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Le jardin de Farore

Ecrit par Samantha en 2005

Les larmes coulaient sur les joues du bel Hylien. Il était assis près d'un cours d'eau, sous un croissant de lune couleur d'argent. Si son désespoir avait été silencieux, il n'en était pas moins terrible. A quoi bon, se disait-il, à quoi bon vivre pour sauver son monde, puis sombrer dans le chagrin total. Etait-il né pour servir son peuple, sans que le destin ne lui soit reconnaissant ? Cela faisait quelques jours qu'il passait ses soirées, déprimé, près de sa source, son jardin secret depuis qu'il n'avait que quelques années d'âge. Elle se trouvait dans un endroit reculé de sa forêt qu'il considérait comme natale ; bien qu'il n'y avait pas vécu ses premières heures, elle restait son seul véritable foyer, dans ce vaste pays qu'était Hyrule. Cette contrée, connue comme étant des plus belles et verdoyantes, n'avait jamais autant été ternie par la tristesse commune à tout le monde. Surtout lui, qui aurait tellement voulu montrer son cours d'eau rempli de souvenirs, à sa chère princesse. Lui qui l'avait tant aimée, pourquoi devait-il l'avoir vue mourir ?
Passant ses soirées à pleurer silencieusement sa bien aimée, noyé dans sa dépression constante, il lui semblait parfois entendre les échos de la voix de Zelda, qui lui torturait encore plus le coeur quand il se rendait compte que ses rêves tentaient de prendre le dessus sur la triste réalité. Il avait souvent envie d'en finir, mais en pensant à la souffrance supplémentaire qu'il infligerait à ses proches, il y renonçait. Il gardait précieusement l'ocarina bleuté que lui avait laissé la princesse, et jouait souvent la mélodie qui avait été sa berceuse, en contemplant son triste reflet dans les eaux courantes. Il était vraiment désolé de se voir ainsi. Ses yeux bleus de chat ne lui avaient jamais parus aussi ternes et voilés, ses cheveux blonds perdaient tout leur éclat, et son maigre appétit lui avait creusé les joues. On ne reconnaissait plus le héros du temps que par ses vêtements sylvestres.

Un matin, couché dans sa cabane en bois, mais bien éveillé, il aperçut une petite fille entrer chez lui. Elle était très mignonne, avec ses cheveux verts et ses grands yeux bleus, et restait, malgré leur longue séparation, une amie de coeur pour lui. Elle n'était personne d'autre que le sage de la forêt ; c'était une Kokiri candide et joyeuse, qui n'avait pas son pareil pour coudre des vêtements légers et confortables.
- Bonjour, Link, dit-elle sur un ton neutre.
- Bonjour, Saria, répondit-il avec une voix cassée.
- Malon est dehors, elle aimerait que tu la rejoignes.
Il eut un faible sourire. Malon était aussi une amie proche, qui travaillait dans un ranch avec son père. C'était une jeune fille douce et charmante. Il se leva, sortit de sa cabane et se dirigea vers l'orée des bois. Malon l'y attendait, à côté d'un cheval roux à la crinière cendrée, sous un ciel matinal gris et froid.
- Bonjour, Link. Tu vas bien ?
Link resta silencieux.
- Oui, ça ne peut qu'aller mal... je suis désolée pour la princesse.
Pour toute réponse, le jeune homme se jeta dans les bras de son amie en sanglotant.
- Oh, Malon, si tu pouvais savoir... je l'aimais tellement, j'aurais donné ma vie pour elle...
- Link, ne dis pas ça, répondit-elle en lui tapotant le dos. Regarde-toi, maintenant qu'elle n'est plus... on a du mal à te reconnaître. S'il te plaît, viens avec moi au bourg d'Hyrule. Je dois vendre du lait, et on en profitera pour s'arrêter au café.
- Oui, d'accord... allons-y...
Link caressa le museau de la belle Epona, puis ils montèrent tous les deux sur son dos, en direction des remparts du château.

Une fois assis devant leur table préférée au café de la place, ils appelèrent la jolie serveuse pour lui commander deux sirops de menthe cerise. Malon jeta un regard à Link, qui scrutait le vide.
- Je connais cette douleur, lui dit-elle. On ne peut pas la guérir, seulement l'oublier...
La serveuse déposa leurs verres sur la table, avant de les remercier puis de repartir.
- Et toi, tu ne l'oublieras pas.
Elle soupira.
- Attends-moi, je vais payer l'addition.
Il regarda Malon disparaître à l'intérieur du salon de thé. Elle était gentille, Malon.
Il s'apprêtait à se replonger dans ses sombres pensées, quand il sentit une main sur son épaule.
- Allons, jeune homme, ne pleurez pas.
Il leva les yeux pour voir une jeune femme blonde, en robe verte, portant des boucles d'oreilles rosées, dotée d'une peau assez pâle.
- Vous êtes qui ? demanda Link, les pensées un peu embrouillées.
- Je lis la déception dans votre regard, dit-elle, une déception amoureuse plutôt sérieuse. Je pense pouvoir vous aider.
Elle sortit une fiole remplie d'un étrange liquide argenté. Link ne remarqua pas qu'elle était dépourvue de poches.
- Ouvrez-la ce soir, et seul, sous la lune. Je vous laisse.
Il n'eut pas le temps de la remercier qu'elle était déjà partie, et Malon revenait.
- Bien, Link, j'avais l'intention de passer la journée ici, histoire de s'amuser un peu...
L'Hylien sourit à son amie si douce, et ils se mirent en route.

Le soir venu, toujours renfermé à l'abri des regards près de la source d'eau, Link attendait la lune avec appréhension, le regard tourné vers le ciel où déjà quelques étoiles scintillaient au milieu des cimes noires. Il gardait la petite bouteille en main. Il en émanait une chaleur étrange.
La lune levée, se reflétant dans l'onde, il ouvrit la fiole d'où s'échappa une étrange fumée grise, qui s'éleva sans se consumer. Alors que le liquide se transformait en vapeur d'argent, cette dernière tournait sur elle-même pour créer une sorte de miroir sans consistance. La fiole totalement vide, des couleurs commencèrent à apparaître sur la surface grise. Absorbé par ce plus qu'étrange spectacle, Link vit peu à peu se matérialiser l'image d'une femme endormie, avec un visage pâle et des cheveux d'or...
- Zelda ! Cria-t-il en se jetant sur le miroir. Il passa au travers et faillit tomber à l'eau. Il se ressaisit et s'assit devant le champ de lumière. Le visage se brouilla, dans un triangle d'or brisé, puis il vit la plaine d'Hyrule, verdoyante et lumineuse, qui tourna en un véritable désastre. L'herbe s'assécha, le ciel se noircit, et la foudre mit le feu à la plaine. L'image se brouilla une nouvelle fois, pour laisser les flammes noires tourbillonner autour de la princesse, jusqu'à la noyer totalement. Puis, au milieu du torrent sombre, une lumière rayonnante écarta les flammes, dévoilant un losange de diamant tournant sur lui-même. Le profil de Ganondorf se trouva face à un visage presque entièrement effacé par l'ombre. La princesse s'éveilla, puis la brume disparut.
Link attendit une seconde, puis, animé d'une nouvelle énergie, se leva, prit son ocarina et sortit de la forêt en courant.

* * *

A la sortie de la forêt des Kokiris, Link entendit dans sa précipitation quelqu'un parler :
- Alors, tu pars déjà, Héros du Temps ?
Link, affolé, se retourna. Il vit une personne encapuchonnée derrière lui, et ne pouvait voir que le bas de son visage, apparemment très fin.
- Je peux savoir ce que tu es en train de faire ? demanda une voix féminine plutôt méprisante.
Sans réfléchir, Link lui répondit :
- Je partais dire que la... que la...
- Que la princesse est vivante ?
Link fut terriblement choqué ; Comment avait-elle pu savoir ?
En tout cas, son étonnement devait se lire sur son visage, car l'inconnue sourit, d'un sourire dur et froid. Mais cette inconnue... . Il venait de la voir dans le miroir !
- Tu ne voudrais tout de même pas aller raconter que le sort du monde dépend d'une fille qui est sensée être morte ? Cela créerait des rumeurs désagréables. D'autant plus que personne ne sait où elle se trouve.
- Je la retrouverai ! dit Link d'un ton de défi. Rien que pour moi, je la retrouverai !
La jeune fille eut à nouveau ce sourire étrange.
- On m'avait bien dit que les deux principales qualités du héros étaient le courage et la détermination. En effet, tu mérites de retrouver la princesse... même de descendre dans les ténèbres interdites...
- Qui êtes-vous ?
Link regretta presque d'avoir posé cette question. Il vit avec effroi deux grands yeux rouges s'illuminer, alors qu'elle perdait son sourire.
- Je suis Shayalen, de la tribu Sheikah. Et je suis là pour te montrer la voie des noirceurs qui retiennent Zelda.
Link n'était pas très enthousiaste à l'idée de faire son prochain voyage en compagnie d'une fille aussi ténébreuse. Enfin, malgré tout, c'était bien elle qu'il avait vue dans la brume.
- Et... pourquoi devez-vous m'aider ?
- Mm... sur simple demande et quelques intérêts personnels. Mais en attendant, tu ne peux pas repartir parmi les dangers sans arme pour te défendre... Il parait que tu manies l'épée à la perfection. Tu vois à quoi je pense...
- L'épée de légende...
- C'est ça. Allez, suis-moi ! Je ne voudrais pas me faire voir.
Avant qu'il n'ait le temps de dire quoi que ce soit, elle grimpa sur un cheval noir d'ébène, qui était apparu dans un éclair, la seconde précédente.
- Allez, viens !
Pas très sûr de lui, il monta derrière elle et elle lança le galop. Le destrier courait anormalement vite, et ils se retrouvèrent rapidement devant le pont-levis fermé. Loin d'être désemparée, la Sheikah descendit de son cheval, et, sortant de sous sa cape une lame affreusement effilée, elle tailla un grand rectangle dans le bois et le fit tomber dans l'eau d'un coup de pied.
- Nous aurions eu du mal à passer inaperçus en plein jour, murmura-t-elle alors que Link descendait du cheval.
Elle fit signe à l'animal de partir, et il disparut en un éclair.
L'Hylien resta incrédule une seconde, puis passa à travers l'épaisse plaque de bois.
La ville était déserte, et le silence assez pesant. Ils prient sans rien dire l'allée menant au temple du Temps, bordée d'arbres et de pierres mystérieuses.
- Les loupes sont interdites à la chasse au trésor... murmura Shayalen. Ils n'ont vraiment que ça à faire...
- Tu lis ça où ?
- Sur cette pierre.
- Celle-là, avec l'oeil de vérité ?
- Hm. C'est pas grave.
Pas très bavarde, pensa Link.
Ils entrèrent dans l'austère salle, où l'on ne trouvait qu'un autel de marbre noir et blanc au-dessus duquel avaient autrefois flotté trois pierres précieuses. Les portes étaient restées ouvertes, et il se dirigea vers la salle se trouvant derrière les escaliers. L'épée sacrée se tenait, froide et immobile, dans le socle gravé de la Triforce.
Il retira l'épée du granit, et observa la marque sur sa main gauche. Alors que sa lumière se raviva, il sentit que la lame argentée diffusait en lui une force éveillant ses sens de guerrier, qui se mêlait si bien à son goût pour les risques et l'aventure. Une minuscule lueur d'espoir se mettait à grandir dans son coeur, et il savait que Zelda l'attendait, inerte, quelque part.
Il rejoignit Shayalen à l'entrée, et lui dit :
- Partons sans plus attendre !
Elle n'avait toujours pas retiré sa cape mais lui sourit encore.
En sortant de la cité, il se demanda comment les habitants réagiraient le lendemain, en trouvant un trou dans le pont-levis...

- C'est une quête épuisante qui s'annonce, lui dit la fille, et j'ai le regret de t'annoncer que nous allons devoir passer la nuit à la belle étoile.
La jeune fille s'assit au pied d'un arbre. Quant à Link, il ne s'endormit pas tout de suite, prenant son temps pour organiser les questions qui lui tourmentaient l'esprit. Qui était cette femme au bourg ? Quel était son lien avec Shayalen ? Zelda savait-elle tout ça ? Il finit par s'endormir.

Quand il se réveilla, Link vit Shayalen sans cape. Il ne s'était pas du tout attendu à un physique pareil : Bien que ses yeux semblaient aussi rouges le jour que le nuit, une cascade de cheveux blancs et lisses lui arrivait encore plus bas que la taille. Elle était habillée d'une tenue blanche et grise, composée principalement de bas et de mitaines, et portait un médaillon rouge où l'oeil de vérité était gravé. Elle était très jeune, pas plus âgée que lui. Il allait lui demander si elle connaissait la jeune femme qui lui avait donné le flacon.
- Euh, dis, Shayalen, tu ne connaîtrais pas une jeune fille blonde qui s'habille en vert et qui porte des boucles d'oreilles ?
- Eh bien, à part celle qui est à côté de moi...
L'Hylien en resta la bouche ouverte. Il s'empressa de la refermer et lui lança :
- Tiens tiens, je me croirais en compagnie d'une Gerudo ! Et je la prends quand elle veut !
- Alors là, si je n'avais pas peur de te tuer, je te ferais passer un sale quart d'heure !
Link remarqua qu'elle dégageait une tension particulièrement forte. Il tenta de l'ignorer et dégaina son épée fraîchement retrouvée. S'il avait l'occasion de s'entraîner...
- Tu as mal choisi ton adversaire, Link...
Elle sortit son épée, et lui jeta un regard sournois.
Elle se jeta sur lui à une vitesse qui prit Link de court. Il réussit à se protéger avec l'épée de légende, et tenta de contre-attaquer, mais elle se retrouva vite derrière lui. Il se retourna et voulut la dégager d'un mouvement circulaire, mais elle se protégea également, puis tenta de l'attaquer à nouveau. Les lames s'entrechoquaient avec des raclements métalliques, mais Link se faisait dépasser à chaque fois qu'il brandissait son arme. Il la savait plus rapide que lui, et décida alors de la surprendre avec la technique qu'il était le seul à connaître. Il redoubla de vitesse pendant un moment puis s'arrêta brusquement, son épée sous le bras. Shayalen ne comprit pas tout de suite qu'il s'était arrêté, et s'immobilisa pendant une fraction de seconde, ce qui suffit à Link pour envoyer une vague bleue tourbillonnante en tournant sur lui-même, qui atteignit son adversaire en pleine poitrine. Elle tomba à terre, et Link vint la toiser avec satisfaction.
- Attaque cyclone ! Alors, on croirait que la jeune fille a des talents cachés ?
- Je me suis surestimée, lui répondit Shayalen. Tu es vraiment fort.
- Tu l'admets quand même ! Tu es assez intelligente, en fait. Non pas que je pensais le contraire, continua-t-il précipitamment en voyant le regard qu'elle prenait.
- Bien, en attendant, nous allons avoir besoin d'attaques à distance... économiques. Tu as besoin d'un arc. Je crois que tu l'as laissé dans le Temple de la Forêt ?
- L'arc des fées ? Oui. Mais avant je dois te poser une question. Pourquoi l'absence de Zelda va-t-elle être néfaste à ce point ?
- Tu auras la réponse à tes questions plus tard. Tu devrais te téléporter au Temple.
- Oui, d'accord.
Il eut un pincement au coeur en pensant au son de la harpe de Sheik. Il sortit l'ocarina et joua les notes du menuet des bois. Il se sentit transporté par un vent étrange, et se retrouva devant l'entrée récemment réparée du Temple, sur une plate-forme gravée de la Triforce, devant les marches du temple où croissaient des plantes grimpantes. Il vit un éclair, et Shayalen apparut devant ses yeux. Ils montèrent les marches pour se retrouver dans un jardin, où les échos répétés se faisaient toujours entendre, froids et menaçants. Il se raidit un peu, mais remarqua que sa coéquipière ne tremblait pas. Elle avait même l'air de mieux se sentir dans un endroit glauque. Cependant, leur attention fut attirée par l'assemblement d'ombres immobiles sur le sol. En même temps, ils levèrent les yeux au ciel et virent avec un haut le coeur une douzaine de skulltulas pendre à leurs fils. Ils se regardèrent simultanément et se firent un signe de la tête, puis fixèrent la porte de l'autre coté du jardin. Ils prirent leur respiration et coururent le plus vite qu'ils purent. Les horribles araignées se laissèrent tomber sur eux, mais aucune ne parvint à les atteindre.
- Ouf, fit Link en regardant les arachnides reprendre leur place en l'air. J'ai vraiment cru que la dernière allait m'avoir...
Ils entrèrent dans le temple, et se retrouvèrent vite dans une salle obscure de forme octogonale, avec diverses entrées et escaliers dans chaque mur. Au centre se trouvaient quatre torches en or, chacune animée d'une flamme : une orange, une bleue, une verte et une violette. Elles permettaient entre autres de faire descendre la plate-forme centrale, menant au sous-sol où l'attendaient, sans doute, un monstre menaçant. Link se dépêcha de courir en leur direction, car il lui était déjà arrivé de voir les flammes se faire voler par une bande de quatre fantômes. Mais rien ne se passa.
- Qu'est-ce que tu fais, Link ?
- L'absence de Zelda (bien que je ne sache pourquoi) a réveillé les monstres des temples, non ? Ou alors c'est parce que nous sommes entrés ? Et bien il y aurait dû y avoir quatre fantômettes venues pour s'emparer de ces flammes.
- Eh bien en attendant, il n'y a rien. Nous reviendrons plus tard, pour l'instant allons nous occuper de l'arc.
Ils traversèrent plusieurs salles et couloirs aux murs plus ou moins verts, recouverts de plantes grimpantes. Ils finirent par se retrouver dans la salle où Link avait laissé le précieux arc. Il n'eut pas le temps de se demander pourquoi il avait disparu, qu'un stalfos lui tomba dessus, une lumière rougeoyante dans ses orbites vides. Il en fut déséquilibré et tomba à la renverse, alors que le squelette se dirigeait vers lui. Son épée lui échappa, l'empêchant de se défendre, il ferma les yeux, et alors qu'il attendait la lame brûlante lui transperce le corps... Le monstre gémit. Il ouvrit un oeil, puis l'autre en voyant la guerrière qui étranglait le stalfos. Elle eut un sourire fourbe et lui arracha la tête, qui tomba par terre avant de s'évaporer.
- Que... comment t'as... ?!
Il n'attendit pas sa réponse, car il venait d'entendre un souffle venant du plafond. Il ne mit pas une seconde pour se jeter sur elle et la mettre hors de la portée de la main noire et fripée qui venait de tomber. Elle se tourna vers eux, et avant qu'elle n'ait pu faire quoi que ce soit, Link se précipita sur son épée et la tailla en pièces.
- Comment ai-je pu oublier ces abominations ? murmura Shayalen. Merci, Link.
- C'est moi qui te remercie, répondit Link. Comment as-tu fait pour arracher la tête de ce Stalfos ?
- Je... j'ai une bonne force physique.
Link en resta perplexe, et pensa à la facilité avec laquelle elle avait découpé la porte du bourg d'Hyrule. Il vit ensuite apparaître un coffre à côté de lui, dans lequel il trouva le précieux arc. Cet arc, a priori, n'avait rien d'extraordinaire, mais il se tendait avec une vitesse et une souplesse si incomparables qu'on l'appelait "arc des fées". Link le considérait également comme un ami cher et fidèle qui l'avait suivi partout, comme son épée.
- Parfait ! Je me demande s'il y a quelqu'un dans la pièce en dessous !
- Je suppose que tu es habitué à ce genre d'adversaires, mais n'oublie pas que tu y risques ta vie...
- M... oui, peut-être... on y va ?
Il se dirigea vers la sortie de la pièce, alors que Shayalen levait les yeux au ciel.
- Ah, un jour il va s'attirer de graves ennuis...
- Tu viens ?
- J'arrive !
Ils ne mirent pas longtemps à regagner la salle d'entrée, où les attendaient les quatre fantômes.
Link chargea son arc et décocha sur Joëlle, le fantôme orange, qui poussa un cri, mais se contenta de tourner sur elle-même rapidement. Les trois autres firent rageusement de même, et se mirent à encercler le jeune homme, qui ne s'attendait clairement pas à les combattre tous en même temps. Les flammes qu'elles tenaient à la main formaient un tourbillon qui empêchait la jeune fille de venir lui porter secours. Alors que leur cercle se refermait, Shayalen lui cria :
- Link ! Qu'est-ce que tu attends pour faire une attaque cyclone ?!
Link passa l'épée sous son bras et se concentra pour créer une énergie magique, et attendit le dernier moment pour la relâcher, quand le bleu s'était changé en or, plongeant la salle dans le noir. La vague réduisit les fantômes en fumée, alors que Shayalen se baissait pour éviter l'attaque, et alors les torches se rallumèrent.
- On va devoir affronter le fantôme de Ganon, si je me souviens bien, lui dit Link.
- Tu vas m'en laisser un peu ?
- Euh... ouais, si t'en as envie, mais toi, tu ne pourras pas le contrer sans l'épée de légende.
- Je lancerai le coup fatal, alors, finit-elle alors qu'ils montaient sur la plaque de bois.
Ils arrivèrent dans une salle bordée de plusieurs couloirs, dont ils prirent le plus long, pour aboutir dans une salle circulaire. Plusieurs tableaux représentant une forêt sinistre pendaient sur les murs, et une ombre volante en sortit. Elle avait un casque en pointe et un sceptre noir scintillant, et les toisa des airs. Le fantôme ricana, et passa à travers l'un des tableaux. Link les chercha du regard et le vit, prêt à sortir de l'image pour l'attaquer. Sans hésiter, Link chargea son arc et lui décocha une flèche entre les deux yeux. Furieux, le spectre leur envoya une boule électrique, que Link renvoya avec son épée. L'ombre la renvoya à nouveau, puis ce fut au tour de Link... la sphère voyageait de plus en plus vite, et finit par atteindre le fantôme, qui hurla à en percer les tympans, en descendant doucement se poser sur le sol. Shayalen n'attendit pas une seconde pour fondre sur lui et lui trancher sauvagement le cou, malgré son armure épaisse. Il poussa un dernier cri, et s'évapora.
- Et bien, ça a été rapide !
- Tu as vraiment une bonne précision, Link. C'était presque ennuyeux.
- Oui, et en attendant, je connais une bande d'araignées qui va passer un sale quart d'heure !

