les deux potions bleues. Et enfin, Nabooru et moi, on s'occupera de la zone ouest. Cassidy considère cette zone comme la plus mystique. Celle où il sera impératif de déjouer les illusions et les sorts en tout genre. C'est pour cela que nous bénéficions de cinq potions vertes et deux potions rouges.
- Les Sheikahs n'ont pris que des potions rouges, informa Zelda. Ils défendent ce choix en avançant le fait que l'obscurité du Temple de l'Ombre leur octroiera une réserve de magie excédentaire.
- J'espère qu'ils ont pris la bonne décision, dit Nabooru.
- Ne t'inquiète pas pour eux. Avec Impa, il n'y a pas de souci à se faire. Allons-y !

De leur côté, les Sheikahs se retrouvèrent à nouveau dans cet endroit. Une atmosphère morbide, macabre, la sensation d'être épié par des esprits malveillants. Les murs qui amplifiaient la voix des morts, des chants sanglants mimant le rugissement bestial. La voix d'outre-tombe caressait les oreilles des Sheikahs pour les inviter à embrasser un sort funeste.
- Ce n'est que le début, rassura Lyros. C'est plus bas que les vrais démons attendent. Nous ne sommes qu'aux portes de l'enfer.
Le temple s'enfonçait encore et toujours plus. Des tableaux identiques avec un visage simiesque inspirant la mort, des guillotines s'exerçant dans le vide, des flammes violettes qui baignaient les ruines souterraines d'une ambiance surnaturelle, des ventilateurs au souffle puissant menaçant de précipiter le quatuor dans les fosses. Les lieux savaient se montrer hostiles. Mais les Sheikahs ne croisaient toujours aucun monstre.

- Nous y sommes, déclara Impa.

Où étaient-ils ? Dans l'immense corridor obscur où se trouvait le bateau volant. Orné du blason de la Triforce, les joueurs d'Ocarina of Time ont vite déduit qu'il fallait jouer la berceuse de Zelda pour le faire avancer...
- ...mais outre cet héritage de la famille royale, poursuivit Impa, un autre flux peut le guider.
- De quoi parles-tu ? demanda Lyros.
- En plus de contrôler l'ombre, répondit Impa, je peux contrôler les ténèbres une fois mon pouvoir à son paroxysme. Or ce corridor est étouffé par les ténèbres. Il me suffit de contrôler leurs courants. Le Roi Mando, Esmérald Eséphiron, utilisait le même stratagème sauf qu'avant, cet endroit étant lumineux même sous terre, il utilisait la lumière.

Les iris d'Impa étaient passés du rouge vif au jaune fluorescent, signe qu'elle était en transe. Des zéphyrs ténébreux se mirent à souffler. Les courants habillaient les courbes et les angles du bateau. Il était empli d'une force qui lui permettait de voguer allègrement. Mais Gontran était septique.
- Si je me souviens bien, il y a une impasse. Le bateau va sombrer.
- Non car on ne va pas tout droit, dit la guerrière. On va piquer un petit plongeon pour passer par l'ancienne rue piétonne. Au pied de ce mur qui semble être une impasse se trouve l'accès à l'immense citadelle Mando. Tu ne te souviens pas ?
- J'ai sans doute préféré oublier ces détails pour moins souffrir en voyant ce que je vois actuellement.

Cassidy soupira, imitée par Lyros. Les quatre Sheikahs étaient sur les lieux où leur peuple avait fait un génocide. Ils constataient, une nouvelle fois, les blessures irréversibles que les actes de leurs défunts confrères avaient laissées.

Le bateau s'inclina pour aller dans les profondeurs. La croisière se passait tranquillement. Dans l'obscurité totale, mais tranquillement. Impa naviguait comme une chef et cela surprenait les autres.
- Nous allons emprunter le passage, commença Lyros. Ensuite, déposer le bateau sur l'embarcadère qui est directement lié à la citadelle. Il me semble que c'est cela.

Un puissant rugissement fit trembler les murs, suivi d'une puissante bourrasque venant du vide. Le tumulte fit dériver le bateau de son axe. Impa fit tout son possible pour retrouver une position stable, sans quoi, elle et les autres Sheikahs tomberaient. Elle réussit à stabiliser.
- C'était quoi ça ?! interrogea Gontran encore secoué.
- Cela m'avait tout l'air d'être une vague de son, déduisit Lyros, provoqué par une créature immense. On est repérés ! Les démons sont proches ! Préparez-vous au combat !

Impa sentait que son contrôle des vents obscurs était moins efficace. Des "masses" semblaient interférer dans la fluidité. Des masses géantes et nombreuses que les confins obscurs n'allaient pas tarder à révéler.

Une respiration grave, rocailleuse et bestiale s'approcha, accompagnée d'une volonté de meurtre qu'Impa détecta au dernier moment.
- ELOIGNEZ-VOUS DU BORD ! alerta Impa.
Les autres obéirent aussitôt avant d'observer une chose étonnante : l'endroit où ils se trouvaient une seconde auparavant venait de disparaitre, s'effondrant sous la pression de ce qui semblait être une mâchoire géante. Le bateau se mit à tanguer fortement.
- Nous ne sommes pas à notre avantage pour combattre ! avertit Cassidy. Contentons-nous de survivre jusqu'à atteindre le port ! Une fois à la citadelle, nous pourrons déployer tous nos pouvoirs !
- Lyros ! héla Impa. Si je perds ma concentration une seconde, on est sûrs de mourir en s'écrasant ou en tombant ! Etablis un champ de protection autour de moi ! Cassidy ! Gontran ! Utilisez votre pouvoir offensif pour repousser les attaques !
- Oui ! répondirent les autres en concert.

La bataille du sous-sol était engagée. Les Sheikahs parviendront-ils à éradiquer tous les démons ?

AscalonChapitre 51 : Arrivés à bon port   up

Le bateau allait s'écraser contre une paroi. Enfin, c'était ce que pensaient les Sheikahs. Il s'agissait en réalité du torse musculeux d'un troll gigantesque. Ce dernier s'inclina pour ensuite cambrer violemment l'échine et donner à son bras l'amplitude nécessaire pour asséner un uppercut terrifiant.
Impa réagit vite. Les vents obscurs dévièrent le bateau de sa trajectoire initiale et permirent à ce dernier d'éviter le coup ascendant.
Cassidy invoqua une énorme chaine pourvue de griffes qui se plantèrent dans la roche. Le géant arma l'autre poing et s'apprêtait à achever le quatuor avec un crochet. La masse fusa vers le bateau tandis que Cassidy projeta sa chaîne prolongée par l'énorme rocher qu'elle venait d'arracher au relief. Le roc servit d'écran à l'attaque et obstrua momentanément le champ visuel du monstre. Profitant de ce laps de temps, les Sheikahs purent se soustraire à sa vue.

Une Valkyrie ailée fendit l'air pour piquer droit sur eux. Grande épéiste de son état, les manoeuvres d'esquives d'Impa ne purent empêcher l'inévitable. Dansant avec ses lames, elle trancha le bateau dans sa largeur. Elle ne put cependant achever son but de détruire complètement l'engin car Lyros repoussait ses attaques au moyen de champs de force.
Gontran déroula un énorme ruban rangé dans une de ses sacoches qui, dès lors qu'il se posait au sol, se fixait solidement pour ne plus s'en détacher. Gontran fonça vers le bord pour... tomber dans le vide.

Non ! Il courait sur le flanc du bateau sans pour autant perdre l'équilibre. Enchainant les foulées, la tête pointant vers le bas, il défilait à pleine vitesse en dessous du bateau, puis sur l'autre flanc. Emergeant enfin des ténèbres, il ré atterrit sur le blason de la Triforce pour finir de colmater la brèche. Tout en faisant le tour du bateau, il venait de rabibocher les deux parties.

La Valkyrie s'énerva et redoubla d'insistance, menaçant de briser le champ de protection de Lyros.
- Runes vengeresses ! hurla ce dernier.

Des caractères dorés apparurent, auréolant le bateau. La guerrière éthérée asséna un nouveau coup d'épée qui ricocha contre les lettres. Celles-ci s'illuminèrent pour libérer une énergie insoupçonnée qui lacéra la Valkyrie : elle venait de recevoir l'exacte réciproque de son attaque.

Le bateau heurta un obstacle, ce qui eut pour effet de le faire osciller dangereusement. Mais Impa gardait son sang-froid en toute circonstance.

Luttant ainsi cinq minutes contre des créatures plus menaçantes les unes des autres, la traversée mouvementée semblait toucher à sa fin. Le bateau venait de s'engouffrer dans un passage bordé de maisons corrodées par le temps et la bataille d'antan. De nombreux ossements jonchaient le sol. Des jarres encore biens conservées s'alignaient au ras des murs et des toiles peintes les décoraient encore.
Beaucoup d'éléments laissaient penser que cette rue était autrefois le fief d'un commerce Mando affluant. Elle était construite sur un dénivelé et montait en pente raide.
- Regardez là-haut.

Impa pointa du doigt le sommet de la rue piétonne. Car au sommet, il y avait le port.
L'ascension était terminée. Impa déposa délicatement le bateau sur une plateforme qui s'enfonça dans une énorme cave où étaient entreposés une vingtaine de bateaux similaires.

Fin du voyage. Les Sheikahs descendirent du bateau et empruntèrent les escaliers qui reliaient la cave à la surface, c'est-à-dire à la citadelle.

Et là, les Sheikahs restèrent bouche bée devant le spectacle qui s'offrit à eux : une centaine de protubérances ténébreuses dansaient dans un courant dévastateur. Certaines fuyaient au loin pour s'échapper dans l'énorme cavité lumineuse qui éclairait une partie de la citadelle et qui se situait en contrebas d'un monument assez imposant.

Lyros venait de comprendre.
- Ah mais... cette lumière... cette cavité. C'était là où étaient situés l'Arbre Mojo et son Bourgeon !
- Donc nous sommes en dessous du Village Kokiri, conclua Gontran.
- Non, réfuta Cassidy. Nous devons encore être en dessous de la Plaine d'Hyrule. Il y a au moins 300 mètres avant d'arriver là-bas.
- Nous sommes repérés ! constata Impa.

En effet, sept monstres venaient d'éclore devant le quatuor. Un trio de Gorgones, une Nymphe démoniaque, une Pieuvre géante, une Delphyne et un Sphinx.
Enfin, un homme s'approcha. Il était très beau, les traits fins mais sa peau était parsemée de saillances. Ses yeux jaunes le rendaient antipathique. Ses cheveux argentés tombaient jusqu'au bas du dos.

Impa était sidérée : elle connaissait cet homme. Enfin... ce démon. D'après la légende, le Dieu de la Destruction avait des démons supérieurs que l'on appelait " ducs et duchesses des enfers ", et cet homme en faisait partie.

- Si j'en crois les légendes, commença la femme, l'homme au milieu se nomme " Samaël ". Sa puissance est phénoménale.
- Samaël ?! demanda Lyros choqué. Damnation ! C'est le démon tentateur qui aurait avili le coeur des hommes, tentant également de corrompre les arbres protecteurs ! Mais il devrait avoir l'apparence d'un serpent...

Le démon ria, amusé par les commentaires de Lyros et Impa.

- Vous savez donc qui je suis.

Sa voix était plusieurs voix à la fois. Du ténor au soprani no, les tons se mélangeaient pour donner un résultat assez effrayant.

- Vous savez donc ce que je peux faire... et que votre existence touche à sa fin.

Sa peau se fissura davantage. Les aspérités dessinant des formes régulières s'apparentaient à des mosaïques. Sa peau était écaillée désormais.

- Mon apparence ne te convient pas, homme ? Ce n'est que ma forme larvaire. Il est temps... de me mettre en tenue de circonstance.

Sitôt dit, sitôt fait. Son corps explosa ses vêtements pour devenir énorme, gigantesque. Samaël avait désormais l'apparence d'un Basilique. Les Sheikahs en avaient le souffle coupé. Cette créature battait des records de proportions.

Cassidy venait de remarquer que d'énormes branches divergeaient dans toutes les directions. Certaines étaient ancrées dans le relief mais d'autres étaient en suspend dans les airs par on ne sait quel prodige.

- Ce sont sans doute les racines de l'Arbre Mojo et de ses prédécesseurs, conclua-t-elle. Nous pourrions nous en servir pour nous mouvoir dans les airs.
- Ça vient ! avertit Gontran.

L'énorme gueule de Samaël expulsa une matière visqueuse qui fondit sur le quatuor. Impa, Gontran et Cassidy s'envolèrent pour ré atterrir sur les racines flottantes.
- Florilège des arts obscurs !
Un livre apparut par magie dans les mains de Lyros. Une page s'en arracha pour glisser lentement dans les airs.
- IRONIE SPACIALE !

Lyros disparut, remplacé par le trio de Gorgones. Le Sheikah venait d'échanger leurs places avec la sienne et se retrouvait au milieu du groupe de monstres. Quant aux Gorgones, elles furent victimes malgré elles du mucus acide du Basilique. Leurs corps fondaient à vue d'oeil ainsi que le sol qui s'enfonçait.

Les monstres foncèrent vers Lyros, les trois autres Sheikahs se jetèrent dans le vide dans l'espoir d'intervenir. Aidés par l'obscurité, les Sheikahs allaient relâcher leurs terrifiants pouvoirs.

Chapitre 52 : Les cinq Ducs des Enfers   up

Le Sceau des Sheikahs apparut sur le torse de Lyros. Les assauts des démons le traversèrent car le Sceau avait rendu son corps inconsistant. Le Sheikah en profita pour s'échapper.

Dans sa chute, Impa se mit à vriller sur elle-même et son aura en fit de même. Un orbe noir se condensa au sol, alimenté par l'énergie de la Fondatrice.
- Champ obsessionnel : TROU NOIR !

La Delphyne, le Sphinx et la Nymphe démoniaque furent attirés par la pesanteur de ce trou noir. Fusionnants un instant, la masse que constituaient ces trois corps se disloqua, réduite à néant par la trop forte pression. D'autres monstres naquirent. Sept nouveaux démons leurs faisaient face en plus de Samaël et de la Pieuvre.

Plus haut, dans un endroit beaucoup plus ouvert, Saria et Nabooru vivaient des moments durs. Le Sage de la Forêt se mouvait dans les airs en invoquant une feuille volante similaire à celles que Link faisait pousser avec les haricots magiques. Nabooru se déplaçait à la vitesse du son, tailladant promptement ses ennemis. On ne connaissait sa trajectoire que grâce aux brins d'herbes balayés par son passage.

Soudain, Nabooru se figea. Ses pieds et poings étaient liés par des halos noirs. Un rire strident retentit, un poil moins criard que celui des Grandes Fées.
- Argh, je ne peux pas me libérer ! Saria ! Au secours !
- J'arrive !

Mais une onde de choc venant de nulle part se propagea et envoya Saria en promenade aérienne.
Une présence jusque là discrète se fit ressentir derrière Nabooru. Une femme sublime se révéla. Dévêtue, elle s'approcha du Sage de l'Esprit et l'examina. Nabooru lui demanda :
- Tu es une démone toi ? Le Dieu de la Destruction recrute chez les catins ?
- Moi ? Une catin ? Je suis bien pire que ça. Je suis la Démone de Luxure, la Démone Mère !

Nabooru jeta un regard horrifié vers son assaillant. Non, c'était impossible, elle mentait.
- A-alors tu es...
- ... Je suis Lilith, la Reine des Succubes. Et ce n'est pas un salut, c'est un adieu...

Nabooru pris conscience qu'elle faisait face à l'un des 5 Ducs des Enfers : la Duchesse Lilith.
La démone pointa son doigt en direction de Nabooru. Celui-ci s'allongea pour empaler la Gérudo.
Elle expulsa une gerbe de sang.

Vite ! Mes potions, pensa-t-elle. Cependant, immobilisée comme elle l'était, elle ne pouvait rien faire. Sa vision était déjà trouble. Hoquetant régulièrement, des filets écarlates s'échappaient de sa bouche.
Sa mort approchait.

Saria sillonna l'éther sur sa feuille volante et invoqua les esprits de la forêt. Des milliers de feuilles tranchantes s'abattirent là ou se trouvait la Reine des Succubes qui esquiva après maintes cabrioles.
Les feuilles délièrent Nabooru qui s'effondra.
- Tiens le coup, supplia Saria qui saisit une bouteille de potion rouge.
Elle déversa son contenu dans la bouche de Nabooru. La chef des Gérudo se releva, mais son visage dénotait une forte alarme.
- Saria, ces monstres sont forts. Mais elle, sa force dépasse tout ce que nous avons vu jusqu'à maintenant. C'est Lilith, une Duchesse des Enfers. Elle peut plonger n'importe qui dans l'illusion et la folie en faisant ressurgir nos passions refoulées.
- Si c'est le cas, ton pouvoir est le plus approprié pour l'affronter, déduisit Saria.
- Tu as raison.

