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Les enfants de la lune de sang

Ecrit par Chihiro31
Chapitre 1 : Êchenn et Leif

Le soleil inondait la mezzanine en bois. En bas, une habitante d'Elimith s'activait en cuisine, écoutant le récit d'une matinée de travail de son mari d'une oreille, les supplications de son aîné de l'autre. Erhêt l'implorait au sujet d'une virée entre amis au lac Sumac. En haut, assise sur son lit, Êchenn soupirait en levant les yeux au ciel. "Quel dommage de perdre son temps de cette manière, il ne fait pas honneur à papi..." pensa t-elle, "à sa place, je..." Les poings posés sur ses cuisses se serrèrent.

Un tintement répété résonna de l'extérieur. Des voix d'hommes indistinctes faisaient écho. Êchenn se redressa tel un piquet droit dans le sol. Ses yeux écarquillés balayaient la pièce rapidement. Ses mains tremblantes s'enfouirent dans ses longs cheveux café pour les nouer approximativement. Sac, pommes, cape, couteau, arc, tout y était. L'adolescente se couvrit de sa cape, empoigna son sac, ouvrit la fenêtre et sortit une jambe. Une seconde de doute lui permit de percevoir quelques derniers mots de ses parents :

- Encore un raid... On croyait être enfin serein maintenant le fléau passé.
- Pas le choix ma chérie. Tu sais bien que les bokoblins perturbent les échangent avec Cocorico et Ecaraille. Même sans Ganon, ils continuent de brigander près des routes. Il faut protéger les marchands.
- Je le sais, mais... mais mon estomac se noue à chaque fois, en pensant qu'un jour ils emmèneront peut-être Erhêt.

Un claquement les coupa. Les yeux de la mère rencontrèrent le regard rassurant de son mari. Un courant d'air avait dû refermer la fenêtre de la mezzanine. Êchenn se laissa glisser le long de la toiture. Une fois à l'arrière de la maison, elle réajusta son sac à dos et sa capuche. D'un pas assuré, elle prit la direction du son de cloche. En rang, les volontaires attendaient les consignes du soldat. Son armure nickel éblouissait la fille. Malgré les raids, le commandant semblait avoir du temps pour s'occuper de son matériel. Depuis quelques années, la paix avait été ramenée par le légendaire duo Zelda et Link. Êchenn éprouvait une immense fierté de vivre au sein du même village que l'Hylien. oeuvrer à cette paix devint son credo.

- Aujourd'hui, j'ai besoin de vous pour sécuriser le fort d'Elimith, le chevalier les jaugea du regard, nous serons de retour à la tombée de la nuit. N'emportez que le minimum.

Lorsque son regard perçant croisa la silhouette encapuchonnée, la nouvelle recrue baissa les yeux, se mordant les lèvres. Son front perlait, son pouls s'accéléra. Un ordre de départ fit taire les murmures et la soulagea de toutes ses craintes. Le moment était enfin arrivé.

* * *

Le bruissement de l'herbe dans le vent, les chants d'oiseaux, le ruissellement du torrent. Aucun son n'échappait aux oreilles attentives de Leif. Il appliquait à la lettre chaque conseil reçu de ses parents. Plus qu'une question de survie, la chasse était devenue pour lui un art de vivre. Les yeux fermés, les doigts glissants le long de la flèche, caressant la plume fauve, le chasseur attendait sa proie. Un craquement de bois sec à vingt mètres l'extirpa de sa méditation. Il ouvrit ses yeux aux pupilles fines et rondes et fonça. Les mois d'entraînement confirmaient ce que Leif constatait : son atout était sa vitesse et non sa discrétion. Le bruit sourd de sa course alerta la biche. D'un bond, elle se lança dans une fuite désespérée. Malgré l'abri de la forêt et des slaloms maîtrisés entre les souches, son prédateur l'arrêta. Le fut de la flèche fila sans résistance dans l'air, la pointe en os meurtri la cuisse arrière du daim. Le tireur n'avait pas raté sa cible. Touchée à la patte, la bête ne tentait plus de fuir. Une torsion brutale de son cou mit fin à la peur et aux souffrances de l'animal.

