Les jeux vidéo Legend of Zelda s'adressent à tous les publics, ce sont des jeux d'aventure avec des énigmes et des combats. Sur le site se trouvent des solutions détaillées et des trucs et astuces sur tous les jeux vidéo de 'Legend of Zelda'. Images, musiques, infos et de nombreuses autres rubriques complètent ce site dédié à Link et Zelda
Zelda est un jeu d'aventure, de réflexion et de combat non violent.
Dans ce jeu, on découvre le royaume d'Hyrule et on fait la connaissance de plusieurs peuples qui vont aider le héros dans sa quête.
Legend of Zelda est un jeu édité par Nintendo qui connaît un grand succès dans le monde entier.
Les jeux vidéos font partie des loisirs de beaucoup d'enfants et d'adolescents, mais d'adultes aussi.
Découvrez aussi les musiques, les images, les sonneries pour mobiles, les mangas et les bandes dessinées.
Les consoles et les jeux vidéos se trouvent dans tous les grands magasins et aussi sur internet.
 mis à jour 27.08.10
Jeux
 Legend of Zelda
 Adventure of Link
 A Link to the Past
 Link's Awakening
 Ocarina of Time
 + Master Quest

 Majora's Mask
 Oracle of Ages
 Oracle of Seasons
 ALTTP / Four Swords
 The Wind Waker
 The Minish Cap
 Four Swords Advent.
 Twilight Princess
 Phantom Hourglass
 Spirit Tracks
 Skyward Sword
Autres jeux
 BS Zelda
 Game & Watch
 Mini Classics
 Philips CD-I
 Soul Calibur II
 Master Smash Bros
 Super Smash Bros
 Super Sm. Bros. Melee
 Super Sm. Bros. Brawl
 Tingle's Balloon Fight
 Tingle à RubisLand
 Link's Crosswbow Tr.
 Jeux amateurs
 
  votez
Interactif
 Contact
 Forum
 Livre d'Or
 Chat
 Vos News
 Concours
 Sondages
 Blagues
 Enigmes
 Records des fans
 Quiz
 Mots-croisés
 Jeux des Erreurs
 Jeux papier
 Chasse à la Triforce
 Clins d'oeil TMC
Fans
 Fictions
 Arts (dessins)
 Gifs animés
 Trucages
 Compositions
 Réalisations
 L'Echo d'Hyrule
 Cadeaux au PdZ
Dossiers
 Articles
 Tests - Critiques
 Histoire des Zelda
 Evolution personnages
 Evolution ennemis
 Mangas
 Goodies
 Références culturelles
 Références à Zelda
 La Triforce est s/ Terre
 Zelda en vidéo
 Traductions
 Curiosités
Cadeaux
 Fonds d'écran
 Calendriers / agendas
 Economiseurs/icônes
 Musiques Midi
 Musiques MP3
 Mélodies portable
 Partitions
 Trailers
Et aussi
 Le PdZ Shop
 Liens / Références
 Awards reçus
 Awards à donner
 Equipe
 Copyright
 Bannières
 Nostalgie...
 Voleurs
 F.A.Q.
 Faire un don
 
 82 connectés sur le
 site
 
 Accueil
 
  • Legend of Zelda
  • Adventure of Link
  • A Link to the Past
  • Link's Awakening
  • Ocarina of Time
  • Majora's Mask
  • Oracle of Ages
  • Oracle of Seasons
  • Four Swords
  • The Wind Waker
  • The Minish Cap
  • Four Swords Adventures
  • Twilight Princess
  • Phantom Hourglass
  • Spirit Tracks

Maître corbeau

Ecrit par Vikchat

Retour à l'index des fan fictions


titreChapitre 1 : Orion rayonnait
Chapitre 2 : Sur la lande d'Engammura
Chapitre 3 : De la Rivière de Jais
Chapitre 4 : Vit le Royaume qui gisait là
Chapitre 5 : Elle était en pleurs
Chapitre 6 : Le plus cher à ses yeux (1)
Chapitre 7 : Le plus cher à ses yeux (2)   NOUVEAU !
Chapitre 8 : Le plus cher à ses yeux (3)   NOUVEAU !

Note de l'auteur : attention, les quatre premiers chapitres sont une version réécrite !


Chapitre 1 : Orion rayonnait   up

Musique de Vikchat "Kamome no Warai, le rire de la mouettes"

"Neite ba, nubienoë..." murmura une jeune voix, sans sembler accorder de sens à ses paroles.
Et au-dessus d'elle les mouettes rirent, blanches plumes sur gris nuages. Plus loin, des vagues qui glissaient tout doucement ; et partout, l'odeur de la mer qui emplissait l'air. Une grande ombre tombait de gauche, comme le manteau de la nuit ; n'avait été la lumière qui scintillait à ses yeux, le jeune corps aurait dormi encore.
En effet, il semblait conscient, il semblait avoir les yeux à peu près ouverts, il était pourtant resté allongé, car d'il il était bel etbien question. Puis enfin il jugea qu'il était temps de se mettre debout : il passa ses mains dans le sable qui baignait sa tête son torse et ses membres, prêt à se relever ; mais sa fatigue était terrible ; et en tendant ses bras il ne fit qu'en replier les coudes. Ses pieds ne trouvaient pas de quoi se maintenir, ses mains restaient fermement ancrées dans leur terrier de sable, mais il s'était levé, du moins, en partie : dans la position la plus douloureuse possible.
Et au-dessus de lui les mouettes rirent encore. Que c'était ironique de leur part ! Elles attendaient sans doute de pouvoir mêler leurs rires à ses cris ; seulement, il les retint, et sans se plaindre, il finit par s'arracher de terre.
"Hm... j'ai dû dormir bien longuement sur cette plage, mais je ne me rappelle pas du tout comment j'y suis venu... Enfin, si j'ai dormi ici, j'ai bien dû venir de quelque part : il doit y avoir au moins un chemin et une maison dans les environs."
Aussi, bien que sur ses principes il aurait bien été immédiatement explorer ladite plage, il était vraiment trop fatigué, et donc il la parcourut de ses yeux mélancoliques, dégorgeant le sel qui raidissait sa chevelure sombre.
"C'est étrange pourtant, comme elle ne me dit vraiment rien..."
La fatigue l'avait rendu nerveux ; il doutait à présent de là où il pouvait être. Pour consoler son manque de repère, il se dégagea sur le côté ; cela devait permettre aussi de consoler son manque de chaleur. Car la grande ombre qui l'avait recouvert était très fraîche, elle venait d'un rempart de roc noir qui surmontait la plage. Pourtant, il en était bien loin ; c'était dire la hauteur du rempart ! Et en vérité, même si la plage s'étendait jusqu'à perte de vue le jeune explorateur était très proche d'une de ses extrémités, aussi, comme le soleil descendait justement de ce côté, l'ombre du rempart de roc noir avait donc pu l'atteindre très aisément.
"J'ai l'impression d'être dans un rêve..."
Le jeune homme regardait maintenant devant lui ; il regardait la mer aux bandes écumeuses, il regardait les mouettes qui virevoltaient inconsciemment entre ses vagues languissantes, il regardait le soleil qui descendait par là entre deux nuages gris. Son bras affaibli, mais de forme vigoureuse, aurait bien été tenté d'éloigner les volatiles en leur lançant une pierre, mais c'était tellement moins fatigant de les ignorer ! Et dans cette perspective, le jeune homme se retourna et scruta le rempart de roc noir, se disant qu'il devait bien y avoir un chemin.
Et heureusement, il le trouva ce chemin, au premier coup d'oeil, pas trop loin ! Ou du moins, il avait entrevu une ouverture à la base du rempart. Comme la lumière achevait de lui revigorer son corps et son esprit, il gravit la plage au sable mou et creux, il s'agrippa aux dents noires qui sillonnaient son passage, il replia ses membres maintes et maintes fois, car il était émancipé de toute fatigue, car les rayons du soleil l'enflammaient, car le sel de la mer transporté par le vent l'enhardissait, tant et plus au fur et à mesure qu'il se rapprochait du haut et large rempart.
"Cet endroit me reviendra sûrement quand j'en sortirai..."
Une fois là-haut, il contourna un contrefort de pierre et devant lui la petite ouverture qu'il avait repéré s'ouvrit gentiment. Dedans sur sa gauche, il devina un escalier aux marches disjointes ; confiant dans le chemin qu'il suivait le jeune homme le monta. On voyait le ciel au bout de l'escalier, tout là-haut, et une trouée de nuage semblait offrir sa lumière bénie. Les marches qu'il devina alors devenaient plus géométriques, car de mieux en mieux taillées, et elles prenaient des lignes harmonieuses qui semblaient se poursuivre jusque dans la lumière, pour s'y nouer ou s'y confondre. Puis à son tour une rampe vint bientôt proposer ses services. Voilà enfin que le jeune homme atteignait l'extrémité de l'escalier ; alors la blanche lumière le baigna tout entier, comme le sable avait pu le faire auparavant.

§~~~~I~~~~§

"Elevés sur l'horizon
Les mâts de leurs navires
Battent sous l'égide d'Orion
Les mers de saphir ;

Sur les coques blanches
Est peint un oiseau
Qui derrière eux s'élance
Et surveille le bateau ;

Les Oiseaux Blancs ! Ils viennent !
Supporter toute notre joie,
Supporter toute notre peine !
Ah ! Ah ! Acclamons leur puissant roi !

Car chez nous des oiseaux noirs
Gravent sur nos huis des entrelacs
Et une fois passé le soir
Il n'est plus qui était là ;

Car chez nous s'abattent des fléaux
Sur la terre qu'occupaient nos ancêtres
Et dans l'ombre des vieux hêtres
Ils nous replient dans leur tombeau."

"Quelle bande d'excités, au village !
- Ah ! mais songe qu'à la Cité d'Hyrule cette ferveur se ressentira d'autant plus, une fois que Hirô y arrivera en conduisant nos extraordinaires soldats !
- Pff... en attendant, c'est nous qui nous nous en chargeons... 'corvée..."
Et sur ces quelques termes les deux villageois qui venaient de parler s'arrêtèrent. Une lande de bruyère verdoyante les entourait, avec de ci de là quelques roches polies et blanches sous le ciel gris. On devait être très proche de la côte, que justement l'un d'eux regardait :
"Ouais, et regarde-moi ça ! Fichues mouettes ! Toujours aussi excitées, toujours aussi nombreuses, j'ai encore du mal à comprendre pourquoi elles volent comme ça ici et là dans tous les sens sans raison ! Pff... 'Mériteraient que je..."
Sans terminer sa phrase, ledit villageois se baissa subitement pour ramasser quelque chose ; plus par expérience que par réflexe, l'autre lui arrêta le bras.
"Rattrape ta main et lâche ce caillou ! Tu sais bien que c'est un coup à les faire rire davantage !
- Pff... mais y a plus de loi dans ce royaume !... Oh  ! eh, mais regarde ! Y a un de nos Oiseaux qu'est pris dans leur tumulte !
- Il faut l'aider alors !
- Rends-moi mon caillou et tu vas voir !!"
Tous deux s'élancèrent donc dans la lande de bruyère, et comme ils faisaient beaucoup de bruit avec leurs vêtements amples, ce qui n'était guère discret, ils poursuivirent sur leur lancée en faisant de grands gestes pour dissuader les mouettes de s'attaquer à leur Oiseau. Ils ne s'approchèrent pas trop, car elles formaient un nuage épais de becs de plumes et d'ailes qui tournoyait sans fin. De même tournoyaient leurs rires dans les airs marins, eux qui savaient comment avoir raison des égarés, et l'Oiseau n'y faisait pas exception, puisque les deux villageois l'entendirent répéter avec la plus grande des colères :
"Hîntersengë âng ! Erepvë ! Erepvë ! Hîntersengë âng !"