Pour ne pas arranger les choses, six Succubes apparurent aux côtés de Lilith qui échangeait avec elles des caresses lascives pour provoquer Nabooru.
- Alors, tu viens ? demanda la démone.
Nabooru, en guise de réponse, se rua vers ses adversaires. Saria s'occupait des Magiciens, des Sorciers et de la ribambelle de démons. Un combat d'illusions entre le Sage de l'Esprit et la Reine des Succubes allait débuter.

Ruto maniait son Dragon d'eau avec dextérité. L'allongeant de tout son long, elle éjecta ainsi une douzaine de Golems, emportés par le torrent dévastateur.
Darunia faisait monter le thermostat. S'entourant d'un cercle de feu, il s'assurait un périmètre de sécurité. Il attaquait ses adversaires à distance avec des attaques dont il avait le secret.

La terre se fissura pour s'élever ensuite. La terre culmina à vingt mètres puis explosa vers le haut. Il en sortit un Dragon chevauché par un autre démon au faciès repoussant mais néanmoins humain. Chose étrange : il tenait une vipère dans sa main gauche. Son odeur fétide brûlait les sinus sensibles de Ruto qui se bouchait le nez.

- Chevauchant un cheval... tenant... une vipère, hésita Darunia. Par Din, Nayru et Farore !
- Que t'arrive-t-il ? questionna Ruto.
- C'est le Duc des Enfers ! C'est Astaroth le Démon d'oisiveté !
- Tu es bien ombrageux pour m'appeler ainsi, soutint le Démon. Tu feras un parfait sacrifice. Ton sang, recueillit dans le calice sera un bon présent pour Graal, mon Dieu de la Destruction.
- Je ne permettrai pas qu'Enricko Machiavel et Graal se rencontrent pour détruire ce monde, défendit Darunia. Et tu n'aurais pas dû ramener ton Dragon, j'ai des relations très conflictuelles avec ces bestioles !
- Déchiquète et incendie, Krater ! ordonna Astaroth.

Le Dragon étira son coup pour dévorer Darunia qui stoppa sa mâchoire à mains nues. Un puissant bras de fer débuta entre le Sage du Feu et le reptile. Zelda et Rauru s'en sortaient bien. Zelda surtout. Elle était tout simplement exceptionnelle, et maîtrisait beaucoup mieux son double fragment de Triforce.

Soudain, il y eut une distorsion dans l'espace. Un portail venait de se former pour laisser apparaître un énorme monstre poilu. Son visage tranchait radicalement du reste de son corps du fait de son teint rouge et de sa petite taille en proportion. Il avait deux grandes cornes sur la tête et de grosses narines. D'énormes ailes de chauve-souris lui permettaient de voler. En somme, c'était une ENORME mouche nantie d'un visage humain. L'asymétrie de sa physionomie faciale dénotait une expression perplexe.

- Il n'y a que ça ? demanda celui-ci. Ce sont ces deux êtres qui posent problème à mes troupes ?
- Ce ne sont pas de simples individus, déclara une voie grave sortie d'outre tombe.

Zelda et Rauru exécutèrent simultanément une volte-face pour identifier le propriétaire de la voie.
C'était un guerrier en armure noire muni d'un fleuret. Il avait beaucoup de charisme mais n'était pas là pour s'amuser. Zelda était impressionnée car elle n'avait pas sentit sa présence. Rauru posa sa main sur l'épaule de l'ex Princesse héritière pour capter son attention.

- Zelda. Cet homme en armure...
- Silence, coupa le concerné. Silence. Tu n'as aucunement le droit de prononcer mon nom. Je suis l'esprit qui nie, celui qui détruira ce qui a été construit. Je suis celui dont la lumière est insupportable. Je suis Méphistophélès le Sombromancien.
- Je suis Belzebuth, dit l'autre démon, Seigneur des Mouches et Scatophiles.
- Eh ben, soupira Zelda. On n'a pas affaire à du menu fretin. Deux Ducs des Enfers réunis en un endroit. C'est chaud !

Méphistophélès dégaina son arme et, d'une vitesse prodigieuse, assena un coup d'estoc pour rengainer aussitôt. Zelda s'envola sur sa route dorée. Ce fut limite. L'onde de choque dégagée par le coup d'estoc avait détruit tout ce qui se trouvait sur son passage. Quatre démons s'effondrèrent et il y avait un énorme trou dans les remparts du Bourg d'Hyrule.

Zelda fila vers le Soleil. Sa silhouette se découpant au luminaire aveuglant était momentanément invisible, se protégeant temporairement des attaques à l'aveuglette. Lorsque, assujettie aux forces d'attraction, elle fondit au sol, elle avait changé radicalement d'apparence. Elle avait l'apparence d'un Sheikah. Sheik était de retour.

Il abattit son poing au sol à l'instar de Ganondorf et généra de puissantes vagues d'énergies concentriques. Méphistophélès et Belzébuth, esquivant promptement l'attaque, étaient hors d'atteinte.

Samaël l'Ange de la Mort, Lilith la Reine de Succubes, Astaroth le Démon d'Oisiveté, Belzebuth le roi des Mouches et Méphistophélès le Sombromancien. Les Sheikahs et les Sages faisaient désormais face aux cinq Ducs des Enfers, les valeureux champions de Graal. Les combats qui allaient s'ensuivre allaient être d'une rare violence.

SheikahsChapitre 53 : Larmes du Savoir   up

Samaël détruisait toujours plus de maisons sur son passage. Les Sheikahs survolaient ses assauts en glissant sur le branchage. En hauteur, il leur était facile d'attaquer. Samaël expulsa un millier de dards qui bombardèrent l'endroit où se trouvaient les Sheikahs. Lyros protégea tout le monde avec un champ de protection.
Les Sheikahs avaient maintenant utilisé cinq de leurs six potions rouges ! Les erreurs n'étaient plus permises ! Même Gontran se devait de les utiliser car, certes, son pouvoir de régénération était à son paroxysme dans l'obscurité mais il demeurait trop lent pour combattre convenablement.
Cassidy sauta dans le vide puis se mit à planer au ras du sol, déployant des ailes fluorescentes. Celles-ci se révélaient être de véritables sécateurs. Traçant son chemin dans la foule de monstres, la lumière qui resplendissait sur son dos se déploya pour traverser les démons qui laissaient choir leur torse désormais séparé de leurs jambes.
Une forme gigantesque émergea du port : le Troll géant qu'ils avaient semé dans le corridor obscur n'avait pas dit son dernier mot. Ce dernier envoya un ensemble de gros débris qui volaient vers Lyros. Le Sheikah filait dans les airs grâce aux racines flottantes pour esquiver les rochers mais, conscient qu'il ne les esquiverait pas toutes, il fit face. Prenant appui sur un roc, il rebondit ainsi sur les pierres en mouvement, ricochant entre elles et se faufilant dans les interstices. Il venait, via les airs, de se frayer un chemin vers le Troll qui joignit ses deux mains pour les abattre telle une matraque sur le Sheikah. Le Sceau du peuple de l'Ombre apparut sur le torse de Lyros qui devint rouge. Il vrilla sur lui-même pour donner de l'amplitude à sa jambe qui fit six tours et l'envoya claquer violement les mains gigantesques qui fondaient sur lui. Le Troll fut repoussé par l'attaque. Ses bras basculèrent en arrière-plan.
Gontran venait de rejoindre Lyros dans les airs. Ce dernier, nanti d'une force surhumaine, saisit son compère par la main et le fit mouliner autour de lui pour le projeter de toutes ses forces. Tel un météore, le corps de Gontran fusa vers le géant. Ses pieds s'enfoncèrent dans le visage du monstre. Celui-ci, déjà éprouvé par le recul causé par le coup de pied magistral de Lyros, capitula : il perdit son équilibre et alla s'écraser au sol. Gontran n'en avait pas fini cependant. Le Sceau Sheikah apparut sur son torse et sa peau vira au jaune. Il fusa, à une vitesse surhumaine, pour cogner une nouvelle fois le visage du Troll. Puis il disparut dans les airs, réapparaissant au niveau du torse pour s'y enfoncer violemment. Il bifurqua encore. Son corps s'apparentait alors à une traînée jaune qui assaillait inlassablement le titan. Gontran se mouvait dans les airs à la vitesse du son. Le Troll, pourtant presque à l'horizontale, subissait encore des assauts. Ses tressaillements l'empêchaient de s'écrouler complètement. Tantôt dessus, tantôt dessous, les nombreux coups équilibraient les forces.
Cassidy s'était envolée à son tour et se trouvait à la verticale du démon en souffrance. Le Sceau Sheikah apparut sur son torse et elle devint bleue. Son bras se déplaçait du haut vers le bas. Les effets ne se firent pas attendre : le Troll s'enfonça aussitôt dans le sol. Cassidy leva violement son bras ensuite. Le corps du Troll décolla pour heurter, de plein fouet, le relief voûté. Abusant de ses pouvoirs psychiques, Cassidy mutila ainsi le Troll une dizaine de fois. Le plafond et le sol s'échangeaient, dans un grand fracas, l'énorme masse. Cassidy l'envoya en amont de la cavité lumineuse, là où étaient reclus beaucoup de monstres. Le Troll s'écrasa, mort. Il emporta avec lui une dizaine de monstres. Grâce à Cassidy, il ne restait dorénavant plus que seize monstres, sans compter Samaël.
Mais les monstres en question encerclaient Impa. Celle-ci semblait être en très mauvaise posture.
Impa se concentra. Le Sceau des Sheikah apparut sur son torse. La peau d'Impa venait de virer au noir.
- LES OMBRES RENEGATES ! tonna la Sheikah.
Des proéminences noires s'élevaient lentement du sol. Elles se modelaient progressivement pour créer des masses informes. Les ombres des monstres s'élevaient pour devenir des copies obscures de leurs propriétaires et se révolter. Elles éliminèrent ainsi le reste de Démons avant de disparaître à leur tour. Samaël était seul.
- Il est vrai qu'il ne faut pas sous-estimer la puissance des maîtres de l'Ombre lorsqu'ils sont dans leur élément, dit Samaël de sa voix monstrueuse. Ce Sceau qui s'active lorsque vous combattez, c'est la marque des Sheikahs, je me trompe ?
- Il est le symbole du peuple de l'Ombre, répondit Impa. L'oeil qui discerne la Vérité de la Lumière cachée depuis l'Ombre. L'oeil qui possède la connaissance !
- Tu m'enseignes. Je me dois de t'apprendre également l'ironie des commandements divins. Si le peuple de l'ombre est envoyé des Déesses pour protéger les Hyliens, il est bien sûr la sentinelle venue des ténèbres pour protéger le monde de lumière. Cependant... si le peuple Mando est envoyé des Déesses pour isoler l'ineffable puissance de Graal, il demeure néanmoins l'avatar du désastre venu de la lumière. Car l'homme, l'Héritier que nous attendions vient des Mandos. Et non seulement sa rage mais ses prédispositions sont à la hauteur de son destin car c'est lui qui manipule le mieux le lègue des Démons : le Sceau Mando !

Impa, ainsi que Lyros, Gontran et Cassidy n'en revenaient pas : le Sceau du peuple pacifique qu'étaient les Mandos était en fait l'héritage des Démons. Les Déesses avaient ainsi commis une erreur monumentale : la menace allait de toute façon exploser de l'intérieur.
- Les Démons connaissaient eux aussi la prophétie de leur Elu, tout comme ce royaume attendait l'arrivée providentielle du Héros du Temps. Nous savions que pour rencontrer le Dieu de la Destruction, l'Elu de la Géhenne devait avoir le pouvoir de tordre la réalité, d'élargir les frontières du monde. Nous avons inoculé une malédiction aux premiers Mandos qui se multiplièrent : un Sceau qui permettait de découvrir de nouveaux horizons, de nouvelles dimensions. Les Mandos, bien que n'en abusant pas, ne le refusèrent pas. Sous ses airs avantageux, ce pouvoir constituait une bombe à retardement. N'avez-vous jamais trouvé étrange qu'un peuple aussi pur que les Mandos puissent invoquer des créatures hostiles qui proliféreront des années après ?
C'est vrai, pensèrent les Sheikahs. Pourquoi diantre les Déesses auraient octroyé un pouvoir aussi vil que celui d'invoquer des monstres ? Le Mandoraga n'était pas un don des Déesses, c'était une malédiction des Démons, rendue effective par l'apprentissage du Sceau dimensionnel par les Mandos.
- Et le disciple idéal était apparu : le Mando maîtrisant la Géhenne et le Sceau Mando à la perfection. N'attendant que sa rage complète de ces deux premiers pré-requis, il fallait un élément déclencheur.
- Tu parles de la guerre, devina Impa. Mais c'était un coup de chance...
- FAUX !!! Haha haha !!! VOS DEESSES SONT TOMBEES TOUT DROIT DANS LE PIEGE ! Sachant qu'elles avaient fait une erreur et qu'elles avaient confié la garde d'Ascalon au peuple où naitrait l'Elu de la Géhenne, elles se sont servies de l'ancien roi d'Hyrule : Vladimir Nohansen Hyrule. La lignée des Nohansen était une dynastie tirant sa légitimité du "droit divin". De ce fait, les Sheikahs, originellement conçus pour protéger Hyrule, devaient protéger et obéir sans restriction aux représentants du peuple de lumière, et c'est la lignée des Nohansen. Les Déesses ont rendu le roi Vladimir avide pour qu'il orchestre le génocide !
Les visages des Sheikahs s'étaient décomposés. La découverte avait fait l'effet de la bombe ! Cassidy s'était même laissée tomber, abattue.
- Cette guerre... se lamenta Cassidy, les Mandos, nos proches, papa, maman... Cette destruction et cette désolation étaient la volonté des Déesses ? Pourquoi ! POURQUOOOIIIIIIIIIIII !!!
Et elle fondit en larme. Samaël était amusé. Il poursuivit :
- Nous, les Démons, nous avions prévus cette stratégie barbare des Déesses. Cette bataille était l'ingrédient parfait pour compléter Enricko Machivel et nous savions qu'il y survivrait. Ce que nous ignorions, c'était que ce Lambardy Eséphiron fasse son déplacement avant. La mémoire d'Ascalon étant latente, elle a embrassé le destin d'un faux héritier, ne permettant qu'une fusion partielle. Et c'est ainsi que vous, Sheikahs, avez réussi à l'exiler dans un autre univers. Mais l'Elu de la Géhenne a déjà trouvé un moyen de s'y rendre.
Impa contempla son adversaire. Elle était forte, ne se laissant pas emporter par la colère qui bouillonnait en elle. Elle observa ensuite ses troupes et voyant que le moral n'y était plus, elle décida de les motiver.
- Hé ! Ce n'est pas si mal ! Lyros ! Gontran ! Cassidy !
- Que peut-il y avoir de bon dans ce qu'il vient de nous dire ? interrogea Cardice. Nos proches sont morts sans savoir ce qu'ils faisaient !
- Et c'est ce qui me rassure, répondit Impa. Cela me rassure car ils n'ont pas tués les Mandos de leur volonté ! Ce n'était pas eux qui combattaient ! Leurs corps agissaient malgré eux ! Nos parents ne sont pas des monstres ! Les Mandos ne sont pas morts par les mains de mon peuple, NOTRE peuple !
Il y eut vingt seconde de silence. Lyros se réveilla en sursaut, réalisant la véracité des propos d'Impa.
- Elle a raison. Relevons la tête ! Redressons-nous ! Ne sentez-vous pas ce fardeau en moins ? Ne vous sentez-vous pas plus léger que lorsque nous étions des adolescents chétifs, survivants de la bataille ?
- Je le sens, affirma Gontran. Oui, je le sens. Ce sentiment de libération ! Cette fois, oui ! Cette fois, je suis réellement libre ! Je ne suis plus le condamné que j'étais !
- Mais oui Gontran ! rassura Impa. Cassidy, vois les choses comme nous les voyons. Nos semblables sont morts en vain, mais ils sont morts innocents !
Impa releva délicatement son amie, lui caressant l'épaule en même temps. Cette dernière essuya ses larme et afficha une expression inédite : elle était résolue !
- Vous avez raison. Merci, mes très chers amis ! Mes frères et toi ma soeur ! Je vous aime tellement !
Cassidy palpa le sol de ses doigts qui furent couverts d'une substance grasse caractérisant le sol aménagé de Mandogolia. Elle oignit ainsi son visage d'un trait vertical qui prolongeait les yeux. En réalité, Cassidy venait d'imprimer ce qui ressemblait à une larme. Impa et les deux hommes en firent de même.