Le soir suivant, avant de partir pour le lac Hylia, Link passa discrètement par sa cabane Kokiri, afin d'y prendre sa tunique Zora, d'un bleu profond qui permettait de respirer sous l'eau. Il joua la mélodieuse sérénade de l'eau, et se retrouva, dans un éclair bleu, sur la plaque de marbre, toujours gravée de la Triforce. Il vit Shayalen qui observait le lac, habillée d'une tunique bleue, pareille à la sienne.
- Où est-ce que tu l'as eue, Shayalen ? Tu as réussi à rentrer chez les Zoras ?
- Je n'ai pas pris la peine de chanter la mélodie, il suffit du fait que les Sheikahs servent la Famille Royale, et ils m'ont laissée entrer.
Link acquiesça.
- Shayalen, j'aimerais bien jeter un coup d'oeil à ton arme, s'il te plaît.
Elle la lui donna sans un mot, et Link commença à la contempler, tout en faisant attention à ne pas toucher la lame.
Elle était effrayante, tellement elle était fine et pointue. Elle était très légère et devenait de plus en plus noire au fur et à mesure qu'on s'approchait de la pointe. Le manche était cylindrique, en bois noir, et le signe des Sheikahs était gravé en argent. Elle semblait dégager d'elle-même de l'agressivité.
- On la croirait capable de couper l'air, constata Link.
- Cette lame Sheikah est fabriquée selon un principe secret. Elle est redoutable de par son silence, vu qu'elle était autrefois utilisée pour commettre des assassinats. Elle a été fabriquée dans la haine... il faut une âme très équilibrée pour pouvoir s'en emparer sans se transformer en machine à tuer. Et elle pourrait rester des siècles dans l'eau sans s'abîmer, à ce qui paraît...
- Tiens, tout d'un coup, je suis content que tu sois de mon côté...
- Ne te méprends pas... cette arme est complètement instable. Il faut une âme des plus équilibrées pour pouvoir la tenir sans avoir subitement envie de découper tout le monde aux alentours... Tu as tout de même l'avantage d'utiliser les forces magiques. L'ombre ne sait quasiment pas contrer les ténèbres, alors que la lumière...
Ils passèrent la nuit sous un arbre, sur un îlot relié à la terre par un pont de corde. Link en profita pour admirer les étoiles et la lune se reflétant sur la surface douce et silencieuse du lac. Il avait toujours trouvé cet endroit magnifique et poétique, et se revit nageant aisément sous les eaux cristallines...

Le lendemain, les deux guerriers entrèrent dans l'eau, glacée pendant la nuit. La grille qui servait de porte était levée et ils nagèrent à l'intérieur sans un bruit.
A l'intérieur du Temple de l'Eau résonnaient les claquements de gouttes d'eau, et une ambiance pesante y régnait. Ils arrivèrent au dernier étage d'une gigantesque salle carrée au milieu de laquelle s'élevait un large pilier de trois étages. Link se rappelait bien que ce temple lui avait donné des sueurs très froides et beaucoup de fil à retordre, cependant il se rappelait l'entrée à prendre pour arriver à la salle où était caché le grappin. Il montra la porte située à gauche, et ils sautèrent dans l'eau. (Les cheveux de Shayalen lui donnaient l'air d'une méduse quand elle nageait.) Ils prirent la porte que Link avait indiquée, et aboutirent à une salle aux murs obliques ruisselants d'eau, bordés de plates-formes qui descendaient dans le vide sans fin.
- On n'a pas le choix. Prends ma main, Link, je vais essayer de nous téléporter à l'autre bout.
Il la regarda, surpris de la longueur de ses cheveux qui semblait avoir doublé avec l'eau. Il lui fit confiance et lui prit sa main.
- Surtout, surtout ne la lâche pas, parce que sinon tu vas tomber en trajet, et on pourra se dire adieu. Et pas la peine de me regarder comme ça ! Je ne te laisserai pas - tomber !
Elle resserra sa poigne, ce qui eut pour effet d'arracher un cri au jeune homme. Il n'eut pas le temps de protester qu'ils se retrouvaient déjà de l'autre côté de la salle, devant une porte qu'ils s'empressèrent d'ouvrir.
- Shayalen, je te promets que si jamais tu recommences...
- En effet, ne me demande plus jamais de te téléporter. C'est très difficile.
- T'es gonflée de me serrer la main comme ça !
- Eh bien ? Ça ne serait pas une marque de politesse chez vous ?
- Tu m'as fait mal !
- Tant mieux, comme ça tu t'habitueras plus vite.
- Je te demande pardon ?
Ils parlaient, alors qu'ils arrivèrent dans une salle plus qu'étrange. On ne distinguait aucun mur, aucun sol. La salle semblait sans limites, dans un horizon jaune clair. On pouvait seulement apercevoir un îlot sur lequel se trouvait un arbre mort. Sachant ce qui l'attendait, Link fixa son reflet, qui n'allait pas tarder à se retourner contre lui.
- Qu'est-ce que tu fais, Link ?
- A partir du moment où tu marcheras sur cet îlot là-bas, dit-il alors qu'il se dirigeait vers ce dernier, ton ombre va se rebeller.
Il était sur la plaque de terre à présent. Shayalen le rejoignit, et ils s'éloignèrent en même temps. Ils jetèrent un coup d'oeil au sol, mais leur reflet n'y apparaissait plus. Ils tournèrent simultanément les yeux vers l'île où leurs ombres les toisaient.
- A l'attaque ! rugit l'Hylien.
Ils coururent en direction de leur clone noir, alors qu'ils bondissaient sur eux. Shayalen et son ombre se battaient avec une vitesse tellement vertigineuse que Link préféra détourner les yeux.
Au bout d'une minute de combat acharné, Link parvint à toucher son ombre, qui passa à travers le sol. Cependant, ce ne fut pas la sienne qui réapparut devant ses yeux, mais celle de sa coéquipière Sheikah, et c'en était de même pour elle. Ils comprirent vite que quand l'un d'eux attaquait, son ombre faisait exactement la même chose. En fait, ils s'attaquaient mutuellement ! Le jeune homme réfléchit à toute vitesse, en parant tant bien que mal les attaques du reflet de Shayalen. Alors il comprit que si l'ombre ne savait pas utiliser la magie, il gagnait un avantage perçant toutes les défenses.
- Shayalen, ne bouge pas !
Il se recula assez pour ne pas pouvoir atteindre son adversaire, et commença à charger l'attaque. Son double répétait ses mouvements, mais lorsqu'il relâcha sa puissance, rien ne put atteindre Shayalen, tandis que l'ombre de cette dernière se faisait réduire en fumée. Il se contenta ensuite de rester immobile pendant que la jeune guerrière matraquait son jumeau de coups sauvages qui le découpèrent en mille morceaux. Il préféra ne pas regarder ce spectacle qui manqua de le rendre malade. Ils se regardèrent avec triomphe et empruntèrent la porte qui apparaissait de l'autre côté de la salle, en même temps que les murs qui prenaient consistance progressivement. Ils trouvèrent dans un coffre le fameux grappin, formé d'une pointe, d'une chaîne et d'un réceptacle qui permettait de le tracter.
- On retourne à la salle d'entrée ?
- Oui. Il va falloir supprimer Morpha, mais fais attention, s'il t'attrape, il n'hésitera pas à te broyer les poumons ; et je comprendrais que tes sens de guerrier ne soient pas encore tout à fait réveillés. Je veux bien nous téléporter encore une fois.
- Ne m'éclate pas la main cette fois, s'il te plaît.
Elle prit sa main dans la sienne et déclencha le flash, alors qu'ils étaient la seconde d'après dans la salle principale, juste devant l'entrée.
- La salle où il se cache est derrière le pilier central, on ne peut y accéder qu'avec le grappin. Tu me donnes la main ?
Elle s'exécuta, et Link visa une statue de dragon qui était agrémentée d'une cible blanche. La pointe se planta dedans, et ils se firent transporter au-dessus de l'eau, devant une porte plus grande que les autres. Elle aboutissait à un couloir en pente, au-delà duquel se tenait le repaire de Morpha. Ils réussirent tant bien que mal à se diriger vers la porte suivante, et Link l'ouvrit après un moment d'hésitation.
La dernière salle était carrée, avec au centre un bassin rempli d'eau étrangement bleue et épaisse, d'où sortaient quatre piliers de même profondeur.
Les deux guerriers s'en approchèrent anxieusement, et de l'eau s'éleva un gigantesque tentacule qui tenta de les frapper. On pouvait y apercevoir son noyau rouge, mobile et électrifié. Link attendit qu'il arrête sa course pour tenter d'y planter la pointe du grappin, mais il le manqua, ce qui eut pour effet de rendre Morpha encore plus en colère, et il s'empara de Shayalen. Link hurla après elle en pensant qu'elle allait s'étouffer, mais elle réussit, à son grand étonnement, à briser l'étreinte avec la seule force de ses bras, puis de l'eau s'éparpilla un peu partout sur les dalles bleues. Et là, tout se passa en un éclair. Link attrapa le noyau qui flottait entre deux eaux, mais le monstre l'attrapa par derrière, et alors que Shayalen s'élançait pour le libérer, elle glissa dans la flaque et se retrouva dans l'eau, incapable de faire quoi que ce soit, puis Morpha commença à resserrer sa poigne autour de l'Hylien, qui en eut la respiration bloquée. La jeune fille eut un cri d'effroi alors qu'elle se faisait plaquer au fond du bassin, quant à Link, il se sentit, peu à peu, vidé de son air vital.
Il savait qu'il était perdu, et n'espérait plus qu'une chose : mourir pour que cette souffrance le laisse tranquille. Dormir à tout jamais en paix, dans une eau fraîche et douce... sans mal, sans rien... rien que de l'eau... Il murmura des adieux et ferma les yeux.

Les couleurs et les pensées n'avaient jamais été aussi floues. Il leva légèrement ses paupières, puis les referma. Des chants d'oiseaux et des bruits d'éclaboussures lui parvenaient aux oreilles. Lentement, très lentement, il sentit que son corps revenait à lui. Il rouvrit les yeux et les couleurs se firent un peu plus nettes. Il savait qu'il était allongé, mais sur quoi, il n'en savait rien. Avec la minime force qui lui était revenue, il jeta un regard autour de lui pour voir une étendue d'herbe touffue, et remarquer que sa tête reposait sur les jambes repliées d'une femme. En levant les yeux il aperçut en effet le buste d'une femme légèrement penchée sur lui. Mais comme elle était étrange... elle était quasiment blanche et avait une longue chevelure verte...
- Tu devrais refermer les yeux, Link, dit-elle doucement.
- Qui... êtes... vous... réussit-il à articuler.
Elle rit discrètement.
- Je suis heureuse que tu arrives à parler, Link. Ramener quelqu'un à la vie demande du temps et de la douceur.
Elle passa sa main blanche au-dessus de lui, et sa vue se précisa un peu. Il ne se demanda même pas comment elle connaissait son nom.
- Mais... qui êtes... vous ?
- Eh bien, je ne te rappelle personne ?
Il leva les yeux et scruta sa silhouette floue. Sa forme de visage lui rappelait en effet quelqu'un. Puis il se rendit compte d'où venait cette familiarité.
- Ce visage... je l'ai vu à la ville... C'était vous ? Vous êtes...
- Farore, ta mère spirituelle.
Link faillit avoir un choc.
- La déesse de... la légende ? du courage et des vents ? Dites-moi... où nous sommes ?
- J'aimerais que tu me tutoies, Link... nous sommes dans mon jardin, au Saint-Royaume. Je suis heureuse que nous puissions enfin nous parler... depuis le temps que j'observe tes prouesses... je me suis inquiétée. J'attends une visite de mes soeurs.
- Ce sont Din et Nayru ? Les mères spirituelles de Zelda et... Ganondorf ?
Il avait repris assez de forces pour parler normalement.
- Nayru, en effet. Mais Ganondorf a remplacé Din par ces affreuses sorcières du Désert...
- Mais... pourquoi ?
Farore soupira.
- On aurait tendance à oublier que Din est une créatrice d'Hyrule. Elle est tout autant du côté du bien que toi et moi. Elle n'a pas remis son fragment à Ganondorf par plaisir. Il l'a dérobé. Et j'ai rarement vu ma soeur rouge dans un état pareil... elle a failli réduire mon jardin en cendres.
Son sourire se ternit un peu, et Link reprit une vue pratiquement normale. Il en profita pour jeter un coup d'oeil au splendide jardin. Il voyait plusieurs fontaines de cristal, des fourrés de plantes exotiques, des rosiers bleus, des iris, des lauriers... Il y avait également des mares d'eau pure d'où sortaient des joncs, roseaux et plantes aquatiques, et habitées par de sublimes poissons aux nageoires rose et or. Il lui arrivait aussi d'apercevoir des libellules semblables à des éclairs rouges ou bleus, des abeilles et des papillons aux ailes nacrées. Quelques oiseaux blancs allaient se percher dans les arbres. Les lucioles voletaient lentement dans l'air, gracieuses et silencieuses.
- Mais... elle ne peut pas le lui reprendre ?
Alors qu'il prononçait ces mots, une silhouette orangée se déploya devant lui. Elle prit peu à peu la forme d'une grande femme aux longs cheveux rouges.
- Et comment, que je pourrai le lui reprendre ! s'écria-t-elle avec une voix assez grave et très féminine.
L'instant d'après, une brume bleutée laissa apparaître une troisième femme, dont même la peau était bleu clair.
- Moins fort, Din, dit sa voix posée. Il a besoin de repos...
Link cligna des yeux. Il avait retrouvé la vue, sans pour autant pouvoir bouger. Et il ne savait pas laquelle des trois déesses il devait admirer en premier. Les cheveux de Din lui arrivaient aux coudes, et ils avaient quelque chose d'irréel, car, bien qu'on ne sentait pas le moindre souffle de vent, ils semblaient vaciller comme des flammes rouges aux reflets d'or. Ses yeux avaient une couleur d'un violet étonnant et son visage avait des traits vifs et durs à la fois. Elle était habillée à la manière des Gerudos mais avait remplacé le pantalon bouffant par une jupe courte et portait des bijoux d'or et d'émeraudes. Elle dégageait une chaleur et une force comme surnaturelles. Nayru avait une chevelure ondulée d'un bleu progressivement plus foncé, alors que ses yeux en amande semblaient pareils à une mer sans fond, et sa peau était comme givrée, bleu pâle. Elle portait une longue robe sans manches de la même couleur, et son visage était si pur qu'il ne semblait jamais avoir éprouvé la moindre colère. On reconnaissait bien le visage de la sagesse... Quant à Farore...
- Farore, est-ce que je peux me lever ?
Elle acquiesça d'un signe de tête, et il s'assit devant elle. Sa peau était plus blanche que la neige, et ses yeux verts encadrés de longs cils avaient l'air d'être animés par une lumière surnaturelle. Ses cheveux volaient librement et semblaient eux aussi dégager de la lumière. Quelques plumes les parsemaient, et un bandeau blanc lui aérait le visage. Il remarqua que le signe de la déesse se tenait en son centre : c'était un rond encadré de deux croissants. Il remarque plus tard que ses soeurs portaient leur symbole sur le front également. Elle était habillée d'une robe vert pâle qui laissait voir ses jambes fines et légères. Des boucles d'argent pendantes ornaient ses oreilles. On croirait que le vent lui-même la constituait.
La beauté de Farore et de ses soeurs le laissait sans voix. Mais il savait au fond de lui que jamais elle ne pourrait remplacer celle de Zelda, qui restait toujours dans son coeur malgré le temps et la distance qui les séparaient. Il frissonna, comme on frissonne avant que les yeux se laissent couler les larmes. Mais il se retint, sachant que bientôt tout lui serait révélé.
Nayru parla la première.
- Héros du Temps, il est temps pour nous de tout t'expliquer.
Din continua.
- Comme tu le sais... la Triforce est l'union des trois forces Sacrées. Quand Ganondorf est entré au Saint Royaume... Il a trouvé cette Triforce. Mais l'impureté de son âme l'a brisée en trois... Les trois élus en reçurent chacun une partie.
- Toi, Link, suivit Farore, tu as hérité du courage.
- Zelda, la sagesse, dit Nayru.
- Et le vil Ganondorf... la force, dit Din en pinçant les lèvres.
- Link... tu as été témoin de ce qui a paru être la mort de la princesse...
Le magnifique jardin se mit à tourner, et les couleurs semblèrent fondre pour laisser apparaître le noir... son combat contre Ganon.
Dans le terrain enflammé et détruit, Link aperçut le monstre, et lui-même, qui était en train de planter l'épée de légende entre ses deux yeux.
La voix de Farore retentit sous forme d'échos.
- Regarde bien ce qui arrive à Zelda, Link.
Link s'approcha du carnage, et vit Zelda, les bras levés au ciel.
- SIX SAGES ! MAINTENANT ! criait-elle, à bout de forces. Alors les six lumières, les sages, se mirent à tourbillonner autour de l'immense monstre à cornes. Link redoubla d'attention et vit que Ganon, dans son cri de fureur, projeta une fumée sombre en direction de la princesse, qui s'effondra, et disparut dans une brume grise. Link se vit crier puis se précipiter vers l'endroit où elle s'était tenue, la seconde précédente.
Tout se remit à tourner, et il se retrouva dans le jardin de Farore, face aux divines femmes.
- Ganon savait son trépas proche, continua Farore, et il décida de consacrer ses dernières forces à l'enfermement de Zelda, qui, de un, provoquerait le chaos général, en particulier chez toi, de deux, déséquilibrerait les trois forces.
- Et de trois, me mettrait extrêmement en colère, dit Din avec mauvaise humeur. Il a enfermé la princesse de la destinée dans une région qui ne peut être visitée qu'avec le consentement d'une personne Sheikah. La seule façon de se frayer un chemin par-là est d'avoir leur lame noire à disposition.
- Si ses monstres se réveillent, c'était parce que la balance de la Triforce est déséquilibrée. Un fragment était à Hyrule, un enfermé dans un monde noir, et un autre prisonnier du Saint-Royaume, qui en plus n'avait pas le bon possesseur.
- Ce qu'il ignorait, continua Din, c'est qu'une autre personne est destinée à porter ce fragment qu'est celui de la force... pour le moins attendu, c'était une jeune fille. Une jeune fille dont la puissance physique n'avait d'égal que l'équilibre mental... cachée derrière un corps mince et des yeux de braise.
En un éclair, le jeune Hylien se rappela les premières paroles de Shayalen.
"Sur simple demande, et quelques intérêts personnels..." Alors elle parlait de ça !
- Ne te méprends pas, jeune héros, dit Nayru. Ce n'est pas le pouvoir qui l'intéresse...
Link sursauta.
- J'ai parlé ?
La déesse eut un rire amusé.
- Non, Link. Je l'ai lu sur ton visage...
Ah, pensa-t-il, je reconnais bien là la déesse de la sagesse...
- En fait, reprit-elle, elle a accepté de rechercher cette Triforce... pour des intérêts qu'elle te confiera sûrement.
- Elle ? Elle ne me confiera jamais rien, je le crains bien...
- Tu verras par toi-même.
Maintenant, il faut te dire comment sauver... Zelda.
Link eut comme une chaleur au coeur.
- Va par monts et lacs, pour y trouver les trois médailles.
- Retourne à la frontière des temps, et joue le chant que nous allons t'apprendre.
- Emparez-vous de la quatrième pierre ancestrale et éveillez l'endormie par sa lumière.
- Voici, Link, le Chant de la Fusion.
Din fit apparaître une harpe d'or et commença à jouer une mélodie aux tons lents et mystérieux.
Par réflexe, Link porta l'Ocarina du Temps à ses lèvres et répéta la chanson.
- Si jamais tu oublies cette mélodie, les échos de l'ocarina te le remémoreront.
- Tu vas bientôt devoir partir, dit Farore.
- Nous avons quelque chose pour toi.
Nayru fit apparaître un flacon de verre bleu au fond duquel on apercevait une petite lumière dorée.
- Quand tout s'effondrera, mon courage te redonnera force.
- Mes flammes t'éclaireront.
- Mon amour t'apaisera.
- Grandes déesses... il faudrait que Shayalen et moi continuions notre route ensemble. Nous nous sommes plusieurs fois sauvé la vie... .
- Ne t'inquiète pas. Votre aventure ne fait que commencer. Au revoir, Link. Nous devons exaucer les prières des habitants...
Farore lui caressa les cheveux, et il se sentit transporté par un vent doux et vert.
- Bonne chance, guerrier de la lumière... mon fils adoptif...
- Et punis Ganondorf surtout !
- Din, je t'en prie !
Link se retrouva en riant devant la forêt Kokiri.

