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Breath of the Wild : La grande histoire de la Princesse d'Hyrule

Ecrit par Azur
Chapitres 1 à 7   •   Chapitres 8 à 11   •   Chapitres 12 à 15   •   Chapitres 16 à 18

Avant-propos

Il est bien nécessaire de comprendre que cette fiction est la reprise directe de l'histoire de la princesse Zelda du jeu The Legend of Zelda : Breath of the Wild. Cela stipule que l'histoire qui va suivre reprend alors des éléments que vous connaissez déjà car ils sont présents dans le jeu, ces éléments officiels seront alors racontés avec une des manières les plus précises qui soit (nous parlons ici des souvenirs que Link se remémore). En revanche, le reste est inventé, Il y aura donc un mélange entre officialité et imaginaire. Les liens entre les informations officielles qui apparaissent dans le jeu sont inventés.
Il se peut qu'il y ait des incohérences, l'auteur est très renseigné sur l'histoire de Zelda mais ne la connaît pas à la perfection, il se peut qu'il fasse des erreurs.
Bonne lecture.

Chapitre 1 : Née pour la recherche

"Les yeux de Zelda s'illuminent chaque fois que je lui parle des reliques". Tels furent les mots de Rhoam Bosphoramus Hyrule, roi du royaume d'Hyrule et père de la jeune princesse de six ans tout juste, Zelda. En effet, Zelda semblait être fascinée par la découverte des reliques et la recherche qui s'opérait toujours constamment dans tout le royaume, d'Hébra jusqu'à Firone. Lorsque le roi fut sorti de son étude et arriva dans la bibliothèque du château, il entendit comme des pages de livres se tourner à l'intérieur de la pièce. Cela n'était pas étonnant dans une bibliothèque... Seulement, le roi n'aperçut personne. Il s'avança jusqu'au centre et observa une des chaises d'une grande table de bois se mouvoir toute seule dans un coin caché de la bibliothèque. Les bruits de pages de livre furent de plus en plus forts jusqu'à ce que le roi découvre sa fille, assise au pied d'une grande armoire pleine de livres, un manuel de recherches antiques entre les mains. Zelda regarda d'un air innocent son père, celui-ci déclara avec un petit sourire plissant ses joues :

- Dites donc petite demoiselle, que faites-vous ici toute seule ?

Zelda montra alors de plus près le livre qu'elle regardait au roi, les pages ouvertes montraient alors quatre grandes structures en forme d'animaux : un éléphant, un lézard, un oiseau ainsi qu'un chameau. Des zones de textes étaient écrites manuellement autour de celles-ci.

- Ce sont les créatures divines, annonça alors Zelda.

Le roi ne fut pas étonné de la réponse de sa fille, il savait qu'elle en connaissait déjà beaucoup à ce sujet, et ce, même avec son très jeune âge. Le père s'assit sur la chaise en bois de sapin d'Hébra qui se situait juste à côté et voulut alors continuer cette discussion qui avait l'air de passionner Zelda.

- En effet, je vois que vous êtes très renseignée sur le sujet, dites-moi ce que vous savez encore sur ces créatures.
Zelda laissa transparaître un grand sourire sur son visage lisse et ses douces joues d'enfant puis continua avec plaisir ses paroles.
- Je sais qu'elles sont immenses, puissantes et très anciennes, et je sais aussi qu'un jour, je les verrai toutes les quatre, de mes propres yeux !

Le père admirait ce regard passionné de sa fille, ce n'était encore qu'une enfant, certes, mais également la princesse d'Hyrule. Le roi sut que Zelda deviendrait une personne entreprenante et sage dans ses actes futurs. Il riait.

- Oh, oui vous les verrez, je n'en doute pas une seconde !

La tête encore baissée dans les pages du livre, le regard de la petite fille changea alors rapidement lorsqu'une interrogation vint déranger son esprit impatient. Elle se redressa et regarda son père dans les yeux.

- Quand cela ?

Le roi réfléchit une petite seconde à sa réponse, il ne voulait pas briser les envies de sa fille par une simple question de temps. Les quatre créatures divines n'étaient pas encore toutes localisées, cela lui aurait rongé trop longtemps de lui dire, alors le souverain engagea un autre moyen de s'en sortir face à la question de sa fille.

- Eh bien, quand vous serez assez grande, certainement.

Les sourcils blonds de Zelda se froncèrent et se rapprochèrent de ses grands yeux dont l'iris était teinté d'un vert mélangé au bleu azur. La bouche de la petite fille s'entrouvrit afin de préparer ses mots.

- Mais je suis grande !

Il fallait encore attendre un bon moment pour que les recherches de ces quatre colosses aboutissent, tout le royaume avait de l'espoir, tout le royaume avait foi en la légende, mais il restait encore une de ces machines à trouver... Du moins, la nouvelle n'était pas encore parvenue jusqu'au château. Le roi détourna alors la discussion.

- Dites-moi, où est votre mère ?

Le roi releva sa tête et son regard mitrailla la bibliothèque de tous les angles, quelque chose l'angoissait au sujet de Zelda et des reliques. Ce regard le prouvait et la princesse, malgré ses six années de vie, l'avait bien compris. Celle-ci répondit à son père lorsqu'elle conclut qu'elle n'obtiendrait pas de réponse de sa aujourd'hui, il fallait retenter plus tard.

- Je crois qu'elle discute avec une dame dans la salle du trône.

Le roi se leva et demanda à Zelda de le suivre en direction de la salle concernée, il avait une petite idée de qui pouvait être cette dame. Mais avant de suivre son père, la jeune princesse demanda une dernière faveur à celui-ci. Elle n'arrêtait pas de regarder cette encyclopédie qu'elle tenait depuis bien longtemps entre ses mains.

- Père, puis-je garder ce manuel jusque dans ma chambre ?

Avec le nombre hallucinant de livres présents dans la pièce qui parlait du même sujet, le roi ne trouva aucune excuse pour lui refuser sa demande. Il inspira fortement et regarda le livre de ses yeux fins et perçants puis répondit.

- S'il vous intéresse, je vous accorde bien volontiers cette faveur.

Zelda remercia chaleureusement son père. Le roi et sa fille, le fameux livre à la main, sortirent de la bibliothèque en direction des quartiers principaux du château en empruntant un grand couloir orné de tableaux prestigieux et de briques faisant ressortir le rouge vif du plafond. Ces quartiers étaient l'endroit où se trouvait la reine d'Hyrule ainsi que cette dame.

~~~

La reine d'Hyrule, assise sur son trône majestueux, tenait une discussion très sérieuse depuis maintenant près d'un quart d'heure. La reine était douce et bienveillante, elle écoutait son peuple et faisait toujours en sorte que personne ne se sente en danger dans son royaume. Celle-ci voyageait beaucoup, il y avait à peine deux jours, elle était en voyage officiel dans la région d'Hébra, afin de mettre au point certaines avancées dans la recherche antique chez les Piafs, le peuple volatile d'Hyrule. La reine était une femme qui prêtait beaucoup d'attention à la légende et les recherches autour de celle-ci. Soudain, le roi et la princesse entrèrent dans la salle, interrompant ses propos envers la femme en face d'elle. Le roi, à peine entré dans la pièce, s'adressa à la femme.

- Tiens ! Impa ! Quelle surprise, quelle est la raison de votre venue ?

Il s'assit enfin sur son trône à côté de sa femme. Zelda se mit à leurs côtés. Impa, une jeune femme sheikah d'une trentaine d'années venant du village de Cocorico, dans la région de Necluda, s'agenouilla devant le roi et lui répondit.

- Je discutais avec sa Majesté d'une information importante qui vient de me parvenir, votre Altesse.

Impa, s'intéressait beaucoup à la technologie antique, cette technologie que le royaume cherche tant à percer les mystères. C'était une des personnes les plus impliquées. Le roi d'Hyrule, impatient d'entendre cette information, relança la femme.

- Je vous écoute.
Impa se releva et prit un ton sérieux et formel.
- C'est au sujet de quatre créatures divines, votre Majesté, nous venons de découvrir l'existence d'une pierre avec des formes et des inscriptions qui pourraient bien être le morceau de la dernière machine qui nous n'avons pas encore à ce jour découverte...

Les yeux du roi s'écarquillèrent un peu, assez pour laisser montrer aux autres son étonnement en face des paroles d'Impa. Il se redressa sur son siège majestueux et posa une question.

- Cela est une bonne nouvelle, et où se trouve cette pierre si particulière ?
Impa répondit dans la foulée sans hésitations. La femme était sûre de la découverte.
- Enfouie dans le canyon, dans les Contrées Gerudo, une équipe de chercheurs en plus de celle d'archéologues déjà présente y est en ce moment afin d'en savoir plus.

Zelda écoutait la conversation et semblait remplie de joie lorsqu'elle entendit cette merveilleuse nouvelle. Le fait que les créatures n'étaient pas encore localisées n'avait plus d'importance à présent, une simple source d'espoir - même infime soit-elle - permettait à Zelda de s'en emparer et ainsi s'accrocher à son désir le plus cher, voir une de ces structures gigantesques. La reine ajouta aux paroles du roi quelques précisions.

- Je prends la route dès demain pour le canyon, cette découverte pourrait bel et bien être la plus importante dans l'étude de ces créatures qui nous attend.
Le roi se tourna vers sa femme.
- Vous repartez déjà ? Vous n'êtes revenue d'Elimith que depuis ce matin...
La reine laissa échapper un soupir de sa bouche et voulut se justifier clairement auprès de son mari.
- Nos recherches paient Rhoam, et je me dois en tant reine d'Hyrule d'aller voir de mes yeux ce qui s'apparente fortement à une des quatre créatures divines.

Son regard, encore plongé dans celui du roi, s'égara et croisa celui de sa fille qui elle, fusillait sa mère des yeux, elle allait partir voir cette découverte ! "Et moi ?" se disait-elle dans sa tête. La mère le comprit immédiatement, elle connaissait très bien sa fille, elle ne pouvait pas partir sans elle.

- J'emmènerai Zelda avec moi.

Zelda regarda sa mère avec émerveillement comme pour la remercier infiniment de son choix, elle vit Impa qui lui faisait signe de la tête. La princesse était la plus heureuse des petites filles. La reine reprit alors brusquement sa conversation.

- Ah, mais où avais-je la tête ? Ma chère Impa, vous n'aviez encore jamais rencontré la princesse de si près, elle passe ses journées à nous parler des reliques, vous devriez bien vous entendre durant notre voyage.

Impa se tourna vers Zelda et lui sourit avec gentillesse. La jeune femme était enchantée de rencontrer sérieusement la princesse d'Hyrule qui, à cause de son jeune âge, n'allait que très rarement au Village de Cocorico, le village sheikah dont Impa était la chef.

- Ravie de faire votre connaissance, princesse, s'exclama Impa.

Zelda ne dit pas un mot, elle répondit seulement avec un large sourire, elle était perdue dans ses pensées, elle ne pensait pas qu'elle allait effectuer son premier voyage officiel demain pour aller voir une créature divine.

~~~

Le lendemain, dans la matinée, le carrosse royal était prêt, aux portes du Château d'Hyrule, la reine partait une nouvelle fois, mais cette fois-ci avec sa fille, enchantée. Impa avait passé la nuit au Château, la femme attendait la reine et sa fille dans le carrosse. L'équipe de garde rapprochée de la famille royale était prête pour le départ. À sa tête, le général, un grand homme qui maniait l'épée avec brio provenant d'une famille proche du roi et de la reine. C'était une personne courageuse et digne, quelqu'un d'une grande confiance pour eux. Zelda entra dans le carrosse et se mit à côté d'Impa, la reine fut interpellée par le roi avant de monter.

- Ma reine ! C'est bien ici votre dernier voyage avant quelques temps n'est-ce pas ?
- Il me semble, mais pourquoi êtes-vous si angoissé Rhoam ? répondit la reine d'un ton un peu agacé.

Le roi à la gestuelle assez perturbée malgré ses propos, posa sa main gauche sur l'épaule de sa femme et approcha son visage comme pour lui transmettre un message secret, mais qui ne l'était pour personne.

- Je ne suis point angoissé, mais rappelez-vous qu'il est grand temps d'enseigner ce que vous savez à Zelda, il sera bientôt temps pour elle de commencer à méditer, vous aviez son âge lorsque votre mère vous a appris, vous aussi !
- Je n'ai guère oublié cela, je m'en occuperai dans la semaine, d'accord ? Mais ne soyez pas si exigeant avec elle, elle n'a que six ans et... La reine fut coupée par sa fille déjà prête.
- Mère, on y va ? dit la princesse d'un air pressé.
La reine rentra à l'intérieur du carrosse et prit un air rassurant envers le roi qui la regardait encore, elle s'adressa alors au général de la garde royale non loin de là.
- Général, nous pouvons y aller !

Le général disait au revoir à son fils de six ans qui rentra aussitôt à la citadelle. Zelda regarda cet enfant qui dégageait un courage inégalable, elle l'avait déjà remarqué bien avant ce jour. Il habitait à la citadelle du château avec son père, mais sortait peu souvent de chez lui. Soudain, une voix retentissante s'éleva dans la citadelle.

- Gardes ! En avant ! déclara le général à haute voix.

Les chevaux qui traînaient le carrosse se mirent en route et toute l'équipe partit vers le sud-ouest, dans les Contrées Gerudo. Toute la cour avait entendu le départ, tous tournèrent leur tête afin d'apercevoir le carrosse et les gardes, en rang, autour de celui-ci. Le brouhaha de la citadelle s'estompa faiblement lorsque le véhicule prit la route. À l'intérieur du véhicule, la reine demanda à Impa qui regardait par la fenêtre :

- Alors dites-moi, savez-vous combien faudra-t-il pour déterrer la dernière créature ?
- D'après mes calculs, le volume de la pierre que nous venons de découvrir est dix fois plus petit que celui d'une créature complète, il faudrait environ cinq ans pour déterrer la quatrième créature, et la faire fonctionner, ça, c'est un autre problème qui prendra du temps pour les quatre, répondit Impa, un peu confuse.

La reine voulut rassurer Impa qui avait bien conscience du temps que cela devait prendre, cela faisait des siècles que le retour de Ganon était attendu à Hyrule, son retour ne pouvait que surgir soudainement à présent. Mais en s'appuyant sur la légende, Impa savait qu'il leur restait un minimum de temps.

- Ne vous en faites pas, cela prendra le temps qu'il faudra, cela est tout de même déjà une belle découverte, je vous en remercie Impa, rassura la reine.
- Tout le plaisir est pour moi, votre Altesse.

Zelda écoutait attentivement tout ce qui se disait, elle ne laissait rien échapper à ses oreilles de petite Hylienne très attentive. La conversation dura encore un bon moment, les minutes passèrent à l'intérieur du carrosse, le trajet était paisible, la plaine d'Hyrule était assez calme.

~~~

Toute l'équipe arriva alors derrière l'Amphithéâtre, aux portes du canyon. Impa précisa que la découverte se situait juste avant l'entrée du Désert Gerudo. Ils étaient bientôt arrivés. La jeune princesse se demandait encore pourquoi sa mère l'avait fait venir avec elle dans un voyage qui pourrait s'avérer dangereux si le carrosse croisait la route de Bokoblins ou pire, de Lynels... Les deux femmes discutaient encore, et elle, entre sa mère et la jeune Sheikah, n'arrivait plus à suivre la conversation qui devenait trop complexe, néanmoins, elle voulait comprendre. Lorsqu'Impa évoqua le Sanctuaire de Keh'Noi, le plus près du site de fouille, Zelda intervint.

- Et qu'y a-t-il à l'intérieur de ce sanctuaire ?
La reine ricana et se tourna alors vers sa fille comme si sa question lui correspondait parfaitement. Ce qui était le cas, ses yeux brillaient de curiosité.
- Savez-vous pourquoi je vous ai emmenée avec moi, ma fille ?
Zelda fit non de la tête.
- Car je sais que vous vous intéressez beaucoup aux recherches qui ont lieu sur les sites de fouilles un peu partout en Hyrule, et je pense que le bonheur et l'épanouissement ne peuvent qu'aider dans l'éveil de votre pouvoir.

Zelda avait déjà bien entendu parler de ce fameux pouvoir. Ce pouvoir que lui a transmis sa mère et qu'elle-même a reçu de la sienne. Ce pouvoir capable de sceller le Mal. Mais cela était encore flou pour Zelda, elle appréhendait beaucoup cet éveil, comment pouvait-on être sûr de quelque chose d'encore invisible et inexistant ? Rien dans ces six années d'existence ne pouvait prouver concrètement à Zelda qu'elle possédait un pouvoir enfoui en elle et destiné à se réveiller, selon la légende.

- Mais je ne sais pas si j'en serai capable, mère... dit alors Zelda, l'air angoissé.
La mère posa sa main sur la joue de sa fille et la regarda avec tendresse, une tendresse maternelle des plus intenses.
- N'ayez crainte ma fille, votre pouvoir s'éveillera de lui-même, j'en suis certaine, répondit sa mère, afin de la rassurer.
Zelda ne savait pas quoi penser de ces paroles, peut-être avait-elle raison...

Le carrosse ne mit pas beaucoup de temps pour arriver au pont suspendu de Digdo, la route devenait dangereuse et les chevaux ralentissaient le pas sous l'ordre de cavaliers de la garde royale. Le pont se tenait à plusieurs mètres au-dessus du sol rocailleux du canyon. Des bruits retentissaient du fond de la faille. Des bruits de Lézalfos prêts à s'attaquer à eux s'ils venaient à chuter dans le point d'eau qui stoppait la grande rivière de Divinéa, celle qui contournait par l'ouest la plaine d'Hyrule. L'ambiance fut assez lugubre quelques petites secondes pour Zelda et ses compagnons, mais le carrosse finit la traversée sans perturbations, ils étaient à présent entre les hauts murs rocheux du Canyon Gerudo. La reine découvrit alors, sur ces murs, de nouveaux chemins de bois suspendus et accrochés aux parois, il y en avait de tous les côtés, ces chemins semblaient infinis et traversaient le canyon complet. Quelques personnes se tenaient sur ce bois : des Sheikahs et quelques Hyliens étudiaient la pierre à la recherche de nouvelles reliques.

- Comme vous pouvez le constater, votre Majesté, les recherches n'arrêtent jamais de s'accroître, annonça Impa, nous travaillons durement.
- Cela est remarquable ! déclara la reine.

Les voix des personnes suspendues sous le vide traversaient avec écho le canyon et ce, de tous les côtés. À droite, un Hylien se chargeait de creuser la pierre, à gauche, un autre finalisait la traversée de bois afin de pouvoir escalader en sécurité, le travail rôdait de partout. Les yeux de Zelda scintillaient de mille feux, elle regardait de chaque côté et semblait ravie plus le carrosse progressait sur le chemin. Chaque seconde, dans son esprit de petite fille, elle rêvait d'apercevoir soudainement une de ces quatre créatures divines qu'elle connaissait depuis si longtemps par de simples encyclopédies et manuscrits racontant la légende d'Hyrule.