"Allez, les mouettes ! Dégagez ! Dégagez ! Allez, les mouettes !"
Le jeune homme remuait les bras sans arriver jamais à se dégager du nuage de plumes. C'était à peine s'il pouvait trouver son chemin, tellement les mouettes dans leur envol le désorientait. Il entendit tout à coup un cri rauque, que les mouettes prirent pour le sien ; alors, elles se jetèrent sur lui.
Fusa alors la pierre dans leur nuée ; elles s'envolèrent en deux coups d'aile. Le rescapé lui, était pris d'une rude douleur au crâne.
"Mais qui m'a balancé cette pierre ?!" s'exclama-t-il.
Et là, il entendit deux pas dans la bruyère. Deux paysans venaient à lui, deux responsables tout trouvés. Le jeune homme s'apprêta à leur faire tomber dessus des représailles que l'un d'eux se mit à parler :
"Ca va ?" demanda-t-il, passant inopinément sa main dans sa tignasse courte, rebelle et noire.
Mais manifestement, le rescapé des mouettes n'était pas habitué à parler couramment la même langue que les deux villageois. Ce qui ne l'empêchait pas de la maîtriser, bien au contraire, c'était même heureusement le cas, mais il eut d'abord un temps d'hésitation perceptible :
"Euh... est-ce que c'est l'un de vous deux qui a lancé ceci ?" demanda-t-il en désignant la pierre fautive.
"Oui, c'est même moi", répondit immédiatement son premier interlocuteur, le fixant de ses yeux bleu de nuit. "Pas trop mal, ça va ? Désolé, je visais les mouettes."
Il fallait sans doute comprendre par là que le villageois était tenu de faire des civilités quand bien même cela le rebiffait.
"Euh... Non tout va bien, je crois que je n'ai rien..."
Le rescapé se palpa le crâne pour s'en assurer ; puis réalisant les faits :
"Oh, euh, merci de m'avoir sauvé ; merci beaucoup, quand bien même cela peut paraître un peu exagéré de ma part," fit-il, très respectueux, ce qui parut étonner son interlocuteur. "Mais dites-moi, y aurait-il des habitations dans les environs ? Un village, une ville..."
Ce fut le deuxième homme qui répondit à sa recherche de repère, très calmement d'ailleurs, ses cheveux bruns mi-longs ondulant doucereusement quand il tournait la tête :
"Il y a bien un village, Engammura, mais vous l'atteindrez cette nuit et mieux vaut ne pas déranger les villageois la nuit par les temps qui courent. C'est le plus proche de tous ; pour nous, nous logeons dans une maison tout près d'ici, si vous voulez bien de notre hospitalité, car c'est bien la moindre des choses que nous pouvons faire pour vous."
Le jeune homme sentit alors dans l'attitude des deux villageois une déférence qu'il ne comprenait guère, puisque c'étaient eux qui l'avaient sauvé, non l'inverse ! et puis le petit incident du caillou ne suffirait pas à expliquer tout cela.
Or, l'homme aux cheveux ondulants passait ses yeux d'émeraude vers là d'où venait le rescapé, et déclara :
"Mais dites-nous donc, où sont vos suivants ? Et pourquoi n'ont-ils pas agi pour vous aider ?
- Je veux bien de votre hospitalité je vous en remercie beaucoup", répondit machinalement le jeune homme, sans prendre garde.
"Mais, pour vos suivants, nous ?...
- Mes suivants ? Euh... Vous devez vous tromper, je suis seul, je n'en ai pas..."
Le villageois sembla étonner par cette sincérité. Son calme se fondit alors en une réaction prompte et soudaine :
"Ah, Koseki, Koseki, ça y est ! Ça y est, il est amnésique ! Oh après tout, ta violence frappe plus fort que ta propre force ! Mais il a fallu que tu tombes sur l'un d'eux !! Quand est-ce que tu te maîtriseras enfin ?!
- Comment ça ? Comment ça ? C'est de ma faute ? C'est moi qui l'aurait rendu amnésique !? Peut-être pas ! Peut-être qu'il l'était déjà ! En attendant, tu insinues que je vise mal ?!
- Entre insinuer et constater... il n'y a qu'une faible nuance, Koseki !
- Chihiro, commence pas à t'effacer comme ça ! Et puis je te rappelle que je l'ai sauvé, moi !
- Soit. Soit, c'est vrai", fit Chihiro avec insistance, "mais rappelle-toi seulement que toutes les fois où tu as voulu faire ricocher des pierres, c'était pour les briser en touchant la surface de l'eau, c'était pour les faire rebondir sur la rive opposée ou encore, quand elles ricochaient enfin, c'était carrément pour le faire au fond de l'eau ! En vérité, on ne parle même plus de violence dans des cas pareils ! Alors certes, tu l'as sauvé, d'accord, soit, mais avec un tel degré de violence tu n'as pas su lui épargner de douleur pour autant, avec ce coup mal placé !
- Je vise pas mal !!!" s'invectiva l'autre.
"Non ; c'est ta violence qui le fait pour toi ! Tu ne te maîtrises pas, alors, quand bien même tes intentions peuvent être honorables, tu aggraves toujours les choses, de quelque manière que ce soit ! On finirait par douter de ta propre volonté de te maîtriser, et par croire que chaque possibilité de prouver ta force violente n'est même plus une possibilité ! Koseki ! Est-ce qu'en balançant cette pierre tu voulais vraiment le sauver, ou montrer encore une fois à quel point tu es fort ?
- Rrh... Ah c'est comme ça !... Regarde, regarde le ! Est-ce qu'il a une tête à être amnésique ? Est-ce que tu es amnésique ?" fit ledit Koseki en attrapant le jeune rescapé par le col.
"Mais comment le saurai-je ?" répliqua la pauvre victime, plutôt décontenancée d'être soudain prise à parti. " Et pourquoi vous dites que j'aurais des suivants ?... pourquoi ? je ne comprends pas..."
Le villageois nommé Chihiro l'observa avec grand intérêt ; il était d'autant plus grand que son compagnon ne savait plus quoi faire - ce qui était rare -, à part jeter sans détour :
"Parce que vous êtes habillé comme un Oiseau Blanc et que vous venez de la plage.
- Ce n'est quand même pas d'après mes vêtements que vous me jugez ? Je... je ne suis pas qui vous pensez être... et puis, qu'est-ce que c'est, votre Oiseau Blanc ?"
La stupeur s'afficha sur les visages des deux villageois. Sans se regarder :
"Koseki..."
L'autre arracha :
"Oui, bon, t'avais raison... T'avais raison, Chihiro, j'ai compris. C'est peut-être bien de ma faute après tout, mais ! On va éclaircir tout ça proprement et au chaud !"
Il tenait toujours le jeune homme par le col de sa tunique blanche. Aussi, comme les deux villageois rebroussaient chemin dans la lande, le jeune rescapé repartait en ne l'étant finalement plus ; et là-haut sur les nuages gris, les rires des mouettes résonnaient faiblement, quoique leur émotion fut bien plus vive ; elles pouvaient enfin mêler leurs rires à ses cris, comme elles l'avaient tant désiré ces dernières heures.

Puis le soir s'éleva dans une pluie de rayons rouges et dorés, réduisant les nuages à de simples lances de coton. Les petites silhouettes noires de la lande frétillaient dans les dernières lueurs du jour, de même que frétillaient, là, les deux mains sous leur couverture. Il n'y avait pour seuls bruits qu'un feu crépitant et les mouvements de la mer, et pour silence, celui des murs de pierre d'une maison isolée. Les deux villageois en effet y avaient conduit leur hôte et l'avaient revêtu d'une couverture pour qu'il se reposât un peu près d'un réchaud rougeoyant. Cela faisait maintenant quelques heures, jusqu'à ce que :
"Alors comme ça... alors comme ça, j'ai vraiment perdu la mémoire..." murmura-t-il tout à coup.
Koseki et Chihiro tendirent l'oreille.
"Ha ha ! C'est trop bête... ça me crève les yeux depuis mon réveil, mais c'est tellement... tellement..." - il soupira - "Comment envisager ça comme première possibilité ? On ne se figure pas devant un problème que nous avons que c'est nous qui le sommes !... Je... j'étais convaincu d'avoir dormi là-bas, et de... comme ça vous arrive quand vous vous retrouvez quelque part sans savoir vraiment comment ! Mais vous y êtes... Alors, vous faites avec : vous ne faites pas attention à grand-chose, vous suivez la marche... Mais c'est passager, vous retrouvez vite vos marques ; vous songez que vous êtes déjà venu ici ; ça nous arrive tout le temps, jusqu'à ce des souvenirs émergent ! Vous avez déjà ressenti ça, non, vous l'avez déjà ressenti ?... Non..."
Il soupira encore une fois dans sa couverture, recouvert par ses longs cheveux noirs :
"Mais ce pays ne me dit absolument rien ! Rien ! et vous m'en avez montré une bonne partie... Ce qui signifie que j'ai toujours aucune idée de comment je suis arrivé sur cette plage... J'ai tout oublié, ça résume bien tout, non ?... Je suis définitivement amnésique...
- Au moins, on est sûr c'est pas ma... Aïe !
- Oh, Koseki, je t'en prie." lâcha l'autre villageois après avoir coupé très délicatement la parole de son compagnon.
Celui-ci bougonna quelque chose comme "Chihiro !" quoique sa douleur passée n'en déformât totalement la prononciation.
"Et maintenant que j'y pense en vous entendant, je ne sais même pas mon nom !" déclama le jeune homme, presque désespéré. "J'ai l'impression de venir de naître ... Je ne sais pas qui je suis ni d'où je viens...
- Ce sont des remarques intéressantes. Mais, vous savez, il est déjà sûr que vous n'êtes pas de ce royaume." dit Chihiro.
Pour la brutalité de telles paroles, il se rattrapa :
"Vous portez les habits des Oiseaux Blancs, c'est-à-dire des soldats de l'Île de l'Autre Côté, et sachez que nous les tenons en très haute estime. Récemment, nous avons aperçu les voiles de leurs navires ; peut-être le vôtre, ou toute la flotte, a-t-il fait naufrage. Alors vous avez échoué quelque part sur la côte... le choc a pu être rude, c'est pour cela que vous avez tout oublié. Vous parliez tout à l'heure un langage qui nous est inconnu ; c'est une autre preuve que vous n'êtes pas de ce royaume. Aussi, c'est de l'autre côté de la mer que vous venez, soyez en certain, et j'espère que cela, peu importe en quelle mesure, saura vous rassurer."
Et cela devait effectivement rassurer le jeune oisillon, qui commençait à comprendre l'attitude plutôt respectueuse des deux Hyliens :
"Oui... Après tout, ce n'est pas comme s'il était si naturel pour moi de parler l'Hylien. Comme vous", rajouta-t-il. "Merci encore de m'avoir aidé. Et j'espère que vous avez raison, que je viens de là-bas, puisque c'est décidément la seule possibilité... J'espère aussi que mes frères sont encore vivants, et que ce n'est pas un naufrage qui a eu raison de nous, quoi que vous ayez dit."
Alors il regarda du côté de la mer, là d'où il devait venir :
"Mais j'ai malgré tout toujours du mal à réaliser que... ne pas savoir qui je suis, ne pas savoir d'où je viens, cela signifie toujours la même chose... c'est... c'est assez étrange de me dire que je ne sais plus ce que j'ai moi-même vécu !..."
Chihiro soupira, finalement déconcerté par la situation présente ; et leur hôte garda ses yeux mélancoliques perdus vers la mer, comme pour pêcher les quelques souvenirs qui flotteraient à la surface de l'eau.
"Eh ! euh toi, le Hîntzen-machin-chose, fit tout à coup Koseki. Viens voir dehors un peu !"
Le jeune homme comprit alors qu'il s'adressait à lui, sans comprendre d'où venait au juste ce Hîntzen formulé avec un ton nécessairement très appliqué, mais qui n'avait aucun sens en Hylien. D'où Koseki le sortait-il donc ?
Il eut bien du temps pour y penser, pendant qu'il faisait le tour de la maison des deux villageois. Dehors, le jeune homme suivait son hôte sans le suivre précisément : preuve en était l'errance de son regard. Là-bas, il retrouvait la mer, et tout à l'opposé, le relief montait sur des collines. Entre la mer et les collines, c'était la lande, qui entourait lui et la maison qu'il venait de quitter. La bruyère n'avait pas fleuri, puisque ce n'était pas la saison ; mais s'il manquait le spectacle de leur floraison, les heures tardives faisaient bruisser leurs feuilles buissonnantes, et ainsi débuta le plus calme des concerts nocturnes. Le public semblait se tenir sur les collines, couvertes d'herbe et de cailloux blancs. Et justement, c'était dans leurs rangs que devait mener Koseki le fameux Hîntzen.
Bientôt, ils arrivèrent au sommet de l'une d'entre elles. L'ombre de la nuit était déjà bien tombée, mais l'on pouvait voir la silhouette inégale des collines, et même l'herbe qui les couvrait, grâce aux cailloux blancs qui réverbéraient la lueur de la Lune. Alors Koseki s'exclama, d'une voix forte et assurée :
"Comme les Oiseaux Blancs sont de bons navigateurs, on raconte partout qu'ils connaissent bien le ciel. Alors, regarde ! Ici, on le voit bien !"
Le jeune homme leva alors les yeux vers les étoiles, sans rien dire. Rien, pendant longtemps. Son silence commençant à durer, contre l'humeur de Koseki à ce que tout se fît rapidement sans exception, le villageois pointa lui aussi ses yeux sur le ciel toujours couvert par ses lances de coton, comme les colline l'était par l'herbe. Les cailloux blancs, c'étaient les étoiles et leur halo, et certaines brillaient tant, tant, qu'elles semblaient les joyaux du ciel. Le villageois, ignorant le jeune homme, commença à les relier dans son esprit, tellement leur clarté rendait cela aisé. Cependant, il n'aurait jamais su donner de nom aux constellations qu'il traçait ainsi ; non, en fait, il en connaissait bien une de nom, et il la remarqua dans un coin du firmament.
"Ah, tiens, Orion est là ! Elle rayonne bien vivement..."
Cette remarque raviva l'autre et lui aussi regarda vers le sud-ouest.
"C'est bien la seule que je connais !" déclara le villageois.
L'autre lui demanda alors, du bout des lèvres :
"Vous avez dit qu'Orion... ?
- Rayonnait. Je la trouve très belle !"
Sur ces mots, le jeune homme réalisa :
"Neite... Neite ba, nubienoë...
- Neite quoi !?", répéta froidement Koseki, qui n'aimait pas tellement que l'on utilisât d'autres langues que la sienne, et encore plus en sa présence ; cela le décontenançait.
Soudain, il répéta autre chose :
"Eh ! Eh !" alors que l'autre retombait dans une léthargie profonde. "Eh !"
Mais tel n'était pas le cas, et, les paupières fermées, le coeur ouvert :

"C'est elle qui rayonne
Qui tombe sur nos coeurs ;
Quand les cloches sonnent
Elle émeut avec langueur ;

Deux arcs aux branches fines
S'étreignent en rayonnant ;
Fleur au coeur d'épine
Que nous vénérons par le chant..."