- Tu m'as l'air bien joyeux, pour un revenant.
- Ah ! tu... m'as fait peur !
Shayalen sourit, du premier vrai sourire que Link n'ait jamais pu voir sur son visage.
- Tu t'es débarrassée de Morpha ?
- Ah, tu aurais dû voir ça. J'ai poursuivi le noyau à la nage...
- Et tu ne t'es pas inquiétée pour moi ?
- Toi ? Non.
- Et bien, je te remercie !
- Quand j'ai vu que tu disparaissais dans un éclair vert, je me suis dit que tu étais entre de bonnes mains.
Link sursauta.
- Hein ? Comment es-tu ?
- Je te raconterai tout ça plus tard... mais le soir commence à tomber. Et le premier sanctuaire se trouve par ici... maintenant que tu as un grappin et un arc, tu es prêt pour t'aventurer...
Saria apparut pour les accueillir, le visage rayonnant.
- Link, c'est toi !
Elle se jeta dans ses bras, et Link rit, gêné, en regardant la jeune Sheikah.
- Mais mon dieu, où étais-tu passé ? Ça fait au moins trois jours...
- Je... comment ? Trois jours ?
- Tu es sûr que ça va, Link ?
Elle avait raison. Trois jours s'étaient écoulés depuis son départ furtif. Il avait du mal à croire qu'il avait vu tant de choses en l'espace de soixante-douze heures.
- Oui, c'est vrai. Je suis désolé. Tu me pardonnes ?
- Oui, bien sûr, mais on a eu peur quand même.
- On me prend vraiment pour un gamin, c'est incroyable.
- Oh, excusez-moi, madame, dit-elle à la jeune fille qui se trouvait à côté de lui. Qui êtes-vous ? Vous êtes avec Link ?
- Je m'appelle Sandra. J'habite au village Cocorico, et pour répondre à ta question, quand j'ai vu ton ami à moitié croulant sous les larmes, j'ai eu pitié de lui et passé trois jours à essayer de lui remonter le moral.
L'Hylien eut une expression bizarre, ne pensant pas que Shayalen ait jamais pu éprouver de la pitié pour qui que ce soit. Saria non plus ne semblait pas très convaincue, mais elle lui serra cependant la main avec son habituelle bonne humeur.
- Enchantée. Mon nom est Saria. Et je suis bien contente car grâce à vous, Link va beaucoup mieux. Vous resteriez bien avec nous, les Kokiris organisent une soirée dansante ce soir.
- Ce serait avec plaisir, répondit Link en fronçant les yeux vers Shayalen, qui aurait apparemment préféré être battue que de danser en public.
- Parfait, dit-elle d'un ton joyeux qui sonnait faux. Est-ce que vous avez un endroit où je pourrais dormir ?
- Mais bien sûr, mademoiselle Sandra ! Vous logerez chez Link (si ça ne le dérange pas ?) Je vous y accompagne. Vous y attendrez le coucher du soleil. La fête a lieu dans la clairière de l'arbre Mojo. Nous vous y attendrons.
Une fois devant la cabane de Link, construite en hauteur, dans un arbre, Saria tendit à Shayalen une robe verte et douce accompagnée de chaussons de la même couleur.
- Mademoiselle Sandra, acceptez cette robe. C'est moi qui l'ai cousue !
Sur ce, elle s'en alla de son joli pas dansant.
Ils montèrent l'échelle, et une fois à l'intérieur, Link pointa la porte menant à la salle de douche. Une fois que Shayalen avait disparu, il fouilla dans sa garde-robe pour y trouver une longue chemise verte ainsi qu'une paire de sandales, qu'il s'empressa de revêtir. Il s'observa dans le miroir intérieur et retira son bonnet, chose qui arrivait rarement. Il se peigna un peu et s'assit sur le lit en attendant la jeune fille, qui d'ailleurs tardait un peu. Au bout de dix minutes, elle se décida à se montrer, ce qui eut pour effet d'arracher un cri à Link.
- Shayalen, qu'est-ce qui t'as pris ?!
Elle était en effet vêtue de la robe et des chaussons de Saria, et elle en avait profité pour lisser ses cheveux et les séparer en deux couettes qui lui arrivaient à la taille, si longues et lisses qu'on aurait dit de l'eau.
- Autant s'adapter à la mode de son entourage, dit-elle d'un ton catégorique.
Link trouvait que ce semblant d'apparence enfantine ne convenait pas du tout à ses traits sévères et ses yeux de sang.
- Euh... franchement, Shayalen... ça le fait pas.
- T'es jamais content, toi ! C'était bien la peine que je passe un quart d'heure à me coiffer !
L'Hylien fut effaré par le regard qu'elle prenait en étant énervée et faillit en tomber à la renverse.
- Oh, mais c'est très réussi, je t'assure ! Vraiment !
A son grand soulagement, son visage se détendit.
- Bien, dans ce cas, on peut y aller ?
Ils sortirent ensemble dans la nuit, où les lucioles avaient déjà commencé à scintiller, offrant un spectacle magnifique.
Un banquet avait été installé dans la clairière et un feu allumé. On entendait les jeunes enfants rire, danser, manger et jouer de la musique.
- Salut Link ! cria une voix de petit garçon.
- Salut, Mido ! répondit Link. Comment ça va ?
Le petit rouquin qui se prenait pour le chef des Kokiris se montrait depuis peu beaucoup plus sympathique envers le jeune homme.
- Super, en plus t'es revenu ! Et vous, vous devez être Sandra ?
- Oui, c'est bien moi. Je suis descendante des Sheikahs.
- Alors c'est pour ça que vous avez les yeux... rouges ?
- Exact. Tu m'as l'air bien cultivé, mon petit.
Mido prit un air fier et repartit danser avec les jumelles.
Ils n'eurent pas le temps d'entreprendre une discussion qu'une demi-douzaine de Kokiris leur avaient attrapé les bras et les avaient poussés au milieu de leur cercle de danse.
- Hé, Fado, tu nous joues quelque chose ?
Un jeune garçon blond et souriant avec un violon vert se mit à jouer un air joyeux alors que Link commençait à improviser une chorégraphie qu'il affectionnait particulièrement.
- On ne peut pas leur refuser ça, franchement !
- Je ne te pardonnerai jamais ! hurla Shayalen dans le tumulte.
- Allez viens je te dis !
- Jamais !
- Viens !
Il attrapa Shayalen par le bras et l'obligea à danser, tout en sachant que si elle n'avait vraiment pas eu envie de danser, elle aurait utilisé sa force phénoménale pour l'envoyer à terre.
Les enfants de la forêt avaient formé un cercle autour d'eux, riaient et applaudissaient.
- Ne compte pas sur moi pour recommencer ça où que ce soit ! murmura-t-elle entre ses dents.
- Bah voyons ! Lâche-toi un peu !
Link ne s'était pas amusé comme ça depuis longtemps, et s'efforça de ne pas penser à Zelda pendant toute la fête. Plus tard, quand tout le monde était trop fatigué pour s'agiter, ils se racontèrent les pires histoires d'horreur qu'ils connaissaient, et il leur arrivait souvent de regarder brusquement derrière eux pour vérifier si une ombre ne les guettait pas, ce qui provoquait encore quelques rires. Link avait l'impression de retrouver sa forêt telle qu'il l'avait connue étant plus jeune. Ils ne se couchèrent que très tard, quand le feu s'éteint.

Le lendemain matin, Link se réveilla alors que Shayalen dormait encore sur un matelas au pied de son lit. Elle portait toujours la tenue verte, les cheveux attachés et se réveilla quelques minutes plus tard.
- Tu aimes cette robe, pas vrai ?
- Ce n'est pas désagréable, mais je ne risque pas de la porter souvent. On ne part pas en mission périlleuse en robe printanière.
- D'ailleurs on va bientôt devoir y retourner. Je crois qu'on devrait tout expliquer à Saria.
- C'est à toi de voir. Mais ne tarde pas, plusieurs épreuves t'attendent.
- "Nous" attendent, tu veux dire ! Je te rappelle que ton fragment d'or est aussi en jeu !
- Tiens, tant qu'on y est, sache qu'ensemble, toi, moi et Zelda allons devoir déchiqueter l'âme de Ganondorf au plus profond pour lui reprendre le pouvoir de la force, et l'empêcher de retourner à Hyrule.
- Ah... c'est pour ça que tu hais tellement les Gerudos ?
Son regard prit une expression coléreuse.
- Il n'y a pas que ça ! Les Gerudos sont des voleuses ! Je trouve ça écoeurant de s'approprier les biens des autres par la force ! Je ne me demande pas combien de chevaux et de bijoux ont été emmenés dans cette forteresse !
- Mais... Shayalen, ne généralise pas... tu sais, elles peuvent être gentilles, et en plus, beaucoup de Sheikahs étaient assassins, ce qui n'est pas mieux, voire pire...
- Et tu dis qu'il ne faut pas généraliser ?
Elle tourna la tête et s'empressa de défaire ses couettes. Un moment s'écoula dans le silence.
- Qu'y a-t-il, Shayalen ? Je ne voulais pas te vexer, je sais bien que tu n'en es pas une.
- Mais mes parents, si ! Ils étaient renommés pour leurs terribles techniques d'assassinat ! Sur ordre... ils auraient tué... n'importe qui... .
Interloqué, Link se tut. Après un court instant de silence, il reprit la parole.
- Ils... étaient ? Tu veux dire qu'ils sont... morts ?
Elle hocha doucement la tête d'un air accablé, mais elle ne pleurait pas.
- C'est comme ça que je me suis retrouvée seule, errante dans la plaine. J'ignore si tu connais l'histoire de ma tribu ?
- Je sais que vous avez été victime d'une trahison pendant la guerre... que vous serviez la famille royale.
- Oui. Les Sheikahs ont été bannis en grand nombre. Ils trouvaient que je me battais bien, et ils m'ont confié leur épée secrète. J'ignore pourquoi ils ont attendu si longtemps... Mais ils voulaient que je les venge. Alors je suis partie pour la plaine accompagnée d'un des rares chevaux noirs qui couraient aussi vite que le vent. Tu te souviens, quand tu as dit que mon épée semblait capable de trancher l'air ?
Link hocha la tête, suspendu à ses lèvres.
- Elle en est capable, en effet. C'est la seule clé à la porte du... monde que les Sheikahs ont recréé. Tu n'aimerais pas vivre là-bas. Et moi, je ne voulais pas tuer. J'étais perdue, et au fil du temps, je me suis endurcie. J'étais obligée de me cacher les yeux, car leur couleur me trahirait. J'avais pour mission d'assassiner la princesse... Mais ils ne l'ont pas tuée quand ils l'ont vue apparaître dans notre monde. Ils ne sont pas assez bêtes...
Link crut lire sur son visage : "Ganondorf, je te hais".
- En fait, ma haine des Gerudos... elle vient du fait qu'elles m'ont capturée un jour. Je ne sais pas pourquoi, mais elles voulaient que je travaille pour leur roi, le seigneur du mal... Elles étaient nombreuses et je n'avais aucune issue, si ce n'était que de les tuer une par une, et je m'étais jurée de ne jamais tuer qui que ce soit d'autre que des monstres sans âme. Mais Ganondorf, un jour... non, rien. Alors j'ai attendu que la voie soit libre, j'ai brisé mes chaînes et je me suis enfuie avec mon cher Gema. Il était mon seul ami... Ma triste vie allait recommencer, mais j'ai entendu la voix des déesses...
Un sourire vint éclairer son visage.
- Et là, elles m'ont tout révélé : l'envoi de la princesse dans mon monde, le déséquilibre des trois puissances, le désespoir du Héros du Temps... et, le plus frappant de tout, qu'elles m'avaient désignée pour porter le pouvoir de la force ! Je me suis donc fait confier la mission de te guider et de t'aider à secourir Zelda, toi, l'Hylien porteur du courage. Comme tu l'as vu dans le sort que Farore t'a légué... il faut le pouvoir d'une quatrième pierre ancestrale pour la sortir de son sommeil. Cette pierre est le Diamant du Temps.
Là elle s'arrêta, comme épuisée d'avoir tant parlé, mais heureuse de s'être confessée à un ami.
Link aussi était heureux. Il avait rendu le sourire à une amie toujours plus proche et connaissait maintenant toutes les étapes restantes avant de retrouver Zelda. Il se voyait déjà la tenir dans ses bras, ses yeux d'azur brillants d'amour...
- Nous y arriverons, Shayalen ! A deux, rien ne nous est impossible ! Nous le ferons, et rien ne nous arrêtera !
Il lui mit la main sur l'épaule en signe d'affection, et sortit de la cabane pour aller expliquer la situation à Saria. Shayalen sourit et entreprit de remettre ses bas et sa tunique.

- Alors, Shayalen, tu sais où se trouve le premier sanctuaire ?
- Il se trouve derrière l'arbre Mojo. Et si je sais où il se trouve, je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il renferme...
- Saria est au courant de ce que nous allons faire. Elle a promis de ne rien dire à personne, bien qu'elle s'inquiète un peu.
Ils parlaient dans la clairière de l'arbre magique, au milieu des fées et des lucioles, dans la fraîcheur blanche du matin. Quelques gouttes de rosée faisaient étinceler les feuilles et l'herbe.
- Tu auras ma bénédiction pour ton voyage, mon enfant, dit l'arbre. Et toi aussi, jeune fille.
Ils le remercièrent en s'inclinant et le contournèrent.
Link n'était jamais allé derrière l'arbre Mojo et ignorait totalement ce qui l'attendait. Il y avait une entrée vraiment étrange, bien que très belle. Il y avait deux colonnes en marbre blanc autour desquelles grimpait du lierre. On voyait entre elles la suite de la forêt, mais l'intérieur ne suivait pas avec l'environnement. On aurait dit une sorte de monde parallèle, et une atmosphère particulière régnait aux alentours. Link marchait avec appréhension, alors que Shayalen demeurait impassible. Ils passèrent entre les colonnes... mais rien ne se passa. On pouvait apercevoir une double porte de granit vert foncé quelques dizaines de mètres plus loin, entourées de plantes grimpantes que Link ne connaissait pas. Elle était encadrée de deux statues vertes, lisses et lumineuses, très belles, avec une fleur de chaque côté du visage. Elles tenaient une perle verte et brillante ornée du signe de Farore. Le tout était l'entrée d'une sorte de temple aux murs blancs... Link ne pouvait rien apercevoir de menaçant, si ce n'était que le silence pesant. N'ayant rien d'autre à faire, ils s'avancèrent en direction des portes, mais peu à peu, l'air se blanchit, et il avait de plus en plus peine à discerner son amie, qui semblait attirée par une force étrange. Link tenta de l'appeler, alors que la tension montait. Puis ce fut le froid. Elle avait totalement disparu dans la brume, alors que le froid le paralysait. Il le suivait jusqu'à l'intérieur de lui-même, le brûlait, l'asphyxiait. Puis dans le silence, commencèrent à se faire entendre des voix plus glacées que le pire des hivers. Elles commencèrent à l'appeler, ce qui fit encore plus froid au jeune homme.

Viens... viens... avec nous...

Link n'avait pas la moindre confiance en ces voix. Il était sûr que c'était un piège...

Tu es perdu ? ... nous allons t'aider... viens... viens...

Il commençait à sentir son coeur se serrer, au fur et à mesure que les voix devenaient de plus en plus insistantes.

Pourquoi ne viens-tu pas ? Tu dois venir... viens...

Cela le tenaillait de plus en plus. Il n'avait pas la moindre idée de l'endroit où il se trouvait, et le froid ne lui avait jamais paru plus insupportable.
Avec nous...
Le gel le faisait toujours plus souffrir, chaque seconde le son s'amplifiait, jusqu'à devenir un carnage pour ses oreilles. Les larmes lui montaient aux yeux. Il se pouvait plus se souvenir d'où il était... ses forces s'étaient presque épuisées...
- Laissez-moi, chuchota-t-il. Laissez...

Viens... Viens !

- Vous... partez...

VIENS... AVEC NOUS !

Il éclata en larmes. Dans ses sanglots, il rassembla toutes ses dernières forces pour crier :
- ALLEZ-VOUS-EN ! Partez ! je ne... vous... suivrai jamais ! Ja... mais...
Il s'évanouit.

- Est-ce que... ça va ?
Link ouvrit ses yeux embués de larmes.
- Oh, c'est toi. Je... j'ai cru que j'allais mourir.
- C'est compréhensible.
Link, en voyant que les yeux rouges de Shayalen étaient secs, entreprit d'essuyer les siens.
- Pourquoi veux-tu me cacher tes larmes, Link ?
Il ne répondit pas tout de suite.
- Tu es bien plus forte que moi, n'est ce pas ? Tu dois... vraiment être courageuse pour ne pas avoir pleuré.
- Link, je vais t'apprendre deux choses. La première, c'est que j'ai oublié comment pleurer. Et ces souffrances dépassent l'entendement. Pour moi, Link... profite des moments où tu pleures pour verser toutes les larmes que tu peux. Peut-être qu'un jour... je retrouverai cette faculté.
- Shayalen...
- La deuxième chose... tu dois savoir que les gens courageux ne sont pas ceux qui n'ont jamais peur. Les gens courageux sont ceux qui ont peur, mais qui continuent à se battre, même si tout espoir semble envolé...
Link lui adressa un sourire faible, et se releva. Le sort était brisé, c'était son courage qui l'avait sauvé... il avait une grande envie de dormir, mais si près de l'entrée, il ne pouvait pas abandonner.
- On va prendre ces portes...
Shayalen se releva à son tour et le suivit jusqu'à l'entrée. A leur passage, les deux statues semblèrent murmurer : vous avez fait preuve de courage... vous pouvez passer.
La porte donnait sur une salle au sol et aux murs blancs, le tout baignant dans une lumière vert clair venue de nulle part. Quelques branches de lierre pendaient du plafond. Au centre de la pièce se tenait un autel, à partir duquel un rai de lumière s'élevait jusqu'à se perdre en l'air, et quelques étoiles montaient à l'intérieur. A mi-hauteur lévitait un pendentif.
Shayalen et Link s'avancèrent pour le contempler de plus près. C'était un bijou magnifique, de forme triangulaire et vert transparent. Il en émanait une lumière étrange, et le signe de la déesse des vents semblait apparaître en relief à l'intérieur.
- C'est lui, murmura le jeune Hylien. Le premier des trois médaillons.
Il tendit la main vers l'objet en suspension, hésita une seconde et le prit fermement dans sa main. Il sentit comme une étrange chaleur se répandre dans son corps. Elle lui donnait une énergie et un espoir nouveaux.
Il passa la corde autour de son cou, et ils se virent transporter à l'extérieur, à l'entrée du sanctuaire. La première épreuve était terminée.
- On a bien mérité un peu de repos, dit Link.
- Je sens que tu as grande envie de faire la sieste ! Très bien. Le prochain sanctuaire est au nord.
- Au Mont du Péril, je suppose.
- Oui, et c'est pour ça qu'il te faudra une tenue adéquate.
- J'en ai déjà une.
- Très bien. Allez, va dormir !
Link ne se fit pas prier et se dirigea vers la sortie de la clairière.
- Oh, et, Link... merci.
Il se retourna, lui sourit et s'en alla.

En fin d'après midi, les deux guerriers quittèrent la forêt pour se rendre au village Cocorico, qui se trouvait au pied de la montagne. Il était paisible, comme à son habitude, et on aimait regarder le soleil se lever derrière le volcan. Il était l'abri de la Cité Goron, où Link et Shayalen se rendirent tranquillement en gravissant le sentier rocheux et escarpé.
Link fut comme d'habitude accueilli les bras ouverts par les étranges créatures boudinées, ressemblant à des pierres pourvues de bras et d'yeux ronds. Le village était de forme circulaire et s'étendait sur plusieurs étages, et les murs étaient ornés de peintures représentant des danses goronnes.
On entendait "Bonjour Link !" de partout, quant à Shayalen, elle ne semblait pas du tout vexée de passer pour invisible. Elle semblait cependant être sérieusement incommodée par la foule et le bruit, et n'ouvrit pas la bouche, les bras croisés.
Link vit arriver Darunia, qui arborait comme toujours sa crinière grise et ses traits blancs sur les joues.
- Ah Link !
Il lui donna une tape dans le dos qui manqua de le faire tomber en avant.
- Je suis content que tu ailles mieux !
- Oui, pour sûr ! répondit-il en suffoquant. Je te présente Sha - aïe !
- Je m'appelle Sandra, enchantée.
Ils se serrèrent la main, et les Gorons, qui étaient de nature généralement conviviale, ne ratèrent pas la froideur permanente de sa voix et son regard.
- Je suis Darunia, le chef des Gorons. Tu ne serais pas une Sheikah ?
- En effet...
- Et ben dis donc ! J'ignorais qu'il restait encore un Sheikah en dehors de la nourrice de la princesse !
- C'est une Sheikah ? Vraiment ?
- Ouais, et sacrément bien roulée ! Elle devait être vraiment séduisante quand elle avait vingt ans !
Link se mit à rire.
- Ah, au fait, nous aimerions une tunique Goron supplémentaire, ajouta-t-il pendant qu'ils descendaient les escaliers ombragés.
- Ah ? Et puis-je vous demander pourquoi ?
- Nous en parlerons tout à l'heure. Nous devons juste nous rendre au Cratère du Péril demain au plus tard.
- C'est d'accord. Je ne connais personne qui s'aventurerait dans cet endroit sans de très bonnes raisons. En attendant, si vous n'avez que ça à faire, vous pouvez rester chez nous ce soir. Et vous partirez demain matin.
- Ce serait avec joie !
Il lança un regard narquois à la jeune fille qui faisait la grimace.
- Le problème, c'est que vous ne mangez pas grand-chose, vous.
- Je m'en chargerai, dit-elle.
- Ah, très bien, dit le grand Goron avant de s'éloigner.
- Et toi, je t'aurai un jour...
Link ricana alors qu'elle disparaissait dans son claquement.

* * *

Le soir venu, les Gorons les accueillirent à leur table. Link avait toujours trouvé bizarre que l'on mange des pierres, mais après tout, si c'était là leurs habitudes...
- Shayalen mangeait en silence le pain qu'elle avait ramené, mais elle sembla s'intéresser un peu plus aux conversations quand les Gorons entreprirent un concours de bras de fer. Elle et Link se contentèrent de regarder avec plus ou moins d'intérêt, sursautant à chaque fois que l'un d'eux faisait trembler la table en plaquant le bras de son adversaire dessus.
- Hé, toi, dit-elle en regardant celui qui venait de gagner le dernier combat. Essaye contre moi.
- Ça ne va pas ? Je pourrais te briser le bras !
- C'est décevant. Vous sous-estimez toujours les femmes.
- Ce n'est pas de cela qu'il s'agit ! Nous n'avons pas le même gabarit ! Et toi tu n'essayes même pas de la raviser ! lança-t-il à Link.
- Je ne vois pas pourquoi j'aurais pitié d'elle. Elle est trop dangereuse.
Elle le supplia en joignant les mains.
- Bon... si c'est comme ça. Mais tu ne viendras pas te plaindre !
- Très bien. On commence ?
Elle partit s'asseoir à côté du Goron et posa son coude sur la table, tout le monde ayant les yeux rivés sur eux. Le Goron lui attrapa la main et tenta de lui régler son compte. Du moins c'était ce que Link pensait, car en fait, le Goron ne forçait à moitié pas.
- C'est pas drôle, dit la jeune fille. Je veux de la bataille, moi !
Alors son opposant parut agacé et tenta de plaquer son bras sur le bois, mais Shayalen le renvoya à l'autre bout et le battit à plate couture.
L'assemblée toute entière excepté Link poussa un soupir d'ébahissement.
- Ahah ! Au suivant !
Link fut surpris de voir que Shayalen semblait s'amuser, et en plus en compagnie de gens bruyants comme les Gorons. Elle triompha de tous jusqu'au dernier de ceux qui voulurent se mesurer à elle. Link riait derrière elle, mais s'arrêta tout de suite quand Shayalen lui proposa de se battre contre lui.
- Non, jamais !
- Ahahah ! Je suis une vraie terreur !
Link était vraiment heureux qu'elle se porte si bien. Elle était vraiment différente de d'habitude. Puis ils finirent la soirée en se racontant les dernières rumeurs et Shayalen déclara qu'elle avait besoin de silence.
Elle quitta la table avec un signe d'au revoir.

Link était mort de fatigue quand il la retrouva, plus tard dans la soirée, devant un mur de roches qui devait servir de garde-manger au peuple du Mont du Péril. Elle cassait des pierres en chantant dans une langue inconnue.
- Je te dérange ?
Elle se retourna.
- Non, pas du tout !
- Je ne t'ai jamais vue aussi souriante.
- C'est vrai ?
- C'est vrai. Je vais me coucher.
- D'accord, je viens tout à l'heure.
Le jeune Hylien se dirigea vers les appartements qui lui avaient été réservés et s'assit sur son lit, qui se trouvait juste en dessous de la fenêtre. On pouvait voir la plaine, d'ici. Il sortit son visage et le laissa se faire caresser par le vent. Il appréhendait un peu l'épreuve qui l'attendrait le lendemain, mais il avait rarement été plus heureux. Il souffla la flamme de la bougie qui brûlait à côté de son lit et s'endormit aussitôt.

