mis à jour 05.10.08
 
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The Legend of Zelda: Le prisonnier du temps

Ecrit par El Wap


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Chapitres 1 à 28   -   Chapitres 29 à 52   -   Chapitres 53 à 77

Chapitre 53 : Le traumatisme de Rick
Chapitre 54 : Le ver des sables
Chapitre 55 : Départ
Chapitre 56 : Blessures indélébiles
Chapitre 57 : Les doutes
Chapitre 58 : C’était trop facile
Chapitre 59 : Le sort
Chapitre 60 : Le destin de l’élu Chapitre 61 : Le juge
Chapitre 62 : Un esclave
Chapitre 63 : La vengeance est un plat qui se mange froid
Chapitre 64 : Au pays du poisson-rêve
Chapitre 65 : Guide pratique des premiers-nés
Chapitre 66 : Un monde gelé
Chapitre 67 : Celui qui viendra...
Chapitre 68 : Silence de glace
Chapitre 69 : Tu es de ma famille
Chapitre 70 : Amère trahison
Chapitre 71 : Départ pour l’ultime combat
Chapitre 72 : La belle aux glaces dormant
Chapitre 73 : Le temps s’écoule comme un ruisseau
Chapitre 74 : Leïa... je suis ta mère
Chapitre 75 : Lorsqu’on a tous les pouvoirs...
Chapitre 76 : Le choc des titans   NOUVEAU !
Chapitre 77 : La fin de la malédiction   NOUVEAU !
Epilogue   NOUVEAU !


Chapitre 53 : Le traumatisme de Rick   

Link galopa toute la nuit. L’angoisse de voir sa quête s’éterniser lui donnait des ailes. Cependant, en arrivant à proximité de son camp, il ne put résister à l’envie de dormir. Il passa donc une nuit seul dans son vieux campement. Il y dormit comme une masse, tout en rêvant de joyeuses veillées avec sa bande de voleurs de grand chemin ainsi que de sa bien-aimée.

Le lendemain, ou plutôt l’après-midi suivant (car il se réveilla vers cinq heures de l’après-midi), il fut en pleine forme pour accomplir la suite de sa mission. Il retrouva rapidement l’arbre Mojo et Fado qui l’envoyèrent récupérer l’émeraude Kokiri dans la hutte des savants fous où Pythagore s’efforçait de trouver des enchantements pour augmenter les pouvoirs de la pierre. Après avoir chaleureusement salué Thalès et récupéré la deuxième clef du saint-royaume, Link prit cette fois-ci le chemin de la citadelle des nuages. En chemin, il eut l’occasion de rencontrer les frères forestiers. En souvenir des soins qu’ils lui avaient prodigués dans le futur parallèle, il les aida à pousser leur charrette de bûches jusqu’à Saut-de-Roc. Ensuite, il fit un saut à la banque pour faire évaluer le cadeau que lui avait fait Minisha. Son intuition avait été bonne. Chacun de ces rubis argentés valait quelques centaines de rubis normaux. Il avait à présent une fortune sur son compte.

Après avoir fait ses petites affaires à Saut-de-Roc et avoir confié Getella à l’écurie, il partit pour la base secrète des Sheikahs. Il lui fallut donc affronter cet horrible pont invisible, mais en songeant à tout ce qui l’attendait au bout de l’épreuve, il ne trouva plus le passage si terrible que ça et le passa rapidement.

La première personne qu’il vit en premier fut Assandrel, qui était occupé à ranger le QG de l’Equipe d’Infiltration d’Elite. Le garçon se jeta au cou de son chef, heureux comme tout de le revoir en un seul morceau. Rick lui avait dit que Link était parti à la recherche d’un dragon et tous étaient persuadés qu’il y laisserait sa peau. Le voir en si bon état était vraiment soulageant. Link en profita pour lui parler du rubis volé.
- Ton rubis, c’est pas celui qui est gros comme mon poing et enchâssé dans une monture en or ?
- Je vois que tu t’y connais, en jolis cailloux.
- Ben, on avait quand même essayé de...
Mais le garçon se tut. Link avait compris le sens de son silence.
- Mais on l’a pas fait, quand même !
- Ben non, on s’est fait faucher l’herbe sous le pied. On avait lancé une expédition nocturne, mais une fois au sanctuaire de lave, on est tombés sur ces... espèces d’amazones du désert. Il y a eu de la bagarre, mais elles ont emporté le rubis et pris Rick en otage pour s’enfuir, tu te souviens ? Au final, on a été considérés comme des héros qui avaient tenté de protéger le sanctuaire. On s’en est assez bien tiré, en fin de compte.
- Oui, vu que Rick nous est revenu entier. Maintenant, je connais quelqu’un à qui je vais faire passer un sérieux interrogatoire.
- Tu vas interroger Rick ? Je peux venir écouter ?
- Ça t’intéresse tant que ça ?
- Il n’a jamais dit comment ça s’était passé, sa captivité. Je veux savoir ce que ça fait d’être prisonnier de ces filles jolies comme des feux ardents.
- C’est pas le moment de rire. J’ai quatorze jours pour rendre le rubis Goron à son peuple.
- Mais j’ai envie d’écouter quand même. On va voir les autres ?
- OK, on y va.
- Oh, au fait, je crois que tu devrais aussi aller parler avec le vénérable. Ils sont tous nerveux depuis quelques jours. Je crois qu’il y a un problème qui s’annonce.
Link acquiesça de la tête, puis les deux compères prirent le chemin de la chambre de Leïa, où Rick était censé passer le plus clair de son temps.

La chambre de la jeune fille était pleine, ce jour-là. Le vénérable, ainsi que le maître de la citadelle, étaient en pleine conversation avec Leïa, Rick et Atsui. Quand ils le virent entrer, ils bondirent tous de leurs sièges. Ils étaient tous convaincus que la rencontre avec le "dragon" dont Rick leur avait parlé se serait bien plus mal passée. Link eut du mal à expliquer que la créature qu’il avait rencontrée n’était qu’un premier-né épris de vitesse. Il eut encore plus de mal à leur annoncer que ce premier-né allait venir à la citadelle dans peu de temps. Quand, au bout d’une vingtaine de minute, il eut calmé les esprits, il se tourna vers Rick.
- Pour la suite des opérations, le chef des Gorons me demande de trouver le rubis Goron.
D’un bref coup d’oeil, il remarqua que le visage de Rick avait subitement pâli.
- Rick... est-il vrai que tu as été pris en otage par les voleuses ?
Rick ne se tenait plus debout. Il tomba carrément évanoui.
- Wow, lâcha Assandrel. Quelque chose me dit que tout ceci cache quelque chose.
- Un sérieux traumatisme, ajouta le vénérable Telavi. Aidez-moi à le mettre sur le fauteuil. Nous devons soigner ça... parce que je suppose qu’il détient des informations importantes ?
- Oui, s’il a été détenu chez les voleuses du Rubis, il doit connaître beaucoup de choses sur le bâtiment et ses habitantes.
- Je vois... on va essayer l’hypnose.
Mais le maître de la citadelle coupa net la conversation.
- Une minute... ces voleuses, ce sont les Géréduros ?
- Oui, annonça Assandrel. Nous avions eu le malheur de tomber sur elles sur le chemin du retour de leur larcin.
- Intéressant... Attendez un instant. Ces pilleuses représentent un danger permanent pour les peuples vivant dans et en bordure du désert. Nous devons soustraire un maximum d’informations de son interrogatoire. Atsui, si tu veux bien prendre note...

Et la séance d’hypnose commença. (Bon, comme il y a des jeunes âmes innocentes et sensibles qui lisent cette histoire, je vais censurer cette partie et faire un saut dans le temps, et reprendre l’histoire quarante minutes plus tard, laissez libre court à votre imagination).

Tous les hommes présents dans la pièce regardaient le jeune voleur avec pitié et compassion. Les filles, elles, affichaient plutôt un air exaspéré.
- Rick descend dans mon estime. J’aurais espéré un peu plus de bon sens et de tenue de sa part.
- Attends, Leïa. C’est pas comme s’il avait eu le choix. Qu’est-ce qui lui serait arrivé, dans le cas contraire ?
- Ces Géréduros sont encore plus dangereuses que ce que l’on nous avait rapporté. Il faut mettre un terme aux agissements de ces terroristes des sables. Link, c’est du devoir des Sheikahs de neutraliser ces dangers publics.
- Je vous souhaite bien du plaisir.
- Hein, que... pardon ?
- Mais vous êtes vraiment tous pathétiques, vous, les hommes ! Quels esprits mal tournés !
- Mais quoi, Leïa, qu’est-ce qu’on a dit ?
- Hem, laisse tomber.
- On ne laisse pas tomber !
Leïa semblait être vraiment énervée.
- Je ne pense pas que les Sheikahs sauront garder leur sang-froid face aux Géréduros.
- Et après, c’est nous qui avons l’esprit mal tourné, grogna Rick.
Link se rapprocha de la jeune fille.
- C’est la meilleure chose que nous puissions faire. Ils auront beaucoup plus de chance d’y arriver. Ils sont nombreux et entraînés, surtout face à la magie. Ils peuvent les vaincre.
Devant la mine fâchée de son amante, il ajouta :
- Tu préférerais que j’aille chercher le rubis tout seul ?
- Tu poses ne serait-ce qu’un seul pied dans leur repaire et je te tue !
- Alors c’est réglé ! Je pars pour le sanctuaire des sables demain. J’accompagnerai les troupes Sheikahs jusqu’à ce que nos routes se séparent.
Leïa avait l’air de s’être résignée, mais ne décolérait pas pour autant. Elle devait vraiment être de mauvaise humeur. Le vénérable Telavi débloqua la situation en demandant à l’elfe de le suivre dans une salle "spéciale". Link salua donc ses amis et accompagna l’ancien.

- Ta copine va beaucoup plus mal qu’elle en a l’air.
- Hein ?
- Tu as l’impression qu’elle est de mauvaise humeur, mais c’est pire que ça.
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Il se passe que les fragments de Triforce se disputent la domination de son âme. Pour le moment, c’est le fragment de révolte qui la domine. Il y a quelques jours, elle était sous l’influence de la force et cherchait à nous donner des ordres. En résumé, elle nous donne du souci. J’ai peur qu’elle fasse une bêtise un de ces jours.
- Qu’est-ce qu’on peut faire ?
- Je ne sais pas vraiment, mais je pense qu’apporter la Triforce du courage pourrait équilibrer le tout. En attendant, elle va nous causer du souci. Il faut l’empêcher de sortir et subir ses changements d’humeur. Et ce n’est pas facile tous les jours. Depuis qu’elle est sous l’influence de la révolte, elle refuse d’écouter le moindre de nos conseils.
- Qu’est-ce que vous allez faire ?
- Avec ses trois Triforces, elle a assez de pouvoir pour raser la citadelle si l’idée lui venait à l’esprit. J’espérais que tu puisses la raisonner.
- Et ben, ça va pas...
- Et autre chose, les troupes de Ganondorf bougent.
Link s’arrêta. La conversation commençait à prendre un tour assez inquiétant.
- Ses troupes effectuent des escarmouches dans les villages pour capturer un maximum d’enfants et se rapprochent de plus en plus d’ici.
- Leïa le sait ?
- Oui, on le lui a dit. Elle est persuadée que c’est pour l’intimider qu’il fait ça. Les gosses, ce serait un instrument de chantage.
- C’est fort probable. Il est parfaitement capable de torturer des enfants dans le seul but de faire sortir Leïa de sa cachette. Dans combien de temps pensez-vous qu’il sera ici ?
- Ça va dépendre de ce qu’il sait de la base. S’il sait où se trouve la citadelle, je m’étonne qu’il ne soit pas déjà au pied de la montagne. S’il la cherche toujours, je pense qu’on peut être tranquille pendant quelques semaines.
- Il doit avoir sa petite idée. Après tout, le traître Aromir travaille pour lui. Il doit fouiller les montagnes environnantes et envoyer tous ses condors dorés.
- On ne craint rien de la part de ces oiseaux. La montagne est balayée par des vents violents. Aucun oiseau de cette taille ne pourrait les affronter. De plus, nous avons des avant-postes un peu partout pour surveiller les environs.
- S’ils passent ici, vous les verrez donc.
- Nous serons prêts. Maintenant, parle-moi sérieusement. Ta quête te prendra encore combien de temps ?
- Pour les fragments qui se trouvent encore en Hyrule, je pense que j’aurai réglé le problème avant deux semaines. Pour celui qui est à Alkantir, ça risque d’être beaucoup plus long. Je peux être piégé par le temps. Je vais tout faire pour revenir le plus vite possible, mais je ne peux rien promettre.
- Tant que les Triforces ne sont pas équilibrées dans l’âme de Leïa, je crains qu’elle ne soit pas capable de tenir tête face à Ganondorf. Il faut que tu sois de retour avant qu’il ne donne l’assaut.
- Je ferai tout mon possible. Mais que les Sheikahs soient également efficaces dans la prise du repaire Géréduro. Il nous faut le rubis le plus vite possible.
- Ça se fera. Rick nous a révélé l’emplacement de leur repaire.
- Heureusement qu’il a réussi à émouvoir une de ses geôlières et qu’il a pu s’enfuir. Au fait, est-ce que la séance d’hypnose affectera son traumatisme ?
- Il a pu en parler. Commencer à en parler, c’est chasser ses peurs, leur faire face. Il va déjà mieux et cela s’améliorera encore.
Sur cette promesse, les deux hommes retournèrent à la chambre de Leïa. La salle était vide, désormais. Leïa contemplait seule la vue de la citadelle. Le vénérable laissa les deux amants et partit de son côté.

- Link, j’ai peur.
- De quoi, mon ange ?
- Il me cherche, il utilise toute la cruauté et la malice dont il est capable pour me retrouver. Je sens qu’il va me trouver. Il va trouver la citadelle des nuages et il va venir m’y chercher. Et quand il viendra, je ne serai pas à la hauteur pour le vaincre.
Link était étonné de la confession de son amie. Etait-elle enfin sous l’influence du fragment de la sagesse ?
- Quand j’essaye d’utiliser mes pouvoirs, ça se dispute dans ma tête. Je mélange tout, j’ai la migraine et je m’évanouis après avoir fait trembler toute la montagne. Je ne saurai pas me battre s’il vient.
- Courage, le moment venu, tu auras le sang-froid nécessaire. Je te fais confiance. Et je reviendrai avec le dernier morceau de la Triforce. Tout sera équilibré et tu seras toute puissante.
- Tu le crois ?
- Je t’ai vue à l’oeuvre dans le futur, tout de même. Tu y arriveras, ne t’inquiète pas.
Leïa se jeta dans les bras de son protecteur. Après une longue étreinte et un baiser passionné, elle le remercia d’avoir autant confiance en elle. Ils passèrent à nouveau une belle nuit ensemble.