"Neite ! Neite ! C'était la dernière constellation que nous avons vue, et ce que prononçait le capitaine du navire où j'étais ! Elle devait nous guider du pays de Nuhînthë au pays de Eungë sans dommage sous la conduite du prince Eringë !... Ah, l'air du large, je me rappelle !... Il y avait aussi des mouettes tout autour, dont les ailes gonflaient nos voiles !... Ah, c'est sûr, c'est maintenant sûr, j'étais dans cette flotte !! Ah !..."
"Mais... mais des nuages ont recouvert le ciel et il a dû y avoir un grand bruit... ensuite, ça a chaviré... je... la mer nous a recouvert... je..."
Il baissa la tête et ferma à nouveau les yeux :
"Je... je suis bien un Oiseau Blanc... notre flotte a fait un naufrage... et vous... vous aviez définitivement raison..."
Koseki se gratta la tête, n'ayant rien à répondre à cela. Il ne fit que rajouter :
"Nuhînthë ? Eungë ? Je ne connais pas ces termes.
- Le pays de Eungë désigne pour nous le Pays de l'Autre Côté... c'est-à-dire votre royaume, Hyrule, je crois... Et Nuhînthë, le pays de Nuhînthë, est le nom de notre pays... le pays des Oiseaux Blancs..."
A chaque fois qu'il devait rappeler sa terre natale, le jeune homme soupirait une larme.
"Oh !" échappa le villageois, son intérêt grandissant pour ce naufragé vêtu de blanc. "Et alors... est-ce qu'on saura ce qui est advenu aux autres Oiseaux ?
- Qui le sait ?... Moi, je n'en sais rien... J'espère qu'il ne leur est rien arrivé de plus grave, évidemment ; ce serait sans doute la plus grande peine de notre pays..."
Koseki eut la désagréable impression d'avoir attiré le malheur sur le pauvre soldat ; Chihiro aurait donc dit vrai, à propos de sa manie de faire d'un mal un autre malgré toutes ses bonnes intentions ?
Mais fort heureusement, son compagnon avait encore de quoi résister :
"Ah, prince Eringë, puisque je me souviens de vous, je veux soutenir l'espoir de votre réussite !! Vous le Prince Aigle", traduisit le naufragé en respect du villageois.
"Nous, nous l'appelons le Prince, c'est autrement plus court, en fait," dit gauchement Koseki.
Car l'Oiseau Blanc aurait bien pu répliquer qu'il n'y avait pas qu'un seul prince en Nuhînthë. Mais comme il songeait à quel avenir et à quelle réalité le destin avait bien pouvoir le confronter, il perdit vraiment en carrure et n'osa même plus regarder les étoiles qui l'avaient guidé inlassablement jusqu'ici.
"De toute façon, qu'est-ce qu'il aurait pu arriver à votre prince, en Hyrule ?..."
Le villageois avait voulu dire des paroles réconfortantes, mais elles n'eurent pas d'effet ou celui-ci se faisait attendre ; alors, toujours fidèle à ses principes, il voulut rentrer, car il faisait froid, dû-t-il abandonner son Oiseau. Donc il descendit la colline ; et des remords le prirent, car l'Oiseau finalement ne le suivait pas. Koseki se mordit la lèvre, confronté pour la première à une situation de la sorte.
Alors vint un grand changement :
"Eh ! Hîntzen ! Reste pas planté-là ! Eh ! Hîntzen !"
Et en retour le jeune homme éclata de rire, comprenant soudain ce que Koseki n'avait compris jusqu'alors ni lui-même auparavant ; "Hîntzen" était un "prénom" que le villageois avait trouvé spontanément, sans connaître les propres raisons d'un tel choix ! Mais enfin, l'effet était là, il s'était manifesté, et ce fut donc dans une atmosphère de gaité, ivre de gaité, protégés par les rayons de la Lune et caressés par le son de l'océan, que les deux garçons rentrèrent retrouver Chihiro.
Quand, sur le chemin, Koseki demanda au naufragé pourquoi il avait tant ri, l'autre lui répondit, tout en gardant en tête les événements de cette journée :
"Hîntzen, malgré votre prononciation, est le premier mot que j'ai prononcé devant vous dans la lande, et il signifie en fait mouette rieuse !"
Et il éclata à nouveau de rire, et cela fit sourire Koseki pour la première fois ce jour-là. Juste alors, ils entendirent ceci :
"En tout cas, voilà un rire bien plus agréable que celui les mouettes."
Ils étaient arrivés sous l'une des fenêtres de la maison isolée de la lande.
"N'est-il pas la preuve que toute cette tristesse s'est fondue en bonheur ? En tout cas, ce fragile sentiment, nous devrons le couver en attendant que vous repreniez votre envol !
- Oh, Chihiro !..." lança Koseki. "Chihiro, ouvre-donc la porte, bougre de sentimental ! Et arrête avec tes moralités ! J'en ai eu suffisamment pour aujourd'hui."
Sur ces mots, tous furent donc pour de bon au logis. Il eut été incorrect pour les villageois de ne pas donner le couvert en plus du gîte ; ils ouvrirent donc leurs réserves. Ils y trouvèrent peu de choses à vrai dire, à part de l'eau, du pain, du fromage et du lard. Les deux villageois en firent un repas suffisant, auquel bientôt le sommeil s'invita. Les deux hôtes étirèrent des couvertures sur le sol et s'enroulèrent dedans, laissant Hîntzen dans la sienne près du feu. Il avait trouvé là un nid dans ce nouveau monde qu'était pour lui Hyrule, et deux amis avec lesquels partager ce qui devait être une nouvelle existence. Il fallait maintenant espérer qu'ils sauraient s'entendre !
Enfin ! Ce devait être une nuit très calme que celle qui suivit, et l'Oiseau devait en être soulagé, pensant que si les Oiseaux Blancs du pays de Nuhînthë avaient fait naufrage sur les côtes d'Hyrule, la mer serait calme elle aussi, et propice à ce que leurs forces revinssent.
Avant que les rêves ne le prissent tout à fait, il songea au lendemain : ses hôtes lui avaient parlé d'Engammura, qui était à quelques heures de marche de cette demeure. Ce serait un bon point de départ : déjà, il pensait à y retrouver des camarades, qui auraient échoué dans les parages, comme lui, et qui auraient fait route vers ce village, comme lui.
Si seulement ils avaient pu sortir de la mer...

Chapitre 2 : Sur la lande d'Engammura   up

Le ciel devait être moins gris que la veille. Aussi, très matinal, Chihiro sortit de la maison et s'étira :
"Bénies soient les Déesses pour avoir apporté le Soleil !"
Mais il s'était surmené, et il bâilla. Il avait dormi comme on peut dormir, mais sans doute pas suffisamment ; il se massa le ventre qui lui faisait une petite douleur ; finalement, tout cela le dissuada de se balader dans la lande, comme à l'accoutumée, aux premières heures de l'aube. A défaut, il voulut entreprendre une toute autre expédition : un genre de vérification que tout se passait bien à l'intérieur.
Très furtivement, il contourna le mur de pierre de la maison et se plaça juste à côté d'une des fenêtres. Bien évidemment, elle n'avait pas de carreau, juste une armature de bois et des volets fermés. Dans toute autre maison hylienne, il y aurait eu un rideau ; mais comme l'avait répété Chihiro à Hîntzen lorsque Koseki l'avait "enlevé", cette maison-ci était une sorte de refuge pour les éleveurs de la région, et non une véritable habitation. Ce qui n'insinuait pas que les deux villageois étaient éleveurs, puisqu'aucun de ceux-ci n'utilisaient le refuge. A vrai dire, les deux villageois étaient plus là pour s'en occuper.
Or donc, Chihiro s'était rapproché d'une des fenêtres. Les volets étaient un amalgame de planches de bois épaisses qui retenaient très bien les tempêtes, sauf en un tout petit endroit : là où un oeil du bois était tombé. Chihiro se rappelait encore pourquoi : c'était un jour où Koseki avait voulu faire les prouesses de ses lancers, et avait si bien visé que le projectile avait percuté le volet et fait sauté l'oeil. En soi, cet événement n'était pas remarquable, si l'on excluait la tempête qui survint peu après, et souffla si fort par le petit trou qu'elle les empêcha de dormir. Depuis, Chihiro avait refusé que l'on remplaçât le volet, pour en faire une sorte de trophée.
Un bâillement plus terrible que le sien auparavant meugla alors dans le refuge. Koseki devait bien dormir, à l'en croire. Ce fut le moment que choisit Chihiro pour regarder par l'oeil des volets. Le refuge ne comportait que deux pièces : la salle-à-manger-chambre-à-coucher-salle-de-séjour, et les réserves, dans une cave. Il avait deux ou trois fenêtres, une porte d'entrée, un réchaud, et des crochets pour les ustensiles. D'après le bâillement de Koseki, ce bien peu de choses suffisait à assurer son confort. On le voyait là, qui dormait, un peu à l'écart du réchaud. Effectivement, il était très détendu, ses membres dépassaient de la couverture et sa bouche était ouverte ! - Il remuait même la jambe, la repliait vers lui, puis il la détendait subitement, comme un élastique tirerait une pierre.
"Ah, c'était lui ! C'était lui, les coups dans mon sommeil !"
Criant vengeance, le ventre de Chihiro se gonfla d'indignation. Mais celui-ci devait bientôt expirer par la surprise qu'il avait prévue. Car ce n'était un secret pour personne à Engammura, ni dans les petits villages de la lande, et il ne saurait tarder à Asahi sur son socle de pierre de l'entendre : Chihiro et Koseki étaient les deux êtres qui se ressemblaient le moins à Hyrule, tant dans leur physique que dans leurs principes. Déjà, et Hîntzen l'avait vu, Koseki avait une chevelure rebelle et des yeux profonds comme la nuit qu'il aimait tant, tandis que Chihiro portait des cheveux souples sur ses yeux vifs, qu'il réservait à l'observation de la nature. Mais on aurait pu rajouter que si Koseki marchait plus vite, Chihiro tenait plus longtemps, et que si l'on eut donné une flûte à Chihiro, immanquablement c'eut été un tambour pour Koseki. A l'effacement de l'un correspondait l'ostentation de l'autre, à la rudesse de l'un la légèreté de l'autre. Quelle association ! Rude dans sa teneur, légère dans ses rapports ! Mais elle était là, quoi qu'en disent les Déesses, ils étaient ensemble depuis leur enfance et sans doute le seraient-ils jusqu'à leur fin, sans jamais achever d'éprouver la compréhension de leurs contemporains - ô malheureux !
Certains racontaient - car depuis ils ne le pouvaient plus - que lesdits villageois ne restaient ensemble qu'à force, et même qu'en vertu, de cette opposition non seulement invraisemblable, mais aussi inégale en toute circonstance. Et Chihiro allait parfaitement l'illustrer.

La tempête soufflait dehors avec violence. Au début, on avait entendu le vent du large, soufflant avec allégresse. A présent, l'on entendait plus dans la maison qu'un vacarme continuel, qui se concentrait, ainsi qu'à l'habitude, dans le petit trou du volet de bois d'une des fenêtres de la maison isolé.
Et dedans Koseki gémissait. "Fichu volet, je vais t'apprendre !" pensait-il dans son sommeil. Il se leva donc, un pied dans son rêve et l'autre sur le sol, et tout en titubant, il s'approcha du mur. Là, il y appuya sa tête, dans le désordre de ses mouvements.
Il avait maintenant la bouche dessus sa main, sa main dessus le mur, son corps tenant à peine debout sur ses pieds à des mètres de là. "Tu vas te taire une fois pour toutes !" fit-il dans sa tête, et il arma le poing miraculeusement en direction du volet alors que ses paupières alourdissait sa vue. La tempête dehors hurlait toujours, joyeusement. L'exaspération à son comble, Koseki tendit son bras désarticulé.
"Tais-toi, volet !" clama-t-il.
Et il lança son bras dedans ; tchoc ! Brom ! Son élan fut tel qu'il ouvrit le volet d'un coup roula dehors et atterrit en plein coeur de la tempête. Il était allongé par terre : il tenta donc de se relever ; c'en était trop pour ses jambes. Et il dansa là avec ses bras pour se retenir à ceux du vent sans jamais pouvoir les attraper.
Soudain il entendit :
"HIIIK ! HIIIK !
- Haaaa ! Des mouettes ! Satanées mouettes !"
A force de remuer les bras pour les éloigner il perdit son équilibre, sa constance et son discernement. Alors les mouettes se mirent à rire à pleines dents tandis que Koseki faisait des acrobaties pour se relever.
"Tiens, Koseki ! Ce n'est pas dans ton genre d'être aussi matinal...
Koseki ouvrit subitement les yeux. Caillou, bruyère, mur, ciel bleu ; il était allongé dehors. Tout embrouillé qu'il était, il se releva donc, et regarda Chihiro qui venait de parler.
"Oh là, tu fais une de ces têtes !"
La réaction du dormeur était alors imprévisible :
"Pourquoi t'as fait ça ? Pourquoi t'as fait ça ? Je sais que c'est toi !
- Mais, Koseki !
- Pourquoi t'as encore soufflé dans le trou ? Pourquoi t'as encore ouvert ce fichu volet ? Pourquoi t'as encore crié comme une de ces demeurées de mouettes ? Pourquoi t'as encore été joué avec mes rêves ? Hein ? Pourquoi ?
- Koseki, quand tu dors trop près du réchaud après avoir mangé, c'est toujours l'effervescence au réveil ! Apprend à te contrôler un peu, à la fin ! Il suffit qu'on te surprenne dehors alors que tu es à moitié réveillé pour que tu t'emballes ! Qu'est-ce que tu as eu, toi, encore ? Un cauchemar ?
- Un cauchemar..."
Le villageois n'avait pu trop les idées claires ; dès qu'il cherchait à comprendre ce qui c'était passé dans son rêve celui-ci lui échappait inlassablement ! Aussi, tout effort de réflexion était tel qu'il décida de ne plus se soucier de rien.
"Bon, j'ai faim, moi !
- Va voir dans la réserve, lui lança Chihiro qui s'adossait au mur de la maison.
- Mais, eh !
- Moi aussi j'ai mal dormi.
- Hein ?
- Je savais que tu étais un satané ronfleur, mais pas que tu gesticulais autant dans ton sommeil ! Comme quoi, il serait temps de calmer tes pulsions...
- Beuh, mais c'est pas vrai !..."
Chihiro leva les yeux au ciel, afin que Koseki s'obligeât à faire le point sur son comportement cette fois-ci. Puisque ce dernier s'était tu, Chihiro tourna la tête vers la lande, sans masser son ventre toujours aussi douloureux, quand :
"Hîn... Hîntzen ?!" bafouilla Koseki, très à même d'articuler intelligiblement.
"Vous vous êtes enfin levés ?" demanda l'Oiseau.
"Tu étais dans la lande ?" conclut Chihiro.
Pour dérouler cet interminable cercle d'interrogations, l'Oiseau expliqua qu'il avait eu lui aussi du mal à dormir, finalement :
"Koseki ronfle comme nos ours grognent.
- Je ronflais ? Môa, je ronflais ?!
- Ce n'était peut-être pas toi qui ronflait après tout, comme ce n'était peut-être pas toi qui gesticulait dans ton sommeil, Koseki", renchérit Chihiro.
"Mais c'est un complot ! c'est pas vrai !" s'exclama l'accusé. "Y a plus de justice en Hyrule !
- Oh, Koseki, arrête un peu !... Et va donc retrouver tes esprits à l'intérieur : on t'attend.
- Chouette, à manger !", traduisit l'accusé.
Il n'en était pas moins poli ; juste en entrant dans la maison, il cria "Merci Chihiro !", sans doute pour avoir vu la part qui lui était réservée.
"Et toi, tu as mangé, Hîntzen ?
- Ce que j'ai pu... Je n'ai jamais très faim.
- C'est vrai", se remémora Chihiro le repas de la veille, consommé aux deux tiers par le même estomac.
Il tourna son regard vers la maison et dit :
"Bon, nous n'aurons donc qu'à attendre Koseki. Enfin ! j'imagine que tu as été reconnaître les environs, non ?
- Oui oui, tout ce que je pouvais voir sans aller au sommet de ces collines. Mais je ne connais rien des noms de ce que j'ai pu voir !
- En attendant que notre réserve finisse d'être engloutie, je vais t'en présenter quelques uns."
Et Chihiro, comme un seigneur expliquerait à son fils l'étendu de ses terres, leva le bras :
"Derrière les collines que tu vois, il y a de très hautes montagnes, verdoyantes et au sommet arrondi : ce sont les monts Gonggle. Et derrière encore, c'est l'Antique Royaume d'Hyrule.
- Dis-moi juste, qu'est-ce que cette petite pointe blanche, tout à gauche ?
- Irihi, le phare du cap sud, Hîntzen. Et tout à ta droite, c'est le phare du cap est, Asahi, que moi-même j'ai du mal à discerner d'ici. Il portait autrefois le nom de Tour du Jugement. A ses pieds fleurit la Cité d'Higashi, qu'il protège, et on raconte que cette cité pourrait rivaliser en richesse avec la Cité d'Hyrule. Mais permets-moi de revenir aux collines : en fait, entre elles et les montagnes, la lande se poursuit, mêlée cette fois de bruyères, de buis et d'ajoncs. Les saules de la région qui y poussent sont les premiers arbres descendus des monts Gonggle. Et dans les longues saulées s'élève Engammura. Là-bas, on trouve encore d'autres petits villages, mais certains n'ont pas de nom. Voilà ! vois-tu ?
- J'imagine plus que je ne vois. J'ai hâte de surplomber tout cela !
- Oui ; et nous, de répandre des nouvelles des Oiseaux Blancs, une fois à Engammura", murmura Chihiro pour lui-même, pour ne pas atteindre Hîntzen.
Puis apparut Koseki, un grand sourire aux lèvres.
"Ah ! nous pouvons partir !" sourit Chihiro.
Alors l'huis se referma sur la demeure, et sans plus attendre, tous trois s'en furent. A midi au plus tard ils devraient être arrivés au village.