Le lendemain, Link se leva alors que Shayalen dormait encore paisiblement. Il en profita pour se rendre à la boutique du rez-de-chaussée, où il trouva le vendeur, encore endormi. Il toussa une fois, mais il ne se réveilla pas. Il toussa plus fort, mais rien n'y fit.
- HUM HUM !
Le Goron se réveilla en sursaut. Il regarda autour de lui et aperçut son client.
- Oh, mais c'est le jeune Link ! Qu'est-ce que ce sera ?
- Bonjour. Je désirerais une tunique rouge résistante aux flammes.
- Le prêt, c'est vingt rubis la demi-journée.
- Attendez...
Il sortit un rubis rouge de sa poche et le déposa sur le comptoir.
- Très bien, attendez que je revienne.

Cinq minutes plus tard, Link était dans la chambre, et Shayalen s'étirait sur sa natte.
- Tiens, j'ai une belle tunique pour toi ! Tu devras la rendre à la fin de la journée.
- Oh, merci. On prend notre petit déjeuner et on part pour le Cratère du Péril !
Elle se leva, enfila la belle tenue rouge vif et se dirigea vers la salle à manger.
Link enfila la sienne et la rejoignit. Il rencontra Darunia en chemin et en profita pour lui expliquer l'histoire.
- Oh, je vois... je vous encourage beaucoup. Je souhaite que le courage ne vous fasse jamais défaut, mais je sais que vous allez réussir.
- Merci, Darunia.
- Mais c'est normal de soutenir son frère de sang ! Bonne chance, mon ami !
Il lui donna une tape dans le dos, encore pire que celle de la veille, et Link se retrouva à genoux.
- Aaaah, pitié Darunia, moins fort !
Il eut un rire tonitruant qui fit presque trembler les murs.
- Ah, Link, tu me feras toujours rire ! Je te quitte ici. A ce soir.
- A plus tard, Darunia.

Ils dirent au revoir à la population goronne, et entreprirent de gravir la pente raide qui menait au sommet du volcan en activité. Ils escaladèrent le grand mur de pierre rougie, dernière étape avant l'entrée du cratère.
En arrivant à l'intérieur, la chaleur les frappa de plein fouet, toutefois leurs vêtements magiques la firent baisser assez rapidement, et elle se montra plus supportable.
La lave était encore et toujours rouge orangée, et éclairait les parois noires d'une lueur cramoisie. Link ne se sentait pas du tout à l'aise.
- Où se trouve l'entrée ?
- Là-bas, dit-elle en pointant le renfoncement dans le mur, droit devant. Mais pour y accéder, il fallait passer au-dessus d'une crevasse remplie de magma, par une mince planche de bois.
- Je... je n'ai pas confiance.
- Il faut comprendre... viens, je vais nous téléporter. Je ne voudrais pas te perdre.
Elle lui prit la main et lança le téléport. Ils se retrouvèrent de l'autre côté dans l'habituelle explosion lumineuse.
- Je suis vraiment soulagé que tu soies là. Merci.
- Ce... ça ne fait rien.
- Bon... et maintenant ?
- Passons par-là. Oh, regarde...
Le mur disparut, pour laisser voir deux colonnes blanches cernées d'or, qui formaient l'entrée vers une salle aux dalles rouges et lisses comme du verre. Les murs étaient gravés de symboles dorés, et tout au bout, on pouvait voir une porte de granit rouge, encadrée de deux statues couleur carmin, une plume de chaque côté du visage et tenant une perle orange agrémentée du signe de Din. Il semblait en émaner une lumière étrange.
Les épreuves des sanctuaires influaient plus sur le mental que sur le physique, et cela déstabilisait déjà le jeune homme.
Il s'avança en direction des portes, et, comme il s'y attendait, la chaleur commença à lui monter à la tête. Il commença à somnoler, et ne marchait plus très droit. Il perdait le contrôle de ses sens, et puis vint le tour de sa mémoire. Il voyait flou et réussit à décerner une jeune femme... la plus belle qu'il ne lui fut jamais donné de voir... Elle avait la peau mate et des yeux doux fardés, qui le regardaient sous de longs cils d'ébène. Son superbe visage était encadré de cheveux rouges à hauteur d'épaule, tandis que ses membres presque nus se mouvaient avec une grâce qui n'avait d'égale que son sourire radieux. Au fur et à mesure qu'elle s'approchait de lui, la chaleur montait et il se sentit peu à peu tomber amoureux d'elle. Il ne voyait plus rien, il ne se souvenait plus de rien...
- Bonjour, jeune homme, dit-elle d'une voix chaude et mature.
- Qui es-tu ? s'entendit dire Link.
- Quelle importance ? ajoutait-elle doucement alors qu'elle n'était plus qu'à une dizaine de centimètres de lui.
Link se sentait comme si on l'avait drogué. La jeune femme s'était mise à entortiller ses mèches blondes entre ses doigts fins et commença doucement à l'enlacer.
- Link, est-ce que... tu m'aimes ?
- Je... oui je... t'aime...
- Prouve-le-moi, alors...
Link n'avait plus d'yeux que pour elle et son corps somptueux... il commença à respirer la douce odeur de son cou et la rapprocha encore plus de lui. Il était sur le point de l'embrasser quand elle lui souffla à l'oreille :
- Link, ferais-tu quelque chose pour moi ?
- Je ferais n'importe quoi... pour toi...
- Alors... est-ce que tu voudrais... mourir ?
- Qu'est-ce que... comment ?
Link la lâcha subitement.
- Et bien, qu'y a-t-il ? Me ferais-tu des infidélités ?
- Non, c'est à Zelda que je fais des infidélités ! Que dirait-elle si elle me voyait ?
- Oh... mais crois-tu vraiment... pouvoir combattre... tes émotions ?
Alors qu'elle prononçait ces paroles, elle sortit deux sabres d'or de derrière elle. Link n'était pas en état de se battre, mais il sortit tout de même l'épée argentée de son fourreau.
- O-oui, je le crois !
Elle soupira et commença le duel. Elle se battait de la même façon que les guerrières des sables. Elle improvisait tout un enchaînement des roulades avant, d'attaques souples et libres qui déstabilisaient le pauvre jeune homme, qui n'était même pas sûr de ses mouvements. Certes, son adversaire était moins rapide que Shayalen, mais à chaque seconde il sentait qu'il se ralentissait et manquait toujours d'oublier de maintenir sa garde. Et il n'avait pas la concentration ou l'énergie pour faire la moindre étincelle de magie.
A bout de forces, il se rabaissa lentement pour revenir à une position assise. La belle eut un sourire en coin et s'approcha de lui. Il en profita, et malgré tous ses remords, il savait qu'il n'avait pas le choix. Il s'élança et transperça son ventre.
Avec un cri effroyable, elle se volatilisa.
Il respirait avec précipitation, et, alors que la température redevenait à peu près normale, il chercha sa compagne du regard. Elle se trouvait une dizaine de mètres plus loin, en train d'administrer le coup de grâce à un séduisant jeune homme à la chevelure écarlate armé d'une longue épée dorée. Il disparut avec un hurlement avant de s'évaporer, puis elle se retourna.
- C'était fort, sur ce coup-là. Cet homme a failli me déshabiller.
Link ne put réprimer un sourire en la voyant rajuster dignement sa ceinture. Il reprit sa conscience assez rapidement et partit se placer devant la porte, et les statues murmurèrent :
- Vous avez fait preuve de force... vous pouvez passer.
Les plaques rouges s'écartèrent, pour les laisser entrer dans une salle éclairée de rouge. Plusieurs petites lumières se déplaçaient sur les murs, le tout tournant autour d'un autel d'où s'élevait une colonne de lumière rouge orange. En suspension flottait un disque vermillon transparent où l'on pouvait également décerner les trois vagues qui formaient le signe de la déesse du feu.
Shayalen tendit la main vers la médaille et la garda un moment au creux de sa main. Son visage semblait moins pâle. Puis elle le passa autour de son cou, et ils se virent transportés à l'entrée du cratère.
- Ah, je meurs d'envie de sentir la fraîcheur du lac ...
- Oui, moi aussi. On partira tôt demain matin, comme ça on pourra admirer l'aurore.
Plus qu'une épreuve s'imposait.

Une étrange lumière passait par leur fenêtre... La jeune fille dormait paisiblement, se remettant des émotions de la veille.
La lumière devint bleue, juste avant de tourner en une fumée noire.
Puis on entendit une voix sous forme d'échos.

Alors, je te retrouve, ma belle Sheikah. Que de souvenirs douloureux... du sang si rouge sur des mains si blanches... Tu me sembles toi aussi capable de beaucoup, une fois que ton coeur est gagné par la colère !

La fumée se matérialisa sous la forme d'un monstre à cornes qui s'engouffra dans la bouche entrouverte de la Sheikah. Alors son visage serein se crispa et elle se retourna sur sa natte.

- Bonjour Sandra. Avez-vous bien dormi ?
- Oui, très bien, merci, répondit-elle sèchement et sans sincérité.
- Ah, Sandra ! dit Link qui venait d'arriver. Et bonjour, Darunia. On est revenu avec le talisman hier.
- Ah, c'est très bien. Je vous souhaite encore bonne chance. Excusez-moi, mais j'ai du pain sur la planche aujourd'hui.
Il jeta un dernier regard perplexe à Shayalen avant de tourner les talons.
- Tu vas bien, Shayalen ? Tu as l'air bizarre...
Elle le contempla des pieds à la tête.
- Mais je vais bien aujourd'hui ! Vous avez quoi ?
Link lui jeta un regard soupçonneux et ils descendirent le chemin montagneux.

Une fois qu'ils avaient descendu les marches du village Cocorico, ils appelèrent leurs chevaux. Gema sentit aussi une différence chez sa cavalière. Il la laissa cependant monter sur son dos, et ils arrivèrent au Lac Hylia sans avoir prononcé un mot.
L'aurore avait commencé à éclairer les berges du lac et faisait scintiller l'eau calme. Les conifères se tenaient, noirs et immobiles, dans l'inertie du ciel jaune et rose. Link fut arraché à sa contemplation par une protestation de la part de la guerrière.
- Bon, alors, tu t'es pas encore décidé ?
- Mais... tu ne trouves pas ce spectacle magnifique ? L'eau brillante, l'air matinal, le dernier chant des rossignols...
Elle soupira.
- Je ne croyais pas le Héros du Temps aussi débile ! On a un truc plus important à faire que de rester plantés là comme des piquets, je te rappelle !
L'Hylien aurait difficilement été plus vexé.
- Je te demande pardon ?
- Quoi, t'es sourd en plus ?!
- Je t'interdis de me parler sur ce ton !
- Vraiment ? C'est d'accord. Alors prends ÇA !
Avant que Link n'ait pu respirer, elle lui envoya un coup de poing dans l'estomac qui le fit tomber à la renverse dans l'eau du lac, avec une énorme éclaboussure.
Il se releva, secoua rageusement son visage et se jeta sur elle en essayant de la frapper au visage et les fit tomber dans l'herbe et le sable. Mais la jeune fille lui attrapa le cou et le plaqua au sol, lui interdisant tout mouvement défensif.
- Toi... tu vas mourir !
Elle sortit son épée et lui transperça la gorge, comme un fil glacé. Il sentit son sang chaud s'écouler dans l'herbe irrégulière, et tout devint flou. Si tous les monstres qu'elle avait tués avaient souffert ainsi, il ne pouvait qu'éprouver de la pitié à leur égard.
Il ne vit que le visage de son amie, où la colère semblait s'atténuer. Tout était fini...

Il se réveilla en sursaut. Un rêve, rien qu'un rêve... mais si réel...
Il se retourna en alerte pour voir si Shayalen n'avait pas tourné sa lame contre lui, mais elle dormait. Elle devait avoir le sommeil agité, car ses traits étaient tendus. Ce rêve était vraiment trop réel, cela ne présageait rien de bon... Mieux fallait éviter le moindre conflit avec elle le lendemain.
Il regarda par la fenêtre. Le jour était prêt à se lever.

Il vit Shayalen sortir de sa chambre, en train de parler avec Darunia.
- Ah, Sandra ! Et bonjour, Darunia. On est revenus avec le talisman, hier.
- Ah, c'est très bien. Je vous souhaite encore bonne chance. Excusez-moi, mais j'ai du pain sur la planche aujourd'hui.
Il jeta un dernier regard perplexe à Shayalen avant de tourner les talons.
- Shayalen, ça va ? Tu as l'air bizarre.
Elle le contempla des pieds à la tête.
- Mais je vais bien aujourd'hui ! Vous avez quoi ?
Link lui jeta un regard soupçonneux et ils descendirent le chemin montagneux.

Une fois qu'ils avaient descendu les marches du village Cocorico, ils appelèrent leurs chevaux. Gema sentit lui aussi une différence chez sa cavalière. Il la laissa cependant monter sur son dos, et ils arrivèrent au Lac Hylia sans avoir prononcé un mot.
L'aurore avait commencé à éclairer les berges et faisait scintiller l'eau calme. Les conifères se tenaient, noirs et immobiles, dans l'inertie du ciel jaune et rose. Link fut arraché à sa contemplation par une protestation de la part de la guerrière.
- Alors, tu t'es pas encore décidé ?
- Mais... tu ne trouves pas ce spectacle magnifique ? L'eau brillante, l'air matinal, le dernier chant des rossignols...
Elle soupira.
- Je ne croyais pas le Héros du Temps aussi débile ! On a un truc plus important à faire que de rester plantés là comme des piquets, je te rappelle !
Link tenta de garder son calme.
- C'est pourtant toi qui m'avais dit pas plus tard qu'hier que tu avais envie de fraîcheur et de...
- C'est bon, tais-toi et occupe-toi de contourner le lac.
- Pff...
Link s'éloigna du miroir aquatique et entreprit de contourner l'étendue d'eau. Que lui était-il arrivé, à son amie ?

L'entrée du sanctuaire se cachait derrière deux sapins. L'endroit était magnifique. Entre deux cascades se dressaient des colonnes de verre d'où coulait de l'eau pure, et formaient la même ouverture dans l'air que les deux précédents sanctuaires. Link aperçut un couple de colombes virevolter devant lui pour aller se poser sur une branche voisine. La beauté de l'endroit lui interdisait toute frayeur.
Shayalen fit la mauvaise tête et passa entre les deux colonnes, suivie de Link. Il aperçut une double porte de granit bleuté au bout de l'étendue de pelouse, entre deux statues lumineuses qui ressemblaient à des sirènes. Elles aussi tenaient chacune une perle bleue étincelante d'une lumière claire. Trois marches d'escalier la devançaient, suivie d'une courte étendue d'eau qui avait une forme d'arc de cercle. Link s'avançait vers la porte, mais étonnamment, rien ne se passa. Ce ne fut que lorsqu'il n'était plus qu'à deux mètres de la porte qu'une cascade en cloche se déploya devant ses yeux. Il fut émerveillé par sa beauté, mais elle avait quelque chose d'étrange. Elle libérait une lumière bleue et ne créait pas la moindre vague sur la surface de l'eau dans laquelle elle tombait. Elle devait sûrement avoir quelque chose de dangereux. Il tenta de passer la lame purificatrice sous l'eau. Et il vit avec affolement que l'étrange liquide courait le long de l'épée... il réussit à atteindre son bras gauche - mais il n'en souffrait pas. Au contraire, il n'avait jamais rien senti d'aussi doux. Il alla même jusqu'à passer entièrement sous la chute d'eau, et la douceur envahit tout son corps. Il ne comprenait pas en quoi ce sortilège pouvait être dangereux.
Les cheveux trempés, il appela la guerrière.
- Tu peux venir, Shayalen, c'est sans danger !
Elle s'approcha lentement, et s'immobilisa. Link mourait d'envie de lui crier : "Alors, tu vas rester là comme un piquet longtemps ?", mais il préféra ne pas engager une dispute. Elle passa avec appréhension sa main sous la cascade mais la retira tout de suite en poussant un hurlement.
Link sursauta puis partit voir ce qui se passait.
- Oh, mon dieu, c'est horrible !
Une ombre noire avait commencé à grandir sur son avant-bras, et gagnait lentement le reste de son corps. L'eau ne disparaissait pas et continuait à se déplacer sur sa peau qui donnait l'impression d'être à vif - mais Link ne pouvait rien faire pour l'aider, lui qui ruisselait de cette eau.
Elle se crispa en gémissant de douleur, et tomba à genoux en suffoquant. Link pensait qu'elle allait pleurer d'une seconde à l'autre mais elle n'en fit rien. Il voyait bien quelles souffrances abominables cela lui causait. Elle cracha avec un horrible hurlement une affreuse substance noire et s'évanouit la tête la première dans l'eau. Sa peau semblait reprendre sa teinte habituelle, et Link la tourna sur le dos. Il observa le liquide noir, qui disparut en fumée.
Complètement déconcerté, il observa son amie sans connaissance.

Elle s'était éveillée. Elle avait repris son teint habituel et ne semblait pas savoir où elle en était.
- Tu n'étais pas dans ton état normal, pas vrai ?
- Je ne comprends pas... cette nuit... quelque chose s'est passé. C'était comme si mon âme devenait plus noire qu'une nuit sans lune... mais... c'était si affreux... je ne pourrais pas décrire...
- Mais tout de même, c'était quoi, ce truc que tu as craché tout à l'heure ? Juste avant de sombrer dans l'inconscience... Tu n'as pas fait de rêves étranges, cette nuit ?
- Je me rappelle de quelques images confuses... ce jeune homme du sanctuaire... le même me tenait et tentait de me protéger d'un monstre noir. Puis tout est devenu sombre... je voulais sentir... son sang sous mes doigts, sa douleur, ses cris... c'était comme un véritable désir de faire le mal...
- Il n'y a qu'une seule explication. C'est un sort que t'a jeté Ganondorf.
- Non ! Il a osé ! Je vais le...
- Du calme, Shayalen. Comprends que la situation est grave. Si Ganondorf arrive à jeter des sorts dans notre monde, ça veut dire qu'il reprend de plus en plus vite ses forces !
- Justement ! Il faut le tuer ! Le massacrer ! Le...
- Shayalen ! Du calme.
- D'accord, d'accord...
- Bon, on les passe, ses portes ?
- Hm...
Il l'aida à se relever et ils s'approchèrent de l'entrée.
Les statues murmurèrent :
- Toute la sagesse est en vos coeurs... vous pouvez passer.
Les dalles bleutées s'écartèrent et ils entrèrent dans une salle éclairée de bleu, dont les murs étaient incrustés de cristaux luminescents. Le même autel se tenait au centre, et il s'en échappait une même colonne de lumière bleue. En suspension, on pouvait voir le dernier médaillon. Il était en forme de goutte et d'un bleu profond. Encore et toujours, le signe de Nayru gisait à l'intérieur.
Link le prit dans sa main, et le passa autour du cou, ce qui lui transmit une fraîcheur euphorisante. Il sortit son ocarina.
- Shayalen, attends-moi. J'ai des objets à récupérer au Château d'Hyrule.
- D'accord. Je t'y attendrai.
Elle se passa la main devant les yeux, et ils prirent une teinte bleu clair.
- Comment as-tu fait ça ?!
- Et bien... c'est Din qui m'a dévoilé ce pouvoir il y a quelques nuits... elle devait savoir que j'en avais assez de me cacher les yeux. On n'a pas dû penser nécessaire de me l'apprendre, mais je ne peux plus voir la vérité maintenant.
Elle disparut dans un flash aveuglant.
- Enfin on vous a eues, les trois médailles... murmura-t-il au médaillon. J'ai hâte de voir ce fameux diamant...
Link joua le Prélude de la Lumière et fut emporté dans un rayonnement doré.
Les trois médailles étaient rassemblées.

Dans une lumière aveuglante, le décor se changea en celui du Temple du Temps.
Link courut au dehors et se rendit à la place du marché. Là, on entendait les perpétuels bavardages et plaisanteries d'habitants venus faire leurs courses ou vendre leurs produits.
Il vit Shayalen adossée au mur de la foire aux masques. Elle n'avait pas l'air contente.
- Et bien, qu'est-ce qu'il y a ?
Il n'eut pas besoin d'une réponse pour comprendre que la foule et le raffut n'étaient véritablement pas ses environnements préférés. Il remarqua même qu'elle ondulait nerveusement les doigts pendant que deux idiots que Link connaissait bien se disputaient sous un arbre juste à côté d'elle.
- Je voulais donc aller voir Impa, dit-il en faisant mine d'ignorer sa mauvaise humeur.
- ... Impa ?
- Tu la connais ?
- Ça me dit quelque chose. Allez, on y va.
Ils se dirigèrent vers l'allée qui menait au château sans avoir à éviter les gardes.

Une fois à l'intérieur, ils aperçurent Impa dans un couloir, les bras croisés, la tête baissée, exactement comme Shayalen avait l'habitude de le faire.
Mieux vaut ne rien lui dire, pensa Link. Elle deviendrait folle.
- Impa ? c'est moi, Link.
- Hm ? fit-elle en levant la tête. Oh, Link, c'est toi. Je suis contente de te voir. Et toi, jeune fille... mon regard perce les apparences. Tes yeux sont rouges.
- Oui, bien sûr, répondit-elle en se repassant la main devant ses yeux, qui reprirent une teinte de sang. Je m'appelle Sandra.
- Sandra ? Tu n'es qu'une petite cachottière.
- Je vous demande... pardon ?
- Je suis bien capable de reconnaître ma nièce Shayalen.
Link sursauta. Mais c'était vrai que cette couleur des cheveux d'un blanc pur leur était commune à toutes les deux, ainsi que ces traits durs.
- Ah... je savais bien que j'avais entendu votre nom quelque part... vous étiez ma tante, celle qui a continué à servir la famille royale. Et celle qui a enfermé le monstre de l'ombre dans le puits du village...
- En utilisant l'épée que tu portes à la ceinture. On ne la confiait qu'en cas d'extrême urgence... je suppose que vous êtes donc tous les deux en mission périlleuse. Je t'apprendrai quelque chose tout à l'heure. Quant à toi, Link... pourquoi as-tu l'air si étonné ?
Elle sourit un peu.
- Y a-t-il un but particulier à ta visite ?
- Euh... en fait, oui. Je voudrais récupérer le monocle de vérité.
- Ah bon ? Oh, si c'est comme ça. Suivez-moi.
Ils la suivirent dans les couloirs ombragés et arrivèrent dans ce qui semblait être ses appartements. On ne distinguait aucune décoration hormis les dessins de la main d'une petite fille. Ils devinèrent tout de suite que c'était les dessins de Zelda quand elle était enfant.
Impa partit fouiller dans un tiroir de sa commode et revint avec la loupe violette, puis la tendit à Link.
- Tiens, Link. Il n'a jamais été aussi astiqué. Il ne vaudrait mieux pas qu'il tombe entre les mains d'un pervers... car il pourrait presque s'en servir pour voir à travers des rideaux de douche.
Link rit encore un peu.
- Merci beaucoup.
- Ne me remercie pas. Il y a d'ailleurs autre chose que Zelda aurait aimé que tu gardes.
Elle leva les bras au ciel, d'où descendit une lumière d'or. Elle se matérialisa sous la forme d'une flèche qui vint se poser dans les mains de Link.
- Oh, la flèche de lumière...
- Je ne sais pas ce que tu pourrais en faire, mais garde-la au moins comme souvenir...
- Merci encore, Impa.
Et il ajouta, plus bas : crois-moi, je sais exactement ce que je vais en faire...
- Maintenant, toi, ma nièce... Je vais t'apprendre un sortilège de soin qui se transmet dans notre famille. Rien ne t'empêchera de l'utiliser pour soigner quelqu'un d'autre, mais ça te demandera terriblement d'énergie vitale. C'est un avertissement. Mais je sais que tu l'utiliseras avec sagesse. Commençons tout de suite.
Elle sortit la fine lame qu'elle portait dans son dos en permanence et se fendit la paume de la main. Link faillit avoir un malaise en regardant le sang couler lentement, alors il préféra détourner les yeux, mais il eut le temps d'apercevoir la blessure disparaître avec une brume violette. Il remarqua cependant que Impa serrait les dents.
- Ça brûle, mais ça fonctionne bien. A ton tour.
Link se demanda comment il réagirait si on lui demandait de se fendre la main pour s'entraîner à se soigner. Il décida alors de les laisser à leurs activités sauvages et de sortir dans le couloir.
Il n'eut pas à attendre cinq minutes que son amie sortait, la mine satisfaite.
- On peut y aller, maintenant, dit-elle.
- Oui, il ne s'agit pas de perdre du temps.
- C'est parti pour le Temple !
Ils dirent au revoir à Impa avec un peu de tristesse et se rendirent au Temple du Temps.
- Tu as les médaillons, Shayalen ?
- Oui, les voilà.
Elle déposa les trois étranges médailles sur l'autel de marbre noir. Les inscriptions précédentes se brouillèrent pour laisser voir un autre message.