~~~

En montant et en s'écartant un peu du chemin principal vers la gauche, le sanctuaire de Keh'Noi était enfin visible ainsi qu'un camp de ravitaillement, sûrement pour les chercheurs et scientifiques sur place ne pouvant pas se permettre de rentrer chez eux.

- Halte ! cria le général.

Le carrosse s'arrêta près du sanctuaire, Impa, la reine et Zelda descendirent du véhicule et découvrirent un paysage magnifique embelli par un soleil chaud et matinal. Au sud, on pouvait apercevoir le sable sec du Désert Gerudo. Toutes les personnes aux alentours s'agenouillèrent face à l'arrivée de Sa Majesté et de la princesse. Tout à coup, un homme vêtu de d'habits sheikahs, se dirigea vers les nouveaux venus afin de les accueillir. Il s'inclina devant la reine s'adressa à elle.

- Votre Majesté, je vous souhaite la bienvenue sur le site de fouille du Canyon Gerudo, votre présence ainsi que celle de votre fille m'est d'une immense joie.
- Merci, vous êtes sans doute le dirigeant du site, je me trompe ? demanda la reine.
L'homme répondit en se relevant puis en inclinant la tête afin de confirmer l'hypothèse de la reine.
- En personne Votre Majesté, je suis Rodric. Je suis également le gérant du laboratoire antique d'Elimith, vous en avez sans doute entendu parler.
- Bien sûr, vous êtes en compagnie de Pru'ha ?
Le visage de Rodric changea aussitôt, comme si ce sujet de conversation n'aurait pas dû être abordé, cependant, c'était à la reine qu'il parlait, il fallait qu'il prenne sur lui.
- Elle est restée à Elimith, elle s'occupe de mon fils Canel, à vrai dire je viens de perdre ma femme alors...
- Oh, pardonnez-moi, je n'étais point au courant, toutes mes condoléances Rodric, répondit la reine, désolée.
Le dirigeant n'eut pas le temps de répondre que Zelda, les yeux rivés vers le haut, déclara soudainement d'une voix portante résonnant jusqu'à l'autre bout du canyon :
- C'est Vah'Naboris ! dit-elle en montrant du doigt la fameuse pierre découverte.

Rodric se retourna et observa la pierre, celle-ci était en longueur, elle ressemblait fortement à la sorte de couronne que la créature divine Vah'Naboris possède en guise de tête. Le dirigeant des opérations répondit alors à la princesse émerveillée.

- Si nos prochaines découvertes correspondent à nos hypothèses, en effet, il pourrait bien s'agir de Vah'Naboris, la dernière créature divine.

Chacun observa cette pierre précisément, tous y voyaient de l'espoir, s'agissait-il réellement de Vah'Naboris ? La dernière créature divine à déterrer ? Si cela était le cas, il ne manquait plus que quelques années avant de débuter des études fournies et précises sur ces machines de guerre.

- Très intéressant, puis-je voir cela de plus près ? demanda la reine.

Rodric montra alors le chemin à la reine, celle-ci escalada les chemins de bois jusqu'à arriver à la hauteur de la pierre et assez proche pour la toucher. Zelda, elle, devait rester au sol, en sécurité avec Impa. Le visage de Zelda avait changé, la jalousie s'emparait d'elle lorsqu'elle apercevait sa mère toucher la pierre, toucher une créature divine ! Son rêve ! Certes, elle rêvait avant tout de voir cela de ses propres yeux, ce qui venait de se produire, mais son goût pour la découverte n'arrêtait jamais de s'amplifier, une véritable exploratrice !

- Moi aussi je veux aller la voir... dit alors la princesse, frustrée.
- Ne vous en faites pas princesse, vous en aurez l'occasion, ce n'est qu'une simple question de temps, répondit Impa.

Mais un bruit vint mettre fin à sa jalousie soudainement. Derrière elle, elle entendit comme quelque chose de lointain mais pourtant pas si éloigné, un ricanement étrange, un rire qui semblait disparaître petit à petit mais qui réapparaissait ailleurs, et ce, une dizaine de fois. Des sons assez intrigants suivaient ces rires. Cela continua jusqu'à ce que tout le monde fut interpellé par un cri provenant du camp de ravitaillement. Impa et Zelda se retournèrent simultanément et regardèrent en contrebas, Impa semblait avoir compris qui était à l'origine de ces ricanements et sortit un sabre de la défiance de son dos.

- Qu'est-ce que c'était, dame Impa ? demanda la princesse, apeurée lorsqu'elle vit la Sheikah sortir son arme.
- Surtout, restez près de moi, princesse, déclara Impa.

La garde royale resurgit, prête à l'attaque, du côté de la reine, celle-ci descendit en vitesse rejoindre sa fille lorsque l'origine de ces bruits apparut devant toutes les personnes sur place. Elle était vêtue d'une combinaison rouge et noire. Elle était masquée d'un signe sheikah inversé, une serpe coupe-gorge à la main. Impa reconnut immédiatement, comme tout le monde excepté Zelda, que c'était un Yiga qui venait de commettre un crime.

Chapitre 2 : Triste départ   up

Plus personne ne parlait face à cette menace inattendue, le silence régnait. Personne ne pouvait savoir combien ils étaient vraiment, peut-être que d'autres se dissimulaient à travers les Hyliens présents. Derrière l'assassin qui venait d'apparaître, un homme, étalé au sol se tenait là, immobile, personne n'osait approcher, personne n'osait aller se prouver qu'il était...

- Je vois que nous avons une visite assez exceptionnelle... lança le Yiga en caressant sa lame affutée et arrondie.

Le général de la garde royale ne voulut rien entendre et ordonna à ses hommes de se préparer. Tous les gardes sur place entouraient alors à présent Impa, la reine et Zelda, en aucun cas, il ne fallait qu'un Yiga ne puisse mettre en danger la famille royale.

- Je vous conseille de déguerpir, toi et tes amis cachés ! ordonna le général.
- Dites-nous le nom du Héros, et nous vous laisserons peut-être tranquilles, répondit alors le Yiga.

Sans le savoir, le Yiga venait de dire aux gardes qu'ils étaient plusieurs, ceux-ci redoublèrent alors de vigilance à presque en oublier la demande de leur ennemi.

- Personne ne le connaît encore, il se révélera à Hyrule de par lui-même, et vous le savez très bien bande de traîtres, déclara brusquement Impa, déguerpissez à présent !

Derrière le Yiga à l'air fier, deux Hyliens fléchirent alors les jambes, ils se révélaient être également des Yigas, les gardes en première position sortirent leur arc au noir ténébreux.

- Mais ne serait-ce pas vous ? Général ? annonça le premier Yiga en jouant avec son arme menaçante, nous connaissons votre famille, il semblerait que vous possédiez de grands talents d'épéiste, vous maniez votre lame avec beaucoup de précision et d'agilité, pas étonnant que vous soyez nommé Général de la garde royale ! Alors peut-être est-ce vous l'élu de la lame purificatrice, ou... votre fils ?

Personne ne répondit, pas même le général, toujours sur ses gardes. Zelda se réfugia derrière sa mère. Celle-ci haussa le ton.

- Assez ! Gardes ! Faites-moi déguerpir ces assassins !

Les gardes exécutèrent les ordres de la reine, une dizaine de flèches furent projetées en direction des trois Yigas. Le trio ricana. La reine recula, Impa et Zelda rentrèrent à l'intérieur du carrosse à proximité du Sanctuaire. Les assassins disparurent dans une fumée rouge vermeil de par d'innombrables parchemins dissimulés dans l'air mais les deux Yigas furent touchés par les projectiles et disparurent, un ricanement s'entendait alors seulement. Il en restait un, quelque part, autour de l'équipe de fouille, silencieuse et sur ses gardes. La reine marcha en direction du carrosse.

- Le Seigneur Ganon reviendra, plus que quelques années à attendre... déclara la voix du Yiga impossible à localiser.

Soudain, avant que la reine ne puisse mettre un pied à l'intérieur du carrosse, le Yiga réapparut tout à coup derrière elle. Zelda ferma les yeux et s'interdisait de les ouvrir, Impa cria.

- Majesté, derrière vous !

La reine se retourna en vitesse quand deux flèches décochèrent de l'arc à double encoche que tenait en main l'assassin, une alla se planter dans le sol, et l'autre, atteignit brutalement la poitrine de la reine. Des cris se firent entendre dans tous les coins du canyon. Tout le monde sur place venait de voir ce qui venait de se produire. Tous les gardes se mobilisèrent et le général poignarda alors à l'aide de son épée le Yiga qui disparut pour de bon dans un cri de douleur. La reine, son corps sous le choc, était encore debout, ses yeux virevoltèrent soudainement, elle regarda le général, face à elle, et s'écroula sur le dos sur le sol rocailleux. Impa fit en sorte que Zelda ne voie pas cette scène atroce.

- La reine ! s'écria un garde.

Le général s'agenouilla près de la victime, mais celle-ci n'eut même pas le temps de souffrir que son coeur était déjà à l'arrêt. Le Yiga avait accompli sa tâche.

- Votre Majesté, répondez-moi, demanda le général.

Aucune réponse. Le regard dans le vide, la reine ne dit un mot. Sa bouche ne bougea pas non plus, celle-ci se referma lentement. Le chef de l'armée prit alors la décision de retirer la flèche délicatement, les gardes derrière attendaient impatiemment une décision du général, bouleversés par la situation.

- Non ! hurla-t-il.

Son cri résonna à travers Hyrule. Lorsqu'il aperçut Impa et la princesse, dos à la scène, il reprit ses esprits.

- Qu'on escorte en vitesse Dame Impa et la princesse au château sur-le-champ, et informez le roi de la situation... Je crains qu'il ne soit déjà trop tard...

Sur le site de fouille, des rumeurs rôdaient : "La reine a été tuée !", "La reine vient de nous quitter !". Un des trois gardes chargés d'escorter Zelda et Impa alla chercher des chevaux libres sur place. Le général annonça à ses troupes :

- Nous allons nous occuper de ramener la reine avec le carrosse.
- Dame Impa... dit un garde chargé de leur voyage.

Impa prit Zelda dans ses bras, et grimpa avec elle sur le cheval brun et à la crinière blanche qui les attendait, un cavalier monta avec elles.

- Que s'est-il passé Dame Impa ? demanda alors Zelda toujours les yeux camouflés par la femme.
- Vous le saurez en rentrant, princesse, répondit la Sheikah.

Le général s'adressa au cavalier et aux trois gardes chargés de transférer Zelda et Impa au château.

- Faites vite, nous sommes juste derrière vous, soldats !
- Bien mon général, répondit le cavalier.