Chapitre 54 : Le ver des sables   

Vers sept heures du matin, Link fut convoqué dans la grande salle du conseil de la citadelle. Les Sheikahs guerriers étaient réunis pour une dernière supervision de l’opération "Géréduro". Link voyait à leur regard qu’ils étaient nerveux. Il eut un sourire. Il y avait de quoi être angoissé en sachant quel genre d’adversaires ils allaient affronter. Le vénérable Telavi fit signe de le rejoindre. L’elfe constata, à son grand mécontentement, que le duc Dalbe était également présent. Il n’allait quand même pas être de la partie ? Après discussion, la crainte de Link fut confirmée, le chef despotique de la communauté dirigerait l’opération. Il était à craindre qu’il n’agirait pas de main morte avec les voleuses. Link dut fixer le point de rendez-vous pour récupérer le rubis. Ensuite, les troupes se préparèrent au départ. Le duc fit un dernier discours d’encouragement, demandant à ses hommes de ne pas avoir de pitié envers les terroristes du désert et de ne pas se laisser piéger par leurs charmes. Il ne se gêna pas en relatant la triste expérience de Rick. Cela eut un effet assez spécial sur les Sheikahs. Ils étaient plus angoissés que jamais, mais plus un seul ne plaisantait sur la beauté légendaire des voleuses. Ils avaient tous un éclair de détermination dans le regard.

Après les derniers préparatifs, la troupe passa dans une salle étrange, garnie de grandes formes géométriques d'où émanait une lumière bleue. Link remarqua également sur le sol d’étranges dessins disposés en cercle. Toute l’équipe se plaça à l’intérieur. Alors, le duc fit apparaître un grand sceptre se terminant en une sorte de hochet et psalmodia une formule. La lumière bleue devint blanche. Elle fut de plus en plus aveuglante... Quand tout redevint normal, ils n’étaient plus à la citadelle, mais au milieu du désert de cendres. Link quitta le groupe, pria pour leur réussite et partit de son côté.

Il marcha pendant trois heures. Le sanctuaire était tellement loin, à pied. A un moment donné, il constata que le sol avait été retourné, comme si une taupe gigantesque était passée. Quelques minutes plus tard, il aperçut une silhouette masculine longer les tas de sable. C’était un homme aux cheveux de feu, dans une tenue légère de combat. Il tenait à la main deux sabres. Il s’agissait de Boru.

Link courut à sa rencontre, voulant lui demander ce qu’il faisait perdu au milieu de nulle part, mais celui-ci lui fit signe de ne pas bouger et de se taire. Ils restèrent silencieux quelques secondes, puis le sol se mit à trembler. Boru resta concentré, sabres préparés. Soudain, une chose énorme sortit du sol, poussant un long gémissement ressemblant à un cri de cochon égorgé. La créature était longue, verte, couverte de pustules et de longs poils noirs. Ces poils bougeaient, s’accrochaient au sable pour propulser un corps mou et couvert de bourrelets de peau, telle une chenille géante et monstrueuse. Il fonça sur le gardien du sanctuaire des sables. Boru bondit. En trois acrobaties, il se retrouva sur la tête du monstre et s’efforça de le lacérer de ses lames. Link regarda la scène d’un oeil impressionné. Il n’avait jamais réalisé que le gardien du sanctuaire des sables était aussi agile.

Les qualités d’acrobate ne furent pas d’une grande utilité à Boru. La bête s’agita dans tous les sens et fit tomber son agresseur avant de retourner sous terre. Link courut vers Boru pour s’assurer qu’il n’avait rien de cassé. Boru faisait à peine attention à l’elfe. Toutes ses pensées étaient dirigées vers le ver géant. Link voulut savoir ce que c’était que cette créature.
- Cette chose gardait TON trésor et elle s’est échappée. Par notre faute, elle a déjà ravagé une oasis et elle ne va pas s’arrêter là.
- Et le morceau de Triforce, qu’est-il devenu ?
- Elle l’a emporté avec elle. Elle l’a avalé sous mes yeux.
Link ferma les yeux. Il allait falloir éliminer le ver.

Les deux hommes se levèrent. Il leur fallait suivre les traces du monstre. Link était désolé qu’un accident pareil se produise. Jamais encore, par sa faute, autant de désastres n’avaient été provoqués. Il s’en voulait, de ne pas s’être suffisamment renseigné dans le futur parallèle sur l’histoire de ce fameux ver des sables. Car à présent, il se souvenait de sa discussion avec Boru au sanctuaire des sables. Boru lui avait parlé de ce ver. Il lui avait dit qu’il l’avait vaincu et qu’il avait gagné l’estime du gardien dans ce combat. Mais pourquoi donc ne lui avait-il pas demandé comment il s’y était pris ?

Les deux hommes marchaient silencieusement. Chacun réfléchissait au moyen de vaincre la créature. Link se demandait quel genre de point faible cette horreur pouvait-elle avoir ? Il essaya de se souvenir de la brève apparition du monstre. Il était couvert de poils et sa peau débordait de couches de muscles et de graisse. Les épées ne pouvaient pas faire grand-chose de ce côté-là. Les couches de peau fonctionnaient comme une épaisse armure flexible. L’elfe n’avait pas vu la gueule du ver. Y avait-il des points sensibles de ce côté ? Il demanda au gardien du sanctuaire des sables de lui en parler. Le descendant des Gerudos lui expliqua que l’extrémité du corps de la chenille se terminait en une énorme bouche en forme d’entonnoir garnie de millier de dents. Il n’avait pas eu l’occasion d’y distinguer autre chose. L’elfe en déduisit que cette terrible bouche était leur seul moyen d’attendre les entrailles de la bête. Si seulement ils avaient quelque chose à lui faire avaler...

- Boru... où pouvons-nous trouver des bombes, par ici ?
Le guerrier du désert regarda son interlocuteur d’un air étonné. A quoi des bombes pouvaient-elles servir ?
- Si on pouvait lui en faire avaler une... Ça pourrait l’amocher, non ?
Le gardien continua d’afficher un air douteux. Il avait affronté le monstre et savait à quel point il était résistant. D’un autre côté... les entrailles du monstre ne devaient pas être aussi solides.
- Les Gorons... ils exploitent diverses variétés de choux-pêteurs dans leur caverne pour les transformer en bombes de puissance variée. Ils en fabriquent bien qui sont capables de creuser des cratères de la taille de l’arbre Mojo. Ils doivent avoir de quoi faire ton affaire.
Link poussa un nouveau soupir. Le sanctuaire de lave était à des kilomètres de là. Le temps qu’il fasse l'aller-retour, la bête aurait le temps de raser au moins huit autres villages.
- Laisse-moi faire. Ma magie me permet de faire le trajet en moins de dix minutes. Continue de surveiller le ver.
Link n’eut pas le temps de répondre. Boru avait déjà joué un air sur son tambourin et disparut dans une tornade de sable. Link se retrouva seul dans le désert avec la bête qui évoluait sous ses pieds.

La bestiole était rapide. Link dut plusieurs fois se mettre à courir pour rester à son niveau. L’elfe s’épuisait. Le monstre n’était pas encore remonté à la surface. Il suivait une trajectoire rectiligne, se dirigeant tout droit vers un village nomade. Que faisait donc Boru ? Est-ce que cela prenait autant de temps, de se téléporter et de demander deux ou trois explosifs ? La chenille géante n’était déjà plus qu’à trois minutes du camp. Et les nomades, qu’est-ce qu’ils faisaient ? Ils ne voyaient pas la motte de terre qui s’approchait ? Ils ne voyaient pas le péril ? Mais pourquoi donc ne fuyaient-ils pas ? Link pouvait distinguer des ombres de chameaux et d’humains qui restaient plantés comme des piquets. "Mais fuyez, par tous les noms de dieux !" Link s’imaginait déjà le désastre. Un vautour volait déjà vers le futur lieu du sinistre.

Un vautour... en était-ce vraiment un ? Il avait une drôle de forme. Ce n’était pas non plus un condor doré. Le volatile changea de direction. Il volait vers Link. L’elfe pensa un instant qu’il s’agissait de Valoo, mais l’idée s’envola rapidement. Ce n’était pas un dragon. C’était un oiseau à tête humaine. Bientôt, l’elfe put distinguer les traits du visage. C’était Boru, ayant subi une nouvelle métamorphose. Il se posa à quatre mètres de l’elfe, tout en jetant un sac au sol.
- Voilà. J’ai réussi à prendre cinq petites bombes et trois grosses. Les petites ont assez de force pour trouer des murs de pierre de cinquante centimètres d’épaisseur. Les grandes peuvent faire disparaître une maison.
- Génial... Reste sous ta forme d’oiseau. Je vais grimper sur ton dos et on va l’attaquer par les airs.
- Comment ? Comment pourra-t-on l’affronter ?
- On va le survoler et sacrifier les petites bombes en les lassant près du monstre. Ça le poussera à sortir. Lorsqu’il sortira, vole de façon à ce qu’on survole sa gueule. Je tâcherai de lancer les grosses bombes dans ce qui lui sert de bouche.
Boru approuva de la tête. Ainsi fut fait. Le plan de Link marchait. Une petite bombe correctement lancée à quelques mètres de la tête du ver le fit sortir de son trou. Boru était assez adroit en matière de vol. Il arriva face à la gueule du monstre. Seulement, étant un peu trop nerveux, Link lança trop tard sa bombe et elle alla exploser sur le corps mou, sans faire de dégâts. Les deux kamikazes durent recommencer l’opération. Cette fois-ci, Link la lança au bon moment, mais sa trajectoire fut mauvaise. Le projectile creusa un énorme cratère dans lequel le monstre fonça se réfugier. Link poussa un cri de rage. Heureusement que le camp des nomades était encore à deux cent mètres du combat, sinon, ils auraient été désintégrés. Boru se ré-envola.
- Fais attention. Nous n’avons plus le droit à l’erreur.
- Tu crois que je ne m’en rends pas compte ?
Et le duo recommença son opération. Link dut utiliser les trois dernières petites bombes pour déloger la bête. Boru descendit en piqué. Link alluma la mèche de la bombe. "Je la garde jusqu’au dernier moment. Si jamais je rate mon coup, elle explosera entre mes mains, je retournerai dans le temps et nous recommencerons l’opération".
La bête sortit de terre, écartant ses milliers de dents oranges. Link sentit la gueule se rapprocher à une vitesse vertigineuse. Il devait saisir le bon moment. Celui, où Boru frôlerait la bouche à l’haleine pestilentielle. Le moment arriva. Link lâcha la bombe. Elle explosa une seconde plus tard. L’onde de choc éjecta Link de sa monture. Les deux garçons s’écrasèrent sur le sol. Une affreuse odeur de chair et d’éléments carbonisés vint se répandre. Une chose était sûre. Le monstre était vaincu. Les garçons restèrent allongés, complètements épuisés mais souriants.
- On l’a fait ! C’est... fini...
- Parle pour toi... Je dois aller retrouver mon trésor dans ses entrailles.
- Ha ha...
- Quelle odeur épouvantable, j’en ai envie de vomir.
- Et moi, mon appétit est coupé pour au moins une semaine.
Link se redressa, résigné à jouer au médecin légiste et se retourna vers le cadavre du monstre. Un phénomène étrange se produisit. Les restes du ver s’assombrissaient et durcissaient comme un morceau de viande dans le feu. Ils tombaient en cendres. L’elfe poussa un soupir de soulagement. Il préférait de loin les restes carbonisés aux entrailles dégoulinantes. Il s’approcha du cadavre dont il ne restait plus grand-chose. Le vent emportait les morceaux, petit à petit. Le jeune homme ne mit pas longtemps à voir un halo de lumière émaner de la cendre. Le petit fragment de Triforce attendait sagement son maître.

Chapitre 55 : Départ   

La suite des événements fut assez compliquée. Après une demi-journée de repos dans le village nomade qu’il venait de sauver, Link repartit pour la montagne solitaire. Il était sensé rejoindre les Sheikahs dans une zone rocheuse non loin. Les nomades, trop heureux d’avoir échappé à un carnage, exprimèrent leur gratitude en lui prêtant un chameau. Link les en remercia.

Le chemin du retour fut donc beaucoup plus court. Arrivant au point de rendez-vous, il tomba sur des Sheikahs assez embarrassés. Le repaire des Géréduros avait bel et bien été pris d’assaut. Les guerrières avaient été pour la plupart capturées et sans être blessées, mais les plus farouches, dont les principales meneuses, s’étaient fait Hara Kiri. L’une d’elle, juste avant de se trancher la gorge, avait annoncé que le rubis avait été "donné". Le duc Dalbe craignait que cela signifie que le joyau soit entre les mains de Ganondorf. Après une conversation aux aspects assez sombres, on décida de pratiquer un sortilège de détection via l’émeraude Kokiri toujours en possession de Link, (ne me demandez pas comment, ni pourquoi, l’idée leur en est venue). Le sortilège révéla que l’émeraude était toujours dans la forteresse.

Link suivit donc les Sheikahs au repaire des Géréduros, et après fouilles et interrogatoires approfondis, une jeune femme finit par avouer l’aménagement d’une crypte souterraine destinée à des rituels de sorcellerie. On découvrit l’entrée de la crypte dans l’âtre d’une cheminée. Seulement, la "crypte" était protégée par toute une série de pièges. Comme Link était le principal concerné par la recherche du Rubis, il fut désigné pour s’y aventurer tout seul. Après diverses énigmes et embuscades de monstres, il finit par trouver un autel sur lequel reposait la précieuse pierre.

Après, tout alla tout seul. L’elfe n’eut qu’à retourner à la cité des Gorons, rendre le rubis, supporter la cérémonie du frère de sang, les embrassades Goronnes (qui faillirent le tuer, il faut le reconnaître) et enfin recevoir le septième fragment de Triforce, le dernier se trouvant sur le sol hylien. Comme il reçut son héritage très tôt dans la matinée sans avoir pris un seul instant de repos après avoir quitté le village des nomades, il passa une journée entière au lit.