Dignes porteurs de force, sagesse et courage,
Demandez par leur fusion
Aux trois déesses
Leur pouvoir de rivaliser avec la mort.

Ce fut alors un magnifique spectacle à contempler. Les trois médailles se fondirent dans la pierre en illuminant les alentours. Elles se changèrent en trois rayons, qui prirent peu à peu la forme d'un losange. Elles semblaient attendre.
- C'est le moment...
Shayalen recula pour laisser Link s'avancer.
Ce dernier sortit l'ocarina bleu, et joua le chant de la fusion, accompagné des lointains échos.
Ils virent la forme lumineuse prendre du volume, alors qu'une lumière aveuglante les obligea à fermer les yeux.
Quand la lumière s'était atténuée, ils purent les rouvrir et virent que de la lumière avait laissé place à un diamant de la taille de la paume de la main. Sa pureté n'avait pas d'égal et il était constamment entouré d'une aura d'or. Il y avait au centre une petite plaque dorée où était gravé le signe du temps, que l'on retrouvait sur les portes, et sur les côtés des bordures de même couleur. Link le prit dans sa main, et ils ne dirent rien pendant un instant. Puis il finit par rompre le silence.
- On a le monocle. On a le diamant. On a la flèche. Il ne manque plus que la princesse.
Shayalen hocha brièvement la tête, rendit ses yeux verts cette fois, puis ils sortirent du Temple.

Dans la plaine, les deux guerriers, chacun sur son cheval, se dirigeaient vers les bois du sud-est. Link n'y avait jamais rien vu de particulier, à part un esprit mal luné qui le narguait le soir venu.
La jeune fille aux cheveux blancs se tint droite à quelques mètres de la falaise. Link la suivit.
- Ne dis rien, Link...
Elle sortit l'épée noire et ferma les yeux. Elle la promena doucement et silencieusement dans l'air, comme si elle cherchait quelque chose. Puis l'air se brouilla comme de l'eau, et elle fit un grand mouvement en diagonale qui ouvrit une brèche donnant sur le noir quasi total.
- Oh, ça ne me dit rien qui vaille...
- ...
Ils laissèrent leur cheval à l'extérieur et passèrent par la fenêtre. Alors que son amie la refermait, Link scruta les environs. Il lui apparaissait clairement que les Sheikahs devaient être désespérés pour vivre là-dedans. Le ciel était entre le bleu acier et le noir, et semblait voilé de brume. Les hauts bâtiments étaient tous d'un noir d'encre et pourvus de tours pointues. Ils se trouvaient dans une étroite allée, qui accentuait encore plus sa sensation d'être écrasé sous la hauteur et la froideur des immenses tours, qui lui semblaient impossibles d'avoir été bâties par le même peuple que ceux qui avaient fondé le paisible et adorable village Cocorico.
L'allée totalement déserte ne semblait être habitée par aucune âme : pas un arbre, pas une personne, pas un chat. Mais lorsqu'il décida de regarder à travers le monocle, il vit que la vérité s'était encore cachée. Une jeune fille aux yeux écarlates avait posé sa tête sur l'épaule d'un garçon de son âge et regardait l'Hylien avec une tristesse des plus glaciales. Link préféra détourner le regard, il se sentait presque honteux de faire partie du peuple qui les avait jadis trahis. Tu n'y peux rien, se dit-il amèrement. Tu n'as rien fait...
Il se sentait pourtant si triste pour eux. En marchant, il se demandait ce que ça faisait que d'avoir en permanence les pensées aussi noires que l'environnement.
- Shayalen, lui chuchota-t-il. C'est normal que je ne me sente pas bien, dis ?
- J'en connais qui se seraient déjà enfuis.
- Que me disais-tu l'autre jour ? Leur âme commence à s'éclairer ?
- Estime-toi heureux. En temps normal ils t'auraient bondi dessus sans crier gare et tu verrais ta peau se déchirer toute seule.
Link déglutit avec difficulté.
- Ils savent tous se battre ?
- Presque, mais pas aussi bien que moi.
Elle riait.
- Quoi ? T'arrives à rire ici ?
- Oh, c'est pas si terrible quand on y a grandi et qu'on a pas besoin de monocle pour voir les trous dans le sol.
- De quoi ?!
Link sursauta en regardant ses pieds.
- Mais je plaisante ! Hé, prends pas les Sheikahs pour des vicieux !
- Que je me rappelle... ce serait pas eux qui ont bâti le Temple de l'Ombre, par hasard ?
- Ah oui, c'est vrai. Eh bien, tu ferais mieux de ne pas paniquer, car ce n'est rien par rapport à ce qui doit nous attendre là-dedans.
- Oh mon dieu...
Ils venaient d'arriver devant une tour plus grande que les autres. Ce n'était pas une tour toute simple, mais on ne pouvait absolument pas la qualifier de "décorée".
On aurait plutôt dit un assemblement de longs morceaux d'acier d'où pendaient encore quelques cordes. Elle pourrait paraître en construction (si elle avait jamais pu être construite), mais cependant ne semblait pas vouloir s'écrouler.
- La princesse a été enfermée au sommet... ça va prendre un peu de temps, mieux vaut ne pas s'attarder.
En pensant qu'une distance perceptible le séparait de Zelda, il retrouva son courage habituel et la marque sur sa main redoubla d'éclat.
- On n'a pas fait tout ça pour rien. Que j'y laisse la vie ou non, aucune importance. J'ai connu plein de gens géniaux.
- Ah, enfin tu te réveilles ! Le prince charmant va enfin éveiller sa princesse. Allons-y.

La porte semblait délabrée, mais elle s'ouvrit sans un bruit. Les environs étaient si noirs que même le sol leur apparaissait invisible.
- On a fini de rigoler, maintenant.
- A vrai dire, je n'ai pas trop envie de me faire décapiter.
- On a dit "fini de rigoler" !
Link prit une grande inspiration et s'engouffra dans le bâtiment. La porte se referma derrière eux, et un panneau noir éclairé d'une façon inconnue leur apparut. Il disait :
"Suivez la lumière pour qu'elle vous guide dans les ténèbres.
Perdez la lumière pour errer à jamais dans les ténèbres."
- Oh... mais quelle lumière ? Je ne vois rien ici... Et toi, Sha... Shayalen ? Où es-tu ? C'est pas drôle !
Alors que la peur commençait à le gagner, il décida de réfléchir. Et dire qu'en ce moment même, il ne savait pas que Shayalen criait après lui.
La lumière... celle de dehors ? Impossible, la sortie était bloquée. Ou alors la lumière de l'esprit ? Mais que faire ? Aucune énigme en vue...
A tout hasard, il leva les yeux au plafond et aperçut un minuscule point lumineux.
- Alors ? La voilà, la lumière ?
Elle se mit à bouger et il entendit une petite voix lui crier :
- Hihi ! Tu m'as vue !
Link se gardait prêt à brandir son arme.
- ... Qui êtes-vous ?
- Hihihi ! Je n'ai pas de nom ! A quoi cela aurait-il servi, de toute manière ? Hihi !
Link ne répondit pas. Ce petit rire l'agaçait.
- Dis ! Dis ! Tu cherches ta princesse pas vrai ? Laisse-moi te guider ! Hihihihihi !
Sur ce la petite lumière (qui ressemblait extraordinairement à une fée) décrivit quelques cercles et se précipita vers la droite de Link, qui s'empressa de la suivre en courant.
Si elle continue comme ça, pensa-t-il, je vais la perdre...
- Hihi ! T'es pas très rapide toi, on dirait !
- Tu parles, tu voles, toi ! marmonna-t-il alors qu'un point de côté se présentait.
- Et bien, tu dis quoi ? Je vais trop vite pour toi ? Hihihi ! Hi hi !
- Ah... je manque d'air... elle va me faire courir longtemps, cette... sale gamine...
- Oh ! Moi, une sale gamine ? Méchant !
Elle s'enfuit en sanglotant.
- Non, arrête !
Les échos de ses sanglots lui faisaient perdre la tête. T'aurais pas pu te taire, se dit-il à lui-même. Mais il n'avait plus de force.
- Ah... attends... ne pars... pas...
Il savait que de toute façon il ne la rattraperait pas. Ses poumons brûlaient autant que le fond de sa gorge qui le faisait affreusement souffrir. Il s'arrêta avant de tomber à genoux. Comment pouvait-il faire quoi que ce soit ? Les jambes tellement endolories qu'il ne les sentait plus, il se laissa tomber.
- Je suis désolé... Zelda... oh Shaya... len...
Il s'endormit malgré lui.

Dans son rêve il vit Zelda lui parler.
Link... oh, Link, ne perds pas espoir... n'abandonne pas... toi qui as déjà été mon héros... je t'aime Link...
Elle disparut et il ouvrit les yeux. Il aurait bien aimé que Shayalen l'ait encore une fois retrouvé et mis hors de danger car il ne se sentait pas la force de lever la tête. Mais il était toujours là. Seul dans le noir total. Alors il se rappela ce que Farore et ses soeurs lui avaient donné.
- Je... ah, oui... l'espoir... vite... qu'est devenue... Shayalen... ?
Il sortit la fiole, tiède et d'une lumière qui lui parut tellement rare et incroyablement douce et bienfaisante... il tourna le fermoir et il s'en échappa une brume dorée qui enveloppa tout son corps, si bien qu'il pouvait désormais se voir lui-même. Et il sentit également une énergie nouvelle revenir en lui, la sueur disparaître de son front, et ses genoux endoloris se remirent.
Il sécha ses yeux pour apercevoir une silhouette lumineuse au loin. Son souffle retrouvé, il courut vers cette silhouette, qui n'était rien d'autre que son amie sheikah. Elle ne l'avait pas vu arriver et parlait à... sa main ?
- Je te repose la question. Qu'as-tu fait de mon ami ?
Il pouvait voir une petite boule lumineuse dans son poing serré.
- Il a été très méchant avec moi ! cria la petite voix en pleurant. Laisse-moi tranquille, je ne t'ai rien fait ! Pitié, laisse-moi partir !
Link vit qu'elle tentait de se dérober.
- Laisse tomber, petite. Tu n'arriveras pas à t'échapper.
- Ah ! Méchante ! Tu vas me garder prisonnière longtemps ?!
- Aussi longtemps que nécessaire. A moins que tu ne m'aides à retrouver un jeune homme blond aux yeux bleus tout habillé de vert que tu as lâchement abandonné !
- C'est inutile, je suis là.
- Quoi ? Oh, Link, c'est toi ! Alors comme ça on brutalise les petites boules lumineuses ?
- Oh non, c'est pas vrai ! C'est elle qui a commencé !
- J'étais plus rapide que toi, d'abord !
- Tu volais, toi !
- Taisez-vous, espèces de gamins ! Toi, Link, tu aurais pu rester éternellement dans le noir ! Quant à toi, la petite, je vais t'apprendre la vie !
La petite boule frissonna.
- Ecoute-moi, toi ! On doit récupérer la princesse enfermée là-haut. On n'a pas le temps de jouer ! Nous sommes dans un endroit dangereux ! Et toi, tu vas nous aider à la retrouver !
- Mais...
- Ne discute pas ! C'est un ordre !
- Est-ce que tu vas me relâcher ? demanda-t-elle craintivement.
- Oui, je vais te relâcher. Mais si tu joues avec nous et que tu tentes de t'enfuir, alors je te rattrape et je te...
- Shayalen, du calme ! Ecoute-moi, petite. Je suis désolé de t'avoir brusquée tout à l'heure. Je te présente toutes mes excuses.
- Mais... euh... oui, d'accord...
- Tu voulais jouer, c'est ça ? On jouera une autre fois.
- ... oui...
- Et tu n'as pas de nom, n'est ce pas ? Très bien. Alors je vais t'appeler... Dora.
- D'accord ! dit-elle vivement en sortant des doigts de la jeune fille.
- Je vais vous montrer le chemin !
Elle se mit à voleter à mi-hauteur, et ils la suivirent.
- Tu sais, Shayalen, tu me fais peur parfois.
- Et toi aussi ! Comment fais-tu pour supporter une...
- Chut !
- ... Comment m'as-tu retrouvée ?
- En m'éclairant. Avec ça.
Il lui montra la fiole.
- Qui te l'a donnée ?
- Les déesses en personnes. Nayru m'a guéri. Din m'a rendu la force. Farore m'a redonné courage.
- On dirait qu'elles n'ont pas leur pareil pour mettre des sorts en bouteilles.
- Oui... elles sont si prévenantes.
- C'est vrai.

Ils avaient marché pendant dix minutes avant que Dora ne leur dise :
- C'est la porte qui mène à la tour. Faites bien attention.
- Merci de ton aide, Dora.
- ...
- Heu... Link ? J'aimerais venir avec vous.
- Comment ?!
- Qu'as-tu encore, Shayalen ? Ça te pose un problème ?
- ...
- Rien du tout ! Tu peux venir, Dora. Tu nous aideras et nous verrons ce que nous pourrons faire de toi après.
Link trouva ces termes un peu maladroits.
- Je veux dire qu'on te trouvera un endroit normal où vivre...
- Oh ! Link, tu es si gentil !
- Aaaah... très bien.
- Je ferai de mon mieux pour vous aider !
- Allons-y ! Euh, en fait je suis un peu effrayé... j'ai un très mauvais pressentiment.
- Moi aussi.
- Il faut y aller ! Ouvrez la porte !
Link et Shayalen poussèrent le mur devant eux. Il se forma une ouverture avec un bruit de vent. Mais était-ce vraiment le vent ?
- Oh non...
- Qu'y a-t-il, Dora ?
- Il y a des ombres qui s'agrandissent sur le sol. Il y en a partout. Même au-dessus de vous.
Le souffle toujours plus fort leur créait des sueurs froides comme la mort.
- Mon dieu ! cria la jeune Sheikah. Qu'est-ce qu'on va faire ?
- Pas de panique ! Dora, cache-toi dans mon bonnet. Shayalen, viens ! Vite !
Link commença à parler précipitamment dans le souffle insupportable.

"Par les trois pouvoirs sacrés, Din, j'invoque ta force dans toute sa puissance..."

Une bulle de flammes commença à apparaître autour d'eux, puis Link se concentra pour la garder en activité pendant le plus de temps possible. Les affreuses mains noires se laissèrent tomber sur eux et en furent carbonisées, se consumant avec des craquements semblables à ceux des feuilles mortes que l'on piétine.
Le souffle s'était tu.
Link ouvrit un oeil, puis l'autre. Il était vidé de ses forces magiques.
- Je crois qu'on est toujours vivants... oh, je suis épuisé.
- Oh, ton feu de Din était magnifique ! Tiens, tu as bien mérité ça.
Elle lui tendit une bouteille pleine de liquide vert.
- Ah, merci.
Il but la potion d'une traite.
- Je n'ai jamais aimé le goût de ces trucs. Enfin... c'est très fort.
- Je déteste ces mains. De vraies abominations...
- Dis, Link, tu sais que c'est très confortable dans ton bonnet ?
Shayalen eut un soupir d'exaspération.
- Tu nous guides ?
- Oui !
Elle avança en décrivant des vagues.
- Il y a un couloir ici. A partir de là, vous monterez beaucoup plus vite dans la tour. Restez sur vos gardes, j'ai déjà entendu des soupirs là-haut.
Link resserra ses doigts autour du diamant, qui le réchauffa, le rassurant un peu.
- Faites attention à la marche. L'escalier commence ici. Des fenêtres devraient vous éclairer.
Link put en effet voir des ouvertures donnant sur l'extérieur. Les éclaircies permettaient de voir un escalier en colimaçon assez large.
Ils entreprirent de monter au sommet, tout en faisait attention, au cas où une marche manquerait. Cependant ils n'en croisèrent aucune et continuèrent à monter jusqu'à arriver au premier palier. Il donnait sur une pièce dont la profondeur était rendue invisible par l'obscurité. Ils ne voyaient rien mais entendaient des lamentations, qui semblaient être formées de la dépression même. Link ne connaissait que trop bien ces voix glaciales qui hurlaient dès qu'on s'en approchait. Un frisson lui parcourut l'échine en pensant aux orbites vides, aux corps faméliques, écorchés et décharnés des effrois.
- Ce sont eux, dit Shayalen. Mais ils ne sont rien de plus que des enveloppes vides animées par la magie. C'est révoltant.
- Vu ce que j'entends, ils doivent être très nombreux. Mais un chant du soleil devrait nous permettre de passer sans problèmes.
- Pff... sans moi, tu es perdu.
- Comment ça ?
- Tu ne sais pas combien ils sont. Si un seul se réanime et t'attrape, il t'immobilise et alors cela laisse le temps à tous les autres de se réveiller. A partir de ce moment, tu es cerné. Ils t'agrippent, te vampirisent, te brisent les os, te vident de ton sang et se nourrissent de ton cadavre.
- Merci pour les détails.
- Au moins comme ça tu feras plus attention.
- Je commence à croire que je suis stupide.
- Non, tu n'es pas stupide. Tu es juste téméraire et beaucoup trop insouciant. Tu as dû t'attirer pas mal d'ennuis dans ta vie. Et un jour, ça va finir par te la coûter.
- Je n'ai pas de soucis à me faire, puisque tu es là.
- Et si je meurs ?
- Toi ? Mourir ? J'aurais du mal à penser que ce soit possible.
- Oh, tu sais... on a tous notre point faible. Toi c'est l'imprudence. Zelda, sa sensibilité. Quant à moi... ma hanche gauche...
- Rien que ça ?
- Je me suis blessée. Ça a cicatrisé mais il reste des séquelles... Ça me fait souffrir et entrave mes mouvements.
- Alors que tu vas si vite ? Et c'est pour ça que tu ne dors que du côté droit ?
Elle acquiesça.
- Bon allez, au lieu de nous raconter notre vie, cherchons un moyen de passer par-delà ces morts vivants.
Elle réfléchit un instant.
- J'ai une idée. Link, tu n'as tout de même pas oublié... ta flèche ?
Il se tapa le front.
- Mais bien sûr ! Quand le rai de lumière explosera, ça voudra dire que la flèche a atteint le fond. S'il y en a un... on verra bien ce qui se passe.
Il sortit son arc et enchanta une flèche, qui se mit à flamboyer en or.
- Une, deux... trois !
Il la décocha, et elle fila, telle une étoile, vers le fond noir. Quand elle fut éloignée, tout s'illumina, ce qui manqua de leur brûler les yeux.
Quand la lumière faiblit un peu, ils se forcèrent à jeter un coup d'oeil aux alentours.
Avant de voir quoi que ce soit, des centaines d'effrois leur sautèrent aux yeux. Leur chair décomposée s'était transformée en glace, et ils eurent un sursaut quand le tout vola en éclats. Alors seulement ils regardèrent le fond de la pièce. Un cercle doré encadrant une porte noire y brillait aveuglément. Cela donnait une impression étrange. Les murs étaient sans décorations, complètement dénudés de la moindre inscription.
- Je me demande ce qu'on aurait fait sans la flèche de lumière, dit Link avec mauvaise humeur.
- C'est simple, soit on rebroussait chemin, soit on mourrait. Reste à savoir comment passer cette salle...
- Pourquoi ? On a battu les effrois et il y a une porte là-bas, non ?
Pour toute réponse, Shayalen fit un rond avec son pouce et son index, et se les plaça devant l'oeil.
Link comprit tout de suite ce qu'elle voulait dire. Il prit le monocle de vérité, se le plaça devant l'oeil, et observa les environs à travers le verre violet.
- Oh non, c'est pas vrai...
- Oh si, mon cher Link, c'est le vide ombragé.
- Encore, mais quoi, j'en ai marre !
- Moi aussi. Et il s'étend jusque sous la porte. Même en se téléportant, on ne pourrait pas passer.
- Hé, regarde ! Il y a quelque chose, là-bas, dans le coin !
- Ah, je le vois. On dirait un oeil. Il est tout noir... Dora, sois gentille. Va éclairer cet oeil pour nous.
- J'y vais !
La petite boule dorée virevolta en direction de l'oeil. Elle s'en approcha, et dès que l'aura lumineuse l'atteint, une plaque de bois apparut sous la porte.
- Gagné ! Je vais utiliser le grappin pour aller dessus. Tu vas te téléporter ?
- Oui. Vas-y en premier.
Il visa parfaitement le milieu de la plate-forme, déclencha la pointe, et il se fit tracter à l'autre bout.
Une fois sur la plaque, il attrapa la poignée pour se sentir un peu plus rassuré. Shayalen apparut derrière lui la seconde suivante. La petite lumière les rejoignit, ils la remercièrent et ouvrirent la porte.