Ils avaient traversé les collines d'un pas alerte, afin de ne pas butter contre les pierres. Evidemment, Koseki avait été le plus rapide, pourtant, une fois au sommet, il n'était pas essoufflé. Hîntzen l'avait suivi de près, très excité à l'idée de voir un peu du pays dont on lui avait raconté tant histoires ; quant à Chihiro, il les avait observés avancer, et il avait observé le paysage, comme à son habitude. Une fois là-haut, ils durent y rester un peu de temps, pour Hîntzen, qui ne se lassait pas de ces nouvelles terres.
Avec admiration, il vit les détails d'une espèce de nouvelle lande, où étaient présents la bruyère sans fleur, les ajoncs jaunes et les buis, comme promis ; mais Chihiro ne lui avait pas dit que des petits cours d'eau gambadaient dans des petites étendues d'herbe, et que certains formaient un marais pas très loin, tandis que d'autres s'éloignaient vers les monts Gonggle. Les saules, disséminés, trempaient leurs branches dans l'eau ; les montagnes, imposantes, s'y regardaient avec langueur ; oh ! qu'il voulait descendre de la colline, qu'il voulait approcher tout cela ! Il ne se retint pas : il dévala un coteau où s'amoncelaient les dernières pierres blanches et polies, sautilla de l'une à l'autre, s'élançant si vite que ses pieds touchaient à peine le sol et piétinaient à peine l'herbe. Les deux villageois coururent à sa poursuite, et, l'ayant rattrapé au bas du coteau, Koseki se jeta sur lui. Ce devait être simplement amical ; mais surpris comme le fut Hîntzen, il riposta, et Koseki répondit, et s'ensuivit alors un duel passionné où tous deux démontrèrent leur force. Chihiro, en sa qualité de médiateur externe, crut y voir deux louveteaux qui se bataillaient pour un quartier de viande. Il aurait bien aimé les séparer pour reprendre leur route, mais son ventre recommençait à le faire souffrir, et il préféra attendre l'épuisement complet des troupes. Celui-ci n'arriva pas, et seule la lutte très physique entre les deux adversaires s'arrêta, de manière cependant très impromptue.
C'était quand Hîntzen avait réussi à bloquer son adversaire face contre terre, les mains sur ses poignets. En vérité, tout aurait pu s'arrêter là, mais Koseki lui envoya un coup de pied qui précipita l'Oiseau par-dessus sa tête ; celui-ci roula droit devant, mais il avait décidé de se relever et c'est ce qu'il fit. Alors son pied glissa sur la berge d'un petit ruisseau et il se retrouva le nez dans l'eau. Ses "getas" - car il portait des sandales - s'en trouvèrent ébréchées, mais heureusement pour lui il n'était pas blessé. Puis Chihiro remarqua la gravité de l'accident, car marcher pied-nus dans cette lande pouvait s'avérer dangereusement douloureux. Enfin ! Hîntzen ne fut pas découragé pour si peu, et, évidemment - pauvre Chihiro ! - Koseki avait décidé que tous se missent "à armes égales".
Voilà pourquoi, maintenant, ils étaient tous pieds-nus et longeaient le ruisseau fatal sur sa rive droite. Dans son eau pure on voyait se refléter le soleil des Déesses et le ciel bleu, Koseki et Hîntzen qui rivalisaient en prouesses et des saules qui apparaissaient de temps à autre puis apparaissaient plus souvent à l'approche des Monts Gonggle. La silhouette imposante de ces montagnes, roulée dans leur manteau de feuillage, assagissait presque les deux garçons au fur et à mesure qu'ils les approchaient. Quant au ruisseau, il commençait à s'élargir, comme s'il avait voulu embrasser le reflet de ces majestés.
Engammura était alors en vue, ce qui les dissuadait de s'arrêter pour manger ou pour se reposer. Le petit village aux murs de pierre dépassait tout juste du feuillage de ses saulées. Des clôtures traînaient entre la lande et les champs verdoyants, derrière lesquelles pâturaient des petits animaux blancs, "des Cocottes", comme disait Chihiro. Des ruisseaux innombrables couraient dans les creux du relief, et avec les Monts Gonggle derrière, l'on aurait cru à une récréation sous la surveillance d'institutrices vigilantes.
Koseki et Hîntzen avançaient maintenant plus allègrement. Ils ne regardaient qu'Engammura et ses maisons, trop pressés de les atteindre. Le ruisseau faisait un détour devant eux, enjambé par un pont de bois, et juste avant de le prendre, Koseki se retourna, soucieux que Chihiro avançât plus vite.
"Eh, Chihiro !"
Celui-ci avait la main au ventre et marchait péniblement. Il sourit malgré tout à son ami d'enfance et voulut lever son bras pour signaler que tout allait bien, mais, toujours mais, ceci l'épuisa, il s'adossa donc à un saule en titubant et en repliant la tête.
"Eh, Hîntzen !" changea Koseki.
Et les deux garçons aux cheveux noirs encerclèrent Chihiro. "Je vais dormir un peu ici" leur dit-il. Et ils décidèrent de rester à ses côtés. Ils ne discutèrent même pas, ils soulevaient juste leur regard vers leur ami et compagnon en le vidant de toutes leurs craintes. On n'entendait donc plus que l'écoulement de l'eau et à peine les caquètements des Cocottes dans leurs enclos pourtant proches. Calme, et luminosité, sur la lande d'Engammura.

Une ombre passa dans l'esprit de Chihiro. Le malade gémit subrepticement et tourna sa tête à la chevelure ondulante comme le ruisseau à côté. Inondé par le jour il papillota des paupières, bougea ses lèvres et n'émit qu'une note courte et aigüe. Toujours aussi attentifs, les deux autres se retournèrent vers lui ; alors, ils se retournèrent vers ce qu'il regardait. Les deux villageois seuls étaient pris de terreur.
Là-haut, là-haut, tout là haut, sous la voûte du ciel, des oiseaux volaient, noire silhouette, noires ailes et noir plumage. Ils formaient un troupeau de quelques individus. Leur ombre passait sur la lande très furtivement à vrai dire, et bientôt plus personne ne la vit ; pourtant tout ceux qui avaient vu dans le ciel de près ou de loin la présence de tels oiseaux sentait toujours avec la même puissance leur présence dans leur coeur.
"Qu'était-ce ?" demanda l'Oiseau Blanc, visiblement très intéressé.
Les deux villageois remuèrent à peine les lèvres pour lui répondre. Il fallait maintenant très expressément rejoindre Engammura. Leur route avait duré un peu plus que prévu. C'est pourquoi Koseki se leva soudain. Son regard se posa alors sur Chihiro qui restait adossé à son arbre. Il ne se levait pas ; il avait le regard orienté vers les montagnes plus hautes que lui.
"Chihiro... ?"
Il ne répondit pas, il s'était immobilisé.
"Chihiro ! C'est pas le moment que ça se réveille ! Chihiro ! répond-moi ! Zut de zut de piafs de malheur !!"
Koseki en vint à le remuer comme un arbre dans lequel son ballon se serait jeté. Hîntzen s'interposa :
"Koseki ! Chihiro n'arrive plus à respirer ! Arrête !
- Mal de mes... !!" et il frappa violemment du pied le saule derrière. Celui-ci en trembla jusque dans ses rameaux les plus lointains. Mais Koseki se calmait enfin, et restait maintenant tout aussi immobile que son ami.
Hîntzen décida de ce moment pour rejoindre Engammura. Il traversait juste le pont de bois quand Koseki le surprit dans la lumière déclinante du jour :
"Eh ! Où vas-tu ?
- Chercher de l'aide !" lui expliqua Hîntzen en se retournant brièvement.
Puis il s'éloigna définitivement vers les maisons de pierre entourées par les longues saulées. Koseki dut lui crier quelque chose, mais il n'y avait plus que le silence pour l'écouter.

Engammura était un village qui semblait étrangement familier à Hîntzen quand il s'en approcha, parce qu'il mêlait les troncs aux murs et les houppes aux toits. Mais il ne pouvait encore rien dire avant d'avoir traversé sa muraille de verdure. Plus précisément, avant d'être passé la tête sous la porte du village, que soutenaient deux grands saules au fort feuillage.
De l'autre côté, il y avait une large place en forme de feuille, avec un puits et aussi des pavés. Les maisons de pierre s'allongeaient tout autour, et les fenêtres aux volets bleutés somnolaient. Hîntzen fut d'abord surpris de ne voir personne sur cette place ; peut-être qu'effectivement les villageois étaient rentrés chez eux, ou n'étaient pas encore revenu des champs alentours ni de leurs "Cocottes". S'il voulait vérifier l'une et l'autre de ces propositions, Hîntzen n'avait pas le choix : il faudrait aller trouver quelqu'un. Mais par quelle maison commencer ?
Ce fut celle qui attira le plus son attention, sur sa gauche, couverte par une ramure, avec peint au-dessus d'une fenêtre sur une large planche de bois : "Gatsu Kane, Marchand de masques & d'utilités : vous trouverez ce qu'il vous faut !", et sur une pancarte accrochée sur la porte "Ouvert", avec de belles onciales hyliennes. Hîntzen fut soulagé de trouver là quelqu'un qui pourrait aider Chihiro.
"Monsieur Gatsu ?" demanda-t-il en toquant à la porte.
Il attendit quelques bien longues minutes, ne percevant comme bruit que l'écoulement de l'eau. Se demandant si le "Marchand de masques & d'utilités" n'avait pas laissé la porte ouverte, il la tenta ; mais elle était verrouillée de l'intérieur.
"Eh ! Est-ce que c'est ouvert ou non ?!"
Toujours le silence. Hîntzen passa sa main dans sa chevelure noire et lança :
"M. Gatsu ! Ce qu'il me faut, c'est de l'aide ! C'est ce dont j'ai besoin !... les alentours sont vraiment silencieux... N'y-a-t'il personne d'autre qui puisse proposer d'être utile ?"
Hîntzen voulut toquer plus fort la porte et réprimander le propriétaire pour mensonge publicitaire, mais il se retint et voulut se rendre ailleurs. C'est pourquoi il fit le tour du village, espérant bien trouver au moins quelqu'un. Quand personne ne répondait quand il frappait, il sentait d'autant plus une lourdeur dans sa poitrine. Un sentiment de solitude le traversait maintenant, sans qu'il ne comprît pourquoi. Peut-être avait-il été affaibli par son naufrage et sa perte de conscience ? Ou peut-être sentait-il à quel point le mal de Chihiro était préoccupant ? Ou...
"Oh ! C'est... c'est pas croyable..."
Sur la porte du "Marchand de masques & d'utilités", on voyait maintenant "Fermé".
"Bon, puisqu'il en est ainsi : M. GATSU !! Répondez, je sais que vous êtes là ! Si vous ne répondez pas enfin, je force la porte !
- Dégagez !... fit une voix plaintive.
- J'ai besoin d'aide d'abord ; Et je pensais que vous seriez plus accueillants dans ce village !
- Dégagez ! répéta l'autre.
- Où sont-ils tous passés, vous pourriez me le dire ? Je pourrais alors vous laisser tranquille, si c'est ce que vous voulez."
Il y eut certes un silence après cette réplique, mais Hîntzen pouvait sentir que l'on s'affairait dans la boutique. Il s'approcha de la porte et attendit.
"Vous venez d'où pour poser de telles questions ? Et de l'aide pourquoi ?
- J'ai un ami malade, Chihiro, qui habite ce village.
- Jamais entendu parler, lança sèchement l'autre.
- Auriez-vous pourtant suffisamment de pitié pour venir à son secours ? demanda poliment Hîntzen.
- M'est avis que vous venez vraiment de très loin pour dire des choses pareilles, avec un tel ton, et surtout, avec tant d'ignorance !
- Vous ne pourriez pas vous expliquer ?...
- Laissez-moi tranquille, répéta quand même le marchand.
- M. Gatsu !"
Le jeune homme entendit un piaillement à l'intérieur de la boutique.
"DEGAGEZ JE VOUS DIS, ABRUTI D'ABRUTI ! ALLEZ TROUVER AUTRE CHOSE POUR ABRI !"
Hîntzen, désemparé, ne dit plus rien, fit demi-tour et s'assit nonchalamment sur le rebord du puits au centre de la place. C'était plutôt une étrange attitude que celle de ce marchand ; il devait être irrécupérable. Puis il songea qu'il n'avait toujours pas trouvé d'Hylien dans ce village pour aider Chihiro. Il faudrait donc aller voir dans les champs, si jamais...
"Hîntzen, t'es là ?
- Je...
- Ouah ! T'aurais pas pu être plus proche ! Et Chihiro qui est lourd ! Pff... vous pouvez toujours reprocher que je vous réveille la nuit, avec ça !..."
Et Koseki, entré dans Engammura en portant Chihiro sur son dos, le déposa lestement au pied du puits.
"Quand même... je te demandais de nous attendre et t'as foncé tête baissé...
- Je n'ai rien entendu de tout cela.
- Ne me dis pas que je ronfle plus fort que je n'hurle !"
Puis Koseki regarda tour à tour ses deux amis.
"J'imagine que t'as trouvé personne, à voir le peu de monde sur la place...
- Effectivement. Il y a bien le marchand là-bas, mais...
- Pas la peine de lui demander. Il nous fait une allergie.
- De vous ?
- Va savoir pourquoi, mais oui. Pff... indécrottable celui-là, depuis le temps que je le connais. J'aurais pensé que toi au moins, tu aurais pu lui parler, parce qu'il ne te connaît pas, parce qu'il ne connaît pas le fond de ta bourse... Parce que t'es un Oiseau...
- Une bourse ?"
Koseki le fixa violemment.
"Attend, attend... t'as pas de rubis ? ou t'as pas de monnaie ?
- Je connais ces termes, mais je n'en suis pas pourvu.
- Nan, tu rigoles ? La plus fière de toutes les armées ! Les soldats les plus intrépides ! Tu me fais marcher, là !
- Mais... non ! Je n'ai jamais utilisé quoi que ce soit de la sorte... Je suis sûr de cela, c'est bien l'une des rares choses dont je peux me souvenir..."
L'autre se leva alors et éructa, ses yeux de nuit étincelant de mille étoiles :
"Leurs exploits ont parcouru Hyrule de part en part ! Même les petits villages qui n'ont jamais vu la mer les connaissent ! Ici tout le monde a déjà frémi à la pensée de leur flotte ! Certains ont même dit que c'est parce qu'il y avait tant et tant de rameurs que la mer faisait des vagues ! Leurs habits sont blancs à tel point que leurs lignes semblent des nuages perdus sur les collines ! Leurs armes sont éclatantes, leur fougue imprévisible, leur puissance sans valeur ! Alors tu vas pas me dire, toi, qu'avec tout ça, LES OISEAUX BLANCS N'ONT PAS UN ROND !?"
Il était soit ironique, soit bouillant de colère.
"Mais qu'est-ce que tu as ;" lui demanda prudemment Hîntzen.
Koseki s'agenouilla devant lui :
"Hîntzen, vous, les Oiseaux Blancs, n'êtes-vous pas venus nous aider ? Nous apporter vos richesses... ?
- Je... je n'en ai aucune idée."
Et Koseki, toujours aussi imprévisible :
"PAUVRES LACHES ! VOUS VOULIEZ PRENDRE HYRULE SOUS VOTRE COUPE, C'EST CA ?
- Mais...
- LA FERME, L'OISEAU !
- Tais-toi, toi, Koseki..."
Chihiro venait de parler, l'air rasséréné par la fraîcheur du puits.
"Il en est ainsi, et je t'en avais prévenu, Koseki. Les Oiseaux Blancs ont vécu sans nous et nous sans eux... nous ne pouvons demander que leur appui dans ce danger qui nous menace... Ils ne viendront pas réparer les dégâts, car seuls nous pouvons le faire. Et puis... aussi têtu que tu es, pense que tes dites richesses ont peut-être sombré avec leurs navires..."
"Les Oiseaux Blancs ne peuvent nous donner l'argent qu'ils ne connaissent pas... Ils ne peuvent nous donner que leur courage... Aussi, comme tu le sais, la survie de ce royaume est presque inespérée, puisqu'il a perdu beaucoup de ce qui le maintenait en vie, et de ce qui le démarquait de ses voisins..."
"Notre terre survivra grâce à eux, mais notre peuple mourra de toute façon. Comme les Zoras, comme les Gorons... Nous devrons laisser la place."
Ces paroles eurent l'air de vexer Koseki. Puis achever sa colère, son ami rajouta :
"Nous savons aussi tous deux ce qui m'arrive et nous savons tous deux comment je m'en sortirai. Ta colère ne m'en guérira pas."
C'était une invitation à ce que Koseki fît aujourd'hui une autre fois le point sur lui-même.
"Bien, Chihiro..."
"Je suis désolé, Hîntzen. Je m'emporte trop facilement sans doute...", fit-il ensuite à l'Oiseau.
Koseki, regarda alors les environs pour se forcer au calme. Il entendait la respiration de Chihiro qui s'était rendormi. Puis, quelques minutes de silence après :
"Hîntzen, et si on tentait de voir la doy..."
Il tomba raide mort avant d'avoir pu terminer. Encore quelques minutes, et un puissant craquement devait parvenir du village.