Tous partirent en vitesse du site de fouille, la situation était critique. La reine venait de s'éteindre, brusquement.

~~~

Ce fut dans les alentours de midi que la citadelle aux toits bleu canard découvrit une garde royale dépitée arriver au coeur de la petite ville. Le silence régnait si dignement que l'on pouvait entendre du coin de l'oreille la fontaine et l'eau couler le long de celle-ci. Le grognement de la lave provenant de la Montagne de la Mort aurait presque pu se faire entendre. Même les oiseaux les plus bavards s'étaient tus, et le roi était là, aux portes du Château d'Hyrule. Il attendait, debout, sans un seul geste, le carrosse contenant le corps sans vie de sa femme. Ses yeux s'humidifièrent face à l'arrivée du véhicule dont les roues grinçaient sinistrement, mais il ne pleura pas, en tout cas, pas devant la cour, certainement pas. Un roi se devait de rester fort face à n'importe quelle situation, c'étaient ses principes depuis toujours. C'étaient également ses principes à elle, se disait-il. La grande découverte fut vite oubliée. Tout le monde était sous le choc, Impa s'était assise au pied de la fontaine centrale de la citadelle, elle attendait comme tout le monde à contrecoeur l'arrivée du reste des soldats du roi. Zelda faisait de même, elle, était restée debout auprès d'Impa pour qui elle s'était visiblement liée d'amitié, cela s'était ressenti immédiatement depuis leur première véritable rencontre, dans la salle du trône. Une femme de trente ans et une petite fille de six ans, vingt-quatre ans les séparaient mais cela avait peu d'importance. La jeune Sheikah n'avait pu attendre plus longtemps pour révéler à Zelda la sombre nouvelle, elle ne lui avait pas caché la vérité. Son père aurait fait de même si Impa ne l'avait pas devancé. Il comprit le choix de celle-ci, il lui faisait entièrement confiance jusqu'à la laisser s'occuper de sa fille par moment, comme celui-ci au milieu de la citadelle. Zelda n'avait pas dit un seul mot après cette révélation, bouleversée jusqu'à le ressentir de la tête aux pieds, elle resta immobile, comme son père, debout. Elle repensait au visage de sa mère d'il y avait quelques heures seulement, qui lui offrait l'opportunité de voyager avec elle, tout était allé si vite. En tournant quelque peu la tête, ce garçon était là, à regarder comme les autres. Elle ne fit pas plus attention à lui.

Il allait y avoir une cérémonie, le lendemain à la première heure à la cathédrale, juste à l'est du château. Toute la citadelle ainsi que les habitants environnants - comme ceux du ranch - et d'autres personnes de la plaine allaient y assister. Le reste d'Hyrule n'allait pas attendre bien longtemps pour être informé de la triste nouvelle qui s'emparait du centre d'Hyrule. Des messagers allaient être dispersés aux quatre coins du royaume afin d'informer tous les relais, tous les peuples - des Zoras jusqu'aux Korogus - et tous les villages même les plus reculés.

Le carrosse venait de s'arrêter. Le général, dépité, alla parler au roi qui n'avait pas bougé un seul muscle de son corps, une vraie statue de cire. Certains se demandaient s'il était paralysé par la nouvelle ou alors s'il était trop concentré à contrôler ses émotions pour s'occuper de bouger son corps. Le général s'arrêta net devant le roi qui regardait encore le carrosse un peu plus loin. Le chef de la garde royale retira son béret - symbole des soldats royaux - et lui adressa quelques mots qui suffisaient pleinement.

- Je suis navré, Votre Majesté, j'ai fait tout mon possible. Que la Déesse Hylia la protège...

Le roi, après quelques secondes, regarda le général, et fit un signe de tête en guise de remerciement, celui-ci repartit près du carrosse. Ensuite, il jeta un oeil autour de lui, toute la citadelle le regardait, lui et sa fille non loin de là.

- Merci, lança-t-il à la cour.

Tout à coup, toute la citadelle détourna le regard et repartit se faire toute petite, dans le silence. Aucun mot n'avait été prononcé depuis l'arrivée du carrosse, seuls les chevaux effectuèrent quelques hennissements parfois. Le roi regarda sa fille auprès d'Impa et l'appela afin de rentrer au château pour le reste de la journée. Le carrosse partit entre de bonnes mains, le roi en avait conscience.

- Zelda, dit-il pour appeler la princesse.

Zelda se retourna vers son père, en effet, son regard était jusqu'à présent perdu dans le ciel et sa bouche était entrouverte comme si une réflexion intense s'emparait de la petite fille. Zelda regarda son père.

- Soyez forte, princesse, vous en êtes capable, lui chuchota Impa dans son oreille.

Sa bouche se referma aussitôt et Zelda avança pour rejoindre son père. Elle se contenta de se retourner pour dire au revoir à Impa, qui dut repartir à Cocorico annoncer la nouvelle aux autres Sheikahs de son village. Ce fut une journée des plus tristes pour Hyrule, seuls les Yigas pouvaient se réjouir de la situation, mais le royaume aurait sa vengeance, ça, le roi en était certain.

L'après-midi qui succéda fut calme et sans événement particulier. Il faisait néanmoins beau dehors, le soleil était au rendez-vous, c'était une belle journée de printemps. Mais seulement très peu de personnes mis à part les gardes ne sortirent de chez elles. Le roi resta enfermé dans son étude, à la bibliothèque, et Zelda, confinée dans ses appartements. La princesse ne pouvait pas encore comprendre concrètement ce qui venait de se produire, aucune émotion ne se dégagea de son visage de toute la journée, mais que pouvait-il en être du lendemain et de la cérémonie redoutable qui attendait la famille royale... De nombreuses images défilèrent dans sa tête, elle repensait à Vah'Naboris qu'elle avait vu ce matin-là, mais elle repensa également à ces hommes masqués qui apparurent soudainement devant le relais du canyon. La pauvre ne savait plus quoi penser, elle s'assit alors sur son grand lit et resta là, jusqu'à s'endormir pour ne pas se réveiller de toute la journée.

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La cloche de la cathédrale ne cessa de sonner, ainsi, tout le royaume était au courant. Un prêtre parlait depuis déjà un bon moment au sein de ces lieux. Du monde était là et... comme par hasard... lui aussi, à côté de son père, le général, au premier rang. Zelda ne pouvait pas ne pas le voir, elle qui était assise aux côtés de son père à quelques mètres de l'autel, était étrangement intriguée par ce garçon tout à fait ordinaire. Comme si elle faisait face à son destin lorsqu'elle le regardait. La princesse en oublia complètement la cérémonie qui se tenait. Un silence de mort, comme à son habitude, se baladait dans l'air. Un homme était là, à côté du prêtre, debout avec son vieil accordéon qui semblait traverser les âges et les générations. Visiblement il était convié à jouer un chant pour l'évènement... Lorsque le prêtre finit son discours rendant hommage à la reine disparue, il finit par introduire cet étrange homme que Zelda n'avait encore jamais vu mais qui pourtant, semblait connu de son père.

- À présent, le chant, déclara le prêtre.

Soudain, l'homme commença à jouer et des choeurs apparurent derrière l'autel. Ce fut le moment le plus dur à supporter pour Zelda, les minutes semblaient longues et interminables, elle ne cessait de se redresser sur sa chaise comme pour évacuer cette aura de tristesse incontrôlable qui risquait de l'envahir chaque seconde. C'était un instant mémorable, triste, certes, mais mémorable, c'était comme si les Déesses contemplaient, elles aussi, la scène. De son côté, le roi était neutre, comme la veille d'ailleurs, il ne laissait transparaître aucune émotion de son visage. Celui-ci écoutait attentivement le chant, il ferma les yeux quelques petites secondes, c'était, là aussi, la tristesse qui venait goûter à son visage. De l'extérieur, on entendait cette musique résonner à travers la citadelle vide. Le soleil venait de se lever, c'était encore l'aube, mais aucun coq ne se manifesta, ce qui tenait de l'exceptionnel, même la nature contribuait à la cérémonie.

Les rues de la ville du château se remplirent une heure après le début de la réunion à la cathédrale. Tous étaient émus et désemparés, c'était un moment qui allait être dur à passer. Au Château d'Hyrule, l'ambiance était toujours aussi triste : personne dans les couloirs, aucun bruit ne venait combattre le silence omniprésent. Dans sa chambre, Zelda s'assit devant une petite table en bois qui lui servait de bureau, dans le coin de la pièce. Elle n'avait versé aucune larme durant la cérémonie. Elle contempla la page de couverture du livre qu'elle avait emprunté à la bibliothèque et qui était resté là, fermé, sans que la princesse ne l'eût rouvert. Mais, étrangement, à l'instant, pour la première fois de sa vie, elle n'avait aucune envie de contempler ces quatre magnifiques bêtes.

Chapitre 3 : Sans guide   up

L'observatoire était un lieu efficace pour explorer la citadelle, Zelda y passait souvent pour observer ce qui se déroulait dans la ville. Une semaine avait passé depuis la fameuse cérémonie tant redoutée, et la cour avait repris ses habitudes. Des habitants se rendaient à la Cité des Mouettes - toujours aussi efficace dans le commerce celle-là - d'autres effectuaient leurs tâches quotidiennes depuis chez eux. Chaque personne savait quoi faire pour s'occuper, comme si rien de tout ce qui s'était produit n'était réel, ce qui n'aidait pas vraiment la princesse.

Le roi avait demandé à Impa, si elle le pouvait, de venir au château quelques jours afin de s'occuper de Zelda. À vrai dire, l'homme était très occupé, et à présent, il devait gérer l'éducation de sa fille, seul. Gérer un royaume n'était pas de tout repos, ce fut pour cela qu'Impa, malgré son rôle au village de Cocorico, accepta de rejoindre le château pour aider la famille durant cette période. Les Sheikahs avaient toujours été fidèles à la famille royale, et les connaissances scientifiques d'Impa dans la technologie antique ne pouvaient qu'épanouir Zelda durant ces jours difficiles. Le roi fit tout pour que sa fille supporte cette période au mieux, mais il savait également au fond de lui que son devoir de méditation qu'elle redoutait tant arrivait lentement mais sûrement. Il fallait forcément l'initier un jour à cette pratique indispensable dans la survie du royaume, il ne fallait pas prendre ça à la légère, c'était ce qu'il se disait de plus en plus.

Impa, observait la princesse perdre son regard dans le désordre et le dynamisme de la citadelle en contrebas de l'observatoire sur lequel elles étaient. Cet endroit était agréable, un lieu idéal pour contempler la splendeur d'Hyrule.

- À quoi pensez-vous, princesse ? demanda Impa.
Zelda ne répondit point, elle était dos à la jeune femme, son corps appuyé dans un créneau de la muraille de pierre, rien ne semblait pouvoir la distraire.
- Vous êtes fâchée après moi, princesse ?

Impa était là depuis deux jours et elle n'avait pas entendu un mot sortir de la bouche de Zelda. La Sheikah essaya alors avec cette question de capter l'attention de la petite fille, ce qui fonctionna. Zelda tourna sa tête sur le côté, et répondit en la repositionnant dans sa position initiale.

- Ce n'est pas ça, Dame Impa... Pardonnez-moi, je réfléchis beaucoup, c'est tout...
La femme eut alors une idée pour occuper la princesse. Elle remarqua au loin à l'est, la carrière.
- Dites-moi princesse, aimeriez-vous percer les secrets des sanctuaires qui se cachent à travers le royaume ?
- Je n'ai pas envie de lire, répondit Zelda.
- Qui a dit qu'il fallait lire ? J'ai toujours privilégié la pratique à la théorie, princesse, ricana Impa.
Zelda se retourna et regarda alors Impa, quelques secondes séparèrent sa réponse.
- D'accord, dit Zelda dans un long soupir.

La princesse suivit alors la Sheikah jusqu'au sanctuaire de Kata'Chuki, celui de la carrière, le plus près. Elle sentit au fond d'elle ce petit goût d'aventure qui la traversait pour la première fois depuis une semaine. Impa avait réussi à la convaincre de penser à autre chose.

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L'étrange maisonnette de pierre était au fond d'un creux de la carrière, elle était presque invisible. Des inscriptions étaient gravées sur la porte close de celle-ci et des formes assez inhabituelles se dissimulaient sur sa surface. Le sanctuaire faisait plusieurs mètres de haut avec, à son sommet, la représentation d'un oeil à trois cils ainsi qu'une larme coulant de celui-ci : il s'agissait du signe sheikah.

- Il a toujours été là, n'est-ce pas ? demanda Zelda qui s'apprêtait à monter sur une sorte de plateau qui servait d'entrée à la bâtisse.
- En effet, il était déjà là il y a dix mille ans selon nos documentations, comme tous les autres.

Impa voyait bien que la princesse était très renseignée sur ce sujet si complexe pour son âge. Pour elle, c'était un véritable miracle de comprendre autant de choses encore si incomplètes et floues pour tout le monde. Zelda s'approcha d'une sorte de socle situé à la droite de l'entrée du vestige. Elle était à peine plus grande que cette petite table arrondie avec le signe sheikah gravé dessus. Elle mit sa petite main d'enfant dessus et ressentit les gravures nettes et précises du symbole sheikah en passant ses doigts dans les entailles.

- Est-ce que l'on peut entrer ? demanda Zelda, curieuse.

Impa sourit face à la volonté de la princesse, elle s'avança jusqu'à elle et lui fit examiner la porte fermée. Les inscriptions évoquaient parfois le nom Kata'Chuki, c'était ainsi que les scientifiques antiques avaient pu déterminer le nom de chacun des sanctuaires présents sur le territoire d'Hyrule, mais le reste des inscriptions restaient incompréhensibles. Impa répondit avec amusement à Zelda.

- Savez-vous princesse, c'est un peu compliqué, en réalité...
- Appelez-moi Zelda, après tout, c'est mon nom, déclara Zelda en coupant Impa.
Impa, surprise, s'interrompit alors. "Cette petite demoiselle a du caractère !", se dit-elle. Après tout, tel était son choix, cela n'avait pas vraiment d'importance.
- Comme vous le voudrez, relança Impa.
Zelda s'assit alors sur le plateau d'entrée du sanctuaire et regarda alors un garde passer sur la muraille qui se dressait à côté de la carrière.
- Hier, père m'a parlé de mon pouvoir, déclara Zelda en baissant le regard sur le sol.
- Je suis consciente de vos angoisses à ce sujet, mais vous êtes la descendante de la Déesse Hylia, ne l'oubliez pas, votre pouvoir viendra à vous quoi qu'il se passe.
Sur ces mots, Impa rejoignit la princesse et s'assit à ses côtés.
- C'est ce que mère disait aussi, répondit Zelda.
La Sheikah sentit la tristesse envahir de nouveau la pauvre princesse, elle ne sut quoi répondre sur le moment mais finit tout de même par trouver ses mots.
- Eh bien, je pense qu'elle avait raison.

Plus personne ne prononça une phrase par la suite, elles rentrèrent au château quelques minutes plus tard, Zelda voulut s'arrêter là pour aujourd'hui. Elles passèrent dans les rues de la citadelle ouest, les passants y étaient nombreux et les ragots avec. Tout le long de la rue, des rumeurs pouvaient se faire entendre, derrière les "Bonjour votre Altesse !". Zelda savait pertinemment que les habitants se posaient des tas de questions sur elle depuis le départ de la reine.

"Va-t-elle tenir le coup ?"
"Comment va-t-elle faire par la suite ?"
"Est-ce qu'elle a vu la scène se dérouler devant ses propres yeux ?"

Mais pourquoi ne se mêlaient-ils pas de leurs affaires ?! Après tout, cela ne les concernait pas, se disait la princesse. Celle-ci regarda chaque porte de maison, chaque habitant et chaque animal qui traînait par là, elle ne se sentait pas très à l'aise dans le coin, toujours observée, oppressée par les rumeurs qui couraient et apeurée du regard des autres. Mais elle n'y pouvait rien, c'était la Princesse d'Hyrule, la fille du roi ! Jamais dans son passé elle n'avait pu être tranquille, il fallait apprendre à vivre avec ce poids sur les épaules.

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La salle du trône était remplie, c'était en effet l'heure d'une réunion très importante concernant les modifications qui allaient avoir lieu en raison des brusques évènements. Cinq personnes étaient là : le roi, assis sur son trône, Dorefah, le roi zora venu des terres de Lanelle pour discuter du plan "Luterranne" qui consistait à l'entraide zora-hylienne afin d'établir un renforcement du barrage Luterranne qui menaçait de se fendre. Urbosa, la jeune reine gerudo du même âge environ qu'Impa, venait pour demander du renfort dans le désert, une équipe de cinq Yigas avait décidé de bloquer la route menant à la Cité Gerudo, ce qui venait perturber grandement le commerce. Le général de la garde royale répondait à ses questions pendant que Dorefah attendait que le roi termine de discuter avec Daruk, le chef du village Goron au sein de la Montagne de la Mort qui lui, venait prévenir de quelques tremblements de terre en raison d'un rocher massif tombé dans le cratère du volcan.

- Merci Daruk, j'en tiendrai compte par la suite, finit par répondre le roi.
- Ah oui, euh, encore une fois votre Majesté, continua Daruk, si vous avez besoin de quoi que ce soit pendant cette période, je...
- C'est gentil de votre part, mais nous nous en sortirons, comme nous l'avons toujours fait, merci.

Le roi répondit froidement, cela l'énervait un peu de voir que le royaume le pensait faible - ce qu'il était - depuis qu'il était seul, assis dans cette salle. Mais Daruk fut compréhensible, en réalité, il avait peut-être l'air d'un dur à l'extérieur, son coeur lui, était tendre à l'intérieur bien que son alimentation quotidienne était entièrement composée de roches en tout genre...

- Je vous écoute Roi Dorefah, lança le roi.
Dorefah s'approcha du souverain et commença.
- C'est au sujet du plan Luterranne votre Majesté, j'aimerais savoir si des modifications seraient à prévoir en raison des récents évènements.
- Notre accord tient toujours, vous n'avez pas de souci à vous faire, nous ne freinerons pas les travaux.

Urbosa, au fond de la salle, observait le roi d'Hyrule de loin, elle confia quelques mots au général avec qui elle discutait encore.

- Vous ne trouvez pas Sa Majesté étrange ? J'ai l'impression qu'il nie les évènements...
- Si vous voulez mon avis, il est bouleversé, il n'assume pas vraiment sa tristesse, il veut rester digne, tel est son rôle de roi, répondit le général.

Au même moment, Impa et Zelda débarquèrent dans les lieux, tout le monde se retourna vers la princesse. Impa s'agenouilla devant le roi.

- Votre Majesté, dit Impa.
- Merci Impa, veuillez raccompagner la princesse dans ses appartements, notre entretien se voit plus long que prévu, répondit Sa Majesté.
- Bien, votre Majesté.

Zelda repartit avec Impa, elle regarda alors toutes les nouvelles têtes qu'elle n'avait encore jamais vues : Daruk, Dorefah, Urbosa. La Gerudo regarda la princesse et lui adressa un petit sourire.

- Bonjour votre Altesse, dit-elle à Zelda gentiment.

Zelda se contenta de lui adresser un hochement de tête rapide, puis rejoignit la Sheikah, elle aurait voulu rester plus longtemps ici, c'était la première fois qu'elle voyait autant de personnes des différents peuples d'Hyrule en même temps. Urbosa l'avait vu dans ses yeux.

- Pourquoi m'écarte-t-il à chaque fois ? demanda Zelda à Impa sur le chemin vers sa chambre.
- Les problèmes lui tombent dessus de partout, il est débordé vous savez, répondit Impa.

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Le soir venu, la réunion avait enfin pris fin, tous les chefs des peuples rentrèrent dans leur région respective. Le roi avait remercié Impa pour son aide et la laissa repartir chez elle, il ne voulait pas abuser de ses services. Zelda ne comprenait pas ce choix, Impa n'était restée que trois jours, et ces trois jours furent les plus fournis en activité depuis une semaine, pourquoi son père devait-il mettre fin à cela ? Seule, sur la muraille menant à sa chambre, la petite fille voyait briller les couleurs du crépuscule, elles s'étalaient dans l'espace céleste. "Encore une journée de plus sans mère", se disait-elle. Des picotements apparurent dans ses pieds et ceux-ci remontèrent soudainement jusqu'à son visage, c'était une sensation intense et prenante qui lui fit verser une larme lorsqu'elle pensa à la défunte. Pour la première fois depuis ce terrible jour, Zelda pleura. Elle avait réussi à supporter la cérémonie avec dignité, mais ce coucher de soleil l'avait rattrapé soudainement par les sentiments.
Elle sentit une légère brise sur son visage, venant des Monts Géminés sûrement, elle regarda sa tenue de princesse puis essuya cette larme qui venait à l'encontre de sa dignité que demandait son statut. Zelda était une petite fille de six ans très mature pour son âge, elle ne le devait qu'à ses parents qui l'avaient éduquée ainsi, mais sans sa mère, son guide, allait-elle encore pouvoir devenir la princesse qu'elle se devait d'être aux yeux de son père ? Et ce pouvoir enfoui au fond d'elle, allait-elle vraiment réussir à le faire se manifester ? La tristesse s'empara d'elle, et Impa n'était pas là pour la consoler, elle devait affronter ses peines seule. Des pas se firent alors entendre à sa gauche.

- Votre Altesse, votre père vous attend dans la grand-salle, déclara un servant du roi qui venait d'apparaître.
Zelda se retourna vers l'homme.
- Je le rejoins de ce pas, répondit la princesse.

Ce dîner allait encore une fois être morose et silencieux, mais les choses allaient changer tôt ou tard.

Chapitre 4 : Le dîner   up

Trois mois avaient passé et l'agitation était à son comble dans la grand-salle. Le cuisinier du château y faisait multiples détours, serveurs et domestiques y préparaient également une table somptueuse. Ce jour-là, c'était les dix ans du général de la garde royale en tant que capitaine à la tête de cette armée, et le roi d'Hyrule avait décidé d'organiser un grand dîner en l'honneur de ce grand homme qui avait tant donné pour le royaume. Il allait venir avec sa femme et son fils unique. L'odeur d'une grillade terre-mer - un des plats préférés du roi - dévalait les escaliers du château et remplissait l'air de ses couloirs jusque dans la grand-salle. Le chambellan du roi débarqua en criant à toutes les personnes présentes dans la salle :

- Sa Majesté ordonne la fin des préparatifs dans moins d'une heure !

Tous se hâtèrent, le roi avait bien précisé qu'il voulait un dîner à la hauteur du général qu'il considérait presque comme un ami. La nappe rouge dressée et les couverts d'argent posés, la table était enfin prête, un grand bouquet de violettes tempo démarquait son centre. Les invités allaient être nombreux, une quinzaine sans compter le roi et Zelda. En effet, les meilleurs soldats de l'armée royale ainsi que la partie la plus prestigieuse et fidèle de la cour étaient conviés à assister au repas luxueux.

Lorsque des rayons de coucher du soleil apparurent au sein des lieux, chacun comprit qu'il était vingt heures, l'heure de l'arrivée des invités. La voix du chambellan se fit réentendre au bout d'un couloir.

- Sa Majesté, le Roi ! déclara-t-il gaiement.

Le roi d'Hyrule s'avançait d'un pas déterminé vers la grand-salle afin de vérifier le résultat des préparatifs. Il portait sa somptueuse veste rouge cerise ornée d'une matière semblant à de l'or. Du monde se hâtait dehors, le souverain voulait que tout soit parfait. Il jeta un oeil à la table ainsi qu'aux décorations murales.

- Plus au centre les rideaux je vous prie ! dit-il en montrant les couples de fenêtres sur le mur d'en face.
Un domestique s'exécuta et le roi n'eut aucune autre remarque.
- Bien, je vous remercie pour votre travail, termina le roi.

Il partit accueillir les invités qui attendaient à l'entrée du château, la princesse, quant à elle, terminait de se préparer avec sa nourrice Gaëlle.

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Aux portes principales, un groupe de quinze attendait là, le général, sa femme et son fils en tête. L'entrée s'ouvrit et le roi, la princesse habillée de sa robe officielle ainsi que deux gardes rapprochés apparurent devant la petite foule. Sa Majesté laissa esquisser un sourire à la vue du général qui s'approcha et s'inclina.

- Bonjour votre Majesté, dit-il.
- Mon général, ne vous en donnez pas la peine ce soir, vous êtes l'invité d'honneur, approchez plutôt, vous et votre famille, venez me serrez la main, vous l'avez mérité !

La reconnaissance du roi envers le général de la garde royale se ressentait pleinement, celui-ci serra alors la main du roi - rares étaient ceux qui en avaient l'honneur - et présenta sa famille.

- Votre Majesté, j'ai le grand honneur de vous présenter ma chère femme Diane et mon fils Link.
- Je vous souhaite la bienvenue, répondit le roi.

Zelda comprit que ce fameux garçon s'appelait Link, ce qui venait renforcer son sentiment étrange en le voyant. Le petit garçon ne disait rien, comme venait de le dire son père, c'était un enfant très timide et il ne parlait qu'à de rares occasions, il fallait mériter sa parole ! Le roi rit et se montra tout à fait compréhensible, après tout, Link n'avait que six ans. Ce fut alors au tour de la famille royale de se présenter, le roi prit sa fille par surprise.

- Voilà ma fille, déclara-t-il.
- Enchantée, dit alors Zelda timidement.
C'était la première fois que la famille royale et celle du général se rencontraient vraiment, elles se contentaient jusque là de s'entraider de par les services qu'elles se rendaient.
- Je vous en prie, suivez-moi, annonça le roi aux invités.

Ils suivirent alors le chemin principal du château et franchirent une entrée parmi tant d'autres. Arrivés dans la grand-salle, les invités s'installèrent, le roi était en bout de table, Zelda à côté de son père sur sa droite suivie de Link. Son côté gauche se composait du général ainsi que sa femme par la suite. Le reste des places avait pu être choisi librement entre les soldats et les personnes de haut statut. Les lustres qui surplombaient la salle venaient faire briller la grande table au-dessous. Les personnes commencèrent alors à parler entre elles, le roi débuta une première discussion avec le général et sa femme.

- Alors, dites-moi comment se portent les nouvelles recrues, général ?
- Oh, eh bien ils suivent un entraînement intensif et formateur, ils en sont à leur quatrième mois de formation d'après les chefs de sections, d'ici quelques semaines, certains pourront intégrer la garde royale, vous savez, parmi eux, certains sont de véritables guerriers, répondit le général.
- Beau travail, je vous félicite tous, c'est grâce à vous si Hyrule est toujours debout !

Le roi n'arrêtait jamais de complimenter le général, à se demander si un jour, il allait en avoir assez... Pendant cette discussion tout à fait ordinaire et sans véritable surprise - le roi valorisait, le général remerciait, et ainsi de suite - Link regarda son assiette en face de lui, elle était bordée de nobles motifs dorés, il n'avait pas l'habitude de voir de tels objets, chez lui, la vaisselle était plutôt simple et ordinaire. Il voyait même dans les yeux de sa mère en face de lui que celle-ci n'avait guère l'habitude d'une telle table. À sa gauche, la princesse, elle, ne disait rien non plus, elle se contentait d'écouter son père, cela n'avait pas l'air de la déranger au premier abord. Puis, vinrent les premiers plats en guise d'entrée. Il s'agissait d'une soupe de coquillages ainsi qu'une daurade meunière. Le roi se redressa de sa chaise, prit son verre en main et le leva au nom du général.

- Je lève mon verre en l'honneur de notre général qui a tant donné pour Hyrule durant ces dix dernières années, déclara le roi.

Le reste des invités firent de même en criant "Au général !" en coeur, le général remercia chaleureusement toute la table et le repas commença. Les plats marins étaient les préférés du capitaine, ils étaient des spécialités du village d'Écaraille. Link dévora son assiette et finit avant tout le monde, sa mère, en face de lui, le remarqua.

- Link, tu es un vrai gourmand, ne mange pas si vite, tu vas avoir mal au ventre, dit-elle à son fils discrètement.
- Content que cela vous plaise mon cher Link, assura le roi.
Le petit garçon regarda alors les assiettes des personnes autour de lui, tout le monde en était encore à la soupe, il se rendit compte de sa vitesse.
- Il a toujours une faim de loup, son estomac n'est jamais plein, révéla le général.
- Ne vous en faites pas, il n'y a pas de mal, rassura le roi en riant.
Link ne disait rien, il regardait les autres qui le fixaient des yeux, hormis la princesse qui l'observait d'un coin de l'oeil.
- Link est un vrai timide, il ne dit jamais rien, continua le général amusé.
- Excepté lorsqu'il s'entraîne avec toi, reprit sa femme.
- Ah ! Un vrai champion, je n'ai jamais vu ça de ma carrière à un si jeune âge !
Le roi s'intéressa un peu plus à ce qui se disait.
- Vraiment ? demanda-t-il.
- Votre Majesté, vous devriez voir ça, si l'épée que je lui avais prêtée n'était pas en bois, il m'aurait manqué une jambe, sa technique au combat est remarquable, dit le général en regardant Link, il était fier de son fils.
Ce dernier esquissa un sourire gêné.
- Un vrai petit héros, ajouta sa mère.

Sur ces mots, le général regarda sa femme comme pour avoir une confirmation qu'il pouvait parler de quelque chose de sensible. Il se tourna vers le roi souriant.

- En parlant de héros, votre Majesté...
- Je vous écoute, affirma le souverain.
Le général se redressa comme pour se préparer, ce qui attira l'attention de Zelda en face de lui qui était dans ses pensées depuis le début du dîner.
- Link a six ans, et une telle technique au combat dont il fait preuve n'est acquise que par des recrues entraînées, en vue du retour du Fléau dans quelques années selon la prophétie faite après la naissance de son Altesse Zelda. Si mes calculs sont bons, Link devrait avoir acquis un âge similaire à celui d'un élu des déesses...
Le roi et la princesse furent surpris en même temps, Zelda savait pertinemment en quoi consistait le rôle du Héros de la Légende, on lui contait celle-ci depuis sa naissance...
- Vous insinuez que... que Link serait l'Élu ? demanda le roi.

Link baissa les yeux, il n'aimait pas cette image de lui en tant que Héros, il ne connaissait rien des engagements à prendre et des attentes que l'on devait avoir de lui si cela se révélait être vrai. Au début, cela l'amusait, mais par la suite, il voulait simplement être un enfant comme les autres et devenir chevalier sans qu'il ne soit reconnu en tant qu'élu. Le général acquiesça les interrogations du roi.

- Mais cela n'est pas certain votre Majesté, si vous me le permettez, j'aimerais que cela reste entre nous, ajouta-t-il.
- Entendu, n'ayez crainte.
Les yeux de Zelda alternaient entre regarder Link et le général, elle finit alors par se pencher vers sa droite, vers Link. Elle lui demanda alors d'une voix basse et discrète :
- C'est vraiment toi le Héros ?
Link la regarda, il haussa les épaules, il ne voulait visiblement pas répondre.
- Oublie ça, finit alors par dire Zelda en se redressant. Si Link était véritablement le prochain Héros, cela aurait expliqué cette sensation étrange qu'elle avait en le voyant. Mais comme elle vit qu'il n'avait guère l'intention de prononcer une seule phrase, elle n'insista pas plus longtemps.