- Que faites-vous ? demanda Samaël.
- C'est un rite de passage chez nous, admit Cassidy. Quand un membre de notre communauté est assez mûr, il doit oindre son visage pour montrer qu'il est un adulte capable de se battre et se soumet entièrement à la volonté du roi et des Déesses. Les yeux Sheikahs représentant la sapience, symboliser une larme sous les paupières signifie que la sagesse de l'individu demeurera intacte, même si il doit souffrir de la peur, de la colère, de la haine, de l'amour et de la mort. La connaissance doit côtoyer ces sentiments blessants.
- Lors du Génocide, poursuivit Gontran, nous étions trop jeunes pour passer ce rite. Ainsi, même jusqu'à maintenant, nous ne nous sommes jamais considérés comme des guerriers Sheikahs. C'est sans doute pour cela que les Déesses ne nous ont pas impliqués dans la bataille.
- Cette sagesse que nous affichons, commença Lyros, n'est plus pour supporter un fardeau. Cette larme, nous l'affichons pour faire honneur à nos disparus.
- Nous connaissons enfin toute la vérité, dit Impa. A nous de reprendre le flambeau et de nous montrer à la hauteur de nos responsabilité. Nous avons un devoir de justice et il commence AVEC TOI !!!
Les quatre Sheikahs se ruèrent vers leur ennemi, plus déterminés et sereins que jamais : ils étaient des guerriers légitimes maintenant !

Chapitre 54 : "Inception"   up

Lilith Légende de Zelda : Divinités antagonistesLe bras de Saria devint énorme pour devenir un tronc d'arbre qu'elle abattit sur un Amarok, l'équivalent d'un esprit de loup géant. Un Caladrius démoniaque fonçait droit sur elle, expulsant un gaz maudit paralysant. Saria transforma son autre bras en liane, saisit le Caladrius et tourna sur elle-même. Pris dans le manège, le Caladrius expulsait toujours son gaz paralysant. Une véritable tornade noire entourait Saria. Les monstres aux alentours furent touchés par les exhalaisons et s'immobilisent momentanément. Cela suffit largement à Saria pour les découper en rondelle au moyen de feuilles tranchantes.
De puissants battements d'ailes dissipèrent le gaz. Une phalène géante était à l'origine des bourrasques de vent.

Saria le saisit par les antennes à l'aide de son bras rallongé pour l'abattre par terre. Mais bizarrement, celui-ci ne semblait pas vouloir riposter. Il semblait vouloir avertir Saria de quelque chose. Mais celle-ci n'eut pas le temps de s'en rendre compte : un axe venait de traverser sa poitrine.
Saria s'écroula. Relevant légèrement la tête, elle vit que le lépidoptère n'était plus là. Il avait été remplacé par Nabooru qui gisait par terre. Le Sage de la Forêt ne comprenait plus rien mais son état était préoccupant. La terre devenait rouge autour d'elle.
Elle saisit l'ultime potion rouge qu'il restait au binôme pour en avaler le contenu. Mais elle ne l'avala qu'à moitié, ne recouvrant ainsi que la moitié de sa vitalité.
Elle se releva, très éprouvée et alla secourir Nabooru. Visiblement, la Gérudo allait bien.
- Que s'est-il passé ? demanda Saria. Où est passé le papillon géant ?
- Il n'y en avait pas, affirma Nabooru. Je te l'ai dit : la Duchesse Lilith peut jouer avec notre esprit. Tu as été prise dans son illusion et elle a tout fait pour que tu me tues. Reste à mes côtés, tu auras une chance de rester consciente de tes actes.

Lilith, de son promontoire, se mit à dessiner, du bout des doigts, un coeur dans l'espace. La figure aux contours fluorescents se dupliqua pour finalement avoir vingt répliques identiques.
- Assauts palpitants ! hurla Lilith.

Dans une même danse, les coeurs fusèrent vers le duo. Les deux Sages étaient encerclés. Un coeur transperça Saria et des effets néfastes s'ensuivirent : son propre coeur flancha violemment. Elle s'agenouilla, agrippant violement sa poitrine.

- Saria ! s'inquiéta Nabooru.

Mais elle n'avait même pas le temps de se préoccuper de son amie car tous les coeurs convergeaient vers elles. Les encaisser tous serait synonyme de mort par arrêt cardiaque !

- Puissant guerrier de fer, attise en moi la folie du Berserker, dit Nabooru.

Suite à ces mots, Nabooru se transforma en Hache-viande. Elle fit mouliner au-dessus de sa tête l'énorme hache dans un manège terrifiant et détruisit ainsi tous les artéfacts volants.
Elle revint à son état normal et alla secourir Saria. Mais cette dernière lui fit signe de ne pas s'inquiéter. Recroquevillée, mimant la posture embryonnaire, Saria semblait pourtant à la lisière entre vie et mort. Le Sage de la Forêt s'écria alors :
- PANACEE DES CoeURS !

Le dos de Saria se mit à fleurir. Des aubépines s'épanouissaient fièrement. C'était magique !
Le visage de Saria se décrispa. La cadence folle sur laquelle dansait son coeur s'apaisa. Au bout d'une vingtaine de secondes, Saria se redressa fièrement, laissant choir de son dos les pétales blancs des aubépines.
- L'aubépine est la plante anti palpitation par excellence, devina Lilith. Je vois. C'est très bien joué !

La démone amorça un geste du bras. Nabooru et Saria se mirent en garde, pensant que Lilith allait une nouvelle fois prolonger ses membres. Il n'en était rien : Lilith s'était téléportée au-dessus de leurs têtes, reposant sur un plancher invisible. Nabooru venait de fermer les yeux car elle craignait d'être transpercée et ne remarqua pas immédiatement la présence de la Duchesse des Enfers. Ce laps de temps suffit à Lilith pour fixer sa main sur le front de Nabooru et de la retirer tout en emportant avec elle un flux étrange qui s'isola hors de la tête de la Gérudo. La mélasse argentée fut contenue dans la main de Lilith qui s'abreuva du liquide visqueux. Les cimeterres de la Gérudo chassèrent la silhouette en suspension qui n'était désormais qu'une image rémanente. Lilith était revenue à l'endroit où elle était et toisait le duo avec un air satisfait.

- Tu viens de voler mes désirs refoulés, déduisit Nabooru. Chienne !
- Exactement. Bientôt tu ne pourras plus refreiner tes passions secrètes.
- Tu pourrais le regretter...
- Avec mon groupe de Succubes et d'Incubes, tu ne peux pas contrer la force de nos illusions. Meurs sans pudeur !

Lilith était assise en hauteur, croisant les jambes. Ses Succubes et Incubes marchaient en direction du binôme. Ils furent lacérés en un instant par les griffes prolongées de la Démone. Les différentes parties de corps virevoltaient autour de Nabooru et Saria. Arrosées par une pluie de sang, les deux femmes se séparèrent pour esquiver les ongles acérés et extensibles de Lilith. Nabooru tentait d'apercevoir la Duchesse à travers le "rideau de chair". Les morceaux qui volaient encore s'agrégèrent pour dessiner une forme bien précise. Nabooru cessa de respirer.
En face d'elle, un homme magnifique, la peau mate, une tunique noire et des yeux d'un bleu envoutant.
- E... Enricko... dit faiblement Nabooru.
L'homme saisit le visage de Nabooru au niveau des masséters pour l'attirer vers lui et l'embrasser fougueusement. La Gérudo ne pouvait rien faire. Complètement sous l'emprise du charme, ses muscles se détendirent. Ses genoux fléchirent juste le temps de laisser sa tête glisser le long du torse du Mando. Ce dernier disparut, laissant le corps de la Gérudo tomber en avant. Une dizaine de trous rouges étaient dispersés sur le débardeur blanc de Nabooru. Les taches grandirent pour former une auréole écarlate. Elle venait une nouvelle fois d'être transpercée mortellement. Et cette fois, la Gérudo s'immobilisa au sol, le buste tranquille. La Kokiri venait d'être découpée en rondelles. Ses morceaux furent dispersés sur l'ensemble de l'aire de combat.
Lilith, bien qu'ayant sacrifié ses démones de luxure pour obstruer la vue de ses opposantes, venait de les achever. Elle se mit à rire à gorge déployée.
- Haaaaahahahaha !!! Pitoyable ! Tu étais amoureuse de l'Héritier !!? Hahaha !
Lilith descendit du promontoire duquel elle observait la scène. A ses pieds gisaient le Sage de l'Esprit et le Sage de la Forêt. Soudain, une douleur aiguë lui traversa la gorge. Le monde se mit à tourner autour d'elle. La terre devenait le ciel ! L'ordre était bouleversé pour aussitôt rentrer en ordre. Ciel et terre se renvoyaient leurs responsabilités.
Enfin, le calme et la verticalité de la terre.
Lilith venait d'être décapitée. Sa tête était à même le sol. Demeurant consciente, elle puisa dans ses dernières forces pour observer la personne qui venait de l'achever : Nabooru.
- Comment as-tu échappé à mon illusion ? demanda Lilith.
- Je n'ai jamais été prise dans ton jeu. Tout ce que tu as vu depuis est le fruit de ton imagination.
- Brillant. J'ai extrait des informations sur toi pour utiliser tes faiblesses sans savoir que tu les avais volontairement mises dans mon subconscient.
- Exact. Notre courte conversation renforçait le réalisme. Je n'avais plus qu'à te mettre en confiance. En te livrant mes passions secrètes, je savais que tu les utiliserais et c'est là que tu as été imprudente. Une fois persuadée de ma mort, il était impossible pour toi de revenir à la réalité.
- Ahh... ahhhhh
Lilith ferma les yeux. Ses traits s'adoucirent. Elle ne souffrait plus. Elle était partie...

Chapitre 55 : La colline où tout se jouera   up

SheikahsLoin des heurts, des coups et du tumulte, voici le calme. C'était un autre monde. Un autre espace. Un autre temps.

C'était une plaine qui n'en finissait plus, s'étendait à perte de vue. L'horizon plat se découpait nettement du ciel noir. Une franche dichotomie qui n'admettait aucune nuance, aucune transition, aucun intermédiaire.

Ce ciel noir, cette voute céleste était traversée par des nuages roux. Des cumulus écarlates qui voguaient en cercle autour d'une Lune énorme. On avait l'impression que l'on pouvait la saisir.
C'était une Lune impériale, avec son lot de tapis rouges qui dansaient en cercle autour d'elle, le tout sur une piste d'un noir des plus profonds.

Le plus étrange était cette plaine interminable. Elle s'apparentait à un plancher brumeux, éclairé par une lueur rose et parsemé d'arbres. Des peupliers dépeuplés, sans feuille, sans fruit, sans vie et dont l'apparence mimait celle d'une main vengeresse avec des doigts incurvés comme pour agripper quelque chose.

Au milieu de ce décor atypique, adossé contre un arbre, Lambardy sommeillait. Le Dieu de la Destruction, qui venait tout juste de lui rendre son corps jugé inutile, avait puisé dans ses dernières forces. L'esprit de Lambardy flottait donc dans cet espace mitoyen entre vie et mort. Graal, lui, sommeillait à nouveau dans Ascalon, attendant l'heure ou son élu apparaitrait. Plusieurs jours passèrent ainsi. Quoique pouvait-on réellement parler de jour dans cette dimension ? Le Soleil ne s'était jamais levé. La Lune préservait constamment son monopole.

Soudain, un sursaut ! Lambardy, d'un revers, fissura profondément l'écorce de l'arbre contre lequel il se reposait et un liquide blanc, tel la larme plaintive du végétal, se mit à descendre. Lambardy avala toute la sève pour se ressourcer et se releva au prix de grands efforts. Lambardy se souvenait de tout, même si son esprit demeurait hors de son corps pendant l'apparition du Dieu maléfique. Bien entendu, il haïssait les Sheikahs encore plus. Mais il était surtout choqué de ne pas être l'Elu de la Géhenne.

En fait, ce qui le préoccupait le plus en ce moment était clairement de savoir comment retourner à Hyrule. A l'inverse de Rachiki et Enricko, Lambardy ne maîtrisait pas bien le Sceau des Mandos et celui-ci ne lui permettait que d'accéder à des zones inter dimensionnelles. De plus, cette dimension semblait être déserte d'êtres vivants. Pas un insecte, pas de petits piafs, rien. Le roi savait que ce n'était pas un endroit où il trouverait compagnie et assistance. Dans ce paysage insolite, dans cette splendeur insolente gouvernée par la Lune, Lambardy était tiraillé entre homme et loup. Un chien solitaire condamné à errer.

- Alors c'est ainsi que viens ma fin ? Mourir de solitude ? Exilé dans ce monde loin de ceux que j'aime ? Au final, je n'aurai pas réussi à me libérer du carcan de la haine et de la rage qui consume mon coeur...

Lambardy plongea ses yeux mauves vers l'horizon. Il vit qu'au loin, la terre commençait à grimper. Une colline s'élevait pour tutoyer la Lune. Lambardy, curieux, décida de s'y rendre. Après une demi-heure de marche laborieuse, le Mando se retrouvait en bas de la colline et commença à l'escalader. Le relief était abrupt : une verticalité qui tranchait avec l'horizontalité de ce monde. Une énorme fantaisie. La bévue du créateur de ce monde. A mi-hauteur déjà, les cuisses endolories du roi soutenaient par miracle son buste las, courbé vers l'avant. Ce fut grâce aux arbres que Lambardy put prévenir toute dégringolade. Arrivé au sommet, il fut immédiatement frappé par l'éclat lunaire qui l'auréolait d'une aura blanche. S'habituant à la lueur excessive, Lambardy scruta, de son point culminant, le monde dans lequel il avait été enfermé.
Un océan rose à n'en plus finir. Une uniformité sur l'ensemble du territoire. Seul le mont sur lequel il se trouvait dérogeait à la règle de cet univers.

Lambardy ne remarqua pas tout de suite la stèle cachée derrière un arbre menaçant. Au moment où il la vit, il se rua vers elle dans l'espoir de lire les inscriptions gravées dessus. Quelle chance : la langue était la même qu'à Hyrule. On pouvait ainsi lire :

La bataille est proche
L'exclamation du manichéisme absolu
La joute entre le bien et le mal
Ici tonnera une nouvelle fois
Pour décider du sort des univers
La Trinité démiurge jouera ses atouts
Le monstre du néant jouira des pleins pouvoirs
Restera le joker qui devra choisir son camp
La préservation ou la destruction il décidera
La Colline de Mégiddo
Sera l'arène des forces cosmiques

Le texte s'arrêtait là, laissant Lambardy dans la plus grande incompréhension. Mais très vite, il comprit. Après tout, il avait ramené, dans ce monde, l'artéfact le plus maléfique qui soit : Ascalon. Le monstre du néant devait désigner Graal. Et si c'était le cas, alors ses adversaires devaient êtres les élus de Din, Nayru et Farore, donc Link et Zelda. Quant au joker, Lambardy ignorait complètement qui cela pouvait être mais il serait celui qui ferait pencher la balance dans ce combat titanesque.

Et toi Lambardy ? Quel camp choisiras-tu ?