"Va retrouver les tiens, pauvre minable !
- Et va leur dire de retraverser la mer, avec ou sans leurs sales maudites coques blanches !
- Et surtout qu'aucune ne sombre dans notre mer ! Le fond est à nous, on y veut pas des saletés ! Bande de voleurs !
- Ouais, puant !
- Incapable abruti !
- Vaut pas mieux que les mouettes d'ici !
- Va mourir ailleurs ! Les Déesses n'ont pas envie de t'adresser le regard !
- Voleur ! Voleur ! Menteur ! Menteur !
- Arg !" étouffa Hîntzen.
Parti de la mer pour y revenir ; et il ne savait que trop comment. Il allait refaire tout son chemin, à la limite de la mort, immobilisé par des liens grossiers mais solides et battu par le flux d'une rivière trop large à son goût. Il n'avait jamais entendu parler de pareilles coutumes de la part des Hyliens ! non, ces derniers temps, il avait plutôt vu une part étrange de ce peuple que l'on réputait pour être le peuple des Déesses, un peuple qui avait traversé des millénaires sous leur divine égide, et qui n'avait jamais vraiment souffert comme les Oiseaux Blancs depuis l'avaient cru entendre. Fallait-il croire que les Hyliens avaient été frappé d'un mal tel, qu'ils avaient tout perdu de leur gloire ?
Toutes ces pensées le traversèrent en quelques secondes, mêlées à bien d'autres, et il sentait que plus il allait, plus son esprit s'évanouissait dans la rivière pour se confondre avec l'éther, et qu'à terme, il n'aurait plus rien pour le retenir à fleur d'eau. Et il faisait froid ; et les villageois quelque part répétaient encore "Voleur ! Voleur !", sans qu'il ne sût plus pourquoi.
Puis il retrouva le reflet des collines dans l'eau, et à partir de ce moment, comme il revenait vers la côte, ses paupières se refermèrent.

"Neite re, hîntungë." *

* Je m'envole vers Orion.

Chapitre 3 : De la Rivière de Jais   up

"Koseki... vandale...
- Pff...
- Tu me paieras ça, tu entends ? Tu paieras pour ton vandalisme !
- Oh, cause toujours !
- S'il vous plaît, ne vous énervez pas autant ! Il y a suffisamment à faire comme cela..."
Un autre "vandale" brava cette dernière interdiction. Puis l'air humide se mit à glisser sur les peaux tandis qu'on entendait le vandale et le vandalisé respirer, l'un avec des saccades énergiques, l'autre avec des bouffées haletantes, entre deux coups de rame. On entendait aussi la respiration d'un troisième homme, très légère, qui avait grand 'peine à se faire comprendre.
"Ne le réveillons pas avant d'avoir rejoint la doyenne du village, d'accord ?
- Bah, théoriquement, on devrait y être bientôt !
- On t'a dit de la boucler, toi !"
Alors, on perçut une quatrième respiration, plus ou moins régulière cette fois-ci. Avec elle venait un battement de coeur entêtant, avec lui venaient des veines battantes, avec eux tous venait une âme frémissante. Elle frémit encore une fois, blottie dans son grand corps, puis finit par faire s'articuler les doigts délicats de ses mains, et ils caressèrent la surface lisse et douce qui n'était point du corps mais de ce qui le soutenait. Ainsi les sens manifestèrent leurs désirs de prendre conscience du monde, mais il était encore un peu tôt : le monde était encore plein d'une lumière d'ambre et de diamants étincelants, trop ardents pour supporter un réveil.

Or la notion de temps était revenue, et il sembla bien long avant que tout mouvement ne cessât enfin. Ce fut brusque. L'âme avait presque eut l'impression d'être projetée en arrière du corps, tandis que celui-ci avait été projeté au fond de la petite barque dans laquelle il était - ce qui ne faisait plus de doute. La lumière environnante s'était intensifiée et les ombres s'étaient multipliées devant elle, invoquant le crépuscule. Mais quoique le soir approchât ce ne devait pas être un moment de repos :
"Qu'est-ce qu'on attend à la fin ?!
- Koseki, garde ton calme ! Tu le sais très bien, ce que l'on attend !
- Pff... mais il a intérêt à se dépêcher ! Je commence à avoir faim ! Et ce bateau prend l'eau ! Quelle idée aussi de prendre cette rivière à contre-courant aussi ! Rhaaa !"
Tchoc ! Tchoc ! Tchoc ! fit un galet qui ricocha à la surface de l'eau.
"Foutu village !!!
- Ah là là ! Tu ne t'embarrasses pas de petites manières après ce que tu as fait, Koseki ! Allez, sèche-toi, tu es encore tout mouillé d'avoir été nager... Oh, mais regarde ! Le revoilà, comme promis ! Il ne te restait plus qu'une ou deux minutes à tenir !...
- Il lui reste moins de deux secondes à vivre, oui ! Déesses ! il fait un de ces froids !"
Deux voix, et maintenant quelque part, il y avait deux bruits de pas. Quel monde !
"Surtout, vous pressez pas !
- Hmf ! Ne prenez pas garde, ô Mme Koto !" répliqua une voix pleine d'aplomb. "Après tout, Koseki n'est-il pas un vandale de la pire espèce ?
- Je vais te faire bouffer mon poing !!
- Il n'y a rien au monde de plus grossier !
- Tu la veux, ta dent en or ?
- Devant la doyenne ! Ayez pitié, arrêtez vous tous les deux ! Pourquoi faut-il toujours que tu sois incontrôlable, Koseki ?..."
Mais loin de s'arrêter, les interpellations reprirent, glaciales, ou brutales, ou désespérées. Pendant ce temps, on entendait un pas tout léger qui se rapprochait de soi, puis il se muât en une respiration pesante, la cinquième que l'on pouvait percevoir, en plus de la sienne. Quelqu'un d'autre donc était là. Et cette même personne jeta un éclat froid sur un endroit quelconque du corps, et cette froideur s'intensifia, s'intensifia, jusqu'à ce que l'on sentît un contact si soudain qu'il en devenait violent :
Pouc !
"Coucou mon garçon !
- AAAAH !!! QUI... ?!
- KAWAII !!"
Et l'éclat froid s'enfonça dans la poitrine dudit garçon. On ne pouvait savoir si cela lui avait fait un mal quelconque puisque le cri de son agresseur l'avait fait immédiatement s'évanouir. Cependant, cela avait réveillé l'attention des autres personnes présentes, et donc :
"Mme Koto !! firent-elles toutes ensembles.
- Oui, mon cher petit-fils, mon cher petit chenapan, mon cher grand jeune homme ?
- Vous... vous... il est mort ?
- Comment cela ?"
Les trois personnes se turent, très embarrassées. Alors un froufrou d'étoffe signala que ladite Mme Koto s'était mise en mouvement, et l'ombre de son nez qu'elle s'était penchée sur le visage du "mort" :
"Alors mon garçon, comment tu t'appelles ?"
A la plus grande stupéfaction de l'assemblée, les lèvres du "mort" remuèrent :
"M... Moi ?... Je..."
Mais ses pensées s'étaient figées.
"Ah, bravo vieille folle ! Le revoilà amnési...
- KAWAII !!"
Paupières ouvertes, on vit des bras arracher du corps la froide canne d'argent, et poser celle-ci à leurs côtés à terre.
"Koseki, tu ne devrais pas parler à des gens plus âgés que toi sur un tel ton. Notre santé est fragile !"
Et Mme Koto se mit à rire gentiment. "Avec des gens comme vous, c'est la nôtre qui y passe, de santé !", fit Koseki pour lui-même. Et pourtant :
"Je sais ce que tu marmonnes, Koseki petit chenapan ! Je me demande comment toi, Chihiro, tu as pu le supporter aussi longtemps, et comment ce jeune homme a pu lui survivre lui aussi ! Enfin ! puisqu'il a ouvert les yeux... il est peut-être temps qu'il se présente à moi, non ?"
Elle avait une voix chevrotante très agréable et pleine de maintien. Tout autour d'elle, il y avait d'innombrables arbres au feuillage plein de sagesse couverts par l'ombre du soir, et l'odeur de leur écorce rappelait un vieux sous-bois. Dessous ses pieds se tenait sur un ponton raccordé à une barque, et c'était dedans, sur une douce planche de bois, que le "mort" était allongé.
"Je... je m'appelle Hîntzen", fit-il très poliment.
"Eh bien, tu es le bienvenu à Engammura ! - oublie juste ta première visite et ce sera parfait.
- Vous... vous êtes la doyenne du village ? Je... je me rappelle la voix de Chihiro avoir dit quelque chose de semblable...
- Ha ha, bonne écoute, jeune Oiseau ! Et je te félicite de parler aussi bien notre langue ! Je n'ai seulement pas très bien compris le récit de tes deux amis comme ils s'embrouillaient avec mon petit-fils, confia-t-elle.
- Mme Koto ! s'indigna-t-on.
- M. Gatsu est votre petit-fils ? fit Hîntzen en montrant l'homme vêtu de bleu dont il venait de reconnaître la voix.
- Ha ha ! oui, oui, fit-elle en dodelinant de la tête. Un bienheureux petit-fils qui a encore du mal à quitter sa vieille grand-mère alors que des bonnes affaires l'attendent à la Cité d'Hyrule. Mais allons, mon petit ! est-ce que tu te sentirais d'attaque pour me raconter ton histoire ?
- Oui, Mme Koto. Je...
- Oh, je te vois déjà commencer ! Tu pourrais attendre au moins que nous soyons tous assis ! Allez, viens, suis-moi !"
Elle pointa sa canne en avant, et Chihiro vint lui offrir le bras. Koseki et M. Gatsu, non sans s'adresser des regards mauvais, prirent la planche de bois au toucher lisse et doux sur laquelle était Hîntzen, ils le hissèrent hors de la barque amarrée au ponton et ils le portèrent ainsi à la suite de la doyenne, vers le sous-bois proche.

