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Le Coeur de la Triforce : La Chute d'Hyrule

Ecrit par Hellebron


Ddicace : Cette histoire est ddie Shadowyn, El Wap, Xaelia, ainsi qu' tous les formidables auteurs du Palais de Zelda qui m'ont donn l'envie d'crire.


Chapitre 1 : Une Nuit Sombre

C'tait une nuit sombre, sans lune, une nuit qui ne paraissait pas sa place en cette fin d't. La cit d'Hyrule dormait paisiblement, savourant le calme exceptionnel qui rgnait dans le pays depuis plus de deux ans, depuis que l'infme Ganondorf avait t vaincu. Les peuples d'Hyrule taient dsormais librs, et les hyliens plaaient leur confiance dans les hros qui avaient repouss les tnbres. La paix tait revenue, et chacun pensait que les jours sombres avaient disparu pour de bon.
Et pourtant...
Dans la cit d'Hyrule, une silhouette solitaire marche dans l'obscurit d'un pas tranquille d'une ruelle l'autre. C'est un homme jeune, insouciant. Il a trop bu ce soir-l, assez pour oublier jusqu' son nom. Il vacille, s'appuie soudain contre le mur le plus proche. La chaleur touffante de la nuit laisse soudain place un froid vif, mordant. Un vide glac vient d'apparatre, perceptible comme un souffle de vent gel, une flamme dvorante, un cauchemar rcurent et sous d'infinies autres formes.
L'homme se retourne avec la lenteur hbte d'un homme ivre. Une forme obscure, vaguement humanode, immobile l'autre bout de la ruelle. Un rire moqueur emplit le silence de la nuit, alors que l'tre s'avance. La scne est sombre, floue, mais la peur du jeune homme est perceptible sur son visage. Une terreur primitive et irrationnelle. L'homme veut courir mais ne bouge pas. Il veut s'enfuir et reste clou sur place. Il veut hurler lorsque l'ombre est sur lui. Et d'un seul coup ses dsirs disparaissent. A Jamais. Il est mort.
La forme sombre libre d'un geste brusque une longue lame macule de sang. Une flaque de liquide carlate et chaud se rpand dans la ruelle endormie. Personne n'est l, et pourtant quelqu'un d'autre a vu la scne. Tout est si noir que nul n'aurait pu dire quel moment l'assassin disparut dans la nuit...

Au coeur d'une nuit sombre, dans la cit d'Hyrule, un innocent vient de mourir. Et si personne ne l'a jamais racont, c'est ainsi qu'a commenc la Chute d'Hyrule.

Chapitre 2 : Les Songes de Saria

Saria se rveilla en sursaut, le souffle court, horrifie par ce qu'elle venait de voir. Il lui fallut un temps pour se rendre compte o elle se trouvait. La cabane tait plonge dans le noir, et dehors, la nuit n'tait trouble que par le bruit du vent dans les branches. Les murs en bois de sa demeure taient sombres, mais dgageaient une sensation de protection et d'abri, des annes lumire des ombres qui avaient parsem ses songes.
"Quel affreux cauchemar" se dit la kokiri en frissonnant d'effroi. Le souvenir de la scne faisait battre son coeur avec une inquitude inhabituelle. Des flashs flous et courts lui revinrent en mmoire, la ruelle dserte, la silhouette sinistre, la victime s'effondrant lentement dans un flot de sang bouillant... C'tait trop d'un seul coup...
Saria bondit de son lit et sortit sur la terrasse de la cabane. La nuit tait encore sombre, la lune absente, mais la vue du village endormi la rassura. Se sentant incapable de retourner se coucher, Saria s'assit sur le rebord, ses pieds buttant doucement l'chelle de bois avec le vent. Sa peur s'vanouissait peu peu, mais sans la laisser totalement en paix. Elle resta donc l rflchir, perdue dans ses penses...
Saria n'tait pas peureuse. Quand la plupart des kokiris taient espigles et insouciants, elle se diffrenciait de ses amis par sa nature calme et mditative. Son statut de sage de la fort l'avait aussi coup des autres kokiris, sans qu'elle parvienne par la suite retrouver le mme lien avec ses compagnons de jeux. Saria avait conscience de ses responsabilits et, de la mme faon que Link, elle aimait aider les autres.
Link... est-ce que son ami d'enfance, le Hros du Temps, n'avait pas lui aussi eu des rves tranges lorsque, prs d'une dcennie plus tt, il avait quitt le village des kokiris et entam son priple ? Et, Saria le savait pour en avoir parl avec elle, d'autre rves prophtiques s'taient aussi manifests chez la Princesse Zelda.
"Non, la Princesse de la Destine" se reprit mentalement Saria. Le septime sage, le Hros du Temps... Qu'elle aussi, le sage de la fort, eut fait un rve aussi marquant, cela pouvait-il vraiment tre une concidence ? Son rve tait-il une vision ? Et si c'tait le cas, qu'est-ce que tout cela pouvait bien vouloir dire, pour elle, Saria ?
Fatigue de raisonner sans parvenir de vritables rponses, la kokiri retourna s'allonger et s'endormit presque aussitt dans un sommeil profond.

Chapitre 3 : Humeur noire

Link tait anxieux. Une nervosit qu'il n'avait ressentie que dans de rares instants de sa vie, une nervosit qui l'avait rveill de bonne heure ce matin. Aussi avait-il dcid de quitter discrtement le chteau royal d'Hyrule et de partir galoper avec Epona. Dans la plaine d'Hyrule, le vent sifflant autour de lui, le soleil brillant et la route jusqu' l'horizon, Link se sentait totalement libr et pouvait ainsi rflchir sereinement.
Ce n'tait pas le mme calme complet, la mme vigilance que celle dont le Hros du Temps pouvait faire preuve durant un combat. La faon dont il songeait prsent tait bien diffrente. Il avait ici, avec sa jument pour seule compagnie, le sentiment profond que rien ne pouvait lui chapper.
Les deux annes qui s'taient coules depuis la disparition de Ganondorf avaient pass comme un rve pour Link. Tout tait all beaucoup plus vite que ce qu'il aurait pu imaginer, et les traces du rgne maudit et cruel du Seigneur du Malin s'taient vite estompes. Les sages libres, la vie avait repris son cours en Hyrule o il faisait nouveau bon vivre. Une Hyrule qui tait sortie la tte haute de ses preuves, et s'tait efforce d'oublier les sept annes prouvantes qu'elle avait vcues. La seule prsence de grands hros comme Link assurait aux divers peuples un avenir aussi lumineux que le soleil sur la plaine.
Si les choses s'taient rapidement faites plus complexes pour quelqu'un, c'tait bien pour le Hros du Temps. Tout ses amis l'entouraient beaucoup et, sans qu'il s'en rende forcment compte, propageaient autour d'eux la lgende vivante de Link. Si celui-ci avait souhait une chose aprs la libration du pays, c'tait juste un peu de calme et de solitude. Malheureusement son souhait n'avait pas du tout t exauc.
Le jeune Hylien avait confusment conscience, malgr le tourbillon d'vnements et de personnes qui s'agitaient autour de lui, que son poque tait rvolue. Le grand rve de sauver Hyrule de la tyrannie s'tait accompli, et s'il tait sans cesse lou pour ses actes, Link ignorait totalement quelle direction pouvait prendre sa vie dsormais. Il tait perdu, plus isol que n'importe qui aurait pu le souponner, et malheureux de l'ennui du quotidien qui menaait maintenant de l'touffer.
"A quoi peut bien servir le Hros du Temps..." se demandait-il frquemment, "Alors qu'Hyrule n'a plus d'ennemi combattre ?"
Cette nervosit le rongeait peu peu de l'intrieur, et mme si personne ne semblait l'avoir remarqu jusque l, il se demandait combien de temps il supporterait l'inaction. Il se sentait inutile, juste bon servir de figure de proue. Le poids familier de l'pe du Temps manquait sa ceinture, il ne se sentait plus en droit de la porter. En dehors de duels amicaux avec son Frre de sang Darunia, il ne se battait mme plus. Il songeait mme parfois partir, loin d'Hyrule, pour explorer le monde...
Epona acclra soudain, puis vira sur le ct et fit demi-tour, ne sentant apparemment pas que l'humeur de son cavalier tait plus terne qu'au dbut de leur promenade et qu'il n'avait aucune envie de rentrer. Link soupira. Si quelque chose l'agaait plus que tout, c'tait probablement la grande fte qui allait tre organise en son honneur dans quelques jours. Des habitants d'Hyrule entire avaient t convis cet vnement. Zelda n'avait rien trouv de mieux pour son ide gniale.
Et Link comptait bien dire deux mots cette dernire. Il ne laisserait pas qui que ce soit, pas mme la princesse Zelda, s'amuser ses dpends.

Chapitre 4 : Un Kokiri ne quitte jamais la fort

Dans la grande fort d'Hyrule rgnait une agitation inhabituelle. Le soleil disparaissait lentement l'horizon, et tandis que la nuit tombait, tous les kokiris sortaient de leur maison avec impatience. Ils se dirigrent au sud du village, et s'arrtrent devant un dfil d'herbes gard par un kokiri aux airs suprieurs.
"Laisse-nous passer Mido ! L'arbre Mojo nous attend !"
Les kokiris sautaient dans tous les sens, impatients de pouvoir aller voir l'Arbre Mojo. Ce dernier leur racontait toujours des histoires gniales ! Ils redoublrent leurs demandes jusqu' ce que Mido finisse par s'carter avec une mauvaise humeur vidente.
"Attendez un peu, lana soudain Mido, o est passe Saria ?"
Le kokiri se tut, se rendant soudain compte qu'il parlait dans le vide. Les autres taient dj partis. Il soupira et se dirigea donc tout seul vers la maison de Saria. Si elle n'tait pas l, il allait perdre un temps fou la retrouver et rater les premires histoires de l'Arbre Mojo. Quelle poisse...
Ce n'tait bien sr pas Le Vnrable Arbre Mojo. Le nouveau protecteur de la fort avait d'abord t une espce de bourgeon bizarre, mais depuis les deux dernires annes, il avait beaucoup grandi. Cela dit, il ne faisait pas encore la moiti de l'Arbre Mojo des souvenirs de Mido.
Il se souvenait parfaitement bien du jour o ce satan Link tait revenu de son entrevue avec le Vnrable Arbre Mojo. La mort du protecteur de la fort avait plong tous les kokiris dans une horreur sans nom. Et Link, celui que tout le monde considrait comme le sauveur d'Hyrule, Link avait lchement fui ses responsabilits...
Mido se fora faire taire sa rancoeur intrieure. Ce n'tait pas si facile. Mais le moment tait assez mal choisi pour dire ce qu'il avait sur le coeur. Il s'arrta au pied de la cabane de Saria et l'appela. Pas de rponse. Perplexe, le chef des kokiris dcida de monter pour aller voir de lui-mme.
"Saria, rponds s'il te plat, ce n'est pas drle de..."
Le kokiri se tut, regardant l'intrieur. Saria lui tournait le dos et faisait apparemment du rangement. Elle emportait des affaires de voyage, son ocarina... C'est ce moment qu'elle se retourna et sembla remarquer sa prsence.
Les yeux bleus de son amie se plongrent dans les siens. Elle lui dit doucement :
"Je pars, Mido. Maintenant."
Celui-ci respira fond, puis osa lui demander d'une voix inquite :
"Tu t'en vas ?... Mais... pourquoi ?"
Saria ne rpondit pas tout de suite et vita son regard. Mido connaissait assez son amie pour comprendre qu'elle ne voulait pas lui parler. La lumire se fit.
"Laisse-moi deviner, c'est encore cause de ce Link, hein ?!
- Je...
- Ce n'est pas la peine d'en rajouter, fit remarquer Mido."
Il se rendit alors compte que son attitude empchait son amie de lui parler comme elle aurait voulu et se reprocha son agressivit. Sa jalousie tait ridicule. "D'ailleurs", pensa-t-il, "Je ne suis pas jaloux...".
Saria regardait le chef des kokiris avec un mlange d'agacement et de lassitude. Elle reprit la parole :
"Ce n'est pas seulement cause de a. La Princesse Zelda organise une grande fte, tous les sages sont invits et..."
Elle parut hsiter un instant, puis ajouta faiblement :
"Je... j'ai fait des cauchemars, ces derniers temps... J'ai l'impression... que quelque chose ne va pas, Mido..."
Le chef des kokiris se sentit branl par ce que lui disait Saria. Il avait une totale confiance en elle et savait que son amie ne lui disait pas a la lgre. Une seule chose aurait encore pu faire changer d'avis le sage de la fort.
"Saria... tu sais bien que... un kokiri ne quitte jamais la fort...", dit Mido avec un regard triste.
Celle-ci poussa un soupir. Son ami ne semblait pas comprendre... mais comprenait-elle elle-mme ? Ses songes la perturbaient bien plus qu'elle ne voulait l'avouer. Saria n'tait sre de rien, sinon du fait qu'elle devait trouver les rponses qui lui manquaient.
"Je compte sur toi pour veiller sur les kokiris en mon absence, Mido. C'est important. Je ne sais pas quand... quand je reviendrai..."
Mido secoua la tte avec lassitude. Son amie avait pris sa dcision, il tait inutile de la contester prsent. Lui, protger le village ? Il n'en avait pas les capacits. Aussi esprait-il que l'absence de Saria serait brve.
Le sage de la fort fit un pas en arrire, puis lui adressa un dernier sourire timide avant de prendre son ocarina. Une douce musique s'en leva, accompagne du bruissement tranquille du vent. A peine le prlude de la lumire fut-il termin qu'une aveuglante lumire dore blouit Mido. L'instant d'aprs, il tait seul.
Une kokiri venait de quitter la fort. Et pas mme l'Arbre Mojo n'aurait pu dire l'heure de son retour.

Chapitre 5 : Le dpart d'une Princesse

Ruto poussa un soupir sonore, qui tait loin d'tre le premier depuis le dbut de ce voyage. Toute cette situation l'agaait, l'ide que quelqu'un puisse disposer de sa prsence volont, sans lui en parler, tout l'nervait aujourd'hui. Si la princesse des Zoras tait bien connue pour son mauvais caractre, elle tait persuade d'tre cette fois dans le vrai. Son peuple ne serait jamais le vassal des hyliens, la Princesse Zelda dpassait les bornes en la convoquant ainsi.
Si encore le motif avait justifi un dplacement travers tout Hyrule pendant plusieurs jours. En ralit, c'tait surtout cela qui agaait la Princesse Ruto : que Zelda n'ait rien trouv de mieux qu'organiser une nime fte pour clbrer le Hros du Temps. L'hritire d'Hyrule aurait pu trouver un moyen plus intelligent pour dilapider le trsor royal, sans en plus se permettre d'inviter tous les sages sans raison.
Au fond d'elle-mme, Ruto reconnaissait volontiers qu'il tait du devoir des peuples d'Hyrule de remercier Link pour ses exploits. La Princesse des Zoras en avait parfaitement conscience. L o elle se sentait en dcalage avec ses amis et homologues sages d'Hyrule, c'tait sur la manire de le faire. Les Gorons, pour ne citer qu'eux, vouaient leur frre de sang une admiration qui semblait plus que disproportionne aux yeux de Ruto. On racontait mme que Darunia aurait fabriqu une statue grandeur nature du Hros du Temps. Pouvait-on imaginer quelque chose de plus absurde ?
Ruto secoua la tte, juste avant de sursauter. Les ingalits de la route rendaient l'avance de son carrosse plus laborieuse. L'entretien de la route reliant le lac Hylia la cit d'Hyrule tait lamentable. Ce manque d'attention quelque chose d'aussi lmentaire tait une preuve de plus pour le sage de l'eau que la Princesse Zelda s'loignait dangereusement des ralits les plus prsentes.
Ruto soupira nouveau, ses nageoires mises rudes preuves dans un espace aussi petit. Elle eut une pense pour les quelques guerriers Zoras qui s'taient ports volontaires pour l'accompagner au chteau d'Hyrule, et qui devaient maintenant le regretter, dans l'inconfort d'tre installs sur le toit. Elle se demandait mme s'ils taient parvenus dormir la nuit dernire. Toutefois leur prsence dtendait un peu la Princesse Ruto, qui ne se serait jamais prsente toute seule au chteau. Cela aurait fait mauvais effet, et si on lui avait bien fait comprendre une chose pendant toute son enfance, c'tait l'attention porter au protocole.
"Et puis Zelda aurait t trop contente de me prendre de haut si je n'avais mes propres gardes..." se dit-elle. Son antipathie avec cette autre princesse tait de notorit publique de toute faon...
Le sage de l'eau se demanda soudain ce que pouvait penser Link de tout cela. Prenait-il plaisir tre acclam partout o il allait ? Aimait-il l'attention que lui portait la Princesse Hylienne ? Elle ne pouvait s'empcher de ressentir un peu de jalousie en voyant comment Zelda tournait autour de "son" fianc. Ce souvenir la fit sourire. Elle ne considrait pas Link comme a autrefois. Elle s'tait mme mise en colre plusieurs fois en lui reprochant de s'tre clips de sa vie pendant sept ans... Ce n'tait pas sa faute bien sr, mais Ruto aimait bien se moquer un peu de lui. C'tait son caractre qui la poussait a.
Link pensait-il elle ? La Princesse des Zoras n'en savait rien et cela la vexait un peu. Le Hros du Temps tait toujours en vadrouille, ou invit ici ou l, on aurait dit qu'il s'arrangeait pour l'viter. Ruto devait reconnatre qu'elle se faisait peut-tre des ides sur son fianc, car Link tait toujours gentil et sympathique lorsqu'il discutait avec elle. Pour tre honnte, c'tait la certitude qu'elle pourrait le revoir qui l'avait pousse entreprendre ce voyage fatiguant.
Cette certitude, et la curiosit de voir comment allait se drouler la crmonie que Zelda avait prpare. Car Ruto tait au courant de la dernire ide gniale de sa rivale pour garder Link pour elle...

Chapitre 6 : La folie des Grandeurs

Lorsque Link ouvrit les yeux, le soleil l'aveugla immdiatement. Le soleil tait dj haut, il allait finir par s'attirer des ennuis trainer comme a au lit. Le Hros du Temps n'y pouvait pas grand-chose, il aimait dormir, a lui vitait de passer plus de temps que ncessaire avec les personnes qu'il n'avait pas envie de voir. En commenant par Zelda...
Le jeune Hylien savait qu'il se montrait sans doute dur avec la princesse hritire. Zelda se montrait quand mme impossible et ne le laissait gure placer un mot lorsqu'il se retrouvait au mme endroit. Dire qu'elle n'avait eu la bonne ide de lui annoncer que la veille au soir en quoi allait consister la fameuse crmonie prvue pour aujourd'hui... C'tait insupportable au possible. Et puis toutes les rumeurs qu'avaient fait courir la Princesse pour s'assurer que nombre de gens viendraient sa fte, cela aussi tait vraiment ridicule. En lui-mme, Link s'interrogeait, incapable de comprendre le radical changement d'attitude qu'avait Zelda depuis quelques mois, voire prs d'un an. Il se souvenait d'elle comme d'une femme intelligente et gnreuse. Elle tait devenue capricieuse et superficielle - en tout cas bien plus que Ruto.
L'hylien ne put s'empcher de rire, imaginant parfaitement la raction incendiaire qu'aurait la Zora si elle avait t l. Il fit un effort de volont et se leva, puis s'habilla rapidement. Il hsita entre les diffrentes tuniques dont il disposait. La tunique Goron tait l'preuve de la chaleur mais trop grossire pour une fte. S'il enfilait la tunique des nobles Zoras, Ruto tait capable de s'en vanter auprs de Zelda et de dclencher de nouveaux ennuis. Il soupira et se rsigna mettre sa plus ancienne tunique, d'une belle couleur verte, mais un peu trop simple. Elle lui rappelait toutefois de bons souvenirs, aussi dcida-t-il que a n'avait pas d'importance. De toute faon il tait grand temps qu'il sorte, ses amis devaient tre arrivs.
Le Chteau d'Hyrule avait grandi dmesurment depuis la restitution du pouvoir la famille royale Hylienne. Link se permettait mme de penser que l'ego de Zelda avait vari en mme temps que le chantier. Etait-il vraiment important de construire toujours plus de chambres, de salons, de jardins ? La salle du trne en elle-mme avait t reconstruite en deux fois plus vaste, au moins. Ce n'tait plus un chteau mais un muse, avec ses innombrables tableaux dans tous les couloirs, et des sculptures omniprsentes. Tout ce faste tait proprement ridicule aux yeux de Link, mais Zelda disait que c'tait la marque du renouveau pour Hyrule...
Link soupira et traversa les couloirs et les escaliers. La matine se terminait et des servantes s'activaient dans tout le coin pour achever les prparatifs.
"Je me demande o Zelda trouve l'argent pour payer tout ce monde..." songea l'hylien en secouant la tte. La folie des grandeurs prenait des proportions inquitantes... Qu'tait devenu le temps o ce chteau reprsentait tout ce qu'tait Hyrule ? Link se souvenait trs bien de la premire fois o il avait vu le chteau, lorsqu'enfant il tait venu ici pour trouver Zelda. Une princesse trs diffrente de celle qui rgnait maintenant entre ces murs...
Tchant d'oublier ses penses moroses, Le Hros du Temps se dirigea vers les quartiers rservs aux htes du chteau.

Chapitre 7 : Retrouvailles

Saria achevait de ranger les quelques bagages en sa possession dans la chambre que l'on avait mise sa disposition. Elle tait force de reconnatre que, malgr les transformations tranges qu'elle avait entraperues la veille, cet espace tait propre et agrable. En tout cas elle avait trs bien dormi la nuit dernire, on pouvait donc avouer que le confort tait au moins au rendez-vous.
Ce n'tait pas la princesse Zelda qui avait accueilli la kokiri son arrive au chteau, mais Impa, la tutrice de Son Altesse. Au demeurant, cela n'avait pas drang Saria plus que a, car une profonde amiti liait le sage de la fort et celle de l'Ombre. Mais a n'avait pas empch Saria de manifester sa surprise au fait que Zelda n'tait pas venue l'accueillir en personne. Impa lui avait donn de vagues explications comme quoi sa protge veillait aux prparatifs de sa fte. Ce qui n'avait pas vraiment rassur Saria, dj inexplicablement mal l'aise depuis son arrive Hyrule, dans le temple du Temps.
De lgers coups sur la porte la tirrent de sa rflexion. La porte s'ouvrit doucement, laissant apparatre la personne que Saria avait le plus envie de revoir.
"Alors Saria, comment vas-tu ? demanda joyeusement Link."
Tout ce qu'il aurait pu dire d'autre fut couvert par le cri de joie de son amie qui lui sauta au cou. Ils restrent un moment ainsi, puis partirent d'un grand clat de rire, incapables de dissimuler la joie qu'ils avaient de se retrouver. Link se releva, puis demanda avec curiosit :
"Tu es arriv ce matin ? Ta chambre est dj range, fit-il remarquer.
- Non, hier. Mais j'ai insist pour qu'Impa te laisse te reposer. Elle m'a dit que tu avait pass une bonne partie de la journe te promener avec Epona.
- Si ce n'est que a, dit Link en riant, j'aurai trs bien pu me lever pour venir te voir. Tu sais si les autres sont dj l ? ajouta-il.
- Non, je n'ai vu personne. Pas mme... Zelda".
La kokiri baissa la tte avec un air sombre. Link ne rpondit pas tout de suite, comme si sa bonne humeur s'tait envole d'un seul coup. Zelda exagrait encore une fois, avec un manque flagrant de politesse et d'hospitalit. Ce n'tait pas non plus la premire fois qu'elle dlguait les occupations qui l'ennuyaient son ancienne nourrice, sans tenir compte le moins du monde de ses avis. Link soupira en tentant d'afficher un pauvre sourire.
"Ne t'en fais pas Link, dit doucement Saria. Elle est srement retenue par ses obligations.
- Oui, sans doute..."
Le Hros du Temps ne paraissait gure convaincu. Dcidant qu'il valait mieux sortir de l'atmosphre touffante du Palais, les deux amis rejoignirent rapidement les jardins, en arrivant viter les premiers invits qui se massaient dj dans les nombreuses pices du chteau. Les jardins taient magnifiques, avec et l les dcorations souhaites par Zelda, deux ou trois fontaines, et surtout une gnreuse quantit de statues. Toutes ces dcorations nuisaient la beaut naturelle des arbres, des fleurs et des alles - du moins au got de Saria. Tout cela n'tait pas non plus semblable au souvenir du petit jardin inaccessible et gard dans lequel le Hros du Temps avait autrefois rencontr Zelda... Cela lui paraissait tellement loin aujourd'hui...
Les deux amis s'arrtrent sous un espace ombrag pourvu de bancs. Une fontaine coulait doucement non loin, couvrant les faibles chos du bruit des courtisans qui discutaient plus loin. Link ferma un instant les yeux pour respirer pleins poumons l'air frais du jardin, tandis qu'une lgre brise rendait l'endroit parfait pour se ressourcer. Ce fut Saria qui brisa la premire le silence :
"Alors, si tu m'en disais un peu plus sur cette fameuse crmonie dont tout le monde parle ?
- Je doute que qui que ce soit sache vraiment de quoi il s'agit, part Zelda bien sr, commena Link avec une grimace. D'aprs ce qu'elle m'a laiss entendre, elle veut rendre plus officiel le rle que je joue et les liens qui m'attachent la renaissance d'Hyrule..."
Le Hros du Temps haussa les paules, preuve qu'il n'attachait que peu d'importance une ide semblable.
"Link..., dit Saria d'un ton plus pressant, plus enclin aux confidences, dis-moi ce qui ne va pas... Est-ce que tu ne te montres pas trop dur envers Zelda ? C'est la Princesse de la Destine tout de mme !"
Saria n'tait pas parvenue donner sa voix le ton de reproche qu'elle aurait voulu. Elle tait trop proche de Link pour se fcher contre lui pour de vrai, et avait aussi le sentiment de ne pas tre bien place pour en juger. Aprs tout, son ami vivait maintenant au chteau, devait voir la Princesse d'Hyrule presque tous les jours. Il en savait donc plus qu'elle sur ce qui avait chang ici...
"Je ne sais pas Saria... J'ai l'impression que... aprs ntre victoire contre Ganondorf, les choses ont t trs diffrentes de ce quoi je rvais... peut-tre que Zelda aussi n'arrive pas trouver la place qui lui convient..."
L'hylien sembla hsiter un instant, puis confia doucement son amie :
"Ou peut-tre... que notre poque est maintenant rvolue..." souffla Link dans un murmure.
Si Saria approuvait les paroles de Link, elle ne dit rien. Le silence se fit nouveau, laissant les deux amis leurs retrouvailles teintes de nostalgie...