Chapitre 56 : Eléments de création   up

Astaroth Divinités antagonistesAstaroth était fort. Suffisamment fort pour tenir la dragée haute à Ruto et Darunia.
- Répulsion ! s'écria le démon tandis que des attaques élémentaires fusaient vers lui.
La tempête de feu s'annula. Pareil pour la cataracte qui se mit à pleuvoir misérablement sur Ruto. Celle-ci aggloméra les gouttes d'eau pour ne former qu'un seul courant dévastateur. Un énorme serpent d'eau se mit à bondir autour d'Astaroth, formant des arcades aqueuses et ceci dans le but de le surprendre. Un dernier rebond permis au serpent aqueux de ricocher en ligne droite et foncer directement vers l'adversaire. Astaroth s'envola et esquiva l'attaque de justesse. Le Dragon fut atterré par l'attaque.
Darunia venait de sauter pour exécuter un saut de l'ange. Fondant sur le Dragon, ils s'enfoncèrent ensemble dans le sol, créant un énorme cratère. La bête était morte sur le coup.
La terre se mut pour finalement s'élever dans les airs. Darunia, pris dans le déluge, fut emporté dans la tornade de débris. Astaroth usait de ses pouvoirs pour modeler la terre. Darunia, projeté en l'air, se redressa pour faire face à son adversaire. Celui-ci se tenait debout sur un énorme éclat de roche qui fusait encore. Il réduisit la distance de ses deux mains pour ordonner aux rocs de converger sur le Goron, ce qu'ils firent. Le Sage du Feu, conscient qu'il allait être réduit en bouillie s'il ne faisait rien, se mit à vriller sur lui-même tout en expirant du feu, créant ainsi un cyclone ardent. Les roches furent annihilées avant d'atteindre le Goron. Ce dernier continuait toujours de tourner. Ainsi, retombant au sol, il avait déjà l'énergie nécessaire pour exécuter un roulé-boulé à pleine vitesse. En trois secondes, des pics apparurent sur tout son corps, lui évitant ainsi de patiner. Se servant d'une roche comme d'une rampe, Darunia poursuivit ses cabrioles dans les airs. Il prit ainsi en chasse le duc des enfers qui tentait tant bien que mal de se défendre. Mais la spirale mortelle éventra toutes ses défenses et l'envoya bouler dans le décor.
La silhouette du démon d'oisiveté émergea aussitôt du tas de gravats. Revanchard, il saisit la bouche de la vipère qu'il tenait dans sa main pour planter ses crocs empoisonnés dans la terre. L'effet fut immédiat : la terre était devenue violette dans un cercle de cent mètres de diamètre. Malheureusement, Ruto et Darunia s'y trouvaient et ils ne tardèrent pas à découvrir les effets néfastes de cette zone. La terre mauve drainait leurs forces. Le flux d'énergie était directement transmis à Astaroth. Il vampirisait sans retenue les ressources du Sage de l'Eau et du Feu. La zone s'étendait toujours plus, minimisant les chances de s'échapper. Ces derniers décidèrent de sauter pour échapper au joug de leur adversaire.
- Il faut trouver un moyen de rester en l'air sans jamais redescendre, dit Ruto.
- On va se propulser mutuellement, suggéra Darunia. Attrape ma main !

Darunia s'exécuta, permettant à Ruto de l'envoyer plus haut. La Princesse Zora, maintenant bien plus haute, se devait d'élever Darunia à son tour. Ses omoplates explosèrent pour libérer des tentacules d'eau. Ceux-ci s'allongèrent pour saisir le Goron et l'envoyer valser plus haut encore. Les deux Sages avaient maintenant une marge pour attaquer.

- Utilise une attaque directe, commanda Ruto. Je vais essayer quelque chose...
- Entendu ! Poing ardent !

Le poing de Darunia devint énorme pour ensuite s'embraser. Il le brandit pour l'envoyer vers Astaroth, qui posa ses mains au sol. Cela provoqua l'érection d'un mur qui fit office d'écran protecteur. Les flammes s'échouèrent contre la paroi. Ruto, elle, envoya ses deux ailerons à des positions diamétralement opposés. Agissant comme des boomerangs, leur trajectoire courbe faisait qu'ils allaient se recouper dans leur course. Astaroth, qui maintenait son mur de protection, ne pouvait pas remarquer que les ailerons avaient contourné le rideau défensif pour converger sur lui. Il le remarqua au dernier moment et bondit en arrière. Ruto sourit, puis cria :

- BOUM !

Les ailerons s'entrechoquèrent, générant un bruit assourdissant. Le corps d'Astaroth fondit au sol, atterré par une vive douleur dans tout le corps.

- Tu dois souffrir, constata Ruto. A défaut de te lacérer, le choc de mes ailerons a centuplé la pression de l'eau dans ton corps !

En effet, le corps d'Astaroth était victime de violents spasmes, cambrant violemment l'échine lorsque la pression éclatait sa colonne vertébrale.

- Ruto ! Maintenant ! hurla Darunia.
- Eau par laquelle les premiers êtres sont nés ! Feu par lequel Din assembla la matière ! ELEMENTS DE CREATION ! JOIGNEZ VOS FORCES, NON PAS POUR CREER MAIS POUR SUPPRIMER !

Darunia et Ruto joignirent leurs membres qui pointaient désormais vers l'ennemi.

- SOUFFLE DE VIE !!!

Une vague déferlante s'échappa du duo pour filer vers Astaroth, encore sonné. Un véritable fléau ! Eau et feu se tutoyaient pour vaincre le Duc des Enfers. Une explosion terrible retentit, en même temps que les cris du démon.

Le Démon d'Oisiveté n'était plus.

Chapitre 57 : Le mage qui n'avait même pas peur du ciel   up

Astaroth Divinités antagonistesSheik, après une énième cabriole, pu éviter toutes les excroissances qui menaçaient de l'empaler.
Joignant l'index et le majeur, il dessina du bout des doigts un huit horizontal qui se mit à luire puis à projeter des boules d'énergie en masse.
- Bombardement infini ! hurla Sheik.
Des milliers de sphères lumineuses pleuvaient en direction de l'ennemi. Encore une attaque que Sheik devait à son fragment de la Force.
- Cesse tes numéros de saltimbanques. Néant !
Méphistophélès, d'un revers, provoqua un phénomène étrange. En effet, sur le chemin que venait d'entreprendre son bras apparaissait une faille dans l'air. Une plaie béante, laissant entrevoir un décor psychédélique. La brèche que venait de créer le Démon aspira les boules d'énergie qui disparurent, phagocytées par ce trou noir. Zelda interrompit son sort, consciente qu'elle usait son énergie pour rien.
- Le Néant annihile tout, expliqua Méphistophélès, même la lumière, les couleurs et les odeurs. Et si par malheur le Néant t'attrapait, tu serais instantanément réduite en poussière. Non, tu serais réduite "à rien".

Sur ces mots, le Démon dégaina son fleuret pour balayer, d'un coup droit, l'espace devant lui. Les effets ne se firent pas attendre : l'air se déchira subitement là où se trouvait Zelda-Sheik qui fuit dans les hauteurs. Le néant se répandit, avalant le panorama qui s'offrait au Sombromancien et mimant la direction du fleuret.
- Tremplin tridimensionnel ! cria la polymorphe.
Une paroi extensible apparut sous le corps de Zelda qui s'y enfonça avant de prendre son impulsion et d'être catapultée en direction de son ennemi. Zelda exécuta un sceau en plein mouvement et fit apparaître une mine magique sur le torse de Méphistophélès, surpris. Subjugué par la vitesse de Zelda, son réflexe fut d'agiter la pointe de son fleuret en direction de Zelda pour que la faille du néant poursuive la femme transformée. Mais Zelda invoqua un second tremplin tridimensionnel pour bifurquer dans sa trajectoire, ce qu'elle fit. Elle évita une nouvelle déchirure spatiale qui risquait de l'annihiler.

Zelda acheva son sceau. La mine magique qui resplendissait sur le torse de Méphistophélès se mit à luire, prête à exploser. Le Sombromancien tourna la pointe du fleuret vers lui et s'embrocha à l'endroit même où était la bombe à retardement.
- Néant ! s'écria-t-il.
Le sceau disparut, néantisé.

Leur ballet infernal s'intensifiait, réduisant les alentours en poussière, annihilant des parcelles de terre.
Finalement, Zelda choisit d'emprunter sa route lumineuse qui lui permit d'atteindre les nuées. S'élevant ainsi dans l'atmosphère, Sheik comptait profiter de sa descente pour donner du poids à son attaque. C'était le saut de l'ange qui constituait l'assaut final.

Méphistophélès répondit à l'invitation et libéra un souffle puissant de sa main droite pour le propulser. Décollant sur un puissant coussin d'air, sa vitesse n'avait d'égal que les impétueux faucons pèlerins. En pleine ascension, le Sombromancien créa, de sa main libre, une sphère de néant qui grossissait au fur et à mesure qu'il s'approchait de son adversaire. Méphistophélès hurla :

- Aire d'annihilation : Inversion de la Genèse !

Méphistophélès était désormais enrobé par cet espace vide, cette vacuole sans vie qui phagocytait la matière et happait même l'oxygène. Le combattant s'apparentait désormais à une sombre ellipsoïde qui traçait son chemin de destruction dans la voute céleste.

Zelda traversa un gigantesque cumulus qui s'affaissa, aspiré par le corps de l'ex-princesse dont la silhouette s'enfonçait dans l'atmosphère. L'énorme nuage et les cumulus environnants laissèrent choir leurs bases qui devinrent une seule et même nuée, prolongeant le corps de Sheik qui dit alors :

- Fonte du ciel : Ire des mastodontes !

Sheik descendait du ciel, Méphistophélès s'en approchait. Leurs trajectoires allaient se recouper au milieu de ce cosmos, augurant un clash aérien des plus formidables.

La collision eut lieu, suivit d'une fabuleuse explosion de laquelle émanèrent plusieurs anneaux concentriques de fumée. Les deux adversaires apparurent enfin en ayant échangés leurs positions : Méphistophélès poursuivait son chemin dans les cieux tandis que Zelda retournait à au sol. Soudain, "l'armure de néant" qui enrobait le Duc des Enfers s'évapora et on entendit le cri d'agonie du Démon. Zelda venait de triompher de son adversaire.

- Pauvre fou ! Tu aurais dû craindre le ciel, auquel cas tu aurais vécu un peu plus longtemps, Démon ! Tu voulais m'affronter dans les hauteurs, mais la vérité c'est que le ciel est mon armée ! Ces "mastodontes", ces nuages qui bataillent dans le ciel sont mes alliés ! Rien n'est plus effrayant que le ciel nous tombant sur la tête, pas même le néant !

Chapitre 58 : Et la Lumière fut...   up

RauruBelzebuth acculait Rauru dans ses derniers retranchements. Celui-ci venait de lacérer Rauru en agitant une énorme rapière. Le corps de ce dernier s'évapora, révélant la supercherie. Rauru saisit une dague qui lévita l'espace d'un instant et la projeta... à la vitesse de la lumière ! Devenant un véritable obus, l'arme blanche s'enfonça dans le relief, désassemblant au passage le corps d'une Mante gigantesque ainsi qu'un Léviathan.

Mais Belzebuth s'était volatilisé, absorbé par un de ses nombreux portails. Bien sûr, Rauru ne reconnut pas le Sceau des Mandos. Le Duc infernal réapparut non loin de Rauru. Ce dernier surpris se mit à rayonner dans le but d'éblouir son adversaire. Cela n'affecta pas Belzébuth dont l'oeil résistait à toute sorte d'agression. Belzébuth pris la parole :

- As-tu déjà vu la mort vieillard ?
- Serai-je là si c'était le cas ?
- Dissocie "voir" et "expérimenter" la mort. Je vais te montrer l'apparence que peut revêtir la mort avant que tu ne l'expérimente. Mais ne t'attend pas à voir un Stalfos avec une faux. Chez nous, on appelle la mort "Le Styx" !

Et la bouche de Belzébuth déversa un torrent noir qui se déversa dans la Plaine d'Hyrule. Les flots se déchainèrent et semblaient aspirer instantanément la vie des monstres submergés. Les âmes impies furent emprisonnées dans le courant dévastateur. Le Styx et ses impétuosités traquaient Rauru qui, face au mur noir qui se dressait devant lui, n'eut d'autre choix que de faire front. Il déploya ses bras et cria :
- CHANBARA DE LUMIÈRE !

Des épées lumineuses s'extirpèrent du corps de Rauru et divergèrent dans tous les sens, agissant comme un champ de protection qui dévia les flots. Le Styx recouvrit cette zone et épargna Rauru qui se retrouvait dans une poche d'air au milieu des véhémences. Son espace se résumait à une espèce de cave dont la voute était en fait le courant mortel du fleuve des enfers. C'est dans cet environnement anxiogène que le Sage de Lumière devait trouver une solution. Et vite ! Les flots dévastateurs du Styx menaçaient de rompre la barrière établie par Rauru à tout moment. Au dessus, Belzébuth se réjouissait, persuadé que la dépouille de Rauru avait été emportée par les méandres du Styx dont le courant était refermé sur lui-même. Il formait désormais une boucle infernale, un cercle de l'enfer. Se targuant d'avoir vaincu le puissant mage de la lumière, le Roi des mouches s'éleva dans les airs pour s'esclaffer de rire. Il venait définitivement de baisser sa garde.

Rauru, aiguillant son regard dans les flots obscurs, aperçut une silhouette se découpant au halo de lumière qu'était le soleil. Il venait de déterminer la position de son ennemi mais celui-ci avait peu de chance de le voir. De toute façon, Rauru savait que son ennemi devait le croire mort. Le vieil homme leva le poing en l'air tout en disant :

- Ô Soleil, luminaire du jour, reflète sur moi ta lueur resplendissante et établit avec moi ton alliance ! Que l'axe sacré qui nous unira exorcise le Démon et son armée !

Le Soleil se mit à briller intensément, aveuglant même l'oeil parfait de Belzébuth. Un axe lumineux descendit, traversa les différentes couches de l'atmosphère pour fondre sur Hyrule, dispersant les nuages sur son passage.

- JUGEMENT DIVIN ! hurla Rauru.

De son poing émana une lueur qui transperça le courant dévastateur du Styx et joignit son axe à celui de la protubérance qui sanctionnait déjà Belzébuth. Ainsi, une colonne dorée culminait fièrement, reliant Rauru et le Soleil. Le Duc des Enfers venait d'être annihilé par cette formidable énergie transcendante à travers laquelle le Soleil exprimait sa suprématie. L'énergie se dispersa, pour pleuvoir sur l'ensemble de la plaine et répondre au souhait de Rauru : éliminer le reste des cohortes infernales. Des arcs lumineux émanaient du tronc principal pour frapper de plein fouet les démons restants.

De là où il était, Rauru souriait fièrement. Ses épées de lumière allaient bientôt céder face au courant qui n'était que légèrement affaibli. Balayer Hyrule de ces monstres hideux, c'était son dernier là son dernier acte.

- Belzébuth, ma vie est la mort elle-même. J'ai vécu plus longtemps que n'importe qui, et pourtant, mon histoire est la représentation même d'un cycle mortifère. J'ai erré en tant qu'esprit dans le monde immobile du Saint Royaume où la vie et le temps n'existent pas. J'ai vécu en marge d'un monde vivant pour n'entretenir de relation qu'avec le divin. Le Temple du Temps c'est mon corps car il y a longtemps que le temps n'a pas eu d'effets sur moi. Ce qui ne meut ni ne vieillit n'est pas vivant, aussi vrai que ma perfection existentielle n'a souffert d'aucune évolution.

Rauru marqua une pause dans son récit, remarquant que plusieurs épées venaient de disparaître. Le champ de protection allait céder d'un instant à l'autre.

- Il est vrai que j'aurai aimé être comme cet autre moi, déployant mes ailes, m'élevant fièrement tel un rapace. Je suis... j'étais le Sage de la Lumière et c'est ainsi que, basculant dans l'autre monde, j'aspire à être le guide, la lueur au fond de ce couloir sombre qu'on appelle "Mort".

Toutes les épées disparurent. Le piège mortel se referma sur Rauru après que ce dernier ait prononcé ses derniers mots :

"Bonne chance... mes amis..."

Le torrent emporta son corps inerte. Le manège dura plusieurs dizaines de secondes. Il s'arrêta enfin. Le Styx retomba sous forme de pluie fine. Un mini arc en ciel se dessina alors, resplendissant au dessus du corps sans vie du Sage de la Lumière. Sa poitrine immobile, sa posture allongée inquiéta fortement Zelda qui venait reprendre sa forme originale. Elle s'approcha du vieil homme pour l'examiner.
Le constat accablant déforma son visage. Sa main étouffa le cri mais les larmes prirent le dessus. Sa respiration euphorique affolait son buste qui se courba progressivement pour permettre à sa tête de reposer sur le torse du défunt. Un sentiment douloureux et poignant ce dégageait de cette image, un peu comme celui d'une fille qui pleurait son vieux père.

Une lumière s'était éteinte à Hyrule. Une grande lumière...

Chapitre 59 : La persévérance d'Impa   up

Le Basilic venait de s'engouffrer dans le sol avant de surgir, manquant de justesse la jambe de Cassidy. Son long corps atteignit la voute pour serpenter dans les hauteurs. Le plafond s'effrita pour finalement laisser choir d'énormes blocs de roche et de terre. Lyros activa son énième écran défensif, le temps de l'attaque puis se relâcha aussitôt : il avait consommé beaucoup d'énergie.

Si les attaques de Samaël n'aboutissaient que rarement, il en était de même pour les Sheikahs qui peinaient à transpercer ses écailles d'adamantium. Ainsi le corps de Samaël était une forteresse à lui tout seul.