"Ah ! Mes jambes se reposent enfin ! Tu as toute mon attention, mon petit."
Ainsi parla Mme Koto, assise sur une souche et éclairée par une lanterne accrochée à un arbre. La lanterne révélait aussi la petite clairière où ils étaient tous réunis, sous le couvert d'arbres au tronc frêle mais à la large couronne. Hîntzen s'approcha de la doyenne, elle lui demanda de s'asseoir et il trouva un tronc courbe pour ce faire, juste en face d'elle. Il narra un peu son histoire, de la plage au refuge, du refuge au village, et Mme Koto se révéla être une auditrice vraiment très attentive. Puis elle voulut lui poser quelques questions pour se faire expliquer ce que lui-même ne pouvait entrevoir seul :
"Les navires ont donc tous sombré ?
- Je ne sais pas... mais s'ils ont fait naufrage, alors, j'imagine que ce doit être le cas..."
Devant la promptitude de l'Oiseau, les yeux de la grand-mère se remplirent de compassion :
"Ce doit être dur de te dire que tu serais peut-être le dernier de tous...
- Un peu..., lâcha-t-il.
- Ne te rappelles-tu rien du pays de Nuhînthë ?
- Quelques bribes... j'ai du mal à me rappeler tout notre périple vers votre pays, et encore plus à me rappeler quand j'étais dans le mien.
- Ce n'est pas vraiment une situation des plus banales..." remarqua la doyenne.
Elle appréciait l'apparent calme du jeune homme, apparent, car elle se disait bien qu'à force de sonder son âme elle la noierait dans une tristesse profonde. Il avait de la maîtrise sur lui-même, certes, mais c'était un rempart dont il ne faudrait pas le forcer à se recouvrir entièrement.
"Dis-moi, sais-tu seulement pourquoi les Oiseaux Blancs devaient se rendre en Hyrule ?
- Non, pas du tout, lui répondit Hîntzen, dont le coeur semblait plus intéresser par ces propos.
- J'aurais cru que les Princes n'auraient pas fait tant de secret là-dessus, mais enfin..."
Elle marqua une courte pause pour se réchauffer les mains et la parole.
"En fait, je ne sais tout cela qu'en tant que doyenne, et j'imagine bien que la plupart des villageois n'en savent rien. Peut-être ont-ils agi de la même manière en Nuhînthë... Mais voilà : depuis bien des années, notre pays se retrouve en difficulté. Sa puissance n'est pourtant pas dérisoire, elle est même formidable, mais elle s'est retrouvée partagée entre de très nombreux seigneurs qui ont voulu régner sur des parcelles de terre toutes aussi innombrables, en leur bien propre. Bien sûr, ces chers seigneurs sont restés sous la tutelle de la Reine d'Hyrule, notre bienaimée souveraine, et les terres que tu vois autour de toi, petit Hîntzen, lui appartiennent entièrement."
"Ce qui me fait dire que nous avons de la chance d'être si proches d'elle... Ou, comme les plus pessimistes le peuvent répéter, ce qui a fait notre chance... Car il semble qu'une obscure volonté tienne à ce que les peuples d'Hyrule tombent des murs de leur cité les uns après les autres, ce qui s'est avéré vrai pour les peuples des Gorons et des Zoras, et sans doute a-t-elle décidé que notre tour était arrivé, à nous, les Hyliens. Car elle a semé le trouble au sein même des terres de la Reine. Or, tu imagines bien, mon petit, dans le pauvre monde où nous vivons, que la moindre faiblesse qui ait été révélée est l'accessoire de la puissance des autres ! Aussi, la survie d'Hyrule en tant que royaume tiendrait à très peu... et si jamais cette obscure volonté a de trop mauvaises intentions, ce serait la terre d'Hyrule elle-même, qui devrait flétrir."
"Et ce trouble malheureux qui est son oeuvre, nous le sentons aussi loin que nous sommes, dans notre province de Latouane. J'ai vu des vieillards se réfugier dans les savoirs les plus occultes pour ne point s'y soumettre, mes enfants se cloître, et tout bonnement, emmener leurs propres enfants dans leurs peurs. Et cependant les récits que l'on me fait de sa puissance, une fois qu'il a pris les coeurs des Hyliens des provinces de Lanelle, de Firone et d'Ordinn, me font davantage appréhender l'avenir. Tu dois maintenant avoir compris pourquoi les Oiseaux Blancs ont traversé la mer pour nous retrouver, à leurs risques et périls..."
"Ils devaient absoudre l'obscure volonté qui remplit notre pays de craintes.
- Et la raison pour laquelle j'ai dit à Koseki que notre peuple était condamné même après la venue des Oiseaux Blancs, Hîntzen," reprit Chihiro, comme le héraut des plus pessimistes, "c'est parce qu'il est bien évident qu'aucun royaume ne tiendra à rester vassal d'une reine qui a appelé le Pays de l'Autre Côté, tellement les Hyliens sont devenus orgueilleux avec l'accroissement de leur puissance. Et si ce n'est pas la seule raison, c'est la seule qu'ils retiendront."
Le dernier Oiseau Blanc supposé les avait regardés à tour de rôle : son âme ne réagissait pas encore à la gravité de leurs propos. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il avait maintenant les réponses à la majorité des questions qu'il s'était posé jusqu'alors : l'attitude étrange des Hyliens, la traversée des Oiseaux Blancs, la colère de Koseki... Mais il y avait encore des parts d'ombre qui agitaient son esprit :
"Mais de quel mal s'agit-il exactement ?" fit-il, et de fil en aiguille, il demanda : "et qu'est-ce que l'on va faire, maintenant ?
- Le mal... nous le sentons, c'est tout," déclara Koseki.
Hîntzen le regarda, un peu songeur ; le villageois s'approcha de lui. Puis il ferma les yeux et déclama :

"Elevés sur l'horizon
Les mâts de leurs navires
Battent sous l'égide d'Orion
Les mers de saphir ;

Sur les coques blanches
Est peint un oiseau
Qui derrière eux s'élance
Et surveille le bateau ;

Les Oiseaux Blancs ! Ils viennent !
Supporter toute notre joie,
Supporter toute notre peine !
Ah ! Ah ! Acclamons leur puissant roi !

Car chez nous des oiseaux noirs
Gravent sur nos huis des entrelacs
Et une fois passé le soir
Il n'est plus qui était là ;

Car chez nous s'abattent des fléaux
Sur la terre qu'occupaient nos ancêtres
Et dans l'ombre des vieux hêtres
Ils nous replient dans leur tombeau."

Hîntzen hocha la tête aux deux dernières strophes. Il aurait bien aimé dire "Mais c'est pas vrai ! D'où sort cette histoire d'oiseaux du malheur ?", ce qui révélait bien qu'il ne le dit pas.
Les yeux clairvoyants de la doyenne le fixèrent alors :
"Eh oui, ce sont bien des oiseaux qui nous menacent... des oiseaux noirs, des oiseaux maudits, on ne sait ni comment ni pourquoi. Tu demandes à savoir ce qu'il faut faire, mon garçon : j'ai bien une vieille idée. Il suffirait de les combattre..."
L'Oiseau Blanc s'anima alors :
"Oui, vous avez raison !
- Oh là, jeune intrépide !" coupa-t-elle cependant, un peu vexée. "Je sens en ton coeur le désir d'une bataille contre des forces inconnues qu'il ne faudrait pas voir arriver, puisqu'il n'a pas été permis par les Déesses que nous en sachions plus. Tu connais la situation d'Hyrule, soit, mais tu ignores complètement la tienne : en tant que dernier Oiseau, tu rassembleras en toi tout l'espoir qui a été mis dans les tiens. Il faudra donc tempérer tes actes, en l'honneur de ton peuple, et du nôtre."
"Mais nous devons avant tout vérifier cela. Aussi, il faudra parcourir la côte pour retrouver d'éventuels survivants. Il faudra aussi avertir la Reine que les Oiseaux Blancs sont arrivés, et peut-être aussi du drame qui est arrivé si les nouvelles sont mauvaises. Hmm... Êtes-vous prêts à partir, Koseki, Chihiro ?"
Ils furent prêts à s'incliner sans condition que leur ami s'exclama :
"Eux seuls ?
- Hîntzen, des deux nécessités présentes nous ne devons pas faire la part. Koseki et Chihiro connaissent la côte dans ses moindres détails, et ce sont les seuls qui accepteraient de l'explorer sans une peur panique des oiseaux de mauvaise augure. Quant à toi, la Reine te recevra aussitôt si tu viens à elle, et tu pourras sans doute très aisément lui expliquer la situation sans que pour autant la Cité d'Hyrule ne s'insurge contre elle et contre toi. Voilà ce qu'il faudra faire.
- Mais..."
La doyenne posa ses yeux sur chacun des trois autres et les invita à s'éloigner. Les yeux d'Hîntzen quant à eux se refusèrent à retrouver ceux de ses amis ; ils étaient comme noircis par sa colère, ou par l'ombre du joug du destin qui pesait sur ses épaules. Puis la doyenne se leva de sa souche et prit les mains d'Hîntzen dans les siennes :
"Erunyungë hareni âng ! Ils te rejoindront à la Cité d'Hyrule, là où se trouve le château de la Reine, et plus vite que tu ne le penses !"
Hîntzen fut très surpris d'entendre là la formule rituelle dédiée aux promesses dans son pays. Cette même surprise lui conseilla d'abord de retirer ses mains de celles de la doyenne ; mais elle les retint malgré toutes ses tentatives, et il se dit que son attitude était bien irrespectueuse. Et puis en la regardant, en regardant ses grands yeux où glisaient la mer sur l'océan, il songea que pour maîtriser la langue du pays de Nuhînthë, la doyenne avait dû acquérir la confiance de quelques uns des siens : de ce fait, elle ne pouvait que mériter la sienne ; car maîtriser la langue des Oiseaux Blancs demandait beaucoup d'attention et de pratique, que l'on ne pouvait acquérir qu'avec eux, étant les seuls dépositaires. Aussi Hîntzen fit comme la doyenne le lui avait demandé, il honora son peuple, car le peuple du pays de Nuhînthë vouait un grand respect à lui-même et une profonde confiance à ses pairs :
"Mme Koto, si tel est ce que vous me conseillez de faire, dites-moi : quelle route devrais-je prendre, si vous la connaissez ?
- Oh, la plus simple, et dans les temps les plus brefs ! Car ce serait dommage pour toi de retomber sur des villageois qui t'enlèveraient et te jetteraient à la mort à nouveau ; Koseki a bien réussi à te sortir une fois de la rivière, et il faudrait au moins lui épargner de devoir recommencer, non ?"
"La route que je te propose te mènera directement au pied de la Cité d'Hyrule : tu devras passer par la Rivière de Jais qui coule entre les Monts Gonggle, puis atteindre le Lac Hylia, et remonter jusqu'à la cité. Et en parlant de la Rivière de Jais, regarde ! Tu peux l'apercevoir là-bas : c'est dedans que tu as été injustement jeté, puis retrouvé et sauvé. Elle a l'air calme ici encore ; mais ses forts courants t'étourdiraient si tu la traversais entre les Monts Gonggle ! Et donc, pour t'y aider, je te ferrai accompagner par mon petit-fils, et par le seul homme de ce village à savoir braver la Rivière de Jais : il s'appelle...
- KOSEKI, TU N'ES QU'UN VANDALE, UN VOLEUR ET UN BRIGAND !
- REPETE UN PEU, MARCHAND DE MES... !!
- VANDAL... Ouch !
- Pauvre Chihiro... ils ne cesseront jamais, même en ma présence, soupira la doyenne. J'aurais pensé que Koseki vouerait plus de respect à son maître, mais il n'en est rien ! Et Chihiro qui le laisse faire ! Ah là là...
- Koseki a un maître ?
- Oui, Hîntzen. En fait, Chihiro est ce maître. Car Koseki a été désigné comme écuyer de Chihiro, car lui-même descend justement d'une lignée de seigneurs très influente. Et un jour les oiseaux noirs ont saccagé leurs biens, souillé leur sang et l'ont maudit lui-même, et nous l'avons recueilli. En soi, cela explique pourquoi Chihiro connaît si bien la situation de notre pays. Mais attends-moi là..."
La doyenne s'approcha à pas feutrés des deux belligérants. Ils ne la virent pas dans l'ombre des arbres, jusqu'à ce qu'elle s'écrit :
"KAWAII !!"
Et elle leur asséna un tel coup de canne sur la tête qu'ils en perdirent l'équilibre. Fière de sa propre victoire, elle leur demanda de toute sa hauteur :
"Et quelle est la pomme de discorde ?
- Koseki a vandalisé ma boutique, il refuse de le reconnaître et il refuse de réparer ses méfaits !
- Peuh ! 'Y a des situations qui méritent l'urgence !
- Oh, tant de choses pour si peu ! Mais !... Oh, Koseki, tu es vraiment un adorable petit chenapan..."
La doyenne s'avança derrière eux et souleva la planche de bois qui avait servi de brancard à Hîntzen. Elle le posa à l'horizontale, et l'on put lire dessus "Marchand de masques & d'utilités", etc.
"Ma belle pancarte..., gémissait M. Gatsu.
- Kane, ne t'en fait donc pas tant, fit affectivement sa grand-mère.
- Mais les affaires sont au point mort !
- Oh... donc, eh bien..."
La doyenne mit sa grêle main dans une de ses poches et en sortit une bourse :
"Kane, peux-tu fournir à chacun de ces trois garçons une épée et fourreau, une lance, un arc avec ses flèches et son carquois, un écu, une cotte de maille et... des getas pour Hîntzen ?
- Grand-mère, je...
- Ce n'est pas la peine de refuser que je paie. Il faut bien que je te renfloue. De toute façon, il faudra que tu partes avec Hîntzen rejoindre la Reine, et ainsi tu lui serviras d'introducteur.
- Je... ... je te promets de faire des bonnes affaires dorénavant !
- Ah, mon petit Kane !... Alors, ai-je assez ?
- Eh bien..."
Le marchand prit la bourse, la soupesa, compta les rubis qui servaient de monnaie au pays d'Hyrule, en examina la couleur et la forme, et dit, un peu gêné :
"Ce sera un peu juste...
- Oh zut ! J'ai assez pour quoi ?
- A vrai dire, pour une seule personne... au prix le plus bas que je puis me permettre si je ne veux pas mettre la clef sous la porte...
- Hm... c'est embêtant..." fit-elle en fronçant les sourcils, et avant que Chihiro et Koseki ne vinssent se proposer d'ajouter à sa fortune la leur pourtant bien maigre :
" J'ai une idée ! Kane, je devrais avoir assez pour fournir une épée, un écu et des getas à Hîntzen, non ?
- Oui, c'est vrai...
- Et maintenant, très amicalement, tu vas fournir à nos deux villageois un écu et une cotte de maille. Koseki prendra l'arc ses flèches et son carquois, et Chihiro la lance.
- Je vais devoir fermer boutique !!! s'exclama le marchand avec un grand cri suraigu.
- Oh, Kane, tu ne me suis pas ? Si Koseki et Chihiro vont sillonner la côte, cela pourrait te rapporter en renommée ! rappelle-toi la technique de vente de ton père, Balder...
- Oh..."
Et comme Hîntzen, Koseki et Chihiro, M. Gatsu fils céda à la volonté de Mme Gatsu. M. Gatsu père devait avoir une très bonne technique de vente.
"Oh, j'ai une dernière requête à faire. Vous me pardonnerez, mais dans la suite de vos aventures, je ne serais pas là avec mes conseils pour tempérer vos actes ! Hîntzen, approche-toi."
Elle sortit un ruban de sa poche et quelques perles.
"Prends, et tu pourras apparaître dans toute la gloire qu'il est nécessaire à un Oiseau Blanc d'apparaître devant la Reine."
"A partir de maintenant, vos chemins se séparent, pour se rejoindre dans les temps à venir. Prions les Déesses pour votre félicité, et pour que la terre d'Hyrule retrouve un jour l'éclat de ses jeunes années !..."
En soi, il n'était pas vrai que les trois amis devaient se séparer dès à présent. Mais la doyenne anticipait cela de quelques minutes seulement. Aussitôt que tous parvinrent devant la boutique de M. Gatsu, non pas en remontant le courant de la Rivière de Jais - au grand soulagement de Koseki le rameur indomptable -, mais en s'y rendant à pied, le marchand retira les achats effectués par sa grand-mère, aidé par celle-ci. Puis elle désigna la voie par laquelle la Rivière de Jais traversait les Monts Gonggle à Hîntzen, lui épargnant là encore de remonter son courant. Alors les trois amis se saluèrent, certains de se revoir sans savoir quand, et le sentiment lourd qui les oppressait devait leur paraître moins lourd grâce aux paroles de la doyenne, "car leur forte et jeune amitié devait céder le temps de se renouer, et elle se renouerait d'autant plus qu'ils en avaient la claire volonté."