Chapitre 8 : Un visiteur inattendu

Le soleil tait dj haut dans le ciel et l'aprs-midi bien commenc au chteau d'Hyrule. La fte tait sur le point de commencer et tous les invits taient impatients que le soir arrive et que les rjouissances puissent enfin dbuter. Mais tout prs de l, il y avait quelqu'un qui ne partageait pas l'enthousiasme gnral...
Au fond de ce qui semblait tre un cul-de-sac, il y avait un petit passage qui menait dans un lieu frique. Bien peu des visiteurs du chteau royal d'Hyrule n'auraient souponn que juste ici se trouvait une fontaine royale des fes. Et la propritaire des lieux tait de mauvaise humeur.
Au milieu d'un bassin d'eau miroitante et irrelle sommeillait l'une des fes royales d'Hyrule. Autour d'elle ses souvenirs immmoriaux et ses penses sans ge tourbillonnaient dans un ballet de gouttelettes d'eau et de tches de lumire miroitantes. La Fe Divine qui avait jadis appris au Hros du Temps le sort feu de Din, du nom de sa cratrice, s'ennuyait. En effet, trop isole dans ce souterrain, la grande Fe ne recevait presque jamais de visiteurs... Ce qui ne l'empchait pas de sentir l'extrieur la prsence de tous les visiteurs venus pour cette fte. Pourquoi personne ne venait-il lui rendre visite ? Ah, comme elle aurait d s'installer dans un endroit plus enviable, comme l'une de ses semblables qui vivait au sommet du Mont du Pril...
Une ombre silencieuse se manifesta soudain. Sa forme aurait pu la faire passer pour un humain, mais son approche, toutes les lumires de la fontaine plirent, comme si l'ombre, de sa seule prsence, refusait la Lumire le droit d'exister. Dans un silence total, l'tre dcida de signaler sa prsence la Fe qui semblait endormie.
"Cela faisait longtemps, petite Fe..." murmura l'ombre d'une voix froide comme la mort.
La Fe Divine sursauta, tonne. Qui avait parl ? Elle observa son domaine dans tous les sens, mais non, il n'y avait personne. Avait-elle imagin cette voix trange ?
"Oh non petite Fe... Regarde mieux... je suis l..."
Une brume noirtre envahit la pice qui plongea peu peu dans l'obscurit. Une forme noire mergea des ombres. On aurait dit un hylien, mais qui se serait vtu de noir de la tte aux pieds, la tte dissimule dans une capuche qui ne laissait mme pas deviner son visage ? Nul n'aurait pu dire quoi ce visage ressemblait, mais cet instant, il tait tordu en une grimace de joie perverse.
"Mais... mais qui tes-vous ?" ne put s'empcher de demander la Fe Royale.
L'inconnu ne rpondit pas tout de suite, affichant un mpris vident si l'on avait pu le voir. La scne tait sombre, toute la lumire s'tait teinte. La Fe Divine elle-mme se sentait prise au pige dans sa propre demeure.
"Pauvre petite fe... mon nom ne te dira rien mais... l d'o tu viens...Ta matresse me reconnat comme... Le Coeur de la Triforce..."
La silhouette partit d'un rire effroyable, inhumain et calcul. La Fe Divine eut soudain peur. Peur pour sa vie. Peur de ce que cette chose pouvait tre. Peur parce qu'elle ne comprenait pas. Peur parce qu'il faisait nuit dans son propre domaine.
Dans un geste impulsif et tmraire, la Fe projeta une boule de feu vers le visage de l'ombre. Celui-ci l'carta d'un geste ngligent de la main. La suite se passa trs vite. L'inconnu ricana :
"Crature absurde... je vais te renvoyer au nant !"
La Fe Divine poussa un hurlement de douleur lorsqu'une flamme ardente la projeta contre le mur. Une langue de lave la brlait, sa fontaine s'tait assche. Elle entendit au loin la voix, aussi froide. Aussi mprisante.
"Voil ce que c'est... que du feu... petite fe..."
Il eut une explosion ardente, un geyser de braise rougetre, alors que l'enfer se dchanait soudain dans l'espace confin de la grotte. Puis il n'y eut plus rien...

Chapitre 9 : La crmonie

Darunia, chef des Gorons et sage du feu, n'tait d'ordinaire pas facile impressionner. Malgr un certain sens de l'humour, ses responsabilits ne lui laissaient pas souvent l'occasion de laisser clater son enthousiasme. Aussi savourait-il sa juste valeur l'invitation de la Princesse Zelda, qui honorait ses htes par la fte superbe qu'elle avait organise.
Il tait arriv en fin d'aprs-midi avec plusieurs de ses frres Gorons, mais la surprise gnrale, Link, le fils de Darunia qu'il avait nomm ainsi en l'honneur du Hros du Temps, tait absent. Son pre avait dclin les questions en laissant juste entendre que son fils ne tenait pas en place. Ce qui tait vrai. Mais le fond de l'histoire tait que Darunia avait confi Link de protger le village en son absence. Ainsi Darunia s'assurait-il un peu de calme.
La Princesse Ruto tait arrive presque en mme temps que lui et Darunia l'avait salue avec une distance gne. Leur relation n'tait pas vraiment orageuse, mais ni lui ni elle n'tait vraiment l'aise lorsqu'ils se retrouvaient ensemble. Leurs avis diffraient sur trop de points, leurs caractres taient trop opposs pour qu'il en soit autrement. Darunia tait chaleureux l o la Princesse des Zoras tait froide et distante, et la nature capricieuse du sage de l'eau dplaisait Darunia. Si une unique phrase avait pu permettre d'apprhender leurs diffrences, elle aurait t qu'ils soient tous deux comme l'eau et le feu. Diamtralement opposs.
L'arrive d'Impa, de Link et de Saria avait mit fin leurs salutations polies et Darunia tait all donner l'accolade son frre de sang. De puissants liens d'amiti et de respect s'taient forgs entre la plupart des sages, mais aucun n'galait celui qui unissait Darunia et le Hros du Temps. Ils taient si proches que mme leur diffrence d'ge et d'exprience ne les loignaient pas. Pour Darunia, Link tait le meilleur ami qui soit. Pour Link, l'affection qu'il avait pour le Goron n'tait gale par rien d'autre, except peut-tre sa complicit avec Saria.
C'tait aussi pour cela que Darunia se sentait aussi heureux ce soir-l : Hyrule vivait un temps de gloire, et l'honneur qui tait fait son frre de sang le rendait plus que fier.
La crmonie se droulait dans la salle du trne. La pice avait beau compter parmi les plus grandes du chteau, les nombreux invits taient serrs les uns contre les autres. Au premier rang se trouvaient les sages. Darunia profita du moment de flou durant lequel on attendait la Princesse Zelda pour observer le reste du public.
Car il y avait pour cette crmonie une vritable foule.
Saria reprsentait les Kokiris et Impa les Sheikahs. Elle mise part, la foule comptait un bon nombre des autres peuples d'Hyrule. Tout le personnel du Palais tait prsent, plus quelques invits choisis par Zelda en personne. Une dizaine de Gorons entourait Darunia. Un peu plus prs qu'il ne l'aurait souhait se tenaient firement Ruto et sa garde d'Honneur. Darunia n'aurait su dchiffrer l'expression de la Zora, mais elle se tenait droite et silencieuse, presque absente.
A l'autre bout du premier rang, en face de Darunia, il y avait les reprsentants du peuple des Gerudos, au moins quinze apparemment. Toutes des femmes, bien sr, et superbes de plus, avec leur costume crmonial. Qu'elles soient si proches du trne de la Princesse Zelda tait l'une des marques, et non la moindre, de la confiance dont elles taient entoures. Une faon comme une autre d'oublier le poids qui s'tait abattu sur Hyrule lorsque le chef Gerudo Ganondorf avait drob une partie de la Triforce. Ainsi chacun tentait d'oublier le mal qui avait frapp leur pays.
Et la tte des Gerudos, magnifique et gracieuse, le sage de l'Esprit. Nabooru en personne.
La jolie Gerudo aperut Darunia et lui fit un signe de la tte en souriant. Arrives en dernier cause des difficults du voyage, les Gerudos avaient d se prsenter pour la crmonie ne laissant le temps Nabooru que de voir de loin ses amis. Elle semblait fatigue mais n'en resta pas moins belle. Les cheveux roux de la Gerudo brillaient la lumire de la salle, et les lueurs des lustres faisaient miroiter les bijoux d'or qu'elle portait aux poignets et aux pieds.
Darunia ne pouvait contenir son impatience. Il avait hte que la crmonie commence enfin. La soire tait dj commence aprs tout. Il se demandait comment Link parvenait tenir. A genoux dans un cercle de mosaques dores, au centre de la salle, il tait immobile depuis un bon moment. Bon sang, qu'attendait donc Zelda pour faire son apparition ?
Darunia n'eut gure le temps d'y rflchir car, un instant aprs, la grande porte prs du trne s'ouvrit...

Chapitre 10 : La Princesse et le Chevalier

La grande porte dore s'ouvrit lentement. Quand enfin la silhouette gracieuse qui se tenait derrire avana, toutes les conversations se turent. Car toutes les personnes prsentes taient sans voix.
Car c'tait Elle. La Princesse Zelda, septime sage, lue des Desses et hritire du Trne d'Hyrule.
La princesse s'avana lentement jusqu' son trne. Au lieu de s'asseoir, elle resta debout, dominant toute l'assistance de sa prsence. Une discrte couronne en or tait pose sur sa tte, qui paraissait bien ple compare ses cheveux dors. Une robe bleue teinte de fils d'or par endroits compltait l'image sublime qu'on pouvait se faire d'une Princesse.
A cet instant, mme Link oublia l'agacement que les demandes de Zelda lui procuraient d'ordinaire. Lui aussi se sentait bloui par la lumire qui se dgageait de la Princesse d'Hyrule. Sa grce allait au-del de la simple beaut, ses yeux avaient plus d'clat qu'aucun saphir n'en aurait jamais.
Comment avait-il pu douter d'Elle ?
"Bonsoir et merci tous d'tre venus."
Les premiers mots que prononait Zelda avaient rsonn dans un silence de cathdrale. Chacun sentait soudain qu'il ne s'agissait pas de l'ouverture d'une fte comme tant d'autres mais d'un vnement beaucoup plus important. Le Hros du Temps, tout comme Hyrule, tait sorti des tnbres et se tenait maintenant sur le seuil qui allait le mener la grandeur.
"Une proposition nous a t officiellement faite par plusieurs personnes" dclara Zelda. "Nous tous ici prsents souhaitons remercier le Hros du Temps pour ses actes et l'honorer comme il se doit."
La Princesse se tourna lentement vers le chevalier et plongea son regard dans le sien. L'instant tait solennel. Mme Ruto oublia d'un seul coup sa rancoeur contre Zelda, l'espace de quelques secondes...
"Link" poursuivit doucement Zelda. "Une proposition officielle t'est faite." Nul ne semblait avoir remarqu que Zelda tutoyait Link. "Nous souhaitons t'lever la dignit de Chevalier d'Hyrule. Qu'en dis-tu ?"
"Je l'accepte avec joie" rpondit Link d'une voix forte d'o pointait l'motion.
Il se sentait perdu. Les choses taient bien diffrentes, bien plus solennelles que ce quoi il s'tait attendu. Il avait l'impression d'avoir sous-estim le septime sage...
"T'engages-tu garder ton honneur intact, et te battre avec courage et repousser tes ennemis ?
- Je m'y engage" rpondit Link sans hsitation.
- T'engages-tu protger tous les peuples d'Hyrule, sa famille royale, jusqu' la mort ?
- Je m'y engage" rpta Link avec force.
- Promets-tu d'tre un vritable frre pour tes frres et ne jamais abandonner ceux qui croient en toi ?
- J'en fais la promesse.
- Jures-tu de dfendre le Saint Royaume et ce, quel que soit le mal qui puisse l'assaillir ?"
La voix de Zelda tremblait d'motion.
"Je le jure, Majest.
- Quel qu'en soit le prix ?
- Quel qu'en soit le prix" rpliqua Link avec dtermination.
- Tu viens de prter le serment, Link."
Zelda souriait au chevalier, comme s'ils taient seuls dans la salle.
"Relve-toi... et que la fte commence !" dit La Princesse, tandis qu'autour d'elle, des cris de joie montaient de toutes parts. La liesse fut indescriptible.

Adosse une fentre, une forme sombre avait observ la crmonie sans que personne ne la remarque. Mme depuis l'extrieur de la salle, la lumire semblait la repousser. L'ombre eut un trange sourire, et rpta pour elle-mme ces dernires paroles :
"Oui, il est temps que... la fte... commence..."

Chapitre 11 : Le bal

Aprs la crmonie, les invits s'taient disperss dans le chteau et formaient des petits groupes dans les jardins, salons et autres innombrables pices. La salle de bal tait sans doute la plus remplie en ce soir de fte. Des notes de musique s'levaient doucement, accompagnant l'volution des danseurs au centre de la piste.
C'tait ici qu'tait venue Ruto, le plus discrtement possible et en semant sa garde d'honneur. Aprs tout elle tait en scurit ici, non ? Elle eut un petit sourire malicieux en songeant que ses gardes devaient la chercher partout. Ou peut-tre que non. Peut-tre s'taient-ils rsigns profiter de la fte...
Si la Princesse des Zoras tait venue ici en premier, c'tait pour ne rien rater du spectacle videment. Car si un bal n'tait pas le meilleur moment d'une fte, qu'est-ce qui pouvait l'tre ? Quoi qu'il puisse se produire d'intressant aprs la crmonie, c'tait ici que a se passerait. De cela, Ruto en tait persuade.
Il fallait galement avouer que la Princesse Ruto avait une autre bonne raison de se cacher parmi les invits dans la salle de bal. Elle ne l'aurait probablement jamais reconnu, mais elle tait persuade qu' un moment ou un autre, Zelda inviterait Link danser. Cette simple ide suffisait faire remonter la jalousie que la Zora avait garde pour elle durant la crmonie. Elle avait bien regard comment le septime sage avait dvisag son fianc mais plus que tout, elle l'avait regard Lui... Link, le Hros du Temps... Il avait t si calme, si sr de lui... si beau...
C'tait pour toutes ces raisons que Ruto s'tait clipse de la sorte. Elle voulait voir si ses suppositions allaient devenir des vrits. Peut-tre que Link ne viendrait pas finalement ? Et si c'tait le cas, laisserait-elle Zelda danser avec lui sans rien dire ?
"Et si c'tait moi qui l'invitait danser ?" se dit soudain Ruto.
Cette possibilit lui donnait le vertige. La Princesse des Zoras s'loigna d'un groupe de Gorons trop bruyant et traversa la pice pour s'adosser un angle. La lumire des bougies mourait doucement et laissait ce coin dans un semblant de pnombre. Une nouvelle musique venait de commencer et les groupes de danseurs changrent. Parmi eux se trouvaient un bon nombre de Gerudos qui virevoltaient avec lgance. Ruto eut une pointe d'envie en les regardant. Bien que son ducation rigoureuse lui ait galement appris l'art de la danse, les guerrires Gerudos prsentes avaient l'air bien plus l'aise qu'elle ne le serait jamais. Quel dommage...
La soire se poursuivit sans que Zelda ou Link daignent se montrer. Ruto n'aurait su dire si elle s'en rjouissait ou pas. La Princesse des Zoras tait trs absorbe par les volutions des danseuses. "Comme les femmes du dsert ont de la chance..." songea le sage de l'eau. Il tait vrai que les jolies Gerudos n'avaient gure de peine pour trouver un cavalier. Ruto se demanda si le fait que personne ne l'ait encore invite tait d son apparence physique. L'ide tait pnible et dsagrable, cependant Ruto ne l'carta pas immdiatement.
La Zora se jugeait belle, du moins selon les critres de ses semblables. Elle tait grande et fine, lgre et gracieuse... que lui manquait-il donc pour attirer l'attention ?... A moins que ce ne soit simplement son manque d'assurance, qu'elle n'ose pas demander la premire...
Perdue dans ses penses moroses, Ruto n'entendit pas l'approche d'une silhouette familire...

Chapitre 12 : Un cadeau inattendu...

Mme si c'tait de mauvaise grce, Link voulait bien reconnatre une chose : la fte qu'avait prpare Zelda tait russie. Et mme plus encore. Tout le monde s'amusait, tout le monde riait et prenait du bon temps. Ce n'tait que maintenant que l'hylien prenait conscience des gigantesques prparatifs qu'avait d ncessiter tout cela, du dcor jusqu'aux boissons. Il avait d'ailleurs aperu un peu plus tt Darunia et quelques autres Gorons, qui se faisaient apparemment une joie de piller le buffet. Ils avaient bien de la chance, une partie part avec de la pierre Dodongo avait t prvue pour eux. Et les Gorons, fidles leurs rputations de bons vivants, festoyaient...
Pendant que tout le monde s'tait dispers aprs la crmonie, Link tait rest un moment sa place sans savoir quoi faire. Cela lui avait paru un peu brutal de passer d'une crmonie solennelle et une simple fte d'un seul coup. Pour dire la vrit, il ne se sentait pas sa place ici. Il avait commenc chercher ses amis mais Darunia except, il n'avait vu personne. Il s'tait moiti attendu ce que Zelda l'invite danser mais celle-ci tait invisible depuis le dbut de la soire...
Le Hros du Temps tait sorti dans les jardins pour profiter de l'air du soir. La nuit lui permit de passer inaperu pour les nombreux invits prsents, et il alla s'asseoir sur le banc o il avait discut avec Saria un peu plus tt. L'air tait doux et tide, et Link ferma les yeux sans mme s'en rendre compte. Une voix le fit soudain sursauter :
"Alors, on prend du bon temps ?"
Link manqua de tomber de son banc de surprise, mais reconnut la silhouette qui se dessinait dans l'obscurit. Nabooru le regardait avec un sourire amus.
"Tu te ramollis Link, tu ne m'avais pas entendue arriver, pas vrai ?" lui demanda-t-elle.
- Nabooru, mais qu'est-ce que tu fais l ? Je te croyais dans la salle de bal...
- Oui, j'y tais. Sauf que je trouvais bizarre que la vedette de cette fte n'ose pas se montrer...
- Tu peux me redire a ?" lana Link en dfiant la Gerudo du regard.
Nabooru se mit rire et Link comprit qu'elle se moquait de lui. "Mais quelle gamine celle-l..." pensa l'hylien en silence. Il n'y avait vraiment pas un sage pour rattraper l'autre... Il se reconcentra sur ce que lui disait le sage de l'esprit.
"Je ne suis pas venue pour me moquer de toi, Link... mais pour t'offrir... ceci..."
La Gerudo lui tandit alors ce qu'elle avait dissimul derrire elle. C'tait une ceinture, dcore de petits cristaux dors. Un fourreau de cuir, dans les tons marron clair y tait attach. Et l'intrieur...
"J'ai pens qu'elle te serait utile..." dit Nabooru, alors que Link faisait glisser l'arme de son fourreau.
C'tait une pe, de fabrication Gerudo videmment. L'arme tait de taille moyenne, lgrement courbe, lgre. Link avait dj vu des armes semblables dans les mains d'autres Gerudos, particulirement habiles lorsqu'elles usaient de deux lames en mmes temps. La lame tait d'un acier trs clair, solide, et sans nul doute trs efficace. Pour rsumer, le cadeau de Nabooru tait aussi beau que dangereux...
"C'est gentil toi Nabooru..." commena l'hylien en rangeant l'pe dans son fourreau. "Mais tu dois te douter que je n'en ai nul besoin...
- Qu'est-ce que tu veux dire ?" demanda le sage de l'esprit, visiblement perplexe. "C'est une excellente arme !
- Je n'en doute pas, Nabooru... Seulement, une pe supplmentaire serait superflue je crois..." expliqua Link en mettant en vidence l'arme suspendue dans son propre fourreau.
La massive pe du Temps fendit l'air sans un bruit, claire certains endroits de la lumire de la lune, qui filtrait aux travers des branches. Link n'en tait pas certain, mais crut voir ce moment Nabooru rougir, comprenant qu'elle n'avait pas eu une ide brillante. Link se sentit oblig de la rassurer :
"Ce n'est pas si grave, Nabooru. C'est un trs beau cadeau. Je vais chercher quelqu'un qui il sera plus utile, voil tout. Considre que je l'ai accept..." dit l'hylien en souriant.
Link se leva. Il commenait se faire tard mais l'hylien savait parfaitement que la plupart des invits feraient la fte aussi longtemps que possible. Il rflchit quelques instant, se demandant qui ce cadeau pouvait tre le plus utile. La rponse lui vient aussitt.
"Dis-moi, Nabooru, tu n'aurais pas vu Ruto ce soir ?
- Heu... j'ai vu des Zoras mais... non pas Ruto... rpondit la Gerudo en fronant les sourcils.
- Tant pis, passe une bonne soire Nabooru !"
Sans laisser le Temps au sage de rpondre, Link disparut dans la nuit. La fte n'tait pas termine...

Chapitre 13 : Tout n'est pas si rose en Hyrule...

La nuit tait dj bien entame et une partie des invits tait en train de remonter vers les ailes pour se coucher. L'tage du Chteau, outre une vaste bibliothque, comportait les appartements royaux, et ceux rservs aux htes de marque. Il y avait aussi deux grands balcons, l'un donnant sur les jardins, l'autre permettant d'admirer la cit d'Hyrule.
C'tait ici que s'tait rfugie Saria.
L'agitation de la fte avait vite tourdi la kokiri, et comme aucun de ses amis n'avait fait signe de venir, elle tait rapidement remonte vers sa chambre. Une brise lgre du vent nocturne l'avait fait changer d'avis. Elle s'tait installe sur le balcon et n'en avait pas boug. Ici, les rires et les bruits se faisaient distants, presque effacs. Ici le sage de la fort se sentait bien, apaise par sa contemplation tranquille de la nuit toile. Des rayons de lune s'chappaient par moments du ciel nuageux. Ce n'tait pas les nuages noirs qui avaient peupl les cauchemars de Saria... Et pourtant...
"Tu es l Saria ?" dit soudain une voix derrire.
Perdue dans ses penses, Saria ne l'avait pas vu approcher. Elle se retourna sans hte et sourit Impa, le sage de l'ombre. La kokiri lui rpondit d'une voix fatigue.
"Oui, je n'avais pas le coeur faire la fte ce soir, Impa."
La Sheikah approuva d'un signe de tte et vint se placer ct de Saria. Comme elle ne faisait pas mine de parler, Saria replongea dans ses penses. Elle jeta un coup d'oeil Impa mais celle-ci resta de marbre, regardant droit devant elle.
Saria devait bien reconnatre que tout la diffrenciait du sage de l'ombre. Impa tait si austre, si sombre ! Elle ne ressemblait gure celle que Saria avait rencontre dans le sanctuaire des sages, deux ans plus tt. Ou plutt, tout le chteau avait chang. Une atmosphre lourde et pesante planait au-dessous d'eux tous. En ce soir de fte et de joie pour Hyrule, Saria distinguait presque l'ombre qui les guettait. Mme Link avait perdu sa joie de vivre...
"Mes cauchemars m'ont avertie... je dois rester vigilante..." songea Saria en regardant nouveau vers Impa.
Difficile de savoir quoi pouvait bien penser Impa. Son visage tait grave et svre, et elle ne semblait pas dispose parler. Ce manque de communication au sein mme des sages tait inquitant. Et plus encore le fait que Saria ne savait pas comment y remdier...
Aussi la question que lui posa Impa fit voler ses ides noires en clats :
"Qu'est-ce qui ne va pas Saria ? Tu as l'air si malheureuse...
- Non je... je..."
Saria s'en voulut soudain d'avoir eu des ides pareilles. Impa avait vu sans difficult ce qui la troublait... Et qu'est-ce qui la drangeait au fond ? De simples rves ? Elle hsita en parler, puis lui confia :
"C'est juste... j'ai fait des cauchemars ces derniers jours...
- Raconte-moi, si tu veux" lui dit gentiment l'ancienne nourrice de Zelda.
Saria acquiesa et les deux sages allrent s'asseoir un peu plus loin sur le balcon. L'air tait plus froid, mais aucune d'entre elles n'aurait voulu aller se coucher tout de suite. La nuit tait claire, la lune pleine. Il faisait bon ce soir, au chteau d'Hyrule.
Une fois installe, Saria respira profondment, puis commena parler :
"Ce n'est pas grand-chose tu sais... juste des rves... murmura la kokiri, comme pour s'en persuader.
- Et que vois- tu dans tes rves, Saria ?
- Je... je vois des ombres... des formes, parfois proches, parfois lointaines... des images inquitantes, qui se dissipent aussitt... je ne saurais dire ce qu'elles reprsentent vraiment..."
Le sage se sentit un peu ridicule. La remarque d'Impa ne se fit pas attendre.
"Rien d'autre ? Je ne sais pas, du sang par exemple ?" demanda Impa d'un air dtach.
Cette remarque fit tiquer Saria. Elle ne pensait pas entendre un jour quelqu'un parler du sang avec si peu d'motion. Elle dvisagea timidement Impa, mais la Sheikah demeurait imperturbable. Le sage de la fort fit taire son malaise intrieur et poursuivit :
"Je ne suis pas sre... a a commenc il y a quelques jours avec... une scne de meurtre je crois... il y avait une ombre qui... a tu un hylien... je crois..."
Saria marqua une pause et reprit son souffle. Elle tremblait un peu, et pas uniquement cause de la fracheur nocturne. Elle ferma un instant les yeux. Ce souvenir tait horrible... et si prsent pourtant. Elle s'en rappelait parfaitement mais... ce n'tait qu'un cauchemar, rien d'autre...
"Et cette ombre... tu ne sais pas quoi elle ressemblait ? questionna Impa en regardant Saria directement.
- Je... non... qui veux-tu que ce soit ? Ce n'est qu'un... rve..."
La kokiri avait dit a en tchant d'avoir l'air convaincu. Pourtant elle en doutait. Ce que lui dit alors Impa lui glaa le sang.
"Se pourrait-il que l'ombre de ton cauchemar soit... Ganondorf ?"
Cette seule ide tait presque trop horrible pour tre envisage. Au mme instant, une bourrasque de vent froid balaya le balcon. Saria tremblait de froid et se leva sans rien dire. Alors qu'elle s'apprtait quitter la terrasse, elle entendit Impa lui dire :
"Saria ! Tu... tu n'as rien remarqu d'anormal, ces derniers temps ?"
- A part ces... rves... non, je ne crois pas."
Il y eut un silence. Saria vit le visage inquiet de son amie, et lui demanda son tour :
"Et toi ?
- Rien je crois... except que Zelda... murmura-t-elle sans terminer sa phrase.
- Quoi, que se passe-t-il ? Zelda ne va pas bien ?"
Le vent souffla nouveau et Saria n'eut qu'une envie, c'tait d'aller se rfugier l'intrieur. Elle sut qu'elle n'y trouverait pas de rconfort lorsqu'Impa ajouta :
"Zelda... elle a... chang. Je le crains..."
La voix du sage de l'ombre n'tait plus qu'un murmure qui s'teignit bien vite, emport par le vent...