Les jambes d'Impa pédalaient frénétiquement dans le vide, lui permettant de léviter et de se déplacer à grande vitesse. En pleine course, cette dernière distribuait des flèches d'ombres à foison. Les explosions en série fleurissaient sur le reptile mais semblaient à peine l'égratigner. La lumière provoquée par les déflagrations successives venait de projeter plusieurs ombres de Samaël au sol. Une aubaine pour Gontran.

- Procès des Ombres ! s'époumona Gontran.

Les six ombres s'agglomérèrent en une seule pour être absorbées par le guérisseur. Ce dernier décolla du sol pour n'y laisser que son image rémanente. Armé d'une lance qu'il venait tout juste d'invoquer, son corps fusa pour finalement ricocher six fois sur le Basilic qui se tortilla dans tous les sens avant de retomber au sol. Le Basilic ne sourcillait cependant pas. Il pivota sur lui-même pour permettre à sa queue de balayer les Sheikahs. Gontran et Lyros furent envoyés dans le décor et ne se relevèrent que difficilement. Cassidy et Impa s'étaient réfugiées dans le branchage. Les guerriers partageaient cette même respiration haletante. Le Duc des Enfers était coriace. Atteindre sa chaire était un défi en soi.

- Yahahahaaaa ! se moqua Samaël. C'est tout ce dont vous êtes capable ? Employez-vous-y sérieusement, s'il vous plait, afin que je puisse apprécier ce combat.
Le corps énorme de Samaël disparut, remplacé par sa forme initiale, c'est-à-dire humanoïde.
- Ah là là, soupira l'Ange de la Mort. Je vois que mes écailles en adamantium vous ont causé pas mal de soucis. Je vous fais un cadeau : je vous laisse trois minutes pour m'abattre sous cette forme. Au-delà, je vous anéantirai tous en faisant étalage de mon pouvoir.

Sur ces mots, la silhouette de Samaël défila à toute vitesse pour disparaitre derrière les bâtiments encore debout.

- Bon sang ! pesta Lyros. Il a troqué son invulnérabilité contre sa vitesse surhumaine. C'est bien plus inquiétant ainsi!

Une vive lueur s'épanouie derrière les maisons qui furent désintégrées en une fraction de seconde. Un mur de flammes bleues rasa une bonne partie de la citadelle. Les Sheikahs esquivèrent la déflagration mais l'exhalaison produite par la matière calcinée les atteignit. Impa voulu riposter aussitôt mais aucun flux magique ne la traversait. Elle était incapable d'utiliser le moindre sort. Elle n'était pas la seule : tous, sans exception, ne pouvaient plus user de leurs pouvoirs.

- Nous avons été maudits ! Conclut Cassidy. Arrgh ! Si au moins nous avions des potions bleues !
- Il faut éviter toutes ses attaques d'ici là ! prévint Impa.

Samaël se montra. Il leva les bras en l'air et révéla les membranes filiformes qui reliaient ses bras et ses côtes. C'était comme des harpes disposés sous les aisselles. Le Démon croisa les bras pour les pincer délicatement et se mit à balader allègrement ses mains. Une musique angoissante retentit alors.

- GRAND CAPHARNAÜM ! s'écria Samaël.

Il y eut un violent tremblement de terre. Les éléments volaient dans tous les sens, le sol s'inclinait pour finalement être vertical et poursuivait toujours sa rotation. Samaël chamboulait le cosmos, déréglait les lois de la physique. Les Sheikahs tombaient puis étaient aspirés vers le haut. Coup-ci, coup-ça. La gravité elle-même était chamboulée. Le résultat était tout simplement CHAOTIQUE. La Citadelle Mando était sens dessus-dessous. Il n'y avait plus d'ordre. Les Sheikahs purent à nouveau jouir de leurs pouvoirs mais ils étaient déconcertés : ce qui les entourait n'avait aucune logique. Mais plus déroutant encore : ils n'avaient pied nulle part. Ils lévitaient sans utiliser de pouvoir. Samaël fonça vers le quatuor pour l'achever. Cassidy claqua ses deux mains pour ensuite les compresser. Deux bras géants sortirent de la roche pour en faire de même et emprisonner Samaël dans une poigne mortelle. Celui-ci c'était partiellement recouvert d'écailles d'adamantium pour absorber les dégâts. Il put ainsi sortir sans problème de l'étreinte.

Lyros, volant à toute vitesse, exécuta plusieurs boucles aériennes autour de Samaël. Il venait, sans que le Démon ne s'en rende compte, d'emprisonner l'Ange de la Mort sous scellés magiques. Samaël voulut prendre en chasse le Sheikah protecteur mais son corps se heurta face à une paroi invisible. Il comprit ainsi qu'il avait été joué. Gontran voulu l'achever, mais, encore une fois, ses pouvoirs furent absorbés par les émanations de fumée bleu. Il en fut de même pour Cassidy et Lyros. Cela provoqua la libération du Démon. Seule Impa avait vu clair dans le jeu de Samaël :

- Il a mis en place un plan ingénieux pour nous piéger, devina Impa. En chamboulant tous les éléments, nous ne nous étions pas rendu compte que les débris calcinés par les flammes maudites seraient éparpillés dans les airs. Ainsi, enthousiastes à l'idée de pouvoir voler librement, Samaël savait que nous nous précipiterions sans prendre compte de la nouvelle configuration du terrain. Une manière de baisser notre garde, d'annuler nos pouvoirs à notre insu et de nous achever pendant que nous sommes sans défense et surpris.
- Brillante déduction, congratula Samaël. Je n'en attendais pas moins de la part d'Impa la Fondatrice. Mais cela ne suffira pas pour vous sauver. Piliers mitrailleurs!

Quatre piliers noirs s'élevèrent autour de Samaël pour former un carré. Chose étonnante : ils avaient des yeux au sommet. Ils s'illuminèrent pour envoyer des salves destructrices. Impa les esquiva mais d'autres encore la pourchassaient. Impa tentait par tous les moyens de s'approcher de Samaël mais les piliers l'obligeaient à s'éloigner pour éviter de devenir une viande grillée. Samaël cracha une nouvelle fois son feu bleu pour atteindre Impa. Cette dernière évita la déflagration mais fut atteinte par un tir des piliers. Touchée à la clavicule, elle vrilla dans les airs pour s'écraser dans le relief.

- Impaaaaa ! hurla Lyros.

Impa leva sa main pour montrer qu'elle était encore vivante. Mais Lyros s'était montré un peu trop bruyant et deux des piliers mitrailleurs décidèrent de s'acharner sur le trio sans pouvoirs. Les Sheikahs durent esquiver les attaques en volant dans tous les sens.
Impa se demanda ce que Link ferait dans cette situation. Mine de rien, le petit génie avait toujours des idées. Link observait beaucoup ses adversaires lorsqu'il combattait, un vrai chasseur. La Sheikah allait devoir en faire de même. En observant bien ces étranges piliers munis d'yeux, Impa eut une idée :

- Ecoutez-moi ! ordonna la Sheikah. Ces choses me font grandement penser aux Sentinelles. Si elles ont en commun leur faiblesse face à la fumée, profitez de votre malédiction pour approcher les débris dégageant de la fumée bleu et envoyez-les vers ces piliers.

Les Sheikahs acquiescèrent puis s'exécutèrent. Lyros saisit un bloc maudit et l'emporta avec lui pour l'écraser sur l'oeil d'un de ces piliers mitrailleurs. L'effet escompté se produisit et le pilier fut néantisé. Gontran et Cassidy en firent de même et ils anéantirent ainsi les quatre. Samaël claqua des doigts pour en faire apparaitre une vingtaine sur l'ensemble de la citadelle. Cassidy, Gontran et Lyros furent victime d'un véritable pugilat, un vrai massacre. Leur sang giclait sans retenue sous le regard horrifié d'Impa. Ils étaient attaqués de toute part. Gontran, dans un effort ultime, saisit ses deux partenaires pour les entrainer dans sa chute et ainsi feindre leur mort. Il leur commanda de tomber derrière un gros rocher. De là, il put exercer sa thaumaturgie pour soigner leurs blessures mortelles. Ses propres blessures guérissaient d'elles même grâce au pouvoir que lui octroyait l'obscurité environnante.

- Résiste encore un peu, Impa, dit Gontran. On arrive pour...

Gontran venait de se stopper net en voyant Impa. Un sentiment d'épouvante le saisit à la vue de cette personne désormais méconnaissable, transfiguré par la colère et l'affliction.
Impa invoqua deux tentacules d'ombre qui s'emparèrent de blocs maudits par les flammes bleues. Elle vrilla sur elle-même pour que les tentacules balayent à leur tour ces piliers. Les tours mitrailleuses, toutes sans exception, furent détruites par le tourniquet infernal. Les exhalaisons avaient eu raison d'elle.

- Intéressant, avoua Samaël. Tu sors le grand jeu !

Le Démon pausa ses deux mains au sol pour être aussitôt soulevé par une colonne de pierre. Il venait d'invoquer un python de roche et était tranquillement assis sur son chef. Impa fonça tête baissée vers le monstre qui se dressa majestueusement. Il préparait sa charge éclair. Impa s'arrêta brusquement pour prononcer les mots suivants :

- OMBRE RENÉGATE !

L'ombre du python se redressa et, fière d'être l'ombre d'un serpent constricteur, s'enroula autour de lui. L'étreinte eut raison du reptile qui fondit sous la pression et retomba sous forme de rideau de poussière. Samaël, surpris, se retrouva face à face avec Impa qui venait de s'envoler vers lui.

- Ombre du trépas !
Une ombre gigantesque enrobait Impa. Une ombre sinistre munie d'une faux de six mètres et qui reproduisait les mêmes mouvements que sa maitresse. Les réflexes surhumains du Duc des Enfers lui permirent de se faire trancher le bras droit uniquement. Impa avait l'intention de séparer son adversaire du crâne jusqu'à ses parties génitales. Elle n'en avait cependant pas fini avec Samaël qui pensait s'échapper. Une sphère noire se condensa dans sa main.
- Champ obsessionnel : Trou noir !
Le torse de Samaël, attiré par Impa se présenta comme une viande de premier choix. Impa commanda à sa marionnette macabre de trancher horizontalement le Démon : ce qu'elle fit. L'Ange de la Mort venait d'être sauvagement découpé en deux au niveau de la taille.
- COMMENT AS-TU OSÉ ME FAIRE ÇA ! s'emporta Samaël.
Une ribambelle d'écailles apparut pour joindre les deux parties. Samaël reprit sa forme monstrueuse. Sans perdre de temps, il se mit à traquer Impa. Ses dents claquèrent plusieurs fois, manquant de peu Impa qui fuyait à plein gaz. En même temps, Impa invoqua une dizaine de trous noirs, créant ainsi plusieurs pôles de gravité qui menaçaient d'écarteler le Basilic. Ses écailles d'adamantium éclataient de toute part. Le Démon était sidéré : Impa l'avait surpassé.
- Tu avais dit que tu nous laisserais trois minutes, rappela Impa. Moi j'ai compté un peu moins de deux minutes. Mais peu importe, tu vas encaisser mon courroux pour avoir tué mes amis!
Mais aussitôt après, ses pouvoirs furent absorbés par les émanations. Impa, dans son emportement, n'avait plus pris en considération ce détail et déjà les trous noirs perdaient de leur force. Samaël allait bientôt pouvoir se libérer de leur joug et criait déjà victoire. Impa enchaînait les jurons. Pourquoi devait-elle se faire maudire maintenant? Alors que l'adversaire était à sa merci? Elle se mit à pleurer, maudissant son impuissance.
- C'est fini, se résigna Impa.
- NE TE DÉCOURAGE PAS !!!

La Sheikah regarda à gauche, à droite. Elle n'avait pas rêvé, c'était la voix de Cassidy qu'elle avait entendu. Elle ne tarda d'ailleurs pas à la repérer, elle, ainsi que Lyros et Gontran. Impa éclata en sanglot. Mais cette fois, elle était immensément soulagée.

- Les Déesses merci, vous êtes vivants !!!
- Impa, entama Lyros, toi seul peut le vaincre. Tu es l'élément clef qui conduit à l'aboutissement, celui qui permet d'enterrer les fantômes du passé et d'amorcer un nouveau cycle.
- Pour cela, poursuivit Gontran, nous allons te donner chacun le reste de notre énergie afin que tu puisses briser ta malédiction et que tu puisses jouir des pleins pouvoirs.
- Tu n'auras qu'une seule occasion, prévint Cassidy. Concentre ton attaque dans sa bouche afin de l'achever de l'intérieur.

Ainsi, les trois Sheikahs, qui venaient de retrouver leurs pouvoirs, les prêtèrent à Impa. Leurs énergies ne formèrent qu'une masse qu'ils envoyèrent à leur amie. Une aura blanche qui se mêla à celle d'Impa. La Sheikah put retrouver temporairement ses pouvoirs. Mais au même moment, Samaël venait de retrouver sa liberté. Il fonça vers elle, la gueule grande ouverte.

Une fois dans l'obscurité, l'arme ultime d'Impa ne se limitait pas à la Flèche de l'Ombre mais à la Flèche des Ténèbres. Celle-ci adopta une position d'archer. L'ombre du trépas surgit derrière elle pour l'imiter. L'ombre du trépas avait troqué sa faux contre une énorme arbalète.

- C'est inutile !!! s'écria Samaël. Embrasse la mort avec mes crocs !
- FLECHE DES TENEEEEEEEBRES !!!

Tandis que le bras en retrait d'Impa tressaillit, l'arbalète géante du serviteur d'Impa décocha une lueur pourpre qui pénétra le corps de Samaël via la gueule. Un formidable embrasement, accompagné des cris du Démon, illumina toute la Citadelle, tout le monde souterrain. En surface, à la Plaine Hyrule, tout le monde avait ressenti les secousses. Nabooru et Saria, bien qu'étant les plus éloignées de l'épicentre, sentirent tout de même quelques vibrations.
En dessous, plus de Démon. Samaël avait été réduit à néant, seules quelques écailles jonchaient le sol. C'était une victoire totale : tous les Démons avaient été anéantis. Tous sans exception. La Bataille du sous-sol s'était soldée par une victoire difficile des Sheikahs. Tous les Sheikahs crièrent à l'unisson puis s'embrassèrent chaleureusement.

Chapitre 60 : Le message qu'Ils laissèrent aux générations futures   up

Les effets du "Grand Capharnaüm" avaient cessé. Tout était à sa place. Le quatuor célébrait encore sa victoire. Tapes sur le dos, compliments, moqueries, tout y allait. Après s'être joyeusement auto-congratulé de son franc succès, "l'équipe du nettoyage souterrain" décida qu'il était bon d'explorer un peu la zone et les quelques bâtiments encore debout.
Les Sheikahs avaient remarqué, depuis leur arrivé dans à la citadelle de Mandogolia, cette imposante bâtisse en forme d'ogive qui se situait juste en dessous de l'énorme cavité où se trouvait l'Arbre Mojo et son bourgeon. Ils décidèrent d'y jeter un coup d'oeil. Après tout, il leur semblait que c'était à cet endroit précis qu'avait été scellée l'Epée démoniaque. Sur l'imposante porte du bâtiment, on pouvait lire : "Mémorial dédié aux élus de Hylia..."
Le reste était effacé.

- Hylia ? demanda Gontran. Les Mandos étaient toujours dans le culte de l'ancienne Déesse Hylia ?
- Il faut croire, répondit Lyros. Ces "élus" font peut-être référence à des héros d'antan.
Impa poussa l'énorme porte du bâtiment pour y entrer, suivie par les autres.

Une unique salle avec un symbole de la Triforce. C'était assez petit, contrairement à ce que la taille de l'édifice laissait supposer, mais assez bien conservé, bien que poussiéreux. Heureusement que le dôme avait quelques trous qui permettaient aux rais de lumière de mettre à jour les détails de cette pièce. En regardant bien, les Sheikahs pouvaient déceler les contours d'un piédestal et de ce qui semblait être deux sépultures, disposées de part et autre du piédestal. Cassidy alla examiner les sépultures tandis que les autres étaient davantage intéressés par le socle.

- Ascalon devait reposer ici, paria Gontran, jusqu'à ce que Lambardy la retire il y a une vingtaine d'années.
- C'est assez impressionnant, avoua Impa. Mais pourquoi appeler cet endroit "Mémorial dédiés aux élus de Hylia" si c'est pour mettre en évidence une relique qui pourrait être responsable de la fin du monde?
- Hééé ! Venez voir ici !