L'estomac satisfait, Leif déambulait paisiblement dans la vallée. D'apparence calme, seul son visage crispé trahissait ses pensées agitées. L'errance, la solitude, la cruauté de la chaîne alimentaire heurtaient le bon coeur du lynel. Malgré sa nature monstrueuse, ce quadrupède luttait pour ne pas marcher dans les pas de ses ancêtres. Jeune, encore sous la tutelle de ses parents, il connut l'influence de Ganon, dictant leur ligne de conduite. Mais un jour, ces entraves disparurent, le laissant lui et bon nombre de ses semblables sans but ni objectif. Ils devinrent alors un peuple libre. S'illustrant comme chasseurs, les lynels ne présentaient pas moins une menace aux yeux des hommes. D'un commun accord, chacun restait sur son territoire. Mais Leif savait que les hommes cupides étendaient leur influence. Une inquiétude permanente l'invitait à toujours scruter l'horizon de son terrain de chasse. Il n'avait rencontré de bipède qu'une seule fois, signant définitivement sa solitude par la perte de ses parents.

* * *

Après une pause au bord du chemin, la petite troupe de volontaires reprit la route vers le fort d'Elimith. Êchenn se faisait discrète, seule représentante du genre féminin parmi les paysans, marchands, cordonnier, chasseur, éleveur, bûcheron... Sa silhouette svelte camouflée sous sa cape risquait de la trahir. Son minois aux traits fins dissimulé sous sa capuche ne devait pas être démasqué. Au centre du groupe, la jeune femme emboîtait le pas au soldat, faisant preuve d'autant de détermination que les autres membres de cette confrérie d'une journée.

Peu de temps après la mi-journée, les remparts du fort se détachèrent de l'horizon. La pierre grise et recouverte de mousse se dessinait au-dessus d'épais feuillages. Le plan énoncé par le soldat consistait à diviser en deux les manieurs d'armes au corps à corps et les plus adroits à distance. Êchenn se rangea parmi les archers, avec l'instruction de se poster sur les remparts et d'attendre. Le bataillon au sol gagna la plaine de l'autre côté du fort missionné pour désorganiser les bokoblins et les pousser vers le rempart. Droite derrière les créneaux, à l'extrémité nord de la bâtisse, l'habitante d'Elimith scrutait la plaine. Elle gardait le silence, bien que tremblante, en proie à la fois au stress et à l'excitation. Ses doigts se crispaient autour du corps de son arc, ses bras étaient aussi tendus que la corde. Sans la regarder, son voisin de muraille rompit le silence :

- C'est ta première sortie ? Détend-toi, ça va bien se passer. Et puis, tu es posté à côté du plus grand apprenti chasseur. Aucune cible n'échappe à mes flèches.
Cette vaine tentative ne la rassura pas. Cependant un léger sourire s'immisça sur son visage. Tel un défi lancé par un concurrent, elle décocha une flèche et banda son arc.
- Penses-tu en descendre plus que moi ?

Son voisin ouvrit la bouche et les yeux en grand mais un cor sonore prit le dessus sur ses revendications. Une agitation soudaine attira leurs regards sur l'étendu verte. Une dizaine de créatures venaient vers eux, au pas de course. Derrière, d'autres luttaient encore contre des épées, des fourches, des lances et des torches. Comme prévu, ils tentaient de gagner les bois, refuge naturel, pour échapper aux hommes armés. Les premières flèches fusèrent. Les silhouettes rouges paraissaient encore trop éloignées pour tenter un tir du point de vue de la brune. Quelques mètres de plus et elle se décida. Ses doigts relâchèrent la corde, l'arc restitua son élasticité. Le projectile frôla sa cible qui se recroquevilla. Êchenn claqua sa langue dans sa bouche et extirpa une deuxième flèche de son carquois. Sa précision n'était pas parfaite mais elle avait le mérite d'une motivation sans faille. Chaque flèche décochée était remplacée par la suivante sans délai. Sa détermination et sa concentration lui permirent de rivaliser avec son voisin pourtant habitué à l'usage d'arme de jet. Dans l'agitation du combat, l'archère aperçut un bokoblin assez proche de la muraille. Il tenta un lancer de pierre vers eux. En prévention, la silhouette encapuchonnée recula d'un pas. Son pied arrière prit place sur une pierre mal scellée. Sans crier gare, la fille disparut dans les branchages.