Chapitre 14 : Hsitation...

Ruto s'ennuyait dans son coin, incapable de se mler la liesse ambiante. Elle se dit qu'elle tait stupide et qu'elle n'aurait plus d'occasion de faire la fte avant longtemps... Mais qu'y pouvait-elle si elle avait trop de soucis pour partager la joie simple de s'amuser, comme les autres invits prsents ? La Zora perdait son temps ici et elle le savait.
Alors qu'elle hsitait quitter le bal, elle reconnut au dernier moment la silhouette de Link qui venait vers elle. Comment avait-il fait pour la voir, alors qu'elle s'tait mise l'cart de tout le monde jusque l ? A moins qu'il ne la cherche... Elle n'eut gure le temps d'y rflchir car l'hylien venait justement la saluer.
"Bonsoir Ruto ! Alors, comment se passe la soire pour toi ?" demanda t-il en souriant.
La Princesse des Zoras lui rendit son sourire, un peu intimide. Elle avait toutefois assez de tact pour trouver une rponse adquate.
"Une bonne soire... je ne sais pas si c'est le bon terme mais oui, c'est assez agrable..."
Elle souhaita que Link ne mette pas en doute son affirmation, bien qu'une part d'elle aurait voulu qu'il s'aperoive de son ennui et qu'il la rconforte.
"Bien, dans ce cas, j'aimerais t'offrir... un cadeau..."
Link n'en dit pas plus et lui tendit la ceinture laquelle tait accroche l'pe Gerudo.
Ruto masqua sa surprise ou peut-tre sa dception. Elle examina l'ensemble d'un oeil critique mais dut reconnatre que le fourreau comme la ceinture taient assez jolis. Quant l'utilit d'un objet pareil...
"C'est gentil toi Link..." parvint formuler la Zora.
Link comprit l'tonnement du sage. Il l'avait prvu et dcida de ne pas lui cacher plus longtemps la provenance de l'arme.
"Pour tre honnte..." avoua Link, un peu gn. "C'est Nabooru qui a voulu me l'offrir, mais cette pe te sera sans doute plus utile qu' moi..."
Ruto acquiesa, l'air ailleurs. Elle accrocha la ceinture sa taille et tourna sur elle-mme pour vrifier que a ne la gnait pas dans ses mouvements. Satisfaite, elle regarda nouveau Link et ne put s'empcher de sourire en voyant son air gn. Elle le rassura donc :
"Tu as eu raison, c'est un trs beau cadeau, Link..."
La Zora hsita un instant. C'tait peut-tre l'occasion ou jamais de l'inviter danser... Elle se rendit compte qu'elle le fixait intensment et dtourna la tte. Elle finit par lui demander :
"Link... resteras-tu encore un peu la fte ?"
Elle faillit se mordre la lvre devant une demande aussi mal tourne. Son hsitation devait tre ridicule...
"Non, je crois que je vais aller me coucher, il se fait tard."
Le Hros du Temps fit volte-face et ajouta seulement, juste avant de disparatre dans la foule :
"Passe une bonne soire Ruto !"
Le sage de l'eau ne rpondit pas. Ses grands yeux violets s'emplirent de mlancolie, voyant prsent l o son manque de confiance l'avait men...

Chapitre 15 : Une ombre dans la nuit...

Les douze coups de minuit taient passs depuis longtemps. La nuit tait d'un noir d'encre, l'air lourd et bien plus froid que d'ordinaire. Tous les invits taient partis dormir. Le chteau tait calme, silencieux, dsert. Tout le monde s'tait assoupi. Tout le monde... ou presque.
Car il tait un tre qui arpentait les couloirs du chteau d'Hyrule.
Silencieux. Fantomatique. Menaant l'extrme. Mais ces simples mots ne pouvaient rendre compte de la prsence qui s'tait infiltre au coeur d'Hyrule cette nuit-l. Une crature sans ge circulait librement, un tre dont le rire silencieux s'introduisait jusque dans les rves des vivants pour les transformer en cauchemars...
L'ombre courait le long des murs, se jouait des portes et des serrures. Sa soif de destruction, veille un peu plus tt par la mort d'une fe royale, n'arrivait pas se librer. Le moment n'tait pas encore venu. Mais ce chteau... ce chteau pouvait tre un jouet distrayant, un modle rduit du chaos qui serait plus tard sem, plus vaste chelle.
Le dmon dont l'oeil rouge embrassait la nuit savourait sa libert retrouve. Et dire que ces misrables Desses l'avaient contraint l'exil pendant tant de temps... Des ons et des ons... Des sicles le sparaient dj de sa dernire venue...
Mais les tratresses avait baiss leur garde... Les portes de son enfer, sa prison lui, s'taient rouvertes. Et un monde entier tait entre ses griffes, sa merci, prt brler. Prt souffrir... mourir...
L'ombre rit. Il pouvait rire prsent. Son grondement se rpercuta dans les salles vides du Palais comme dans les penses inconscientes et endormies de ceux qui taient l, sa merci. Il pouvait prsent tuer de nouveau. S'approcher d'hyliens endormis, jusqu' sentir leur souffle misrable... et y mettre fin, selon son bon plaisir...
Il arriva dans la salle du trne en glissant sur les murs, comme un spectre, un pur esprit venu des enfers... Il regarda le trne. Comme il tait beau, tout de marbre et d'or ! Comme il serait agrable de le rduire en poussire, de barbouiller les murs de sang ! Mais il avait mieux faire... Une personne rencontrer... oui, il tait temps d'agir...
L'ombre quitta la salle, son rire abominable et inaudible transportant son chant de triomphe :

Alors que les ombres se profilent dans la nuit
Lentement, subtilement disparat toute vie
Et tous, incapables de voir au crpuscule
Invitablement commencer... La Chute d'Hyrule...

Chapitre 16 : En lutte contre soi-mme

La Princesse Zelda tait allonge dans son lit, les yeux ferms. Il faisait nuit noire, il tait si tard. Si quelqu'un l'avait observe, immobile et silencieuse, il aurait sans peine pens qu'elle dormait. Or Zelda ne dormait pas.
En cette nuit qui marquait la fin de l't et tellement plus encore, la Princesse d'Hyrule ne parvenait pas trouver le sommeil. Ses penses taient confuses, agites, et elle se repassait en boucle la crmonie de la veille.
Sa propre attitude l'avait due. Elle se dtestait. Zelda n'tait pas stupide. Elle avait bien observ l'attitude de Link durant la crmonie et avais compris que l'indiffrence, voire l'agacement dont il avait toujours fait preuve en sa prsence avait commenc fondre, imperceptiblement... Oui... Elle s'tait bien rendue compte que pour la premire fois depuis plus d'un an, il avait remarqu sa prsence...
Alors, par les Desses, pourquoi n'avait-elle pas t capable de lui dire ce qu'elle avait sur le coeur ?
"Je ne suis qu'une pauvre idiote..." songea-t-elle, laissant une larme couler. Elle ouvrit les yeux. Sa chambre lui parut si froide... si vide... si triste... "Oui, une idiote... je l'aime et je ne suis pas capable de lui dire..."
La Princesse Zelda s'tait rarement sentie aussi seule. Pendant les sombres annes du rgne de terreur de Ganondorf, elle s'tait montre incapable de s'opposer lui. Les gens qui taient venus cette grande fte l'admiraient comme l'lue des Desses, mais souponnaient-ils seulement le poids qui pesait sur elle ? Et Link... Link tait si distant avec elle...
Au sortir de cette priode de malheur, la Princesse d'Hyrule avait cru pouvoir goter au bonheur. Link tait revenu, son esprit libr de sept longues annes passes dans le saint royaume... Il leur avait apport tous l'espoir, puis la victoire...
Zelda, elle, ne voulait rien de tout a. Ni lumire ni libert. Elle aurait tant aim que Link l'aime comme elle l'aimait... Pourquoi le destin tait-il aussi cruel ? Pourquoi la Princesse de la Destine sortait victorieuse de toutes ces preuves, si c'tait pour subir la solitude et l'indiffrence de celui qu'elle aimait ?
Le poids qui pesait sur elle tait si lourd qu'elle se sentait vaincue. Elle avait tout fait pour attirer l'attention de Link, organiser des ftes, tenter par tous les moyens de lui faire comprendre qu'elle avait pour lui plus qu'une simple amiti... Et ce soir... alors qu'elle aurait pu l'inviter danser... elle avait tout cacher en fuyant celui qu'elle aimait...
C'tait trop injuste... trop stupide... mais que pouvait-elle y faire...
"Tu es ronge par le doute, petite princesse..."
Zelda bondit de son lit avec effarement. Elle regarda rapidement, non, il n'y avait personne autour d'elle. Quelle tait cette prsence qu'elle venait de ressentir ? A qui pouvait appartenir une voix aussi... glace ?
"Regarde mieux, fille de Nayru... je suis l !" lana la voix, moqueuse.
Sous le regard perdu de Zelda, qui s'tait redresse contre le dos de son lit, une ombre irrelle se forma dans la pice. Un instant, il n'y avait qu'une brume noire et opaque, et soudain, un homme se tenait l. Sous la fentre de la chambre royale venait de se matrialiser une silhouette inquitante...
"H bien, on ne salue pas un... invit ?" demanda l'inconnu, en se redressant.
L'homme, tout de noir vtu, tait de taille moyenne, son corps totalement dissimul dans une tunique sombre. Il portait une cape de mme couleur qui flottait doucement en arrire. Une aura irrelle le dissimulait, si bien que Zelda peinait le voir vritablement, comme si sa vue tait brouille par les larmes ou la douleur. Pourtant elle ne ressentait rien... juste un mlange de curiosit et de peur... Car elle tait sre d'une chose, le visage de cet homme, dont un unique oeil rouge (le droit) tait visible, elle ne l'avait jamais vu auparavant...
"Qui tes -vous ?! Comment avez-vous fait pour entrer ici ?" s'cria Zelda, mal l'aise et parfaitement rveille.
L'inconnu eut un petit rire, et ignora superbement les questions de Zelda. Il fit quelques pas dans la pice, observant la dcoration, les tableaux... Pourtant la princesse d'Hyrule avait le sentiment que cet homme ne la quittait pas du regard... Une pousse de colre, qui la surprit elle-mme, la fit s'crier nouveau.
"Rpondez-moi immdiatement ! Qui tes-vous ? Qu'est-ce que vous me voulez ?"
Zelda ressentait une inexplicable colre la simple vue de cet inconnu, et le regarda comme si elle pouvait le faire disparatre aussi simplement. Le plus dconcertant tait que cet homme semblait s'amuser de sa raction.
"Mon nom n'as pas d'importance... pour le moment... sachez, Princesse, que j'ai de grands projets pour votre royaume..."
La voix tait toujours aussi moqueuse, pleine d'arrogance. Zelda ressentait une sorte de mpris instinctif, bien qu'elle-mme ne comprenait pas sa propre raction. Cette dernire rplique acheva de la persuader qu'elle tait en danger.
"Expliquez-moi sur-le-champ ce que vous voulez, ou j'appelle la garde !" menaa Zelda, bien que quelqu'un capable de s'introduire ici en pleine nuit n'aurait sans doute pas de mal chapper ses gardes. L'homme en noir secoua la tte et soupira :
"Vos gardes, Princesse... ils sont au royaume des rves, prsent...
- Quoi ? Qu'est-ce que... vous leur avez fait ? s'inquita Zelda, se demandant si elle devait appeler au secours.
- Vous ne devriez pas paniquer ainsi, Majest... ce n'est pas... convenable."
Il rit, d'un rire trange mais dpourvu d'agressivit. Zelda aurait voulu l'interroger encore mais il la devana.
"Je suis venu vous aider... vous le savez, vous tes en lutte... avec vous-mme... contre le fruit de vos dsir... vous le savez n'est-ce pas ?"
"Je... je ne comprends pas..."
"Oh, je suis sr que si. Installez-vous confortablement, Princesse, et laissez-moi vous parler de la gloire absolue..."
Zelda sentit une sensation glace de vide l'envahir... Les mots que cet inconnu employait, ses insinuations... Elle ne savait que penser... Malgr sa peur, elle dcida de l'couter... Sa curiosit tait trop forte pour qu'il en soit autrement...
Ce fut son erreur. Car sa tentation tait en train d'amener Hyrule sa perte. Mais il tait peut-tre dj trop tard...

Chapitre 17 : Une oeuvre de tnbres

Saria, le sage de la fort, avait t trouble par les rvlations d'Impa. Son sentiment de malaise ne s'tait pas dissip lorsqu'elle s'tait couche, et malgr la fatigue, le sommeil avait t long venir. Son lit lui avait paru trop grand, trop froid, et ses penses trop agites.
La fatigue avait fini par la rattraper et elle dormait maintenant d'un sommeil profond. La veille, son arrive au chteau, elle n'avait pas eu de telles difficults s'endormir. Mais c'tait maintenant chose faite et l'esprit de la kokiri voyageait.
Elle rvait.
Dans son rve, Saria n'avait gure conscience de ce qui l'entourait. Dans son dos se trouvait l'entre ou la sortie d'un tunnel, mais elle ne reconnaissait pas l'endroit. Une faible brume gristre recouvrait tout autour d'elle. Saria ne savait pas quoi cela tait d, mais dans son rve, elle avait beaucoup de mal se dplacer. Ses jambes la portaient difficilement, comme si un poids pesait sur elle.
Elle dcida malgr tout, pour rompre avec son immobilit d'avancer, ou du moins, c'est ce qui se passa. L'espace autour d'elle se dgagea brusquement, tandis que la brume se dissipait peu peu. En dpit du soleil couchant, il faisait dj sombre. Des nuages devaient cacher le soleil. L'air tait d'un froid vif, le moindre courant d'air faisait frissonner la kokiri. Elle eut soudain peur. Peur de ce qu'elle allait trouver. Peur qu'un rve puisse tre aussi... rel. Son esprit semblait s'tre mis en marche, elle avait mme conscience que tout ce qui l'entourait n'tait pas rel. Elle s'approcha d'une pancarte couverte de poussire et la toucha. Au toucher, cela sembla si... vrai...
Saria sursauta. La poussire qu'elle avait touche du bout des doigts se dissipait, lui permettant d'entrevoir le dbut d'une inscription. Elle frotta jusqu' pouvoir lire les mots suivants :

Cimetire Cocorico
Ici reposent les mes gares

Saria sentit une terreur inexprimable avec de simples mots la saisir. Le vent, sorti de nulle part, acheva de faire disparatre la brume, ne dissimulant plus rien du paysage Saria. Un paysage de cauchemar, qui en temps normal aurait d la tirer d'un simple rve.
Elle avait bien devant ses yeux horrifis le cimetire Cocorico, et en mme temps, ce n'tait pas le cas.
Le cimetire qu'elle voyait devait tre au moins trois fois plus grand que celui du monde rel, en largeur comme en longueur. Des dizaines et des dizaines de tombes, la plupart en mauvais tat, taient visibles. Mue par une angoisse dont elle ignorait la raison, Saria s'avana au milieu de ce lieu lugubre. Une petite branche craqua sous son pied, et bien qu'elle savait que tout cela n'tait pas rel, Saria ne put retenir un frisson dsagrable...
Elle se mit marcher, gravant chaque dtail dans son esprit. Malgr l'tat d'abandon de la plupart des tombes, certaines comportaient une inscription. Elle en lut une, au hasard :

Ertan
Garde royal
Pendu pour rbellion

La kokiri poursuivit bien que son inquitude ne faisait qu'augmenter chaque pas. Quel genre de souverain aurait fait pendre un homme, alors que la peine capitale avait t abolie depuis de trs nombreuses annes ? La lecture d'une autre plaque, lgrement en meilleur tat, la bouleversa :

Darunia
Chef goron
Excut pour insoumission

Saria ressentit une peine immense, accompagne d'un refus total de ce qu'elle voyait. Ce n'tait pas rel, a ne pouvait tout simplement pas tre vrai. Darunia tait un tre noble et courageux, un vritable ami, un sage honorable. Quel genre de monstre s'en serait pris lui ? Quel tyran aurait os insulter sa mmoire ainsi ?
Saria se reprit, et scha les larmes qu'elle n'avait pu retenir. Elle savait que tout cela n'tait pas rel, elle n'avait aucune raison de pleurer... Darunia allait trs bien, elle lui avait parl pas plus tard qu'hier. Et si ce songe devait lui montrer l'avenir... alors que les Desses fassent qu'il soit le plus lointain possible !
Rassure, bien que toujours mal l'aise, Saria reprit son exploration, en se demandant quelle horreur elle trouverait et si elle se rveillerait bientt...

Chapitre 18 : Le pacte maudit

"Je refuse, Athierion, ce que tu proposes l est ignoble ! s'emporta Zelda, et sans nul doute pas pour la premire fois."
La princesse d'Hyrule regarda son interlocuteur en prenant l'air le plus incrdule qui puisse tre. Celui-ci, la tte lgrement de ct, avait l'air insouciant, et discutait avec dsinvolture. Une apparence qui contrastait terriblement avec le discours qu'il lui faisait, n'hsitant pas pitiner les choses que Zelda avait jusqu'ici tenues pour les plus sacres.
"Tu ralises qu'agir ainsi pourrait entraner la perte d'Hyrule ?"
Le septime sage discutait avec cet homme depuis peine une heure, mais elle avait l'impression que cela faisait beaucoup plus longtemps. Elle ne sentait presque plus la fatigue, malgr la nuit qui s'tirait. Non, ce qu'elle ressentait l'coute de tels propos n'tait pas de la fatigue. Juste de la colre, mle un intrt certain. Un mlange qui ne l'aidait pas vraiment rflchir calmement.
Elle n'avait pas relev le fait qu'ils se tutoyaient...
"La vrit est pnible, Zelda, mais a ne change rien au fait que - Athierion fut schement interrompu par son interlocutrice :
- Pas Zelda, espce d'insolent ! J'ai un titre je te signale, Altesse ! Et je pourrais te faire arrter sur l'heure !
- Non. Tu ne peux pas, rpliqua l'insolent en question."
Zelda ne put s'empcher d'admirer une nouvelle fois le flegme de cet tre. Sa srnit semblait tre toute preuve, et ce, quelles que soient les tentatives de la princesse pour dcouvrir ses intentions. En comparaison, Zelda se trouvait ridicule de ne pas parvenir mieux se contrler.
"Je t'annonce ce qui est dj en train d'arriver. Tu ne peux rien y changer, Zelda..."
Visiblement la mise en garde du septime sage tait tombe dans l'oreille d'un sourd. Il poursuivit comme si de rien n'tait :
"D'un seul geste, j'abats les Desses et je rcupre la Triforce. Ce n'est qu'une question de temps, Zelda... Mais si tu m'aides... "
Il laissa volontairement sa phrase en suspens, attendant la raction de la princesse.
Celle-ci arrta de faire les cent pas et se retourna. Elle n'aimait gure l'ide qu'Athierion puisse l'observer dans son dos, d'autant plus qu'elle tait toujours en tenue de nuit. Cette ide, loin de la gner, l'irritait encore plus. Zelda se demanda si son inexplicable colre, si inhabituelle chez elle, tait l'oeuvre d'Athierion. C'tait probable...
"Je ne peux pas me permettre de le sous-estimer, se dit le sage en regardant son trange hte une nouvelle fois."
Elle fit en sorte d'effacer toute expression de son visage, et alla s'asseoir bonne distance de lui.
"Redis-moi tout a ! exigea-elle. Elle eut l'impression qu'Athierion allait ignorer sa requte mais finalement, il reprit patiemment son discours :
- Je t'ai dj expliqu, ce monde ne m'intresse nullement. Ce que je veux, c'est reprendre ce qui m'appartient de droit - le septime sage l'interrompit une nouvelle fois, avec un air hautain :
- A savoir ? Comment peux-tu considrer que..."
Zelda ne termina pas sa phrase. Elle avait vu - non, cru voir - l'espace d'un instant, une lueur inquitante briller dans l'oeil d'Athierion... Elle ressentit un lger frisson dsagrable, et n'arriva pas se convaincre que cela tait seulement d la fracheur de la nuit. Pouvait-elle vraiment se permettre de lui faire confiance alors qu'il voulait abattre ce pour quoi elle s'tait jusque-l battue ? Avant qu'elle ne puisse aller jusqu'au bout de sa pense, il lui parla encore, achevant de la dcider :
"Rien ne me retient en ce monde... Le Saint Royaume en revanche... Combien de sicles se sont couls depuis qu'elles m'en ont chass ? Tout ce que je dsire, c'est prendre la Triforce et me venger... Ton rle consiste uniquement veiller ce que tes amis n'interfrent pas... "
Zelda ne savait que dire, ni que faire. Elle avait toujours su o tait sa place, quel combat mener et o trouver la force, le courage et la sagesse d'accomplir ce qui devait l'tre... Mais prsent que son fragment de Triforce lui avait t repris... elle n'avait plus l'nergie pour avancer seule...
"Accepte mon offre, Zelda. Pense l'avenir radieux qui t'attend, qui vous attend tous ! Mets fin aux souffrances de ceux qui t'entourent... "
Il aurait t injuste de cacher ce qu'il advint ensuite. Car vint ce moment, jamais racont aux gnrations futures, o la Princesse de la Destine releva la tte et dit d'une voix rsolue :
"Soit, Athierion. Je t'aiderai."
Il viendrait un temps, un jour, pas si lointain, o la princesse Zelda regretterait plus que toutes autres choses d'avoir accept ce pacte, de se maudire et de se har. Mais ce temps n'tait pas encore venu, et la paix demeurait encore en Hyrule.

Chapitre 19 : Le cimetire des morts futurs

Le cauchemar de Saria n'en finissait pas, comme si les tnbres l'avaient arrache son corps. Et cela aurait t prfrable ce qu'elle avait sous les yeux. Au risque de tourmenter galement son esprit et son coeur, elle avait poursuivi son exploration de ce cimetire irrel.
Elle avait rapidement regrett ses dcouvertes.
Chaque fois que la kokiri tournait son regard vers une nouvelle plaque, elle prouvait une tristesse supplmentaire. Il y avait les quelques plaques laisses sans nom, sans souvenir, gnralement les plus dgrades. Savoir que les esprits de ceux qui reposaient l - peu importe que cet endroit soit rel ou non - ne trouveraient pas le repos et seraient tous oublis brisait le coeur du sage. Dans la fort, lorsqu'un kokiri venait mourir, tous les autres le pleuraient et gardaient sa mmoire vivante. Ces tombes sans nom n'avaient plus personne. Le froid et la solitude. A jamais.
C'tait dj largement assez horrible. Mais il y avait les autres. Les plaques portant des noms, des dates, des informations concernant le dcs. Celles-l taient les plus difficiles supporter, parce que Saria reconnaissait les noms. Presque tous ceux qu'elle avait vus jusqu'ici lui taient familiers. Darunia. Impa. Mme une petite stle marquait l'endroit o gisait Mido, son ami d'enfance...
Au fond de lui-mme, le sage trouvait trange que tant de gens, de races diffrentes, reposent au mme endroit. Il devait y avoir un sens cela, comme tout ce cauchemar. C'tait peut-tre un avertissement... ou une vision. Saria secoua la tte pour chasser ses penses. Il y avait bien assez d'horreur ici pour qu'elle se tourmente ainsi.
Elle poursuivit sa macabre exploration. Une tombe de taille moyenne faisait face une autre dpourvue d'inscription. Quelques mots y taient inscrits :

Rauru
Sage hylien
Rbellion

Saria ne ressentit nulle colre cette dcouverte supplmentaire. Uniquement une profonde tristesse, laquelle s'ajoutaient toutes les prcdentes. Quel genre de faute aurait pu commettre Rauru, ce vieil homme fatigu ? Qui s'en serait pris au sage de la lumire, qui ne quittait jamais le Temple du Temps ? Saria tait certaine que tout cela n'avait aucun sens...
Mais tait-ce pour autant la vrit ? Elle devait savoir. Elle remonta en avant de la range.
Il ne restait que deux tombes. Aprs venait celle honorant les membres de la famille royale, une norme stle couverte d'criture, de la taille d'une maison. Saria sentit les larmes sur le point de couler. Pourquoi Impa, qui l'avait servi sa vie durant, avait-elle t enterre si loin de la famille royale d'Hyrule ? C'tait un cauchemar, un endroit de brume grise o il ne restait que des tombes...
Le sage de la fort ferma les yeux, mais lorsqu'elle les rouvrit, le dcor tait toujours en place. Aussi rel. Aussi sinistre. Elle eut peur. Peur que tout ce qu'elle avait vu jusque-l ne soient que les prmices de cet instant. Il ne restait plus que deux tombes. Elle craignait que l'une d'elle... soit celle de Link... cette seule ide tait plus horrible encore que celle d'envisager le retour de Ganon...
Saria rassembla ce qui lui restait de courage et s'approcha de la tombe la plus proche, celle de gauche. Elle semblait en bon tat, bien que d'une pierre plus noire que les prcdentes. Une courte inscription tait prsente :

Sayel des sheikahs
Ici repose l'veill des ombres, porteur de la vrit

C'tait tout. Saria soupira et se releva. Sayel. Un nom qu'elle ne connaissait pas. A vrai dire elle croyait les sheikahs teints, car nul en dehors d'Impa ne s'tait fait connatre comme tel. Elle prit une bouffe d'air, malgr sa fraicheur presque glaciale, se retourna...
Et ne put retenir une exclamation de surprise.
Car la tombe qu'elle avait devant elle tait magnifique. Elle se demanda comment elle avait pu ne pas l'avoir vue plus tt, car une oeuvre pareille ne s'oubliait pas. Faite dans une pierre trs blanche - du marbre peut-tre, la kokiri n'aurait su le dire - elle illuminait les alentours de sa prsence. Ses contours lui paraissaient flous, sans qu'elle puisse en connatre la raison avec certitude. Malgr cela, la prsence de cette tombe la rassura. Et l'inquita ensuite. Le Hros du Temps n'aurait-il pas eu droit quelque chose d'aussi beau ? Elle s'approcha et lut haute voix les mots inscrits :

Ici repose l'enfant des toiles,
Elu des Desses,
Porteur de l'Espoir.
Quand en toute chose Hyrule tait brise
Des batailles il vint remporter
Car il avait la Force,
La Sagesse et le Courage ;
Mais la foi lui fit dfaut et le nant l'engloutit

Saria ne savait qu'en penser. La tristesse tait toujours prsente, comme si elle connaissait rellement celui dont parlait la stle. Etait-ce Link ? C'tait possible... Mais le sage de la fort n'en tait pas sre...
Une voix agressive la tira de ses rflexions, lui faisant plus peur que tout ce qu'elle avait vu jusqu'ici :
"Comment es-tu entre ici !?"