Impa, Lyros et Gontran accoururent auprès de Cassidy. Celle-ci semblait avoir découvert quelque chose.
- Qu'as-tu trouvé ? interrogea Impa.
- Là, à côté des sépultures, il y a marqué : "Vous qui êtes d'une génération que nous ne connaitrons pas, frappez la Chronolithe sur le mur. Ainsi nous parcourrons les âges pour vous transmettre le message qui ne doit pas se perdre. Il en va de la sauvegarde de votre ère."
- La Chronolithe ? questionna Impa.
- N'est-ce pas cette chose ? demanda Cassidy.

La jeune femme pointa du doigt un relief dans le mur lisse. L'éclat bleu d'un minéral incrusté dans la fondation atteignit l'oeil attentif de Gontran qui frappa l'objet. Il y eut un bruit étrange. Mais ce qui arriva ensuite fit blanchir les cheveux de Gontran (mais ils étaient déjà gris). En effet, deux personnes d'un âge avancé venaient de remplacer les deux sépultures : un vieil homme et une vielle femme. Etait-ce une résurrection? L'homme était vêtu d'une tunique beige, arborait des sacoches sur sa ceinture et était chaussé de grandes bottes. Enfin, ses yeux étaient bleus. La femme, elle, tenait une belle lyre dans la main et était vêtue d'une robe blanche. Ses yeux étaient également bleus et elle était encore très belle. C'est elle qui prit la parole :

- Nous utilisons l'énergie des Chronolithes pour que notre message reste dans leurs mémoires et qu'elles puissent, même 1000 ans après, projeter notre image. Je vous en prie, écoutez ce que nous allons vous révéler jusqu'au bout. Qui que vous soyez, lorsque vous aurez écouté ce message, vous aurez été investi d'une grande mission.
- Je suis Link, dit l'homme. J'ai été le héros choisi par la Déesse Hylia et voici Zelda : la réincarnation de cette même Déesse.
- QUOIIIII ??!! hurlèrent en concert les Sheikahs.
Ces deux vieux devaient être fous. Mais oui bien sûr ! Link et Zelda étaient deux adultes dans la fleur de l'âge qui avaient encore beaucoup d'années à vivre. Link était le Héros du Temps choisi par la Trinité démiurge et non par une ancienne Déesse. Quand à Zelda, elle n'était certainement pas la réincarnation d'une Déesse disparue. Sans doute des vieux retournés en enfance, de séniles idolâtres qui vénéraient Link et Zelda.
- Durant ma vie, reprit senior Link, j'ai réussi à tuer l'Avatar du Néant, l'être le plus terrifiant que le monde ait connu, et à absorber sa haine dans l'Epée de Légende. Mais bien des années après, Zelda et moi, qui avons décidé de vivre sur terre, avons remarqué que l'Epée de Légende avait changé de forme. Son métal était devenu noir et glacial. Il fallait se rendre à l'évidence : l'Avatar du Néant n'était pas mort et il prenait même possession de l'Epée Sacrée. L'Epée était tellement maléfique qu'elle avait commencé à avilir le coeur de nos enfants. Ainsi notre peuple, notre pospérité s'est dispersée, déchirée par les conflits.
- Alors, poursuivit la vieille femme, lorsque notre ville fut ensevelie par la volonté de Din, de Nayru et de Farore, nous jurâmes sur nos vies de borner l'influence de l'Epée de Légende que nous avons appelé Ascalon par la suite. Nous avons ordonné à nos enfants encore saints de ne plus faire confiance en leurs frères dispersés dans ce monde car ils reviendraient pervertis. Ainsi nous leur avons commandé de condamner l'accès à notre village.
- Il est primordial de ne pas nourrir la haine de l'Avatar du Néant. Ne laissez aucune personne mal intentionnée saisir Ascalon et ne laissez aucun conflit troubler votre paix. Tenez bon jusqu'à ce que le Héros qui vous a été promis arrive et qu'il utilise l'arme ultime que les Déesses lui ont préparée pour annihiler définitivement le Maître des Démons. Nous ne serons certainement plus là pour nous battre à ses côtés lorsqu'il arrivera mais... il portera notre volonté.
- La Chronolithe va bientôt arriver à saturation. Je mourrai sans doute dans peu de temps mais la Déesse Hylia ne disparaitra jamais. Elle utilisera un autre réceptacle que moi pour protéger Hyrule. L'Esprit du Héros non plus ne vous abandonnera pas. Ensemble, nous combattrons la malédiction que l'Avatar du Néant a lancée sur nous...

Le couple de vieillards sourit une dernière fois avant de disparaitre, de nouveau retournés à leurs belles sépultures. La Chronolithe retrouva son aspect terne, la magie ne s'opérait plus. Les Sheikahs étaient abasourdis par tant de révélations. Ascalon était en fait la véritable Epée de Légende créée par la Déesse Hylia mais pervertie par Graal/Dieu de la Destruction/Avatar du Néant. L'Epée que possédait actuellement Link était l'exacte réplique de ce à quoi ressemblait l'Epée de Légende avant et elle était, quant à elle, une création de Din, Nayru et Farore. Cela expliquait pourquoi ces deux épées sont de même puissance.

- Je n'arrive pas à y croire, admit Lyros. Zelda et Link ont existé il y a longtemps et ont menés un combat aussi important que celui qui les a opposés à Ganondorf. Pour prévenir les générations futures du danger que représentait l'Epée de Légende, ensuite appelée Ascalon, ils ont utilisé ce minerai opalescent pour y enregistrer leur message.
- Alors "leurs enfants encore saints" étaient les ancêtres des Mandos, devina Impa. Ils ont dit que les trois Déesses avaient enseveli leur ville qui était l'actuel Temple de l'Ombre. Il faut donc comprendre par là que Mandogolia existait déjà avant que les Déesses ne créent le Royaume d'Hyrule. Puis elles ont créé l'Epée de Légende que nous connaissons aujourd'hui et qui était faite pour être maniée par Link.
- La suite nous la connaissons, déclara faiblement Cassidy.
- C'est dingue, réalisa Gontran. Les Mandos étaient déjà au courant de tout ça... C'était pour cela que même nous les Sheikahs n'avions pas le droit d'approcher ce bâtiment.
- Il faudra qu'au moins Link et Zelda voient cette projection, affirma Impa. Puis les autres Sages si nécessaire. Je les conduirai jusqu'à ce lieu avec le bateau volant s'il le faut. Il est possible que lorsque tout sera fini, nous ayons à réécrire toute l'Histoire.

Impa avait raison. La véritable version de la Genèse, la seconde Epée de Légende, le rôle des Mandos. Touts ces éléments qui avaient été effacés de l'Histoire devaient être dévoilés aux multitudes. Le peuple ne devait pas être ignorant...

Chapitre 61 : L'avenir d'Hyrule   up

Au Ranch Lon Lon, l'humeur n'était pas au rendez-vous.
- Hyrule connait encore de graves problèmes. Ce ciel rouge qui a teinté Hyrule, ces monstres qui paradent et qui nous attaquent...

Le destin accablait Malon qui ne trouvait plus le coeur à chanter. Elle s'occupait de ses vaches et spécialement de Gertrude, la belle tachetée. Talon s'occupait de la traite. Pinçant les mamelles avec force, celles-ci laissaient échapper un trait blanchâtre. Lui aussi pestait :

- Et à ce qu'il parait, le roi a disparu au moment où les soldats avaient besoin de lui pour repousser l'attaque du Bourg. Le roi Lambardy nous avait promis la sécurité mais il est le premier à détaler quand les choses vont mal. Je suis curieux de voir ce que l'opinion publique va dire. Qu'on ne compare même pas sa situation avec celle de Zelda !
- L'acteur principal de notre sécurité est indéniablement le mystérieux Sheikah Lyros, affirma Malon. C'est lui qui nous a protégés des monstres en établissant un périmètre de sécurité. Sans lui, nous serions morts. Et d'après ce qu'il nous a dit, il ne compte pas s'arrêter à notre petit ranch.
- Il y a lui mais il n'est pas le seul, intervint Ingo qui venait d'apparaître. Une femme sublime utilisant l'électricité aurait combattu une véritable armée de monstres pour protéger la population. Mais... elle ne l'a pas fait seule. Il y avait Link à ses côtés.
- Link ?! hurlèrent les deux autres.
- Les nouvelles fusent ! Les Zoras cherchent activement leur princesse qui a disparu suite à une visite inopinée de Rauru. Pour cela, ils le soupçonnent de l'avoir kidnappée. Et hier, en chemin pour m'abriter au ranch, j'ai croisé un marathonien qui m'a informé avoir vu un cataclysme dévaster la Forêt.
- Est-ce que tout cela a un sens ? interrogea Malon. Les icônes d'Hyrule agissent bizarrement. Depuis ces élections, les évènements n'ont aucune logique. N'y a-t-il pas un coup monté derrière tout ça ?

Malon commençait à tenir le bon bout.

Les Gorons, fiers de leur condition physique, avaient, en une nuit, remis le village en état. Mais leurs esprits étaient encore à la veille et ils pleuraient toujours leurs morts.
- Papa et le Sage de la Lumière m'ont dit que Link était innocent, déclara Link Goron. C'est pour cela que je sais que tout va s'arranger. Papa et frère Link vont se battre pour nous. Ils sont forts !
- Attendons de voir la suite des évènements, dit Caillou Goron. J'ai du mal à imaginer que le Link qui nous a attaqués il y a deux jours soit le vrai Link, mais en apparence, c'était bien lui en tout cas.

Les Zoras s'organisaient du mieux qu'ils pouvaient. Certains fouillaient du côté du fleuve Zora, d'autres attendaient d'être sûrs que les monstres de la Plaine Hyrule étaient partis pour s'y aventurer. D'autres encore s'inquiétaient en amont de la fontaine Zora, derrière le trône. En effet, un vent glacial semblait venir de la Caverne Polaire. Un garde Zora décida d'y mener une excursion, pensant que, peut-être, Rauru avait amenés leur princesse bien aimée en ce lieu reclus. Ce qui se tenait puisque la salle du trône était directement connectée à la source. Ce même garde n'était jamais revenu par la suite...

Les Hyliens regagnaient le bourg après une nuit d'incertitude au Château d'Hyrule. Quelle vision d'horreur ! Des maisons détruites, des commerces ruinés à jamais, les corps d'habitants et de soldats qui jonchaient le sol maculé de sang.
Cette attaque avait fait des orphelins, des veufs et des veuves. Des cris et des pleurs retentissaient, attristant les chanceux qui n'avait point été lésés de quelconque manière.
Hyrule n'avais plus de soldats... ni de roi.
- Et où était-il ce lâche ? questionna un Hylien. Où était-il lorsque les soldats avaient besoin de ses directives pour organiser les corps de bataille ?!
- Il doit avoir fuis au loin, déduisit un autre. Ce Lambardy ! Où est la sécurité dont il nous parlait durant son discours d'intronisation ?!
- Heureusement que le Héros du Temps et cette femme étaient là pour nous défendre.
Il y eut un moment de silence. Des regards torves et réprobateurs venaient sanctionner l'homme qui venait de parler. Mais ce dernier s'endurcit :
- Allons quoi ! Soyez reconnaissants ! Le Héros a peut-être agit bizarrement ces derniers temps et il aurait sans doute mérité une bonne correction. Mais là, il nous a sauvés avec cette mystérieuse femme. Il m'a infligé des dommages à moi aussi, sur ma maison et ma marchandise. Mais puisqu'il m'a sauvé la vie, le reste n'a que peu d'importance. Je ne peux qu'être reconnaissant.
- Va au Diable ! maudit un autre homme. Il gagne ton respect pour mieux te planter derrière. Tous les hommes puissants de ces dernières décennies l'ont fait. Ganondorf nous a tyrannisés après avoir exprimé son souhait de vouloir devenir un frère de clan du roi Daphnés. Tout le monde le voyait comme un homme bon. La Princesse Zelda, dont on sait qu'elle est en possession d'un fragment de la Triforce, n'était jamais revenue pour nous libérer. Le Héros du Temps nous a libérés du joug de Ganondorf mais ce n'était pas pour nous sauver, C'ETAIT POUR PRENDRE SA PLACE !

La joute verbale se transforma en pugilat. Les deux hommes s'échangeaient poings et pieds. Quelques-uns s'employèrent à les séparer mais pour les autres, leurs esprits étaient au recueillement et au deuil.

Quelques heures s'étaient écoulées depuis la fin des combats. Zelda, les Sages et les Sheikahs étaient en deuil. Eux aussi pleuraient la mort d'un ami.

La tombe de Rauru avait été creusée sur le promontoire qui précédait la Vallée Gérudo. Là où, non loin, lorsque s'exprimait les passions destructrices, la terre dévoilait ses secrets au milieu d'un rond de pierres.
Son cercueil, construit en bois d'acacia, fut enseveli avec prudence pour garder le corps dans sa posture.
Darunia, au bout d'une heure de travail, acheva de tailler une statue rouge dans le relief de la même couleur à l'effigie de Rauru en définissant à la perfection les contours de l'éphod du Sage de la Lumière. Enfin, à son socle, Saria avait fait pousser des fleurs magnifiques, une explosion de couleurs aux pieds de cette statue. Ils avaient accomplis une oeuvre à la hauteur de son sacerdoce.

Tout le monde se recueillit en silence, tête baissée et yeux fermés. Cet homme, qui gisait dans sa sépulture, était l'incarnation même de l'Histoire d'Hyrule. Son destin y était intrinsèquement lié. Ses oeuvres, ses ouvrages, son ministère dépassaient tout ce qu'un homme pouvait rêver accomplir durant sa vie. Il était parti, cet idéal même du modèle de quiétude et de sainteté. Hyrule allait devoir se séparer de son Grand Sage.

Au bout de cinq minutes de recueillement, les personnes présentes saluèrent une dernière fois leur ami disparu avant de le laisser. Son sépulcre fut laissé là, sur ce promontoire qui pointait en direction du Ranch Lon Lon...

A la Forteresse Gérudo, c'était dans la joie et l'entraide que Gérudos et Kokiris rebâtissaient les compartiments détruits de la Forteresse. Saria, Darunia, Ruto, Nabooru et Gontran se ruèrent pour les aider, sous les regards amusés de Zelda, Impa, Lyros et Cassidy. Ces derniers marchaient tranquillement en direction du chantier pour prêter main forte.

- Nous avons anéantis les cohortes de l'enfer, déclara Cassidy. Que faire ensuite ?
- Il y a encore beaucoup à faire, répondit Impa. Il faut aider à la reconstruction des provinces sinistrées. Il faut surveiller les Mandos qui peuvent revenir ici à tout moment pour nous attaquer. Et si nous le pouvons, neutraliser Enricko Machiavel pour l'empêcher d'atteindre la dimension où nous avons isolé Graal. Souvenez-vous de ce que Samaël nous a dit : " Et c'est ainsi que vous, Sheikahs, avez réussis à l'exiler dans un autre univers. Mais l'Elu de la Géhenne a déjà trouvé un moyen de s'y rendre...".
- Et y a un autre problème, réalisa Lyros. Maintenant que Rauru est mort, qui détient le pouvoir de la Lumière ? Cela peut-être n'importe qui. Il faut trouver le nouveau dépositaire du pouvoir de la Lumière et l'éveiller à sa conscience de Sage.
- Lorsque Link sera de retour, commença Zelda, là nous pourrons sincèrement préparer la défense d'Hyrule contre la possible résurrection de Graal puisque seule l'Epée de Légende peut l'atteindre. Et lorsqu'il reviendra, je m'attèlerai à redorer son image auprès des foules.
- Ainsi que la tienne, rajouta Impa.
- Je l'espère. Dès que nous aurons accompli ce que nous avons à faire à Hyrule, il faudra que tu me conduises à Mandogolia afin que je voie " le message" de mes propres yeux.
- Compte sur moi.

La discussion s'arrêta là et, tandis qu'Impa, Lyros et Cassidy avançaient, Zelda se stoppa pour lever la tête et contempler le ciel. La vision d'un nuage isolé, esseulé de la troupe la renvoyait à sa vacuité. Ses pensées s'articulaient autour d'une seule chose, d'une seule personne. Pourvu que celle-ci revienne vite...

Cardice s'était aventurée dans cet endroit. Ce lieu immobile où la glace gouvernait sans écouter la vie. Elle se trouvait actuellement dans la Caverne Polaire et regrettait de ne pas s'être vêtue, au préalable, d'une petite laine. Ses bras nus étaient déjà assaillis par le givre. Pourquoi était-elle entrée là-dedans ? Parce qu'une présence l'avait appelé. Un appel désespéré qui lui avait confié sa hâte par le canal méditatif. A plus forte raison que cet appel semblait venir de son ami Rachiki. Entre stalagmites saillants et stalactites assaillants, la vigilance de Cardice était mise à rude épreuve.