La nuit s’était recouchée lorsque le maître Darnia vint réveiller son invité d’honneur.
- J’ai eu de la visite aujourd’hui... des mercenaires de Ganondorf.
Ces quelques mots suffirent pour faire bondir Link en dehors de son lit.
- Des serviteurs ? Qu’est-ce qu’ils voulaient ? Qu’ont-ils fait ?
- Pour le moment, ils n’ont rien fait d’autre que de proférer des menaces. Ils sont à la recherche d’une personne réunissant la Triforce, mais ce n’est pas toi.
Link eut un regard étonné.
- Ils cherchent une jeune fille capable de changer de visage et qui serait l’arrière arrière-petite-fille du sorcier.
- Leïa...
- Qui est-ce ?
- Je me demande pourquoi il dit qu’elle est capable de changer de visage. Jusqu’à présent, il n’y...
Mais Link se tut, méfiant. Il ne devait rien dire au sujet de son amie. Ganondorf la cherchait, il envoyait ses soldats partout. Moins Darnia en saurait, mieux cela vaudrait.
- Elle existe, mais elle se cache. Désolé de ne pas pouvoir t’en dire plus. C’est mieux comme ça.
- Je comprends... mais en tout cas, cela signifie une chose.
- Quoi donc ?
- Qu’il ne sait pas que tu existes...
- Que quoi ?
- Il suppose que sa "descendante" parcourt le royaume, parfois en se déguisant, à la recherche des différents fragments. Il ne sait pas qu’il y a quelqu’un d’autre qui fait le travail à sa place. Tu es donc invisible à leurs yeux pour le moment. Ils cherchent une jeune fille en mouvement alors que c’est un homme.
- Qu’est-ce que tu leur as dit ? Quelque chose t’obligeait-il à leur répondre ?
- Ils vont surveiller la montagne. Ils sont prêts à nous attaquer, à faire du mal à mon peuple. La seule chance de survie de mon peuple, c’est que nous collaborions en la leur livrant.
- Je vois.
- Dépêche-toi de réunir la Triforce.
- Je sais. Ma quête est une course contre la montre depuis un moment, déjà.
- Il y a un passage souterrain un peu difficile qui peut te conduire au lac Hylia, village des Zoras. Passe par-là. Laruto trouvera un sort de téléportation pour te conduire rapidement où tu le désires.

Link remercia Darnia pour son aide, s’habilla en triple vitesse et prit le chemin du lac Hylia. Il erra dans le souterrain durant quatre bonnes heures, mais arriva vers minuit au bord du lac Hylia. Il était épuisé et était fort tenté de dormir jusqu’au petit matin, mais d’un autre côté, il avait faim et soif, et la conversation qu’il avait eue avec Darnia lui signifiait qu’il n’avait pas de temps à perdre. Il n’avait plus la force d’aller déranger Laruto. Il invoqua Valoo grâce à l’air enseigné quelques jours plus tôt par la magicienne Zora. Le dragon aurait la force nécessaire pour affronter les courants d’air qui protègent la forteresse.

"L’enfant du vent" réussit effectivement sa mission. Après avoir fait du surplace quelques instants contre les violents courants d’air, il passa la barrière et atteignit la citadelle. Les deux premiers-nés furent convenablement accueillis, logés et purent tranquillement préparer leur départ pour Alkantir. Leïa, ravie de pouvoir enfin rencontrer un des meilleurs amis de son père, resta joyeuse toute la nuit et voulut qu’il lui raconte toutes ses aventures.

Au petit matin, après un long échange de baisers et de promesses entre Link et Leïa, les deux premiers-nés prirent leur envol pour l’île légendaire.

Link ne le savait pas, mais en quittant la citadelle à dos de dragon, il avait révélé à son pire ennemi ce qu’il désirait savoir depuis des années : l’endroit où se dissimulait la citadelle des nuages.

Chapitre 56 : Blessures indélébiles   

Douze morts, c’était le bilan des attaques de la nuit précédente. Douze malheureux innocents occupés à entretenir les bateaux de pêche où à traiter les poissons dans la halle. De pauvres innocents qui avaient oublié ce qu’était la peur et qui n’avaient rien vu venir.

Le coeur de Raphaëlle bouillonnait de rage. Comment avait-elle pu être si naïve ? Comment avait-elle pu faire confiance à cette ordure ? Un être aussi malfaisant pouvait-il réellement digérer un séjour au purgatoire qui avait duré près de mille ans et venir embrasser la personne qui l’y avait envoyé ? Pourquoi donc avait-elle été assez sotte pour croire à ses paroles ?

La première-née balayait la place du regard à la recherche d’un objet à détruire. Un tas de briques lui bloquant le passage fit l’affaire. Elle le réduisit en poussière. Le traître, l’imposteur ! Et elle... pauvre stupide petite idiote prête à croire n’importe quoi pour combler son manque d’amour. L’envie de retrouver son ancien amant avait été plus forte que sa raison et son sens du devoir. Le monstre savait parfaitement que c’était son point faible et avait joué dessus pour mieux étendre son ombre sur l’île. Comme elle s’en voulait, de s’être laissée prendre par les sentiments.

Au fur et à mesure qu’elle avançait dans les décombres de la halle aux poissons, son coeur se durcissait. Elle voulait chasser les émotions et les sentiments de ce coeur qui l’avait si outrageusement abusée. Plus jamais elle ne voulait se laisser envahir par ce désir de passion.

La première-née utilisa ses pouvoirs pour soigner les blessés et dégager la place. Elle donna ses conseils et organisa les équipes de reconstruction du quartier du port. Lorsque tout fut mis en place, elle retourna au phare. Elle avait besoin de réfléchir et d’agir. Le temps s’écoulait plus vite dans le reste du monde. Un mois devait déjà s’être écoulé en Hyrule. Qui savait ce que Ganondorf avait pu commettre durant ces dernières heures avec la jeune Leïa entre ses mains. Il fallait qu’elle se lance à sa poursuite, qu’elle sauve Leïa. A la limite, elle récupérerait elle-même les deux morceaux de Triforce. Cela impliquait d’abandonner l’île. Et si Ganondorf revenait ? Les habitants d’Alkantir seraient sans défense. Il fallait qu’elle organise un quelconque élément de défense.

Toujours pensive, elle entra dans le grand salon du phare, endommagé par la brève résistance de Leïa. Elle était tellement concentrée qu’elle ne vit pas qu’un homme attendait dans le salon.
- Ainsi, tu n’es pas encore partie...
Raphaëlle sursauta et se retourna lentement. La voix... il avait le sadisme de rester sur les lieux de son forfait ? Il n’en avait pas encore fini avec elle ?
- Et toi, tu persistes à rester...
- Tu sais bien que je t’ai dans la peau, trésor.
- Plus moi, Ganondorf.
Raphaëlle portait ses gants magiques. Elle pensa "Fléau d’arme, mode vingt centimètres de diamètre". Le boulet garni de pieux apparut dans ses mains. Elle se retourna, le regard enflammé, vers l’hôte indésirable.
- Qu’as-tu fait de Leïa, ordure ?
- Elle m’a faussé compagnie dès notre retour à Hyrule. Je suppose qu’elle fait ce que vous aviez convenu... Elle doit rassembler les morceaux de la Triforce.
- Tu vois, le problème, c’est qu’avec le coup que tu m’as fait hier soir, je crois que je ne croirais jamais plus une seule parole sortant de ta bouche. Reste ici encore cinq minutes et je te pulvérise comme un château de carte.
Le sorcier eut un rire amusé.
- Si seulement c’était possible... Seulement, je crois bien que l’au-delà me soit interdit.
- On parie ? dit-elle avec un sourire carnassier.
- Tu n’as pas compris... pourquoi crois-tu que j’ai survécu aux assauts de tous ces misérables traîtres ingrats ? Pourquoi aucun d’eux n’a été capable de mettre un terme à mon existence ? Tous leurs efforts ont été vains et toi-même, malgré un souhait sacré, tu n’as pas pu m’emprisonner là-bas.
Raphaëlle serra son arme. Ce que le sorcier disait n’était pas faux. Où voulait-il en venir ? Etait-il là pour la narguer ? Elle regarda les cendres fumantes de la ville par la fenêtre. Dans un cri de rage, elle lança son arme dévastatrice vers son ennemi. Le boulet traversa le corps sans rencontrer la moindre résistance et alla écraser le fauteuil sur lequel Ganondorf était assis. Le sorcier eut un sourire triste.
- Ne va pas t’imaginer que je n’ai jamais désiré quitter ce monde. Après tant de déceptions et de trahisons, l’enfer me semble si doux. Seulement, quelque chose m’empêche de m’y installer pour de bon. Quelque chose me ramène inexorablement sur terre. Tu ne te débarrasseras jamais de moi.
Et le Gerudo s’effaça comme une ombre au retour du soleil. Il ne restait à sa place qu’un petit papier où l’on avait griffonné des incantations. Le sorcier, lors de son dernier passage, lui avait laissé un sort d’illusion. Avait-il essayé de lui laisser un message ? Etait-ce un piège de plus ou une prière désespérée de ce qui restait de l’homme qu’elle avait aimé ?

C’est à ce moment qu’une voix grondante se fit entendre à la fenêtre.
- Maître Raphie ! Quittez le champ de la fenêtre !
La première-née eut juste le temps de sauter sur le côté qu’un gigantesque dragon fonça tête baissée dans le salon, dévastant tout sur son passage.

Chapitre 57 : Les doutes   

- Espèce de taré ! Tu voulais nous tuer ? T’as vu ce que tu as fait à ce pauvre salon ?
Raphaëlle ouvrit les yeux. Le dragon était affalé dans une montagne de débris. Un homme se trouvait à ses côtés. L’homme... NON ! Pas encore un démon du passé. Cet homme, c’était... impossible, pas après toutes ces années. Et puis, ce n’était pas sa voix. Ce n’était pas lui.
- Qui es-tu, elfe blond ?
Le compagnon du dragon kamikaze se retourna vers la première-née. C’était fou ce qu’il ressemblait à Robin. Il avait exactement la même forme de visage, les mêmes yeux, la même façon de faire tomber ses mèches blondes sur le visage. S’il n’y avait pas eu la voix, elle se serait méprise sur le personnage.
- Maître Raphie, les coupa Valoo, pardon pour ton salon. J’ai toujours autant de mal à réussir mes atterrissages. Je te ramène le dernier des Gerudos maudits.
- Je peux répondre moi-même, merci. Je me nomme Link. Je suis la nouvelle réincarnation du héros éternel. Par ironie du destin, je suis également un descendant de Robin. Nous venons tout droit d’Hyrule...
- Attends une minute. Laisse-moi le temps de comprendre... Un nouveau héros... Robin est mort ?
- Mort il y a près de 500 années hyliennes. Je suis un descendant de son deuxième enfant, et la malédiction de Ganondorf pèse toujours sur moi. Il est revenu en Hyrule et menace à nouveau le royaume.
- Leïa... Ganondorf a enlevé la fille de Robin. Est-ce que tu l’as vue ?
- Oui, je l’ai vue. Elle va bien. Elle attend que je termine de compléter la Triforce du courage à la citadelle des nuages.
Et Link dut, une fois de plus, raconter son aventure dans les moindres détails. Il parla longuement de Leïa, de la quête de la Triforce et surtout, de ses craintes pour son combat futur avec le terrible sorcier. Raphaëlle ne le quitta pas des yeux une seule seconde, l’écoutant le plus attentivement possible, hochant parfois la tête. L’elfe soupirait de soulagement. La première-née lui apparaissait comme la personne la plus sage, la plus intelligente et la plus efficace qui soit. Cela le rassurait de pouvoir enfin se confier à une personne aussi responsable. Tous ses ennuis semblaient terminés. La première-née saurait quoi faire et réglerait tout.

A la fin de son histoire, la maîtresse de l’île se leva et regarda la mer à travers l’entrée creusée par le dragon.
- Pour le fragment de Triforce, je n’ai aucune idée de l’endroit où il se trouve. Je n’ai jamais songé un seul instant qu’il soit possible de briser la Triforce du courage, et encore moins que Robin en laisserait un morceau ici. Cependant... "un grand temple au-delà des flots et du temps". Il n’y a qu’un seul temple sur cette île, je l’ai fait construire pour y dissimuler la Triforce de la force et en faire un lieu d’initiation pour les descendants de Robin. Connaissant Robin, c’est l’endroit idéal pour y cacher un trésor de cette importance.
- Bien, alors j’irai à ce temple.
- Je viendrai avec toi, héros... si je dois te donner une formation d’urgence, il vaut mieux que je voie de quoi tu es capable.
Valoo, lui, ne proposa pas d’accompagner le descendant de son ami. Il était bien trop épuisé par sa longue course. Il resterait au phare pour protéger l’île en cas de retour des sbires de Ganondorf.

Link et Raphaëlle se mirent donc en route pour le temple des marées au milieu de l’après-midi, la première-née ayant insisté pour qu’il prenne des forces. L’elfe, trop impatient d’enfin obtenir le dernier fragment de Triforce, en oublia que le temps était particulièrement traître sur l’île.

Il devait être cinq heures de l’après-midi et l’air commençait à se rafraîchir lorsque le jeune homme franchit le gigantesque portail en forme de baleine. Tout comme Leïa le jour précédent, il nota la présence de vases au contenu régénérateur qu’il décida de préserver pour la suite des événements. Il ouvrit la première porte, et remarqua que Raphaëlle s’aménageait un petit siège douillet dans la salle d’entrée.
- Tu ne viens pas ?
- Et puis quoi encore ? Tu espères que je déjoue les pièges à ta place ? Tu te débrouilleras tout seul, mon petit gars. Non, je ne t’accompagne pas.
- Et comment tu comptes évaluer mes capacités si tu ne me vois pas à l’oeuvre ?
- Mais je te verrais à l’oeuvre...
Et en prononçant ces mots, elle sortit de son sac une boule de cristal. Après la prononciation d’une formule magique, des images commencèrent à apparaître dans le verre.
- Là ! la boule me montrera ta progression dans le temple. Bonne chance et songe à briller, tu es observé.
Link poussa un soupir. Ça ne lui plaisait absolument pas d’être observé de la sorte. Il renonça cependant à discuter avec la première-née. A son regard, il avait compris que cela ne servirait à rien.

Il franchit donc la porte, arriva dans la salle des machines et y ramassa le sac de bombes abandonné par Leïa le jour précédent. L’elfe observa le sac avec étonnement. La couleur, le symbole sur le tissu, la forme des explosifs, le briquet orné d’une flamme bleue... Ça aussi, c’était une de ses armes dans le futur. Avait-il déjà fait le voyage à Alkantir dans le passé ? Il eut un rire nerveux. Evidemment qu’il avait dû faire le voyage. Comment la Leïa du futur aurait-elle pu avoir la Triforce du courage au complet, sinon ? Il examina les portes nerveusement. Le temple n’avait pas l’air bien méchant, mais il le mettait tout de même mal à l’aise. Il l’avait déjà visité, c’était évident. Il répétait exactement les mêmes gestes. Il savait ce qu’il avait à faire. Dans cette pièce, il y avait un mécanisme permettant l’ouverture de portes qu’il devait maintenir en marche en coinçant les interrupteurs. Il savait tout. Comment pouvait-il se souvenir de tous ces gestes, mais pas du reste ?