Chapitre 20 : Le visage de l'ennemi

"Rponds ! Qu'est-ce que tu fais ici ?" La voix se faisait plus calme, masquant son agressivit derrire une question d'apparence banale.
Sauf que rien ici n'tait banal, ni mme normal. Saria le savait. Elle avait conscience de ses limites, et cet homme en noir, qui tait apparu si brutalement... Non, les Desses lui en taient tmoin, elle ignorait qui il tait...
"H bien ? Rponds-moi ! Les kokiris seraient-ils devenus muets ?"
Le sage de la fort se reprit. Un rve, tout cela n'tait qu'un rve. Elle ne risquait rien ici... Mais cet homme... Son instinct lui soufflait de se mfier.
"Je... je ne sais pas... Monsieur, rpondit Saria d'une voix faible, en baissant les yeux.
- Hum... ce n'est pas trs grave."
L'inconnu remonta l'alle jusqu' elle, et s'arrta quelques mtres. Saria en profita pour l'observer. Il n'tait pas trs grand pour un hylien, quoiqu'assez pour la dpasser largement. Mais ces vtements noirs... Qui se serait vtu entirement d'une couleur aussi triste ? D'un noir si profond... Mal l'aise, se demandant si cet homme l'observait galement, elle dtourna les yeux, fixant un point indistinct devant elle, et le questionna :
"Je... savez-vous o nous sommes, monsieur ?"
Sa question fit apparemment rire son interlocuteur, ce qui rassura un peu Saria. Elle trouvait tout de mme que ce rire sonnait un peu triste, un peu faux. Un peu vide.
"Bien sr - il la regardait prsent, elle en tait sre - je m'appelle Athierion. Nous sommes dans mon jardin."
Saria sursauta, se demandant s'il tait srieux. Pas au sujet de son nom bien sr, mais du fait qu'on pouvait considrer cet endroit ainsi. C'tait immense, gris et triste. Toute trace de vie semblait depuis longtemps teinte. Comment tait-ce possible...
"Votre... jardin ?" Elle le regarda alors, et crut voir brivement un oeil rouge sous sa capuche. Il lui rpondit, comme si la conversation tait des plus banales :
"Oui. C'est aux pieds de ces tombes que fleurissent les plus jolies fleurs."
Il devait sourire, pensa Saria, car il la regarda soudain comme s'il venait de lui faire un compliment. La lumire trange de ce lieu ne lui permettait pas d'en tre sre, son visage tait peine visible sous sa capuche. Mais la kokiri en tait convaincue. Cet homme souriait.
Athierion se pencha soudain en avant, et cueillit une fleur qui dpassait du sol humide. C'tait une jolie rose, aux ptales noirs. Il la regarda quelques instants dans tous les sens, puis la jeta d'un geste ngligent. Saria se sentit plus mal l'aise qu'avant. La vie, mme d'une simple fleur, avait plus de valeur que a !
"Oui, nous sommes dans mon jardin, rpta-t-il doucement, avec affection. Et, je le crains, trs, trs loin d'Hyrule. Cet endroit est le cimetire des morts futurs. L'avenir est montr ici...
- Non !"
Sara avait cri, en faisant un pas en arrire. Elle avait peine contrl sa raction. Elle, d'ordinaire si calme, pas insouciante mais sereine, ne supportait pas d'entendre dire cela avec tant de dtachement. Tout a ne pouvait pas tre rel !
Comme s'il avait lu dans ses penses, Athierion se tourna vers elle, en la regardant avec un mlange de bienveillance et de tristesse.
"C'est ainsi, Saria. Tout le monde doit mourir un jour. Je ne fais qu'amener ton prsent vers cet avenir et..."
Il se tut soudain, visiblement contrari.
Saria le vit faire volte-face et remonter l'alle en s'loignant d'elle. Le sage en tait encore rflchir ses paroles lorsque la voix de son hte - elle-mme n'aimait gure le considrer ainsi - dchirait le silence calme et morne du cimetire.
"Elle est ici !" hurla-t-il de rage.
Le sage de la fort fut effray par la modification soudaine du comportement d'Athierion. Celui-ci paraissait soudain en proie une haine pure, une colre incontrlable. Elle mit un moment se rendre compte qu'il avait arrt d'hurler et qu'il lui parlait :
"C'est toi qui les amens ici ! Tout a cause de tes stupides rves ! Mais je ne me laisserai pas faire, tu m'entends ?!"
Avant que Saria n'ait pu dire quoi que ce soit, une pe se matrialisa et vint se poser sur sa gorge. Elle aurait pu dire que tout cela n'tait pas rel et qu'elle ne risquait plus rien, mais elle n'en tait plus si sre... Tout cela tait trop rel... et trop inquitant...
Athierion lui, ne semblait pas gn d'hurler des menaces qui restaient sans rponse :
"Farore ! Montre-toi et rglons nos comptes ! Montre-toi ou je la tue ! Je sais que tu ne le voudras pas !"
Saria fit un pas en arrire, souhaitant trs fort que ce dment ne s'en aperoive pas. Elle voulait tant revenir chez elle, l'abri... Pourtant quelque chose lui disait qu'elle avait un rle jouer dans cette histoire dont elle ne connaissait pas les rgles et ignorait les enjeux...
Athierion se tourna soudain vers elle, et lui ordonna, d'un ton qui hsitait entre la colre et le supplice :
"Pars ! Rentre dans ton monde, je t'en supplie ! Sinon elles vont dtruire mon domaine, par ta faute !"
La rage dforma nouveau son visage et il le tourna alors vers le ciel, hurlant d'une haine brlante :
"Je vous maudis ! Vous m'entendez ?! Vous m'avez trahi, immondes vipres ! Je me vengerai ! Je vous dtruirai !!! Je raserai votre royaume jusqu' ses fondations, vous m'entendez ?! Je me vengerai !"
Saria avait du mal contenir son horreur. Elle ne savait pas ce qui se passait, ni la raison de l'attitude d'Athierion. Elle tremblait en l'entendant injurier les Desses. Que se passait-il donc ? La kokiri regarda la capuche de l'homme tomber en arrire, presque au ralentit. Il lui tournait le dos, et Saria se dit qu'il valait mieux qu'elle ne vit pas ce visage. Mme ses cheveux taient d'un noir de nuit, et entouraient sa tte, balays par un vent soudain.
Saria tremblait, plus seulement de peur, mais aussi de froid. Alors qu'Athierion poursuivait ses cris, une grande quantit de neige se mit tomber. En l'espace de quelques minutes, le cimetire fut balay par le vent et la neige. Elle distinguait encore la silhouette vacillante d'Athierion qui lui criait :
"Pars ! Pars, et ne reviens jamais ici ! Jamais, tu m'entends..."
La voix perdit de sa force. Saria avait la tte qui tournait, elle ne voyait presque plus rien. Elle avait l'impression qu'autour d'elle, tout se fissurait, s'effaait, comme des rides sur une mare d'eau.
Alors qu'elle bascula en arrire, les yeux ferms, elle entendit une dernire fois la voix, faible et dsespre. Une voix qui hurlait.
"Farore, pourquoi m'as-tu abandonn... "
De longues heures plus tard, lorsque Saria s'veilla dans sa chambre, au chteau d'Hyrule, elle tait persuade d'avoir rv...

Chapitre 21 : Le vent du nord souffle sur Hyrule...

Les heures de fte s'taient clipses, presque comme un rve. La majeure partie des invits avait quitt le chteau dans la matine, ou aprs le repas du midi pour les plus paresseux d'entre eux. La princesse Zelda avait salu chacun d'entre eux, prenant une tonnante insistance leur souhaiter un bon voyage de retour. Comme si la souveraine d'Hyrule tenait se faire pardonner son absence de la veille.
Impa, ancienne nourrice de la princesse, et sage de l'Ombre, n'y croyait gure. Elle connaissait trop Zelda pour ne pas voir une intention cache derrire ce comportement. Bien qu'il lui cote de le reconnatre, sa protge avait chang. Oui, la Zelda sur qui elle avait jadis veill semblait n'tre plus qu'un souvenir, dj estomp...
Impa se rappelait parfaitement l'enfant adorable qu'avait t le septime sage. Une petite fille srieuse et digne, qui avait toujours support le poids de sa fonction sans faillir. Ne pas voir le monde selon ses loisirs, devoir s'entraner dans tous les domaines de sa vie future, savoir que tout le monde attendait d'elle l'excellence, sinon la perfection. Impa avait souvent t impressionne par le sens du devoir de la petite princesse. N'importe quel enfant aurait t touff d'une existence pareille, mais Zelda s'en tait accommode, comme un vtement gnant qu'elle tait destine porter.
Lorsque les ambitions du chef grudo Ganondorf avaient commenc reprsenter une menace srieuse pour le royaume, Impa ne s'tait plus tonne que Zelda soit la seule prendre conscience de la menace, et y faire face. L'attaque du chteau avait t aussi courte qu'horrible, et la petite fille s'tait rfugie dans le Temple du Temps, pendant qu'Impa prparait sa fuite...
Des preuves, elles en avaient vcues toutes les deux. Mais malgr toutes ces difficults, Impa avait eu la joie de voir la princesse grandir et devenir une belle jeune femme. Maintenant que le rgne de Ganondorf avait pris fin, rien ne semblait pouvoir empcher sa chre princesse de raliser ses rves.
Alors, par les Desses, pourquoi Zelda se faisait-elle si distante avec elle ? Pourquoi semblait-elle si malheureuse ?
Impa fut tire de ses rflexions. Une brise espigle de vent la fit frissonner. Un vent puissant soufflait sans discontinuer depuis ce matin, sur l'ensemble du chteau. Sans doute cela avait contribu au dpart press des invits. Les bourrasques de vent, venues du nord, avaient galement fait lgrement chuter la temprature. A croire que l'automne tait en avance...
"Pas tonnant, songea le sage de l'ombre. Oui, a ne m'tonne pas qu'ils soient tous rentrs chez eux..."
En effet, Darunia, Ruto, et la majeure partie de ceux convis par la Princesse d'Hyrule taient dj sur le chemin du retour. Et d'ailleurs...
"Impa, attends-moi ! lui lana une voix amicale, qu'elle identifia aisment comme tant celle de Nabooru."
C'tait bien elle, aussi rayonnante qu' la fte d'hier soir, la fatigue en moins. Et bien sr, la jolie grudo avait troqu sa robe rouge contre ses vtements habituels. Impa se leva de son banc, dans le jardin, pour la saluer en souriant :
"Nabooru ! Alors, tu vas nous quitter toi aussi ?
- Je vais te manquer ce point ? s'amusa l'autre en riant. Mais ne reste pas dehors, Impa, tu vas attraper froid !"
Un clair de contrarit s'alluma dans le regard rouge du sage de l'ombre mais elle comprit bien vite que la grudo ne cherchait pas la vexer. Elle prit le parti de s'en amuser.
"Bien sr que tu vas me manquer, espce de gamine insolente ! Tu me prends dj pour une vieille snile !?
- Voyons, bien sr que non, Impa. D'ailleurs tu n'es pas vieille, tu n'as jamais t aussi en forme !"
La Sheikah rit et suivit son amie l'intrieur du chteau. Elle ne s'en rendait peut-tre pas compte, ou peut-tre qu'elle trop dure avec elle-mme, mais Impa tait en effet aussi vive et nergique que possible. Il aurait t difficile de constater une vritable diffrence physique entre ce qu'elle tait aujourd'hui et celle qui, prs d'une dcennie plus tt, avait enseign Link le chant de la famille royale. Aux cts de Nabooru, ce constat tait encore plus troublant. Malgr leur diffrence d'ge, ou mme plus simplement de race, elles taient semblables. La mme nergie sauvage se dgageait des deux femmes, la mme agilit, la mme fureur contenue...
Dans le Saint Royaume, lorsque les sages avaient t veills et avaient mis en place leur stratgie pour dfaire le Seigneur du Malin, Impa et Nabooru avaient compt parmi les sages les plus actifs. Nombre de leurs conseils avaient t prcieux pour Link lorsque celui-ci avait d venir bout des piges qui parsemaient le repre de Ganondorf.
"Oui, pensa encore la Sheikah, c'tait le bon temps..."
Les deux guerrires s'arrtrent devant le pont-levis. Plus loin, l'escorte de Nabooru l'attendait. Impa lui jeta un regard avant de faire quelques pas en arrire. Elle lui dit simplement :
"Tes guerrires t'attendent, je crois... Fais bonne route, Nabooru, et sois prudente.
- Ne t'inquite pas. Je ne ferai pas la casse-cou, lui envoya la Gerudo avec un clin d'oeil malicieux."
Les derniers invits quittrent le chteau. Une brise froide souffla nouveau, laissant Impa ses penses mlancoliques...

Chapitre 22 : De sombres nuages

Le vent du nord qui dferlait depuis des heures sur le chteau et la cit des hyliens ne cessait toujours pas. Heureusement pour Nabooru et les Gerudos, le vent avait cess quelques temps avant que le dsert ne soit en vue. Retrouver la chaleur agrable du soleil avait t un plaisir pour tout le monde.
C'est peu prs ce moment que les choses avaient commenc se gter.
Des nuages s'taient rapidement forms alors que les Gerudos s'engageaient dans les gorges et dfils qui prcdaient leur forteresse. C'tait pour le moins inhabituel, surtout en cette saison. Nabooru avait un instant cru l'une de ces pluies diluviennes et rarissimes qui se produisaient parfois dans le dsert mais elle avait vite dchant. Pas une goutte d'eau n'tait tombe de ces pais nuages, qui couvraient presque tout le ciel au-dessus d'eux.
C'tait des nuages d'un noir d'encre, menaants, lourds et orageux. Au grand tonnement des grudos et de leur chef, des clairs assourdissants avaient commenc traverser le ciel avec fracas. Tout cela tait dj inquitant mais le pire tait alors survenu.
Le vent du nord s'tait lev nouveau, avec une force terrifiante. Nabooru et son escorte avait fait en sorte de gagner au plus vite la Forteresse grudo. Elle tait presque arrive et le sage de l'esprit pensait avoir chapp au pire. Une tempte approchait, dj du sable volait dans tous les sens et avec ce genre de problmes climatiques, mieux valait fermer portes et fentres.
Nabooru avait jet un dernier regard derrire elle avant de s'engouffrer l'abri de la Forteresse grudo. Les nuages noirs taient toujours parsems d'clairs, le tonnerre grondait, le vent faisait gicler du sable avec violence. Elle vit enfin les parois du canyon qui menait la valle grudo s'effriter et s'effondrer sur elles-mmes brutalement. Puis elle tait rentre l'intrieur en quatrime vitesse.
Assise au sommet de la plus haute tour de la forteresse, la grudo se remettait mal de la fatigue accumule en si peu d'heures. Elle regardait les alentours, protge du vent de sable par la masse de la montagne. Cette terrasse en hauteur lui permettait de constater l'tendue des dgts. L'ensemble du canyon tait toujours praticable, bien que l'entre soit condamne par plusieurs mtres de roches et de sable. Sortir de leur domaine devenait pratiquement impossible pour les guerrires de la Forteresse, les montagnes alentour tant trs difficiles d'accs.
Toute l'habilit et le talent de grimpeuse des grudos ne pouvaient rien contre cette tempte.

*****

Nabooru aurait pu rager de dpit comme la plupart de ses soeurs, mais elle avait mieux faire. Pendant que les grudos s'occupaient de toutes les tches l'intrieur de la Forteresse et se prparaient soutenir ce dchanement extrieur, le sage de l'esprit avait tent d'en savoir plus sur cette trange tempte.
Ses dcouvertes ne l'avaient gure rassure. Au contraire.
Nabooru avait d'abord tent d'invoquer la puissance des Desses, mais visiblement les cratrices avaient trop faire pour se proccuper d'elle. Cela n'tonnait pas beaucoup la grudo qui prfrait compter sur ses propres moyens. Elle avait ensuite tent de calmer la fureur de vent et de l'orage au moyen du Chant des Temptes. Ce chant, dont les notes renfermaient un pouvoir mystrieux, que tous les sages avaient appris durant leur sjour au Saint Royaume, aurait d apaiser la tempte de sable.
En vain. Cette nouvelle tentative du sage de l'esprit s'tait son tour solde par un chec. A la plus grande frustration de cette dernire.
La grudo s'tait finalement rsigne, puise par ses efforts de la journe et la fatigue du voyage retour. Sa fatigue, autant que sa fiert, l'avaient dcide ne pas retourner prvenir les autres sages. Cela suffisait bien pour aujourd'hui, et peut-tre qu'elle n'avait aucune raison de s'inquiter. Bien qu'au fond d'elle-mme, elle trouvait cette tempte des plus tranges... Peut-tre qu'elle irait au Temple de l'Esprit pour en savoir plus...
Avant d'aller se coucher dans ses appartements, la chef des grudos jeta un dernier regard, aussi noir que les nuages, ce ciel en furie qui lui avait bien gch la journe.

Chapitre 23 : Nayru, puisse ton amour tous nous sauver...

Bien peu sont ceux qui, en Hyrule, ont dj os s'aventurer dans l'enceinte du Temple du Temps. Non que l'endroit soit ferm, en thorie qui le dsirait pouvait venir se recueillir ici. Que ce soit par superstition ou pour toute autre raison, rares taient les hyliens venir l'intrieur de ce saint lieu.
Selon Rauru, le sage de la lumire, c'tait tout aussi bien. Ainsi les annes passaient et les habitudes prises dcourageaient les curieux. A prsent que la situation tait redevenue normale en Hyrule, il tait important d'viter que les erreurs du pass ne se rptent... et d'assurer la scurit du Saint Royaume.
Assis en tailleur au sein du sanctuaire des sages, Rauru mditait. Le poids des dcennies lui pesait, au corps comme l'me, mais sa vieille carcasse tenait bon. Personne, en dehors des Desses, ne pouvait avoir ide du fardeau qu'il portait. Si les autres sages, et en premier la Princesse de la Destine, assumaient de lourdes responsabilits, elles n'taient que poussires face la tche de Rauru. Le sage de la lumire avait foi en les Desses, et en rien d'autre. Les sages, le Hros du Temps... ils taient si jeunes, si impulsifs parfois !
Rauru n'tait ni snile ni stupide. Il savait bien que sous leurs airs respectueux, certains sages et plus encore certains hyliens le considraient tel que ce qu'il avait l'air d'tre : une ruine croulante, un vieil outil sur le point de casser, un fantme des ges passs. Cette attitude que cachaient sans doute ceux qui l'entouraient choquait moins Rauru que leur navet. Ils en savaient si peu que leur condescendance affectueuse son gard l'amusait presque.
Rauru n'tait ni amer ni revanchard envers qui que ce soit. Il savait son poque depuis trs longtemps rvolue. Mais il tait encore l, lui, le dernier des anciens sages d'Hyrule. Quelle que soit leurs qualits, les nouveaux veills auraient beaucoup faire pour esprer galer ceux qui les avaient prcds. Et c'tait bien cela qui inquitait le sage de la lumire...
Les yeux ferms, immobile dans son ample tunique orange, Rauru mditait. Il savait la tempte proche. Si les autres sages, trop agits, ne le percevait que de manire indistincte, il la sentait venir. Hyrule n'tait pas l'abri du danger. C'tait ce que semblait croire Link, Zelda et bien d'autres encore. Mais ce n'tait hlas pas le cas. Hyrule n'tait pas un endroit ordinaire. C'tait ici, parmi tous les royaumes qui pouvaient exister par-del l'horizon, que les Desses avaient laiss la Triforce, la cration du monde termine. Un royaume aussi beau, aussi prospre, serait toujours l'objet de convoitise. Et si les Desses jugeaient qu'il tait bon que la Triforce soit protge, au pril de la vie de ceux qui vivaient sous sa lumire, Rauru l'acceptait.
Cette certitude tait l'un de ses seuls rconforts.
A nouveau, comme des sicles plus tt, une grande ombre s'tendait sur le royaume, dtermine le consumer. Cet ennemi, qui cachait encore son visage, Rauru le connaissait. Il l'avait dj affront. Et il le combattrait nouveau, par tous les moyens.
"Et nous n'en attendions pas moins de toi, fils de la Lumire..."
Rauru sourit en entendant cette voix, se leva et se retourna sans hte. Une douce paix emplissait son me la seule vue de l'entit dont la prsence semblait illuminer tout le sanctuaire. La Desse - car comment la nommer autrement ? - tait aurole d'une douce lumire bleute qui rendait sa silhouette irrelle, tant les contours en taient flous.
La voix de la Desse rsonna doucement, l'cho de ses paroles semblant rebondir d'un bout l'autre du Saint Royaume.
"Rauru, une fois de plus, les tnbres tentent d'engloutir la Lumire, Nayru murmurait doucement, sa voix ressemblant davantage un chant harmonieux qu' autre chose. Le mal qui s'tend sur Hyrule ne t'est pas inconnu, Rauru...
- Non, grande Desse... je l'ai dj affront... Il y a bien longtemps, soupira le vieil homme en penchant la tte.
- Oui, il y a trs longtemps... approuva la Desse de la Sagesse. Elle poursuivit, d'un ton mlancolique et affectueux : Rauru, te le sais mieux que quiconque... La marche des jours jamais ne s'interrompt, et nul, pas mme un sage, n'chappe la Mort..."
Rauru paraissait plus sombre prsent. La lumire qui manait de Nayru n'avait pas faibli, pourtant le sanctuaire des sages lui paraissait soudain plus sombre. Il soupira nouveau et rpondit sans trembler.
"Il y a des vrits que vous avez caches tous les autres sages, Desse... Mais je ne suis pas fou au point d'avoir la prtention d'chapper au trpas. Je me suis prpar. Je suis prt, acheva-t-il avec force."
Nayru sembla retrouver un semblant de sourire. Ses cheveux bleu de mer, qui semblaient flotter, encadraient son visage illumin par ce sourire.
"Tu as rempli ton devoir sans faillir, Rauru... Nous sommes fires de ton oeuvre. Tu as reu une vie bien plus longue que la plupart de tes semblables... Nanmoins - Nayru s'arrta un instant, non pour maintenir le doute chez le sage de la lumire, mais visiblement pour lui annoncer ce qui l'attendait - Nanmoins, ton devoir ici n'est pas encore achev. De rudes preuves s'annoncent, dans les semaines, les mois venir... Je ne vais pas te mentir, ton dpart pour ton dernier voyage est proche... Souhaites-tu en savoir davantage ?
- Non, grande Desse... Je crois que je prfre avoir la surprise, dcida Rauru avec une pointe d'humour macabre."
Le fait que le sage soit capable de rire de son propre trpas sembla rassurer la Desse. Elle salua son protg avant de disparatre, laissant le sanctuaire des sages dans l'obscurit...

Chapitre 24 : Des lettres et des notes...

Au chteau d'Hyrule, un ciel magnifiquement dgag s'tait install en cette fin d'aprs-midi. La fracheur du matin et le vent avaient disparu, comme si l't reprenait encore ses droits pour quelques temps. L'agitation avait cess depuis le dpart des invits et les servantes de la famille royale pouvaient enfin souffler un peu. En bref la vie reprenait tranquillement son cours ici.
Si cette bonne humeur gnrale tait visible bien des gards, Saria ne s'en tait gure aperue depuis son rveil.
Elle tait reste toute la matine dans sa chambre, ressasser son nouveau cauchemar dans tous les sens. Comme chaque fois qu'elle rvait depuis quelques temps, elle revoyait parfaitement les moindres dtails. La brume se dissipant, les tranges tombes, Athierion, ses paroles et ses gestes, la neige inondant l'espace du cimetire...
Tout cela n'avait aucun sens. C'tait du moins ce qu'elle s'tait dit sur le coup.
Plutt que s'enfermer dans de tristes rflexions, la kokiri s'tait leve et tait alle faire un tour dans les cuisines. Elle avait crois en chemin la princesse Zelda, qui l'avait salue d'un signe de tte. Saria aurait bien voulu lui parler un peu mais l'air proccup de l'autre sage lui avait fait abandonner l'ide. Elle s'tait aussi demande pourquoi Zelda tait la seule partager son manque d'enthousiasme. La kokiri regrettait prsent de ne pas lui avoir racont ses rves. Cela l'aurait peut-tre soulage...
Le sage de la fort soupira et reposa le livre qu'elle tait en train de lire. Elle regarda par la fentre la plus proche, et se rendit alors compte que bon nombre d'heures avaient d s'couler depuis qu'elle tait venue trouver refuge dans la bibliothque. Le chteau tait vaste, et sa bibliothque tout autant. En regardant tout a, Saria prenait pleinement conscience du travail gigantesque qu'avait d tre la rcupration et le remplacement de tous les livres vols ou dtruits par Ganondorf. Il tait heureux de savoir que les gnrations futures disposeraient du savoir runi ici.
La kokiri alla ranger le livre qu'elle lisait depuis longtemps. C'tait un vieil ouvrage crit en ancien hylien. Une langue difficile mais que Saria avait appris en mme temps que l'hylien moderne, lors de son sjour dans le Saint Royaume. Peut-tre qu' son retour dans la fort, elle ferait en sorte de constituer une bibliothque pour les kokiris... Cette ide la fit rire.
Saria se glissa entre les ranges d'ouvrages, et avana jusqu'au fond de la salle. Elle ne cherchait rien de prcis, mais cet endroit l'apaisait incroyablement. Elle se sentait en scurit ici. Et peut-tre, juste peut-tre, qu'elle y trouverait quelque chose qui la dlivrerait de ses tourments nocturnes.
Le sage avanait vite, ignorant la plupart des ouvrages, ne s'arrtant que sur les titres les plus intressants. Elle se rendit compte qu'elle arrivait rapidement au bout de la range. Celui qui avait mis en place ces tagres n'avait visiblement pas pens aux kokiris. C'tait bte dire mais de par sa taille d'enfant, elle ratait une bonne moiti des ouvrages.
"Ils ont oubli des tabourets, pensa Saria en souriant, visiblement peu contrarie."
Elle tait arrive au bout. Juste avant de faire demi-tour, elle crut voir quelque chose d'crit sur le mur. Fronant les sourcils, elle s'approcha plus prs.