~~~

Un peu plus tard dans la soirée, à l'heure du dessert, l'ambiance était toujours aussi bonne, la hiérarchie entre le roi et la cour était presque inexistante, un véritable dîner amical. Tout le monde s'amusait et riait, cela faisait un bien fou à tous. Le chambellan assis à la table un peu plus loin n'attendait que son gâteau au monstre dont il raffolait, tandis que les soldats de l'armée plaisantaient sur leurs différentes missions et leurs péripéties. La nuit était tombée, mais le dîner allait encore durer une petite heure. À l'arrivée des desserts, gâteaux au monstre, aux fruits et à la citrouille se succédèrent le long de la grande table, tout le monde était ravi et se servit. Le général, sa femme et Zelda prirent une part de gâteau aux fruits tandis que Link et le roi prirent une part de gâteau à la citrouille. Ils les dégustèrent sans tarder.

- Dites-moi, votre Majesté, vous ne nous avez pas parlé de vous, comment se passe la vie au château ? lança le général.
Le roi finit sa bouchée qu'il venait d'entamer et répondit.
- Zelda et moi nous portons très bien, des affaires importantes me parviennent de tous les coins d'Hyrule mais je parviens à les gérer dans les temps.
Le roi regarda alors Zelda et sourit lorsqu'il se souvint de ce qu'il voulait dire.
- Et ma fille, commencera la méditation dans quelques mois, neuf à peu près, je me suis entretenu avec le prêtre royal et nous sommes parvenus à déterminer une date convenable. Cela aurait déjà dû commencer, mais malheureusement nous avons dû repousser...

La princesse fixait des yeux son père qui parlait sans interruptions, la méditation ? Dans neuf mois ? L'information n'était visiblement pas arrivée aux oreilles de Zelda auparavant, celle-ci venait de l'apprendre comme le général.

- Eh bien, félicitations votre Altesse, je suis heureux pour vous, déclara le général.
- Je... Merci, répondit Zelda, surprise et frustrée de ne pas avoir été mise au courant plus tôt.
- Ma fille fera tout pour éveiller son pouvoir, et Hyrule pourra compter sur elle, n'est-ce pas ? rajouta le roi.

Zelda ne savait plus quoi dire, les propos de son père lui faisaient monter une angoisse très désagréable en elle, il comptait sur elle, il ne fallait pas qu'il soit déçu. La princesse finit par approuver les mots du roi mais sans assurance.

- Euh... oui, oui bien sûr...

Zelda croisa alors le regard de Link qui comprit qu'elle ne se sentait pas à l'aise face à la prière, le petit garçon finit alors sa part de gâteau qu'il venait d'ingurgiter sans y laisser une seule miette dans son assiette.

- Le royaume est entre de bonnes mains ! annonça fièrement le roi.

Minuit venait de sonner, les invités repartirent chez eux dans une citadelle vide et silencieuse. Avant de rentrer, le général adressa des derniers mots au roi en sortant de la grand-salle vide.

- Merci encore pour tout votre Majesté, c'était une très bonne soirée, remercia chaleureusement le capitaine.
- Merci à vous d'être venu, cela nous a fait plaisir que vous et votre famille soyez parmi nous, répondit le roi.

Les salutations faites, il ne restait plus dans la salle que quelques personnes chargées de nettoyer, ainsi que Zelda, fatiguée, et son père. Tout ce que voulait la princesse, c'était partir s'endormir, cette surprenante nouvelle lui était tombée dessus comme si l'on lui posait subitement un énorme fardeau sur les épaules. Elle ne voulut pas en parler à son père, elle se contentait de suivre ses ordres, après tout. Elle se disait qu'une petite fille de son âge ne pouvait pas changer des choses organisées par le roi, mais si cela ne tenait qu'à elle, changer la date de sa première séance de méditation lui aurait bien plu. Zelda commençait sérieusement à douter de son avenir dont visiblement personne ne lui laissait choisir la route. C'est dans une grande incertitude que la princesse rejoignit ses appartements.

Chapitre 5 : Comme une deuxième mère   up

Le plateau du Prélude était surélevé par rapport au reste du royaume, le roi l'appelait également le "berceau du royaume d'Hyrule". Parmi les bâtiments fondés sur ce petit bout de terre coupé du reste du monde, le Temple du Temps était l'un des plus grands et des plus fiers. Sa façade se composait d'une tour au toit pointu aux extrémités ainsi qu'une autre, au centre, plus haute et plus imposante. Le triangle d'or sacré : le cadeau des Déesses, était représenté à son sommet. Une petite place religieuse se tenait au pied du temple, elle était très calme et les moines étaient nombreux. Un prêtre montait les escaliers menant au grand bâtiment, il était entouré de deux gardes et suivi de la princesse, tous se dirigèrent au Temple du Temps.

Arrivés à l'entrée, les gardes reçurent l'ordre de rester là. Le prêtre - qui était le même que celui qui avait pris en charge les funérailles de la reine - rentra à l'intérieur du temple, la petite Zelda de sept ans maintenant fit de même. Elle était habillée d'une longue robe très blanche ajustée à sa taille d'enfant, c'était un symbole que Zelda était la réincarnation de la Déesse Hylia. Elle portait également des bracelets ainsi qu'un collier, tous de couleur dorée, aussi des symboles divins.

Le prêtre et Zelda s'avancèrent au fond du temple jusqu'à arriver au pied d'une gigantesque statue de pierre. Une statue de la Déesse Hylia. Elle était magnifique, elle dégageait une atmosphère de paix et de quiétude. Le silence régnait, le prêtre prit le temps de prier la Déesse en se mettant à genou au pied de la statue puis se releva et parla à Zelda.

- Telle sera votre posture de méditation, dit-il soudainement.

La princesse acquiesça, elle était hypnotisée par la grandeur de la sculpture en pierre qui se tenait devant elle, puis elle remarqua que le prêtre attendait.

- Eh bien allez-y, essayez, reprit-il en montrant de l'oeil le piédestal de la statue.

Zelda s'avança, intriguée et angoissée. Elle se mit à son tour à genou sur ce piédestal, elle ne se sentait pas à l'aise, mais le prêtre ne lui laissa pas le temps de trop réfléchir qu'il commença quelques explications. L'initiation à la prière venait de commencer.

- Bien, afin d'éveiller votre pouvoir qui sommeille en vous, il va vous falloir procéder en trois étapes fondamentales, elles devront être exécutées dans l'ordre et sans négligence.
- D'accord, approuva Zelda.
- La première étape est celle de l'appel de la Déesse Hylia, vous devez être entendue par le divin, cela pourrait vous paraître évident, mais sans cet élément, vous n'aurez aucun résultat.

Zelda commença soudainement à s'angoisser plus intensément. "Aucun résultat", c'était bien ce dont elle avait le plus peur. Le prêtre parlait d'une manière froide et neutre, aucune petite source de chaleur dans sa voix ne pouvait venir rassurer la petite fille envahie par le stress.

- Fermez les yeux, joignez vos mains et répétez après moi, affirma le prêtre :

Au nom de votre grandeur et de vos exploits passés...
... Et au nom du pouvoir suprême...
... Accordez-moi ce désir sincère...
... De vous prier par la plus grande honnêteté.

Zelda répéta ces quatre phrases une par une après le prêtre, bien qu'elle comprenait à moitié le sens de ces propos, elle y donna toute sa motivation qui n'était pas encore perdue.

- Bien, déclara le prêtre, Zelda rouvrit ses yeux, vous devez prononcer ces mots dans votre tête avant chaque séance, souvenez-vous en. Ainsi, Hylia vous écoutera, vous en aurez la certitude lorsqu'un fin halo de lumière viendra se déposer sur sa statue.

La princesse sentit tout à coup un mal de crâne s'emparer d'elle, elle ne voulut point interrompre la séance, elle voulait tout faire pour réussir.

- La seconde étape, est, elle aussi, primordiale, continua le formateur, c'est une étape de concentration intense, vous allez devoir faire le vide dans votre tête et faire preuve d'une grande sagesse...

Le prêtre s'interrompit soudainement, quelqu'un venait de rentrer dans le temple, ses pas résonnaient. Zelda se retourna une petite seconde et aperçut une silhouette de femme, elle portait le bouclier des sept joyaux dans son dos, sa peau était colorée par le soleil, la princesse reconnut Urbosa la Grande, que pouvait-elle venir faire ici ?

- Bonjour Princesse, ne faites pas attention à moi, allez-y continuez, dit Urbosa d'un grand sourire qui alla s'assoir sur un des seuls bancs présents dans le temple.
- Vous n'avez pas l'autorisation de pénétrer dans ce lieu sacré, maugréa le prêtre.
- Je viens au nom de Sa Majesté disparue, le roi est au courant, assura Urbosa.

La Gerudo venait assister à la toute première séance de méditation de Zelda, elle voulait absolument être là, le roi lui avait accordé cette faveur qui lui tenait beaucoup à coeur. Sur le moment, Zelda ne comprit guère pourquoi Urbosa, la reine des Gerudos, venait ici. Après tout, la princesse ne l'avait vue qu'une seule fois, du moins, de ses souvenirs. La femme avait ce grand sourire aux lèvres, elle était émue. Une fois assise, le prêtre continua.

- Bien, maugréa-t-il de nouveau, reprenons. Votre Altesse, remettez-vous en position de prière.

Zelda referma les yeux et serra ses mains l'une contre l'autre malgré sa respiration qui commençait soudainement à accélérer fortement. Mais le prêtre resta neutre et sans réaction, il nia l'angoisse qui à présent pouvait se voir chez Zelda. Urbosa avait laissé disparaître son grand sourire en le remarquant, elle se demandait sérieusement si la princesse se sentait bien, le prêtre poursuivit.

- Prenez une grande inspiration...

Zelda s'exécuta mais en vain, elle inspira mais relâcha immédiatement sa respiration à cause de son état de panique qui ne cessait de monter. Elle recommença, mais elle était au bord de la crise d'angoisse.

- Concentrez-vous, ordonna le prêtre en remarquant son état.

Sur ces mots froids, le moment fatidique arriva, la petite Zelda relâcha sa position et fondit en larmes. Urbosa se leva aussitôt, le prêtre, lui, était indifférent et ne bougea pas. La Gerudo s'accroupit à côté de la princesse.

- Eh, que se passe-t-il ma petite dame ? demanda Urbosa, inquiète.
- Je... je n'y arriverai pas, je...
- Tout va bien se passer, vous allez y arriver, je crois en vous, Princesse.