Il resta silencieux quelques minutes, tentant de réfléchir. Il se sentait affreusement manipulé, prisonnier. C’était comme s’il n’avait plus le choix et devait avancer sur un chemin tout tracé. En fin de compte... peut-être qu’il ne pouvait pas changer le passé. Peut-être qu’il était condamné à ré-exécuter les mêmes gestes et à vivre l’histoire en boucle interminable. Il pensa une fois de plus aux commentaires du gardien du sanctuaire des glaces. Ce fatidique combat contre Ganondorf... était-il destiné à perdre, quoiqu’il arrive ? Est-ce que sa quête avait un sens ?
- Tic tac tic tac... on peut savoir ce que tu fabriques ? Ça fait un quart d’heure que tu tournes en rond dans cette pièce.
Link sursauta. La voix de Raphaëlle s’était fait entendre juste à ses côtés. Pourtant, elle n’était pas là.
- Laisse tomber, je te parle via ma boule de cristal. Remue-toi un peu. La Triforce ne viendra pas à toi comme ça.
- Oh ça va ! Je ne fais que réfléchir.
- Dans ce cas, on risque de devoir commencer par réviser ta stratégie d’exploration des donjons.
- Je me demande même si cela a un sens, de se tuer à réunir cette Triforce. Je crois que cela va se solder par un nouvel échec et une nouvelle contrainte de voyage dans le temps. C’est une boucle, Raphaëlle. Ma quête est vaine. Il n’y a qu’un moyen d’y mettre un terme, c’est d’accepter la fin du monde.

La première-née ne répondit pas. A la place, elle apparut à côté de l’elfe, qu’elle gifla royalement.
- Le monde n’est jamais perdu. Je sais ce que tu traverses. Robin a eu les mêmes problèmes que toi. Quand sa mère est morte, il s’est porté volontaire dans une mission suicide pour revenir suffisamment loin en arrière pour essayer de la sauver. Ça ne servait à rien car quoiqu’il faisait, elle finissait toujours par mourir, de façon de plus en plus violente. Il en est presque devenu fou. Quelques années plus tard, ce fut Diana qui mourut, démasquée et exécutée par Ganondorf. Robin et moi crurent un instant que nous ne pourrions rien faire pour la sauver, nous étions presque résignés. Mais par un étrange hasard, Robin mourut empoisonné par un sbire de Ganondorf très peu de temps après le drame, et après avoir soutiré du sbire en question suffisamment d’informations pour sauver la princesse. Et tu sais quoi ? Il l’a sauvée. Il lui suffisait simplement d’arriver à temps, en passant par les raccourcis des domestiques du palais. Il y a des choses qu’on ne peut pas changer parce qu’elles sont écrites, il y en a d’autres qui ne sont que le fruit du hasard. La réussite de ta quête ne dépend peut-être d’un seul détail que tu as négligé jusqu’ici. Le fait que tu te poses enfin la question est un nouveau pas vers la découverte de ce détail.
Link ne savait pas quoi dire à ce commentaire. La première-née avait vraiment le don de convaincre n’importe qui de n’importe quoi.
- En attendant, si tu n’es pas capable de faire ce petit donjon, ce n’est pas dans cette vie-ci que tu vaincras Ganondorf. Allez, zou ! Retourne au boulot !
Et le coach sadique retourna à son poste, laissant Link affronter les pièges du temple des marées.

Chapitre 58 : C’était trop facile   

Le parcours dans le temple des marées fut un jeu d’enfant. Link connaissait l’emplacement de chaque piège, chaque astuce. Il ne mit pas moins de vingt minutes à récupérer les deux clefs lui permettant d’ouvrir la salle de l’épreuve du vase géant. Il fit quelques pas dans la salle, sachant à l’avance qu’il lui faudrait escalader des échafaudages en triple vitesse s’il ne voulait pas finir grillé. Effectivement, l’énorme machine de guerre se mit en marche au bout de cinq secondes. Link avait déjà escaladé une échelle et courait vers la suivante.

L’elfe put constater, quoiqu’il ne perdre pas le moindre quart de seconde à se retourner et examiner le gigantesque canon, que les projectiles ne le suivaient pas à la trace. La jarre canonnière tirait ses salves selon un programme précis et minuté. La jarre tirait d’abord les canons du premier niveau, huit secondes plus tard, ceux du deuxième, huit secondes plus tard, ceux du troisième..., celui où il se trouvait, l’échelle se trouvant loin de lui. Il pesta. Il avait choisi la mauvaise échelle. Il y en avait une autre plus près, mais elle impliquait qu’il contourne celle qu’il venait d’emprunter. Les explosifs qu’il reçut dans le dos le firent tomber au sol, mais il ne prit pas le temps de faire l’évaluation des dégâts. Il lui fallait reprendre son ascension avant que la jarre ne recommence ses tirs au niveau 1. Grande chance pour lui, il gagnait une avance de 32 secondes, et le réflexe d’évaluer la distance entre lui et les échelles.

L’ascension ne fut pas une partie de plaisir. Il ne lui suffisait pas de repérer l’échelle la plus proche de lui. Il lui fallait une véritable stratégie de parcours, car la distance des échelles suivantes dépendait parfois de son choix, et il lui fallait prendre le risque de sacrifier de précieuses secondes pour obtenir un parcours plus rapide aux niveaux supérieurs. Ce ne fut qu’au quatrième essai, avec de nombreux bleus et brûlures, qu’il atteint un niveau en pierre hors d’atteinte des projectiles. Là, il devait simplement allumer une des bombes au moyen des torches proches de lui et en lancer une au milieu de la céramique folle furieuse. Fait étrange, c’était nettement plus simple que de lancer une de ces bombes dans la gueule d’un ver géant. Huit secondes après le lancer, la jarre canonnière explosa. Link, situé à bonne hauteur, ne fut pas inquiété par les débris. L’elfe redescendit tranquillement au premier niveau. Il y avait à présent un blanc dans sa tête. Il ne savait plus ce qu’il devait faire... à moins que quelque chose de spécial devait se produire ici, et qu'il ne se rappelait plus.

Alors qu’il se posait ces questions, une étrange lumière semblable à un nuage de fumée phosphorescent fit son apparition. Link resta sur ses gardes. Son instinct lui rappelait que quelque chose d’important allait arriver. Le nuage de fumée se contracta pour former une silhouette humaine. Le coeur de l’elfe se serra. La mère de Leïa apparaissait pour la seconde fois devant lui. Mais cette fois-ci, était-ce un piège ? Cela n’avait pas l’air d’être une des créatures du chasseur de rêves. Cette créature-ci avait l’air beaucoup moins réelle. Elle était translucide et flottait dans les airs.
- Mon amour, ma vie... tu es revenu ! Comme Leïa et Raphaëlle vont être contentes.
Link se mordit la lèvre. Encore quelqu’un qui le prenait pour son illustre ancêtre. Ça commençait à devenir sérieusement agaçant.
- Diana, je ne suis pas votre cher Robin. Je suis votre lointain descendant.
Le fantôme eut un air étonné.
- Robin, ne me prends pas pour une idiote. Tu sais à quel point ça m’énerve de ne pas être prise au sérieux.
- Le problème, c’est que je ne sais rien de vous, madame. Je vous l’ai déjà dit, je ne suis pas Robin, je suis un de vos lointains descendants.
- Ne te fiche pas de moi. Leïa ne peut pas avoir d’enfants. Elle n’est en Hyrule que depuis deux mois.
- Mais ce n’est pas de Leïa que je descends. Je descends de votre autre fils. Il n’est pas mort dans une embuscade, comme vous l’avez cru. Il a survécu, il a eu une famille d’adoption et de nombreux enfants. La preuve, je porte toujours le sang des Gerudos maudits en moi. J’ai perdu mes parents alors que je n’avais pas dix ans. Valoo peut vous confirmer toute l’histoire.
Mais le fantôme ne demanda pas d’explication supplémentaire. Elle s’était approchée du jeune elfe, une myriade d’étoiles scintillant dans ses yeux fantomatiques. Elle esquissa un geste pour caresser le visage du jeune homme, mais la main s’effaça comme de la fumée.
- Mon tout petit... si fort, si beau... le digne héritier des héros éternels... Robin aurait été si fier de toi. Enfin, je crois qu’il l’est. Je sens qu’il est en toi, le vaillant et intrépide premier-né.

La touchante scène fut brusquement interrompue par l’apparition d’une Raphaëlle en larmes.
- Diana... tu étais... depuis quand erres-tu dans ce temple ? Pourquoi ne m’as-tu jamais rien dit ? Pourquoi n’es-tu jamais revenue voir Leïa ?
- Raphaëlle !
Les deux vieilles amies entamèrent une grande et émouvante conversation. Link, se sentant un peu de trop, voulut partir à la recherche du fragment de la Triforce du courage. Maintenant qu’il n’y avait plus de machine pour éliminer les intrus, l’elfe pouvait explorer l’espace à loisir. Il y avait un passage menant à un couloir éclairé de torches. Il le suivit et arriva dans une salle impressionnante dont les murs semblaient constitués de milliards de petits cristaux scintillants. C’était une salle de choix pour garder un morceau d’or sacré. Seulement, sur le piédestal au milieu de la pièce, il n’y avait rien. Link examina l’objet sous tous ses angles, regarda dans les moindres recoins de la salle, tenta même d’invoquer le pouvoir de sa Triforce pour pouvoir repérer la moindre émanation magique, mais rien. Il décida donc de retourner dans la salle où discutaient les deux femmes.

Diana était en train de raconter à la première-née ses dernières aventures en Hyrule. Elle était d’ailleurs au passage de la naissance de son deuxième enfant. Link estima nécessaire de toussoter pour attirer l’attention de sa lointaine génitrice.
- Robin a caché un morceau de la Triforce du courage dans ce temple. Sais-tu où il l’a rangé ?
Le fantôme resta silencieux quelques secondes, un sourire rêveur sur les lèvres.
- Ainsi... c’était donc ça qu’il fabriquait quand il venait ici.
- Pardon ?
- Je croyais qu’il y faisait quelques aménagements en vue de la formation de son successeur. Il passait des heures ici avec les artisans lynnians.
- Tout le temple est sa création ?
- Non, répondit Raphaëlle. La majeure partie est de moi. Je ne pensais pas qu’il puisse y modifier quelque chose.
- Pourtant, je crois qu’il a aménagé un deuxième parcours à partir de cette salle. Quand je venais le chercher, il sortait toujours d’une trappe tout en haut de cette salle.
Les trois personnages levèrent les yeux. Il y avait effectivement un petit espace rectangulaire au-dessus de la corniche de pierre. Link salua les deux femmes et reprit vaillamment son exploration du donjon. Une fois la trappe atteinte, il jeta un dernier coup d’oeil aux deux vieilles amies. Elles suivaient son évolution d’un air intéressé dans la boule de cristal de Raphaëlle.

Link escalada un mur pendant une bonne minute. Plus il montait, plus il faisait noir et plus il était difficile pour lui de continuer. Il dut continuer un long moment à tâtons. Il lui semblait errer dans un labyrinthe. Il passait son temps à tourner. Heureusement pour lui, il eut tout de suite le réflexe de coller sa main droite au mur et de ne jamais quitter ce repère. Ainsi, il tournait toujours dans la même direction et n’aurait aucun problème à retrouver son chemin en cas de cul-de-sac. Au bout d’une quinzaine de minutes, il atteignit ce qui devait être une porte en métal. Il poussa la clenche et entra dans la pièce suivante qui, elle, était éclairée. L’elfe dut attendre dix bonnes secondes avant que ses yeux ne soient réhabitués à la lumière des torches, puis prit conscience que ces torches devaient brûler depuis des années et que pourtant, elles semblaient comme neuves. Il devait probablement y avoir un sort de feu éternel. Il examina la pièce plus en détail. Tout le sol semblait être pavé d’or. Il y avait une étrange plate-forme au milieu qui était entourée de hauts piliers de marbre vert disparaissant dans un plafond ténébreux. Le subconscient de Link lui suggéra que cette espèce d’autel avait un rôle capital à jouer, mais qu’il n’était pas encore opérationnel. Il fallait activer quelque chose. Trois petits piédestaux encerclaient l’autel. Il fallait faire quelque chose avec eux. Ils avaient chacun un motif différent à leur surface. Link remarqua ensuite trois portes derrière les piédestaux sur lesquelles étaient représentés les mêmes motifs. L’aventurier comprit tout de suite. Derrière chaque porte, il fallait trouver quelque chose lié au piédestal correspondant de la salle centrale.

Il commença par la pièce de droite. Il fut tout de suite arrêté par un profond précipice infranchissable. Il jeta un coup d’oeil aux murs. Il devait forcément y avoir un moyen de passer. Il remarqua vite une étrange oeuvre d’art. Cela ressemblait à un oeil enfermé dans un losange sur le mur gauche de la salle. Il avait déjà vu ce genre de chose dans le sanctuaire de lave, dans le futur parallèle. Il lui fallait viser droit dans la pupille et quelque chose se passerait. Il l’atteignit après trois essais. Une plate-forme flottante sortit du mur, invitant le jeune homme à traverser. Il atteignit l’autre rive sans difficulté et franchit une nouvelle porte.

La pièce avait un dallage en damier et plusieurs coffres étaient éparpillés sur les cases blanches. C’était étrange... pourquoi un pareil désordre ? Il sembla à Link que la disposition des coffres était volontaire. Il y avait un sens à cet éparpillement. Link s’approcha du coffre le plus près de lui et essaya de l’ouvrir. Il fut repoussé par une violente décharge électrique. Le coffre était piégé. Il regarda à nouveau la salle. Un seul coffre devait être bon, restait à savoir lequel.

Il testa les coffres. Seul celui le plus sur la droite accepta de s’ouvrir, mais il n’y avait rien à l’intérieur, à part une petite pierre violette destinée à être insérée dans la monture d’un autre coffre, mais apparemment pas n’importe lequel, à en juger par la décharge qu’il reçut en déposant la pierre. Il devait y avoir un ordre à respecter. Il fallait probablement les ouvrir les uns après les autres. L’éparpillement des coffres dans la salle devait être un indice sur l’ordre à suivre. Il y en avait huit en tout, et en prenant du recul, l’aventurier réalisa que, sur le damier, il n’y avait qu’un seul coffre par rangée de cases. Cela devait être l’indice, la façon de distinguer les coffres. L’elfe décida d’agir avec méthode et d’essayer diverses séries. Il commencerait par ouvrir les coffres de droite à gauche, du fond vers l’entrée (car le coffre qu’il avait réussi à ouvrir était également le plus éloigné de la porte qu’il avait franchie). Le premier essai fut le bond. Il ne mit pas plus de quatre minutes à tout ouvrir. Dans le dernier coffre se trouvait une grande statue en obsidienne sur laquelle était gravé le motif de la porte qu’il avait empruntée dans la salle principale. Il rebroussa donc chemin avec sa prise et posa la statue sur le piédestal correspondant. Le piédestal grandit alors en taille et la statue s’illumina au fur et à mesure qu’elle gagnait en hauteur. Lorsque la colonne s’arrêta de bouger, Link décida de prendre une nouvelle porte.