Toi qui revendique le pouvoir d'hier et de demain,
Entonne le chant de la famille royale d'Hyrule.

L, Saria ne put masquer sa surprise. Cette situation lui rappelait trangement son cauchemar, sans qu'elle entrevoie le lien prcis. Il y avait quelque chose de cach ici ?
"Qu'est-ce encore que cette histoire, se demanda la kokiri."
Un symbole de la Triforce tait grav dans le mur, mais comme cette fresque tait de petite taille, et aussi blanche que le mur lui-mme, le sage ne pouvait la voir que maintenant. Tout cela tait bizarre... Mais Saria tait bien dcide dcouvrir ce qui se cachait ici...
La kokiri ferma les yeux un instant et tendit les mains devant elle. Elle perut un flash aveuglant de lumire au travers de ses paupires closes. L'instant d'aprs, un petit ocarina rose ple s'tait matrialis entre ses mains. Saria sourit d'un air malicieux, puis redevint srieuse. Elle ne savait pas encore ce qui se trouvait ici...
La douce mlodie qui avait t la berceuse de la Princesse Zelda pendant de longues annes s'leva alors. Elle rsonna parfaitement dans cet endroit tranquille, sans un bruit, sans un souffle d'air. Le chant dura longtemps, jusqu' ce que Saria finisse par rouvrir les yeux. Elle comprit immdiatement ce qu'elle avait devant elle.
C'tait une petite cavit peu profonde, peine assez grande pour abriter un enfant. Les parois, lisses, taient faites des mmes pierres blanches que l'on retrouvait partout dans le chteau. En vrit, Saria n'y songeait gure en ce moment, le moindre recoin de son esprit tait stupfait de sa dcouverte involontaire. Car devant elle se trouvait le trsor secret de la famille royale d'Hyrule. L'Ocarina du Temps !!!
"Rien que a... bon sang, a commence faire beaucoup, toutes ces histoires, se dit le sage en grimaant."
Au final ce n'tait pas si grave. Elle fit quelques pas en arrire et sa grande satisfaction, la porte drobe se referma sur elle-mme sans bruit. Saria ne put s'empcher de penser que tous ces vnements n'taient pas de tout repos, et redoutait ce qui pouvait en dcouler...
Que la bibliothque l'ait apaise un temps rendait encore plus dsagrable le fait qu'elle se sentait revenue son point de dpart...

Chapitre 25 : Pas de fume sans feu

Au mme moment, au sommet de la plus haute montagne d'Hyrule...
L'avertissement tait d'abord venu du goron fou, la montagne au mpris du danger. Puis a avait t un goron et son pouse revenant du village Cocorico qui l'avaient signal. Enfin Link le Goron et un groupe taient partis voir a de plus prs, et leurs conclusions firent cho ces rumeurs.
Le Mont du Pril avait repris une inquitante activit volcanique.
Pour Darunia, bien davantage que pour tous les autres, cette nouvelle avait t lourde de consquences. Pour le peuple goron, le Mont du Pril tait la fois une protection et une menace, et ce depuis longtemps. Il n'y avait qu'ici que les gorons pouvaient trouver les meilleures pierres, celles de la caverne Dodongo. Malheureusement la montagne connaissait parfois d'intenses priodes d'activit qui la rendaient beaucoup plus dangereuse.
Ce qui restait toutefois rare. Mais le fait que le dernier exemple en date avait eu lieu pendant la tentative de Ganondorf de se dbarrasser des gorons n'incitait pas Darunia l'optimisme. Peut-tre avait-il tort, mais il valait mieux se prparer des ennuis.
Le chef des gorons dplaa la statue qui bloquait le passage secret, et quitta le village goron par le tunnel qui conduisait au Cratre du Pril. Il faisait toujours chaud ici, mais alors qu'Hyrule tait sur le point d'entrer dans les premiers mois de son automne, la temprature du volcan tait anormalement leve. Cela ne pouvait tre qu'un mauvais prsage, ou pire, le signe extrieur de la colre des Desses. Sans doute la flamboyante Din tait-elle en colre contre les gorons, mais pourquoi ?
"Il n'y a pas de fume sans feu", se disait le sage en regardant la lave ardente autour de l'entre du Temple du Feu. La raison lui chappait cependant et...
"Les gorons me surprendront toujours", lana soudain une voix moqueuse.
Darunia sursauta. Pour ceux qui ont dj eu l'occasion de voir un goron sursauter, en donner une ide approchante est difficile. Cela ressembla un tremblement d'une vritable montagne, rapport la carrure de Darunia. Celui-ci se retourna dans tous les sens, cherchant qui venait de parler. Il avana prudemment de quelques pas, sur ses gardes, lorsqu'il le vit.
Les pieds ngligemment poss sur la plaque symbolisant la Triforce, adoss un bloc de roche ; le sourire aux lvres ; et un sourire... si narquois... si mprisant...
"Oui, c'est surprenant que l'on puisse tre... je ne sais pas... si... prvisible ?"
Le sage du feu se tenait trs droit, comme prt bondir, en ne quittant pas du regard son trange interlocuteur. Cet homme en noir, qui bizarrement semblait ne pas souffrir de l'intense chaleur, ne lui inspirait aucune confiance. Le goron desserra les dents, surpris de voir qu'un seul regard sur cet homme avait fait bouillir en lui une inhabituelle colre.
"Qui tes-vous ?" lui demanda Darunia en masquant toute motion sur son visage.
Un bref ricanement lui rpondit. Le sage du feu se sentit une nouvelle fois nerv par ce comportement, mais n'eut pas le temps de lui faire comprendre ce qu'il en pensait :
"Encore une question trs originale, railla l'homme en noir. Mais soit, votre curiosit est lgitime, Darunia..."
Il rit nouveau, amus par la surprise de son interlocuteur.
Athierion - car c'tait lui, qui d'autre se serait montr aussi irrvrencieux envers un sage ? - se releva et contourna lentement la plaque reprsentant la Triforce. Il ne souriait plus, prsent, bien que Darunia n'en fut pas sr, tant la lumire semblait fuir la prsence de cet tre. Avec la lave en fusion tout autour d'eux, le chef des gorons tait plus que troubl par le mal qu'il avait discern chez son interlocuteur. On aurait presque cru qu'une mystrieuse force l'obligeait dtourner le regard... Mais ce n'tait qu'une impression, videmment.
"Il faut se mfier des vidences et des vrits toutes faites, Darunia, dit Athierion comme s'il avait lu dans ses penses.
- Epargnez-moi vos proverbes, exigea le Goron. Je ne suis pas ici pour a. Et vous n'avez pas rpondu ma question.
- Ha oui, je suis vraiment impardonnable..."
Il rit nouveau, secouant la capuche qui masquait son visage :
"Je m'appelle Athierion... Et si vous m'appreniez plutt la raison de votre prsence ici ?"
Darunia respira fond pour se calmer, et une nouvelle fois s'tonna de la faon dont Athierion le manipulait. Il n'tait pas sr que ce soit le terme exact mais l'attitude de cet homme lui dplaisait au plus haut point, sans qu'il fut dire pourquoi. Une lgre secousse de sol le ramena la ralit.
"Je suis ici pour protger mon peuple ! Comme tu peux le voir, la montagne se comporte de faon bizarre depuis quelques jours. Je suis ici pour rgler le problme..."
Athierion ne rpondit pas cette remarque et marcha jusqu' n'avoir plus que de la lave en fusion devant lui. Il paraissait ailleurs, sa silhouette frle lgrement vote. Il lana soudain d'une voix moqueuse :
"Si tu veux mon humble avis, ton peuple aura trs bientt des problmes plus urgents que la fureur de la montagne !"
Il partit d'un rire pouvantable qui surprit Darunia. Avant qu'il ne put faire quoi que ce fut, Athierion avait disparu, ne laissant derrire lui qu'une fume noire et malodorante.
Darunia n'eut gure le temps de pester. Des cris et des bruits de lutte lui parvinrent, dforms par l'cho. Il n'y avait pas de doute : on se battait au village !
Laissant derrire lui le volcan agit, Darunia se prcipita dans le tunnel, inquiet d'avance de ce qu'il allait dcouvrir.

Chapitre 26 : Dans la Maison des Morts...

Quelques heures plus tard, alors que la nuit recouvrait peu peu la terre d'Hyrule...
Au pied du Mont du Pril se trouvait le village Cocorico. Fond bien des annes plus tt par Impa, le sage de l'ombre, le village avait durement souffert du rgne de Ganondorf. Plus de deux ans aprs, les cicatrices taient toujours prsentes. Sous la surface.
On s'en rendait encore mieux compte vu du ciel. Les nouvelles maisons ne suivaient plus le trac originel du village, rendant son expansion assez anarchique.
Aussi lger qu'un rve, plus impalpable qu'une ombre, le Coeur de la Triforce bondissait d'un toit l'autre, se jouant de la gravit. Un air dlicieusement lourd, charg de fume par moment, tombait sur le village. Il s'arrta non loin du moulin, et leva son regard bouillant vers la montagne. Elle flamboyait toujours, mais le fracas des armes s'tait tu. Il s'en doutait bien. Il faudrait sans nul doute bien davantage que de simples dodongos pour en finir avec ces insupportables gorons. Mais au moins ils se tiendraient tranquilles prsent.
Le dmon eut un long rire silencieux, semblable celui qu'il avait eu la veille en s'introduisant dans le Palais. C'tait si facile. Ce monde tait si pathtique, si amusant dtruire ! Comme il lui plaisait de rpandre nouveau le chaos, de saboter l'oeuvre des Desses... La vengeance tait si douce... et Hyrule si fragile...
C'tait cela qui occupait ses penses malveillantes alors qu'il traversait le cimetire Cocorico pour ensuite bondir derrire la barrire du fond. Dire que tous ces imbciles ignoraient que l'un des sanctuaires d'Hyrule tait juste ici. Les sages avaient bien gard le secret, pendant tous ces sicles... Mais il ne fallait plus y penser. Il tait libre de nouveau, et prsent les jours de ce monde taient compts...
De quels piges ses fiers sheikahs avaient-ils pav leur temple ? Rien de bien mchant pour quelqu'un comme lui. Son oeil rougeoyant dchirait les illusions du Temple de l'Ombre comme une pe du tissu. Il n'y avait ici rien qui puisse vraiment l'inquiter...
En traversant une par une les salles sombres, sachant parfaitement o il allait, Athierion mditait intensment. Quel sort rserverait-il ses sheikahs, eux qui l'avaient trahi, au moment de son triomphe ? Ils ne pourraient en tout cas aujourd'hui rien faire contre lui. Non, ce peuple ne mritait plus d'exister. Les derniers enfants des ombres disparatraient, comme les autres...
Un sourire sadique et froid anima un bref moment ses traits, jusqu' ce qu'il put destination.
Ici sommeillaient les anciennes lgendes d'Hyrule, comme disaient les sheikahs. Avaient-ils rellement conscience que c'tait lui, Athierion, qui tait le grand ordonnateur de tout cela ? Ils taient incapables de remplir leurs rles. Leur race se mourait sous le poids des sicles. Et mme le sage de l'ombre ne savait rien du pouvoir ancien qui sommeillait dans les profondeurs abyssales.
"Non, ils ne savent rien. Ils priront dans mes flammes, comme tous les autres," se promit le dmon.
Le Coeur de la Triforce chuta et arriva dans une immense salle circulaire. Dans cette noirceur tnbreuse rsidait encore des fragments de la prsence de Bongo-Bongo, le monstre de l'ombre. Une pauvre crature, du got d'Athierion, mais plus que tout, l'arbre qui cachait la fort. Autour de ce qui avait servi d'arne un combat dj rvolu, des dizaines, des centaines de corps squelettiques, qui gisaient inutilement. Il tait temps que les morts soient tirs de leur oubli. Il tait temps que commence la Chute d'Hyrule.
"Oui, murmura le dmon, tandis qu'une mlodie sans joie rsonnait tristement. Il est temps..."
Et tandis que se mouraient les dernires notes du Nocturne de l'Ombre, une arme macabre se releva nouveau, corps aprs corps, guerrier aprs guerrier. Ceux qui avaient t bnis se levrent nouveau, et entamrent un chant de mort qui fit sourire sinistrement le Coeur de la Triforce.

Chapitre 27 : La dernire Aube

En ce premier jour de l'automne, un soleil encore doux, traversant les nuages gris, clairait la terre d'Hyrule. C'tait un matin calme et tranquille, une journe d'apparence ordinaire. Le chaos qui s'tait gliss en ce royaume l'insu de tous ou presque s'apprtait frapper. C'tait la dernire aube sur Hyrule, la fin de deux annes d'une paix semblable celle des lgendes du pass.
C'tait la fin d'une poque, autant que le dbut d'une autre.
Lorsque que les gnrations futures, si elles venaient un jour, se tourneraient vers ce jour, elles viendraient le maudire plus que n'importe quel autre, comme celui d'un nouvel ge de tnbres, ct duquel le malheur qu'avait apport le Seigneur du Malin n'tait que poussires. Mais tout cela n'tait pas encore arriv et la matine s'tirait paresseusement.
Link tait l, bien sr. Rien n'aurait t pareil sans le Hros du Temps. Il chevauchait Epona, traversant l'immense plaine d'Hyrule pour le plaisir simple de la vitesse, comme pour retenir ce temps de joie qui allait bientt s'enfuir. Oui, Link tait l, et malheureusement pour lui, son semblant de bonheur allait tre de courte dure.
Link arriva non loin du ranch Lon Lon. Il fit stopper sa jument, le temps de la laisser souffler un peu. Le Hros du Temps profitait pleinement de ce moment de calme, qui changeait totalement de l'agitation qu'avait connue le chteau les jours prcdents. Il souhaitait que Zelda n'eut plus l'ide d'organiser ce genre d'vnement, intressant, mais fatiguant tout de mme. Il devait toutefois reconnatre que cela s'tait bien pass, et qu'il avait pu revoir des amis de longue date. Tous taient partis maintenant, except Saria...
"Oui, c'est exact. Mais ne t'inquite pas trop, je vais te permettre de les rejoindre..."
Par rflexe, Link se retourna vivement en tirant son pe. Il chercha un moment l'origine de la voix, jusqu' discerner faiblement une sorte d'ombre devant lui. Sans rflchir davantage la raison de ces paroles agressives, l'hylien serra le manche de son arme et tournoya sur lui-mme en un clair. L'attaque tornade frappa l'ombre flottante qui retomba sans douceur sur la terre ferme.
"Bien, bien. Je vois que tu n'es pas si faible que a, au final... Vas-y, amuse-moi encore," se moqua le mystrieux spectre en noir, en tirant une pe.
Le Hros du Temps ne perdit pas une seconde rflchir sur l'identit et les motivations de cet agresseur soudain. Il para les premiers coups mthodiquement, puis se tint davantage sur ses gardes, cause du style trs offensif qu'employait son adversaire. Bien qu'il n'en eut gure conscience en plein milieu de l'action, il avait beaucoup de mal distinguer la silhouette de son adversaire, dont les contours lui paraissaient flous... C'tait probablement une illusion due la vitesse de leurs mouvements.
Lorsqu'il tenterait de s'en souvenir dans l'avenir, Link aurait bien du mal dcrire son duel trange. Tout tait all si vite. Un moment, il tait en train de combattre, et ensuite, son adversaire avait dit :
"Tu devrais regarder derrire toi, il y a quelqu'un."
Le Hros du Temps avait gard sa lame pointe devant lui, car un guerrier tel que lui ne serait jamais tomb dans un pige aussi simple. Et pourtant !
Ce furent les hennissements d'Epona qui le firent se retourner.
Au moins une trentaine de stalfos, ces horribles squelettes qui hantaient parfois les plaines, venaient de se jeter sur sa jument. Le sang de Link ne fit qu'un tour. Il fit glisser son bouclier-miroir de sa sangle, et sans plus de considration pour son adversaire, se rua sur la horde de cratures. Et il frappa de toutes ses forces chaque stalfos qui le sparait du coeur de la mle... et d'Epona.
Le Hros du Temps essaya. Il essaya de ne pas penser aux os de ces cratures qui se brisaient, et leurs corps qui s'effondraient les uns aprs les autres. Il essaya de ne pas penser la crature d'ombre dans son dos, et son rire de damn. Il essaya de ne pas penser ces stalfos qu'il rduisait en poussire et dont il faisait voler les crnes. Il essaya de ne pas penser aux hennissements de sa jument, dont il se rapprochait trop lentement.
Il essaya. Et il n'y parvint pas.
La Chute d'Hyrule tait en marche.

Chapitre 28 : Hyrule assige

Au cours de sa longue vie, Impa avait rarement perdu son flegme, ce calme presque surnaturel dont savaient bien faire preuve les derniers sheikahs. Elle avait brav des preuves, combattu des monstres de toutes sortes, frl la mort de nombreuses fois. Perdu des proches. Des amis. Elle avait toujours su faire face, mme devant les tnbres. Mme face au vil Ganondorf.
Et il tait donc assez rvlateur de parler de la stupfaction qui se lisait dans son regard d'ordinaire inflexible. Car le spectacle - si on pouvait en parler ainsi - qu'elle avait sous les yeux la laissait ptrifie. Et glace.
De l'autre ct de la muraille de la cit d'Hyrule se massait une vritable arme : Des dizaines et des dizaines d'effrois, ces immondes choses putrfies qui n'taient gure plus que des cadavres anims, et dont le cri terrifiait mme le coeur le plus aguerri. Une masse bien distincte de ces monstres tait arrive l'entre de la ville depuis plus d'une heure.
Mais les effrois n'taient presque rien, compar au reste.
Le reste. Impa desserra son poing comprim de colre et de stupeur et s'approcha davantage du bord du chemin de ronde pour mieux observer ses envahisseurs. En plus des terribles effrois, plusieurs centaines de squelettes en tout genre, stalfos en divers tats de dcomposition, faisaient le sige d'Hyrule. Et le plus trange, c'est qu'aucun individu en particulier, aucun chef, aucun gnral ne semblait diriger cette horde qui n'avait rien de pacifique. Le ciel lui-mme semblait protger ces cratures du mal, car d'pais nuages orageux et noirs recouvraient totalement la cit et ce, jusqu' l'horizon. Et mme le chant des temptes se rvlait impuissant dissiper ce nouveau cauchemar.
"Notre chre contre d'Hyrule n'a pas fini de souffrir," dplora le sage de l'ombre avec tristesse... Pourquoi tant de chaos, tant de douleurs pour leur cher royaume ? C'tait tellement injuste...
Impa avait un autre motif d'inquitude, presque aussi grave, hlas. Link n'tait pas rentr. Cela faisait plusieurs heures qu'il tait parti, le soleil serait bientt la moiti de son parcours dans le ciel. Mais o tait-il donc pass ?
"Pourvu qu'il ne lui soit rien arriv," esprait le sage de l'ombre en regardant l'horizon.
Des centaines d'ennemis s'amassaient aux portes mmes d'Hyrule, et le Hros du Temps tait introuvable. Cela devait sans doute faire jaser parmi tous les soldats disponibles qui avaient t mis en tat d'alerte. Impa n'tait gure optimiste. Certes, les hyliens avaient l'avantage de la position, leurs murailles rcemment construites protgeaient toute la ville et ses accs. Mais les soldats taient trop souvent des volontaires manquant encore de prparation. En ajoutant la Garde du Chteau Royal, cela faisait plus ou moins deux cents soldats... Mais l'arme qui les assigeait en comptait plusieurs centaines !
C'tait donc la tte qu'il fallait frapper. Ce qui ne rassurait qu' moiti Impa, mme si cette solution lui paraissait plus raliste que celle de repousser cette invasion. Qui tait l'origine de cette attaque soudaine ? C'tait incomprhensible. La sheikah esprait juste que la situation ne demeurerait pas en l'tat longtemps et que tout se passerait bien...
Il tait midi, et la cit d'Hyrule toute entire se prparait une nouvelle bataille. Toute entire... ou presque...

***

Pendant ce temps, au chteau royal d'Hyrule.
La nouvelle de l'attaque juge imminente n'avait pas eu ici le mme impact que pour les habitants de la cit. Mme les nobles et autres grads avaient exprim leurs vives inquitudes. En fait c'tait tout le Palais qui s'tait rapidement plong dans une ambiance de mort. Certains taient mme en train de se prparer vacuer la cit. Seule la princesse Zelda semblait rester impassible toutes les rumeurs et mauvaises nouvelles qui se rpandaient ici comme une trane de poudre. Ce qui n'tonnait vrai dire personne, tout le monde connaissait bien le caractre solide et stoque de leur princesse.
"Pauvre courage, en vrit, et pauvre sagesse, je le crains," songeait Zelda, qui s'tait retire dans ses appartements en exigeant que personne ne vienne la dranger.
Tout allait si vite, trop vite, et elle se sentait mal l'aise, emptre dans une toile dont elle ne pouvait plus se dfaire. Mais elle manquait de lucidit, depuis plusieurs mois. A vrai dire, depuis que les sages et le Hros du Temps s'taient runis dans le Saint Royaume, et avaient reconstitu la Triforce...
Oui, c'tait bien cela. L'oeuvre des Desses tait nouveau complte, la paix revenue. Cela avait t un moment inoubliable, mais qui n'tait hlas plus que le souvenir d'un autre Temps. C'tait le retrait de sa partie de la Triforce qui avait conduit le septime sage au doute, et du doute la trahison. La Zelda d'antan n'aurait jamais pactis avec quelqu'un d'aussi malveillant et fourbe qu'Athierion...
Mais il tait trop tard. Et Zelda en avait conscience, du moins en partie.
Trop tard pour faire marche arrire. Elle aimait Link de tout son tre. Elle le voulait. Elle se fltrissait en son absence. Elle avait besoin de lui, tant besoin... Et seule, elle n'aurait jamais la force de faire quoi que ce soit de grand.
"Puisque qu'il faut tout changer, alors je changerai tout !" se promit le sage. Mais son sourire confiant lui paraissait tellement fragile. Tellement... fade...
Incapable de supporter davantage son propre reflet, elle se leva. Elle avait maigri, ses traits taient fatigus, mais elle devait garder le maximum d'nergie, pour ce jour... Ce jour qui, d'une manire ou d'une autre, ferait basculer nouveau le Destin d'Hyrule. Elle devait tre prte.
Les dernires tapes du plan d'Athierion se dessinaient dj. S'emparer de la cit, capturer ensuite les sages, l'un aprs l'autre, et se servir de leur pouvoir pour contrler le Saint Royaume... Et la Triforce...
Zelda savait prsent. Elle savait pourquoi son royaume, et par-del celui-ci le monde lui-mme, ne faisait qu'enchaner des priodes de paix et des ges de malheurs. L'oeuvre des Desses tait incomplte. La Triforce tait incomplte. Incomplte et vide, vide de sa substance.
Parce qu'il en manquait le Coeur. Le Coeur de la Triforce. Un nom, un tre, un concept. Athierion...
La Princesse de la Destine sourit. Bientt elle et Athierion auraient ce qu'ils voulaient. Elle, l'Amour... Lui, la Vengeance... Etait-ce possible ? Oui. Ils le pouvaient. Ils changeraient tout. Les mensonges des Desses, qui avaient tromp tout le monde, du sheikah le plus dvou au kokiri le plus insouciant, tout cela serait bientt termin.
De noirs nuages couvraient le ciel d'Hyrule. Le chaos tait en marche, la cit assige, l'oeuvre de Din, Nayru et Farore en pril. Et la Princesse Zelda n'eut d'autre raction qu'un sourire satisfait...

Chapitre 29 : L'impuissance et l'chec

Le soleil prenait tout son temps faire sa course habituelle. Peu de choses permettaient aux gens ordinaires de mesurer le passage du temps, le perptuel changement des saisons. Car Hyrule entrait bel et bien dans son automne. Et malgr cela, rien ne semblait avoir chang, ici.
Ici. En plein milieu de la plus grande et plus majestueuse concentration d'eau du royaume. Le lac Hylia.
Une douce lumire qui rappelait encore celle des plus beaux jours de l't baignait les eaux de reflets dors. L'air tait d'une puret rare, une lgre brise chaude soufflait depuis l'est, presque imperceptible mais pourtant paisible. Un souffle de vent qui faisait onduler l'eau autour d'une petite le. Pose sur l'le, trange en ce lieu mais parfaitement sa place, une petite stle de marbre reprsentant la Triforce. Et prs de la stle...
La princesse Ruto.
La zora tait assise, les yeux ferms, profondment absorbe par son monde intrieur. Que ce soit sur cette le minuscule - la partie merge du Temple de l'Eau - ou n'importe o ailleurs, elle aimait ces moments de tranquillit. Les plus bouillants des Zoras prfraient s'amuser dans les galeries et chutes d'eau de leur mystrieux domaine, mais quelques-uns prfraient la solitude du lac Hylia.
"Et ils ont bien raison, songea Ruto en trempant le bout de ses pieds dans l'eau frache. Ce lac est si beau et si tranquille..."
Un instant, le lac Hylia tait un endroit silencieux et paisible. Vint un flash bleut sur le symbole de la Triforce. Il y eut un cri, du sang. Puis plus rien...