Urbosa enroula Zelda dans ses bras, les yeux humides rivés au sol, elle les leva sur le prêtre qui attendait sans un mot.

- Elle est encore très jeune, vous devriez être un peu plus indulgent avec elle, c'est peut-être la Princesse, elle reste avant tout une enfant, affirma Urbosa.
- Je ne fais que mon travail, nous ne pouvons pas négliger ce qui concerne le divin, répondit le prêtre.

Urbosa lui lâcha un regard noir, comment pouvait-elle se sentir à l'aise si personne ne la comprenait vraiment ? La Gerudo comprit qu'elle était l'une des seules personnes à pouvoir rassurer la princesse, elle se retourna vers Zelda.

- Je reste derrière, votre séance est bientôt terminée, ne vous en faites pas... chuchota Urbosa à la petite fille qui séchait ses larmes de crocodile.
Elle se releva et retourna s'assoir.
- Merci, madame Urbosa, remercia Zelda la voix encore tremblante.
La femme lui répondit par un sourire chaleureux et rassurant, et s'assit en attendant impatiemment la fin de la séance. Zelda se redressa sur ses genoux et se remit en position.
- Je suis prête, affirma la princesse.

~~~

Une petite demi-heure plus tard, Urbosa sortit du Temple du Temps avec Zelda dans ses bras. Par-dessus l'épaule de la Gerudo, la petite fille aperçut tous les moines présents sur place qui la regardaient. La reine gerudo s'adressa aux deux gardes et au prêtre et leur demanda de rentrer sans eux au château, elle allait ramener la princesse elle-même. La confiance du roi envers Urbosa paya et les gardes rentrèrent en compagnie du prêtre. Urbosa voulait surtout discuter avec Zelda, elles s'assirent alors dans la pelouse d'une petite colline du Plateau, à l'écart de l'agitation de la place. De là, elles pouvaient apercevoir le royaume entier. Après quelques instants de contemplation de la nature, la discussion débuta.

- Pourquoi êtes-vous venue, madame Urbosa ? demanda soudainement Zelda.
Urbosa rit, elle posa une main sur l'épaule de la princesse.
- Vous pouvez m'appelez Urbosa. Vous savez Princesse... le jour des funérailles de votre mère, j'étais là, à la cathédrale. Vous ne m'avez sûrement pas remarquée, c'est normal, en réalité je voulais me faire tout petite, je n'arrivais pas encore à accepter ce qui s'était produit. Mais vous, je vous ai trouvée très courageuse...
Zelda réfléchit un instant, Urbosa semblait très triste à l'évocation de la reine disparue.
- Vous connaissiez ma mère ?
- Oh que oui, nous étions des amies inséparables, le jour où elle est venue à la Cité Gerudo pour me présenter sa fille, vous, c'était la mère la plus heureuse du monde.
- Oh, je... je suis désolée, je ne me souviens pas...
- Ce n'est pas grave, vous n'étiez qu'un bébé, votre mère voulait que vous soyez heureuse, c'est tout ce qu'elle souhaitait, alors, comme aujourd'hui, en ce jour si important pour vous, elle n'a pas pu être à vos côtés pour vous rassurer, je me devais en tant que sa meilleure amie de venir vous soutenir.
- Je... je ne savais pas tout ça...

Urbosa regarda la princesse qui pensait ne pas la connaître depuis ce jour dans la salle du trône où elle s'entretenait avec son père.

- Je sais à quel point cela est douloureux pour vous, pour moi aussi ça l'est, c'est pourquoi, si vous me le permettez Princesse, j'aimerais pouvoir veiller sur vous lorsque vous aurez besoin d'aide.
- Merci, Urbosa, répondit Zelda en souriant à la Gerudo.
- J'ai parlé à votre père, continua Urbosa.
- À quel sujet ?
- Il m'autorise à vous accompagner à la source de la Force, dans une semaine afin que vous puissiez y prier. Pour votre première session dans un lieu sacré.

La princesse regarda sa tenue, elle ne se sentait pas encore à l'aise dans cette robe blanche, elle avait beau être faite d'une matière assez douce, elle préférait néanmoins sa petite robe officielle de princesse.

- Pourquoi m'a-t-on habillée ainsi ? se demanda Zelda en pensant à voix haute.
- On dit que c'est une tenue qui favorise votre communication avec la Déesse Hylia, vous êtes plus qu'une princesse là-dedans, vous êtes...
- Je suis une déesse ? s'interrogea la petite fille.
- Euh, oui... en quelques sortes oui, répondit Urbosa dans un rire contagieux à Zelda.

Le courant passait bien entre Zelda et Urbosa, comme avec Impa autrefois, mais il paraissait qu'elle était débordée ces mois-ci au village de Cocorico. Cela faisait une éternité que la princesse ne l'avait pas vue. Zelda n'avait jamais pensé se lier d'amitié et de complicité avec la reine des Gerudos d'une contrée si lointaine... Tout à coup, des grognements se firent entendre depuis le haut de la colline.

- Qu'est-ce que c'était ? demanda Zelda.
Urbosa regarda autour d'elle, derrière leur dos, un trio de bokoblins bleus apparut armé de massues et d'épieux boko. Ils laissaient échapper des bruits monstrueux de leurs entrailles.
- Restez derrière moi, Princesse, déclara Urbosa qui s'apprêtait à dégainer son cimeterre des sept joyaux, son arme fétiche.

Zelda se cacha derrière la Gerudo en position offensive, les bruits des bokoblins s'approchaient de plus en plus en foulant l'herbe de la colline. Soudainement, le silence réapparut. Urbosa, sur ses gardes, jeta un oeil en contrebas de la colline, là où devaient êtres ces créatures quand soudain, elle entendit un cri de la princesse juste derrière elle. Un des bokoblins s'apprêtait à toucher Zelda de sa massue quand la Gerudo arriva à temps pour insérer son bouclier au contour vert turquoise et pierres précieuses scintillantes de sorte que le coup du monstre fut bloqué en un instant. Urbosa profita de ce moment d'inattention pour frapper le monstre qui s'étala au sol dans un cri de douleur. Elle se retourna ensuite et aperçut les deux autres bokoblins. Elle en poussa un avec son bouclier et celui-ci fut projeté sur son complice. Les deux monstres dévalèrent la colline en perdant toutes armes et défense jusqu'à bousculer un baril de poudre explosive qui se situait vers leur campement. Les créatures disparurent dans une explosion retentissante. La menace anéantie, la Gerudo rangea son arme ainsi que son bouclier. Zelda fut impressionnée par le talent d'Urbosa au combat.

- Où avez-vous appris tout ça Urbosa ?
- Les Gerudos sont des femmes fortes, des vaïs battantes, Princesse, j'ai suivi des entraînements. D'ailleurs, je devrais un jour vous faire visiter la Cité Gerudo, vous devriez vous y plaire.
Le regard de la femme et la petite fille se tournèrent vers le château d'Hyrule à l'horizon.
- Il va être temps de rentrer, Princesse, votre père aimerait sûrement savoir comment s'est passé votre séance, annonça Urbosa d'un ton plus discret.
- Pourquoi n'est-il pas venu dans ce cas-là ? J'ai l'impression qu'il m'oublie parfois... répondit Zelda.
- Ne dites pas ça, votre père est... comment dire, peut-être un peu maladroit parfois, mais je sais qu'au fond de lui, il vous aime plus que tout.
- Vous avez sûrement raison...

Elles descendirent la colline et terminèrent leur journée en prenant le chemin du château, en traversant la plaine d'Hyrule.

~~~

En entrant dans la plaine Ordrane, le calme de la région d'Akkala prenait tout son sens. Pas un seul monstre à l'horizon, une sérénité qui se sentait avec le doux vent qui caressait les cheveux de Zelda tenant la main d'Urbosa qui l'accompagnait. Des bouts de terres cylindriques étaient surélevés et cela donnait un aspect labyrinthique au chemin qu'elles prenaient. L'entrée de la source de la Force était à présent visible, dissimulée dans le relief de la terre.

- J'adore cette région, déclara Urbosa. Ici, derrière le volcan, c'est comme si rien ne pouvait vous rattraper, tout est calme et paisible.

Mais Zelda ne répondit point aux constations de son amie. La petite fille était, comme à son habitude, concentrée pleinement dans ce qu'elle devait accomplir, c'était la première fois qu'elle devait prier seule, sans aide, ni guide. La fin d'après-midi avait déjà bien démarré, les nuages se dissipèrent après de bonnes heures de pluies intenses. Urbosa et la princesse entrèrent dans un tunnel creusé dans la terre et arrivèrent à la source, ce creux de terre oublié et isolé. Un grand étang d'eau s'étalait sur toute sa surface, quelques arbres étaient également là. Des cascades embellissaient les parois. Au fond du lieu sacré, une statue de la Déesse surplombait le tout. Zelda fut d'abord effrayée en constatant cette statue à qui elle devait parler - d'une certaine manière - puis se ressaisit.

- Bon, allons-y, marmonna Zelda bien qu'Urbosa l'avait entendue.
- Bonne chance ma petite dame, je vous attends là, répondit la Gerudo.

Urbosa s'assit à l'entrée, le dos contre ce qui restait d'un pilier certainement, car en effet, ce lieu avait du vécu, ce n'était que de simples ruines. Elle observa la petite Zelda s'engager dans l'étang et s'approcher toute seule de l'immense statue, elle s'arrêta face au symbole de la déesse Din qui se trouvait au pied de la grande sculpture. La vaï était inquiète pour elle, elle posa son arme ainsi que son bouclier à côté d'elle pour soulager son dos et ainsi adopter une position plus confortable pour attendre quelques heures sans bouger. En effet, en vue de l'inexpérience logique de la princesse, cela risquait d'être long, mais Urbosa voulait être à ses côtés durant ces moments difficiles.

Zelda s'agenouilla dans l'eau, le calme de la région semblait l'aider. La petite fille était, de l'extérieur, détendue. Elle ferma les yeux, joignit ses mains et commença à répéter ces quatre étranges phrases que le prêtre lui avait enseignées. Sa concentration était remarquable aux yeux d'Urbosa en arrière. Soudain, de la lumière entoura progressivement la statue, Hylia était visiblement à l'écoute. Zelda ne se déconcentra pas pour autant, elle savait que le travail n'était pas terminé. Elle marmonna un "merci" destiné à la déesse qui venait d'accepter de l'écouter.

- Allez-y Princesse... se disait Urbosa.

Zelda fronça les sourcils lorsqu'elle dut entamer la fameuse seconde étape, celle qui lui avait été fatale il y a une semaine de cela. Elle fit alors le vide, comme convenu, puis commença sa prière. Le vent qui se levait faiblement venait donner cette sensation de froid sur les cheveux blonds de Zelda qui trempaient dans l'étang. La princesse ne prêta aucune attention à ce ressenti désagréable. Urbosa, qui écoutait la nature peu présente dans sa région, ferma les yeux à son tour et sentit la fraîcheur de l'air d'Akkala lui frotter le visage. Au bout d'un quart d'heure, rien ne s'était produit pour la princesse, elle ouvrit ses yeux, laissa tomber ses mains dans l'eau et soupira. La lumière de la déesse s'était dissipée, elle se retourna et vit Urbosa, les yeux fermés. Zelda pensait qu'elle dormait, de ce fait, elle se concentra à nouveau et repartit pour une session de prière dans l'espoir qu'elle soit, elle, fructueuse.

C'était dans le doux bruit des cascades, une heure plus tard, que le soleil allait bientôt se coucher. Urbosa voyait s'enchaîner les essais sans résultat de Zelda, elle se leva, laissant ses affaires au sol. Au moment où la Gerudo mit un pied dans l'eau, celle-ci sentit une sensation glaciale lui traverser la jambe. L'eau était littéralement gelée. Urbosa releva les yeux sur la princesse de dos et à genoux dans cette eau froide.

- Mais, Princesse, vous devez mourir de froid là-dedans...
- Ça va, répondit Zelda.
- Peut-être devriez-vous faire une pause ?
- Non, pas tout de suite.
La petite fille ne laissait aucune place à l'abandon, elle voulait absolument aboutir à quelque chose.
- D'accord, alors encore quelques petites minutes, mais ne restez pas plus longtemps dans cette eau glacée, je n'ai pas envie que vous tombiez malade.

Zelda ne répondit pas, elle semblait être repartie dans une énième session. Urbosa soupira, elle avait de la peine pour elle. Après tout, cela restait abstrait pour Zelda, à quoi ressemblait réellement ce pouvoir ? Comment l'invoquer sans en connaître sa véritable nature ? Les minutes passèrent longuement jusqu'à devenir une demi-heure. Le crépuscule venait de débuter, il était grand temps de rentrer.

- Allez Princesse, il est temps de rentrer, vous ressaierez une prochaine fois, ce n'est pas grave, insista Urbosa.

Zelda ne dit rien, encore repartie dans une concentration intense. La Gerudo décida alors de réagir, elle ne pouvait laisser une petite fille mourir de froid devant ses yeux. Elle s'engagea alors dans l'étang et alla chercher Zelda. Urbosa la sortit de l'eau en la prenant dans ses bras, sa peau toute mouillée était glacée et ses mains tremblaient d'hypothermie.

- Allez, venez Zelda, il faut rentrer, déclara Urbosa, obligeant la princesse à stopper sa méditation pour le reste de la soirée.

En allant retrouver ses affaires laissées de côté, la vaï vit le regard dépitée de la petite fille dans ses bras la regarder.

- Pourquoi je n'arrive pas à faire comme les princesses d'avant ? demanda tristement Zelda.