La bataille prit fin. Le jeune chasseur quitta son poste, fier de n'avoir point déserté contrairement à sa voisine. La petite troupe se regroupa sous les remparts, se félicitant de leur bataille sans perte. Ils prirent la route avec insouciance vers Elimith.

* * *

Le crépuscule déposa son voile de calme sur la forêt. Un vent léger lissait les sons ambiants. Les couleurs laissaient place à l'obscurité et aux espèces luminescentes. D'une allure tranquille, Leif allait et venait. Régulièrement, il tendait le bras, cueillait, glissait quelques baies dans son sac en peau accroché en bandoulière. Il raffolait particulièrement des fruits de ce bois. Enclavé entre deux monts, le soleil s'y faisait rare, même la journée. Les fruits rouges y poussaient à foison. Au fil des minutes, le lynel dut se guider à la lumière des lucioles et de la lune. Chose étrange, une zone plus loin, près d'un chêne vert, était boudée par les insectes lumineux, pourtant présent par centaine dans le reste de la forêt. Avec prudence et lenteur, le quadrupède s'approcha, une main portée sur la poignée de son épée.

A même la mousse et les feuilles mortes, il put distinguer une silhouette. Bien qu'emmêlée dans un méli-mélo de cape et de cheveux, il devina le corps comateux d'une jeune femme. D'ordinaire il se serait détourné pour reprendre sa cueillette, mais un détail l'interpella. Sur le dos de la main droite de la belle aux bois dormants semblait apparaître une marque ronde étrangement régulière pour une tâche de naissance. Malgré l'obscurité, les yeux de félin surent la remarquer. Leif portait la même depuis plus longtemps qu'il ne pouvait se souvenir. Il ne pouvait pas hésiter plus longtemps, des ricanements de bokoblins approchant, il devait agir rapidement. Le plus délicatement possible, il souleva l'humaine et l'installa contre son dos. Difficile de faire preuve de douceur, manipuler ce genre de créature n'était pas une de ses compétences de base. La cape restée au sol lui servit pour emmailloter l'endormie. Un pan de tissu vint soutenir ses fesses, puis chaque extrémité chemina le long de ses côtes et fut nouée autour du cou du lynel. D'un pas prudent, Leif quitta la forêt, en direction du mont plus au nord, où il passait les nuits dans une enclave rocheuse. Faire un feu la nuit n'était pas dans ses habitudes. Mais la pâleur de l'humaine l'inquiétait un peu. Près du foyer, il l'allongea sur un amas d'herbes sèches et la couvrit de sa cape. Grignotant ses baies, Leif l'observait, dans l'attente de son réveil, non sans inquiétude.

Chapitre 2 : L'éloquent et les chuchoteurs   up

Debout, à l'aplomb d'un piton rocheux, le piaf faisait sonner son accordéon face à l'immensité de la plaine. Comme à son habitude, Asarim appréciait les endroits perchés avec vue. Les paysages verdoyants et le chant des oiseaux l'inspiraient. Quand il ne reprenait pas les poèmes de son maître, il aimait laisser libre cours à ses pensées. Depuis que Link avait percé le secret de ses ballades, seuls les nuages étaient spectateurs de ses chants, ou presque. Depuis la fin du fléau, des oreilles inattendues venaient lui prêter attention. Solitaire et sauvage comme de coutume, ce jeune lynel se montrait pourtant bien curieux. Le musicien appréciait cet intérêt pour les chansons mais gardait toujours ses distances.

Les années passaient, les chansons perdaient de leur sens. Asarim délaissait les mélodies traitant des épreuves du héro. Ce dernier avait su en triompher. Le piaf fouillait les entrailles de sa mémoire pour y redécouvrir des chants plus anciens encore. Une nuit de pleine lune, il l'aperçut à nouveau. Une étrange tâche apparaissait sur l'une des mains de l'équin. Sa rondeur faisant écho à l'astre brillant rappela un vieux chant à l'accordéoniste. Pressant les touches d'une mélodie pleine de mélancolie, il se lança :

- Enfant de la lune de sang, toi qui portes sa marque ronde,
d'étranges échos tu pressens, tel d'obscures ondes.
Le jour de tes 20 ans, la porte s'ouvrira.
Le mystère de son emplacement, les vibrations t'ouvriront la voie.
Hum ? La suite ne me revient pas... il me semble que ça parlait de passage, de miroir, de renaissance... renaissance de qui, de quoi ? ça n'a pas de sens. Je dois me souvenir...