*****

Le noir.
Un noir plus profond et plus angoissant que tout ce qu'il aurait pu imaginer. Il ne voulait pas y penser mais dans l'tat o il tait, penser tait tout ce qu'il pouvait faire. Cela le rendait vraiment fou. Il se souvenait de peu de choses, peine quelques images dsordonnes et confuses. La mlodie. L'clair bleu. Le lac, avec soudain tout cet espace, et ce vide... le sang qui tchait l'herbe, le cri d'une voix familire...
La dernire chose qui prcdait cet horrible nant avait t la sensation que ses jambes refusaient de le porter. Et puis plus rien. Juste ce noir bouillant, cette fivre qui le faisait suffoquer de l'intrieur.
Le noir, le vide et l'obscurit.
Le plus atroce tait ce sentiment d'inutilit, d'abandon presque, qui le prenait la gorge depuis... longtemps. Impossible de savoir combien de temps se serait coul lorsqu'il se rveillerait. A condition qu'il se rveille. Quelle horreur, cette simple ide...
La partie de son esprit encore rationnelle lui disait qu'il devait tre dans le coma, mais a ne le rassurait pas vraiment. Pourvu que quelqu'un l'ait trouv... Mais cela avait-il encore un sens ? Il faisait si sombre ici...
Cesse de lutter, hros... Le doux oubli et le silence ne sont-ils pas prfrables ?
S'il tenait bon, et gardait les yeux ouverts, c'tait en partie cause de cette voix harcelante, horriblement moqueuse. Elle riait de temps en temps, au loin, difficile de dire d'o elle venait, dans une noirceur pareille... Ce rire ne lui rappelait pas vraiment de bons souvenirs...
Il avait toujours cette impression, si dsagrable, qu'il avait tout rat. C'tait sans doute dj trop tard, trop tard pour sauver Hyrule... Aprs tout ce qui lui tait arriv, ne pouvait-on le laisser enfin en paix ? Il en venait maudire le destin, maudire ces Desses qui l'avaient choisi pour...
Rveille-toi, Link ! Nous avons besoin de toi !
Cette autre voix... Bon sang, on ne pouvait donc pas lui ficher la paix ! Et cette douleur qui remontait dans tout son corps. Ae ! Il la sentait bien dans son paule. S'il avait encore une paule... Peut-tre que cette douleur tait bon signe finalement. Il dcida d'ouvrir les yeux, pniblement...
Ce ne fut qu'une seconde avant que la lumire ne l'aveugle qu'il reconnut la seconde voix. Toujours aussi capricieuse et autoritaire !

*****

"Link, rveille-toi maintenant ! S'il te plat," implorait Ruto en tremblant d'apprhension. Elle le sentit soudain s'agiter, et commena se demander s'il ne le faisait pas exprs, en plus. Quoique ce soit peu probable, vu l'tat dans lequel elle l'avait trouv et...
"On ne peut pas faire la sieste tranquille ici ?" gmit soudain une voix faible.
Ruto soupira, feignant d'tre agace, et tourna les yeux vers Link. Il ne semblait mme pas tonn de se retrouver l, allong dans cette chambre du Domaine Zora. "S'il savait le mal que je me suis donne pour l'amener l'abri," se dit Ruto en le regardant se relever. Elle l'interrompit dans son geste :
"Tu ne devrais pas te relever tout de suite, ou alors nous serons obligs de te recoudre..."
La zora eut envie de rire en le voyant grimacer, ce qui dtendit un peu l'atmosphre inquite. Dans quelle histoire taient-ils encore tombs ?
Si les vnements des dernires heures avaient t riches d'motion, rien n'aurait pu prparer Ruto ce qui se produisit.
Link pleurait.
C'tait un fait vident, qui se produisait sous ses yeux, mais si inattendu que le sage de l'eau resta un moment incapable de ragir. Voir Link, le Hros du Temps, se mettre pleurer comme n'importe qui, cette image la marqua profondment. Qu'est-ce qui avait donc pu lui arriver de si horrible pour que... ?
Ruto se maudirait plus tard de n'avoir pas parl, ni agi cet instant. Elle aurait voulu consoler son ami, faire quelque chose, n'importe quoi... Mais elle laissa passer cet instant sans ragir, et ne se rendit compte que peu aprs qu'il s'tait rendormi.
C'tait un chec. Un de plus. La princesse des zoras se leva doucement, et quitta la pice, un got de cendre et d'impuissance dans la bouche...

*****

Cit d'Hyrule, milieu d'aprs-midi.
C'tait une certitude prsent, les nuages noirs qui recouvraient le ciel depuis plusieurs heures ne tarderaient pas se changer en pluie. Impa frissonna, tant l'air s'tait rafrachi. C'tait anormal, il faisait si beau ce matin, lorsque Link tait parti avec Epona... La sheikah se fora penser autre chose, bien qu'elle n'eut pas quitt un instant les murailles en attendant que ces deux-l ne reviennent.
Pourvu qu'ils reviennent...
Les premires gouttes d'une pluie froide se mirent tomber, et se changrent bientt en une violente averse. Le sage de l'ombre grimaa et marcha jusqu' l'abri le plus proche, en l'occurrence une des tours d'observation qui parsemaient les belles murailles de la cit. Il n'y avait pas de garde en faction, ce qui ne rassura pas Impa. Ils taient si peu nombreux... Mais il faudrait tenir, cote que cote. Au moins Zelda tait l'abri, au chteau...
Un dtail attira soudain l'attention de la sheikah. Quelque chose se passait chez les assaillants. Elle plissa les yeux, distinguant mal la silhouette fuyante entirement habille de noir. Impa se demanda si elle venait de dcouvrir le responsable de cette attaque. Si c'tait le cas...
"C'est lui."
Impa sursauta, et se retourna lentement, posant par rflexe la main la dague qui ne la quittait jamais. Si elle avait t plus attentive, elle aurait entendu le lger bruit de pas dans les flaques d'eau naissantes, le son rgulier des pas sur les marches de l'escalier tout proche. Elle dcouvrit Saria, la petite kokiri, trempe de la pluie qui tombait sans discontinuer depuis plusieurs minutes. Que faisait-elle ici, pourquoi n'tait-elle pas reste dans l'enceinte du Temple du Temps ? Et que voulait-elle dire par...
"L'homme de mes cauchemars," murmura Saria en s'approchant du rebord. Sa voix tremblait de faon perceptible : "Il est ici..."
Impa ne rpondit pas, ce qu'elle aurait ador faire. Une foule de questions se bousculaient en elle, mais elle savait que les rponses ne viendraient pas maintenant.
Certaines connaissances ne s'crivent qu'au plus fort des batailles. Hyrule se prparait dsormais la sienne.

Chapitre 30 : Une promesse

Fontaine Zora, fin d'aprs-midi.
Le vent qui descendait tout droit du nord du royaume ne cessait pas, et transformait le miroir d'eau qu'tait d'ordinaire la fontaine zora en un lac agit de petites vaguelettes. La temprature avait aussi brusquement chut en cours de journe, rendant l'atmosphre l'intrieur du Domaine Zora pesante et inquite. La plupart des zoras ne s'habituaient pas facilement un changement de saison aussi rapide.
"Il faudra qu'ils s'habituent bien pire," songea leur princesse, observant l'horizon o le soleil amorait sa lente descente, peut-tre pour la dernire fois...
Ruto n'tait pas pessimiste de nature, mas avait tendance se dcourager assez facilement. Les derniers vnements ne l'incitaient pas l'optimisme. Car Link lui avait tout racont. Comment il tait tomb dans une embuscade et comment sa chre jument Epona avait t tue par une horde de stalfos. Comment il s'tait tlport au lac Hylia lorsqu'il n'avait pu mettre un pied devant l'autre. Comment ils avaient t fous d'ignorer les signes qui trahissaient un grave pril pour leur royaume...
Il lui en avait dit beaucoup et elle n'avait pas eu la cruaut d'insister. Il avait gard pour lui sa tristesse, sa honte, son dsespoir peut-tre. Ruto avait senti sa souffrance, et elle tait lchement partie lorsqu'il le lui avait demand. Elle s'en voulait, mais elle n'avait pas la force d'me de le soutenir directement.
La Zora manquait dj de force pour elle-mme.
Elle se retourna en entendant un bruit de pas qui se rapprochait...

*****

La lumire dclinante du soleil couchant aveugla un instant Link, mais cela ne le drangea pas vraiment. En fin de compte, il tait content d'tre sur pied, et c'tait bon de se sentir vivant. Frler la mort faisait souvent se rendre compte que tout tait si prcieux, si fragile... Voir nouveau la lumire du soleil, mme celle de celui-l qui disparaissait l'horizon, cela pansait en partie les blessures de son me.
En partie seulement.
Le jeune hylien avait beaucoup voyag et beaucoup combattu, et savait d'instinct qu'une journe comme celle-ci le marquerait pour longtemps, sinon pour toujours. Et il ne s'agissait pas seulement de son paule blesse - le bandage de Ruto n'attnuait gure la douleur - ou de l'amertume de l'chec. Non, ce n'tait pas cela.
C'tait autre chose. Une terrible sensation de doute et de tristesse qui le rongeait de l'intrieur. Aurait-il encore eu en lui la Triforce du Courage, a n'aurait rien chang. Ou peut tre que si. Tout comme la Princesse de la Destine, le Hros du Temps ne prenait que maintenant conscience des vritables consquences de ce manque. Et si, la Triforce du Courage en lui, il avait pu sauver Epona ? L'aurait-il pu ? Cette question obsdante lui faisait terriblement mal... Pire encore, il n'tait pas du tout sr de vouloir la rponse.
Le Hros du Temps avait depuis bien longtemps cess de penser au destin comme un ensemble d'vnements cohrents. Ce n'tait pas avec ce genre de mentalit qu'on pouvait faire face de terribles preuves. Une part de lui, la plus ancienne, ne pouvait que dplorer ce pessimisme. L'autre savait parfaitement que le petit hylien qui avait quitt la grande fort il y a bien longtemps n'aurait pas pu aller si loin sans une rsolution forte et la rsignation une certaine... fatalit des choses.
Cela ne voulait pas dire qu'il acceptait tous les coups du sort sans ragir. Malheureusement, depuis qu'avait commenc cette paix nouvelle, il avait eu tout son temps pour ressasser ses actes et les invitables erreurs qu'il avait commises. C'tait difficile d'avoir la responsabilit de protger tout un royaume. Link aimait la vie, mais jusque l c'tait plutt la vie qui ne semblait pas l'aimer. Il aurait juste voulu savoir pourquoi...
Affichant un sourire de faade - qui ressemblait davantage une grimace qu' autre chose - Link vint se placer ct de Ruto, devant l'autel de Jabu-Jabu. La gigantesque crature, que certains zoras avaient difie, tait absente pour le moment. Sans doute tait-il parti chasser...
Ce fut Link qui rompit le silence le premier :
"Ruto, merci de m'avoir soign, mais je ne peux pas m'attarder plus longtemps," commena-t-il, d'une voix trangement mcanique, avant d'tre interrompu sans dlai par son interlocutrice :
"Il n'en est pas question, Link," rpliqua schement la Zora. L'inquitude prsente dans son regard amthyste dmentait en revanche cette impression premire. Elle ajouta :
"On ne sait pas d'o venaient ces stalfos et tu ne partira pas d'ici tant que nous ne l'aurons pas dcouvert."
Il y eut un silence, un long silence, lourd de sous-entendus et de rflexions pour les deux amis. Ruto espra pour elle-mme que ses arguments avaient convaincu Link, ou, dfaut, que son autorit naturelle allait viter celui-ci d'agir de manire irrflchie. S'il pouvait se montrer raisonnable pour une fois, et rester ici, l'abri...
Bien sr, il n'en fut rien.
"Je ne peux pas rester ici sans rien faire, Ruto. Les stalfos sont une chose, le sorcier qui les accompagnait une autre. Peu importe son identit, c'est mon devoir de le retrouver."
La princesse des zoras mdita sur cette rponse, et n'y vit rien qui puisse vraiment retarder le dpart de son ami. Sa blessure l'paule ne le handicaperait pas beaucoup, et il semblait avoir refait le plein de force. Une bourrasque de vent frais la fit frissonner. Son intuition lui disait que Link allait au-devant de nouveaux ennuis, mais de toute faon, la dcision de celui-ci tait dj prise. Elle avait fait ce qu'elle pouvait pour lui...
"Promets-moi d'tre prudent, pour une fois," murmura Ruto d'une voix o poignait l'motion, malgr la fatigue et la tension de ces dernires heures.
Le Hros du Temps eut alors un geste trs tonnant, ou du moins inhabituel. Il eut un pauvre sourire pour son amie et vint la serrer contre lui. Ruto en fut tonne mais ne se dgagea pas de son treinte. Elle ferma mme les yeux au bout d'un moment. Elle se dit qu'au fond de lui, Link n'avait pas encore repris confiance en lui. Cela ne lui ressemblait pas de manifester son attachement une personne comme a, pour ce qu'elle pouvait en dire.
Ce fut lui qui s'carta le premier.
Il fit quelque pas en arrire, puis matrialisa devant lui un petit ocarina d'une couleur rostre. Le soleil couchant se refltant trangement dessus, aussi Ruto ne fut pas certaine de la couleur exacte. Link joua rapidement les quelques notes qui composaient le prlude de la lumire. Il adressa un signe de la main la zora juste avant que la lumire dore ne l'emporte loin, dans le Temple du Temps.
Ce ne fut qu' cet instant que Ruto s'aperut que Link n'avait pas rpondu sa requte...

Chapitre 31 : Derrire cette porte, le noir, le mal, la Mort...

Cit d'Hyrule, tombe de la nuit.
Le soleil devait tre en train de disparatre l'horizon. Saria ne pouvait en tre sre de l o elle tait, c'est--dire de l'intrieur du Temple du Temps. Pourtant la kokiri en tait dsormais certaine, le soleil disparatrait d'ici quelques minutes. Ce serait une longue nuit pour la cit d'Hyrule assige. Une trs longue nuit...
Le sage soupira et alla s'asseoir sur un petit banc de pierre adoss au mur immense du Temple. Elle avait pass les deux dernires heures ici, certes toute seule, mais au moins elle tait au sec. La kokiri songea Impa qui, malgr toutes ses recommandations, tait reste obstinment guetter en haut des murailles.
"La pauvre doit tre gele", pensa Saria. Elle s'en voulait un peu de profiter de l'abri sans son homologue, mais elle se doutait aussi que la sheikah resterait son poste jusqu' la fin de la bataille.
La bataille... Depuis l'instant o le sage avait ressenti la prsence d'Athierion, il avait cess de penser ce qui allait survenir comme une simple bataille. Ce serait bien pire, c'tait hlas sa seule certitude. Elle qui tait cet homme, pourquoi il avait attaqu la ville et si ses rves lui avaient vraiment montr ce qui arriverait... Aurait-elle d en parler ? Cela aurait-il pu empcher cette attaque ? Saria l'ignorait. Elle ignorait ce qui poussait Athierion les attaquer, et s'il voyait rellement l'avenir. Elle ne savait absolument rien, et bien videmment cela l'inquitait.
Elle craignait d'ignorer tout ce qu'un vritable sage n'aurait jamais d ignorer.
Un clair illumina brusquement les vitraux du Temple de Temps. Avant mme que Saria n'ait eu le temps de se relever, un terrible coup de tonnerre suivit, se prolongeant un long moment. La kokiri se fora respirer fond, ne prfrant pas trop penser ce qui devait se passer l'extrieur. Il ne faisait aucun doute que, tombe de la nuit ou pas, orage ou non, la bataille venait de dbuter.
Elle entendit alors un autre son assourdissant, et ne put s'empcher de trembler jusqu'aux os, car cette fois, il ne s'agissait pas d'un coup de tonnerre. Elle aurait aim que ses penses ne soient pas obnubiles par ce fait, mais il est trop tard. Ce son ne pouvait venir que d'une seule chose. Elle le sentait. Elle le savait. Saria en tait prsent totalement sre.
C'tait le bruit de la porte principale qui s'effondrait...

*****

Link se matrialisa au milieu du Temple du Temps, sur le symbole de la Triforce. Il souffla un peu, le voyage avait t bref mais il se sentait encore fatigu par cette journe. Ce n'tait toutefois certainement pas le moment, d'autant plus que...
"Link !!!" s'cria soudain Saria, tirant le Hros du Temps de ses penses. Le pauvre s'tait peine retourn que la kokiri s'tait jete sur lui en riant. L'hylien sourit son amie, bien content de voir qu'elle gardait le moral. Peut-tre la situation allait-elle s'arranger...
Il changea rapidement d'avis. Trs rapidement.
Link ne fit aucun commentaire pendant que Saria lui faisait le rsum - plutt dcourageant - des dernires nouvelles, ainsi que de tous ses rves, dans les moindres dtails. Il y eut un silence pesant lorsque le sage acheva son rcit, mais le visage renferm de Link ne l'incita plus son optimisme habituel. Elle nota galement qu'il avait enfil durant son absence sa tunique goron, sans qu'elle sache ce qui l'avait mis sur ses gardes. L'pe de Lgende tait galement bien visible, range dans son fourreau qui pendait derrire le bouclier du hros.
Ce dernier eut un long soupir, et tcha de dissimuler au maximum sa propre inquitude. La dernire chose dont il avait besoin tait de briser leur union, cette prcieuse collaboration entre les sages et lui, qui lui avait dj apport la victoire par le pass. En temps normal, il aurait certainement sermonn Saria. Amie d'enfance ou pas, elle aurait d leur parler, lui parler beaucoup plus tt de ses visions, ou de ce qui semblait en tre. Link n'avait jamais pass sous silence ses cauchemars pour viter le ridicule. Zelda non plus d'ailleurs.
Un dclic se produisit soudain dans l'esprit de l'hylien. Saria le remarqua mais n'eut mme pas le temps de demander quoi que ce soit.
"Zelda ! s'exclama-t-il. C'est srement elle que ce sorcier de malheur est venu chercher !"
Il se prcipita immdiatement vers la lourde porte de bois marquant l'entre - ou en l'occurrence la sortie - du Temple du Temps. Un clair dchira nouveau le ciel mais Link s'en moquait perdument. Il stoppa cependant net lorsqu'il entendit la petite voix de Saria qui l'avertit doucement :
"Link ! Attends. Tu sais que... n'importe quoi peut t'attendre derrire cette porte... "
Le Hros du Temps tourna lentement la tte et regarda la kokiri qui se tenait les mains jointes prs de son coeur. Mme cette distance, Link percevait nettement la peur qui figeait comme un masque le visage du sage. Il s'en voulut de son attitude envers elle. Bien sr qu'elle avait le droit de faire des erreurs. Elle n'tait qu'une enfant. Lui, en revanche, avait son devoir accomplir. Il ne pouvait se drober plus longtemps. L'arme ennemie devait envahir les rues de la cit en ce moment. Ce n'tait plus le moment d'hsiter.
"Je doit retrouver les autres, Saria. Impa est encore en danger, et Zelda aussi. Essaie d'entrer en contact avec elle... "
Les derniers mots de l'hylien rsonnrent dans la salle bien aprs le dpart du hros. La kokiri ferma les yeux, tchant d'oublier les clairs qui se succdaient sans interruption, et de rassembler toute sa concentration. Son amie comptait sur elle. Et elle ferait tout pour tre la hauteur...

Chapitre 32 : Une cit livre aux flammes

Il faisait un temps abominable en cette nuit de dbut d'automne. Un temps de pluie, d'orages incessants, et d'clairs. Un temps de fin du monde. Mais Link ferait tout son possible pour empcher ce dsastre.
Fonant dans les ruelles, il venait en aide toutes les dizaines de mtres des soldats acculs contre les maisons. Les stalfos et autres monstres repoussants qui se dversaient dans les rues avaient dj pris le contrle des principaux accs. Ils se dispersaient maintenant dans toute la ville pour massacrer les dfenseurs qui avaient d battre en retraite rapidement. La bataille tournait la course-poursuite effrne. Et mortelle.
"Parfois, il est malheureusement trop tard", songea tristement Link en enjambant le cadavre dmembr d'un soldat. Les dfenseurs hyliens taient trop peu nombreux, leurs seules chances taient de profiter du terrain au maximum. La nuit et la pluie battante ne jouaient hlas pas en leur faveur.
Le Hros du Temps para au dernier moment un jet de lance qui avait manqu de l'empaler au mur le plus proche. Il chercha un adversaire du regard, mais bizarrement, rares taient les cratures faire attention lui. De colre, il dcapita promptement un effroi qui s'effondra en un clin d'oeil.
Cessant le combat direct, il se mit courir aussi vite que possible vers les portes de la cit. Une vision d'horreur l'y attendait, et Link ne put que marquer un lger temps d'arrt la vue de la porte arrache de ses gonds et aux nombreux corps, tous camps confondus, qui gisaient l sans vie.
Cette minuscule pause en plein milieu du champ de bataille qu'tait devenue la cit d'Hyrule manqua de lui coter la vie. Une monstrueuse crature difficilement reconnaissable bondit sur lui, jaillissant de nulle part. L'hylien se jeta en arrire et roula dans le sol tremp, vitant de peu des griffes qui laissrent leur marque dans sa tunique de la couleur idale en cette nuit sanglante ; les tuniques gorons taient toujours d'un rouge vif.
Les penses conscientes de Link s'effacrent peu peu pour qu'il ne se focalise plus que sur la bte qui lui faisait face, en l'occurrence une sorte de loup-garou aux poils blancs, tout droit sorti d'un cauchemar. Au fond, c'tait toujours pareil. De la simple crature vgtale de la fort aux terribles hache-viandes, tous les ennemis qu'il avait affronts ne lui avaient jamais pos de problmes. L'esprit entran d'un guerrier n'avait plus de place pour la peur, proccup par la seule issue du duel.
Ou bien Link pourrait vaincre ce nouvel adversaire, ou bien il n'y survivrait pas. Un sourire imperceptible naquit sur son visage.
Ce fut le moment que choisit le loup pour bondir nouveau, avec une rapidit extraordinaire. La garde de Link tait toutefois tout aussi rompue au danger, quel qu'il soit. Le bouclier de l'hylien heurta la crature en mouvement et la projeta sur le ct, laissant la gorge de la bte dcouvert pour un coup meurtrier.
Link sentit la douleur de son paule se rveiller et serra les dents. Tendant le bras au maximum, il dlivra un coup matris la perfection qui ne manqua pas sa cible...

*****

Au mme instant, la muraille sud de la ville.
Impa voulait beaucoup de choses. Elle ne demandait d'ordinaire jamais rien pour elle-mme, mais les circonstances taient pour le moins particulires. Et dsastreuses. Aussi implorait-elle silencieusement les Desses de lui accorder leur aide. Si c'tait encore possible.
Elle aurait souhait avoir davantage d'espace pour porter ses coups. Mais aussi que ses adversaires inhumains cessent de pousser des hurlements bestiaux. Et de l'air, oui, elle aurait vraiment aim cesser le combat pour reprendre son souffle. Et puis pour tre franche, un coin au sec pour se scher un peu n'aurait pas t de refus.
Par-dessus tout, la sheikah aurait aim tre au chteau avec Zelda, ou au village Cocorico, l'abri. Ou dans n'importe quel endroit, mais certainement pas ici. Pas dans cette tempte avec ces trombes d'eau qui tombaient toujours. Pas contre cette mare de griffes et de lames qui tait parvenue l'acculer contre le rempart de la cit, sans possibilit de fuir. Ce qu'elle n'aurait sans doute jamais fait, de toute faon...
"Tenir, je dois tenir", ne cessait de s'encourager le sage de l'ombre.
L'une de ses dagues s'abattit avec vivacit sur un stalfos qui para de justesse avec son bouclier. Impa serra les dents. Elle tait sans doute trop dure avec elle-mme, mais ne pouvait s'empcher de se maudire de finir comme a, battue par de stupides monstres. N'importe qui se serait volontiers merveill de sa vitesse, de la fluidit de ses mouvements et de ses coups mortels qui la maintenaient hors de porte de plus d'une dizaine de cratures en tout genre. N'importe qui, mais pas elle.
Elle se jeta un arrire, manquant de glisser sur les pavs tremps, tout a pour viter un coup de griffe d'une espce de loup-garou particulirement froce. Un lobo gris, probablement. Ce genre de crature tait rarissime en temps ordinaire, et la seule prsence de plusieurs dizaines d'entre eux - d'aprs ce qu'avait pu retenir Impa de l'attaque soudaine - tait sans nul doute la preuve qu'un sorcier tait la tte de ces horreurs. Cela confirmait ce qu'avait laiss entendre Saria, mme si le sage de l'ombre n'en savait gure plus sur cet Athierion, et plus particulirement sur ce qu'il pensait trouver dans la cit.
Malgr ses efforts dignes de louanges pour rsister ces cratures, Impa tait bien consciente que ce n'tait plus qu'une question de minutes avant qu'ils ne parviennent la vaincre. Elle se sentait vacillante, mais mettait cela sur le compte de ce combat acharn.
"Ou peut tre, se dit-elle avec une tristesse coupable, peut-tre que je me fais vraiment vieille."
Alors que la sheikah rassemblait ses dernires forces contre la horde qui avanait inexorablement, un vnement imprvu fit basculer la situation en sa faveur. Un vnement qui prit la forme d'une vole de flches et de tranes enflammes...