La pénombre n'était pas totale. L'escalier continuait à monter. Il se sentait tellement haut qu'il préféra ne pas regarder par la fenêtre. Ils arrivèrent à un autre palier, qui donnait sur encore une autre porte.
- Je ne suis jamais montée aussi haut, leur dit Dora. Mais j'entends des bruits de pics...
Link tendit l'oreille. En effet, des bruits d'empalement se faisaient entendre jusqu'en dehors de la pièce.
- Ah, je crois qu'on n'est pas au bout de nos peines. Je ne le sens pas du tout, sur ce coup-là...
- ... oui, allons-y.
Une fois passés, ils se retrouvèrent dans une salle sans fenêtre, mais étrangement, le noir n'était pas total. Il y avait juste assez de lumière pour qu'ils puissent distinguer des pics de bois et de métal qui tombaient en permanence du plafond, pour ensuite y retourner, et retomber encore. Il semblait y en avoir une infinité. Cela semblait être la dernière épreuve, car la sortie était plus grande. Elle se tenait sur un socle de trois marches.
- Alors, on fait quoi ? demanda l'Hylien.
- Je n'en sais rien. Ils tombent trop vite... et si je devais tous les couper en deux, ça me prendrait dix ans. Mais je vais essayer, juste par curiosité.
Elle s'approcha. Link fut horrifié par la taille des pointes : elles faisaient presque la taille du bras de la jeune fille. Cette dernière attendit qu'un d'eux descende à son niveau pour le fendre en deux. Link, déconcerté, vit qu'il se régénérait.
- Ce n'est pas la bonne manière. Tu as une idée, Link ?
- Je... je crois que oui. Je vais utiliser un des trois pouvoirs sacrés. Tu viens ?
- L'Amour de Nayru ? Tu penses y arriver avec quelqu'un d'autre dans la bulle ?
- Et même deux. Dora, tu peux revenir dans mon bonnet. Je vais faire tout ce que je peux.
- Tu as du courage, Link.
- Merci.
Il prit une grande inspiration, et prononça la formule magique.

Par les trois pouvoirs sacrés, Nayru, j'invoque ton amour protecteur...

Il se concentra au maximum pour créer un cristal bleu qui grandit au fur et à mesure, jusqu'à les englober complètement. Link se déplaça en direction de la porte suivante, mais il n'avait jamais essayé de protéger quelqu'un en même temps que lui, et il s'épuisa trop vite.
Il se battait cependant contre sa fatigue, tout en se demandant si cela coûtait autant d'efforts à Shayalen à chaque fois qu'elle le téléportait. Il éprouvait de plus en plus de difficultés à marcher. Il se demandait s'il allait tenir jusqu'au bout, et il perdit de l'attention. Shayalen s'alarma.
- Link, ne te concentre plus que sur le sort ! Je vais te porter !
Il sentit les bras de Shayalen le soulever, et il se laissa prendre. Il continua à méditer en fermant les yeux.
Shayalen se déplaça un peu plus vite vers la porte, alors que la lumière du cristal commençait à faiblir.
- Oh non, il est à bout !
- Shayalen, laisse-moi lui transmettre un peu de mon énergie magique !
- Dora ?
- Oui.
- Dépêche-toi !!!
- Ah !
Dora se montra et se posa sur le coeur de Link. Elle se mit à briller, et la lumière du cristal se raviva. Mais la petite fée s'épuisa aussi très vite. Sa lumière faiblissait de seconde en seconde.
Shayalen n'atteint la poignée que lorsque le cristal s'évanouit.
- AAAAAAAAAAH !
Une pointe de métal venait de lui transpercer le flanc gauche.
Elle se jeta dans la pièce suivante. Elle saignait dans une douleur atroce.
- C'est bon ! Vous pouvez arrêter ! On est sauvés !
Link s'était presque endormi.
- Tu dis ?
- Bravo, Link ! Tu as réussi ! Et... toi aussi, Dora.
Elle tremblait, son sang s'écoulant tout autour d'elle. Quant à Dora, elle n'étincelait presque plus. Link se réveilla en sursaut.
- Non ! C'est pas vrai ! Shayalen, ça va aller ?
- Aaaah... occupe-toi plutôt de la petite... elle risque de mourir d'un moment à l'autre... C'est grâce à elle que tu as survécu...
- Dora ? viens.
Il la prit au creux de sa main. Il ne savait pas de qui il devait s'occuper.
- Link, tu n'as pas le temps de nous sauver toutes les deux. Zelda devrait pouvoir soigner la petite. Je... je vais essayer de m'en sortir... prends ça.
Elle lui tendit son épée.
- Tu... me la donnes ?
- Tu plaisantes ? tu vas l'utiliser pour arriver en haut. Elle est plus rapide que l'épée de légende. Détruis tout sur ton passage : elle est faite pour ça.
Elle lui sourit.
- Allez, vite !
- Shayalen, je t'en prie... ne meurs pas.
- Je t'ai dit de ne pas t'en faire ! Allez, va-t-en ! Ou alors elle va mourir !
- Je... Shayalen... je suis désolé.
Il se leva et monta les escaliers qui se présentaient devant lui, l'épée noire dans sa main gauche, la petite fée dans l'autre.
Il rencontra une demi-douzaine de Stalfos qui se jetaient sur lui.
- L'occasion rêvée...
Le guerrier se jeta sur eux en brandissant l'épée de Shayalen. Elle était incroyablement légère, et du coup n'offrait aucun contrepoids. Mais quand elle atteint le squelette qui se protégeait derrière son bouclier, elle le fendit entièrement en deux, le bouclier avec.
- Ouah, quelle arme de sauvage...
Il se jeta sur les autres, tout en les déchirant de toutes parts.
Une fois qu'il les eut tous exterminés, un autre escalier apparut de nulle part. En haut, trois monstres en armure armés de haches l'attendaient. Mais ils étaient très lents, et Link en profita pour les découper en morceaux, leur armure ne leur offrant plus aucune défense. Il battit les trois avec une aisance qu'il n'avait jamais eue avant, et le dernier escalier se présenta.
Quelques momies se déplaçaient lentement de part et d'autre de ce dernier.
Sans hésiter une seconde, Link posa la petite boule dorée sur son épaule, et sortit le diamant, qu'il garda devant lui comme éclairage. Il avançait lentement pour ne pas la faire tomber, et la lumière du diamant les pétrifia au fur et à mesure qu'il s'en approchait. Il ne mit pas longtemps à s'en débarrasser, et se demanda si cette épreuve était bien la dernière.
Il monta majestueusement les escaliers, qui s'avérèrent être les derniers. Il aboutit à une double porte, qui s'ouvrit, cette fois, avec un bruit de raclement normal. L'oeil sheikah qui l'ornait se sépara en deux, pour laisser voir une bulle aux reflets rosés, qui flottait entre deux rideaux noirs. Le diamant lui échappa des mains, pour se diriger en lévitant vers la bulle transparente. Dans cette bulle se tenait, endormie, la princesse.

La sphère s'évanouit peu à peu, tandis que Link l'observait tout en laissant s'échapper de ses yeux quelques larmes furtives.
- Zelda... c'est moi...
Son visage paisible s'éveilla doucement. Elle n'avait pas changé. Son teint était toujours aussi pâle et doux, et ses yeux d'un bleu foncé toujours aussi pur, toujours aussi profond.
- Link...
- Je suis... tellement heureux de te revoir...
Il l'aida à se relever.
On ne voyait que leurs deux silhouettes qui ne formèrent plus qu'une.
Zelda baissa les yeux.
- Link, je suis tellement désolée... encore une fois, je t'attire des ennuis...
- Zelda, parlons de tout ça plus tard. Nous devons sauver deux personnes... s'il te plaît, ravive cette petite fée.
Il lui tendit la petite lumière qui tremblait au creux de sa main. Elle était vraiment triste à voir.
La princesse ferma les yeux et la recouvrit d'énergie magique.
La petite Dora se remit à briller, et s'envola.
- Oh, merci, madame. Je me sens beaucoup mieux maintenant.
Elle s'envola.
- Oh, mais où est Shayalen ?
- Elle est gravement blessée. J'ai été forcé de la laisser en bas. Il faut absolument aller la rechercher ! Suivez-moi !
Ils dévalèrent les escaliers jonchés de cadavres de monstres.
- Link, c'est toi qui as fait ça ?
- Ouaip. Shayalen m'a prêté son sabre.
- Qui est cette Shayalen ?
- C'est une Sheikah. C'est la nièce d'Impa engagée pour t'assassiner, Zelda.
- Pardon ?
- Mais elle a renoncé. La voilà.
La jeune fille baignait toujours dans le sang, sans connaissance, ses longs cheveux blancs maculés de rouge.
Link courut à ses côtés.
- Shayalen ! C'est moi, Link ! J'ai retrouvé la princesse ! Réveille-toi ! Shayalen... ne me dis pas que... non...
- Link... est-ce qu'elle est ?
- Non, c'est impossible ! Elle n'a pas pu... mourir... ?
- Que lui est-il arrivé ?
- Son point faible a été touché de plein fouet... elle m'a ordonné de la laisser ici parce que Dora était en danger.
- C'est la petite fée ?
- Oui...
- Link, son coeur est pur. Je peux peut-être faire quelque chose pour elle. Elle n'est pas morte, Link.
Il sentit l'espoir lui revenir.
- Tu penses ? S'il te plaît, sauve-la, pour moi ! Elle est devenue une amie si chère ! Plusieurs fois je serais mort, sans elle...
- Je vais nous téléporter au château. Ne t'inquiète pas, je sais où nous sommes...
- Tu arriverais à nous téléporter d'ici ? dit-il en prenant Shayalen dans ses bras.
- Oui. Viens, Link. Et toi aussi, Dora.
Une fois qu'ils étaient tous regroupés sur le même cercle, Zelda récita l'incantation du dernier pouvoir sacré.

"Par les trois pouvoirs sacrés, Farore, j'invoque ton vent d'espoir..."

Une colonne de souffle vert grandit tout autour d'eux.
Ils fermèrent les yeux et se retrouvèrent dans la chambre de Zelda.
- Vite, pose-la sur mon lit.
Link s'exécuta.
- Et va me chercher le flacon rouge de la troisième rangée du haut dans ma commode.
Zelda fit apparaître un large récipient d'eau chaude et entreprit de nettoyer la profonde plaie.

Link sortit sur le balcon pour observer le ciel, pendant que Zelda s'affairait à guérir Shayalen.
Le vent nocturne lui fouettait le visage et la lune brillait d'un éclat d'argent. Il aurait apprécié ce moment si son amie n'était pas sur le point de mourir.
Il observait le ciel sombre alors que Dora venait virevolter près de son oreille.
- Dora, vois-tu quelque chose de particulier au ciel ?
- Le ciel ? Euh... non.
- Regarde plus haut, plus loin.
Il savait que s'il n'avait pas été au courant du retour prochain de Ganondorf, il n'aurait jamais remarqué les nuages qui noircissaient le centre du firmament.
- Oh, oui, je les vois. D'où viennent ces nuages ?
- C'est un signe qui montre que le retour du seigneur du mal approche. Si on ne l'arrête pas, ces nuages vont frapper Hyrule de ses foudres de haine et transformer notre monde en enfer de flammes. Je ne crois pas que quoi que ce soit puisse le raisonner...
- Qui est cet homme ?
- Ganondorf, le roi des Gerudos. Il n'y a que peu de temps, moi et les sept sages l'avons enfermé dans une partie du Saint-Royaume, le vide infernal... Cependant, nous savions qu'un jour ou l'autre, le sceau des sages briserait, et il serait une menace pour notre descendance... Il a réussi à maudire les terres et les temples grâce au pouvoir qu'il a acquis en volant la Triforce de la force. Zelda a celle de la sagesse, et moi, celle du courage.
- Waouh ! Link, tu es vraiment classe !
- Euh... je te remercie. Hm, je continue ? Ganondorf n'avait pas dit son dernier mot. Il a voulu déséquilibrer la Triforce en envoyant Zelda dans un monde parallèle et inconnu. Ça lui a permis entre autres de reprendre ses forces beaucoup plus vite.
- Entre autres ?
- Il a failli me faire suicider...
- Oh, qu'il est méchant !
- Et il y a eu une embrouille avec Shayalen. Je ne sais pas précisément laquelle, si ce n'est que les femmes de sa tribu l'ont emprisonnée un jour. Mais pour qu'elle éprouve une telle haine à son égard, il a dû se passer quelque chose de marquant et de très grave...
- Comment allez-vous le vaincre ?
- Eh bien... je ne crois pas que le combat sera à la même échelle que le précédent. Sa haine est devenue tellement brûlante que son premier objectif est de nous tuer, avant même de remettre ses plans de conquête à exécution. Rien que d'y penser, j'en frissonne. Mais si jamais je meurs... au moins je serai avec Zelda...
- Oh, c'est si beau l'amour !
Link lui adressa un sourire et continua :
- Shayalen va récupérer la Triforce de la force. A nous trois, nous allons devoir utiliser une concentration de lumière intense pour en finir définitivement. Arraché au pouvoir de Din, la déesse de la force, il ne pourra plus réapparaître. Ça ne sera pas facile. Vu la vitesse à laquelle il semble reprendre ses forces... on doit en finir le plus rapidement possible. Ce sera sûrement comme dans les Temples : quand il nous verra, sa haine va réveiller ses pouvoirs... il faudra être extrêmement prudent. Mais je suis prêt à tout, et Zelda aussi. Quant à Shayalen, sa détermination est insurpassable. Personne ne pourrait la faire renoncer - et elle est très forte. Quand je sais qu'elle sera avec nous, je me sens plus confiant.
- Vous deux avez l'air de bien vous entendre.
- Elle est devenue une amie si proche... je ne pensais pas qu'on deviendrait comme ça au début.
- Link !
- Zelda ?
Il rentra dans la chaleur de la chambre.
Shayalen avait les cheveux maculés de rouge qui ne semblait pas apte à disparaître de si tôt. Elle était toujours trempée de sang, mais la blessure semblait s'être refermée. Elle commençait à reprendre une expression vivante.
- Son esprit va se réveiller avant son corps. C'est normal, ne t'affole pas.
Elle commença à parler toute seule à voix basse.
- Link... excuse... moi... j'aurais tant... voulu t'aider... mais... je t'en prie...
Elle se rendormit.
- Elle est vivante !
- Link, chut ! murmura doucement Zelda.
Elle avait recommencé à parler tout bas.
- Mes parents... Link... tu avais... tellement compté pour... moi... Gema... que vas-tu faire... seul ...
Son visage évoquait la tristesse même. Link posa doucement sa main sur son épaule.
- Shayalen...
- Ah... Link...
- Shayalen ?
- Link ?
Elle entrouvrit lentement les yeux. Elle se remit à parler toute seule.
- Je dois rêver... mais... je vais mourir... ah...
Et elle rabaissa les paupières.
- Shayalen, tu ne rêves pas...
- Je n'ai plus mal...
- Oui, Shayalen !
- La mort m'a libérée de ces souffrances...
Link prit un air déconcerté.
- Va-t-elle redevenir normale ? demanda-t-il à Zelda.
- Il lui en arrive, des misères. Je suis... désolée pour elle. Parle-lui.
Il partit s'agenouiller à son chevet.
- Shayalen, c'est moi, Link.
- Sa voix...
- Est réelle !
- Oh...
- S'il te plaît... regarde, tu es en sécurité...
Elle rouvrit les yeux.
- Link ? Comment est-ce... possible ?
- Tu es guérie, Shayalen ! C'est fini. Nous sommes de retour à Hyrule ! Et Zelda est avec nous ! Elle nous a ramenés !
- Oh, Link... c'est vraiment toi... tu ne peux pas savoir... ce que ça fait... de se retrouver ici, quand on s'est endormi dans la douleur, le noir et le désespoir...
- C'est terminé, maintenant ! Zelda t'a guérie !
- Zelda ?
- C'est moi.
Elles se regardèrent.
- Merci, princesse...
- Ce n'est rien. Je pouvais vous soigner tant que votre âme était claire et pure.
- Merci...
- Cela me rend heureuse de soigner les gens dans le besoin. Mais vous avez besoin de repos... je vais vous préparer une potion qui vous rendra toute votre énergie pendant la nuit. Il faudra par contre changer les draps. Demain sera une longue journée.

Etrangement, Shayalen s'était levée en premier le lendemain, dotée d'une nouvelle énergie qui prit Link de court. Alors que ce dernier était encore à moitié assoupi dans les draps blancs, elle débarqua dans sa chambre et le secoua.
- Viens, Link ! Le temps presse, il faut s'entraîner à attaquer en lumière !
- T'es déjà réveillée ? demanda l'Hylien d'une voix pâteuse.
- Oui, et alors ? Allez dépêche-toi ! Il faut s'occuper de Ganondorf tant qu'il en est encore temps ! Tu as vu les nuages au sommet du ciel ? Ça ne peut être que lui !
- Ça ne tient pas à deux minutes de sommeil...
- Mais lève-toi, ma parole !
Elle lui attrapa les pieds et le traîna hors de son lit. Link se réveilla totalement, et, hors de lui, s'empara de son oreiller et le lui envoya à la figure.
- Aïe ! Lâche ! Tu t'es attaqué à un adversaire sans arme !
Elle ramassa l'oreiller à plumes et commença à le matraquer en riant aux éclats.
Zelda fit irruption dans la chambre avec une expression contrariée.
- Vous en faites du bruit ! On doit vous entendre à l'autre bout du château.
- Ah, Zelda ! Elle est venue me réveiller !
- Et tu as l'air de bien t'amuser, répondit-elle d'une voix endormie.
- Tu devrais te joindre à nous ! C'est chacun pour sa peau ! Mais il n'y a pas assez d'oreillers...
- Vous avez repris la joie de vivre. Ça fait chaud au coeur.
- Alors reprends-la aussi !
- Personne ne s'est encore aperçu de ma présence... si c'était le cas, personne ne me laisserait me rendre au Saint-Royaume avec vous... c'est une chose à éviter. J'aimerais bien m'amuser avec vous, mais nous avons nos priorités.
- Oui, c'est exact ! s'exclama Shayalen. Allons nous entraîner ailleurs. Cette attaque magique doit être parfaite ! Pas question de la rater !
- Tu as l'air de te soucier plus de la perfection de tes aptitudes que de ta vie... tu devrais te calmer un peu. Ce n'est pas un jeu.
Elle ne semblait pas l'avoir entendu.
- Allez, on part s'entraîner où ? Au lac Hylia ? On est sûrs de ne voir personne là-bas !
- Soit...

Ils s'étaient entraînés toute la journée, et le soir, s'ils n'avaient pas été pris par le temps, ils seraient allés se coucher. Alors que la lune commençait à se lever, ils avalèrent une bonne dose de potion bleue qui leur redonna courage.
- L'attaque est parfaite, dit Zelda avec satisfaction.
- On le méritait bien ! continua Link. Je me sens d'attaque, même si je suis mort de peur...
- Tu exagères.
- Oui, c'est vrai... mais n'importe qui serait nerveux, non ? Et puis de toute façon, si on échoue maintenant, on aurait échoué à toutes les autres.
- Moi aussi, je suis angoissée, dit Shayalen.
- Et moi donc ! ajouta Zelda en rangeant son livre de magie blanche et ses ustensiles de potions.
- Alors... normalement, si cet infâme Gerudo est enfermé au Saint-Royaume, on doit se rendre au Temple du Temps.
- C'est ça. En tant que septième sage, je peux ouvrir le sceau, et nous allons nous rendre dans... la région où il a été enfermé.
- En effet, le faire revenir à Hyrule serait la pire idée du siècle.
Ils montèrent sur leur cheval et se mirent en route. Link était un peu apeuré, à l'idée de la haine que Ganondorf avait à son égard, mais lui-même le haïssait tellement qu'il se sentait plus fort. En plus, avec Zelda et Shayalen à ses côtés, il l'avait dit lui-même, rien ne lui était impossible. Il respira profondément l'air frais de la plaine, en essayant d'oublier ses angoisses.

Zelda se tenait au centre du symbole de la Triforce. Elle prit une longue inspiration et leva les bras au ciel.

Moi, en tant que septième sage et princesse de la destinée,
Je désire ouvrir le sceau qui maintient fermé l'espace
Où gît le seigneur des ténèbres

Tout s'embrasa, d'abord en rouge, puis tout se glaça de bleu. Tout devint vert finalement, et la Triforce brilla d'une lumière d'or intense.
Une colonne de lumière blanche s'éleva autour de la princesse, puis elle rabaissa les bras, invitant les deux autres guerriers à la rejoindre.
Une fois que tous les trois s'étaient placés au centre du symbole, le décor changea, et tout se mit à scintiller des couleurs des sages : le vert, le rouge, le bleu, le violet, l'orange et l'or.
Quand tout cessa de tourner, ils étaient dans le noir, éclairés de lumière bleue. Ils arrivaient à marcher devant eux sans décerner le moindre sol.
Link jeta son regard au loin, et aperçut la grande silhouette noire de Ganondorf...