Attentif à ses divagations, Leif pensait que cela n'augurait rien de bon. D'autant plus que, s'il était concerné, sa position de monstre ne faciliterait pas la tâche. Demander de l'aide était exclu. La récurrence de ce chant lui démontrait également que l'artiste n'avait pas connaissance de sa réalisation. En attendant le temps des réponses, la jeune créature continua de venir écouter les fabulations du piaf. Seule son assiduité apaisait son inquiétude.

* * *

Le château d'Hyrule, loin de sa splendeur passée, sa tour centrale filait toujours fièrement vers le ciel. La cour intérieure accueillait à nouveau marchands et visiteurs. Mais d'autres quartiers attendaient leur heure de rénovation. Les quartiers princiers demeuraient calmes, vides, poussiéreux. Ce n'est que dans la petite tour à l'écart, siège d'expérimentations de la princesse, que trônait une agitation atypique.

- Non, Link, ça ne va pas, non ! La blonde retournait et vidait chaque tiroir de son ancien établi. Les habitants de Cocorico s'inquiètent et c'est bien normal. Même si elles étaient faibles et ont disparu, ces lueurs émanant des gardiens m'alarment.
La descendante royale stoppa net ses gestes. Ses bras glissèrent le long de son corps. Ses poings se serrèrent.
- Depuis ce jour, nous n'avons pas réussi à les réactiver. Et si... s'il s'agissait de rémanence de sa volonté... du fléau ?

La voix de Zelda s'affaiblissait au fur et à mesure de ses paroles, comme si l'inquiétude grandissante amenuisait sa volonté. Le héro, debout au milieu de la pièce, affichait un regard plein de détermination, masquant son inquiétude et son impuissance. Il serra la sangle soutenant le fourreau de l'épée qu'il portait sur son dos. L'air siffla entre ses lèvres, suivi de l'écho de fers sur les pavés.

- Si tu crois pouvoir me laisser en arrière, tu te mets le doigt dans l'oeil, mon cher. Je viens aussi, je veux voir ça de mes propres yeux. Les bouquins attendront.

L'hylienne glissa tout de même quelques parchemins dans son fourre-tout avant de rejoindre les chevaux et son chevalier servant, fidèle au poste.

* * *

En quelques clignements timides, Êchenn ouvrit les yeux. Des braises crépitaient encore au milieu des cendres. La douce lumière de l'aube faisait briller la rosée de la végétation. Une odeur de fumée et de fleur venait chatouiller ses narines. Autour du foyer, un sac en peau dont s'échappaient quelques fruits trônait à côté d'un arc et son carquois. La brune se redressa pour s'asseoir en se tenant la tête. La torpeur et sa chute de la veille endolorissait son crâne. On dirait qu'une personne bienveillante a veillé sur moi. Je devrais la remercier. Mais où est la troupe ?

Des bruits de sabots rompirent le silence. Leur écho s'approchait. Êchenn observait silencieusement dans leur direction l'arrivée de son bienfaiteur. A contrejour, elle ne put d'abord que deviner la silhouette du cavalier. Mais au fur et à mesure qu'il s'approchait, les yeux de l'Hylienne s'écarquillaient, l'ouverture de sa bouche devenait béante bien que muette. Toujours préservée par sa famille au village, elle n'en avait jamais aperçu ni de près ni de loin, seules des représentations lui permirent de le reconnaître. Un corps de cheval, un torse d'homme et un visage aux traits de fauve sous une épaisse crinière, elle ne pouvait se tromper. Mais contrairement aux rumeurs, il ne portait pas d'armes démesurées, il n'avait pas de regard assassin, il était calme. Elle ne voulut pas céder à la panique, mais cette vision l'incita à ramper jusqu'à ce que son dos ne rencontre la paroi rocheuse. Une voix rauque et grognante s'éleva :

- Tu sais, j'ai eu toute la nuit pour te tuer. Je ne vais pas le faire maintenant. Le petit-déjeuner...