*****

Aux pieds de la muraille d'Hyrule, quelques instants plus tt.
Link essuya son visage tremp par la pluie abondante, et tendit son arc devant lui. Le sort tait dj en place, nanmoins c'tait une ide particulirement audacieuse. Et stupide, selon le rsultat. A moins d'une centaine de mtres et un peu plus haut, Impa risquait de succomber d'un instant l'autre. Mais il doutait que des flches ordinaires puissent produire un vritable rsultat.
Il tendit l'arc des fes au maximum, et pronona le sortilge une seconde avant de relcher son premier trait. Aprs a les images de ce qu'il voyait ne furent plus que des flashs flous, tant il tait concentr sur le tir le plus rapide possible. Il ajustait ses flches et tirait une vitesse remarquable.
Une fraction de seconde plus tard, il cessa, dsireux de conserver quelques flches en rserve. Il plissa les yeux, mais les tranes embrases et les lobos qui se jetaient du haut de la muraille pour aller se tremper dans l'eau des douves avaient dj rpondu sa question silencieuse. Oui, son sort avait fonctionn. Le feu magique avait travers la pluie et brl les monstres. Ce n'tait pas encore une victoire, mais c'tait dj un bon rsultat.
Gardant pour plus tard sa satisfaction mrite, le Hros du Temps rangea son arme et, tirant son pe, pronona les paroles qui le mneraient jusqu'au sage en danger :
"Farore, souffle-moi de ton vent !"
L'effet fut instantan. L'hylien n'eut mme pas le temps de se protger les yeux qu'une lumire verte l'emportait en haut de la muraille, derrire les monstres qui taient dsormais dans un dsordre indescriptible. Un des stalfos en revanche tait suffisamment vigilant pour tenter de frapper le nouvel arrivant l'aide d'une masse mtallique rouille. Link ne put stopper le coup qu'au dernier moment, puis parvint se mettre en garde, malgr la pluie battante et les horreurs qui lui faisaient face...

Chapitre 33 : Plus proche que jamais...

A l'extrieur, l'orage ne semblait pas vouloir se calmer. Saria avait du mal s'en rendre compte, les minutes lui paraissaient des heures de toute faon. Toujours est-il que seule la lumire de la foudre et le son du tonnerre rythmaient l'angoisse qui l'treignait depuis le dpart de Link. Elle en avait assez. Cette attente devenait insupportable, d'autant plus qu'elle n'avait absolument rien faire d'ici son retour. Plus que n'importe qui, la kokiri dtestait se sentir impuissante comme a.
Comme Link lui avait demand, le sage avait essay de passer outre la tempte et envoy un message tlpathique Zelda. La Princesse devait tre trop occupe la dfense du chteau, en tout cas cela avait t un chec. Et de trop, tout comme lorsque les derniers sages prsents dans la cit avaient essay de dissiper ces tranges nuages qui noircissaient le ciel.
Tout se dtraquait dans le royaume alors que Saria n'aurait rien aim d'autre qu'un peu de paix aprs le cauchemar que leur avait fait vivre Ganondorf. Et cela devait tre encore pire pour les simples habitants d'Hyrule qui se remettaient encore avec difficult de ce qui s'tait pass. La kokiri se doutait de ne pas tre pas la mieux place pour s'en rendre compte, les kokiris tant toujours d'un naturel joyeux et insouciants, l'image des enfants qu'ils taient.
Saria sursauta soudain, se relevant du banc o elle tait assise depuis trop longtemps. Elle avait entendu un bruit de pas dans l'escalier...

*****

Le Coeur de la Triforce parut dans le Temple du Temps en l'observant sous tous les angles, un peu surpris que le sanctuaire n'ait pas chang malgr le poids des sicles. Athierion grinait des dents sous sa capuche, et sa respiration tait courte, saccade. Une pointe de douleur se diffusait un peu partout dans son corps, mais il en connaissait la raison. Forcer le saint domaine et ses protections invisibles tait prouvant, mme pour lui. Malgr ce got amer, il savourait son triomphe prochain, et dvora de ses yeux rouges la Porte du Temps qui lui faisait face. Mme au travers de cette porte suppose infranchissable, il sentait le pouvoir de la Triforce. Une puissance brute, illimite et qui bientt lui appartiendrait...
"J'aurais vraiment prfr que vous ne soyez qu'un rve", lana soudain une petite voix, qui tira le dmon de ses penses.
Athierion se retourna trs lentement, comme au ralenti. En vrit il lui tait difficile d'user pleinement de ses capacits tant que les enchantements protecteurs seraient en place. Il fit un effort de volont et s'aperut de la prsence de Saria. Comment ne s'tait-il pas rendu compte plus tt de sa prsence ? Il s'autorisa un lger sourire, mme si la kokiri ne devait sans doute pas le voir. Elle tait si faible... bien sr qu'elle ne pourrait rien contre lui.
Le regard farouche du sage le fit toutefois prendre conscience qu'il ne fallait pas la sous-estimer pour autant. Evidemment, les choses seraient bien plus simples lorsqu'il se serait dbarrass de cette imbcile de Zelda et du Hros du Temps. Mais peut tre tait-il galement temps de rduire sa merci cette folle qui osait le dfier...

*****

Saria plongea son regard dans celui d'Athierion, et vit la mort dans ses yeux. Ses yeux... Ils avaient cette si horrible couleur rouge sang... Les regarder tait peine supportable. C'tait le regard d'un dment, sans aucun doute...
Le sage n'eut mme pas le temps d'avoir peur, parce qu'Athierion ne semblait pas vouloir rester immobile plus longtemps. Du feu jaillissait de ses doigts, pour former une trane ardente qui s'tira comme au ralentit vers le plafond. Saria aurait tant voulu s'enfuir, mais une force inconnue la clouait au sol, comme prive de sa volont. Elle voulut crier, les flammes allaient s'abattre sur elle ! Cela ne pouvait tre qu'un autre cauchemar, encore plus terrifiant que les prcdents !
Alors que la colonne de feu bondissait vers elle dans un crpitement ardent, Saria entendit le son brutal des portes du temple en train de s'ouvrir en grand...

*****

Sans perdre une seconde observer la scne, Link bondit. Cela commenait faire beaucoup pour une seule journe, d'autant que le soleil s'tait couch depuis longtemps, mais le Hros du Temps retrouvait avait un vif plaisir ce qui lui avait vraiment manqu au cours de ces deux dernires annes. La fureur du combat. La joie sauvage qui l'envahissait lorsque son corps usait rellement de toutes ses capacits de guerrier. Et mme au-del de a, la satisfaction de se rendre utile, de protger Hyrule du mal, d'accomplir... quelque chose.
Le solide bouclier de l'hylien arrta la majeure partie du jet de flamme, et Link ne se proccupa gure des quelques flammches qui flamboyaient encore. Sa tunique goron pouvait rsister bien pire que a, il le savait parfaitement. Mme s'il ne voulait surtout pas quitter l'homme en noir du regard, il se retourna une brve seconde pour vrifier que Saria allait bien. Et heureusement c'tait le cas, son amie en serait quitte pour une simple frayeur...
Il s'avana de quelque pas, les jambes flchies, le bouclier tendu, le visage grave et impntrable. Du coin de l'oeil, il distinguait la silhouette d'Impa qui se mettait-elle aussi en position pour couper toute retraite au sorcier. Ils n'allaient certainement pas laisser ce type leur fausser compagnie. Mme s'il s'en dfendait, Link avait envie de tuer cet homme. A chaque seconde o il le regardait, il avait l'impression de le voir sourire sous sa capuche, et cela ne faisait qu'attiser sa colre. La mort d'Epona ne serait certainement pas impunie. Ce qui l'inquitait davantage tait la prsence de ce sorcier ici, alors que Zelda tait...
Un rire moqueur le tira de ses penses, et malgr lui, le fit frissonner. Un rire mis par Athierion, sans qu'il ne regarde personne en particulier. Pas le rire de Ganondorf ou d'un autre cingl du genre. Non. Un rire lourd et sec, presque inquiet. Un rire sans joie. Juste du... vide...
"Vous tes si... prvisibles ? Je ne sais pas, vous auriez pu faire quelque chose de moins misrable que vous contenter de me suivre la trace... Ce n'est pas trs... imaginatif... "
Athierion rit encore, se moquant visiblement compltement d'tre encercl - ou qu'il n'y ait rien d'amusant dans ses propos. Toutefois ses paroles ne vexaient mme pas Link. Les insultes avaient beau tre une perte de souffle et d'nergie, elles avaient ouvert tous ses combats par le pass. C'tait presque une tradition.
Impa semblait sur le point de passer l'attaque, mais la dernire rplique du dmon les cloua tous sur place :
"Maintenant si vous voulez bien m'excuser... Il me semble que cette chre Zelda m'attend... "
Une explosion des plus inattendues les projeta tous au sol, alors que le Coeur de la Triforce disparaissait dans des volutes de fume noire, bien dtermin revenir au plus vite rclamer son d...

Chapitre 34 : Fuir, toujours fuir...

Impa n'interrompit pas immdiatement le silence qui avait suivi la disparition d'Athierion. Disparition... Bon sang ! Si seulement ce type n'avait jamais exist ! La sheikah ne le connaissait pas le moins du monde, et se fichait pas mal de ce qu'il dsirait vraiment. Mais aprs tout ce qu'ils avaient d accomplir, eux, les sages, c'tait vraiment insupportable de voir les choses se rpter comme par le pass.
Non que le moment fut le bienvenu pour regretter ce qui leur arrivait, ou verser dans la mlancolie. Impa avait des problmes urgents, et pas seulement le fait qu'elle parvienne peine retrouver son souffle ou qu'elle ne soit par certaine de vouloir savoir quelle partie de son corps lui faisait le plus mal. Non. Le vritable problme tait plutt de dcider en commun de ce qu'ils devaient faire prsent. Le temple pourrait tre l'abri de Saria pendant qu'elle et Link...
La voix du Hros du Temps coupa durement le cours de ses penses.
"Impa, tu vas faire sortir Saria par les souterrains de la ville. Maintenant.
-Tu plaisantes, j'espre ? s'cria immdiatement la concerne. Je n'ai pas l'intention de me dfiler, et ne me fais pas croire que tu vas t'en sortir tout seul cette fois."
Saria, qui semblait plus que mal l'aise depuis un moment, en profita pour intervenir.
"Link, elle a raison. Ne soit pas stupide, je t'en prie, je peux trs bien partir l'aide d'un sort, et me mettre l'abri...
-C'est exactement ce que ce type veut, j'en suis sr. Impa va te faire sortir de la ville et ensuite vous irez chercher Darunia et les autres. Ne perdez pas plus de temps, des monstres peuvent arriver d'un moment l'autre... "
Comme si tout avait t dit, Link se dirigea vers la sortie du temple, sans un regard pour ses deux amies. Son visage avait beau tre de marbre, il paraissait bouillant, sous la surface. Exaspre par son attitude, Impa lui lana soudain :
"Et que comptes-tu faire puisque tu es si malin ? Chasser tous les monstres de la cit peut-tre ?" La sheikah avait fait tout son possible pour donner ces mots du ridicule ; la rponse de l'hylien ne se fit pas attendre...
Et elle fut sans appel :
"Je vais au chteau. Je vais chercher Zelda."
Link se retourna une dernire fois, regarda Saria, puis Impa, et, un sourire tranquille aux lvres, il disparut l'extrieur du Temple du Temps...

*****

"Je persiste dire qu'il s'est bien moqu de nous", pesta Impa haute voix, parlant plus fort que ncessaire pour couvrir le bruit de la pluie.
L'autre sage ne rpondit pas, et ferma les yeux, imaginant un aprs-midi d't tranquille, dans sa fort natale. Il n'aurait pas fait aussi froid ce moment-l. Le souvenir ne dura qu'une poigne de secondes mais rconforta un peu Saria, qui grelottait. Toute cette pluie... ce n'tait pas naturel...
La kokiri se fora faire moins de bruit, et se plaa davantage contre le mur, imitant la posture d'Impa. Elles devaient toutes les deux tre prudentes l'extrme, sans quoi elles n'auraient vraisemblablement plus l'occasion de profiter de la douceur d'une quelconque journe d't. Il leur fallait encore atteindre l'entre des souterrains avant de pouvoir quitter la ville. Et jusque l, mieux valait tre aussi discret que possible pour viter les monstres qui rdaient dans les parages, veillant ce qu'aucun hylien ne trane dans les rues.
Saria n'aurait eu qu'une vague ide de l'entre de ces fameux souterrains si Impa ne lui avait pas fait quelques rvlations d'urgence avant de quitter le Temple du Temps. Elles ne pouvaient pas exclure la possibilit d'tre spares avant d'atteindre la sortie de la ville. Quel dommage que la porte principale soit impossible franchir...
Impa avait beau rl tant et plus, elle se faisait autant de soucis pour Link que Saria. C'tait trs imprudent de sa part d'tre parti pour le chteau seul, et pire encore avec le peu d'quipement qu'il avait encore. La dernire fois, lorsqu'il s'tait oppos Ganondorf, le Hros du Temps avait au moins pu compter sur l'aide des sages. Comment allait-il pouvoir rditer un exploit semblable sans leur aide ?
"J'espre que je ne fais pas la pire erreur de ma vie..." songea Impa en faisant signe Saria de la suivre.
Les deux sages s'engagrent dans une ruelle plus troite que la prcdente, et plus sinistre aussi. Des restes macabres des combats peine achevs trnaient un peu partout, et Impa prfrait ne pas trop penser ce dans quoi elle tait en train de marcher...
Elle s'arrta de nouveau, quelques mtres seulement de l'entre des souterrains. Derrire elle, la sheikah perut que Saria faisait de mme. C'tait bien. Malgr ce qui leur barrait encore la route, la situation n'allait pas forcment empirer.
Les sens encore aiguiss de la vieille sheikah percevaient distinctement la prsence tnbreuse d'un lobo, dont le poil noir cette fois-ci lui permettait de se fondre quasi parfaitement dans la nuit. La crature devait probablement tre en train de farfouiller dans les ordures, il n'y avait pas d'autres raisons sa prsence dans cette ruelle qui finissait en cul-de-sac.
"Quel animal rpugnant..." se dit Impa. Elle tcha de masquer son dgot, chose qui ne servait personne, et tenta doucement quelques pas en avant.
Malheureusement pour elle, un craquement sonore se fit entendre. Le sage ne put s'empcher de serrer les dents. Elle avait d, par mgarde, mettre le pied sur un morceau d'os ou quelques immondices du genre. Les rues ressemblaient dsormais un infme champ de bataille...
"Pourvu que ce lobo ne flaire pas notre prsence", eut-elle le temps de penser en faisant mine de tirer son poignard.
Et puis tout se brisa.
Le lobo se jeta vers les deux sages cet instant prcis, affam, les yeux ivres de sang. Impa voulut bondir au contact, mais la prsence de Saria, qui venait d'avoir le rflexe dangereux de s'agripper elle, lui fit prendre conscience qu'elle n'aurait pas le temps de tirer son arme.
En dsespoir de cause, elle roula au sol, pour bientt sentir l'haleine ftide de la bte qui tait dj sur elle...

Chapitre 35 : O l'Histoire se rpte...

Toute cette histoire n'tait pas normale, Link sentait confusment cette vrit. Au fond de lui, l'hylien commenait srieusement regretter d'avoir renvoy sans faon Impa et Saria. C'tait peut-tre dangereux qu'elles restent mais au moins, il ne se serait pas senti aussi seul. Sa fiert en prenait un coup, mais il savait dsormais que combattre seul risquait d'tre la pire erreur de sa vie.
Non que le Hros du Temps ait rencontr une quelconque difficult qui l'ait amen se remettre en question. A cet instant prcis, il poursuivait sa route et montait vers le chteau royal sans rencontrer la moindre opposition. Quelques cratures avaient tent de lui barrer la route la sortie de la ville, mais alors qu'il traversait discrtement le parc qui menait au chteau, aucun ennemi n'tait en vue.
"Quel genre de pige ce dgnr a-t-il pu inventer ?" se demandait Link en guettant l'entre, o nul garde n'tait visible.
A priori, rien n'indiquait que le palais fut pass sous le contrle d'Athierion. Il devait y avoir une bonne trentaine de soldats qui protgeait Zelda, pourtant, si combat il y avait, des traces et des bruits auraient d le prouver.
La nuit tait d'un calme total, la pluie ayant depuis peu cess de tomber. Optimiste de nature, Link aurait voulu y voir un cho positif, mais ces sombres nuages qui masquaient la lune et les toiles ne le rassuraient gure...
Il faisait froid, et Link craignait que l'immobilit ne finisse par engourdir ses membres. Dcidant de passer l'action sans attendre davantage, il fona vers l'entre du chteau. Malgr ses craintes et les scnarios qu'il avait brivement imagins, rien ne l'interrompit dans sa course.
Le pont-levis tait bien videmment ferm, l'hylien contourna donc l'entre principale. Il fit le tour des douves, et se dirigea vers un passage dont personne ne connaissait l'existence. Ce coin recul des alentours du chteau tait oubli depuis des annes, et Link n'avait jamais vu personne par ici.
L'hylien ne put s'empcher de constater quel point l'Histoire, son histoire, n'tait qu'un ternel recommencement. Cela n'aurait probablement pas d tre tonnant, il tait le Hros du Temps. Le destin semblait toujours vouloir le mettre dans des situations impossibles, avec un sens de l'humour des plus douteux.
Pourtant ce n'tait nullement de la rvolte que Link ressentait en cet instant, mais une pointe de nostalgie, celle d'un temps o la vie tait plus heureuse pour lui, pour le monde. Ce minuscule passage d'o sortait un mince filet d'eau lui rappelait tellement de souvenirs. C'tait un minuscule conduit d'vacuation d'eau, o seul un enfant aurait pu se glisser, et pourtant il signifiait beaucoup plus pour celui qui le regardait prsent.
"C'est par ici que je suis entr pour la premire fois dans ce chteau o j'ai rencontr Zelda..." songea rveusement Link. Tout cela lui paraissait si loin, aujourd'hui. C'tait ailleurs, dans une autre histoire...
L'hylien s'approcha du conduit, et observa ce qui se trouvait de l'autre ct. Il faisait nuit noire, mais il distinguait vaguement la sortie. Un sourire furtif claira son visage. Il tait peut tre beaucoup trop grand pour passer par cette ouverture, mais tant qu'il pouvait voir son point d'arrive, aucun mur au monde ne pourrait le stopper.
"Farore" implora-t-il doucement "Souffle-moi de ton vent... "
Pendant un instant, seul le silence rpondit la courte prire que Link venait d'envoyer sa mre spirituelle. Puis une bourrasque venue de nulle part balaya le visage de Link et le dcoiffa. Loin d'tre agac, Link sourit et s'offrit le plaisir d'en rire, alors que son corps disparaissait dans un clair vert.
Quelque secondes plus tard, le Hros du Temps reprenait forme de l'autre ct du mur, plus dtermin que jamais. Il fit glisser d'une lanire le bouclier qu'il transportait sur son dos. De sa main droite, il tira l'pe de Lgende de son fourreau, et contempla un instant ses armes. L'une et l'autre avaient un peu souffert de ses deux annes passes pendouiller sans tre utilises.
"Ne vous en faites pas, se promit Link, de nouveau srieux. Vous aurez bientt l'occasion de vous rendre utiles..."

*****

Pendant que Link infiltrait le chteau la recherche de Zelda, la noble Impa accomplissait contrecoeur le service que son ami attendait d'elle. A savoir sortir discrtement de la ville alors que tout le monde aurait eut besoin d'elle ici ! Mettre Saria l'abri tait une chose, cela n'tait pas de l'esprit de la sage que ce n'tait pas l qu'elle aurait t le plus utile.
"Mais comme d'habitude, ce maudit ttu n'a rien voulu entendre... Pas tonnant vu la faon dont il traitait Rauru ses derniers temps..."
Le sage repensait sombrement l'attitude de l'hylien au cours des deux dernires annes, sans parvenir discerner ce qu'elle lui reprochait de particulier. Dire qu'elle s'tait mme fait du souci pour lui tout l'heure ! C'tait toujours le cas bien sr, mais dsormais la sheikah ne pouvait se dfaire de l'impression qu'elle allait rater quelque chose. La seule ide que Link ait voulu la faire partir parce qu'il craignait pour sa vie la vexait profondment.
De son ct, Saria n'tait gure plus bavarde. Elle n'avait jamais t trs proche d'Impa mais percevait nettement l'nervement de cette dernire. C'tait peut tre d au combat acharn que s'taient livrs le sage et le lobo l'entre des souterrains. Quelle que soit la vritable raison, l'ambiance tait morose, chacun des sages perdus dans ses penses et ses propres peurs.
Les souterrains se prolongeaient, froids, humides, et terriblement lugubres. De mauvais courants d'air soulevaient de temps autre la poussire qui s'tait accumule depuis longtemps. Saria ne parvenait pas se reprer dans ce ddale, mais Impa ne semblait gure hsiter lors des quelques changements de direction. Le bruit de leur pas rsonnait dans les tunnels, accompagn de l'eau qui ruisselait par endroits...
"On approche de la sortie." lana Impa au bout de ce qui leur parut une ternit.
Le soulagement tait perceptible dans la voix de la sheikah. Elles empruntrent une vole de marches qui les menrent rapidement une entre discrte, dissimule dans un recoin de la muraille est. Saria aussi en fut heureuse. Ces souterrains taient vraiment trop... angoissants. Surtout de nuit...
"Maintenant, il ne manque plus que Link... Et Zelda," pensrent-elles de concert.

Chapitre 36 : De larmes et de sang...

Il ne pleuvait plus, mais Link n'avait pas souvenir d'une nuit aussi glaciale. Il ne voulait y voir aucun prsage ridicule. L'Hylien avait trop de sens pratique pour cela. Quelles que fussent les horreurs qui l'attendaient dans ce chteau, il les affronterait la tte haute.
Ou du moins le croyait-il...
Rien ne filtrait sur son visage alors qu'il traverserait ce couloir menant au jardin, ce mme jardin qu'il avait dcouvert, neuf ans plus tt... a avait t une matine de soleil et de printemps... un jour tellement diffrent de cette sombre nuit d'automne...
C'tait avant toute cette histoire de Hros du Temps, lorsqu'il tait plus qu'un enfant, un Kokiri parmi d'autres... c'tait le temps de l'insouciance, puis tait mort l'ancien Arbre Mojo, et on l'avait plong dans une histoire pour adultes...
Le Hros du Temps s'arrta un moment, au seuil de ce jardin qu'il ne voulait pas regarder. Il y tait bien oblig, et il le savait. Il avait accept depuis longtemps ce qu'il tait, ce que le monde attendait de lui... Il irait jusqu'au bout de cette nouvelle bataille. Une certitude tait ancre en lui : Zelda tait encore dans ce chteau... ainsi qu'Athierion...
Link marcha jusqu' dcouvrir ce jardin, si semblable celui qu'il avait dcouvert enfant... et si diffrent... Il y avait toujours de magnifiques fleurs, mais sans la prsence de Zelda, prs de la petite fentre donnant sur la salle d'audience... Ce lieu lui semblait tellement moins chaleureux...
Il ne put rsister l'envie de s'approcher de cette fentre. Le temps filait, mais Link tenait revoir cet endroit, o il s'taient tenus tous les deux, une ternit plus tt... Ici, il avait rencontr Zelda, lorsqu'ils n'taient que des enfants... Ici tait ne l'aventure d'une vie, de leur vie...
Elle tait l, il le savait, il le sentait. C'tait impossible qu'elle soit... Il sursauta, ayant cru entendre un mouvement, derrire lui... C'tait impossible, a ne pouvait pas tre... Il fit volte-face, voulant en tre sr... Face lui se tenait...

*****

Lorsque la Princesse Zelda d'Hyrule s'approcha de Link, qui lui tournait le dos, elle n'eut qu'une envie, celle de s'enfuir le plus loin possible. Ce qu'elle allait accomplir, ce qu'elle s'tait fix elle-mme, comme un dfi... Cela la terrifiait, encore plus que toutes les consquences qui en dcouleraient... Elle n'tait pas stupide, mais la balance de son quilibre intrieur lui semblait osciller entre le bon et le mauvais ct... Son indcision la dgotait...
"Zelda..." Le sage sursauta et releva la tte qu'elle avait baisse malgr elle.
Link tait en train de la regarder, depuis un moment sans doute. Son visage exprimait bien la gravit du moment, mais dans ses yeux azur, Zelda pouvait retrouver l'innocence et la navet qui lui avaient tant plu jadis... Non, il fallait qu'elle arrte de le regarder, ou bien...
"J'avais tellement peur pour toi... " murmura l'Hylien en serrant la Princesse dans ses bras.
Zelda rougit, puis, le premier moment de surprise pass, ferma les yeux et posa la tte contre l'paule de Link. Qu'elle se sentait bien ainsi... Elle avait l'impression de rver, mais la nuit pouvait-elle vraiment jouer ce genre de tour ? C'tait trop rel, heureusement... Pourquoi un aussi beau moment ne pouvait-il durer ? Les Desses taient cruelles... Mais Zelda avait l'intention de changer tout a...
"Il est ici, n'est-ce pas ?" demanda le Hros du Temps, en se dgageant doucement.
"Hlas... Des dizaines d'horreurs en tous genres ont dferl sur le chteau... Nos dfenses ont malheureusement t insuffisantes, et maintenant, nous devons fuir, Link... "
Zelda n'avait pas choisi ces mots au hasard. Elle savait parfaitement que la fiert de Link le pousserait adopter la solution inverse. Elle le connaissait bien, il aurait toujours t le dernier partir, quelque fussent les circonstances. C'tait sa faon d'tre, sa nature, d'tre courageux. Triforce ou pas...
"Je ne partirai pas d'ici avant d'avoir fait payer ce monstre, Zelda... " rpliqua-t-il, comme l'avait prvu la Princesse.
"Athierion est dans la salle du trne, j'imagine ?" poursuivit le Hros du Temps. "Parfait, allons donc lui rendre une petite visite..."