Au début, il n’eut qu’à emprunter un escalier peuplé d’insectes géants et carnivores. Cela ne lui posa pas trop de problèmes. Il n’avait qu’à les éliminer dès qu’ils s’approchaient trop de lui. Il prit soin d’agiter son épée avec le plus de rapidité et d’efficacité possible, histoire d’impressionner la première-née et le fantôme de son arrière-arrière-etc-grand-mère. Il finit par arriver dans une pièce à demi remplie d’eau. Le niveau de l’eau changeait régulièrement.
- Je me demandais pourquoi on appelait l’endroit le "temple des marées", et bien voilà ! L’astuce de la salle semble être basée sur l’effet de la marée.

Il regarda la salle en détail. Que devait-il faire ici ? Une plate-forme avec un coffre semblait l’attendre de l’autre côté de la pièce. mais comment y arriver ? Le bord était trop haut, même à marée haute. Il y avait des caisses en bois flottant sur l’eau. A nouveau, Link se fit la réflexion qu’elles étaient en trop bon état pour des caisses ayant pataugé près de dix ans dans de l’eau de mer. Toutefois, elles semblaient être son seul moyen d’atteindre l’autre rive. Il sauta donc à l’eau, atteignit la caisse la plus proche de son but, la poussa jusqu’au bord de la terrasse et monta dessus. Il n’eut plus qu’à attendre que l’eau monte pour sauter sur le sol de pierre et ouvrir le coffre, contenant une deuxième statue. L’elfe eut alors une mauvaise surprise. Il réalisa que la statue était trop encombrante pour nager avec elle et qu’il ne pourrait pas atteindre la sortie de cette façon. Il dut déposer la statue et former un parcours avec les caisses flottantes pour pouvoir atteindre la sortie sans avoir à remettre le pied dans l’eau. Une fois le pont de fortune établi, ramener la deuxième statue fut un jeu d’enfant (bon, les insectes géants du couloir avaient été remplacés par des limaces gluantes se laissant tomber du plafond sans crier gare, mais ça ne posait pas vraiment de problèmes, juste des p’tites surprises). Il put déposer sa prise sur le deuxième piédestal et prendre la troisième porte.

La salle ressemblait à celle du premier couloir. Il y avait un énorme précipice infranchissable, mais pas d’interrupteur à activer sur les murs. Il y en avait plutôt un au sol, près de lui, mais qui ne marchait que si on maintenait un poids sur lui. Heureusement, quatre statues de petite taille traînant sur la gauche semblaient parfaitement correspondre à cet usage. Un pont de lumière apparut, traversant tout le précipice. L’elfe put traverser en toute tranquillité et passer à la salle suivante.
Link vit immédiatement où se trouvait la dernière statue. Elle l’attendait gentiment sur un piédestal, derrière une barrière de rayons de lumière. L’aventurier comprit tout de suite qu’il ne pourrait pas passer la barrière. Les rayons étaient plus brûlants qu’une fournaise. Il devait trouver un autre moyen de passer. La réponse lui vint très facilement alors qu’il jetait un coup d’oeil à la salle. Tout un versant de mur était fort endommagé et apte à l’escalade. Link se résigna donc à affronter son vertige et à se déplacer en s’accrochant à un mur à plus de trois mètres du sol. Une fois de l’autre côté, il eut la joie de constater que la statue en obsidienne résistait aux rayons. Il put donc la déposer délicatement derrière la barrière de lumière et ré-escalader le mur sans difficulté. Il passa la pièce suivante tranquillement, mais au moment où il posa le pied sur l’autre rive, les statues qui lui avaient servi à activer le pont de lumière s’animèrent. Link ne comprit pas grand-chose. Ce ne fut que lorsqu’il vit qu’il était en train de tomber dans le vide qu’il réalisa ce qui venait de se passer.

Il sombra dans le noir et la douleur, puis se revit dans la salle aux rayons de lumière. Il utilisa toutes ses forces pour arrêter à cet instant précis son voyage dans le temps. Il ne maîtrisait pas encore très fort ce pouvoir et ne savait pas comment contrôler le voyage temporel. Cela eut pour effet qu’il s’effondra sur le sol, manquant de peu de se faire brûler par les rayons lasers. Il dut donc recommencer toute l’opération de récupération de la statue, revenir dans la pièce fatidique et guetter l’instant où les statues piégées se rebelleraient. Elles se manifestèrent à l’instant où il posa le pied sur le sol de pierre. Il dut faire des roulades pour éviter de se trouver pris au piège comme la fois précédente. Il déposa son trésor et dégaina son épée ainsi qu’une bombe. L’explosion de la poudre n’eut pas d’autres effets que de dérouter les automates un instant. Ce fut suffisant pour Link pour pousser une des statues dans le vide d’un coup de pied bien placé. Les trois statues restantes formèrent rapidement un cercle autour de Link. Il n’avait plus le temps d’allumer de bombe. D’un geste désespéré, il plongea son épée dans une bulle lumineuse sur le visage d’une des statues. Elle explosa en deux secondes. Il avait trouvé le point faible de ses adversaires et ne mit que quelques secondes à s’en débarrasser.

Lorsqu’il déposa la troisième statue sur son piédestal, un étrange rayon de lumière apparut sur l’autel. L’elfe y entra, sentant qu’une grande épreuve l’attendait. Il apparut dans une vaste salle de pierre sombre et éclairée d’une étrange lumière bleue. Dans le mur se trouvait une énorme statue de pierre représentant une sorte de visage couronné et ses deux mains. Après quelques pas, une voix grave et résonnante se fit entendre : "voici donc le nouvel élu... viens donc tester ta force...". Des traits de lumière parcoururent les pierres pour aller illuminer la statue. Les diverses pièces se mirent à léviter et foncèrent sur l’elfe. "Je me disais bien que ce donjon était trop facile".

Chapitre 59 : Le sort   

Des nuages sombres couvrent la vallée et la plaine d’Hyrule. Une mer de tentes et d’enclos recouvrent le moindre brin d’herbe. L’armée du seigneur des ténèbres, l’armée de mort de Ganondorf assiège la montagne de la citadelle des nuages.

Pour le moment, c’est le calme avant la tempête. Ganondorf a ordonné à ses troupes d’encercler la citadelle, sans essayer de l’approcher. La seule tentative d’approche s’était avérée être un échec total. Alors qu’un groupe de soldats escaladaient bravement les parois de pierre, un éboulement de rochers sorti de nulle part les avait réduits en bouillie. La citadelle était impossible à atteindre. Elle était située sur un piton rocheux aux pentes abruptes et aux rochers tranchants. Le seul moyen d’y entrer était d’attendre l’activation d’un ascenseur par les maîtres de la forteresse. La citadelle était coupée du monde et rien ne semblait pouvoir l’atteindre, pas même les condors dorés. Un vent glacé et violent s’était levé et repoussait toute tentative d’attaque aérienne. Ganondorf fulminait et passait sa colère sur tout ce qui lui passait sous la main. La citadelle lui semblait imprenable. Il était si près du but, de la victoire, de la personne qui pouvait réaliser ses rêves, qui pouvait le délivrer des souffrances qui le rongeaient.

Car Ganondorf souffrait. Il était rongé, heure après heure, nuit après nuit par la pire des tortures. Une obsession l’empêchait de trouver le sommeil : celle d’un corps qu’il désirait serrer dans ses bras, une peau qu’il devait caresser, un parfum qu’il voulait respirer. Pour son plus grand malheur, il s’était très vite rendu compte que cette obsession ne pouvait pas se calmer avec n’importe quelle captive. Il avait bien essayé de se défouler sur quelques prisonnières du Bourg d'Hyrule, mais rien n’avait pu marcher. C’était ELLE qu’il lui fallait. Son visage hantait ses pensées. Il ne pouvait pas passer deux heures sans penser à ses yeux aussi profonds que l’océan, sa chevelure volant au vent et si douce quand elle se reposait contre son torse. Comment cela était-il possible ? Comment l’âme d’un homme aussi redoutable, aussi cruel, aussi insensible, aussi déterminé pouvait-il être assujetti par la pensée d’une femme qui l’avait trahi. Ganondorf finit par trouver une réponse satisfaisante. La garce avait dû lui jeter un sort d’amour fichtrement puissant.

La voix d’un de ses aides de camp lui annonça l’arrivée de ses deux "médecins", le mage Reicros et la mystérieuse Djingreï. Le premier était spécialisé dans les sorts d’envoûtement, la deuxième, en tant que télépathe, était la personne la mieux placée pour diagnostiquer l’état psychique du seigneur des ténèbres. Tous deux n’étaient guère enchantés de cette incroyable faveur de pouvoir psychanalyser et soigner leur maître. Quel cadeau empoisonné que de savoir que ce monstre de cruauté était envoûté par le charme d’une femme. Connaître ce secret scellait leur destin. Le seigneur Ganondorf ne prendrait jamais le risque de les laisser avec de pareilles informations. Ils étaient tous deux étroitement surveillés par des soldats qui mouraient d’envie de connaître la raison de leurs longs entretiens, mais à la moindre allusion, c’était la mort assurée. Il était également certain qu’une fois les maux du maître soulagés, il s’arrangerait pour se débarrasser de ses deux guérisseurs. Ils n’avaient aucune issue. Tout ce qu’ils pouvaient faire était de gagner du temps, aussi n’étaient-ils pas vraiment dérangés par la prolongation du siège. Reicros inclina la tête en guise de salut et s’enquit sur l’humeur et la santé de son maître.

- Vous devriez le savoir aussi bien que moi. Ne vous ai-je pas donné une assistante télépathe pour avoir à éviter ce genre de questions stupides ? Communiquez donc par la pensée, ça m’évitera de m’énerver devant vos commentaires.
Les deux guérisseurs se regardèrent d’un air entendu. Aujourd’hui, le maître était de très mauvaise humeur. Djingreï détecta immédiatement qu’il pouvait exploser à tout moment. Cette fois-ci, il fallait montrer que leurs recherches avançaient, sinon ils finiraient tous les deux dans une chambre de torture. Le message à son collègue envoyé, elle s’avança et commença à expliquer :
- Nous avons justement de bonnes nouvelles à vous annoncer. Nous commençons à cerner la source et la nature du problème. Nous sommes donc en mesure de commencer un traitement.
- Traitement ? Mais ce n’est pas d’un traitement dont j’ai besoin. Je ne suis pas malade, je suis ensorcelé. Je veux la dissipation du sort, et le plus vite possible.
Reicros se dépêcha de compléter les informations.
- Le sort est malheureusement trop complexe pour qu’il y ait une levée pure et simple du maléfice. Il faut procéder par plusieurs étapes. Pour cela, nous devons repérer tous les niveaux, et ça prend du temps...
- Cela fait deux semaines que vous me répétez la même chose.
- C’est que vous ne nous facilitez pas la tâche, mon seigneur.
Le seigneur des ténèbres était sur le point de foudroyer l’envoûteur. Saisissant l’ampleur du danger, Djingreï s’empressa d’envoyer dans l’esprit de l’enragé une sensation de douce brise sur les dunes de sable. L’effet fut presque immédiat. Le sorcier se rassit sur son siège. Reicros et la télépathe soufflèrent. La jeune femme continua de sonder l’esprit du maître. Il pensait à présent à de grandes dunes blanches dont le sable glissait lentement. Mais au milieu du décor, il y avait cette femme allongée. Son corps se laissait lentement engloutir par le sable tandis que ses cheveux frémissaient à la brise. Elle était immobile, souriante, sereine et incroyablement belle. La voyeuse poussa un soupir et s’adressa à Ganondorf d’une voix douce en lui prenant la main. Il fallait le garder calme.
- Seigneur, ce que mon collègue essaye de vous dire, c’est que nous aurions pu briser le sort il y a longtemps s’il n’y avait pas eu un certain problème. Votre esprit n’essaye pas de chasser ces images. Vous aimez penser à elle. A ce niveau-ci, ce n’est plus un envoûtement. C’est du véritable amour.
- Comment oses-tu dire ça ?
- Je vous en prie. Je suis parfaitement capable de distinguer ce qui provient du désir et ce qui est imposé. Le meilleur remède à ce genre de choses est le temps et la lassitude.
- Le temps... j’ai passé un millénaire à essayer de l’oublier.
- Vous n’avez pas essayé. Durant tout le séjour dans le vide infernal, vous vous êtes cramponné à l’image de la femme qui vous avait trahi, l’idéalisant ou la diabolisant. Vous deviez vous cramponner à cette idée pour résister à l’oubli du purgatoire. Vous n’aviez pas le choix, c’était le seul genre de pensées pouvant vous permettre de rester vous-même. Ce n’est que maintenant que vous pouvez vous permettre de l’ignorer, mais son image a eu le temps de s’encrer profondément dans votre âme. Pour l’oublier vraiment, il faut que votre esprit finisse par admettre qu’elle ne fasse plus partie de vous.
- Ça aussi, j’essaye de le faire.
- Vous n’avez pas utilisé la meilleure manière, alors.
- Pourquoi ne me jetez-vous pas un sort d’oubli, alors ?
- Parce qu’elle a tellement fait partie de votre vie que nous vous priverions du meilleur de votre passé. Cela provoquerait de trop gros dommages. Le vide serait trop grand, trop de choses seraient inexplicables.
- Alors quoi ?
- Alors, le mieux, ce serait de la faire venir ici. Si elle est près de vous, vous cesserez de vous en faire obsession. Votre idée de la femme idéale pourra se ternir et vous vous lasserez très vite de son visage. Vous serez alors guéri.