Urbosa sentit son angoisse remonter dans son petit corps encore gelé. Elle la serra dans ses bras afin de la réchauffer et la consoler. Elle put ressentir toute la souffrance que la princesse avait endurée jusque là. Ce fut à partir de ce moment qu'Urbosa se jura de ne jamais la laisser tomber.

~~~

Les années qui suivirent, Zelda se consacra pleinement à la prière, dans l'espoir de voir naître un jour un pouvoir enfouie en elle. Chaque semaine, deux séances étaient à chaque fois programmée pour sa méditation. Malgré la présence du prêtre, aucun résultat ne se manifesta. C'est au cours des douze ans de Zelda qu'on finit par lui autoriser de méditer seule accompagnée de gardes, mais même sans pression derrière elle comme pouvait l'être le prêtre du château, rien, toujours rien. Le désespoir ne devait pas s'emparer de la jeune fille mais parfois, cela était bien difficile.

Les années continuèrent alors à passer, Zelda put visiter la Cité Gerudo et revoir Urbosa de nombreuses fois. Sa passion pour la recherche, elle, grandissait de jour en jour. Ce fut à ses seize ans, que les choses commencèrent à changer pour la princesse...

Chapitre 6 : Entre passion et devoir   up

Dix ans plus tard.

- Princesse ! Quelle joie de vous revoir, après tant d'années, comme vous avez grandi !

Le visage d'Impa était rempli de joie, cela faisait dix longues années, une décennie que la cheffe du village n'avait pas revu Zelda. Depuis, la Sheikah était devenue le magistrat adjoint du château d'Hyrule, et cela faisait quelques semaines.

La princesse venait de pénétrer dans son humble demeure, une grande maison en bois à l'architecture bien spécifique qui surplombait le paisible village de Cocorico. Le lieu était sage et d'une atmosphère apaisante. Impa se tenait en face de l'entrée, assise en tailleur sur un gros coussin lui servant de siège. Elle méditait. Une grande table se situait au centre de la pièce ainsi qu'une carte du monde et des pierres posées sur celle-ci.

- Bonjour Dame Impa, je suis heureuse de vous revoir enfin, répondit Zelda.
Impa s'approcha d'elle, la princesse était maintenant plus grande qu'elle en taille, de quelques centimètres. Cela raviva l'étonnement de la Sheikah.
- Vous êtes devenue une vraie jolie jeune fille, Princesse. Qu'est-ce que vous avez changé, la dernière fois que je vous ai vue...
- J'avais seulement six ans, continua la princesse.
Zelda esquissa un sourire, elles se regardèrent dans les yeux quelques secondes. Impa retira son grand chapeau sheikah, signe hiérarchique.
- Oh, laissez-moi vous embrasser... pria Impa.
Zelda rit lorsqu'Impa la prit dans ses bras, les retrouvailles faisaient chaud au coeur de la cheffe, elle était émue.
- Je regrette d'avoir dû attendre si longtemps pour vous revoir, disons que, ces dernières années, ont été... intenses pour moi... et pour mon père aussi j'imagine... informa Zelda.
- Ce n'est rien, l'important, c'est que vous soyez là, ça me fait très plaisir !
Elles se relâchèrent enfin, Impa garda néanmoins ses mains sur les avant-bras de Zelda, son sourire n'avait jamais été si prononcé.
- Oh ! Laissez-moi vous offrir un bon lait chaud que j'avais préparé, allez-y asseyez-vous, dit-elle en allant à l'étage chercher les boissons, deux autres Sheikahs vont arriver, nous allions justement nous entretenir au sujet des recherches.
- Justement, à ce propos, je viens à peu près pour la même chose, déclara Zelda en s'asseyant sur une des quatre chaises présentes autour de la grande table.
- Ah ! Je savais que vous ne lâcheriez pas l'affaire avec le temps, je suis fière de vous, Princesse !

Seule la voix d'Impa se faisait entendre ainsi qu'un doux bruit de liquide s'écoulant dans une tasse. Zelda, seule au rez-de-chaussée, observa la décoration de la maison. Derrière la place habituelle de la cheffe, se cachait une large toile accrochée au mur. Elle représentait l'histoire de la légende, avec le Héros, le Fléau, et la princesse accompagnée de ce pouvoir sacré. Autour de cela, se dessinaient les créatures divines ainsi que de nombreux dessins représentant des machines mécaniques antiques : les Gardiens.

- Cette toile est ravissante, affirma Zelda à Impa qui descendait les marches de l'escalier, deux tasses chaudes dans les mains.
- Oh, elle est vieille comme le monde vous savez, elle représente notre légende comme nous la connaissons, répondit la Sheikah en se tournant vers cette grande toile.
Impa posa les boissons sur la table et servit Zelda, elle s'assit alors en face d'elle.
- Vous êtes venue seule, Princesse ? s'interrogea la cheffe.
- Je suis accompagnée de deux gardes du château, ils discutent avec les vôtres dehors à l'entrée.

Zelda posa doucement ses mains sur la tasse qui venait alors la réchauffer. En effet, le printemps n'allait pas tarder, mais les températures étaient encore assez faibles à Necluda. Pour un début de mois de mars, cela était plutôt normal. La princesse regarda un fragment de pierre posé sur la table avec curiosité, elle avança sa main pour l'examiner de plus près mais l'arrêta aussitôt.

- Je... je peux ? demanda-t-elle à Impa.
- Bien sûr.
Zelda attrapa cette pierre, elle correspondait parfaitement au matériau présent sur les sanctuaires. Après l'avoir touchée et examinée de tous les angles possibles, la princesse la reposa.
- Où l'avez-vous trouvée ?
- Sur un site de fouille à Ordinn, c'est un fragment de gardien il me semble, mais nous en avons trouvé des tonnes du même genre, répondit Impa buvant son lait chaud.
Les yeux de Zelda s'illuminèrent.
- Vraiment ?
La Sheikah sourit en remarquant de nouveau l'intérêt que portait la princesse pour ces recherches.
- Vous avez toujours ce même visage lorsque l'on vous parle de technologie antique.
- J'y porte beaucoup d'attention c'est vrai... peut-être un peu trop même, je me demande... Mais je trouve ça vraiment essentiel pour notre victoire face à Ganon !
Impa reconnut cet air contrarié. L'archéologie était véritablement sa passion, seulement, ce n'était pas à ça que la princesse d'Hyrule devait se consacrer pleinement selon le roi.
- Je connais votre père, Princesse, je sais ce qu'il attend de vous. Justement, à propos de cela... s'engagea la Sheikah timidement.
- Non, Dame Impa. Toujours rien. Depuis dix ans. Je crois avoir battu un record ! ironisa Zelda, la princesse sans pouvoir !
La cheffe était désolée pour la jeune fille, elle savait pertinemment le mal qu'elle se donnait pour atteindre ce fameux éveil. Tout cela était vain, depuis une décennie.
- À l'époque, quand je vous voyais, petite fille que vous étiez, je savais que vous n'alliez pas réussir la première fois, c'était normal... Et quand je vous voyais, je vous disais que vous alliez y arriver, et qu'il ne fallait pas baisser les bras, pour consoler votre tristesse. Après tout, vous n'aviez que six ans...

La princesse écoutait attentivement ces petites révélations d'Impa dont elle ne connaissait pas l'existence. Elle prenait peu à peu conscience de la manière dont ses proches prenaient soin d'elle moralement, à l'époque.

- Urbosa le faisait aussi... comprit alors Zelda.
- Mais maintenant, vous avez seize ans, vous atteindrez bientôt l'âge de la sagesse, alors je peux vous le dire sincèrement aujourd'hui, Princesse...
Impa se pencha légèrement en avant comme pour donner une importance supplémentaire à ses paroles.
- Vous allez y arriver ! Ne perdez pas espoir !

Cela toucha beaucoup l'Hylienne. Savoir que l'une de ses plus grandes amies croyait pleinement en elle, même après dix ans d'échecs, cela l'apaisait profondément. Il n'y avait rien de plus réconfortant. La Sheikah ne voulut point s'égarer dans ce sujet qui était source d'angoisse, elle se concentra sur le pourquoi Zelda était venue.

- Nous allions justement retourner sur un site demain avec Pru'ha et Faras, rajouta Impa.
- Pardonnez-moi, je ne crois pas savoir qui sont Pru'ha et Faras...
Impa n'eut point le temps de répondre qu'on frappa aussitôt à la porte d'une manière vive et claire. Pour la Sheikah, ce ne pouvait être qu'eux. En effet, l'heure de l'entretien avait sonné.
- Ah ! Justement, les voilà, déclara Impa.

La porte s'ouvrit et deux individus se révélèrent à la princesse, un homme d'une trentaine d'années ainsi que la grande soeur d'Impa, une femme de quarante ans. L'homme rentra tout en faisant une démonstration de son allure déjantée grâce à des lunettes très spéciales qui lui laissaient un seul petit point bleu en guise d'oeil. Il était habillé en Sheikah tout comme la femme à côté de lui et avait ses cheveux bruns en bataille. La femme, quant à elle, portait des lunettes rouges et deux imposantes couettes sur la tête qui lui faisaient sa coiffure, elle semblait calme. C'était évidemment Pru'ha et Faras, ils habitaient au village de Cocorico.

- Nous voilà, Dame Impa ! Toujours sur le coup ! affirma Faras d'un ton fier.

Zelda hoqueta quelques rires suite à ces paroles. Faras entendit ses gloussements, lui et Pru'ha n'avaient même pas remarqué la princesse en rentrant - malgré les gardes royaux à l'entrée -. D'une minute à l'autre, Faras retira ses lunettes futuristes et ses véritables yeux furent révélés.

- Votre... votre Altesse ? Pardonnez-nous, nous ne nous attendions pas à ce que vous soyez là, c'est un honneur, dit-il en s'inclinant devant elle. Pru'ha fit de même.
- Enchantée, Votre Altesse, répondit la grande soeur.
- Princesse, je vous présente Pru'ha, ma grande soeur et Faras, ce sont mes coéquipiers de recherche.
- Ravie de vous rencontrer, répondit Zelda.
Les deux arrivants, encore un peu perturbés, s'assirent sur les dernières chaises qui restaient. Zelda remarqua cette perturbation.
- Je venais juste pour discuter avec Dame Impa, si vous voulez, je peux vous laisser, je n'étais pas censée venir après tout.
- Oh, non, il n'y a aucun soucis, vous devriez même contribuer à nos travaux si vous le souhaitez, je parie que vous en mourez d'envie ! rassura Impa.

Zelda, face à cette proposition, se mit à penser à son devoir de princesse, de prêtresse. Elle se remémora son père qui, durant toute son adolescence, lui avait répété mainte et mainte fois que si, par malheur, le pouvoir ne venait pas à s'éveiller, il fallait persévérer et recommencer. "Facile à dire mais pas à faire !", se disait la princesse. Et puis, c'était à l'époque où il était encore un minimum indulgent avec sa fille...

Elle cessa de se faire du mal et sur le moment, privilégia sa passion à son destin, elle accepta avec plaisir.

- J'en serai enchantée.
- Bien ! Formidable ! Évidemment, vous n'êtes pas obligée, si cela n'est pas compatible avec vos activités ou...
- Cela est parfaitement compatible, interrompit Zelda, alors ? On se met au travail ?
- J'aime vous entendre parlez ainsi Votre Altesse, déclara Faras.
Pru'ha sortit un carnet de nulle part ainsi que de quoi pouvoir écrire. Les pages de l'ouvrage étaient déjà bien entamées, il s'agissait de son compte-rendu des recherches.
- Je propose de commencer par récapituler nos derniers progrès, histoire de repartir d'un bon pied, annonça Pru'ha, le nez dans son carnet.
- Très bien, alors de mon côté j'étudie toujours les gardiens principalement, je devrais pouvoir réussir à comprendre comment en activer un premier d'ici quelques jours, informa Faras, je suis sur une bonne piste !

Impa prit alors la parole et introduisit le sujet de la pierre guide et son moyen de l'activer encore inconnu. Hormis regarder les personnes prenant la parole, Zelda ne fit rien de plus. De son côté, elle s'était penché sur le sujet des sanctuaires, mais elle n'osa pas encore prendre la parole afin de partager ses recherches. Pru'ha termina le bilan en complétant Impa. Pour elle, la pierre guide était incomplète.

- Il nous manque un élément, c'est la seule explication, j'ai examiné la pierre de fond en comble...
- Ça a peut-être un rapport avec l'ouverture des sanctuaires ?

Tout le monde s'était tu pour entendre l'hypothèse de la princesse, trois paires d'yeux la scrutaient alors sans avoir la moindre intention de bouger. Elle n'aimait pas vraiment ça, mais quand le sujet était la recherche antique, rien ne pouvait arrêter Zelda.

- Je veux dire... Cette sorte de tableau de bord que l'on retrouve près des sanctuaires et sur la pierre guide, peut-être est-ce le même mécanisme ?
Les yeux ronds de Pru'ha s'étaient arrêtés de cligner. Impa prit un air fier et joyeux, et Faras fit sa tête de l'homme sérieux et intéressé. Pru'ha attrapa son carnet et nota l'idée de la princesse.
- Vous avez peut-être raison, Votre Altesse, nous n'avions pas encore mis en relation les sanctuaires et la pierre guide, c'est une hypothèse très probable, confirma Pru'ha, je prends note. Faras, qu'en penses-tu ?
- J'ai entendu parler que l'énergie antique pouvait prendre une forme liquide, vous pensez que la pierre guide et les sanctuaires en auraient besoin pour fonctionner ?
- Je pense qu'il nous manque un élément clé, ajouta Impa.
- Comment ça ?
Zelda était d'accord avec la cheffe. Les trois Sheikahs avaient un air très sérieux, pourtant, elle-même savait que cela pouvait être rare pour Faras, selon Impa.
- Dans l'histoire de ma famille, on dit que nos ancêtres ont banni cette technologie qu'ils jugeaient trop puissante et dangereuse entre de mauvaises mains, informa la princesse.
- Exactement, Princesse ! Voilà pourquoi je dis qu'il nous manque la source ! Cette énergie, d'où provient-elle pour être si puissante ?

Impa se leva et se pencha vers la carte qui arborait presque toute la surface de la table. Elle chercha la région de Lanelle gribouillée par de multiples traits et formes dessinés par-dessus. La cheffe pointa son doigt sur le site de fouille près du lac du barrage de l'Est et partagea ses plans.

- Demain, nous irons fouiller cette zone. Vah'Ruta a été déterrée là-bas et les découvertes y sont encore abondantes, des gardiens sont déterrés tous les jours.
- Peut-être trouverons-nous le moyen d'activer la pierre guide, rajouta Zelda en examinant de plus près la carte.

Les trois Sheikahs autour de la table observaient la princesse et son implication débordante sur la question de reliques. Ils se regardèrent, tous avec un air amusé. Jamais ils n'avaient pensé que la princesse Zelda les rejoindrait dans leur petit groupe, cela leur faisait plaisir à tous les quatre.

~~~

L'entretien fut chargé et très riche en hypothèses, jamais Zelda ne s'était autant sentie à l'aise dans une discussion sérieuse. Le groupe sortit de chez Impa, Pru'ha et Faras décidèrent de faire visiter le village à la princesse, ravie de cette nouvelle. En passant devant les gardes royaux et ceux sheikahs, ceux-ci virent Zelda s'en aller au coeur du village, elle les rassura du mieux qu'elle put.

- Nous reprendrons la route dans quelques minutes, je reviens vite.

De toute manière, les gardes choisis pour accompagner la princesse n'avaient pas l'air très embarrassé. Leur casque recouvrait leur visage, ce qui leur donnait un air simplet, et leur lance de soldat n'égalait pas l'hallebarde royale. Elles n'avaient rien d'impressionnant, mais cela faisait simplement rire la princesse, elle ne se souciait pas vraiment du danger qui pouvait lui tomber dessus à tout moment dans le royaume, le roi lui faisait souvent la remarque.

En faisant le tour du village, le groupe passa devant la maison de Pru'ha et celle de Faras, des paysans s'occupaient des champs ainsi que de la basse-cour. Cette atmosphère de campagne plaisait à la princesse.

- Votre village est très joli, cela me change des grands bâtiments en pierre...
- C'est notre petit coin de paradis, sachez que vous êtes la bienvenue ici, Votre Altesse, assura Faras.
Zelda remarqua une petite statue de la déesse au milieu d'un petit étang décoré de torches, seul élément qui lui faisait revenir à la réalité. Elle en fut perturbée en la voyant.
- Qu'y a-t-il, Votre Altesse ? Quelque chose ne vous plaît pas ? demanda Pru'ha.
- Non, ce n'est rien, rassura Zelda.
- Alors dans ce cas faites-moi un beau sourire ! Ouistiti !

Impa, Pru'ha et Faras ainsi semblaient être les seules personnes à pouvoir faire oublier son rôle de princesse à Zelda, en se consacrant aux reliques. Ils étaient capables de la couper du reste du monde, mais cela ne pouvait durer indéfiniment, fuir son destin n'allait pas toujours être la solution, la princesse allait devoir l'assumer tôt ou tard. Pru'ha écarquilla les yeux lorsqu'elle aperçut un jeune adolescent sheikah se promener dans le village un peu plus loin.

- Mais... ce n'est pas vrai, il n'arrêtera donc jamais de désobéir celui-là... soupira-t-elle.
Le jeune homme se fit prendre par surprise par le groupe, il s'arrêta net et regarda Pru'ha d'un air confus.
- Canel... si je dois m'occuper de toi c'est bien parce que ton père est trop occupé, alors pourquoi ne restes-tu pas sagement à Elimith comme je te l'ai demandé ?
- Mais... Tante Pru'ha... Papa n'est jamais à la maison, je m'ennuie là-bas... Je veux vivre ici avec toi, monsieur Faras et tante Impa, rétorqua Canel.
- Tu rigoles ? Tu traînes sans cesse avec tes amis, pourquoi venir seul ici, c'est dangereux de faire le solitaire, tu le sais.
- Mes amis ont cinq ans tante Pru'ha, j'en ai quatorze, on n'est pas vraiment sur la même longueur d'onde... Je suis assez grand pour prendre la route seul !
Pru'ha soupira.
- Je pourrais vous aider, affirma Canel.
- Quoi ? Pour les recherches ? Canel, ce n'est pas contre toi mais tout est encore flou pour tout le monde, c'est très complexe tu sais...
- Je sais où est-ce que vous allez demain, je peux venir ?
Impa rigola derrière Pru'ha, embarrassée.
- Canel je...
- Je te promets que je ferai une découverte qui vous fera avancer !
- Comment peux-tu en être aussi sûr ?
- Je te propose un marché, tante Pru'ha. Si je ne trouve rien demain, je ne t'embêterai plus jamais pour venir vous aider, si je trouve quelque chose, tu devras...
Pru'ha attendait la suite de sa proposition avec un petit sourire amusé.
- Vas-y, dis-moi, que devrais-je faire ?
- Je sais ! Tu devras me fabriquer une machine, ou un processus, un truc utile quoi ! Du genre, je ne sais pas, revenir dans le passé !
- Voyager dans le temps ? Mais voyons Canel, on en a déjà parlé...
- Je sais très bien que la technologie sheikah a de grandes connaissances dans l'art du maniement du temps !
Faras chuchota à l'oreille de Pru'ha.
- Il n'a pas tort...

La princesse en arrière avec Impa souriait avec elle.