Êchenn plaqua sa main sur sa bouche, ses yeux écarquillés débordaient de larmes qui terminaient leur course en dansant sur ses doigts. Sa réaction n'était pas une surprise pour le lynel. Il déposa les pommes près du foyer et s'assit sur son postérieur, croisant les bras, fermant les yeux, pour faire preuve de pacifisme. Les minutes passaient. Les yeux dorés scrutaient la fille en silence. Les larmes s'amenuisaient. Elle semblait se décontracter petit à petit.

- Tu... tu connais notre langue ?
- J'ai eu un excellent professeur ! Leif leva les yeux au ciel en rigolant, songeant aux récits d'Asarim. On ne peut pas en dire autant de tes camarades d'infortune. Ils t'ont laissée inconsciente en proie aux stahls.

La brune garda le silence. Discuter avec un lynel, cela dépassait même ses fabulations les plus folles. Comprenant sa réticence, ce dernier abandonna le dialogue et fit rouler une pomme au sol pour l'inviter à avaler quelque chose. Il l'observa à nouveau en silence priver sa pomme de sa chair avec appétit.

- Et bien, la peur te coupe le sifflet mais pas l'appétit on dirait.
- ... Merci... mais je dois rentrer chez moi maintenant.

Sans laisser d'opportunité à son interlocuteur, Êchenn se leva, noua sa cape autour de son cou, récupéra son arc. Un bref regard autour d'elle l'incita à prendre plein est, vers la plaine. Elle prit une grande inspiration avant de passer tout proche de l'étrange lynel. Ce dernier stoppa sa fuite, agrippant son poignet droit, le faisant pivoter pour mettre à jour sa tâche de naissance.

- Et ça... tu n'as jamais voulu savoir d'où ça venait ? Tu penses peut-être que c'est une coïncidence qu'elle soit parfaitement ronde ?

Le chasseur lâcha son poignet rapidement pour ne pas l'affoler. Sans geste brusque, il dénoua le bandage de sa main droite pour dévoiler à son tour la marque ovoïde. L'habitante d'Elimith ne pouvait renier sa curiosité, mais l'énormité de la situation l'incita à prendre la fuite, cette fois à vive allure et sans se retourner. A nouveau seul, Leif soupira profondément. A défaut de l'avoir ralliée à sa cause, il savait déjà qu'il n'était pas un cas isolé. Même si son espoir s'éloignait à toutes jambes, il y avait enfin du progrès.

* * *

Deux cavaliers mirent pied à terre à quelques pas du relais de la rivière. La femme s'approcha d'une carcasse de gardien, munie de quelques parchemins. Pendant ce temps, l'homme attachait les rênes des deux montures au tronc d'un arbre. Profitant de la pause, les chevaux fouillaient l'herbe fraîche de leurs naseaux insatiables. Malgré les rumeurs récentes, un calme absolu régnait chez les automates. Zelda tâtonnait méthodiquement la surface métallique, y apposait son oreille en fermant les yeux régulièrement, consultait ses écrits.

- C'est étrange. On dirait que rien ne s'est passé ici. Link, ils sont exactement comme avant, pas la moindre trace d'activité.

Une heure intensive d'inspection mena la princesse à la même conclusion. Elle avait tout scruté, analysé, frappé, tourné, poussé. Chaque carcasse avait été minutieusement testée. La chercheuse croisa les bras et se tint le menton en soupirant. En relevant les yeux, elle aperçut son binôme lui faisant signe, assis sur une souche, le pochon de viande séchée et de pain à la main. L'heure de la pause sonnait. S'installant à ses côtés, Zelda s'étira dans un long soupir de soulagement. Son compagnon silencieux la fixait étrangement. Sans crier gare, il lui saisit le menton pour y effacer la souillure laissée par les épaves. Avant de réaliser le but de ce geste de gentleman, le rouge monta aux joues de la princesse. Elle le remercia et croqua vigoureusement dans son pain pour qu'il ne remarque pas sa gêne. Les deux Hyliens mangèrent en battant l'air des pieds, profitant des caresses chaleureuses du soleil, oubliant quelques minutes les responsabilités.