M. Gatsu avait dit à Hîntzen de partir devant, malgré la nuit noire qui tombait. Il ne lui offrit pas de quoi éclairer sa route, lui expliquant que les pierres blanches qui étaient éparpillées sur toute la lande sauraient, avec la lueur de la Lune, le faire pour lui - sans frais.
Quand l'Oiseau Blanc repassa la porte du village, il vit Koseki parler ardemment avec la doyenne et son petit-fils, tandis que Chihiro le retenait par les épaules. Hîntzen soupira et se détourna, laissant cette dernière image de ses amis occuper les yeux de son esprit. La Lune le guida doucement vers les Monts Gonggle, leur sommet confondu avec la nuit, et en passant de pierre blanche en pierre blanche des souvenirs évanescents lui apparurent. Puis il parvint à une élévation du terrain qui s'incurvait sur sa gauche, où il entendait le clapotement d'une rivière. Il y descendit, et sur l'eau noire aux quelques ondes argentées, il vit une cabane et un large ponton. Là devait vivre le passeur qui osait braver la Rivière de Jais.
"Zut ! Je ne connais même pas son nom du coup !" fit Hîntzen en s'apprêtant à mettre la main sur la poignée. Puis soudain sa main faiblit, et il s'écroula par terre, sans connaissance. Ses forces n'étaient toujours pas revenues après sa noyade. Elles venaient d'atteindre leurs limites.
Mais heureusement, l'unique fenêtre de la cabane s'illumina, et quelqu'un ouvrit la porte, pour tirer le jeune homme à l'intérieur. Cette deuxième nuit que passa l'Oiseau en Hyrule fut tout aussi calme que la première, exception faite, en vérité, du réveil...

Chapitre 4 : Vit le Royaume qui gisait là   up

Petits pas par petits pas, le clair rayon de lumière inonda les creux du bois pour y chasser les ombres encore présentes. Il n'avait pas l'éclat du Grand Midi, ni sa prestance, ni son omniprésence, mais il était tout dévoué au Soleil des Déesses, brandissant le premier sa bannière dorée. Soudain, dessous la bannière du Soleil, le calme rayon de lumière vit un être tout aussi calme, aux longs cheveux noirs, à la peau très claire, aux traits détendus. Le petit rayon le reconnut alors pour être de ces êtres sur lesquels il se reposait parfois, très loin d'ici, sans crainte du Grand Midi. Et, curieux comme il était, il voulut sonder les souvenirs de cette âme indolente ; il se posa donc sur son front : il discerna quelques rivages du pays de Nuhînthë, quelques nuages près de la mer, mais rien pour conforter une vision. Alors il glissa sur une paupière et attendit.
Soudain fondit sur lui un aigle aux yeux perçants, il en tomba à la renverse, les ombres le mordirent et il s'enfuit sans crier.
"Eh ! Qu'est-ce que..."
C'était Hîntzen qui se réveillait, le coeur balloté. Il était dans la cabane qu'il avait vue la veille, reconnaissable à son unique fenêtre. Entre ses doigts, il y avait une couverture très mince, et lui-même était assis sur un lit de fortune. Le calme le reprenant, il voulut s'interroger sur le comment de sa situation ; mais il en tomba par terre.
"Mais qu'est-ce que c'est, ces secousses !!"
Dehors des oiseaux piaillaient. Hîntzen tenta de se relever à l'aide du lit et se dit que le passeur de la Rivière de Jais avait dû l'accueillir dans sa cabane, "à moins que je ne sois destiné chaque jour à devenir amnésique !" s'exclama-t-il en passant la main dans sa chevelure. Il vit alors qu'il avait dormi tout habillé, il fit le lit et s'approcha de l'unique fenêtre. Une voix puissante en sortit, aussitôt :
"Eh garçon ! Tu fais pas la grasse matinée ?
- Euh, non, monsieur ! fit Hîntzen, interloqué.
- Mouais, c'est rare de voir un jeune se lever tôt ! En ville, c'est monnaie courante, mais dans notre campagne de Latouane... Ah là là, on décade on décade !"
La voix se tut, le temps pour Hîntzen de se remettre de cette courte entrevue. Puis quelqu'un surgit par la porte d'à côté, d'une prestance terrible :
"Voyez ça ! Il a fait le lit, notre bonhomme !
- Vous... vous êtes le passeur, monsieur ?
- Ouaip ! Et toi, un joyeux gai oiseau !"
Le vieil homme, sa voix puissante et sa prestance terrible tendirent la main à Hîntzen, quand une nouvelle secousse remua la cabane.
"Ah, le bougre d'incapable ! KANE !!! Manoeuvre-moi ça mieux que tu ne le fais !
- Mais je suis pas venu ici pour çaaa ! se plaignit M. Gatsu dehors.
- Mais si t'es aussi incapable, je ne ferrai jamais de pause, moi !
- Mais on est trois sur votre engiiin !
- Je refuse d'exploiter les jeunes !
- C'est un bien beau principe assurément, mais il ne demandera que çaaa !
- A chaque fois c'est la même chose..." marmonna le passeur dans sa moustache en partant de la cabane en coup de vent.
Ni une ni deux, l'Oiseau sortit lui aussi de la cabane, intrigué par les propos des deux autres villageois. Dehors, Hîntzen se retrouva sur le ponton à l'entrée de la cabane, et vit une grande étendue d'eau devant lui, sans aucun reflet de soleil. Il fut très étonné, car il lui avait semblé la veille que l'entrée de la cabane donnait sur une rive ; et comme il remarquait que le ponton s'allongeait sur sa droite tout en longeant la cabane, il le suivit.
"AÏE !"
Hîntzen s'était retrouvé face contre terre, anéanti par une nouvelle secousse. La voix puissante du passeur résonnait quelque part devant lui :
"KANE !!!
- C'est pas ma faute !
- Bon, donne-moi ta place !...
- C'est pas de refus !
- Et va voir ton Oiseau !!!"
Le corps d'Hîntzen s'écrasa soudain contre le mur de la cabane.
"Mais quel maladroit !!! Danger public !!!
- Oh, c'est bon ! Personne n'est mort !
- Ouais ! C'est parce que tu viens de la faire elle-même mourir de rire !!
- Pff... et je suis censé aller voir le protégé de mon seigneur le bourreau, c'est ça ?
- Ton seigneur le bourreau va vraiment te saigner si tu continues !!!"
A entendre ses pas sur le bois du ponton, M. Gatsu avait décidé de déguerpir vite fait. Hîntzen le sentit s'approcher de lui, et quand il ouvrit les yeux, un large manteau d'azur l'emportait.

Tout de suite après, il se retrouva les deux pieds sur terre. Le passeur était debout devant lui, avec des yeux d'un gris très fin, ce qui contrastait nettement avec la force de ses gestes et de ses mots.
"Tu vois Kane, je crois que tu viens de perdre un client !... si ce n'est deux ! Mais j'y pense, nous avons été coupé dans nos présentations ! Alors, gamin, c'est quoi ton nom ?
- Hîntzen, monsieur ! répondit le "gamin" en évitant soigneusement de vexer son inquisiteur.
- Eh eh ! Ça, ça sera facile à retenir pour moi ! 'Tout cas, beau nom pour un Oiseau ! Hîntzen, la Mouette Rieuse, hein ? Eh eh ! Moi, c'est Hirô, le passeur ! Et la Rivière de Jais est mon océan ! Autrefois, je naviguais dans les parages du pays de Nuhînthë, c'est pour cela que je connais tout des Oiseaux Blancs ! Ça veut dire : tu peux rien me cacher !! Eh eh eh !"
Hîntzen regarda le passeur qui s'esclaffait, poussant sur un bâton qui rejoignit le fond de la rivière. Puis le passeur le releva, et Hîntzen se sentit projeté tout soudain vers lui.
"Eh !"
Il résistait à la poussée en passant ses ongles dans les interstices du plancher.
"On s'est déplacé !?"
Hirô lui répondit :
" T'as été mal réveillé ou quoi ? Mais oui, tu es sur le Dipbër, le Cuirassé, mon fier navire qui brave les eaux !!! Admire un peu !!!"
Et le passeur allègre lui présenta cette partie-ci son fief : devant eux, il y avait la cabane-cabine, et sur les côtés, des rebords sans passerelle qui servaient de ponton en cas d'arrimage. Tout autour, c'était une eau miroitante avec des rives herbeuses, un ciel sans nuage ni soleil, un relief aux allures sauvages que vivifiait l'ombre de l'aurore, afin qu'ils résistassent à leur approche de la terrible Rivière de Jais.
Hîntzen était encore tout balloté, mais se releva, les yeux grands ouverts. Le paysage, il le trouvait vraiment très impressionnant. Cette fois, il n'était pas fatigué, comme durant les deux jours précédents, et sa spontanéité défia sa prudence : il courut à la proue du Dipbër, histoire d'être au devant des éléments.
Une fois qu'il y fut, il remarqua qu'elle se resserrait autour d'un étrange objet en métal. Il devait servir de figure de proue, et il ressemblait à un casque, quoique l'arrière fût très long, que l'espace pour les oreilles fût étrange et que les formes du visage ne coïncidassent pas exactement avec des formes hyliennes. Hîntzen s'était décidé à aller demander à Hirô pourquoi il gardait à l'avant un tel objet, que M. Gatsu apparut, et ce fut à lui qu'Hîntzen posa sa question.
"Ce machin ? Oh, j'aurais bien aimé l'expertiser, parce que cette antiquité vaut bien des centaines de rubis !! Mais ce rustre refuse de la décrocher... M'est avis que pour la nature, c'est un casque de soldat, fait avec un métal précieux puisque vu comme c'est traité il aurait déjà dû s'oxyder, et comme je vois pas d'Hylien pour porter un truc pareil, ce doit pas être d'un de nos peuples. Mais j'ai peu voyagé, alors je peux pas vraiment dire..."
Puis M. Gatsu décida de s'asseoir. Il sursauta tout à coup :
"Oh zut ! C'était une de mes cages !
- Une cage ? demanda Hîntzen.
- Oui, dedans, y a des mouettes, et alors ? Ces satanés volatiles auraient refusé de se rendre au château sinon !
- Je ne comprends pas... pourquoi enfermer des mouettes ?
- Oh, attention, hein ! Y a tout le confort ! Et puis le voyage est pas long !
- Mais c'est pas ça que je demande !! fit l'Oiseau, agacé par les dérives du marchand.
- Ah, pourquoi des mouettes ? Ha ha ! Non, c'est pas pour la viande ! C'est pour qu'elles apprennent à se rendre utiles, parce qu'en fait, on a remarqué qu'elles ne craignaient pas les oiseaux noirs... elles sont donc idéales pour transporter des messages d'une ville à l'autre ! Il suffit de les entraîner un peu... mais il a fallu que tous les fauconniers migrent vers le centre du Royaume... c'est pour ça que je suis obligé de les enfermer, le temps d'en trouver un...
- Oh...", fit l'Oiseau en regardant les différentes "marchandises". "Et il n'y a que des mouettes ici ?
- Eh bien, non. J'ai aussi de quoi tailler des masques, un reste de récolte, des cocottes pour l'élevage,..."
Le marchand détailla ainsi la longue liste de "bagages" qu'il avait emportés, devant un Oiseau à l'air pensif et intéressé. Cependant, M. Gatsu finit par réciter plus pour lui-même que pour un autre, d'une part parce qu'il ne savait pas capter l'attention de son public, et d'autre part parce qu'il avait quelque réticence à admettre que "le gamin" eut une once d'intérêt réel pour la quantité et la diversité de ses étalages.
C'était donc pour ses raisons qu'il fut très surpris d'entendre cette question :
"Et la cage là-bas ? Celle qui est couverte d'un drap, elle fait aussi partie de vos marchandises ?
- Oh, ça ? Eh bien, je ne sais pas, Koseki me l'a confiée. J'en sais pas plus. Il a discuté un peu avec Mme Koto avant à propos, mais j'y ai rien compris..."
Une petite question vint alors à Hîntzen :
"M. Gatsu, comment se fait-il que..."
Le marchand ne lui laissa même pas le temps de terminer :
"Ah, oui, t'as remarqué que moi c'est Gatsu, elle c'est Koto, et mon père c'est Gatsu, c'est ça, hein ? La réponse est simple : il a disparu quand j'étais tout jeune, donc Mme. Gatsu a repris son nom de jeune fille. Voilà l'histoire.
- Désolé,...
- Pffiou... J'aurais jamais cru ça d'un gars comme toi venu de l'autre bout du monde !! Je pensais qu'vous étiez tous des soldats endurcis et tout, moi !! Ah là là ! Et pourquoi tu fais cette tête hébétée ? Tu comprends pas ? Tu t'es excusé pour un truc que t'as demandé !! Tu l'as demandé, tu l'as demandé, c'est fini, c'est achevé, c'est simple pourtant !! C'est pas ça l'éducation des Oiseaux !!
- Si... mais... je voulais juste savoir comment Koseki avait pu réussir à discuter avec la doyenne alors que la dernière chose que j'ai vu de lui, c'était Chihiro qui le retenait."
Lourd silence. Le marchand n'avait pas décoléré durant tout son discours, et à présent il se retrouvait alourdi d'un sentiment d'extrême gêne. L'Oiseau le regardait très posément, comme s'il demandait à ce que le malheureux épisode fût oublié, et à ce que ce fût à M. Gatsu de "rompre la glace".
"Eh ben... euh... disons que c'était pas une discussion facile... En fait, il s'était énervé contre madame... ma mère, ma mère et moi à propos de ton départ... Puis Chihiro a réussi à le faire dériver sur un autre sujet, et Koseki en est venu à discuter avec elle, mais comme je te l'ai dis, j'y ai strictement rien compris.
- Vous avez beaucoup voyagé ?
- Très... très peu, je te l'ai dit. Pourquoi ?
- Eh bien... vous connaissez un peu l'éducation des Oiseaux... c'est tout...
- Oui..."
Mais le marchand ne voulait manifestement pas s'étaler sur ce sujet, ni sur aucun autre d'ailleurs, peut-être parce que le jeune Oiseau l'incitait à se tenir avec droiture tranquillité et confiance, ou peut-être parce qu'il avait menti quelque part, et que les deux protagonistes s'étaient entendus sur le fait de ne plus en parler. Il se leva donc subitement et se rendit dans la cabane-cabine, tout en silence. Les Monts Gonggle jetaient maintenant leurs ombres sur le bateau, enluminés par les reflets de l'eau pourtant noire. Les silhouettes d'arbres minces étendaient de petites branches rayonnantes. Le ciel promenaient des nuées blanches sur son corps mauve. Hîntzen pencha la tête et observa la rivière. Etrange ! Il semblait qu'Hirô la prenait à contre-courant ! c'était pourtant absurde, avec son seul bâton et la force des flots ! Et une nouvelle poussée de spontanéité le ferrait retourner auprès du passeur.