*****

Le Coeur de la Triforce n'avait pas encore ras ce trne insipide qui reprsentait ses yeux une poque dj disparue, mais cela ne tarderait gure. Au travers des multiples cratures qui sillonnaient et surveillaient son nouveau domaine, il sentait l'approche inexorable de ses deux invits. Un sourire moqueur le distrait un moment, savourant l'avance les ultimes tapes de son triomphe. Une fois qu'il serait dbarrass de ces deux-l, Hyrule lui appartiendrait compltement.
"Athierion ! Montre-toi si tu l'oses !" lana bravement Link, en ouvrant la porte avec fracas.
"Aussi prvisible soit-il, ce petit hros a du panache..." pensa le dmon, en se levant sans empressement du trne.
Les deux ennemis s'approchrent de quelques pas, chacun d'un bout de la pice. Du coin de l'oeil, Athierion vrifia ce que faisait Zelda. Juste au cas o cette pauvre petite aurait eu la mauvaise ide de le trahir...
"Tu es un monstre et un assassin, Athierion !" cria Link, qui contenait mal sa rage prsent. "J'ignore ce que tu veux, pauvre dment, mais tu peux tre sr que je t'enverrai en enfer avant l'aube !"
Cette tirade manifestement bien rpte fit rire le Coeur de la Triforce. Mourir, lui ? Le petit pantin des Desses ne savait visiblement pas qui il avait affaire. L'aurait-il su, a n'aurait gure chang son sort, prsent qu'il allait subir le coup de grce.
Le dmon ne put rsister l'envie d'assener une dernire remarque qui ferait bouillir son adversaire :
"C'est une vision trs optimiste, mon ami... J'imagine que lorsque tu m'auras vaincu, je pourrais passer le bonjour ton canasson... Comment s'appelait-elle dj ? Epona ?"
Link brandit son pe et hurla de haine. Son monde se rduisit presque Athierion, et l'espace qui les sparait encore. Le Hros du Temps n'eut qu'une envie, bondir sur ce dment et le tuer.
Un instant avant de se ruer l'attaque, il vit un clair gristre, le mouvement flou d'un bras qui tenait une dague.
"Zelda ? Qu'est-ce que tu... " Link n'acheva jamais cette question.
"Dsol, mon amour... " souffla la Princesse d'Hyrule, avant d'enfoncer son poignard dans l'paule blesse de son ancien ami...
Et le monde autour de Link lui sembla exploser...

Chapitre 37 : me de nuit, me de tnbres...

Un autre pan de mur explosa dans un fracas dmentiel.
Ni Link ni Athierion ne cilla, le premier tant fort occup chapper au second. Mais malgr l'intensit terrifiante de leur affrontement, qui en peine plus de dix minutes avait dj transform la salle du trne en ruine fumante, aucun des deux adversaires ne paraissait vraiment concentr sur ce duel.
Et les coups continuaient de pleuvoir, davantage d'un ct que de l'autre cependant. Rien n'indiquait jusqu'ici la prdominance d'un des combattants sur l'autre, et leur affrontement se poursuivait dans un cauchemar de bruits discordants.
Pas une parole n'avait t change depuis que Zelda avait quitt la salle, et bien malin aurait t celui qui aurait prdit l'issue de ce dernier combat...

******

L'me d'Athierion tait plonge dans les tnbres. Parmi les penses qui l'habitaient, l'une des plus importantes tait la haine.
La Haine.
Celle qui, brlante, le consumait de l'intrieur et ne s'apaisait que dans la destruction la plus brutale. La haine qui l'animait, celle qui tait sa force, la cause et l'aboutissement de son dsir de vengeance. Cette haine qui tait sa raison mme d'exister, sa nourriture vritable depuis des sicles...
Le dmon dtourna d'un revers de sa lame une flche un peu trop prcise, qu'il brisa net. C'tait si facile de dtruire le monde qui l'entourait... de l'ordonner comme il le souhaitait... L'Hylien tirait plutt vite, mais il n'tait pas parvenu une seule fois le toucher...
Athierion la sentait de tout son tre divin, cette haine. Comme il percevait son corps, son esprit, cette haine tait dsormais une partie de lui. Quelque chose de lui qu'il offrait au monde, et cet Hylien, sous la forme de flammes, d'clairs, de cris enrags et de coups mortels.
Le Coeur de la Triforce se librait dans la rage du combat, de toute sa frustration, de ses longs sicles d'attente o toute cette haine n'avait fait que prosprer, o elle s'tait dveloppe en lui, comme des ronces, jusqu' touffer le reste... et prendre toute la place...

******

La peur.
Cette peur de la mort que Link croyait avoir dissimule au plus profond de lui et qui, sournoisement, remontait la surface au moment le moins opportun.
Cette terreur instinctive et animale agitait son esprit, et alors qu'il aurait eu besoin de toute sa volont, sapait sa volont de l'intrieur. Il se sentait perdu, et le danger de mort qui l'entourait dans cette nouvelle arne lui paraissait presque moins dangereux que sa confusion intrieure.
Jaillissant de la fume omniprsente, la longue lame d'Athierion fondit sur lui. Link carquilla les yeux et ne para qu'au dernier moment, avec beaucoup de difficult, l'aide de son bouclier. Alors que le Hros du Temps se prparait plusieurs passes acharnes, Athierion rompit le contact et disparut nouveau.
Ce dmon se tlportait-il autour de lui ? A mesure que ses forces s'amenuisaient, s'coulaient, comme le sang de son paule blesse, il craignait de plus en plus les apparitions du dmon. Link parvenait stopper net les clairs et autres attaques distance d'Athierion, mais la terreur le submergeait lorsque son ennemi lui bondissait la gorge. Il craignait trop de voir ses yeux. Ou plutt son oeil. Un oeil de sang qui ne refltait que la mort, et une haine sans nom ni raison...
L'oeil du dmon...
Ce n'tait que maintenant, au plus fort de ce duel terrible, que Link le comprenait. Il comprenait prsent quel point Zelda avait eu raison, quel point leur retirer leur part de Triforce avait t une erreur. Il se trompait peut-tre, mais avec elle, c'tait son courage qui s'tait amoindri, sa confiance en lui-mme. Comme si la relique avait agi comme une ponge et l'avait priv d'une partie de son tre. Une impression drangeante... et terrifiante...
Ce que la Princesse de la Destine sentait confusment depuis des mois, le Hros du Temps n'en faisait l'atroce dcouverte qu'au pire moment. Il dcouvrait sa peur la plus longtemps contenue... La peur de l'chec...

*****

La rage.
Cet autre cho secouait le Coeur de la Triforce jusqu'au plus profond de son me obscurcie. Il la sentait jaillir, cette rage trop longtemps dissimule, l'autre reflet de sa haine illimite. Il sentait sa rage monter, comme une flamme ardente, et illuminer le nant dvast de son coeur...
Athierion projeta une nouvelle salve de rayons enflamms, que sa proie n'esquiva qu'en se rfugiant derrire une colonne de pierre qui tenait encore debout. La salle tait entirement ravage, les murs lzards, tandis que les tapisseries achevaient de se consumer dans l'enfer ambiant.
Il voulait la faire jaillir, cette rage, Athierion. Rien d'autre ne pouvait davantage le ravir en cet instant que le dchanement des flammes, le chaos de la fume et la peur de son ennemi. Sa colre s'alimentait d'elle-mme, en un cercle vicieux, dont l'origine et l'objectif n'taient rien d'autre que sa vengeance qui l'attendait comme un dernier espoir.
Vengeance contre les Desses, vengeance contre le monde, vengeance contre lui-mme...
Athierion hurla en projetant une norme sphre incandescence, qui acheva de rduire la colonne en poussire. Du coin de l'oeil, il aperut Link, qui aprs avoir roul au sol, ajustait une flche son arc. Un battement de cil plus tard, elle fusa vers lui.
La lame du dmon fut plus rapide encore, et cassa net le trait dont les morceaux se dispersrent. La rage envahit entirement le coeur et le visage du dmon. Ce pathtique moucheron venait d'essayer de le tuer, Lui, un dieu. Ce sur quoi tous deux taient d'accord, c'tait que l'un d'entre eux ne sortirait pas de cette salle sur ses deux jambes...

*****

L'me de Link tait plonge dans la nuit. Parmi les doutes qui le tourmentaient, le plus horrible tait la souffrance.
Sa souffrance.
Non pas celle qui, depuis un temps qui lui paraissait une ternit, dchirait son paule. Le poignard avait travers les bandages, entaillant profondment sa peau.
Non, c'tait bien pire. La simple pense de ce que Zelda avait fait, de ce qu'elle venait de lui faire, avec toutes les consquences que cela pouvait avoir, tout ce qu'elle avait voulu depuis tout ce temps...
Elle l'avait trahi. Leur Princesse les avait tous trahis.
Link serra les dents pour ne pas crier sa souffrance et contra les assauts furieux de son adversaire. Leurs deux lames se frappaient l'une l'autre avec force, toutes techniques abandonnes au profit d'un affrontement de force brute. Ce n'tait pas ce que le Hros du Temps aurait souhait, son bouclier devenait quasiment inutile, mais il n'y pouvait rien. Il ne pouvait plus rien. Le got du sang pointait dans sa bouche. Link luttait pour ne pas vomir devant l'ampleur de cette trahison...
"Elle nous a tous trahis pour ce monstre..." maudit Link en parant un coup qui l'aurait dcapit. Le duel atteignait son paroxysme, alors que les deux pistes s'changeaient des coups qui mobilisaient toute leur nergie.
Une nergie que Link sentait fuir de son corps inexorablement, mesure que sa souffrance le rongeait, que son sang s'coulait. Il avait si mal, si froid, malgr ces flammes et cette fume cre. C'tait insupportable, des larmes de douleur lui vinrent aux yeux. Il n'avait plus d'nergie, plus de Triforce, plus de confiance en la victoire, cette victoire si prcieuse qui...
Un choc mtallique sonore. Link sentit son bras partir sur le ct. Il lcha son bouclier, incapable de rsister la force du coup, et chuta en arrire. Il ferma les yeux, gardant par bravoure la main sur l'pe de Lgende, et attendit la frappe qui allait le tuer.
Qui n'arriva pas.
Un long silence suivit, jusqu' ce que Link finisse par rouvrir les yeux et contempler le sourire triomphant d'Athierion, que l'on distinguait sans peine sous sa capuche noire. Il eut un petit ricanement, avant de questionner celui qu'il venait de mettre terre.
"H bien, hros de pacotille, pensais-tu que j'allais t'offrir une belle fin tragique ? Dsol, a aurait t... trop facile... " se moqua Athierion.

Chapitre 38 : La Chute d'Hyrule

Le sourire d'Athierion n'avait pas disparu. En fait, celui-ci semblait si content par la situation qu'une vritable joie s'tait peinte sur son visage.
"Debout, Link ! Tu ne vas quand mme pas abandonner maintenant ?" Le rire du dmon retentit nouveau.
Par un immense effort de volont, le Hros du Temps se fora se remettre debout. Son adversaire n'tait pas si diffrent de Ganondorf en fin de compte. Il le regardait bavarder en arpentant la salle d'un bout l'autre. C'tait assez dconcertant, mais si ce monstre baissait sa garde, mme un court instant...
"Tu ralises quel point les gens attendent de toi que tu les sauves, petit hros ? C'est admirable l'espoir qu'ils placent en toi, n'est-ce pas ? Et dire qu'il ne m'a valu que quelques semaines pour... "
Athierion poursuivait son discours, comme un acteur de thtre, sans prter la moindre attention Link. Une attitude que l'hylien jugeait incomprhensible, aprs le combat acharn qu'ils s'taient livr. Ce fou tait donc si sr d'en avoir fini avec lui ? S'il se rapprochait, encore un peu plus...
"Il faut bien reconnatre que vous avez tous t pitoyables, toi le dernier cependant. On ne peut que dplorer la ngligence de ses soi-disant sages, mais quoi s'attendre d'autre d'individus aussi ridicules, choisis par vos misrables Desses... " continuait Athierion.
Un sourire presque sadique passa comme une ombre sur le visage de Link. Il tait juste assez prs, il tenait maintenant l'occasion d'en finir avec ce monstre, de mettre fin ce cauchemar, il n'avait plus qu'a...
"Din, prte-moi ton feu !!!" hurla Link, en fonant sur Athierion.
Une vague de flamme jaillit dans l'instant dans les paumes ouvertes de Link. Son pe chuta prs de lui, alors que tout lui semblait s'tre ralenti d'un seul coup. Mais il s'en moquait, il ne voyait plus que son ennemi, ses vtements noirs qui seraient calcins en mme temps que lui. Mais tait-il normal que sa silhouette lui paraisse bizarrement floue ? Un effet de la chaleur ? Et pourquoi...
"Pauvre idiot." dit schement Athierion, juste avant d'attraper Link la gorge, ignorant compltement les flammes qui ne firent que l'effleurer, comme sous l'action d'une force invisible...
"Tu n'est qu'un imbcile" murmura le Coeur de la Triforce, en tranglant peu peu sa proie, avec une force surnaturelle. "Ne prononces plus jamais l'un de leur nom devant moi !"
Link tenta vainement d'aspirer une bouffe d'air, puis tomba brutalement en arrire lorsqu'Athierion le libra. Il eut peine le temps de reprendre ses esprits avant de subir de plein fouet un coup de pied la tte.
"Debout, espce de moucheron. Bats-toi !" exigea Athierion, en faisant siffler l'air avec son pe.
Link cracha un peu de sang, puis reprit la poigne de son pe et, d'un seul mouvement, se releva pour abattre l'pe de Lgende vers la gorge de ce monstre. La propre pe de celui-ci stoppa le coup.
Le choc des aciers rsonna dans la salle vide. Le regard des deux adversaires se croisa, chacun puisant dans ses rserves d'nergie pour faire plier l'autre.
Ce fut Link qui cda le premier. Athierion le dsarma d'un geste ngligent, envoyant l'pe de Lgende contre le mur le plus proche.
"Je me doutais que tu tenterais de m'abattre." dit calmement le Coeur de la Triforce, comme s'il n'avait pas t interrompu. "Tu es vraiment prvisible, Link, et tes amis te ressemblent. Je savais que tu viendrais ici, pour me dfier. C'est... ton orgueil... "
Athierion rit une nouvelle fois, observant l'air dconfit de l'hylien, alors que son propre visage affichait une expression pouvantablement moqueuse. Il paraissait terriblement satisfait, et amus. C'tait insupportable regarder. Link dtourna les yeux, en reprenant pniblement son souffle.
"Maintenant" dit Athierion en rangeant son arme dans son fourreau, "Je vais te raconter quoi ressemblera bientt Hyrule... "
Link serra le poing malgr lui. Il n'avait pas envie d'entendre ce dment dlirer. Il n'avait rien d'intressant apprendre de lui, c'tait fini. Il avait chou. Des larmes coulrent le long des ses joues, sans qu'il sache bien si elles taient dues la douleur o la honte.
"J'ai eu le temps de rflchir ce que je ferai ce monde, durant mon long exil. Tu ne seras sans doute plus parmi nous pour le voir, mais je ferai en sorte de raser ce royaume, jusqu' ce qu'il retourne au nant d'o nous l'avons fait sortir... "
"Nous ?" releva Link, qui peinait rester debout sur ses jambes. "Qu'est-ce que tu racontes... "
Athierion eut une grimace franchement sinistre, puis se drida et haussa les paules. Il fit quelque pas, jusqu' venir la hauteur de l'hylien, et martela la suite de son discours, avec une fausse joie.
"Je dis bien nous, mon cher petit moucheron. Car autrefois, il y a bien plus longtemps que toi et tes semblables peuvent s'en souvenir, nous tions tout quatre, moi et vos Desses. Et c'est ensemble que nous avons donn vie ce caillou glac qui est aujourd'hui Hyrule !"
Link fut stupfait, et hsita s'vanouir ce moment-l. C'tait trop pour une seule journe. Ce que ce dmon insinuait... c'tait faux, a devait forcment tre faux. Il n'arrivait mme pas mesurer le poids de cette rvlation. La stupeur qui s'tait peinte sur son visage parut amuser son interlocuteur.
"Oh, je ne suis pas surpris que tu n'en saches rien. Je doute qu'il existe une seule personne en votre royaume qui sache vraiment ce qui s'est pass. Mais peu importe, au final." Il recula de quelques pas, et dit, en cartant les bras de manire thtrale.
"Ce qui importe, dsormais, c'est ce qui va se produire, Hros du Temps ! Dsormais, la Chute d'Hyrule est en marche !" hurla Athierion, comme un vritable dment.
Comme pour parfaire ce cauchemar, la capuche de ce dmon glissa d'un seul coup en arrire, rvlant aux yeux embus de Link le vritable visage de cet ennemi qui conduisait Hyrule sa perte. Des cheveux noirs en dsordre, une peau d'une pleur extrme, et un oeil d'un rouge flamboyant. Un seul oeil. A la place de l'autre, il n'y avait qu'une atroce plaie qui dfigurait le Coeur de la Triforce.
Athierion tait borgne.
Link sentit sa dernire tincelle de conscience s'vanouir, ses jambes refusrent de le porter, et, doucement, il ferma les yeux, chutant comme au ralenti, pour chapper ce cauchemar...
Un cauchemar auquel plus personne ne pourrait chapper...

Chapitre 39 : Les Desses regardent l'avenir...

Saint Royaume d'Hyrule
Sanctuaire des Desses
Runion houleuse...

"C'tait un plan stupide. Et ce n'tait pas mon ide, encore heureux... " dit schement une voix.
Cette rflexion tira Farore de ses penses, mais la desse des vents comprit vite qu'elle n'tait pas vise, du moins, pas directement. Les grands yeux doux de la crature sans ge rencontrrent ceux de Din, qui pestait depuis des heures, mais son ane semblait de trop mauvaise humeur pour se laisser calmer si aisment.
Farore se releva un peu sur sa chaise, consciente que cette runion durait beaucoup trop longtemps. Ce n'tait vraiment pas le moment de se disputer, pourtant Din semblait toujours trouver un nouveau prtexte de mcontentement. En l'occurrence, sa colre tait plutt justifie, et c'taient elle et Nayru qui essayaient tant bien que mal de ramener leur soeur de meilleurs sentiments.
De l'avis de Farore, ce n'tait gure brillant...
"Ce genre de choses n'arriverait pas si vous tiez un peu plus attentives", poursuivit Din en faisant les cent pas travers la pice. "Qu'est-ce que a vous cotait de soutenir Link comme moi ? Mais non, vous avez voulu... quoi dj ? Prendre le temps d'observer ? Un vrai succs, encore une fois !"
La temptueuse Desse vint se planter devant Nayru, qui profita de cette pause pour lcher un soupir sonore, ce qui n'eut d'autre effet que d'attiser un peu plus l'ire de Din. Mais elle n'eut pas le loisir de reprendre son monologue :
"Tu t'gares Din. C'est notre meilleure faon de dfendre Hyrule que d'agir ainsi. Par la non-intervention. Tu sais parfaitement que nous ne pouvons pas intervenir comme a chaque fois qu'un problme se prsente..."
"C'est toi qui dlires si tu crois un instant que je vais rester ne rien faire aprs a. Tu nous dis la mme chose chaque fois de toute faon," pesta la desse, en haussant les paules. "Mais n'espre pas de moi que je reste nouveau les bras croiss ! Pas aprs avoir vu ce qu'a fait Ganondorf."
Nayru sembla dcourage par l'attitude de l'autre desse, et reprit lentement, comme on explique un enfant ttu.
"Tu remarquerais si tu rflchissais calmement que Ganondorf a t vaincu par nos champions. Il tait inutile de s'inquiter, tu as vu comme moi qu'ils ont remport la victoire comme prvu. Cette manire de laisser les mortels agir enraye le chaos sans que nous ayons besoin d'agir directement." Elle conclut par ces mots, qui retentirent davantage qu'un coup de tonnerre. "Pas besoin de s'inquiter."
Din parut au comble de l'exaspration et vint se planter juste devant la desse de cette prtendue sagesse. Elle comptait bien lui dire ses quatre vrits.
"Tu n'es qu'une paresseuse toujours satisfaite de toi-mme, Nayru ! Puis-je te rappeler qui avait vu venir la premire que le Gerudo tait fichu de rcuprer un morceau de la Triforce ? Tu ne m'coutes jamais !"
"Et toi, tu pourrais arrter de nous reparler de a chaque fois ? Tu as peut-tre eu raison pour a, mais ce n'est pas la peine d'en faire une maladie, mme si c'tait ta part de Triforce... Ganondorf fait partie du pass maintenant !"
"Exact, nous parlons d'Athierion aujourd'hui, quelqu'un qui avait toujours le dernier mot sur toi lorsqu'il tait avec nous dans ce palais, quelqu'un de bien plus intelligent que toi et qui n'attendait pas juste que le temps passe !"
Les deux Desses se dfirent du regard. A les voir runies l'une ct de l'autre, avec cette tension lectrique dans l'air, on aurait pu penser qu'elles n'avaient rien en commun et que ces deux soeurs taient aussi diffrentes que l'eau et le feu. Ce qui n'tait pas totalement faux. Din s'tait assez enflamme dans son discours, tandis que Nayru n'avait pas cill, stoque, voire indiffrente.
Ce fut Farore qui prit la parole pour briser ce silence difficilement supportable. Sa voix rsonna doucement dans la vaste pice, charge toutefois d'une note de tristesse vibrante d'intensit, qui attira toute l'attention de ses deux soeurs.
Et ces mots taient ceux d'une enfant :
"Link est mort... Zelda est morte... Athierion est libre. Je comprends Din, nous devons faire quelque chose. Maintenant."
Din et Nayru se jetrent un regard embarrass, mais aucune des deux n'eut l'envie de parler aprs a. D'ailleurs, quelque pertinents qu'avaient pu tre leurs arguments respectifs, ni l'une ni l'autre n'avait de solution miracle proposer. Nayru n'tait toujours pas convaincue de la ncessit d'intervenir, mais elle attendit les ides de ses soeurs pour juger.
"Nous ne pouvons pas attendre que le Hros du Temps et la Princesse de la Destine s'incarnent de nouveau... " commena la desse des vents.
"C'est vident," acquiesa Din avec un signe de tte qui fit valser ses longs cheveux roux. "Ils mettraient des annes se prparer de nouveau, d'autant qu'Athierion est trs capable de les trouver une seconde fois..."
Le silence revint s'installer, Din se remit faire les cent pas sur les dalles de marbre immacul. A l'vidence, une autre solution s'imposait. Les trois desses savaient que les sages - leurs reprsentants en Hyrule - avaient bien des capacits qu'ils ignoraient encore, mais mme cela risquait de ne pas suffire face un dieu...
Farore essuya du bout des doigts une larme dont elle n'avait mme pas eu conscience. Des trois desses, elle tait la plus sensible, celle qui se fiait le plus souvent son instinct. La desse des vents, mre de toutes les cratures vivantes en Hyrule et au-del. Elle refusait d'assister au massacre des peuples qui taient ns par elle. Farore savait que Din partageait ses vues. Malgr son temprament explosif, la desse des flammes se souciait rellement de leur royaume.
Restait maintenant convaincre Nayru de les suivre. La desse de la sagesse, lasse, dit simplement :
"Vous avez sans doute raison, les crimes d'Athierion ne peuvent rester impunis." Elle eut un sourire triste, se souvenant qu'elle avait dj employ ces mots, des sicles plus tt, lorsque elles s'taient runies pour dcider de ce que mritait le dieu malveillant.
"Quoi qu'il en soit, je suis raliste, mes soeurs. Il n'existe aujourd'hui personne, en Hyrule, qui soit capable de russir l o Link a chou."
"C'est vrai," lui rpondit Farore. La desse des vents avait une lueur de dfi dans le regard, une lueur que ses soeurs avaient rarement vue chez la cadette du trio de desses. Lorsqu'elle parla, l'attention des autres fut compltement accapare par sa proposition.
"Je suis aussi raliste que toi Nayru. Nous n'avons pas les moyens de vaincre Athierion. La solution s'impose d'elle-mme : nous allons les crer... "

Chapitre 40 : Les Hyliens regardent le ciel...

Depuis combien d'heures marchaient-elles ? Nul n'aurait pu le dire, toutes deux avaient dj renonc compter. Les deux silhouettes, la plus grande ouvrant la marche, la plus petite la suivant de prs, traaient leur route, travers les collines, en oubliant la fatigue qui pesait douloureusement sur elles et le sommeil qu'elles fuyaient.
Le sommeil et tant d'autres choses encore...
"Arrtons-nous un moment," proposa Impa, qui tait parvenue au sommet d'une petite colline.
Saria approuva, mais n'eut pas la force de dire quoi que ce soit d'autre. La Kokiri prit une longue inspiration, savourant l'air pur et le vent aprs leur chappe des souterrains. Elle se laissa tomber dans l'herbe verte, humide de la rose du matin. Le soleil tait lev depuis quelque temps, mais les nuages, bien que moins nombreux, taient toujours aussi noirs.
En se relevant moiti, la petite fille tourna ses yeux bleuts vers la ville qu'elle venait de quitter. Des panaches de fume s'levaient toujours par endroits, ajoutant un peu plus cette atmosphre sinistre qu'avait la cit d'Hyrule en ce jour sombre. Quoique les hautes murailles fussent toujours debout, l'on voyait mme d'ici les places dvastes, les maisons incendies.
Par un effort de volont, Saria se dtourna de ce spectacle et observa sa compagne d'infortune. Si la Kokiri avait du mal ne pas clater en sanglots devant ce triste spectacle, l'autre sage tait d'un calme olympien. N'eut t sa mchoire serre par l'motion, on aurait pu la croire indiffrente.
Mais il n'en tait rien. Le regard de la Sheikah ne faisait qu'effleurer la cit, ses profonds yeux rouges uniquement concentrs sur un seul endroit. Le palais royal d'Hyrule. C'tait l-bas que tout s'tait pass, l-bas qu'elle aurait voulu tre. Qu'elle aurait d tre.
Quels que fussent les vnements qui y avaient eu lieu, la Sheikah finirait bien par apprendre ce qui s'tait produit. Elle savait que a lui ferait mal d'apprendre quel genre de tragdie s'tait exactement produit la nuit dernire, mais elle ferait en sorte de le dcouvrir.
Il n'y avait pas d'autre explication. Si Link n'tait pas de retour, si rien n'avait chang dans cette cit mourante, alors le Hros du Temps avait chou, et il tait probablement dj mort. Impa le savait, et ne ferait pas Saria la cruaut de l'abuser juste pour la rconforter.
Le chaos avait envahi une nouvelle fois le beau royaume d'Hyrule. Et tout le pouvoir des sages ne suffirait peut-tre pas ramener l'quilibre rompu.
Les deux sages levrent leurs yeux fatigus vers le ciel, et, ensemble, cherchrent un nouveau chemin vers l'esprance...

A suivre...

Ce texte a t propos au "Palais de Zelda" par son auteur, "Hellebron". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

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