A portée de vue, le chemin de terre reliant le relais de la rivière et le fort d'Elimith convoyait de rares roulottes. En l'absence de bokoblins, les marchands profitaient de la trêve. En queue de file, un piéton se hâtait. Bien qu'elle courait, Link reconnut sa jeune voisine. Il se leva pour l'interpeller mais un vrombissement anormal détourna son attention. Le son sourd et diffus émanait d'une carcasse. Comme un écho, les voisins se mirent à bourdonner également. Les deux enquêteurs observaient les gardiens tout autour d'eux, constatant la multitude de sources de ce funeste chant. La clameur régulière se fit de plus en plus faible jusqu'à devenir inaudible. Le silence prit place à nouveau, ne laissant que de nouvelles interrogations. Zelda questionna Link, ses sourcils serrés ridaient son front :

- C'était donc vrai. Les habitants de Cocorico ont parlé d'une lueur. Mais ce son... Il ne ressemble pas à leur activation. Je n'ai jamais rien entendu de la sorte. Pourquoi maintenant ? Et puis plus rien. Je veux que l'on poste des soldats en surveillance dès maintenant, avec un rapport détaillé de toute manifestation émanant des gardiens.

Le héro posa une main rassurante sur l'épaule de la belle blonde. Il ne dit rien, observant avec sérieux l'ombre d'Êchenn disparaître vers le fort.

Chapitre 3 : Pêche et prophétie   up

Les rayons dorés du soleil embellissaient les maisonnettes. Êchenn franchit enfin l'arche en bois taillée matérialisant l'entrée du village. Plusieurs heures durant, la fille avait marché, trottiné lors de regain d'énergie, bu quelques gorgées au détour d'un cours d'eau, grignoté quelques noisettes trouvées en chemin. La journée avait eu raison de son allure. Ces pas lourds l'amenèrent enfin sur le seuil de la maison familiale. Avant qu'elle n'ait pu saisir la poignée, la porte laissa passer la mère déplorée. Elle enlaça sa fille en pleurant :

- Êchenn, où étais-tu ? Tu n'as rien ? Entre vite, tu dois être affamée et exténuée.

Sans questions ni jugement, les parents laissèrent la jeune fille reprendre des forces avec un rôti aux champignons, puis gagner son lit. La lumière la réveilla. La brune ouvrit les yeux comme si elle venait de les fermer. Assise en silence sur son lit, le regard dans le vide, elle se remémorait ses dernières 48h. Sa léthargie fut interrompue par son frère.

- Ça y est, tu es réveillée. Papa et maman t'attendent en bas.

Êchenn était reconnaissante du répit qu'ils lui accordèrent la veille. Après une grande inspiration, elle saisit la rampe de l'escalier et les rejoignit autour de la table. De longues minutes de récit firent pâlir la mère d'effroi et rougir le père de colère. Les détails sur la nature de son bienfaiteur furent omis. Pour le reste, l'histoire était fidèle à la réalité. Le point final des explications fut suivi d'un lourd silence. Les mains posées à plat sur la table massive en bois, la cadette attendait la sentence. Le chef de famille se racla la gorge :

- Donc pour résumer, tu as volé les armes de grand-père, tu as infiltré un raid, passé la nuit dehors avec un inconnu, et pour couronner le tout, tu es rentrée, seule sur la route. Le père marqua un temps de pause, ses yeux ne quittaient pas ceux de sa fille. Tu as toujours été téméraire. Petite, tu tenais tête à ton frère avec l'épée en bois, tu grimpais aux branches les plus hautes pour cueillir les dernières pommes, tu passais des heures à scruter Link panser ses plaies en le questionnant sur leurs causes, et j'en passe. Avec ta mère, nous avons fait une croix sur la possibilité de te marier et t'offrir un nouveau foyer. Mais tu es encore sous notre responsabilité.

Êchenn accepta le blâme. Ses parents prirent la parole à tour de rôle. La suite de la journée fut morne et silencieuse. Pour se racheter une bonne conduite, la fugueuse aida sa mère en cuisine, en lessive, en ménage. Devenir bonne ménagère ne comptait pas parmi ses rêves. Le soir venu, les tensions apaisées, la brune se risqua à quelques questions au sujet de sa tâche de naissance. Aucun membre de la famille n'en présentait. L'énumération des ancêtres ne donna pas plus de résultats. La jeune femme gagna sa couche bredouille.