Il savait que ce dernier avait senti leur présence, et l'aura de sa colère se répandit tout autour de lui, les faisant frissonner. Sa voix grave et noire retentit dans tout l'espace :
- Comme je m'y attendais... le Héros du Temps et la Princesse de la Destinée ne sont pas venus seuls... ils ont amené avec eux une jeune fille que décidément, je n'aurai pas le temps de connaître...
Il eut un rire ténébreux et se retourna. Son visage n'avait pas changé, toujours ces yeux enflammés, ce visage déformé par la cruauté et la haine, et toujours ces vêtements qui semblaient maculés du sang de ses victimes...
- Alors, Shayalen, tu serais venue me défier... et me réclamer ma Triforce !
- De un, ce n'est pas ta Triforce, de deux, je ne la réclame pas, puisque je l'aurai par la force. Et de trois, je ne supporte pas d'entendre mon prénom de ta bouche. Moi, Link et Zelda, on va faire en sorte que tu ne sois plus en mesure de ne rien dire.
Link trouvait ça étrange de tutoyer un être comme Ganondorf, d'autant plus qu'on n'était jamais sûr d'en finir avec lui et qu'il était d'une puissance incroyable. Mais comment se faisait-il qu'il connaissait son nom ?
- Tu m'as l'air bien sûre de toi... mais à propos, Shayalen, ta hanche te fait toujours mal ?
- Comment ? s'exclama Link.
Il ne reçut pas de réponse que la jeune fille se tenait déjà derrière le Gerudo, et qu'un filet de sang coulait de son cou.
Shayalen tremblait de fureur, les poings tellement serrés qu'elle aurait pu garder les cicatrices de ses ongles sur ses paumes pendant des jours.
Lentement, sans se retourner, Ganondorf porta sa main à son cou, et dit calmement :
- Je vois que tu t'es bien remise de cette nuit-là, Shayalen. Tu t'es bien améliorée et entêtée.
- Je t'ai dit de ne pas prononcer mon nom !
- Mais dis-moi, si tu es derrière moi, pourquoi n'en profites-tu pas pour me tuer ?
- Pourquoi ? Parce que, contrairement à toi, je ne tue pas pour le plaisir de tuer. Mais toi, tu ne vas pas mourir sans souffrir. Je veux que tu sentes au moins... un millième de la douleur que tu m'as causée, à moi, à Link, et à tous ces autres innocents !
- Pfft ! Si tu continues à te comporter comme ça, je risque de te faire amèrement regretter tes excès de confiance...
Elle eut une expression coléreuse. Quant à Link, il n'en pouvait plus de curiosité.
- Shayalen ! Tu ne m'avais pas dit que pour ta hanche c'était...
- Ahah ! Elle vous l'a donc caché ! Eh bien, ma douce Sheikah, vous ne voulez toujours pas admettre vos fautes ?
- Je n'y comprends rien, chuchota Zelda.
- Ah, princesse, les images expliquent mieux que les mots ! Mais laissez-moi vous l'expliquer, princesse. J'avais l'intention de supprimer votre amie Sheikah alors qu'elle n'avait qu'une dizaine d'années, sachant qu'elle ne ferait que m'entraver et me voler mon pouvoir quand elle serait plus âgée. Cependant, ses parents faisaient partie des pires assassins qu'il m'eut été donné de voir. Cela aurait été un véritable gâchis, car je voulais qu'ils me rejoignent pour tuer les gens que je leur ordonnerais... ils auraient facilement pu s'infiltrer dans les appartements de la famille royale... cependant, si je tuais leur fille, je pouvais rêver pour qu'ils s'allient à moi... je me suis donc dit qu'un peu de manipulation mentale ferait l'affaire.
Shayalen, qui, jusque là, avait toisé le sol, leva les yeux, blême.
Peu à peu, le décor se brouilla, comme si un autre souvenir avec lequel on ne pouvait interagir se reformait... Zelda, Ganondorf et Shayalen étaient toujours présents. Les faibles éclaircies bleues disparaissaient pour être remplacées par le décor virtuel d'une habitation presque déserte, une nuit. La nuit éternelle qui régnait chez les Sheikahs...
Une petite fille aux cheveux blancs était accoudée à la fenêtre, alors que le tonnerre retentissait et que les éclairs rayaient le ciel.
Une porte s'ouvrit, laissait apercevoir, dans un rai de lumière, les deux silhouettes qui devaient être celles des parents de Shayalen. Leurs yeux étaient d'un rouge flamboyant, mais comme irréel et dénué d'émotion. Sa mère arborait une longue chevelure noire et toisait sa fille, avec le même sourire narquois que Shayalen avait lorsqu'elle s'apprêtait à tuer. Son père avait des cheveux blancs qui lui tombaient devant le visage. Ils étaient très beaux, mais ils avaient quelque chose d'inquiétant : les épées courtes et acérées qu'ils portaient aux avant-bras semblaient aussi aiguisées que leurs corp svelte et alerte.
La petite fille se retourna et Link reconnut Shayalen telle qu'il l'avait vue pour la première fois. Le regard dur, froid et distant, les traits de même comme si elle n'avait jamais ri de sa vie...
L'homme s'avança vers sa fille et... il l'attrapa au cou.
Link comprit alors, avec un frisson d'horreur, que Ganondorf avait manipulé ses parents pour qu'ils tuent leur fille à sa place.
L'homme aux cheveux de neige tenta de lui transpercer le coeur, mais elle parvint à abaisser son bras, et la lame lui transperça sa hanche, du côté gauche.
Il avait le visage neutre et ne cria pas lorsque Shayalen lui prit le poignet, et le lui cassa sans ciller. Elle remit pied à terre.
- Père ? C'est moi, ta fille. M'aurais-tu oubliée ?
Sans rien dire, elle lui taillada le cou et il s'évanouit dans une flaque rouge.
Sa mère ne réagit pas. Quand elle vit le corps de son mari par terre et les mains pâles de sa fille tachées de rouge, elle se transperça le coeur et s'évanouit à son tour.
- Père... Mère... pourquoi ?
Link croyait qu'il allait faire une crise cardiaque.
Enfin, le Ganondorf du passé apparut devant l'enfant.
- Qui êtes-vous ?! Si vous avez quelque chose à voir avec ça !
- Du calme...
La petite fille pleurait.
- Vous les pleurez alors qu'ils étaient sur le point de vous tuer. Pitoyable.
Elle ne répondit pas, gardant la tête baissée.
Ganondorf lui prit le menton, l'obligeant à affronter le regard de quelqu'un.
- Quel gaspillage. Un jour, nos routes se croiseront à nouveau. Et là, je vous supprimerai. Moi, Ganondorf, le maître du monde...
La petite fille sans forces se fit projeter contre un mur, et y resta, en pleurant.
Le décor redevint peu à peu normal, alors que les pleurs de Shayalen se faisaient de plus en plus lointains. Ceux-ci devaient être ses dernières larmes...

Ce fut le silence pendant de longues secondes.
Zelda transmit mentalement à Link : "Nous ne pouvons pas l'affronter maintenant. Shayalen n'est plus en état de vaincre. Rentrons."
Link hocha la tête et partit prendre son amie sous son bras. Zelda les rejoignit et lança au roi sombre :
- Ganondorf, nous punirons tes actes. Plus jamais tu n'auras aucune chance de réapparaître. Jamais.
Avant qu'il ne puisse répondre quoi que ce soit, elle les téléporta.

Assis sur le grand lit à baldaquin de Zelda, cette dernière et Link entreprirent de remonter le moral de la malheureuse Sheikah.
- Tu ne savais pas qu'ils étaient victimes d'un sort, n'est-ce pas ?
Elle fit non de la tête, sans lever les yeux.
- C'est pour cela que tu en parlais avec tant de froideur...
- Pourquoi... pourquoi ? Pourquoi tout ça est-il arrivé ? A moi ? Ils... ils n'étaient plus eux-mêmes... je... ne ressentais... plus rien... mais pourquoi est-ce que j'essaye de me trouver des excuses ? Je ... méprisais le fait qu'ils tuaient... alors que de mes mains... je les ai... je les...
Les cheveux devant le visage, elle pleurait, des larmes froides et brillantes.
- Shayalen, dit Zelda. Ils n'étaient plus eux-mêmes... vous n'aviez pas le choix... ce n'est pas de votre faute.
- Zelda, répondit Link, il faut la laisser pleurer. Les larmes sont devenues tellement précieuses pour elle... elle qui n'a pas pleuré depuis si longtemps, n'essuyons pas ses yeux.
Il remit une de ses longues mèches blanches derrière son oreille, puis observa son visage sans chercher le regard de ses yeux meurtris. Maintenant que sa dureté disparaissait, on pouvait voir comme elle était belle...
- Shayalen, je ne peux pas te laisser seule dans ton désespoir.
- Comme tu as dû souffrir, murmura tristement Zelda. Ça a dû être terrible de rester si longtemps sans se confier...
Elle et Link partirent s'asseoir chacun à un de ses côtés.
- Je ne sais vraiment pas quoi dire, dit simplement Link. A part que je te comprends. Mais ce n'est pas ta faute... je suis vraiment, vraiment désolé.
- Moi aussi, dit Zelda. Sois tranquille. Je ne pense pas être particulièrement bien placée pour dire ça, mais... nous serons toujours là pour toi, quoiqu'il arrive.
Un sourire presque invisible vint éclairer son visage.
- Merci, dit-elle tout bas. Vous... êtes vraiment des amis uniques. J'ai beaucoup de chance de vous avoir.
Ce fut à leur tour de sourire.
- Il faudrait que tu te reposes, dit gentiment la princesse. Tu dois te remettre. Tu peux dormir ici... je vais chercher une chemise de nuit.

Elle revint quelques instants plus tard et lui donna une longue robe bleue.
- Merci. Oh, j'ai l'impression que je vais dormir pendant deux mois...
- N'hésite pas si ça te semble nécessaire. Nous allons te laisser et je vais verrouiller la porte. Bonne nuit.
- Bonne nuit, Shayalen !
- Bonne nuit à vous deux.
Ils l'entendirent bailler en fermant la porte.
Les couloirs, ornés de tapisseries rouges et or retraçant d'anciennes légendes, étaient éclairés de bougies et aucun bruit ne brisait le silence. Tout semblait désert.
- Il me faudra une chambre, dit Zelda. Je t'emmène à la tienne, Link.
Elle avait comme un léger remords dans la voix.
- Zelda, on n'a pas eu une minute à nous depuis que tu as été délivrée. Je voulais te demander quelque chose.
- Quoi donc ?
- Eh bien... j'avais tellement attendu ce moment... je désespérais en pensant que tu étais morte. J'ai parcouru tout Hyrule pour te retrouver... parce que... je t'aime, Zelda.
- Tu... m'aimes ?
- Oui, Zelda. A mourir.
- Mais... je ... moi, aussi, Link. Je t'aime.
- Oh, Zelda... laisse-moi t'emmener quelque part ce soir.
- Où ça ?
- C'est dans la forêt. C'est la source, là où je n'ai cessé de penser à toi.
- C'est... vrai ?
- J'avais juré, entre les larmes, que si tu étais amenée à revenir, je t'emmènerai là-bas. Juste pour une nuit.
- Alors... je viens avec toi.

Le lendemain, assez tard dans la matinée, Zelda et Link se rendirent dans la chambre où avait dormi Shayalen pour prendre discrètement leur petit déjeuner. Shayalen ne dormait pas, mais elle restait couchée en silence. Link lui proposa du thé et elle se décida finalement à se relever.
- Merci, dit-elle faiblement en prenant la tasse blanche et rose.
Elle s'observa dans le liquide rouge foncé. Elle avait le visage brouillé par les larmes.
- Je comprends que tu te sentes mal, dit Zelda, mais il faut que tu manges quelque chose.
- Shayalen, tu ne pouvais rien faire, dit Link. Ganondorf n'aurait sûrement pas levé le sort ! S'ils n'avaient pas été arrêtés, ils auraient tué n'importe qui. On le voyait dans leurs yeux.
La jeune fille reprit son air méprisant en gardant le regard au fond de sa tasse.
- Ne vous en faites pas.
Mais ses yeux se troublèrent à nouveau.
- Ce n'est pas ta...
- Je ne pleure plus de honte. Des regrets... de la haine... Ganondorf m'aurait tout pris... il mourra. Et il ne mourra pas en paix.
Elle vida son thé en trois goulées.
- Tu as bien raison. Ça ne nous rendra pas ce qu'il nous a volé, mais on l'empêchera de recommencer et de prendre d'autres vies. Vous marchez ?
- Et comment ! s'exclama Zelda.
- Je marche.
Ils firent un serment et commencèrent à beurrer leurs tartines.
- Si tu ne veux pas y retourner aujourd'hui...
- Non, l'interrompit-elle. Je ne supporterai pas une seule journée de plus en le sachant en vie, où qu'il soit. Je veux qu'on y retourne dès que possible.
Elle mordit rageusement dans son petit pain.
- Tu as l'air déterminé. Alors si toi et Zelda êtes d'accord, je propose qu'on y aille en début d'après-midi.
- C'est d'accord.

* * *

- GANONDORF ! Je viens te dérober ton pouvoir.
Le roi des Gerudos se retourna et eut un rire ténébreux en voyant la jeune fille aux longs cheveux accompagnée de Link et de Zelda.
- Eh bien, déjà de retour ? Toujours aussi décidée ? Ah ah, un meurtre supplémentaire ?
- TAIS-TOI ! Tu veux mourir ?
Ganondorf se tut.
- Vous voulez vraiment en finir ?
- C'est ça. On va t'envoyer brûler en enfer !
- Vraiment ?
Il s'approcha d'elle en lévitant et lui attrapa le cou, mais avant qu'ils n'aient pu faire quoi que ce soit, Shayalen lui retourna le poignet avec un craquement à retourner le coeur. Mais Ganondorf semblait n'avoir rien senti. Cependant il la lâcha.
- Tu ne sembles pas plaisanter, Shayalen. Mais penses-tu vraiment pouvoir me vaincre comme ça ?
Il soigna son poignet en quelques secondes.
- Ganondorf, ce serait un pur gâchis de te montrer tout ce dont je suis capable maintenant. Je veux que tu sentes la douleur... je veux t'entendre souffrir, je veux t'entendre te plaindre ... Autant profiter du moment où on pourra se venger de tout le mal que tu as fait au peuple d'Hyrule...
Leur différence de taille ne changeait pas la haine qui se lisait dans leur regard enflammé. Link et Zelda se sentaient comme hypnotisés par ces deux adversaires qui semblaient se détester plus que le feu et la glace. Les deux semblaient échanger des messages imperceptibles, alors que leurs membres frémissaient de l'envie qu'ils avaient de relâcher toute la force qu'ils avaient en eux.

Au même moment, Link et Zelda se parèrent à l'attaque. Link dégaina son épée qui étincelait dans le noir, alors que Zelda faisait apparaître des étincelles au bout de ses doigts.
Shayalen recula de quelques pas.
- C'est parti.
Ganondorf eut un rire sonore et démoniaque en levant le bras, au bout duquel une grande boule bleue apparut, et il la projeta à pleine vitesse vers Shayalen, qui l'esquiva en sautant.
Link lui cria :
- Shayalen, attrape !
Et il lui lança son épée Sheikah. Elle l'attrapa au vol et lui lança un clin d'oeil avant de disparaître du champ d'atterrissage d'une autre sphère lumineuse, qui explosa au contact du sol.
Zelda, en retrait, lançait des boules de feu et des torrents de glace, qui semblaient, tout au plus, déstabiliser Ganondorf. Link et Shayalen se battaient au corps à corps avec lui et ce ne fut bientôt plus qu'une explosion d'étincelles, de bruits métalliques et de sifflements d'air. Link aussi se sentait gagné d'une joie farouche en faisant bien comprendre à travers ses attaques qu'il en avait assez des desseins sombres du Gerudo qui semait la terreur dans les terres d'Hyrule. Et la haine semblait avoir donné à Shayalen encore plus de force et de fureur.
Toutefois, Ganondorf s'entoura d'une bulle de protection qui s'embrasa au contact de ses adversaires. Ces derniers furent projetés dans trois directions différentes.
Link s'était bien remis et s'était relevé avant les autres.
- Ah ouais ? Tu veux jouer à ça ?
Il s'approcha d'un pas menaçant vers son ennemi et commença à murmurer une incantation.

Par les trois pouvoirs sacrés, Din, j'invoque ta force dans toute sa puissance enflammée...

Il s'était levé fièrement alors qu'il envoyait une énorme sphère de feu, qui atteint Ganondorf de plein fouet.
Celui-ci hurla et disparut pour réapparaître subitement derrière Link, armé d'une lance à la lame noire. Il tenta de le transpercer mais Link l'évita de justesse. Avant que le jeune homme ne se remette debout, il l'avait refrappé, et avait visé juste sans pour autant le tuer. Il était à moitié assommé et n'arriva pas à se lever quand le seigneur du malin tenta à nouveau d'en finir avec lui. Juste avant que la lame ne l'atteigne, Sheik s'était précipité sur lui et mis hors de portée.
- Reste-là, Link.
- Zelda...
- Non, ne me remercie pas. L'avenir du monde se joue.
Sur ce, Link regarda la princesse repartir au combat sous sa forme masculine de Sheikah.
Shayalen s'était blessée lors du choc précédent et achevait de se soigner, mais quand elle vit que Link agonisait presque, le visage crispé tâché de sang, elle se précipita à son secours.
- Link ! Non !
- Shayalen, va te battre !
- Tu saignes terriblement... je vais tenter de te soigner.
- Quoi ? Mais sur quelqu'un d'autre que toi ça va te... tu as besoin d'énergie, Shayalen !
- Chut ! Serre les dents, Link.
Elle passa ses bras au-dessus de lui, alors qu'une brume mêlée d'étincelles violettes s'agrandissait autour de sa plaie. Elle piquait la peau, mais Link sentit peu à peu que la douleur s'atténuait. La jeune Sheikah fronçait de plus en plus les sourcils, au fur et à mesure que la blessure se refermait. Mais cela durait et le front de la guerrière commença à se couvrir de sueur.
- Shayalen, arrête !
Il la repoussa vivement.
- Tiens, bois ça.
Il lui tendit un flacon rempli de liquide bleu qu'elle but en faisant la grimace.
- C'était bien parce qu'il le fallait. Ces trucs ont un goût abominable.
- Bon, vous allez vous bouger un peu ?! hurla Sheik qui revenait dans ses gymnastiques.
- C'est ça, t'as raison, marmonna Link dont la blessure n'était pas totalement guérie.
- Aaaaaah !
- Sheik ! Oh, non, Ganondorf !
- Link, du calme ! s'écria Shayalen. Sheik n'a pas l'air blessé et à ce rythme, ça peut durer encore longtemps ! C'est le moment de lui montrer l'attaque finale !
- Quoi ? Mais si on la rate ?...
- Ça suffit ! Link, Sheik, en position !
- Pour qui vous prenez-vous ? hurla l'homme noir. Je vais vous faire regretter votre aisance ! Vous ne perdez rien pour attendre !
Il leva sa lance, au bout de laquelle une sphère noire commença à grandir, jusqu'à prendre des dimensions effrayantes.
Sheik se mit à faire des mouvements divers, et, dans un torrent de lumières et d'étoiles, il redevint la radieuse princesse Zelda. Cette dernière se dirigea à la gauche du roi sombre, Link à sa droite, et Shayalen devant lui. Tout de suite, ils prononcèrent l'incantation finale.

Din, Nayru, Farore,
Nous invoquons, enfants spirituels, vos trois forces divines,
Que puissance, sagesse et courage,
Ne fassent qu'un dans nos esprits,
Afin que le mal abandonne à la vie.

Aussitôt, au moment même où la magie noire de Ganondorf explosa, Shayalen s'enveloppa de rouge, Link de vert, Zelda de bleu. Ces trois auras les protégèrent en grande partie du choc et la Triforce apparut sous eux, en or. Ils s'immobilisèrent un instant, et là, ils relâchèrent leur entière puissance sur le seigneur du mal, par leur épée et leur magie.
Une lumière intense les empêcha de voir quoi que ce soit et on n'entendit plus que le cri effroyable de Ganondorf, qui s'éteignit en même temps que la lumière.

Link, Shayalen et Zelda scrutaient le corps mort de Ganondorf, d'où une faible lumière s'échappa. Une minuscule lueur vint se loger sur le coeur de la jeune Sheikah, puis elle regarda le dos de sa main gauche : une Triforce y brillait, le triangle du haut plus étincelant que les autres.
Puis tous les trois eurent un sourire radieux, malgré leurs blessures. Shayalen lui coupa un morceau de sa cape, le fourra dans une de ses poches, et puis un vent doux les entoura.

Tous les trois se retrouvèrent dans le splendide Jardin de Farore. Les trois déesses étaient présentes, le visage rayonnant.
- Vous avez réussi, murmura Din. Oh, comme je suis fière de vous. Vous méritez bien de posséder à vous trois la force ultime.
Les trois détenteurs jetèrent à nouveau un coup d'oeil au dos de leur main, les triangles sacrés y brillant.
- Ganondorf ne risque plus de réapparaître, maintenant, continua Nayru. Hyrule va vivre paisiblement... pour toujours.
- Mais surtout, ajouta Farore, la légende va se poursuivre.
- Que voulez-vous dire ? demanda Link.
- Rappelez-vous la légende... si celui qui trouve la Triforce a une âme tourmentée... Hyrule ne sera plus que Ténèbres. Si son détenteur a l'âme pure comme du cristal, Hyrule deviendra le Paradis. Vos trois âmes le sont.
- Voulez-vous dire... qu'Hyrule va connaître l'âge d'or ?
- Oui, Zelda, dit tendrement Nayru.
Leurs visages rayonnèrent. Link pensait que ce n'était qu'un conte...
Farore reprit la parole.
- Dans trois jours exactement, vos trois voeux seront exaucés. Link, toi d'abord.
Link ferma les yeux.
- Je souhaite que la violence disparaisse et qu'on ne se voit plus jamais contraint de tuer.
La Triforce sur sa main brilla.
- A toi, Zelda, dit Nayru.
Elle joignit les mains et ferma les yeux à son tour.
- Je souhaite que l'amour et l'amitié ne laissent plus jamais place à la haine.
Son symbole s'illumina aussi.
- A toi, Shayalen, finit Din.
Elle ferma les yeux, un léger sourire sur le visage.
- Je souhaite que mon peuple revienne, pour qu'il puisse profiter, comme tout le monde, d'une contrée aux couleurs ravivées.
Sa Triforce brilla elle aussi. Puis il y eut un flash aveuglant.
La lumière ayant faibli, Nayru reprit la parole.
- Link, Zelda, moi et Farore avons quelque chose pour vous.
Les deux grandes déesses firent apparaître un écrin argenté qu'elles tendirent au jeune homme. Il l'ouvrit et il sourit de bonheur. Il renfermait deux anneaux d'argent, simples, l'un d'eux serti d'une pierre bleue.
- Quand j'y ai pensé la première fois, je me suis dit que j'aurais voulu le faire devant les déesses en personne... mais je n'aurais jamais cru ça possible.
Il s'agenouilla devant la princesse et lui prit la main.
- Zelda, veux-tu m'épouser ?
Elle répondit radieusement :
- Link, je le veux... je t'aime tellement, tellement fort.
Il se releva sans lâcher sa main.
- Din, Nayru, Farore... je voudrais que vous veniez à notre mariage.
- Link... je te le promets, dit Farore.
- Et toi aussi, promets-moi que tu viendras. Et sans te cacher les yeux.
- C'est d'accord. Promis.
La félicité la plus parfaite envahit leur coeur. Tout s'était terminé. Shayalen, elle, avait tellement changé. Elle avait de nouveau la capacité de rire et de pleurer. Link trouvait que cette quête avait été des plus excitantes et enrichissantes. Rien ne pouvait plus ternir sa joie : il avait comme à nouveau sa mère, s'était créé une amitié inébranlable, et avait retrouvé l'amour de sa vie.
Ah, que diraient ses amis, et Impa surtout, en la voyant ? Il ne pouvait plus attendre.
- Farore ? Je... voudrais rentrer au palais.
- Oui. C'est tout à fait compréhensible, ne prends pas cet air coupable, Link ! Allez, venez, vous trois !
Les trois merveilleuses femmes les entourèrent et une brise douce et verte les enveloppa. Les fleurs tropicales se firent bientôt remplacer par les tulipes de la cour de Zelda. Assise sur un banc, sous un arbre, se tenait Impa.