Une respiration grave raisonnait au fur et à mesure que l'on avançait. L'air était aspiré puis expulsé. Les courants exécutaient des va et vient inquiétants. La jeune femme se mit à hurler le nom de son ami, à ses risques et périls car la fonte de stalactites menaça de l'empaler à plusieurs reprises.

Son frêle corps se retrouva face à un énorme rictus, séparant horizontalement un mur de glace. Puis six fentes rouges fissurèrent le givre pour resplendir et devenir des ellipses écarlates.

- Pas... pas possible !

Cardice fit un pas en arrière en découvrant les iris qui siégeaient au sein de chacune. Elle se heurta cependant à un mur de glace qui venait tout juste de se créer. Elle était coincée entre la paroi et... le monstre.

Le rictus s'élargit verticalement pour révéler la gueule monstrueuse. Les arcs dentelés s'ouvrirent pour laisser le monstre expulser un formidable cri. Un blizzard s'échappa de sa bouche pour plaquer le corps de la Mando contre la paroi. La glace grignotait sa chaire, déjà meurtrie par le gel. Cardice fusionnait petit à petit avec l'environnement. Le monstre, dont seul le visage était visible, articula difficilement sa gueule.

- Aiiiche... aiche... aiche-moi..... Carjiche... !

Seule la tête de Cardice était encore fonctionnelle. Elle put entendre les mots que venaient de lui susurrer le démon de glace.

- RACHIKI ?! C'EST TOI ?! Arghh !
- CHIIII... ENHICHO... ENHICHO.... CHEST CHUI CHI M'A PIECHEEEEE !!!

Malheureusement pour le monstre, son interlocutrice n'était qu'une statue de glace désormais, prisonnière de son souffle frigorifiant. Rachiki laissa échapper un énième cri. Son seul espoir venait de s'envoler. Il voulait que Cardice le libère de ce lieu pendant qu'il avait encore une conscience humaine. Dès lors, il allait continuer de doucement glisser vers la bestialité et devenir le joujou d'Enricko.

Chapitre 62 : Curieux évènements   up

Loin de là, à une trentaine de kilomètres des frontières hyliennes, une belle jument galopait, chevauchée par un preux chevalier. L'homme et sa monture avaient déjà effectués ce trajet mais la jument, bien plus puissante désormais, avançait bien plus vite que la première fois. Link et Epona se dirigeaient en toute hâte vers Termina.

- Incroyable ! s'extasia Link. Si tu continues à cette allure, on y sera dans six jours. Tu te rends compte que la dernière fois, tu avais mis deux semaines ?

Epona hennit, en guise de remerciement. Link étais pressé de retourner à Termina, même s'il n'y allait pas pour se pavaner.

A quel point cette région avait-elle changée durant tout ce temps ? Et que devenaient tous ces gens qu'il avait aidés ?

Les estimations de Link étaient exactes. Au bout de six jours, après avoir vu défilé de somptueux paysages, Link était arrivé à Termina, plus précisément au littoral. De là, il longea les côtes pour finalement arriver à la plage de la Grande Baie.
Quelle joie que de sentir à nouveau l'embrun arroser le visage. Cet air salin venant caresser la peau. Epona aimait également cette sensation. Un pêcheur, fort de sa carrure, interpella Link.
- Vous êtes nouveaux dans le coin, vous et votre monture hein ?
- Je ne suis pas d'ici effectivement, mais je suis déjà venu par le passé.
- Aaaah c'est bien alors. Vous connaissez la carte. Et vous arrivez spécialement pour le carnaval ?
- Non. Mais il va bientôt avoir lieu c'est ça ?
- Pas plus tard que dans deux jours. On n'aura pas le droit à un bon concert des Indigos-Go. Ceux-là font des représentations sur l'océan. Ils voguent sur l'étendue bleue et livrent leurs belles musiques aux bateaux clients. Il me semble que la mort d'un de leur membre est à l'origine de cette folle entreprise.
- Ah... dommage. Mais mon séjour s'annonce très court. Je ne suis pas ici pour m'amuser et satisfaire des désirs frivoles.
- Je vois, je ne vous retiens pas davantage alors... Ah, au fait !
- Qu'y a-t-il ?
- Bourg Clocher est, en ce moment, secoué par d'étranges phénomènes qui semblent toucher la ville seulement. Vous devriez vous renseigner auprès des habitants pour avoir plus d'informations.
- D'accord. Je suivrai votre conseil. Merci du renseignement !
- De rien.

Link salua l'homme et ordonna à Epona de galoper vers la Plaine Termina.

- D'étranges phénomènes hein, répéta Link. Je m'y intéresserai une fois que j'aurai récupéré le Tapis Volant. Direction : la Vallée Ikana !

Au Bourg Clocher, le Maire était de nouveau en pleine réunion. Il ne disait rien, comme à son habitude. Malmené par sa migraine quotidienne, la joute verbale qui éclatait devant lui ne lui donnait pas envie de s'interposer entre les deux partis. D'un côté, l'éminent Capitaine Viscen qui commandait les gardes de la ville. De l'autre, Mutoh, chef charpentier. Le débat battait son plein, galvanisé par l'entêtement de chacun. Il faut dire que les enjeux étaient à la hauteur du ton employé.

- Lâches ! accusa Mutoh. Encore une décision prise à la hâte juste pour quelques lueurs dans le ciel.
- Des lueurs ?! interrogea Viscen. Si ce n'était que ça. Votre passion pour les festivités vous aveugle donc à ce point ? Que faites-vous de l'agression de la veille. Un citoyen n'avait pas mis de "protection" et il s'est fait agressé par un animal non identifié. Qu'on se le dise : la ville est menacée par ces bêtes.
- Cet homme-là n'avait aucune meurtrissure lorsque l'auberge l'a admis ! Il avait des cheveux blancs je dirais oui ! Il était fou quand le médecin l'a réanimé, débitant bêtises sur bêtises ! Un homme apeuré, souffrant d'un traumatisme et non pas d'une agression physique ! Je vais vous dire : si cet homme avait porté "sa protection", cela ne serait pas arrivé. Preuve étant qu'il fut le seul lésé de la soirée ! Et puis vous êtes de la milice non ? N'êtes-vous pas payés pour protéger la population en cas de menace ?
- Toujours la parole prompte pour vilipender le corps armé ! Certes, et je ne sais par quel miracle, les "protections" on fait leurs preuves jusqu'à maintenant mais la situation n'est pas tenable sur le long terme ! Comment demander à une population de remettre son sort sur ces choses toutes les nuits et de dormir tranquillement ainsi ? On se souvient parfaitement que des événements similaires avaient eu lieu au Ranch Romani et que la fille ainsi que les vaches avaient été enlevées par des êtres hétéroclites ! Nous ne pouvons être au chevet de chaque citoyen à veiller pendant leur sommeil ! C'est pour cela que nous demandons à la population de déserter la ville le temps que nous constituons une force de frappe assez conséquente pour balayer définitivement ces monstres !
- Et le carnaval ? Viscen ! On ne divorce pas aussi facilement avec des traditions séculaires ! Le carnaval aura lieu si tout le monde est raisonnable et enfile "une protection" le moment venu ! La situation est-elle si alarmante ? On n'ignore pas que le danger est très fort hors des murs de la ville et que des monstres paradent dans la plaine ! Cela a toujours été ainsi ! Des montres apparaissent sur des trainées lumineuses ? Expliquez-moi la différence...

Le Capitaine Viscen, voyant que la discussion tournait au dialogue de sourd, prit le Maire Dautour à témoin, agitant les bras pour être plus convaincant.
- Monsieur le Maire ! Comptez-vous vraiment laisser ce genre de fanatique imposer sa politique ? Le divertissement ne prime pas sur la sécurité monsieur !

Le Maire se gratta la tête puis daigna enfin :

- Mmmmh Viscen, commença le Maire, sachez identifier le vrai danger. A vrai dire, notre monde est gouverné par la mort. Aucun lieu ne s'y soustrait. Cette ville jouit déjà d'une situation assez privilégiée. C'est un petit paradis où la joie de vivre est bien présente et où la fête entretien un sentiment d'allégresse, d'ivresse passagère. La population en a bien besoin pour s'évader quelques instants du misérable de notre condition. Un danger est apparu entre les murs de la ville, soit. Et après ? Où voulez-vous que la population se réfugie lorsqu'elle sait qu'elle se trouve déjà dans le lieu le plus sûr à des kilomètres à la ronde ? D'autant plus que là, on nous offre un moyen de nous défendre.

Viscen voulut en placer une, laissant échapper un petit son. Puis il se rétracta. Mutoh savourait ce sentiment de puissance jusqu'à ce que les yeux du Maire se tournent vers lui.

- Quant à vous, Mutoh, j'apprécie votre engouement pour le Carnaval chaque année. Mais je vous sens peu concerné par la sécurité de la population. Je viens de dire qu'il est inutile de lancer une propagande de la terreur. Cela ne signifie pas qu'il ne faille pas prendre les mesures adéquates. Les festivités se dérouleront le jour uniquement. Nous imposerons un couvre-feu a 9 heures du soir.
- Mais... mais, bégaya Mutoh, la nuit est une période charnière ! Et que faites-vous du Milk Bar de monsieur Barten ? Et le Bazar ?
- Leur activité sera nulle durant les périodes de festivités. Ils connaitront une période creuse. J'utiliserai l'argent de la mairie pour les rémunérer en équivalence. Tous les gardes resteront à leurs postes et se relayeront pour patrouiller toute la nuit. Voilà, ce sera tout...

Chapitre 63 : La boutique de tous les trésors   up

La Vallée Ikana n'était plus ce qu'elle avait été auparavant. Aménagé, l'endroit semblait désormais plus gai. Depuis la dernière fois, le torrent s'était enhardi. Ses impétuosités permettaient à l'écume d'arroser les hauteurs. Il ne faisait aucun doute que le niveau inférieur de la Vallée aurait été inondé si quelques retenues de terre et certaines bordures n'avaient pas été érigées pour contenir les flots galopants.
Un monte-charge faisait ses allers-retours dans le vide, permettant d'accéder beaucoup plus facilement au niveau supérieur.
Enfin, une douce philharmonie résonnait entre les notes colorées de la verdure qui abondait désormais. Le chant du moulin mettait du baume au coeur à ceux qui l'entendait.

Le Héros du Temps avait laissé sa jument plus bas. Il emprunta le chemin de droite qui menait au repaire de Sakon, longeant le relief rocailleux de la Vallée. Et ainsi, il se retrouva devant l'entrée de la cachette. Mais, à sa grande surprise, ce qui faisait office d'entrée était désormais une énorme porte parée de rubis rouges ancrés dans son bois. La pancarte sur le côté disait : "La boutique de tous les trésors. Entrez seulement si vous êtes riche ".
Link demeura quelques instants sans voix. Réalisant le canular dont il était victime, il hissa sa main au niveau de son menton pour le caresser.

- Il a... changé d'endroit ? se demanda Link. Bien sûr, ça ne pouvait être aussi simple...

Le Héros du Temps saisit la poigné afin pénétrer dans la boutique. A peine avait-il franchi le seuil qu'un cliquetis se fit entendre, signalant sa présence au gérant des lieux. Celui-ci, d'allure chétive, se rua vers Link tout en se frottant frénétiquement les mains.
- Bien le bonjour jeune homme ! Aaaah quel parfum de rareté ! Cette tunique verte, cet équipement... Vous êtes un nanti d'outremer, ça se voit !
- Un nanti? Non, certainement pas. Je possède bien un certaine somme mais... certainement pas de quoi vous contenter... à voir ce que cette boutique propose.

En effet, une vue des plus improbables s'offrait au client. D'énormes sculptures en or s'alignaient le long du mur. Des vases assez volumineux vantaient les motifs qui habillaient leurs courbes. Une ribambelle de diamants bruts dont on ne comptait même plus les carats était entreposée dans un coffre béant. Enfin, des animaux rares, étranges spécimens s'agitaient dans leurs cages, souffrant vraisemblablement de leur situation inhospitalière.
Le temps de l'observation, Link n'avait pas remarqué le changement d'expression de son interlocuteur. Celui-là, avenant de prime abord, adopta un comportement rébarbatif. La dernière confession de Link l'avait assis sur un cactus. Le manège auquel s'étaient livrées ses mains avait cessé.

"N'avait-il pas lu la pancarte avant d'entrer?" se demanda à voix basse le propriétaire de la boutique avant de d'interroger à voix haute.
- Depuis combien de temps vous êtes-vous installés ici ? questionna Link qui ignora le commerçant. Je sais que cet endroit a autrefois servi de repaire.
- Vous êtes un inspecteur ou quoi ? Un fouineur de première ?
- Le client n'est-il pas roi ? Il y a une charte qui...
- Raaaah, vous avez bien fait vos devoirs jeune homme ! Très bien. Je vous renseignerai puis vous débarrasserez le plancher. Ahem ! Oui effectivement! Cet endroit était autrefois la propriété de Sakon, un criminel notoire qui entreposait ses butins dans son repaire. Il aurait toutefois changé de base après que le fils du maire Dautour et un de ses amis aient déjoué son système de sécurité.
- Je connais bien cette histoire. Le fils du maire s'appelle Kafei et c'est moi qui l'ai assisté dans cette entreprise.
- Oh je vois, je vois. Vous m'intéressez de nouveau... Ahem ! Je connais assez bien Kafei et c'est lui qui me parla de cette histoire lorsqu'à l'époque je découvris cette "caverne". Sakon avait dès
lors été obligé de fuir précipitamment, traqué sans relâche par Kafei qui ne trouvait pas le sommeil en sachant que Sakon gambadait encore dehors. Dans l'empressement, il avait laissé une bonne partie des richesses qu'il avait volées et que j'ai récupérées aujourd'hui pour mon propre commerce. Eh ! Trouver c'est obtenir !
- Je ne vous fais aucun blâme, rassura Link. Et auriez-vous un tapis volant dans vos articles ?
- Un tapis volant ?! Oula... Non je ne détiens pas une telle merveille. Sakon ne l'aurait surement pas laissé ici. Ahem ! Il y a fort à parier qu'il se soit enfui avec.
- Je vois, répondit Link avec la moue abattue. Auriez-vous une quelconque idée sur sa position actuelle ?
- Peut-être a t'il quitté Termina, peut-être ne l'a-t-il pas fait. Je ne m'intéresse pas à cet être infâme. Demandez plutôt à Kafei de vous aider puisqu'il a enquêté sur lui.
- Merci pour votre conseil et pour m'avoir renseigné... Que contient cette jarre ?

Link pointa son index en direction d'une jarre dont le contenu en ébullition jaillissait de temps à autre. Les quelques gouttes qui se déposaient sur le mobilier provoquaient un phénomène étrange : la matière devenait translucide aux points de chutes. La jarre elle-même s'était effacée par endroit pour laisser entrevoir, via quelques interstices, l'envers du décor.

- C'est de la Térébenthine d'Invisibilité, informa le commerçant. Comme son nom l'indique, elle permet à tout ce qu'elle enduit de devenir invisible, et ce, indéfiniment. Mais malheureusement, étant donné que sa température excède les 132 degrés Celsius, il serait suicidaire de penser à l'appliquer sur soi-même pour se rendre invisible. Elle ne doit être utilisée que sur des objets. Je vois qu'elle vous intéresse mais pensez-vous pourvoir l'acquérir ? Elle vaut la bagatelle de 1200 rubis...
- Non, ça ira, dit précipitamment Link avec une goutte de sueur perlant sur la tempe. Elle m'intriguait c'est tout... Au revoir !
- Oui c'est ça. A bientôt.

Link sortit de la boutique. Il inspira un grand coup, cambrant son échine puis expira. Il vida non seulement sa poitrine mais également ses joues qui se creusèrent et prolongèrent sa bouche désormais bien avancée. Sa quête à Termina s'annonçait plus longue et fastidieuse qu'il ne le souhaitait. Il avait besoin de décompresser un peu.

Link marcha en direction du dénivelé qui se trouvait en aval de la vallée pour rejoindre Epona et ainsi se rendre à Bourg Clocher dans l'espoir de s'entretenir avec Kafei. Il fallait absolument que ce dernier sache où Sakon se trouvait.