Bercées par la respiration calme et lente de son frère, l'éclat subtil de la lune, les paupières de la petite dernière vacillaient. Mais le sommeil ne surpassait pas ses interrogations. Par chance, elle avait rencontré une personne connaissant la réponse. Pourtant, envisager retrouver le lynel semblait irréel.

* * *

La haute voûte miroitante faisait résonner les pas des deux invités. L'eau dessinait ses anguleux reflets sur les murs lisses. Bien que l'ambiance était plutôt à l'humidité et au froid, le peuple Zora réservait un accueil des plus chaleureux aux sauveurs d'Hyrule. Les enfants couraient en ronde autour d'eux, les adultes s'inclinaient avec grâce, le prince Sidon les accompagna jusqu'à la salle du trône. La vision de ses invités déposa un voile de mélancolie sur le visage sévère du souverain. Il n'avait jamais éprouvé de rancoeur à leur égard, mais la vision de Link et Zelda lui rappelait sans cesse la perte de sa chère fille.

- Que me vaut cette royale visite ?
- Bonjour Roi Dorefah, Zelda fit une profonde révérence en invitant Link à en faire autant d'un regard insistant.
- Comment se passe la reconstruction du château ?
- C'est justement ce qui nous amène. Link m'a longuement vanté le talent de vos artisans dans l'utilisation du nox pour les voûtes et les colonnes. Nous aurions justement besoin de leur savoir avisé pour reconstruire le clocher de la chapelle. Y aurait-il une possibilité de faire appel à eux ?
- Eh bien, le roi Zora se racla la gorge, ce ne serait qu'un juste rendu. Link, tu nous as bien aidés lors des grandes réparations du domaine suite à la rage de Ruta. Tes dons de gemmes et ton affrontement avec la créature ont sauvé la ville. Disposez d'eux autant que nécessaire.

Les deux Hyliens remercièrent leurs hôtes lorsqu'un son familier les fit frémir. Une lointaine vibration, douce et continue, les interpella. Ils échangèrent un regard inquisiteur. Il n'y avait pas de doute, le phénomène observé sur les gardiens se reproduisait sur Vah'Ruta. Ils s'enquirent du moyen le plus rapide de s'y rendre, sans autres explications. Sidon invita Link à enfiler sa tenue Zora et proposa d'escorter lui-même la princesse jusqu'à la créature. Emmitouflée dans une cape étanche, Zelda accepta l'offre du prince, quelque peu embarrassée de monter sur son dos. De cette façon, ils filèrent sans délai vers la silhouette pachydermique.

La tablette Sheikah fut d'un grand secours. Ils gelèrent la surface du lac tout autour du géant mécanique afin d'oeuvrer en toute liberté. Les lumières bleues jaillissant de l'animal vacillaient. Ses mouvements hachés se raréfiaient. Un bourdonnement incessant prenait le pas sur le chant ruisselant des cascades environnantes. En apposant sa main sur la surface humide, Zelda prit une grande inspiration. Ses pouvoirs pourtant éteints suite à la lutte contre le fléau, une étrange sensation lui parvint, comme un lien, une énergie provenant d'ailleurs. La princesse afficha un léger sourire, galvanisée par l'idée de recouvrer une part de son don. Ces yeux, quant à eux, transcrivaient son souci : la cause du dérèglement leur échappait.

* * *

A l'arrière du chariot, Êchenn profitait de quelques minutes de sommeil supplémentaires. La pluie faisait crépiter la bâche. Aujourd'hui, la chance lui sourit. Son frère avait accepté de lui servir d'alibi, le marchand faisant route pour Cocorico lui permit de faire le voyage avec lui. L'habitante d'Elimith avait décidé de reprendre la route, déterminée à comprendre les mystères entourant cette marque, bien que désolée de décevoir à nouveau ses parents. Elle qui ne s'était jamais sentie réellement à sa place sentait qu'une autre voie s'offrait à elle. Remerciant le marchand, la jeune femme quitta l'abri de la charrette au pont Cocorico. A l'est, elle reconnut le massif rocheux où le lynel semblait vivre. D'un pas mesuré, elle entreprit l'ascension vers sa seule piste. La pluie cessant, la capuche libéra sa longue chevelure ondulée.