Deux doigts devant la bouche, elle sifflait la berceuse de la princesse et ne semblait pas les avoir vus arriver. Zelda s'approcha lentement d'elle et Impa leva la tête. Elle ne semblait pas en croire ses yeux.
- Zelda...
- Impa !
Elle se leva et la princesse se précipitait dans ses bras.
- Zelda, comment est-ce possible ? dit-elle en pleurant de joie. Tout le monde avait perdu espoir...
- Nous t'expliquerons tout. Oh, Impa, que je suis heureuse !
- Zelda, tu m'as tellement manqué ! Mais que dira Link !
- Je suis déjà au courant.
Impa lâcha la princesse et vit les deux guerriers rayonnants.
- Eh bien, il faudra vraiment qu'on m'explique !
Ils entrèrent en riant dans les murs du château.

On apprit la nouvelle à tout le monde et on alluma un grand feu dans la plaine, puis Link et Shayalen (qui s'était décidée à révéler son vrai prénom) racontèrent l'histoire à tous leurs amis. Tous furent émerveillés par le courage dont ils avaient fait preuve. Ils racontèrent leur aventure dans les moindres détails, tout en gardant le silence sur le jardin des dieux. Puis ils passèrent la nuit suivante au château.

Zelda et Shayalen étaient accoudées au balcon de la chambre de la princesse. Elles regardaient avec admiration le ciel étoilé et la pleine lune, d'une couleur bleutée.
- Zelda... je me sens tellement différente, maintenant. Il y a quelques mois, jamais je ne me serais crue capable d'admirer le ciel comme ça.
Elles portaient toutes les deux une robe de soie rouge et s'étaient fait un bain somptueux la veille. Leurs longues chevelures semblaient flotter au moindre souffle du vent nocturne.
- Je t'aime bien, Shayalen, dit Zelda. J'admire comme tu as surmonté tant d'épreuves dans ta vie. Moi, j'ai parfois un peu honte de laisser Link me sauver sans rien faire. J'ai tendance à me sentir... faible.
- Ce n'est pas vrai, Zelda. Ne crois jamais personne qui te dit ça. C'est normal que Ganondorf t'en veuille, après tout, c'est toi qui possèdes la Triforce de la sagesse.
- Mais... je n'ai jamais rien pu faire pour me défendre... seule. Quand je pense à tout ce que toi et Link avez fait pour me retrouver, tous les dangers que vous avez dû braver, alors que moi, je dormais paisiblement dans une bulle de verre...
- Ne t'accuse pas, Zelda. Tu as fait preuve d'une bravoure exceptionnelle lors du combat contre Ganondorf. Si tu ne l'avais pas sauvé, Link serait mort à l'heure qu'il est.
- Merci, Shayalen.
Elle reprit après un moment.
- Ah, demain soir, je me marie... déjà. Et Hyrule va se transformer...
Son sourire s'agrandit et Link arriva, tout habillé de bleu.
- Ah, comme le ciel est beau.
- N'est-ce pas ?
Link s'avança et admira le ciel avec elles.
- Que pourrait-on espérer de plus ?
- Rien du tout. Seulement que ça dure. Je n'ai jamais été aussi heureuse. C'est une belle nuit. Voudriez-vous que je vous laisse ?
- Eh bien, si ça peut t'arranger, où si ça ne te dérange pas, Shayalen.
Elle s'exécuta et se rendit à la chambre voisine. Il y régnait la lumière de quelques bougies et le lit était trop bien fait. Après l'avoir rendu un peu plus froissé, elle partit s'asseoir devant la coiffeuse et s'observa, pensive, dans la glace. Quel changement dans son visage ! Avant, on pouvait décerner la peine et la colère dans ses traits glacés. Ses yeux cramoisis, toujours éveillés, et pourtant tellement tristes, s'étaient adoucis. Son aventure l'avait changée, sans pour autant briser sa personnalité réservée et son goût de la solitude.
Ce soir, elle pouvait voir son regard plus tiède et ses joues assouplies. Elle était plus heureuse maintenant.
Elle partit s'allonger sur son lit, en pensant vaguement à ce que faisaient Link et Zelda en ce moment. Elle ne savait pas ce que ça faisait d'éprouver des sentiments d'amour pour une personne, et elle n'était pas sûre d'avoir envie de savoir. Elle n'était pas près d'oublier les souffrances de Link quand il était loin de Zelda. Elle n'avait jamais aimé personne et de toute façon, elle doutait que quelqu'un puisse briser les murs de son esprit, et ça depuis le début. Mais elle n'avait pas oublié ce qu'elle avait ressenti au sanctuaire du nord.
Finalement, elle se téléporta dans la plaine et appela son cheval qui arriva dans un bruit de vent. Il approcha son museau de Shayalen, sentant que quelque chose avait changé en elle.
- Bonsoir, mon gentil Gema, dit-elle en lui caressant le front. Est-ce que toi, tu as jamais aimé qui que ce soit ? Moi, jamais. Et pour ainsi dire, je n'en ai pas trop envie.
Elle passa tendrement ses doigts blancs dans sa crinière de jais.
- Et je n'ai pas la moindre idée de ce que tu fais, toi, quand je te laisse dans la plaine. Allez, viens, on va se balader.
Elle grimpa sur son dos et lança le triple galop. La vitesse faisait voler ses cheveux à presque un mètre derrière elle et le vent lui fouettait le visage. Elle aimait cette sensation de courir comme ça, à toute vitesse, sans but.
Mais cette fois, elle en avait un bien précis, car elle avait pris avec elle le morceau de cape de Ganondorf.
- Gema, en route pour le désert !
Le cheval courut à toute vitesse en direction de l'ouest, où la roche désertique de la vallée Gerudo commençait à s'imposer.
Elle prit la direction de la forteresse, où quelques femmes rousses montaient la garde. Elle passa discrètement la porte et entra sans bruit à l'intérieur. Là, devant un feu de cheminée et sur des coussins de velours rouge, elles discutaient et montraient les bijoux qu'elles avaient sans doute volés pendant la journée.
- Je vous dérange pas ? demanda-t-elle à haute voix.
Les belles femmes se tournèrent vers elle. Une d'elles se leva.
- Tiens, tiens, vous avez vu, les filles ? On a de la visite.
Elles eurent des rires mauvais en la voyant.
- Tu ne serais pas la Sheikah de l'autre jour ? demanda celle qui s'était levée.
- C'est exact, dit Shayalen d'un ton posé.
- Et qu'est-ce qui t'amène chez les Gerudos ? Tu sais ce qu'on en fait, nous, des intrus ?
- Pour sûr. Figurez-vous que je vous amène une grande nouvelle.
- Ah oui ? Et de quel genre ?
- Votre roi est mort. A cause de moi.
Et sur ce, elle laissa tomber le morceau de cape aux pieds de la Gerudo.
Elles prirent un air effaré, qui tourna vite en une colère noire.
- Tu vas nous le payer !
- C'est aussi pour ça que je suis venue. Pour vous provoquer en duel et atténuer mon désir de vengeance.
- Tuer notre grand roi ne t'a donc pas suffi ?! demanda l'une d'elles en tremblant.
- Grand roi ? Je vous détromperai une fois que j'en aurai fini avec une de vous, qui n'avez pas l'air aptes à discuter pour le moment.
- Parfait ! On n'a qu'à appeler Lena, elle seule pouvait rivaliser avec le seigneur Ganondorf ! Et là, tu vas comprendre la puissance des femmes des sables...
Elles crièrent son nom et la guerrière descendit des escaliers sombres. Ses cheveux attachés en queue relevée lui descendaient presque aux genoux, et, contrairement aux autres, elle était vêtue d'une tenue d'un blanc immaculé et de bijoux d'argent. L'agressivité de ses yeux était décuplée par sa fureur.
- J'ai tout entendu, dit-elle. Alors comme ça, le grand Ganondorf est mort ?
Elle dégaina deux longs katanas argentés.
- Tu l'as dit toi-même, tu as tout entendu ! répliqua Shayalen avec insolence. Bon alors, on le commence, ce combat ?
- Ton insolence va payer, répondit Lena d'un ton glacial. En garde !
Shayalen sortit son effrayante lame noire de son col.
On ne pouvait pas être plus direct que Lena. Elle n'avait pas compté une seconde qu'elle était déjà au corps à corps avec son adversaire Sheikah. Certes, pensa Shayalen, elle se bat très bien. Mais ses coups sont trop droits.
Elles ne se rendaient pas compte de la vitesse de leur duel : elles n'apparaissaient aux autres filles que comme un tourbillon rouge et blanc.
Chacune avait confiance en ses mouvements, tout en sachant qu'un mauvais mouvement pourrait leur coûter la vie. Mais elles se protégeaient à chaque attaque de l'autre, bien que les mouvements libres et souples de Shayalen misaient bien plus sur l'offensive que sur la défense.
- Prends ça, murmura Lena.
Elle prit son élan et se mit à lancer ses sabres tournoyants qui encerclèrent la jeune fille.
- Oh, vraiment ?
Alors que Lena rattrapait ses épées et l'enferma dans un cercle de lames sifflantes, elle garda son épée immobile dans les airs, et elle fendit les katanas en deux.
- Perdu !
Shayalen en profita pour la dégager d'un mouvement circulaire qui la fit tomber au sol, accompagnée du bruit métallique des lames brisées.
- D'autres amateurs ? demanda-t-elle rageusement en pointant son épée vers elles. Où êtes-vous résignées à m'écouter ?
Elles répondirent par le silence. Jusqu'à ce qu'une petite voix craintive réponde :
- Oui, on t'écoute.
Elles tournèrent la tête et aperçurent une petite fille rousse qui descendait des escaliers.
- Mia, que fais-tu ici ?!
- Je... voulais entendre... comment le méchant Ganondorf est mort...
Elle se tourna vers Shayalen.
- Est-ce que... tu as tué ma maman ? demanda la dénommée Mia à Shayalen.
Il y eut un moment de silence.
- C'était ta mère ? Non, je ne l'ai pas tuée. Mais elle a failli.
Elle était un peu troublée par cette voix puérile et innocente, mais ne laissa rien paraître.
- Bien, continua-t-elle, comme Mia semble apte à m'écouter, je vais vous révéler la nature du grand Ganondorf. Cet homme infâme pillait les femmes et les enfants.
Les Gerudos prirent un air des plus déconcertés.
- Il a créé une armée de monstres et maudit les cinq temples.
Elles furent vraiment stupéfaites.
- Il a tué et manipulé des gens, mes parents, entre autres.
Leurs visages prirent une pâleur inquiétante.
- Il se serait volontiers débarrassé de Nabooru.
Grand nombre d'entre elles plaquèrent leurs mains contre leur bouche.
- Comment pourrait-on te croire ?
- Parce que je ne me serais pas donné la peine de venir pour raconter un mensonge.
- Et par mon approbation, ajouta une voix.
- Nabooru l'exaltée !
Cette dernière s'approcha gravement.
- J'étais sûre de pouvoir compter sur toi pour le leur dire à ma place, déclara-t-elle à Shayalen. Et apparemment tu as employé les grands moyens...
Elle contempla Lena, affalée sur le tapis.
- Saika ! Tany ! Emmenez-la dans ses appartements. Quant à toi, Shayalen, tu viens discuter avec moi. Mia, tu peux retourner au dortoir.
La petite fille repartit au pas de course, alors que Shayalen suivait Nabooru dans ses appartements, tout décorés de rouge et d'or.
- Assieds-toi, dit-elle en pointant une natte basse.
Elle obéit et regarda Nabooru avec appréhension.
- Je sais ce qui t'a poussée à faire ça. Cependant, je suis déçue de voir à quel point tu hais mon peuple.
La tristesse neutre de sa voix fit un peu mal au coeur de la Sheikah.
- Vous avez l'air différente d'elles, Nabooru. Vous étiez de notre côté depuis le début, n'est-ce pas ?
- Oui, en effet. Mais elles croyaient les paroles fourbes de Ganondorf, et du coup, elles lui obéissaient. J'étais partie au Temple de l'esprit quand elles t'ont emmenée, et je dois dire que leur aptitude m'a profondément déçue. Je comprends que tu aies voulu te venger d'elles, mais elles savent la vérité, maintenant, j'espère que ça apaisera ta colère. Je sais que tu n'es pas cruelle.
Elle baissa la tête pendant quelques secondes, puis finit :
- Je pense que tu devrais rentrer au château. On va se faire du souci pour toi.

- Qu'est-ce que tu fabriquais, hier soir ?
- Je, euh... me baladais.
Link et Shayalen discutaient dans un des couloirs où les lumières matinales commençaient à se répandre.
- Parce que tu penses que je vais te croire ? Tu nous as flanqué une de ces peurs...
- Tu ne me crois pas capable de me débrouiller seule, alors ? Dommage, je croyais avoir fait mes preuves.
- Oh... pardonne-moi, je suis vraiment, vraiment désolé...
- Mais c'est pas grave, Link ! s'écria-t-elle en lui tapotant l'épaule.
- Au fait, qu'est-ce que Zelda est en train de faire ?
- Voyons, Link, elle essaye sa robe de mariée...
- Oui, bien sûr, j'avais oublié.
Il rit en se frottant derrière l'oreille.
- ... Est-ce que ça va ? Tu as l'air soucieux.
- Oh, rien, c'est juste le stress.
- Pourquoi ?
- Tu comprendras quand tu seras grande.
- Ah oui, d'accord ! Tu m'excuses, j'ai deux trois petites choses à faire à l'extérieur.
- Tu me laisses tout seul ?
- C'est ça. A bientôt !
Et avant que Link ait pu dire quoi que ce soit, elle avait tourné l'angle du couloir.
Il s'adossa au mur avec l'intention de replonger dans ses pensées quand une voix l'appela.
- Hé, Link, par ici !
C'était Saria, Darunia et Ruto qui l'appelaient.
- Qu'est-ce que vous faites là, vous trois ?
- On a un truc super pour toi ! s'écria Ruto. Allez, viens !
Elle lui attrapa le poignet et ils l'embarquèrent dans une petite salle reculée.
- Regarde ça ! lui dit Saria.
Elle déploya sous ses yeux une tenue blanche comme neige qui sentait la propreté composée d'une longue chemise et d'un pantalon qui se séparait en deux vers la cheville.
- C'est assez joli...
- On est venus faire les ourlets ! déclara Darunia.
- Ah, parce que tu t'y connais, toi, en couture ?
- J'ai reçu des leçons de dernière minute par ces deux-là...
Saria et Ruto se mirent à rire en sortant des épingles, du fil et des ciseaux.
- Allez, enfile ça ! Je n'arrive pas à croire que tu te balades encore dans le château avec cette tunique Kokiri !
- Mais j'aime cette...
Il fut interrompu par Darunia qui lui retira sa tunique et son bonnet, si bien qu'il ne portait plus que ses collants et sa chemise blanche.
- Mais...
Elles lui passèrent la tenue blanche et raidie, l'empêchant de donner son avis, et elle lui tomba nettement plus bas que les pieds et les mains.
Il se résigna à se taire, alors qu'on s'affairait à lui raccourcir les manches.
- Vous vous mariez à minuit, alors ? le questionna Ruto, la bouche pleine d'épingles.
- Oui. Aïe, Darunia ! Vous serez là sans faute j'espère ?
- Pour qui tu nous prends ? Je ne vais pas rater le mariage de mon frère de sang tout de même ?
- Lui crie pas dessus, Darunia ! C'est normal qu'il stresse !
- Enfin quelqu'un qui compatit ! dit Link d'un air malheureux. Shayalen m'a laissé tomber comme une chaussette.
- Oh, pauvre jeune homme maltraité ! dit Saria en riant.
- Ah, Ruto, tu ne peux pas savoir comme je t'adore...
- Oui oui, je t'aime moi aussi, ajouta la petite fille.
Ils rirent encore et continuèrent leurs activités, alors que tout le château se préparait à l'événement du soir.

* * *

Minuit moins cinq.
Link attendait au bout du tapis rouge et or qui se tenait entre deux buissons de roses blanches, dans le jardin du château. Il portait sa nouvelle tenue et cette dernière achevait de le rendre plus nerveux qu'il n'avait jamais été. La tradition voulait qu'il fasse lui-même sa déclaration à sa future épouse et ne savait pas par quelle phrase commencer. Ses amis lui avaient dit qu'une fois qu'il se serait lancé, il oublierait tout et ça irait encore mieux qu'il se l'imaginait. Pour se changer les idées, il observa les sages qui venaient d'arriver à sa droite. Ils avaient tous revêtu de splendides tenues de fête de la couleur de leur élément. Il fut tout particulièrement surpris de voir Impa dans une longue robe qui prenait différents tons violets selon son angle à la lumière, et elle s'était détaché les cheveux. Il aperçut tous ses amis, dont Malon qui portait une ravissante tenue blanche et rose. Il fut soulagé de voir qu'on ne le toisait pas, mais lui recherchait précisément un groupe de personnes, et se demanda dans un état de nervosité si Shayalen allait revenir. En attendant, il observa autour le jardin magnifiquement décoré : les buissons de fleurs, les arbres, la lune et les allées de gravier étaient éclairés par de douces lumières magiques. Enfin, il aperçut son amie qui arrivait en courant. Elle avait revêtu sa robe Kokiri et avait accroché une fleur rose dans ses cheveux blancs où quelques lucioles de la forêt brillaient encore. Elle était accompagnée de deux petites fées : une dorée et une argentée qui étaient Dora et...
- Navi...
Il sourit en voyant la petite fée bleutée qu'il croyait disparue. Il aperçut également, accompagnant Shayalen, une petite fille... rousse ?
Cette dernière lui fit un timide signe de la main. Bien qu'il ne la connaissait pas, il lui renvoya son sourire.
Alors qu'elles allaient joyeusement se placer pas trop loin des sages, il aperçut trois jeunes filles qui arrivaient de nulle part. La première, habillée de rouge, en appela une autre tout en bleu, suivie de celle en vert qu'il avait vue au bourg d'Hyrule. Les trois lui firent un signe de la main avec un grand sourire, et partirent se placer à côté de Shayalen, non sans attirer le regard des autres convives. Link, quant à lui, fut si heureux de voir que Farore avait tenu sa promesse...
Il sursauta en entendant sonner minuit. Tout le monde se tut, alors que la princesse Zelda s'avançait. Jamais elle n'avait été aussi radieuse. Ses longs cheveux d'or brillaient tout autant que son regard légèrement fardé de bleu. Sa robe d'un blanc pur devait sans doute luire par magie. Et les bras gantés de la princesse tenaient un bouquet de roses rouges comme ses lèvres.
Link, la voyant s'approcher de lui, oublia tout, et de toute façon, quelle importance ? Il ferait sa déclaration comme elle venait, ça n'avait rien à voir. Alors que son coeur commençait à s'embraser, elle monta les marches et lui prit la main. Elle n'avait pas de mots pour exprimer son bonheur. Lui la regarda, rayonnant, et se tourna vers les invités présents.
- Bonsoir à tous, dit-il d'un ton léger. Vous êtes ici présents car... Zelda et moi, Link, ne voulons faire plus qu'un, et passer le reste de notre vie ensemble, liés par le mariage... maintenant qu'elle est à nouveau parmi nous, je lui promets, de tout mon coeur, que quoiqu'il arrive, je l'aimerai toujours et je ne la trahirai jamais.
Il se tourna vers elle.
- Zelda... c'est ici que je te le demande, devant tous nos proches... veux-tu m'épouser, Zelda ?
- Oui, Link, ce n'est plus que la seule chose que je désire...
- Zelda...
Il lui passa l'anneau d'argent au doigt, qui redoubla d'éclat. Elle le regarda, et doucement, il leva son voile et l'embrassa longuement, éperdu d'amour, les yeux clos. Jamais plus il ne la quitterait, jamais, peu importe ce qu'il en adviendrait... ils étaient liés pour toujours, à présent. Son âme, son visage, son corps, il avait tout pour ne plus jamais être malheureux comme il l'avait été, seulement quelques jours auparavant.
Il la lâcha à contrecoeur et observa la foule. Tout était pareil, mais en même temps, tout était différent... les fontaines brillaient plus, les fleurs étaient plus épanouies, l'herbe plus touffue, et tous les visages qui les regardaient restaient les mêmes, mais comme plus lumineux. Il tourna les yeux vers le ciel, et ne put s'empêcher de remarquer que les étoiles brillaient avec plus d'éclat qu'avant. Est-ce que la prophétie venait de se réaliser ?

On fit la fête toute la nuit, à l'intérieur comme dans le jardin. Tout le monde dansait, jouait, bavardait et mangeait dans la bonne humeur. Link et Zelda dansaient la valse ensemble et ne se quittèrent pas de la soirée, éclatants de beauté et de lumière. Chacun des deux ne parlait pas beaucoup, ils se disaient tous les mots d'amour par des regards et des caresses.
Ce fut une des plus belles fêtes qu'on avait pu voir. Tout le monde riait aux éclats en regardant Darunia, Ruto et Saria qui dansaient la macarena maladroitement. On fit plus tard une pause musicale où l'on jouait de la musique et invitait n'importe qui à chanter. Saria et Nabooru se portèrent volontaires pour chanter gracieusement un air romantique, alors que Malon vint chantonner plusieurs musiques qu'elle avait composées, qui enchantèrent tout le monde.
Shayalen, quant à elle, fut perdue de vue un instant. Certains auraient juré l'avoir aperçue discuter avec un superbe jeune homme aux cheveux rouges...

Epilogue   up

- Eh bien, Shayalen alors tu t'en vas ?
- Ecoute-moi, Link. Je vais emménager au village de mes ancêtres, Cocorico.
- Ah bon ? Je pensais que tu allais vivre au château.
- Je te remercie... mais cet endroit est bien trop grand pour moi. L'or et la soie ne me conviennent pas...
- Si c'est ce que tu souhaites. Après tout, tu n'es pas si loin.
- Merci pour ta compréhension. Je vais faire autre chose avant d'emménager. Je vais sceller mon arme dans le cimetière du village. C'est un objet destiné à la guerre et je ne voudrais pas qu'il éveille de sombres idées. Personne ne la trouvera sans mon consentement.
- C'est une bonne idée. Je vais faire la même chose avec l'épée de légende.
- On y va ensemble ?
- D'accord !
Ils gagnèrent l'allée menant au Temple, repensant à la première fois où ils s'étaient rencontrés. Ils ne se connaissaient presque pas et Link n'avait pas la moindre envie de cohabiter avec cette fille ténébreuse... qui était devenue si différente.
Ensemble, ils longèrent un bassin rempli d'eau bleutée où nageaient des poissons aux nageoires en voiles. Le soleil faisait scintiller en or les feuilles des arbres et les fleurs s'épanouissaient dans un parterre vert et rose.

Link regarda la jeune fille se déplacer au loin, en direction du pied de la montagne. Elle prit l'allée sablonneuse et passa sur le pont, en dessous duquel la rivière fraîche et calme laissait tranquillement flotter des cygnes. Sans avoir connu Link, elle n'aurait sûrement jamais vu comme c'était beau. Elle regarda sa main gauche avec un sourire et, sans sortir de ses pensées, monta les marches du village.

FIN   

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Samantha". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

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Mis à jour le 30.05.26