La jeune télépathe avait prononcé les mots magiques. Ganondorf en oublia toute la colère qu’il voulait déverser sur les deux impudents qui semblaient se moquer de son sort.
- Oui, si je peux me soulager une fois pour toutes, je cesserai de penser à ma vengeance. Il faut que je la fasse venir ici, que je la fasse souffrir, que je l’humilie...
Il héla un aide de camp pour qu’il aille chercher son serviteur le plus efficace. Moins de vingt secondes plus tard, le mercenaire Kidas pénétra dans la tente.
- Vous allez partir avec vingt hommes de votre choix pour l’île hors du temps. Peu importe les moyens que vous utiliserez, exterminez les habitants s’il le faut, mais vous me ramènerez la première-née vivante et en suffisamment bon état pour que je puisse m’en occuper moi-même.
L’homme sanguinaire acquiesça et sortit. Ganondorf, ayant retrouvé sa bonne humeur, sortit et réunit ses généraux. Il se sentait suffisamment en forme pour tenter une nouvelle méthode de siège.
- Combien de captifs avons-nous encore ?
- 116, Seigneur.
- Dans quel état ?
- Certains sont malades, beaucoup n’ont même plus de larmes pour pleurer, mais il y en a encore qui gémissent et ça agace les gardiens.
- Vous les ferez placer dans un enclos surveillé à vingt mètres de la montagne, bien en vue. Vous réduirez la nourriture au strict vital et vous arrangerez pour maintenir ces morveux en vie le plus longtemps possible. Vous relâcherez les cinq en plus mauvais état près de l’ascenseur de la citadelle. Si, à partir de demain, il n’y a toujours pas de mouvement à la citadelle, vous m’en égorgerez un toutes les heures. Pour sauver ces gamins, il faudra bien qu’ils tentent une sortie et c’est là que nous interviendrons.

Alors que le camp commençait à remuer des instructions du seigneur des ténèbres, ce dernier attrapa un de ses plus fidèles conseillers, le traître Aromir.
- Vous allez opérer quelques changements de grade. Placez Djingreï près de ma tente, au rang de deuxième conseillère. Quant au mage Reicros, je ne veux plus le voir. Faites-le disparaître.

Chapitre 60 : Le destin de l’élu   

Alors qu’un elfe courageux se lançait dans l’exploration d’une partie secrète d’un donjon secret, deux étranges dames (et pour cause, l’une est un fantôme et l’autre une première-née) regardaient de curieuses images dans une boule de cristal et les commentaient. Très étrange et peu banale scène en vérité.

R : Il grimpe vite, ce garçon.
D : Il a l’endurance de son papa.
R : Diana... Ce n’est pas ton fils, c’est le fils du fils du fils du fils... Je ne crois pas qu’on puisse encore parler d’un lien de parenté après une trentaine de génération.
D : Tu te trompes. Regarde-le. C’est le portrait craché de Robin. Moi-même, je m’y suis laissée prendre. De plus, à ce que tu me dis, il a hérité du statut de l’élu. S’il n’y a pas de lien du sang là-dedans, je veux bien nettoyer un nid d’orc.
R : Tu ne risques rien avec un pari pareil. Un fantôme ne peut pas nettoyer de nids d’orc.
D : Alors je veux bien aller hanter Ganondorf pendant un siècle.
R : Ça... on peut arranger.
D : Tu peux pas te concentrer sur le petiot ? Hé, on ne voit plus rien.
R : Il ne doit plus y avoir de lumière où il est. Attends un instant.
La première-née tapa un petit coup sur la boule de cristal. Les images y défilèrent en noir et gris.
R : Voilà ! Vision infrarouge.
D : C’est quoi, une vision infrarouge ?
R : Un peu compliqué. Disons que ce sont des rayons qui permettent de distinguer les formes, mais pas les couleurs. Alors, qu’est-ce qu’il nous fait ?
D : Il a l’air de ne pas y voir goutte.
R : Robin aimait ça, les labyrinthes obscurs. Il faisait exprès de s’y perdre pour pouvoir les explorer dans le moindre détail.
D : Mais lui... il n’a pas l’air enchanté.
R : Il a quand même les bons réflexes : il utilise la technique de la main droite.
D : La main droite ?
R : Ça vaut tous les fils d’Ariane du monde. Si tu avances sans lever la main du mur, tu es certaine de toujours tourner dans la même direction et si jamais tu décides de rebrousser chemin, tu mets ta main gauche sur le mur, tu fais le chemin en sens inverse et tu retrouves la sortie sans problème.
D : Mais ça peut faire perdre du temps...
R : Pas dans un labyrinthe aveugle. Il ne voit même pas par où d’autre il peut passer. C’est la seule bonne technique. Je me demande où il l’a apprise.
D : C’est de famille, Raph.
R : T’as pas envie d’aller hanter Ganondorf ?
D : Je préfère savoir que mon tout petit est le digne héritier de Robin.
R : A propos d’héritier... Pourquoi n’as-tu jamais donné signe de vie durant ton dernier voyage ? Leïa me demandait tous les soirs quand tu allais revenir. J’ai commencé par lui dire "dans une semaine", puis "dans une ou deux semaines", puis "peut-être demain", et au bout d’un mois, j’ai préféré dire que je ne savais pas. Tu te défoules à présent sur ce gamin, mais tu oublies ta propre fille que tu as abandonnée entre mes bras.
D : J’avais confiance en toi et en son potentiel. Elle était en sécurité avec toi. Et puis... je ne voulais pas lui donner de faux espoirs. La guerre civile prenait du temps, mais la terre d’Hyrule promettait d’être accueillante. Robin et moi, nous nous disputions souvent pour savoir si nous allions rentrer à Alkantir ou revenir habiter Hyrule. Je n’osais rien annoncer à Leïa de peur de contredire Robin. Je ne savais pas quoi dire à ma fille.
R : Comment ne pouvais-tu ne rien avoir à dire à ta fille ? Tu possèdes la Triforce de la sagesse, oui ou non ?
D : Déjà à l’époque, je ne l’avais plus.
R : Quoi ?
D : Hyrule était plongée dans une guerre civile. La princesse héritière, Zelda-Victoria, n’avait que 12 ans quand ses parents moururent. Un de leurs cousins refusait de jurer allégeance à une gamine et avait pris le pouvoir de force après l’avoir chassée. Beaucoup de gens contestaient son acte et pour garder son trône, il mena une politique particulièrement répressive. Ce fut à ce moment que nous arrivâmes. Nous protégeâmes la princesse avec plusieurs personnes fidèles, mais il fallait plus pour sauver le royaume. Il fallait que la demoiselle soit suffisamment forte et charismatique pour que le royaume l’accepte comme souveraine et se soulève pour de bon contre l’imposteur. Alors j’ai décidé de lui remettre la Triforce de la Sagesse. De cette façon, elle gagna en maturité beaucoup plus rapidement et en bien meilleure condition. Tout ce qu’elle aurait pu apprendre en dix ans, elle l’apprit en quatre ans. A 16 ans, à part son oncle et ses sbires, pas une seule personne dans le royaume ne contestait son retour sur le trône. Elle aurait même pu reconquérir sa place toute seule si l’oncle n’avait pas fait appel à la sinistre secte des Maltics. Ce furent eux qui nous séparèrent de notre deuxième enfant. C’étaient également eux qui surveillaient étroitement le ciel et nos veines tentatives de correspondance.
R : Les Maltics... ces fous existaient toujours, 500 ans après la disparition de Ganondorf ?
D : Oui, ils étaient toujours là... et ils occupaient toujours leur repaire à la frontière avec la Confédération de Termina.
R : ... La chaîne d’Ikana... Dis-moi, avez-vous réussi à vaincre la secte ?
D : Hélas, je n’en sais rien. Nous avons bien réussi à capturer le roi félon et ses plus proches serviteurs, mais je suis morte avant de voir ce qui allait arriver des autres membres de la secte.
R : Alors... ça pourrait expliquer son retour...
D : Raph, tu nous fais quoi là ? Pourquoi tu marmonnes ? Qu’est-ce qu’il y a ?
R : Rien, je m’interrogeais juste sur Ganondorf et ses alliés actuels. Tiens... Link est sorti du labyrinthe aveugle.
D : Ah ouais.
R : Sympa, l’architecture. Il faudra que je la reprenne dans mes prochaines modifications du donjon.
D : Pourquoi tu veux changer le donjon, toi ?
R : Parce que mon donjon ne m’a pas l’air assez compliqué. Link a fait le tour de ma partie en moins d’une demi-heure. Et puis, j’aime changer les épreuves d’un héros à l’autre, histoire qu’ils ne se transmettent pas les trucs. D'ailleurs, si Link a si facilement passé mon donjon, c’est probablement parce que Leïa lui a raconté ce qu’il fallait faire.
D : Effectivement, c’est pas du jeu. Mais comment vas-tu t’y prendre ?
R : J’invoquerai les dieux, comme tous les premiers-nés ont appris à le faire. Les dieux m’ont accordé le statut de protectrice de l’élu. Ils m’accordent les pleins pouvoirs dans la mesure où ils me servent à le trouver, le tester, le former et le protéger. Dès lors, je bénéficie de pouvoirs divins pour modifier à loisir ce donjon, que je considère comme épreuve de la reconnaissance des élus. C’est d’ailleurs pour ça que j’y ai caché la Triforce de la Force. C’est un peu une récompense pour le test. Et puis, j’ai eu l’aide des artisans Lynnians pour rendre tout ça opérationnel.
D : Et Robin, comment a-t-il pu créer cette partie ? Je n’ai pas souvenir qu’on lui ait octroyé ce genre de pouvoir. Les dieux lui ont accordé le pouvoir de voyage temporel et de réincarnation, mais rien d’autre.
R : Ça, c’est un mystère... A moins que... Il possède la Triforce de Favore et est lié à la déesse du courage. Il a dû invoquer la déesse pour avoir le droit de faire ses travaux.
D : Pourquoi ne m’avez-vous jamais appris à invoquer les dieux de cette manière ? Je possédais la Triforce de la sagesse, non ?
R : Oui, mais tu n’étais pas une première-née. Seule notre espèce possède le don d’invocation des dieux. Nous sommes leurs enfants, leurs serviteurs. Et ne te plains pas. Tu avais déjà l’aide de Naryu grâce à ta Triforce. Tu possédais déjà plus de pouvoir que n’importe quel mortel.
D : Pfff...
R : Bon, revenons-en au petit... le piège des coffres ! Je me souviens très bien de cette épreuve. Robin avait mis des heures à comprendre ce qu’il fallait faire.
D : C’est lâche de l’imposer à ses successeurs.
R : Bah, ça n’a pas l’air d’être un problème pour Link. Il a compris le truc.
D : Il est si intelligent.
R : Je ne sais pas trop. Tu sais, à ce que j’ai cru comprendre, il a déjà fait le temple des marées plusieurs fois. Même s’il est amnésique, les réflexes sont restés.
D : Comment ça ? Je ne l’ai jamais vu.
R : Ce n’est pas ce que tu crois... il est coincé dans une boucle de voyage temporel. Il est condamné à répéter son histoire jusqu’à ce qu’il ait réglé son problème, c’est-à-dire, Ganondorf.
D : Ah...
Les deux femmes restèrent silencieuses quelques instants, s’amusant à regarder le jeune homme massacrer les espèces de guêpes géantes.
D : Il se débrouille bien.
R : Il n’a absolument pas l’air concentré sur ce qu’il fait. Il se contente d’agiter son épée. Il ne se soucie absolument pas de l’endroit où son arme va frapper. Il va falloir réviser ça.
D : Comment arrives-tu à voir des choses pareilles ?
R : Ho, j’ai formé ton mari, je te rappelle. J’ai également guidé son père, et plein d’autres héros. J’ai vu tant d’escrimeurs et de guerriers. La moindre des choses est tout de même d’en avoir tiré un quelconque sens critique.
La première-née se tut un instant. De nombreux souvenirs de ses millénaires d’expérience lui revenaient en mémoire. Elle avait vu grandir et vieillir une bonne vingtaine d’élus, avec leurs talents et leurs faiblesses. Le premier-né revenait sans cesse avec une nouvelle vie, une nouvelle âme. Avec le temps, elle avait fini par admettre que tous ses élèves étaient différents, qu’aucun d’eux ne pouvait se prétendre la réincarnation d’un autre. A chaque époque sombre, un nouveau premier-né naissait avec les pouvoirs d’un héros éternel et un destin garni de combats. Ce Link n’était donc pas Robin, ni son père Léo, ni le héros du temps si populaire dans la culture hylienne. Il était simplement l’héritier de la malédiction qui pesait sur sa famille depuis plus d’un millénaire. Diana pouvait-elle comprendre une pareille chose ? Elle avait déjà compris que ce n’était pas son mari, mais elle semblait substituer le jeune homme à son fils perdu. Etait-ce cette obsession qui avait fait d’elle un fantôme ?
R : Diana, il faut qu’on parle.
D : Qu’est-ce qui se passe ?
R : Il se passe que tu es un fantôme ! Ne tiens-tu pas à goûter au repos éternel, plutôt que de hanter ces couloirs en attendant de voir passer le prochain élu ?
D : Je ne sais même pas comment j’ai fait pour arriver ici. Tout ce que je me souviens, à mon décès, c’est que je pensais à ma fille que je voulais revoir. La mort a été si brusque que je n’ai pu faire aucune prière. Tu t’imagines peut-être que j’ai demandé au juge suprême d’aller hanter un temple désert pendant une dizaine d’annés ?
R : On ne prive pas les gens d’au-delà pour rien. Que s’est-il passé devant le juge ?
D : Mais je n’en sais rien. J’ai glissé dans un escalier, j’ai sombré dans le noir et la première image qui me soit revenue après ma mort, c’était les murs de ce temple.
R : Evidemment... nul ne peut révéler les secrets de l’au-delà, pas même un fantôme. Ce qui s’est passé, on te l’a fait oublier.
D : Hélas.
R : Ça ne veut pas dire que tu ne peux pas y retourner maintenant. Je vais invoquer les dieux. Je vais leur demander ce qu’il faut faire.
D : Tu es sûre que tu n’as rien de mieux à faire ?
R : Tu veux rester ici pour l’éternité ?
D : Je n’ai pas dit ça. C’est juste que... le petit doit passer avant moi. Aide-le à réussir sa mission, libère-le de sa prison du temps. Ce sera après que tu pourras m’aider à passer dans l’autre monde.
R : Tu as raison. Le gamin a un problème beaucoup plus important à résoudre. Où en est-il ?
D : Il fait de l’escalade.
En effet, dans la boule de cristal, Link était en train de contourner la barrière de rayons laser pour aller s’emparer de la statue. Une fois arrivé de l’autre côté, il resta quelques secondes immobile, puis sembla pris de vertige et manqua de tomber dans les rayons de lumière.
R : Ah... il a eu une réincarnation.
D : Hein ?
R : Tu n’y es certainement pas aussi habituée que moi, mais lorsqu’un héros éternel fait son petit voyage dans le temps, il reste figé un petit moment. J’appelle ça la "pause". Il s’immobilise soudainement, sans qu’on sache pourquoi. La durée de la pause varie en fonction du temps remonté en arrière et la dose de souvenirs à charger. Ainsi donc, il est mort... comment a-t-il pu mourir dans un donjon aussi simple ?
D : Bah, il n’y avait pas un précipice, dans la salle précédente ? Il a dû faire un saut de travers et tomber dedans. Quel mal à ça ?
R : Sauf que lorsqu’il affrontera Ganondorf, il n’aura pas droit à ce genre d’erreur.
D : Mais si. S’il meurt, il reviendra juste ce qu’il faut en arrière.
R : Non. Apparemment, il ne mourra pas. Il va survivre et devoir trouver un autre moyen de vaincre Ganondorf, mais cela entraînera la destruction d’Hyrule. Ce ne sera que lorsqu’il retrouvera Leïa qu’il pourra voyager dans le temps. A ce que j’ai compris, ce cycle s’est déjà produit deux ou trois fois.
D : Dans ce cas...
R : Nous ne pouvons l’aider qu’avant son affrontement avec Ganondorf. Après, ce sera tard et tu peux être sûre que ce présent n’existera que dans le souvenir de Link. Tout ce que nous pourrons faire, c’est aider Link à remonter suffisamment loin dans le temps.
D : Je ne te suis pas, là.
R : Si Link est condamné à faire son voyage dans le temps, il gardera probablement le souvenir de son échec, mais pas nous, vu que nous n’aurons jamais vécu toute cette période. Lui seul peut faire le lien avec le temps qu’il a transcendé.
D : Rien que d’y penser, ça donne mal à la tête.
R : Ce n’est pas à toi que Robin a raconté ses sept tentatives de sauver sa mère. J’ai cru devenir folle.
D : Hé... attends... tu as vu ? Les statues qui se sont animées et qui ont failli le pousser dans le vide ?
R : Quel réflexe, ce saut ! Quelque chose me dit que c’est à cet endroit qu’il est mort.
D : Oui. Dis... tu crois que le donjon va être encore long ?
R : Ça... ça m’étonnerait. Robin n’a jamais eu beaucoup de patience. Je crois que le cirque des trois statues ne sert qu’à ouvrir l’accès à l’épreuve finale. Hm, plutôt efficace, la méthode pour se débarrasser des armos. Robin n’aurait jamais planté son épée dans leur oeil.
D : Il est doué, il est digne de son pa... ancêtre.
Raphaëlle poussa un soupir. Dans la boule de cristal, Link activa le passage vers ce qui devait être sa dernière épreuve.