- Il est persuadé que la technologie antique est capable de faire rajeunir son grand-père... Le pauvre, il n'a pas envie de le laisser partir, alors il veut inventer quelque chose pour qu'il puisse rester plus longtemps, expliqua Impa.
- C'est... touchant, répondit Zelda.
Pru'ha réfléchit alors quelques petites secondes, elle soupira une énième fois et finit par accepter.
- Bon, d'accord pour demain.
- Oui ! Merci tante Pru'ha ! Merci !
Canel sauta dans les bras de Pru'ha.
- Mais je te préviens, pas de bêtises ! Nous travaillerons sérieusement !
- Promis, et donc, je... peux rester ici pour cette nuit ? demanda timidement Canel.
- Nous en informerons ton père, répondit alors Impa.
Le garçon, heureux, repartit dans les petits sentiers du village.
- Il ne changera jamais, marmonna Pru'ha...

~~~

Deux assiettes recouvertes d'un couvercle sphérique arrivèrent jusqu'à la table de la grand-salle. Elles laissèrent se révéler un délicieux riz au curry qui dégageait une odeur reconnaissable parmi tant d'autres. Le soleil venait de se coucher, le roi d'Hyrule et la princesse parlaient comme à leur habitude autour d'un dîner. Ces moments entre père et fille étaient importants pour le roi. Cela lui permettait de parler de l'avenir et de l'avancée de Zelda dans la méditation, le sujet de discussion était souvent le même... Mais ce soir-là était particulier, le roi n'évoqua pas une seule fois ce mot maudit pour Zelda.

- Dites-moi ma fille, connaissez-vous Revali ? demanda le roi qui venait d'entamer son assiette encore fumante.
La princesse releva ses yeux émeraude et réfléchit à la question.
- Il ne me semble pas, répondit-elle.
- C'est un guerrier piaf, le plus talentueux à ce que l'on raconte, sa technique à l'arc est très avancée et il possède une détermination sans faille.
Zelda était confuse.
- Pardonnez-moi, mais je crains ne pas connaître la raison de l'évocation de ce Revali.
- Ce jeune Piaf est un élément primordial face à Ganon, il devrait bien s'en sortir au pilotage de Vah'Medoh.
- Un... prodige ?
- C'est cela, je pense que Revali pourrait faire l'affaire.

Zelda comprit alors pourquoi son père lui parlait des prodiges. En effet, les créatures divines venaient d'être toutes déterrées, il était temps de trouver leur pilote. Le roi continua.

- D'ailleurs, il n'est pas le seul à avoir été repéré par mes soins, dit-il en attrapant son verre devant lui.
- Nous avons donc potentiellement trouvé les prodiges alors...
- Effectivement, il s'agit là de ce Revali, du chef du village goron, Daruk, de la fille de Sa Majesté Dorefah, Mipha, une jeune Zora, et enfin de la suzeraine gerudo, Urbosa.

Zelda se réjouit lorsqu'elle entendit le prénom d'Urbosa. Après réflexion, il était vrai que le prodige gerudo se devait d'être Urbosa la Grande.

- Vous savez donc ce qui vous reste à faire, n'est-ce pas ? relança le roi.
- Je dois... les guider, répondit Zelda d'un ton neutre.
- Parfaitement, c'est pourquoi c'est à vous de partir afin de leur faire notre demande, j'ai déjà prévenu le village piaf ainsi que la Cité Gerudo. Vous commencerez par aller voir Revali d'ici quelques jours, informa le père.
- Bien.

La princesse avait pris en compte les ordres de son père, mais en aucun cas elle n'aurait pu se mettre en route le lendemain. Pour rien au monde Zelda ne passerait à côté d'une journée consacrée à la recherche. D'ailleurs, la jeune fille priait pour que son père évite cette question. "Qu'avez-vous fait aujourd'hui ?" Si elle avait le malheur de lui dire la vérité complète, elle aurait reçu l'interdiction de s'éloigner du château hormis pour se rendre aux sources pour des rares occasions. Zelda continua cette conversation afin d'éviter un moment de blanc qui serait venu introduire ces propos.

- Et... une fois la cérémonie d'intronisation terminée, comment dois-je procéder ?
- Il vous faudra passer du temps ensemble, vous et les Prodiges. Vous devez tisser des liens qui vous feront devenir plus forts face au Fléau. À six, vous devrez être invincibles.
Une interrogation prit place dans l'esprit de Zelda. Elle et les prodiges, cela donnait un groupe de cinq...
- Six ? s'interrogea-t-elle à voix haute.
- Ah ! Oui, pardonnez ma maladresse, il y aura cinq prodiges.
Zelda regardait son père dans les yeux et ses sourcils froncèrent d'incompréhension. Néanmoins, une petite idée naquit dans sa tête au sujet de ce dernier prodige, une idée qui se confirma l'instant d'après.
- Eh bien, ne me regardez pas comme ça. Être un prodige, c'est avoir des talents hors du commun, qui relèvent de l'extraordinaire. C'est également faire preuve de courage et d'exploits stupéfiants. Comment pourrais-je le laisser tomber ?
- Vous... vous parlez de...
- Eh bien du Héros, vous l'avez oublié ? Il a reçu la lame purificatrice il y a déjà quatre ans. Dans quelques jours, il deviendra capitaine de la garde royale, comme l'était son père autrefois, ce jeune homme est digne de ce titre !

Effectivement, Zelda l'avait oublié pour une raison obscure. Une colère lui monta à la tête, comment pouvait-il parler de Link ainsi ?! Jamais il n'avait autant complimenté quelqu'un, pas même elle. Certes, c'était le chevalier le plus talentueux d'Hyrule, mais il ne mérite pas autant de clameur de la part du roi, lui à qui tout réussissait...

Zelda avait déjà eut l'occasion de le croiser à la citadelle, dans les rangs de sa section. Elle ne se sentait pas vraiment à l'aise en le voyant, toujours inexpressif, sans émotions, cela perturbait la jeune fille. Elle ne pouvait pas expliquer cette sensation négative qu'elle avait envers l'élu. La princesse réfléchit alors un instant.

- Attendez, cette tunique bleue alors... Ce vêtement que je tisse depuis des semaines, il est pour... Link ? demanda Zelda.
- Pour qui voulez-vous qu'il soit ? Les écharpes iront comme un gant aux autres prodiges et cette tunique sera très bien portée par le Héros, répondit le roi.
La jeune fille prit un air de neutralité afin de dissimuler son énervement, elle se leva et laissa son assiette encore presque pleine.
- Je n'ai plus faim, je... je vais me reposer, bégaya-t-elle en quittant la grand-salle.
Dans sa chambre, sa nourrice s'occupait du ménage. Lorsque la princesse débarqua rouge de frustration et de colère, elle ne put s'empêcher de lui demander ce qui n'allait pas.
- Vous m'avez l'air contrariée, Votre Altesse, partagea la nourrice.

Les vêtements azur des prodiges étaient posés sur son lit. Elle les retira un par un en les déplaçant sur une chaise à côté, elle finit par la tunique de Link qu'elle ne put s'empêcher de jeter brusquement au sol, elle s'assit sur son lit.

- Je ne me suis doutée de rien, Gaëlle ! De rien !
- C'est à propos des Prodiges ?
Zelda reprit sa respiration, le regard dans le vide et répondit violemment à la femme.
- Pourquoi faut-il qu'il me répète sans cesse qu'il est le meilleur, le plus grand chevalier de tous les temps, je le sais bien ! Pourtant il me semble tout de même que je suis aussi une élue des déesses, non ?! Alors pourquoi parfois j'en doute ? Pourquoi réussit-il tout ce qu'il entreprend et moi... et moi je continue d'essayer d'atteindre les mêmes objectifs depuis des années ?! Je ne peux pas être une élue...
Gaëlle ne répondit pas et laissa Zelda vider toute sa colère, elle se contenta de fermer les rideaux de sa chambre, prête à laisser la princesse seule.
- Pardonnez-moi, Gaëlle... Je... je n'arrive pas à m'empêcher de nous comparer, reprit la blonde.
- Il n'y a pas de problème, Altesse.
Zelda soupira.
- Que va-t-il penser de moi lorsqu'il saura que mon pouvoir ne s'est toujours pas manifesté ?
- Il vous soutiendra ? Non ? dit Gaëlle afin de supprimer la tension qui régnait dans l'air.
La princesse eut un léger sourire ironique.
- J'en doute. Il ne m'a même pas adressé une seule fois la parole ! J'ai dû me contenter de hochements de tête et de regards neutres en guise de réponses lorsqu'il a retiré l'épée...
La nourrice venait de terminer sa tâche ménagère du soir, elle reprit son seau en main et ses chiffons à poussière.
- Dois-je vous apporter le petit-déjeuner ici demain matin, Votre Altesse ?
- Merci Gaëlle, je m'en passerai.
- Bien, Madame.

La nourrice s'en alla et laissa Zelda seule dans sa chambre éclairée par la lumière d'un couloir et de quelques bougies. Elle ne cessait de regarder la tunique bleue au sol, elle soupira à nouveau et la plaça avec les autres vêtements. Ce n'était pas de la jalousie, ni de la haine. C'était un sentiment particulier, négatif. De l'incompréhension. Mais après tout, peut-être était-ce seulement une mauvaise première impression ?

Chapitre 7 : La clé   up

Assis à une table isolée, seul, Link dégustait son repas dans un coin du réfectoire du camp militaire, à l'abri des regards. Un délicieux pilaf de volaille. Un peu plus loin, les autres soldats mangeaient également entre eux, ils n'avaient pas beaucoup d'interactions avec le blond, personne n'osait venir lui parler, personne n'osait déranger le héros, tout le monde le laissait tranquille. Voilà quatre années que Link suivait ses entraînements au camp, il eut parfois l'occasion de faire des pauses et rentrer chez lui, à la citadelle pour plusieurs jours.

Le chevalier avait désormais une maison familiale à lui seul, depuis ce qui s'était passé avec sa famille, il vivait seulement pour sa formation et l'accomplissement de son destin d'élu des déesses. Lorsqu'il épata les examinateurs lors d'une épreuve finale afin de pouvoir devenir chevalier, sa formation se réduisit de moitié, il fut la recrue la plus jeune du royaume depuis des décennies et il combattait sur les champs de bataille dès ses quatorze ans.

- Vous reprenez dans cinq minutes soldats ! s'écria le responsable de section de Link en rentrant dans la cantine.

Link s'empressa de finir son assiette et alla l'apporter à la cantinière qui lui adressa un petit sourire, Link lui rendit chaleureusement. Le héros sortit du réfectoire et passa devant une fontaine, au milieu de la place du camp militaire, il se dirigea vers les dortoirs afin d'aller chercher l'épée de Légende qu'il gardait précieusement, il y prêtait beaucoup d'attention.

Tout à coup, Link ne put faire un pas de plus lorsqu'un groupe d'une dizaine de chevaliers plus âgés que lui l'arrêta net dans sa course. Un grand garçon brun et fin se tenait alors devant lui, son sourire moqueur déplaisait depuis toujours au héros.

- Alors ? Comment va le Héros d'Hyrule ?
- Je n'ai pas le temps, Brad, maugréa Link par une voix presque inaudible.
Le blond voulut éviter ce garçon face à lui mais celui-ci lui barra de nouveau la route.
- Je voulais simplement te partager toutes mes félicitations Link, tu vas être Capitaine de la garde royale, c'est fou, non ? Comme ton père ! Passer de simple chevalier parmi tant d'autres à capitaine, prends pas trop la grosse tête !

Link se contenta de dévisager son interlocuteur, il n'appréciait pas du tout ce genre d'attitude envers lui. Sa technique était de rester discret, ce qu'il faisait le mieux. Le groupe derrière Brad fixait le héros avec des ricanements qui s'échappaient du troupeau.

- J'espère que tu es heureux ! Tu vas avoir ta propre chambre au château, tu vas avoir de sacrés privilèges !
Link en eut assez, le regard pensif qui arpentait son visage se transforma en regard provocateur. Brad prit un air hautain et hoqueta un petit ricanement.
- Tu vas même pouvoir côtoyer la princesse, tout le monde ici donnerait n'importe quoi pour ça... Mais dis-moi, où est ta chère et tendre épée que tu protèges tant ? Ne me dis pas que tu t'es disputé avec la voix qui est censée la hanter, rajouta lourdement Brad.
Le groupe riait à présent aux éclats, Link se rapprocha de Brad qui faisait bien une tête de plus que lui, son regard pulvérisait le sien.
- Je n'en ai pas besoin contre des idiots comme vous, s'exclama le blond, et je t'interdis de parler de mon père.

Ce n'était pas du genre de Link de s'attaquer aussi violemment à une personne, tellement qu'il s'en voulut aussitôt, mais ce Brad le mettait hors de lui depuis qu'il était ici. Le héros pressa le pas et parvint à esquiver enfin ces garçons.

- Tiens ! En parlant de ta princesse, elle vient te chercher à cheval !

En effet, au loin Zelda était de passage avec son escorte habituelle, elle était sur son cheval blanc et partait pour le site de fouilles à Lanelle où le reste de son groupe l'attendait. La blonde regarda le camp ainsi que Link désormais en avant sur les autres chevaliers à sa gauche.

Celui-ci, suite aux propos de Brad, alla, furieux, chercher ses affaires pour reprendre l'entraînement. En effet, ce que disait Brad était faux, être capitaine de la garde royale accordait certes, des privilèges, mais Link ne dormirait pas constamment au château, il y travaillerait mais n'y coucherait que partiellement, comme le faisait son père autrefois. Ce Brad ne voulait qu'intimider le blond, heureusement qu'il n'était pas dans la même section que cet abruti ! La princesse détourna rapidement le regard, lorsqu'elle comprit que ce chevalier était Link. Elle était encore contrariée de ce qu'elle avait appris la veille au sujet de la tunique.

~~~

- Bienvenue au site d'Horon, Votre Altesse, s'exclama le dirigeant des lieux.

La baie d'Horon se cachait derrière le lac du barrage de l'Est, au pied du Plateau Jarbu. C'était dans cette montagne que Vah'Ruta fut déterrée. Sur le site, tous s'étaient levés tôt et s'étaient déjà mis au travail, des groupes de Sheikahs fouillaient la terre un peu partout. Zelda crut alors arriver en retard. Faras fut le premier à l'apercevoir. Des livres de recherches à la main, la princesse suivit Faras qui l'accompagna jusqu'à un petit camp installé pour l'occasion, elle y posa tous ses ouvrages.

- Nous déterrons un Gardien, si cela vous intéresse, ajouta Faras le regard vers la dernière trouvaille.
La blonde releva les yeux et aperçut l'antique machine désactivée.
- J'irai bien y jeter un oeil, répondit Zelda.

Pru'ha et Impa entouraient la découverte, elles manipulaient le robot avec précaution. De son côté, Canel, un peu plus loin, était concentré à creuser une piste qu'il disait avoir trouvée. Le garçon était à l'écart, pour plus de concentration comme il disait... Cela fit sourire Zelda qui se voyait vouloir faire de même à son âge, celle-ci s'approcha des deux soeurs.

- Celui-là doit bien être le trentième que l'on découvre. affirma Pru'ha.
- Sans parler des dizaines du même genre que l'on a trouvés sous le château ! rajouta Impa.
Impa se retourna et vit la princesse qui les écoutait.
- Oh, bonjour Princesse. Voyez ce que l'on vient de trouver.

La découverte de Gardiens n'était pas une nouveauté, elle était presque devenue habituelle, mais c'était bien la première fois que Zelda assistait à ça. Elle rejoignit les deux femmes dans leur discussion, Faras était resté à une table installée près du camp, il scrutait un coeur antique, une imposante boule de métal d'où ressortait faiblement une lueur jaunâtre.

- Si je parviens à rétablir ce machin, je pourrais réactiver les Gardiens, marmonnait-il.

En manipulant le précieux objet, le scientifique se rendit compte que le coeur antique possédait une entaille tout le long de son périmètre. Deux pièces assemblées ? Faras prit la boule à deux mains et appliqua une force opposée et, par miracle, le coeur antique se dévissa, le Sheikah venait de réussir à l'ouvrir.

- Fascinant ! s'écria-t-il.

Personne ne l'entendit, tous étaient plongés dans leur travail. Une bonne heure plus tard, du côté du jeune Canel qui ne cessait de se salir de plus en plus en s'enfonçant dans la terre, un outil à la main, il creusait encore et encore. Plus il avançait, plus il découvrait des matériaux antiques. D'abord une petite vis antique qu'il oublia vite lorsqu'il découvrit un rouage, un étrange engrenage rouillé. Comment autant de matériaux n'avaient pas été découverts avant ?

Ensuite arriva un morceau de carcasse de Gardien. Canel l'attrapa et alla le mettre avec ses autres trouvailles. Bien que l'adolescent n'avait pas la technique ni l'expérience, il restait passionné par ce qu'il faisait. L'humidité de la région transformait par endroits la terre en boue, ce qui n'arrêta pas le jeune homme dans sa recherche de trésor.

Soudain, c'était comme si la vie lui souriait, comme si les déesses l'avaient entendu, un bruit solide et inhabituel vint se manifester au bout de sa pelle. Le jeune adolescent, intrigué, frappa de nouveau d'un coup de pelle au même endroit. Il en avait la confirmation, aucun autre matériau n'avait effectué un bruit similaire.

Il s'empressa alors de creuser autour de sa découverte, un amas de terre rectangulaire vint lui sauter aux yeux quelques minutes après. Il abandonna sa pelle et y mit les mains, tant pis pour la propreté ! Chassant la terre et la poussière qui cachaient sa trouvaille, Canel put alors attraper le trésor qui tenait facilement dans ses mains, il n'était pas plus gros qu'un livre. Il souffla brusquement sur l'étrange objet et il aperçut devant ses yeux ébahis une tablette rectangulaire faite du même matériau que les Gardiens. Des inscriptions sheikahs l'ornaient. Son souffle fut coupé, il releva les yeux immédiatement vers ses tantes et la princesse plus loin, et manifesta la joie qui lui montait au visage.

- Hé ! Tante Pru'ha ! Tante Impa ! hurla-t-il de joie en courant vers les concernées, la tablette à la main.
Arrivé, Canel essoufflé exhiba sa découverte. Pru'ha avait encore le dos tourné.
- Qu'y a-t-il Canel ? Pourquoi...
Elle s'arrêta net et se retourna en voyant qu'Impa et Zelda ne disaient plus rien et fixaient quelque chose dans les mains de Canel. Elle aperçut à son tour la tablette.
- Canel, où as-tu trouvé ça ? demanda impatiemment Impa.
- Je savais que j'étais sur une piste, répondit le jeune homme.
Pru'ha attrapa la trouvaille.
- C'est incroyable, affirma Pru'ha, bouleversée par ce qu'elle tenait.
Le groupe rejoignit Faras à sa table, l'homme était toujours le nez dans son coeur antique.
- Faras, tu ne nous croiras jamais ! s'exclama Impa.
- Regardez ce que j'ai réussi à faire ! s'empressa de dire le Sheikah.

En posant la tablette sur la table, le scientifique retira ses lunettes. Il prit à son tour la découverte dans ses mains en laissant tomber le coeur.

- Y a-t-il des inscriptions ? demanda Zelda.
- Partout, répondit la fascination de Faras.
- Tante Pru'ha, tu vas devoir te mettre au boulot pour ce que je t'ai demandé !
- Je ferai mon possible, Canel, soupira Pru'ha.

Le scientifique reposa la tablette devant lui.

- Nous ne savons pas à quoi cet objet sert, il ne vaut mieux pas le manipuler trop rapidement si nous n'en connaissons pas les conséquences !
- Je vais effectuer des recherches dès mon retour au château, s'exclama la princesse. Un livre doit sûrement mentionner cette relique quelque part...
En tout cas, Canel, lui, était fier en remarquant que le groupe n'avait d'oeil que pour sa découverte.
- Tu as eu une de ces chances, mon garçon ! Trouver un tel objet dans Hyrule tout entier ! C'est comme chercher un brin d'herbe dans le désert gerudo ! félicita Faras.

Tout cela passa au-dessus de l'adolescent qui pensait avoir sauvé la vie de son grand-père mourant. Avec cette grande découverte, Pru'ha tiendrait sa promesse et allait chercher comment pouvoir le faire rajeunir. Il en oubliait presque que cela était très complexe à réaliser...

Durant le reste de la journée, Zelda scruta la tablette, c'était bien l'une des plus grandes découvertes à ce jour. Cette relique était facilement manipulable et assez légère, mais pourtant si intrigante... Il était temps de rentrer au château pour Zelda, son père allait se demander où était encore passée sa fille. Impa interpella la blonde avant qu'elle ne remonte sur son destrier.