Des cendres, un arc, quelques sacs en peau, des herbes suspendues séchant, mais pas de trace de la créature. Les yeux noisette scrutèrent quelques minutes durant. Des hautes herbes attestaient d'un passage par leur angle proche de l'horizontal. L'humaine suivit cette piste prometteuse, percevant le remous d'un cours d'eau. Au fond du ravin, elle l'aperçut, visiblement en pleine séance de pêche dans la rivière Zora. Le lynel était parfaitement immobile, les sabots immergés et statiques comme des rochers, l'eau jusqu'à mi-pattes, une main ajustant sa visée vers les profondeurs, l'autre tendue vers le ciel, pointant une lance pointue vers la surface brillante. Êchenn descendait à flanc de colline, pensant qu'il ferait un parfait modèle pour une statue. D'un geste rapide et net, Leif planta sa lance dans l'eau. Des écailles colorées apparurent au bout de son arme.

- Perche grillée, cela convient ? Sais-tu allumer un feu ?

La brune se figea, à peine à portée de voix, elle avait l'impression de s'être fait prendre comme on surprend un enfant en pleine bêtise. Elle rejoignit le rivage et entreprit de remplir sa part pour le repas. Les flammes jaillirent après quelques minutes d'efforts. Les perches embrochées prirent place autour de l'âtre incandescent. Ravi de la rencontrer à nouveau, le chasseur lui laissa l'initiative de la discussion, ne voulant pas la brusquer.

- Tu as un nom ? questionna la brune, n'osant soutenir le regard de son interlocuteur.
- Leif.
- Moi c'est... Êchenn. Que sais-tu sur cette tâche ronde ?
- Le vif du sujet ! éclata le lynel. Une question chacun veux-tu. Quel âge as-tu Êchenn ?
- Ce n'est pas une question que l'on pose à une jeune fille, se renfrogna-t-elle en se goinfrant de poisson.
- Laisse-moi deviner... Dix-neuf ans et six mois.

L'habitante d'Elimith manqua de s'étouffer. Elle posa son poisson au sol et fixa les yeux dorés. La source de ses connaissances était un vrai mystère, mais Leif connaissait visiblement tout ce qu'elle ignorait. Elle avala bruyamment en observant avec moins d'appréhension cet énigmatique personnage. Son visage était un savant mélange de traits humains et félins. Ses yeux étaient bien ronds, son nez légèrement aplati, ses lèvres fines ou quasi inexistantes, ses dents blanches et effilées. Assis, il était à peine plus grand qu'elle. De moins en moins intimidée, l'humaine se lança :

- Je suis prête à l'entendre. Dis-moi ce que tu sais, d'où tu le sais et pourquoi tu portes aussi cette marque.

* * *

Les deux femmes se faisaient face, installées en tailleur sur le large tatami. La lumière des bougies et le bois mural apportaient un confort chaleureux. Pahya servait le thé. Zelda exposa les faits au sage. Cette dernière acquiesça :

- Les gardiens puis Vah'Ruta. Étranges coïncidences. En quelques jours seulement, ces anomalies seraient donc liées selon toi ? Il ne faut pas s'inquiéter outre mesure, comme tu dis, ils n'ont pas présenté d'activité malfaisante. Néanmoins, le savoir Sheikah ne mentionne pas cette "énergie vibratoire". Ton éternel suivant n'est pas avec toi ?
- Link s'est arrêté en chemin, il a rencontré un vieil ami.

Le soleil chevauchait l'horizon. Dans les hauteurs de Cocorico résonnaient les notes d'un accordéon. L'ensemble du village était visible depuis la butte où Asarim et Link s'étaient retrouvés. Cette fois-ci, leur rencontre n'était pas un hasard. Le piaf exposa au héro son inquiétude vis-à-vis des évènements récents. Quel meilleur moyen de le faire qu'une chanson ?

- Enfant de la lune de sang, toi qui portes sa marque ronde,
d'étranges échos tu pressens, telles d'obscures ondes.
Le jour de tes 20 ans, la porte s'ouvrira,
le mystère de son emplacement, les vibrations t'ouvriront la voie.
Tu devras te rendre au passage, pour décider de sa renaissance.
Le pouvoir de contrôler ce funeste présage, t'est donné de droit par ta naissance.

A suivre...

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Chihiro31". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

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