Chapitre 61 : Le juge   

Le combat de Link se déroula dans une atmosphère absolument irréelle. D’abord, il y avait cette étrange lumière qui lui rappelait son premier grand combat depuis son réveil dans le futur parallèle, celui contre Sir Marsias. Ensuite, il y avait cet étrange bruit résonnant dans les murs. Il ne savait dire si c’était de l’eau qui s’écoulait ou des voix chantant dans un murmure. Et finalement, il y avait cette énorme statue qui flottait au-dessus de sa tête, tentant de l’écraser de ses poings. L’elfe avait d’excellentes raisons de rester bouche bée devant ce spectacle.

Une main s’écrasant à trois centimètres de lui le ramena à la raison. Il s’élança sur le terrain, restant constamment en mouvement pour désorienter la statue. Heureusement pour lui, son agresseur était un peu long à la détente, ce qui permettait à l’elfe de l’étudier en toute sécurité. Les mains de pierre semblaient posséder une zone plus fragile au centre. Il y avait des boules de cristal dont émanait une lumière turquoise. Link courut à l’autre bout de la salle, sortit son arbalète et visa ces fragiles boules. Le résulta fut d’abord concluant. La lumière verte devait être la magie qui animait les mains. Elles s’écrasèrent sur le sol. Ensuite, Link se dit que ce n’était finalement pas une si bonne chose, car dépourvue des mains, la tête passa à l’offensive. Deux puissants lasers rouges jaillirent des yeux et visèrent les pieds de Link. Le garçon hurla de douleur, mais réussit à trouver la force de faire une roulade pour échapper aux tirs. Il constata vite que la statue était assez limitée en rayons. Elle devait se recharger. Link devait en profiter pour neutraliser ces yeux laser.

La chose était malheureusement très compliquée. La douleur dans les jambes était vraiment trop dure à supporter et l’empêchait de se concentrer. Il ne pouvait d’ailleurs guère bouger. Ses pieds blessés le clouaient au sol. Il ne pouvait pas se battre, il allait mourir. Il aurait peut-être plus de chance dans son prochain essai.
"Debout ! Je t’interdis de te rendre !"
La voix de Raphaëlle avait hurlé dans la tête de Link, lui faisant oublier momentanément sa douleur.
"Il te faut oublier la douleur, sinon, tu n’y arriveras jamais. Quels que soient les coups que tu reçois, il te faut tenir plus longtemps que ton ennemi."
- Mais je voudrais t’y voir. Mes pieds ne peuvent plus me porter, ils ne sont plus que des moignons.
"Ça ne t’empêche pas de pouvoir tirer. Et au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, il y a moyen de se régénérer dans ta pièce".
Se régénérer ? Link jeta un coup d’oeil à la salle. Des petits coeurs en gélatine traînaient un peu partout. Comment n’avait-il pas pu les voir ?

Un étrange bruit lui fit comprendre que les yeux laser étaient de nouveau prêts à charger. Il fit de nouvelles roulades pour éviter le tir. Dans sa manoeuvre, il dut heurter quelques-uns de ces coeurs en gélatine, car sa douleur disparut presque instantanément. Il lui semblait même que les pieds s’étaient reformés (mais évidemment, à présent, il était pieds nus). Il pouvait à présent tirer sans difficulté (hormis celle de préparer l’arbalète suffisamment rapidement). Il ne lui fallut pas plus de trois minutes pour neutraliser la statue. Alors, cette dernière se posa sur le sol, complètement immobile. Link flaira tout de suite une nouvelle attaque surprise. Il décida de l’anticiper en lançant une bombe dans l’orifice qui devait faire office de bouche. Il y eut de violents jets de lumière, puis la statue s’éleva à nouveau dans les airs, les mains avec elles. Mais elles n’attaquèrent pas l’elfe. Elles retournèrent à leur place dans les murs.
L’étrange voix résonna à nouveau : "Du premier coup ! Tu es certainement un vaillant héros, tu mérites récompense pour tes efforts". Une porte apparut comme par magie sous l’énorme statue-sniper. Link l’ouvrit. Il y avait une petite salle richement décorée de mosaïques en tous genres, dans laquelle attendaient, sur un piédestal de marbre rouge, le dernier fragment de Triforce et un coeur de cristal, dont l’elfe ne se priva pas.

Lorsqu’il assimila enfin le morceau doré, il sentit une étrange chaleur envahir son corps, une chaleur vive, brûlante même. Il lui semblait qu’elle ne demandait qu’à sortir de lui. Link ne sut pas trop comment il s’y prit, mais une violente lumière envahit la pièce, et la Triforce du courage apparut entière devant l’elfe. Elle était absolument magnifique, resplendissante d’énergie et de lumière. L’aventurier soupira de soulagement, sa quête de la Triforce était terminée. Il pouvait à présent confier les pleins pouvoirs à Leïa. Il lui sembla alors que le dénouement de son aventure était très proche.

Chapitre 62 : Un esclave   

Un téléporteur soudainement apparu ramena Link auprès de Raphaëlle et du fantôme. Cette dernière était au comble de la joie et ne cessait de répéter qu’elle était fière de lui, qu’il était le digne descendant des héros d’Hyrule... Raphaëlle la laissait faire. Elle devait juger important de la laisser se défouler. Après une bonne dizaine de minutes, Diana finit par se calmer. Elle déclara qu’elle était persuadée que l’elfe saurait prendre soin de sa fille et qu’elle n’avait plus à s’inquiéter. A ce moment-là, quelque chose d’indescriptible se produisit. La silhouette grise du fantôme devint lumineuse, presque aveuglante.
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Diana, qu’est-ce qui t’arrive ?
- Je ne sais pas... je me sens... j’avais oublié qu’on pouvait se sentir aussi bien.
Link, inquiet, voulut s’approcher d’elle, mais fut retenu par la première-née. Celle-ci avait un visage plutôt réjoui.
- Ce n’est pas grave, ce qui t’arrive. Je crois que tu as enfin réussi à apaiser ton âme. Tu es simplement en train de passer dans l’autre monde.
- Quoi ? Mais hé... je veux savoir comment toute l’histoire de mon fillot va se terminer, moi ! Je ne dois pas partir comme ça !
- Je t’en prie, Diana... tu dois partir maintenant, où tu ne t’en sortiras jamais. Tu peux nous faire confiance pour tout mettre en oeuvre pour gagner. On finira par gagner. Pars en paix.
Link, comprenant tant bien que mal la situation, fit toutes les promesses imaginables au fantôme pour être sûr qu’elle parte tranquille. C’est ce qu’elle finit par faire, un doux sourire sur les lèvres et les yeux fermés. Elle disparut comme un souffle de buée dans l’air froid de l’hiver.

Les deux premiers-nés restèrent silencieux deux bonnes minutes, regardant fixement l’endroit où l’ancienne princesse hylienne se trouvait. Link eut même l’impression que la première-née se retenait de pleurer. L’elfe finit toutefois par briser le silence.
- Elle est vraiment partie, maintenant ?
- Heu... je crois, oui.
- Tu en es triste ?
- Je l’aimais bien... mais je me doutais bien que quelque chose de ce genre s’était produit. Ça fait bien des années alkantiennes que j’ai fait mon deuil. Je suis enfin tranquille. Je sais qu’elle va bien. Enfin, maintenant, reste à savoir ce qu’il en est de Robin. Ce n’est pas parce que c’est la Faucheuse qui l’a tué qu’il se sent mieux. Tu as intérêt à te montrer digne de lui.
La redoutable entraîneuse de héros s’était très vite remise du départ de son ancienne amie. Elle avait repris son regard sévère et regardait le pauvre Link comme un élève indiscipliné à corriger.
- Maintenant que le problème de la Triforce est réglé, on va régler celui de tes lacunes de guerrier. J’ai eu le temps de me faire une idée de ton style de combat et de tes compétences et j’y vois pas mal de lacunes.
- Y a-t-il moyen d’avoir des commentaires encourageants ?
- Comment peux-tu avoir un commentaire encourageant ? Quand j’ai soustrait Robin à la tutelle de Ganondorf, il se débrouillait déjà mieux que toi. Combien de coeurs de cristal as-tu en ta possession, hein ?
Link se sentit tout d’un coup tout petit. Etait-il si mauvais en comparaison au légendaire héros des bois ? Il dit d’un ton gêné que depuis sa résurrection dans la forêt, il devait en avoir acquis seulement deux, mais en avait plus dans le futur imparfait. Raphaëlle poussa un soupir.
- Lorsque Robin a affronté son ancêtre, il en avait 22, et encore, ce n’était pas gagné. Mon pauvre petit, je comprends parfaitement pourquoi tu te fais à chaque fois balayer par Ganondorf. Tu te reposes beaucoup trop sur ton pouvoir de résurrection pour affronter tes ennemis. Tu n’as aucune endurance. Tu n’es qu’un insecte pour le monstre. Enfin, passons, c’est un problème qui peut se régler facilement. Je connais un pays où ça s’amasse à la pelle. On retourne au phare prendre des affaires et on part pour l’île de Cocolint.
Link n’osa pas prononcer un mot. Raphaëlle avait ce fabuleux don d’imposer son autorité en une seule phrase et réduire ses interlocuteurs au silence en un seul regard. L’elfe se demandait comment une femme aussi puissante, aussi sage et aussi féroce ne pouvait-elle pas affronter Ganondorf. Lorsqu’ils furent enfin en dehors de l’île des marées, il se risqua à poser la question. Elle s’arrêta et son visage tourna au rouge.
- Une première chose : Défoncer la gueule à Ganon, ça a toujours été ton rôle. Tu es le héros éternel, tu te souviens ? Tu crois peut-être que ton statut de premier-né a fait de toi le maître du temps ? Tout au contraire, tu es devenu son esclave. Les dieux se servent de toi comme d’un contrepoids sur une balance et ni toi ni moi n’y peuvent rien. Nous autres les premiers-nés avons été créés pour protéger la terre, jusqu’à présent, il n’y a eu que Ganondorf ou Vaati qui se soient rebellés contre cette condition, mais ils n’ont pas pu s’échapper.
Link s’arrêta brusquement. Il était un outil ? Mais il n’eut pas le temps d’y réfléchir plus longtemps, car Raphaëlle continuait de se défouler sur lui.
- La deuxième chose, c’est qu’avec toute la volonté et la haine du monde, je ne pourrai jamais lever la main sur Ganondorf. Je n’y arriverai pas. Je l’aime encore, malgré tout ce qu’il m’a fait.
Link avait oublié que la première-née et le sorcier avaient été amants. Il resta silencieux, essayant de s’imaginer contraint d’affronter la belle Leïa dont il était fou. Il était certain qu’il ne se résoudrait jamais à la blesser. La réaction de Raphaëlle, qui, au début, lui avait paru parfaitement égoïste, lui semblait à présent la pire des épreuves. Il se jura de ne plus jamais y faire allusion.

Ils avaient à présent atteint un col d’où ils pouvaient à présent voir le village d’Alkantir. Ils restèrent figés de stupeur. La ville brûlait et Valoo, métamorphosé en gigantesque dragon, livrait un titanesque combat aérien contre huit condors dorés et leurs pilotes.

Chapitre 63 : La vengeance est un plat qui se mange froid   

Le premier réflexe des explorateurs du temple des marées fut de pousser un cri de surprise et de stupéfaction. Link était littéralement cloué sur place. Il n’aurait jamais cru que Valoo puisse associer à ses talents de sprinter une aussi grande précision de vol et surtout, d’aussi puissants jets de flammes. Le dragon fonçait sur ses adversaires, les esquivait au dernier moment, les contournait en un seul mouvement et les transformait en torches humaines avant qu’ils n’aient compris ce qu’il leur arrivait. Il semblait à l’elfe que cinq condors et leur pilote avaient déjà subi la colère du dragon.