- Je serai là dès demain, Princesse, je suis transférée au château durant le mois prochain, cela est dû à mon statut.
- Bien, dans ce cas je vous souhaite une bonne soirée, et à demain, répondit Zelda en souriant.
- Attendez, s'exclama Impa.
Elle sortit la tablette de son dos et la tendit à Zelda.
- Pru'ha, Faras et le reste des Sheikahs sont d'accord, vous pouvez la garder. Nous serons bientôt tous à la citadelle pour l'arrivée des prodiges d'après les échos que j'ai eus, alors nous aurons l'occasion de venir pour progresser dans les recherches.

La princesse prit la relique et remercia chaleureusement Impa. La tablette allait rester dans son étude, à l'abri des regards. C'était une découverte époustouflante et donc très précieuse afin d'avancer.

~~~

Le soleil au zénith, Zelda rentra par la citadelle, le marché nocturne de la place centrale se préparait. Elle ne passa pas inaperçue, les gens la saluaient, d'autres marmonnaient des choses à l'autre. Comme à son habitude, la Cour parlait sur elle mais rien de grave pour la princesse, celle-ci était maintenant un peu plus habituée, et cette tablette l'obsédait. Pas le temps de se demander ce que les gens pensaient d'elle. La blonde voulut montrer la relique au roi. Elle se dirigea vers la salle du trône, son père, étrangement, l'attendait.

- Bonjour père, je...
- Où étiez-vous passée ? demanda brusquement le souverain.
Le visage de Zelda se referma progressivement et avoua la vérité.
- Je... j'étais sur un site de fouilles... dit-elle honteusement, elle savait pertinemment à quelles remarques elle allait avoir droit.
Le roi observa la tablette dans les mains de sa fille depuis son trône en hauteur.
- Qu'est-ce ?
L'intrigue du roi sur la découverte fit retarder ses reproches.
- C'est une relique que nous avons découverte à Lanelle, nous devons l'étudier plus en détail mais elle semble être importante dans la lutte contre le Fléau.
- Fort intéressant, mais savez-vous ce qu'il y a également d'important pour vaincre Ganon ?
Le moment fatidique était venu. Zelda baissa son regard au sol et répondit tristement.
- Je comptais me mettre en route pour le village piaf dans trois jours.
À sa grande surprise, le roi ne se fâcha pas plus que ce que la jeune fille aurait pu penser. Il se contenta de se redresser sur son siège.
- Bien. Faites donc, mais je vous le répète, tâchez de ne pas perdre votre temps avec ces reliques, ce travail est déjà entre de très bonnes mains, ne l'oubliez pas !

Zelda acquiesça et rejoignit ses appartements plus tard dans la soirée. Vers minuit et demi, la princesse était toujours assise à son petit bureau, le bruit du marché nocturne l'empêchait de se reposer et elle lisait des écrits sur les reliques, mais aucune trace d'une certaine tablette. Elle soupira longuement et se frotta les yeux, un signe de fatigue auquel elle ne fit pas attention. En refermant le livre, elle vit le nom de l'ouvrage. "Énergie et matériaux antiques". Zelda se rendit compte qu'elle cherchait pour rien si elle fouillait dans un livre que ne traitait pas du même sujet. La fatigue... Elle fronça les sourcils à la vue de son erreur absurde et eut une idée.

Plus personne ne traînait dans les couloirs à cette heure-ci, hormis les gardes de nuit. La princesse se faufila à travers les murs du château et arriva dans la bibliothèque. Il n'y avait pas un seul bruit excepté les chuchotements des gardes du couloir. Zelda fit le tour de la pièce lisant chaque nom des étagères triées par thème. Elle s'arrêta devant celle où il était noté "Les mystères de la Technologie Sheikah". Elle était au bon endroit. Sur la tranche de chaque livre étaient notés divers titres en relation avec la technologie antique comme "Les secrets des Sanctuaires", ou encore "Encyclopédie antique". La princesse lut alors "Reliques ancestrales". Elle attrapa l'ouvrage aux centaines de pages, elle esquissa une grimace lorsqu'elle dut soulever le lourd poids du livre.

- Altesse ? Que faites-vous ici à une heure si tardive ?
Gaëlle, la nourrice de Zelda, était entrée dans la bibliothèque lorsqu'elle aperçut que l'une des portes de cette dernière était restée ouverte.
- Je... je m'apprêtais à retourner dans ma chambre, bégaya Zelda.

Elle n'attendit pas la réponse de sa nourrice et fit demi-tour avec le livre à la main. Gaëlle la vit partir d'un pas pressé. La jeune fille se dirigeait vers son étude, en passant sur la muraille qui y menait. Elle entendit les rires et les gloussements des gens de la citadelle, une fête venait apparemment d'éclater. Elle ouvrit la porte de la petite pièce isolée dans une tour de l'aile ouest du château. La tablette était posée sur un meuble. Zelda posa le livre sur celui-ci et l'ouvrit.

Après d'intenses recherches dans l'énorme sommaire qui débutait ces pages, elle trouva son bonheur en ouvrant à la page en question, mais celle-ci était extrêmement abîmée et déchirée. Cependant la princesse put apercevoir une illustration représentant quelque chose de similaire à la tablette. Elle compara cette représentation avec la relique. Zelda s'empressa de lire le seul écrit lisible à côté de la représentation.

"Cette relique est la concentration même de toutes les prouesses de la technologie sheikah, les modules qu'elle contient agissent dans l'espace et dans le temps avec une précision remarquable. Cette tablette est la clé."

La clé ? Quelle sorte de clé ? Et de quoi ? Et qu'étaient ces modules ? De multiples questions trottaient dans la tête de la princesse. Par malheur, le reste de la page qui parlait de la relique était erronée. Zelda espérait de tout son coeur que cette découverte allait les faire avancer dans l'étude de la pierre guide. Un bâillement s'empara du visage de la blonde. Cela faisait maintenant une heure qu'elle avait le nez plongé dans des écrits. C'était décidé, elle en parlerait à Impa le lendemain, dans son bureau même. Elle ferma le livre et le laissa auprès de la tablette.

Elle se décida d'aller dormir une bonne fois pour toutes. Ces journées de recherches l'épuisaient fortement.

~~~

Le lendemain, dans l'après-midi, Zelda cherchait le bureau d'Impa. Elle avait toujours eu du mal à le trouver, il était caché au fond de couloirs labyrinthiques. Dans les quartiers principaux, lorsqu'elle vit écrit "Magistrat adjoint" sur l'une des nombreuses portes présentes autour d'elle, elle s'empressa d'entrer, la tablette à la main.

- Dame Impa ! Je dois impérativement vous parler ! affirma-t-elle en rentrant et refermant la porte.
Impa qui buvait une boisson d'après repas, sursauta et renversa quelques gouttes sur son somptueux bureau recouvert de documents mentionnant la Calamité, ou encore les Yigas.
- Mais enfin que se passe-t-il, Princesse ? demanda-t-elle encore étonnée de cette entrée inhabituelle.
Zelda posa la tablette sur le bureau et la tendit à Impa.
- J'ai lu dans des écrits hier soir que cette tablette renfermerait des fonctionnalités épatantes, elle pourrait même interagir dans l'espace-temps.
- Mais, êtes-vous sûre qu'il s'agissait bien de cela ? s'interrogea Impa encore douteuse.
- Certaine.
- Nous ne pouvons pas vous arrêter...
La Sheikah manipula rigoureusement la relique dans ses mains bien que le groupe s'était dit de ne pas trop la toucher, quelques petites entailles se faisaient sentir au dos.
- Si ce que vous dites est vrai, je me demande bien comment une si petite chose pourrait effectuer de telles prouesses, ajouta Impa.
- Nous ne connaissons encore rien de la technologie sheikah... ça ne m'étonnerait guère que cela soit possible.

Tout à coup, en passant sa main sur la sorte de cadre noir qui arpentait presque toute la surface d'une face de la tablette, Impa sursauta une nouvelle fois en entendant un étrange bruit provenant de la relique. Stupéfaites, Zelda et la Sheikah virent le signe sheikah se dessiner dans le cadre. Celui-ci devint alors bleu foncé, la tablette semblait allumée. Le cadre noir avait pris une couleur bleu marine.

- Comment avez-vous fait ? demanda la princesse.
- C'est au niveau de ce cadre bleu, répondit Impa.
- C'est fantastique, vous êtes parvenue à activer la tablette !

La princesse et Impa se regardèrent, elles n'en revenaient pas. Elles se mirent à rire face à une telle aisance. Activer une relique vieille de dix mille ans aussi facilement, cela relevait du miracle pour elles.

- Il faut prévenir Pru'ha, elle saura nous en dire plus maintenant que nous l'avons activée.
La Sheikah s'empressa de prendre du papier posé non loin de là lorsque, soudain, on frappa à la porte.
- Qui est-ce ? demanda Zelda.
La porte s'ouvrit avant qu'Impa ne réponde. C'était le roi. Celui-ci fut surpris de voir sa fille ici.
- Puis-je savoir ce que vous faites ici ? lança-t-il sans attendre.
Zelda balbutia et prit appui sur le bureau d'Impa en se retournant par surprise, son malaise n'échappa pas au magistrat qui prit la relève.
- C'est de ma faute, Votre Majesté. Je lui ai demandé de venir ! répondit Impa.

La princesse se retourna afin de manifester son incompréhension envers la Sheikah. Celle-ci lui fit un clin d'oeil afin de la rassurer.

- Oh, très bien, et puis-je en savoir la raison ? reprit le souverain.
- Nous voulions vous parler au sujet de la relique que nous avons trouvée hier, répondit la princesse qui ne supportait pas de mentir à son père.
- Vous devriez être à la cathédrale en ce moment même...
Zelda regarda de nouveau Impa qui lui fit signe qu'elle transmettrait la tablette à Pru'ha et qu'elle n'avait pas à s'inquiéter. La princesse soupira.
- Je vais me changer, finit Zelda en sortant de la pièce.
- Je vous rejoins là-bas, Princesse, termina Impa.

L'Hylienne sortit, confuse.

- Vous ne devriez pas l'encourager à se livrer à la recherche, elle doit se concentrer sur son devoir en priorité, maugréa le roi à Impa.
- Je m'en excuse, Votre Majesté.
- Dame Impa, vous savez très bien pourquoi je vous ai attitré ce rôle de magistrat, alors tant que vous êtes dans cette pièce, tâchez de faire votre travail.
La Sheikah, neutre, jeta un regard à ses dossiers devant elle.
- Je comprends que vous en ayez assez d'entendre parler du gang des Yigas depuis toutes ces années, vous avez une bonne raison, mais c'est primordial pour la survie du royaume, ajouta le roi.
- Bien, Votre Majesté.

La princesse remonta dans ses appartements afin de se changer et d'enfiler sa tenue de prêtresse. Cette tenue qui lui faisait froid dans le dos. Non pas qu'elle n'appréciait pas son allure, mais ce vêtement renfermait tout son échec depuis maintenant dix ans. Le mettre était difficile pour elle psychologiquement. Au fond de la grande bâtisse qu'était la cathédrale, se trouvait une porte en bois. La prêtresse l'ouvrit et descendit les escaliers qui se trouvaient derrière avec Impa.

- Pourquoi a-t-il pris une telle décision ? demanda Zelda.
- Je ne peux pas lui en vouloir, répondit Impa.
- Je m'acharne depuis des années sur ces statues... Je serais beaucoup plus utile en vous aidant... Il n'a pas à vous interdire de m'en parler !
- Je ne peux m'y opposer, Princesse.

Elles pénétrèrent dans une étroite cavité où se trouvait un petit point d'eau sous terre ainsi qu'une statue de la déesse. Zelda regarda l'eau froide et inspira avant de s'y plonger les pieds. Elle eut un frisson. Impa surveillait la porte en bas des escaliers, le dos tourné à la jeune fille qui s'apprêtait à prier durant deux heures.

~~~

La veille de son voyage, Zelda ne revit pas son père, la princesse se doutait bien qu'elle allait le revoir seulement lors de la cérémonie d'intronisation. Vers dix-neuf heures, la jeune fille s'occupait de préparer son cheval aux écuries royales pour le long voyage qui les attendait, elle préférait s'en occuper elle-même. La monture était d'un blanc éclatant, reconnaissable parmi les autres chevaux. Elle prit en main la selle posée non loin de là et voulut la poser délicatement sur son ami quadrupède. Mais celui-ci grogna un hennissement laissant comprendre à la princesse son mécontentement.

- Il me semblait bien que tu n'aimais pas ça, marmonna-t-elle.
Elle retira la selle et la reposa à son emplacement d'origine. Zelda soupira en regardant l'animal.
- Tu devras un jour ou l'autre porter l'harnachement, il va falloir t'y faire...
Le cheval claqua son sabot au sol. La princesse le caressa sur le museau quand soudain, Impa vint trouver la blonde.
- Princesse ! s'écria-t-elle en arrivant en courant vers Zelda.
- Qu'y a-t-il Impa ?
- Je vous ai cherchée partout.
- Il y a un problème ?
Impa reprit son souffle et voulut rassurer Zelda lorsqu'elle remarqua sa surprise dans ses yeux.
- Non Princesse... je voulais juste vous dire... j'aimerais que, avant que vous partiez... vous alliez faire un tour dans votre étude, si cela ne perturbe pas vos activités.
- D'accord, répondit-elle.
- J'aurais voulu continuer les recherches avec vous, seulement, en tant que magistrat adjoint, je me dois de suivre rigoureusement les faveurs du roi. Tant que Pru'ha n'est pas arrivée, il ne veut pas que je les étudie, j'espère que vous comprendrez.

Zelda fut envahie par un sentiment d'injustice pour Impa. Après tout, si elle avait réussi à éveiller son pouvoir depuis ce jour, son père n'aurait pas été si strict envers la Sheikah, la princesse s'en voulait.

- Pardonnez-moi Impa, ce n'est pas de votre faute, j'essaierai de vous tenir au courant de nos progrès, croyez-moi.
- Je n'en doute pas, répondit gentiment la femme.

Elle adressa un dernier sourire à la princesse puis repartit pour les bureaux du château. Zelda remit son attention sur son cheval, bien qu'une voix masculine se fasse entendre derrière elle. Décidément, aux écuries ou au château, le calme n'était jamais le bienvenu.

- Son box est ici, déclara la voix rauque.

Zelda se retourna tout en continuant de brosser sa monture. Elle aperçut, à sa grande surprise, deux hommes, plutôt un homme et un jeune homme. Le jeune homme portait un uniforme de garde royal légèrement différent que celui que la princesse avait l'habitude de voir sur les gardes du château. Celui-là était plus détaillé, plus important.

Elle reconnut Link. Que faisait-il ici ? L'homme qui lui parlait était le gérant des écuries. Les deux Hyliens s'avancèrent jusqu'au box d'un cheval brun à la crinière noire à quelques mètres de celui de la princesse.

- C'est l'une de mes montures les plus coriaces, mais bon, si vous dites que vous arriverez à la gérer, je vous fais confiance, s'exclama le gérant.
Link s'approcha du cheval et posa sa main sur une de ses épaules, celui-ci ronchonna mais le chevalier parvint à le calmer à l'aide de douces caresses et de gestes attendrissants.
- Bien. Le roi m'a dit que vous deviez rejoindre la forteresse d'Akkala dans quelques jours, votre monture sera prête.
Le héros répondit par un hochement de tête.
- Bon, et bien si cela est réglé, je vous laisse faire connaissance avec votre nouvel associé, Capitaine, bonne soirée.
Le gérant s'écarta de Link et se retourna.
- Bonjour Votre Altesse, dit-il poliment en voyant Zelda.
- Bonjour Sullivan, répondit la princesse, perturbée par ce qu'elle venait d'entendre.

Link était déjà capitaine ? Le roi n'avait pas attendu très longtemps... La blonde n'osa pas le regarder, seulement quelques regards furtifs dans le coin des yeux. Seulement quelques mètres les séparaient, et personne n'entamait de discussion, rien, ce qui laissa une atmosphère pesante. Le jeune homme ne semblait pas réellement vouloir parler. Mais pourquoi cela ? Par peur ? À cause de la différence de classe sociale ? Ou peut-être était-il simplement timide. En tout cas la princesse n'appréciait guère le fait qu'il semblait l'ignorer. Pas même un bonjour ! Elle mit fin à cette situation, posa la brosse qu'elle tenait en main et repartit en direction de son étude comme l'avait demandé Impa.

- Bonne soirée, répondit-elle froidement en partant.

Link n'avait pas mis beaucoup de temps à comprendre. Il la regarda partir et se sentait gêné.

Une lettre de Pru'ha était posée là, sur le bureau à côté d'un vase contenant une princesse de la sérénité. Avait-elle déjà fait le tour de tous les secrets de la tablette ? Zelda ouvrit la lettre, elle était adressée à Impa mais cela ne l'empêcha pas de la lire. Visiblement, Pru'ha avait baptisé la relique, aucun document ne donnait d'information supplémentaire sur cette découverte alors la Sheikah décida de la nommer la Tablette Sheikah. Zelda fit un grimace en lisant ce nom, elle le pensait assez simpliste pour une découverte d'une telle ampleur.

La princesse apprit également que la scientifique était sur une piste très intéressante concernant une fonctionnalité de la tablette sheikah et que Pru'ha allait venir au château pour travailler davantage dessus avec Impa. Elle allait arriver pendant le voyage de la princesse. Zelda fut satisfaite de cette nouvelle, cependant elle trouvait tout de même dommage de devoir communiquer ainsi. Impa n'avait même pas pu lui annoncer la nouvelle directement. Mais ce n'était évidemment pas ça qui allait empêcher Zelda de continuer ses recherches.

chapitres suivants...

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Azur". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

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