Chapitre 64 : Des visages familiers   up

Le brouillard était tombé sur l'étendue qu'était la Plaine Termina. Les remparts de la ville s'élevaient au milieu de la brume, dessinant une figure sombre et lugubre. L'horizon s'effaçait progressivement, avalé par le ciel blanc. Même les montagnes n'étaient plus visibles. Bourg Clocher semblait isolé là, tourmenté par la brume laiteuse qui le coupait du reste du monde. La vision atrophiée du paysage donnait une impression d'épouvante qui contrastait avec l'arrivée imminente des festivités. Termina avait opté pour un masque plus sombre.

Tel fut le spectacle qui s'offrit à Link et Epona lorsqu'ils arrivèrent, au trot, devant l'entrée est de la ville. Le jeune homme se laissa choir le long des côtes de la jument pour finalement poser ses pieds à terre. Après avoir commandé à Epona de l'attendre patiemment, Link entra dans l'enceinte de la ville.

Du monde. Du monde. Et du monde. Link peinait à se frayer un chemin dans la foule. Bousculé par ci, par là, Link perdit son habituelle bienséance pour, à son tour, progresser dans la cohue. Se hissant sur la pointe des pieds, Link parvint durant quelques instants à se repérer. Il se trouvait juste à côté de l'auberge et décida donc d'y faire un saut.
L'endroit n'avait pas changé. L'odeur qui venait de la cuisine avait de quoi faire fuir des touristes. Link haussa le col de sa tunique de sorte à ce que celui-ci recouvre son nez. Il corrigea cependant ce geste d'effronté et s'assit sur un banc, face à l'accueil et attendant que l'hôtesse revienne de sa pause. Il était quatre heures moins cinq de l'après midi.
Un peu moins de quatre minutes après, Link entendit une porte se fermer ainsi que des talons en train de piétiner gracieusement le sol. Le jeune homme tourna sa tête en direction des nouvelles venues : trois femmes dialoguant entre elles. Leurs poignets pivotaient énormément, permettant à leurs mains d'exprimer leurs dires et d'apporter un peu d'emphase au hasard des courbes somptueuses que dessinaient leurs membres. L'une d'elle tourna sa tête en direction de Link pour l'examiner de ses yeux bleus. La volte face venait de laisser ses cheveux sanguins à la traine. Ils cachaient momentanément sa face. Lorsque ceux-ci retombèrent, Link put, à son tour, surprendre les traits de la femme qui ne lui étaient pas inconnus. D'ailleurs, il en était de même pour les deux autres. Les cascades enflammées qui ruisselaient le long des flancs de leurs têtes ne s'arrêtaient qu'au bas du dos. Ces deux là étaient des copies conformes de Malon. L'une semblait toutefois plus âgée.

- Sauterelle ? Dit la plus jeune des sosies de Malon.
- Le petit archer ? Interrogea la plus âgée des deux.
- Link ? demanda enfin la première femme décrite.

Link secoua sa main pour les saluer et leur adressa un sourire. Il avait bien sûr reconnu Anju, Romani et Crémia. Il se leva pour leur faire face. Ce fut de cette manière que les trois femmes réalisèrent à quel point le petit garçon d'autrefois s'était aguerri pour devenir un beau jeune homme fort et plaisant à voir. Les quatre célébrèrent leurs retrouvailles, s'assirent autour d'une table de la cuisine et discutèrent durant quelques minutes, évoquant ce que chacun était devenu durant ces années.

- Ça alors, commença Crémia. Je ne m'y attendais pas du tout !
- Tu es revenu le temps des fêtes pour profiter des spectacles ? demanda Romani.
- Du tout, répondit Link. J'ai des choses importante à faire à Termina. J'ai été appelé ici par le devoir. Mmh d'ailleurs, quelqu'un m'a dit qu'il se passait des choses étranges en ville.
- La nuit, intervint Crémia, des aurores boréales sillonnent le ciel. Et avec elles, des monstres apparaissent pour attaquer ceux qui ne portent pas de protections. Cela commence vers neuf heures généralement.
- Des aurores boréales ? Questionna Link. C'est quoi ça ?
- Notre cher Soleil tempête parfois et nous envoie des courants solaires chargés de particules. Lorsqu'elles pénètrent la haute atmosphère, une lumière verte pleut sur le monde et décore la voute céleste. C'est en tout cas l'explication scientifique. Termina n'est pas idéalement placée pour percevoir ces phénomènes. Normalement, on ne devrait pas être en mesure de les observer ici. Mais ces évènements récents viennent tout chambouler. Et avec les monstres qui apparaissent de surcroît, beaucoup pensent que les phénomènes qui frappent le Bourg Clocher sont les mêmes que ceux qui nous frappaient au Ranch mais...
- ... c'est impossible, coupa Romani. Les Garos apparaissaient lorsqu'un astre lumineux brulait le sol de ses rayons lumineux. C'est différent des aurores boréales et d'après les témoignages, les monstres ne ressemblent, en rien, à des Garos. De plus, les Garos ne se manifestaient qu'une fois par an.
- Je constaterai ça ce soir, déclara Link. Crémia, tu as parlé de protections...
- Ah... oui. Attend un instant...

La jeune fermière fouilla quelques instants dans ses poches. Elle n'y trouvait pas ce quelle cherchait. La réflexion compressa ses traits qui se décontractèrent sitôt que la mémoire de Crémia fit son travail. Dans son élan pour aller chercher ce qu'elle voulait montrer à Link, elle vit qu'Anju l'avait devancé. Cette dernière saisit un masque qu'elle montra au Héros du Temps. Un masque noir avec trois yeux seulement, lesquels ressemblaient à des spirales.
- Si tu porte un masque au moment des apparitions, éclaira Anju, les monstres auront peur et ne t'attaqueront pas.
- Ils partent comme ça ? Juste pour un masque un peu effrayant et hypnotisant ?
- Personne n'y croyait lorsque ce commerçant s'est installé en ville pour vendre ses masques. Les gens se sont prêtés au jeu et les masques ont fait leurs preuves. Il y a cependant quelques personnes qui ont refusé de porter ces protections et elles se sont faites agressées.
- En fait, précisa Crémia, il n'y en a eu qu'une seule. La veille, cette personne a été admise ici pour reprendre ses esprits après son expérience traumatisante.
- Et comme si cela ne suffisait pas, ajouta Romani, un smog tombe tout les jours vers quinze heures pour plonger Termina dans le brouillard jusqu'à la nuit tombée.
- Ah c'était donc ça. Oui, la brume est subitement tombée alors que je me trouvais dans la plaine. Eh bien, les problèmes n'arrivent jamais seuls...
- Bon, interrompit Anju, moi je dois reprendre le service. Ma pause s'est terminée il y a deux minutes. Je vous laisse. Link, content de t'avoir revu.
- De même, répondit celui-ci tout en lui offrant un clin d'oeil.

Anju s'éloigna pour retourner à l'accueil mais fut interpellé par la voix de Link.

- Ah Anju ! Kafei demeure toujours dans l'arrière salle du Bazar près du Lavoir ?
- Non. Il a sa chambre à lui ici maintenant. Il va rentrer ce soir, vers six heures...
- Merci.

Link nota cette note maussade qui couvrait la voix d'Anju. Un decrescendo rendant presque inaudible le dernier mot. Leur union était-elle aussi solide qu'avant ?

Il restait deux heures avant que Kafei ne pointe le bout de son nez. Pour passer le temps, Link s'engagea dans une conversation sans fin avec les deux soeurs. Jalonnée de rire, la discussion fit défiler les heures comme un Chant du Temps accéléré. Et ce fut ainsi que...
-...il est dans la cuisine, il désire te voir...

La voix d'Anju venait d'atteindre les oreilles pointues de Link. Devinant qu'elle s'adressait à Kafei, Link se leva pour aller à sa rencontre. Un homme aux cheveux bleus et aux pupilles écarlates émergea de l'angle du couloir pour faire face au Héros du Temps. Il était très séduisant. Bien bâti, ses épaules carrées déversaient une structure plus étroite au niveau du bassin, le rendant très athlétique. Une délicieuse fragrance s'échappait de ses tissus.

- Kafei...
- Je ne peux plus t'appeler gamin tout vert maintenant. Homme tout vert, ça te va ?
- Haha. Link c'est plus court. Pourquoi faire compliqué ?
- Je sens que tu as beaucoup de choses à me dire. Asseyons-nous autour d'un bon lait pour discuter.

Il était 6h09.

Chapitre 65 : Le courroux   up

Link se laissa tomber sur sa chaise, expulsant sa fatigue d'un " pfiou " bien appuyé. Désespéré, la réponse de Kafei venait de descendre son morale à zéro.
- Je suis désolé Link, s'excusa Kafei. Je ne sais absolument pas où Sakon se trouve. Et pourtant, c'est de la plus haute importance pour toi.
- Quelle est ta meilleure piste ? La plus récente ?
- Et bien, il est venu à Bourg Clocher il y a trois semaines pour s'acheter les plans d'un bateau au Bazar. Un plan qui avait été volé à un riche Terminien par le Roi de la Route du Lait.
- Le Roi de la Route du... aaah, cet oiseau de malheur...
- Oui, je vois que tu as dû en découdre avec lui. Comme tu le sais bien, le gérant du Bazar et moi, nous nous connaissons depuis longtemps et il m'a informé de sa visite aussitôt après. Mais le temps de me lancer à ses trousses, plus de traces. Chose étrange : les plans était censés être celui d'un bateau volant mais cela semblait irréaliste, même pour le concepteur. Même en tant que novice dans l'ingénierie, Saure, mon ami, disait que c'était fantaisiste. Et là, Sakon aurait dit qu'il allait réaliser le rêve du propriétaire du plan car il disposerait de quelque chose pour faire léviter le bateau...

Link réfléchit sur ce que cette information pouvait lui apporter. Puis il se demanda quel artefact permettrait à un bateau de voler. Pas un Tapis Volant quand même, si ?

- Non... un bateau c'est bien trop lourd...
- Bon, entama Kafei. S'il est venu à Bourg Clocher juste pour s'acheter ces plans, cela veut dire qu'il doit encore être à Termina, ou à proximité. Il n'y a que de cette manière qu'il peut connaitre l'activité du Bazar. Dans le pire des cas, il a un réseau de criminels qui l'informe couramment des activités de la ville. Mais pour ça, il doit rester aux environs. Il ne doit pas être à l'autre bout du monde.
- Dans le deuxième cas, qui semble le plus probable, il aurait des compères qui vivent en ville parmi les citoyens honnêtes... C'est déjà bien comme information. Crois-moi, j'ai déjà enquêté avec moins d'indices que ça.
- Il me faut le retrouver, insista Kafei. Il me le faut. Tu es là, j'ai de l'espoir.

Les talons d'Anju hâtèrent leurs piétinements, assaillant sans pitié le plancher. Link détourna son attention pour observer Anju dont la silhouette venait de filer à toute vitesse dans le couloir. Un claquement de porte fit vibrer les murs. Kafei laissa sa tête reposer sur son poing et soupira.

- Qu'est-ce qui se passe avec Anju ? demanda Link.
Kafei, le regard vide, scrutait le soleil qui déposait ses derniers rayons dans la cuisine à travers la fenêtre. Il ne répondit pas mais Link insista.
- Tu peux me dire, tu sais. Je suis le témoin de votre union, tu te souviens ?
- Tu sais... ça fais longtemps que je traque Sakon. Notre couple a souffert de tous les maux, les injures. On a déjà agressé Anju parce qu'elle s'était éprise d'un " adolescent ". Mais les gens ne connaissaient pas mon histoire incroyable. Mais ça, Anju pouvait le surmonter. Elle était avec moi, c'était tout ce qui comptait pour elle. Et pour moi aussi. J'étais près à tourner la page, à ne vivre que pour elle. Et puis... Anju est tombée enceinte. Nous allions être trois. Elle allait faire de moi un père. J'étais l'homme le plus heureux du monde. Nous allions appeler notre enfant Luna et nous évader un peu de Termina, le temps de voir notre petite naitre. Mais le destin en a décidé autrement...
- Que... s'est-il passé ? demanda Link avec un peu d'appréhension.
- Sakon est apparu dans notre vie, encore une fois. Un jour, alors qu'elle devait cueillir des plantes médicinales aux portes de la ville, ce vil animal l'a violement bousculé pour lui voler son pendentif. Le bébé est mort sur le coup... Elle est revenue en pleurs pour me raconter sa mésaventure. J'ai tout de suite reconnu son bourreau dans la description qu'elle m'en a faite. Dès lors, ma rage était inextinguible. Tandis qu'elle voulait oublier, moi je voulais établir ma justice et saisir ce démon ! Je l'ai traqué sans relâche, piochant toutes les informations qui pouvaient me mener à sa nouvelle cachette. Et c'est pour ça qu'Anju m'en veut. Mon obsession pour la vengeance consume notre mariage. Elle me reproche de mettre notre relation après. MAIS... !

Kafei tambourina sur la table. Link baissa la tête, navré pour son interlocuteur.

- ... JE SUIS OBLIGE DE LUI FAIRE PAYER CA, NON !!? Il... il m'a volé notre lune de miel !! Il m'a volé... MA FILLE !! NOTRE FILLE !! COMMENT...
- Kafei...

La voix vint de Crémia qui apparut pour calmer les ardeurs de l'homme. Ce dernier, conscient qu'il risquait de blesser les sentiments de sa compagne si elle l'entendait parler ainsi, baissa de trois tons.
-... Comment peut-elle me reprocher de crier vengeance ?

Link se leva, faisant tomber sa chaise dans le mouvement. Il regarda son ami avec peine. Crémia observait la scène.

- La vengeance. Un sentiment facile. C'est pour cela qu'il est laid, sale... et destructeur. Une passion déchirante à voir lorsqu'elle emprisonne ceux qu'on aime. C'est la bascule de l'être, celle qui nous montre que l'on peut ressembler à ceux que l'on méprise. Je connais depuis peu, à Hyrule, des femmes et hommes qui sont comme des frères mais qui se détruisent parce qu'ils n'arrivent pas à aller de l'avant. Ils pensent agir pour ceux qu'ils aiment, mais ils vont dans des directions opposées. Et au final, la vengeance ne paie pas les pots cassés.

Kafei, d'un regard torve, condamnait Link du regard. Savait-il quelles épreuves il avait traversé avant de lui faire la morale ?

- Quelle alternative proposes-tu alors ? demanda Kafei faussement intéressé.
- La soif de vengeance entraine inévitablement des dommages collatéraux. Ne t'éloigne pas davantage d'Anju alors qu'elle et toi n'êtes censés faire qu'un. Surtout si elle a besoin de toi pour avancer. Mais si toi tu es ancré, vous allez forcement vous opposer.
- Link, interrompit Crémia, tu sais de quoi tu parles ? Ne t'immisce pas dans leurs histoires sans les comprendre d'abord.
- Continue, dit Kafei.
- Avancer ne veut pas dire oublier. Ne te venge pas mais agis pour que ce qui t'a oppressé ne t'éprouve plus jamais. Je ne peux pas mesurer ta peine mais, admets-le, ne serait-ce pas plus agréable de vivre dans le sens d'Anju ?
- Bon, tu décides ? Tu marches avec moi ou pas ?
- Saches que je ne te blâme pas. Je ne suis pas un intouchable. Je t'aiderai à capturer Sakon car c'est un danger notoire et qu'il est clair que nos intérêts convergent. Mais je ne t'aiderai pas à te venger...

Il y eut un silence à faire parler les mouches. Link ramassa la chaise et Kafei le regarda faire. Il expira par le nez puis fouilla dans sa veste pour en sortir une bourse et la jeta en direction de Link qui attrapa l'objet.
- Va en ville et achète-toi un masque, commanda Kafei. C'est moi qui offre. Même toi il faut que tu te protèges cette nuit. Et assures-toi de revenir avant neuf heures. C'est le couvre feu imposé par mon père, le maire de cette ville. Je demanderai à Anju de te donner la chambre du milieu à l'étage. Elle acceptera sans problème vu ce que tu as fais dans le passé.
- Merci Kafei. Je serai de retour avant neuf heures.
- Ce soir, tu te repose bien et demain on se met au boulot. Mais essaye de ne pas jouer les héros.

Link se dirigea vers la sortie de l'auberge un peu soulagé tandis que Kafei tenaillait la zone préfrontale de son visage entre son pouce et son index, fermant momentanément ses yeux.

Sakon et les plans du bateau, des nuits mystérieuses à Termina, des masques étranges... L'histoire sans queue ni tête dans laquelle s'était embarqué Link ne faisait que commencer.

Il était 6h32.

chapitres suivants...

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Jean-Yann". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

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