Raphaëlle, elle, voyait plutôt les dégâts causés par le combat. Les victimes du dragon s’écrasaient dans le village, propageant l’incendie de plus en plus vite, de plus en plus loin. Combien de personnes avaient eu la chance d’échapper à ce déferlement de feu et de violence ? La cité qui avait déjà souffert la nuit précédente ne serait bientôt plus qu’un champ de ruines. Il fallait qu’elle intervienne le plus vite possible pour éloigner ces monstres de son île bien-aimée. Elle se retourna vers son nouvel élève.
- Link... transforme-toi. On ne peut aider Valoo que sous notre forme de premier-né.
L’elfe la regarda, étonné.
- Heu... tu parles de quoi, par transformation ? J’ai jamais eu de transformation spéciale "premier-né", moi.
La jeune femme le regarda d’un air désolé.
- Je ne t’en ai jamais parlé dans ton futur ? Mais comment as-tu pu battre Ganon dans de telles conditions ?
- Ben, on l’a fait à deux, et encore, on a perdu des amis dans le combat.
- Bon... je vois. Après tout, très peu de héros ont réussi à se transformer. Je ne peux pas te blâmer de ne pas y être arrivé. On va devoir faire autrement. Tu vas garder ton arbalète prête à tirer, te rapprocher le plus possible des combats et viser les intrus isolés. Je vais essayer de les éloigner de la ville.
Et sur ces mots, une lumière blanche enveloppa la première-née. Quelques secondes plus tard, la demoiselle était devenue un ange plus blanc que la neige, qui s’envola immédiatement, une énorme hallebarde à la main.

Link se mit immédiatement en quête d’un poste de tir. Il escalada le plus rapidement possible les rochers près de lui. De là-haut, il avait une vue parfaite sur toute l’île. Il pouvait voir Raphaëlle porter secours à Valoo de manière assez efficace. Le fait qu’elle utilise une arme aussi longue lui permettait d’intercepter ses agresseurs alors qu’elle était hors de portée de leurs coups. Sa hallebarde faisait des ravages et faisait tomber les intrus de leur monture. L’elfe constata cependant que tous les condors avaient renoncé à affronter Valoo pour se tourner vers l’ange. En la cernant de toute part, ils l’empêchaient d’attaquer. De plus, Valoo, ayant peur de toucher son mentor, n’osait pas attaquer. Le sang de l’elfe ne fit qu’un tour. Il n’y avait que lui qui puisse sauver la situation. Il arma son arbalète et visa l’homme le plus menaçant.

Son tir n’atteignit pas sa cible, mais plutôt la tête d’un autre oiseau passant devant lui à ce moment. La bête dégringola avec son porteur. Il y eut un cri de colère et de surprise dans le groupe et Raphaëlle en profita pour en abattre un autre. Il ne devait rester plus que 12 volatiles. Trois des envahisseurs prirent le risque de se détacher du groupe. Ils avaient repéré Link et voulaient le neutraliser. Ils foncèrent sur l’elfe. Le jeune homme décocha une autre flèche et atteignit un de ses poursuivants. Valoo, profitant de l’isolation des condors, happa un des deux autres dans sa gueule. Link détourna les yeux pour éviter le spectacle du corps broyé par les puissantes mâchoires du dragon. Il n’eut pas le temps de préparer une nouvelle flèche. Son agresseur était sur lui. L’elfe n’eut que le temps de se plaquer au sol pour éviter le coup d’une puissante épée se terminant en harpon. Le sbire de Ganondorf sauta de sa monture et brandit son arme pour frapper à nouveau. Link s’était redressé et avait dégainé son épée pour parer le coup. C’est à ce moment-là que leurs regards se croisèrent. Tous deux arrêtèrent net leur mouvement.
- TOI !
Parce que l’ennemi se révélait être Kidas, l’assassin de Björn et le bourreau de Link. Le rencontrer ici ne dérangeait pas Link. Il pourrait enfin se venger. Le mercenaire, par contre, était un peu plus embêté.
- Tu es le blanc-bec de la forêt... Si tu es ici, alors la Gerudo des îles a renoué le contact avec la salope.
- Ne prononce plus un mot ou je peux te garantir que ta mort sera très longue et très douloureuse.
- Pauvre moucheron. Tu t’imagines vraiment que tu peux me battre ?
- La dernière fois, je ne t’avais pas cassé une jambe ?
La colère et l’énervement étaient parfaitement visibles sur le visage du mercenaire. A ce moment-là, les deux autres premiers-nés se posèrent à trois mètres des duellistes.
- Bon, Link, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ? Tu vas me le dégommer vite fait !
- Tu veux que je le grille ?
- Non Valoo. La vengeance est un plat qui se mange froid.
- Pas très spirituel, comme jeu de mot, maître Raphie.

Pendant que Raphaëlle et Valoo se disputaient, Kidas, lui, faisait son possible pour s’éloigner discrètement. En moins d’une minute, il avait appris des informations terrifiantes qu’il devait rapporter à tout prix à son maître. Seulement, Link ne l’entendait pas de cette oreille. Il était à présent parfaitement prêt au combat et avait bien l’intention de faire payer le mercenaire pour tout le mal qu’il avait fait. Avant que son ennemi ne fasse un pas, il brandit son épée et commença le combat.

Le mercenaire para immédiatement le coup et riposta avec une dague cachée dans sa ceinture. Link, agile, évita le coup. Un grand nombre d’échanges de coups s’en suivit. Les deux autres spectateurs s’assirent sur des rochers pour mieux contempler le spectacle.
Le combat fut violent, et Kidas avait au début un certain avantage grâce à ses deux armes. Cependant, ses coups s’affaiblirent rapidement. Avait-il compris que s’il arrivait à vaincre Link, il aurait encore un dragon enragé et la féroce première-née à combattre ? Peut-être avait-il su, dès le moment où l’elfe avait été rejoint, que ses compagnons avaient péri et que cela allait être son tour ? Quelles que soient ses pensées, après seulement trois minutes de combat, le mercenaire ne fit rien pour éviter l’épée de Link qui se planta dans son coeur. Sa seule vengeance fut l’effet provoqué par ses derniers mots :
- De toute façon, vous arriverez trop tard à votre citadelle des nuages. A l’heure qu’il est, mon maître doit en avoir exterminé tous les habitants.

Chapitre 64 : Au pays du poisson-rêve   

Raphaëlle ne laissa pas le temps à ses compagnons de paniquer. Elle ordonna à Valoo de conduire immédiatement son nouvel élève à l’île de Cocolint pendant qu’elle supervisait le sauvetage de son île. Elle promit qu’elle les rattraperait à temps et les chassa littéralement de l’île.

Le voyage à dos de dragon commença silencieusement. Tous deux étaient perturbés par les dernières paroles de Kidas. Fallait-il le croire ? Ganondorf connaissait-il vraiment l’emplacement de la citadelle ? Dans l’affirmative, avait-il réussi à s’en rendre maître ? Les premiers-nés voulaient croire que ce n’était que des paroles amères, du bluff pour miner leur moral... D’après ce qu’en avait vu Link, la citadelle était imprenable. Il n’expliquait son envahissement futur qu’à la capture de Leïa, mais... comment donc avait-il capturé cette dernière dans le futur parallèle ? Elle était sensée être à l’abri dans la citadelle, elle ne devait pas en sortir...
Le premier à rompre le silence fut Valoo. Il voulait rassurer Link, lui dire que la citadelle des nuages ne se laisserait pas prendre comme ça, que même si la montagne était assiégée, Ganondorf ne pourrait pas avoir ses ennemis à l’usure. Les Sheikahs connaissaient des sorts de téléportation qui leur permettraient de réapprovisionner la place en nourriture et en eau. "Ils résisteront", disait le dragon.

Link voulait le croire, mais encore une fois, l’expérience du futur imparfait le faisait douter. Oui, tant que leurs défenses secrètes tiendraient, la citadelle serait imprenable, mais en cas de trahison ? Link poussa un cri d’horreur. "RICK !"
- Quoi Rick ? Tu essaies de cracher quelque chose ? Fais gaffe à mes écailles ! C’est pas facile à nettoyer.
- Non, c’est un ami... enfin, je l’espère... Dans le futur parallèle, il a livré la citadelle des nuages à Ganondorf.
- Et tu penses qu’il va le faire à nouveau ?
- Je ne sais pas... Je ne le comprends pas. Pourquoi ferait-il une chose pareille ? Il est en sécurité à la citadelle. Il ne craint absolument rien, personne ne risque quoi que ce soit. Pourquoi nous trahirait-il ?
- Tu n’as jamais songé à l’idée qu’il puisse préférer le camp des puissants ?
Link voulut lui répondre, mais juste à cet instant, un éclair déchira le ciel à une centaine de mètres d’eux. La surprise fit sursauter le dragon et lâcher prise à Link. L’elfe glissa de sa monture. Le temps que Valoo réalise l’accident, le jeune homme avait disparu dans les ténèbres de l’orage.

Combien de temps notre héros resta-t-il inconscient ? Nul ne le sait. Mais lorsqu’il ouvrit les yeux, il était allongé dans un lit confortable, et une jeune demoiselle rousse veillait à son chevet. La jeune fille ressemblait étrangement à Leïa et était ravie de pouvoir veiller sur lui. Il apprit ainsi qu’il avait été trouvé sur une plage de l’île de Cocolint, l’île du poisson-rêve, le grand Jabu. L’île était également envahie par des créatures sombres qui auraient plongé le poisson-rêve dans un coma profond. Sans vraiment comprendre ce qui lui arrivait, notre elfe de grand chemin se retrouva chargé de réveiller le poisson-rêve. La jolie rousse (qui s’appelait Marine) accompagna le jeune homme à travers toute l’île pour amasser des instruments sacrés, combattre de puissants monstres, soulager la douleur du peuple. Au passage, Link acquit dix-huit coeurs de cristal et une bonne dose de bleu. Il dut également mourir une fois. Le dernier monstre qu’il eut à affronter était plutôt coriace.

Après un mois d’errance sur l’île de Cocolint et l’acquisition de huit instruments sacrés, Link atteint enfin le plateau central tartare où se trouvait l’oeuf sacré. D’après la prophétie dont lui avait parlé Marine, il ne pourrait réveiller la créature qu’en faisant jouer un air spécial aux huit instruments sacrés. Par un autre étrange hasard, la musique qu’il devait jouer était la douce et mélancolique musique de Leïa, celle qu’il devait jouer dans le futur parallèle pour entrer en contact télépathique avec la jeune fille. Elle s’appelait "ballade du poisson-rêve". Le coeur empli de questions, il activa donc le mécanisme des instruments et fit démarrer le concert. Après une merveilleuse mélodie qui semblait avoir arrêté le cours du temps, l’oeuf se fissura.

Un grand silence se fit, mais rien ne sortit de la coquille. Intrigué, l’elfe s’introduit dans l’oeuf. Une sombre créature en forme de chenille l’y attendait. Après que Link l’ait vaincue, la chenille se transforma en un repoussant sorcier jeteur de boules magiques. Link dut trouver le rythme pour lui relancer ses projectiles et le mettre à terre. Mais la créature ne s’avoua pas vaincue pour autant. Elle devint une énorme chose informe et tentaculaire qui tentait d’écrabouiller son agresseur en tournant dans tous les sens. Cette fois-ci, Link dut faire appel à toute l’agilité dont les elfes étaient capables pour éviter ses attaques. Il fatigua cependant très rapidement. Il parvint à se blottir dans un coin trop restreint pour que son ennemi ne puisse l’atteindre. Il ne trouvait pas de point faible au monstre. Il avait bien remarqué ce qui ressemblait à un coeur, mais la bestiole bougeait trop vite pour qu’il puisse l’atteindre.

Alinktö- Transforme-toi !
Link sursauta. Une voix avait résonné dans la salle. A qui s’adressait-elle ?
- A toi, petit elfe couard et niais !
A la fois surpris et vexé, l’elfe répondit :
- Qui êtes-vous et que voulez-vous ?
- Tu ne crois pas que le moment est mal choisi pour discuter ? Je te dis de te transformer. Ta forme ultime de premier-né est bien plus endurante et rapide. De plus, tu sauras voler. La chose ne sait pas quitter le sol. Elle sera à ta merci.
Link poussa un soupir désespéré.
- Mais je ne sais pas me transformer ! Je n’ai jamais fait ça et n’ai jamais été au courant de ce détail. Je n’ai jamais utilisé aucun pouvoir de premier-né à part celui de voyage dans le temps (et encore, je ne le contrôle absolument pas).
- * soupir* Il est drôlement temps que tu t’y intéresses, alors. Leçon numéro un : Fais le vide en toi. Chasse toute idée, toute sensation, toute forme d’énergie étrangère...
- Il est effectivement temps que quelqu’un se décide à m’apprendre, en effet.
Et bien que notre héros soit énervé par l’arrogance de son mystérieux professeur et la présence de la chose à un mètre de lui, il essaya de se détendre. La voix continua son enseignement.
- A ce stade-ci, tu dois commencer à sentir le pouvoir de la Triforce. Dépasse-le. Ne fais plus attention à cette énergie concentrée dans ta main. C’est une autre source que tu cherches...
Cela lui sembla prendre une éternité, mais à un moment donné, il sentit un étrange picotement dans son cerveau. Le phénomène envahit tout son corps. Il lui sembla que sa peau brûlait, que les muscles de son dos se déchiraient, que ses os s’étiraient... Quand la douleur cessa, il était recroquevillé dans sa cachette et avait du mal à bouger.
- Ben voilà. T’en as mis, du temps. Tu vois, quand tu veux.
- Quand je veux quoi ?
- Mais c’est pas possible d’être aussi niais. Regarde-toi. Tu t’es transformé. Maintenant, sors de là et bats-toi ! Tu vas te tordre les ailes à force de rester coincer dans les latrines.
Renonçant à protester, Link s’exécuta. Il s’étonna d’abord de sentir quelque chose frotter les murs derrière son dos. Ensuite, il fut encore plus surpris de découvrir ses nouvelles capacités physiques. Il était à la fois dix fois plus rapide et agile, bien que quelque chose le freinait dans son dos. Il n’eut plus aucun mal à éviter les tentacules du monstre. En un bond, il atteint le coeur et brandit son épée. Il eut alors la surprise de découvrir que l’arme s’était transformée. Elle était à présent constituée de deux lames courbées et était si grande qu’elle devait faire la taille de l’elfe.
- Voici donc la véritable apparence d’Excalibur. Elle a de la gueule, n’est-ce pas ?
- Tu parles...
Et en un coup d’épée bien placé, il expédia la créature dans l’au-delà.

Les murs se mirent alors à trembler. Link constata que le plafond s’étirait, qu’une énorme ouverture sur un ciel étoilé se formait.
- Combat fort divertissant, mis à part le coup de la planque dans les latrines...C’est pas tout ça. Monte nous rejoindre et écouter nos belles paroles.
L’elfe poussa un soupir. Ce professeur était