"Eh eh ! T'es bien observateur, toi ! Ça n'a même pas dû faire ciller M. Gatsu, un "détail" pareil ! En même temps, nous prenons chacun la vie comme nous le sentons, et ce sont pas les mêmes choses qui vont nous marquer, c'est selon ! Un peu comme un troubadour réciterait le voyage d'un chevalier étape par étape, alors qu'un autre passerait directement à ses actions ! Ça dépend là de ce qu'il veut mettre en valeur... Enfin bref ! Oui, je brave la rivière hardiment !! En même temps, c'est la seule route à travers les Monts Gonggle pour rejoindre le Lac Hylia !
- Mais comment faites-vous ? Vous n'avez qu'un bâton pour pousser cet énorme bateau contre le courant !
- Eh eh ! Tu connais les Déesses d'Hyrule ?
- Oui, bien sûr !
- Et leurs symboles ?
- Eh bien..." Hîntzen les énuméra en les comptant sur ses doigts : "il y a les trois triangles de la Triforce, le Soleil de Farore, les Lunes de Din, et le Sceau de Nayru...
- Eh ! Alors, tu reconnais celui-là ?"
Le passeur tendit un court instant son bâton aux yeux d'Hîntzen puis le replongea dans l'eau.
"Il y a trois vaguelettes bleues... c'est le Sceau de Nayru, la Déesse de la Sagesse !
- Oui. On dit aussi qu'elle est protectrice de l'Immanence."
L'Oiseau regarda le bâton l'air pensif. Cette notion "d'immanence divine" lui rappelait quelque chose...
"Eh eh ! C'est normal pour toi que ça te dise quelque chose, car cela me vient tout droit du pays de Nuhînthë !! D'après les Princes, les Déesses sont à la fois créatrices et protectrices d'Hyrule : Nayru protège la Sagesse et l'Immanence, elle a pensé l'océan, le chaos, l'éther et la terre et le mouvement des astres ; Din protège la Force et la Constance, elle a forgé la terre immuable et les éléments du monde tout en leur assurant forme et stabilité ; et enfin Farore protège le Courage et l'Existence, elle induit le cours des différentes choses comme le temps, la vie ou le mouvement, et c'est grâce à elle que le printemps s'est levé autrefois pour ensemencer la terre ! Grossièrement, chacune d'elles incarne respectivement "ce qui est parachevé", "ce qui est fait", et "ce qui évolue". C'est pas très précis, c'est sûr, mais ça a le mérite d'être exact, alors que si je te donnais les définitions de nos érudits de chez nous... - qui en plus pensent que ce schéma est incomplet..."
Hîntzen sourit, puis désignant le bâton :
"Mais à quoi sert donc le Sceau là-dessus ? AÏE !"
Hirô venait de le frapper avec l'embout.
"Tu pourrais être plus perspicace que ça, mon garçon !! - et plus attentif, avec ça !! - Le Sceau de Nayru me permet de renouer ma volonté à l'Immanence même du monde, ainsi, je peux contrôler les éléments ! Ici, c'est l'eau, que je traverse sans encombre, comme si je n'étais pas "là", car ce bâton est donc une sorte de "bâton fantôme" !!! Eh eh eh !"
Les yeux mélancoliques fixèrent le passeur avec surprise. Ce dernier affichait un air plus ferme et moins exubérant :
"Evidemment, je m'en sers dans les limites permises, eh eh ! Les Déesses sont très charitables, donc là n'est pas le problème. C'est plutôt du point de vue du coeur," fit-il en se frappant la poitrine. "Si je me servais de ce bâton pour tout me permettre, je ne me sentirais pas être moi-même. Faut peut-être croire que le propre des vivants, c'est de mettre des règles là où y en a pas ! 'Fin bon, y a que comme ça que je peux connaître mon bonheur de naviguer, alors..."
Et il replanta son bâton dans l'eau. Une lumière bleue en jaillit, et le bateau fut à nouveau propulsé vers la source de la Rivière de Jais.
"Comment cela ? Eh eh ! Je peux deviner la question qui te traverse rien qu'en regardant ta tête ! Eh eh ! Mais je vais t'avouer : dans la vie, on prend d'autant plus de plaisir à faire quelque chose quand ça relève d'un défi à ton âme. Attention, pas un défi à la Talion, non non ! On joue pas l'autodestruction !! C'est plutôt un défi où tu vas éprouver ta force et celle de ton adversaire... Par exemple, moi, je combats la rivière et la rivière me combat, si je tombe elle me ramène en bas, si elle tombe je la rappelle dans les mémoires !! Eh eh !!"
Le passeur appuya encore une fois sur sa rame et le bateau fit une embardée : la poupe enfonça la rivière qui cracha des torrents d'eau, la coque arracha des vagues qui attirèrent des récifs. Hirô les évita de son bras téméraire, et le bateau dansant se retrouva au milieu du cours d'eau, entre deux énormes montagnes. Le Soleil avait paru sur leur crête, poursuivi par des volutes bleutées. Hîntzen s'était assis à côté du passeur, les pieds au-dessus de l'eau, et ils parlèrent tous deux quelquefois quelques temps puis se turent à jamais. Le petit rayon du matin avait laissé sa place au "Grand Midi" et à sa chaleur torride, et pour s'en remettre les trois navigateurs mangèrent chacun de leur côté, car dans tout voyage le départ marque le relai de l'âme du logis à l'âme de l'aventure, mais comme ce relai comporte de nombreux chaînons intermédiaires, il arrive souvent que l'on a du mal à suivre, et qu'il faille mieux le silence pour ne pas perturber le phénomène.
Puis le Soleil s'en fut en direction d'Irihi, caché par les montagnes à bâbord, accueilli par une foule de nuages très fins et très longs qui remontaient sa course. Il y avait de l'or et des émeraudes sur les versants des Monts Gonggle, et des diamants entre les plis de la Rivière de Jais. Ce fut à ce moment que le silence fut enfin rompu :
"Hirô-ô ! Hirô-ô ! Ouh-ouh !! cria M. Gatsu, tel un tyrolien.
- Manquait plus que ça ! Hîntzen, va voir ce qu'il veut !!"
Le jeune Oiseau hocha du chef et alla à la proue du Dipbër. Il n'y avait personne. Il se retourna alors, et vit qu'une manche azur sortait de la cabane-cabine, l'invitant à la suivre. Il entra. La main de M. Gatsu sortait du plafond, par une trappe, accrochée au barreau d'une échelle. Après qu'elle eut disparu à l'étage, Hîntzen grimpa les barreaux. Il se retrouva dans une salle avec une large ouverture donnant sur la poupe, un télescope doré pointant vers l'arrière du bateau, entouré d'un tas de cartes, de crayons et de récipients à encre. Le marchand se retourna, et afficha une pâleur fantomatique :
"Ah, c'est toi ! J'aurais cru que l'autre t'aurait laissé prendre le bateau... Mais bon, tant que t'es là, regarde là-dedans !"
L'Oiseau mit son oeil sur l'oculaire, dirigé tout à fait en aval. Ce qu'il vit l'effraya, et il y regarda deux fois avant de comprendre...

Cependant, dehors, le passeur chantait avec fougue :

"J'ai entendu la terre
Qui pleurait le coup funeste
Porté par les airs
Et décidé d'un geste !
Eh !"

Vr...

"C'est que le monde a peur
Sans savoir pourquoi !
Troubles et malheurs
Sévissent sans aucune loi !
Eh ! Eh !"

Vrr...

"Déesses !
N'est-ce pas cruel ?
Leurs caresses
Ne plissent-elles pas le ciel ?
Eh ! Eh !"

Vrrr... rrr...

"Et nous, pris dans l'étau !
Entre les façades du Destin !
Qui choisit ! qu'il le faut !
Qui le suit ! qui s'y éteint !
Eh ! eh eh !"

VRRRR... VROUSH !!!

"OUAH !!! C'ETAIT QUOI CE BRUIT ?!"
Une puissante secousse avait remué le Dipbër, et apparemment, le bâton fantôme n'était en cause d'aucune manière. Mais maintenant elle avait cessé, et Hirô regarda Hîntzen et M. Gatsu derrière l'ouverture à l'étage ; ils ne bougeaient pas.
"Eh ! Les statues de cire !! Alors, c'était quoi ?"
Le passeur prit peur ; le visage des deux autres voyageurs prenait vraiment une teinte blanchâtre. Avec un très mauvais pressentiment, il se retourna :

BLAM !!!

"ARG !"
Une lame d'eau de deux fois sa taille s'était abattue sur lui, le propulsant contre la cabane-cabine. Elle fondit en torrents d'eau, dégoulina par les faux-pontons quand une autre surgit dans sa traîne, plus imposante, dressée comme une montagne.
"Faut rentrer !! Faut rentrer !! Vite !! On déguerpit !!" clamait M. Gatsu.
Le passeur essuya sa moustache et lui lança :
"Hors de question !! N'oublie pas que t'as des marchandises à assurer, Kane !!"
Vivement, il se releva, brandit son bâton et se dressa sur la poupe. La lame d'eau ressemblait maintenant à une aile de dix mètres d'envergure, aussi épaisse que la coque du Dipbër. Elle voulut s'abattre sur ce dernier mais Hirô le défendit en lui perçant les entrailles et en la déchirant de son bâton, elle se replia sur elle-même et elle glissa sous le bateau. Alors Hirô la ficha dans la Rivière, une lueur bleue apparut dans les méandres noirs et, avec la force de l'aile d'eau, le bateau fut propulsé à la vitesse d'une mouette à l'envol.
"On va pouvoir survivre !! résuma le marchand.
- D'abord, va assurer la protection de tes babioles, y en a d'autres qui arrivent !!!
- Hîntzen, tu vas devoir m'aider !!"
Les deux marins d'eau douce reparurent sur le pont. De part et d'autres, les Monts Gonggle s'étaient mus en de hauts remparts d'un noir insoutenable, avec très peu de lumière. Dans la quasi-obscurité, à moitié emportés par la vitesse, les deux voyageurs firent glisser les cages les unes après les autres dans la cabane-cabine, puis pour celles qui ne purent y entrer, ils nouèrent une large toile de coton qui les couvriraient et les retiendraient. Hirô s'exclama alors, de l'autre côté du Dipbër :
"Hîntzen ! Tu vas enfin comprendre pourquoi on appelle ces monts les Monts Gonggle !!!" *
Et en effet, une ombre gigantesque recouvrait le bateau, et quand l'Oiseau voulut voir ce qui avait pu éclipser le Soleil, il cria à M. Gatsu de se glisser dessous la toile de coton. Juste après qu'ils se fussent protégé, un fracas effroyable parvint d'à côté du bateau, dans la rivière.
"Je rêve !!! Des cailloux volants !!! "s'exclama le marchand, la main sur le coeur. "OH NON !!! En v'là un autre !!!"
Il se recroquevilla sous l'ombre. Hîntzen jeta juste un coup d'oeil à l'extérieur. Des roches dégringolaient les parois du canyon, puis, élancées par des rampes pierreuses, elles le traversaient par les airs. Certaines s'écrasaient sur la paroi opposée, d'autres s'y rattrapaient, et d'autres ne l'atteignaient même pas, préférant s'écraser dans la Rivière de Jais. C'était là encore une vision impressionnante, due, aux dires des légendes, au fait que les Monts Gonggle étaient parmi les premières montagnes créées par Din en Hyrule. Il fallait comprendre par là que nul être avait jamais pu apposer de marque durable dans leur coeur solide.
Le ballet des roches volantes dura encore quelques heures, puis, quand elles parurent s'être assagies, Hîntzen sortit de sous la toile de coton et alla retrouver le passeur.
"Fiou... C'est bien la première fois que ça me tombe dessus comme ça !
- Vous n'êtes pas trop fatigué ?
- Tu rigoles, mon garçon !!! C'est d'un vivifiant !!!"
Le vieil homme tira quand même une grimace.
"Bon, ça va suffire comme ça, vos bêtises ! Il va falloir vous relayer", apparut M. Gatsu.
"Ah ben tiens ! Tu te proposes ?"
Le marchand le fixa intensément.
"Je vais chercher des médicaments !! fit-il mielleusement.
- PITOYABLE !!! Pff..."
Le passeur était maintenant bien embêté. C'était vrai, il avait besoin de repos ; mais comment faire ?
"Je peux prendre votre place, M...
- Hors de question !!! Eh Eh AÏEH !!! ... Bon, d'accord, j'admets que j'ai pas le choix... KANE !!! RAPPLIQUE !!!
- Oh, ces médicaments, qu'ils sont durs à trouver !"
Hirô bougonna. Non, vraiment, il allait devoir se reposer sur un gamin ? Ce ne serait pas digne de lui, un tel comportement ! Quel entêté de marchand !
"OUAH LA LA !!!"
Le bateau tanguait. Hirô tenta de se rattraper, tandis qu'une ombre monstrueuse recouvrait les eaux noires derrière eux. Puis le Dipbër revint à l'équilibre. Avec une pensée pour Hîntzen, Hirô pencha la tête en direction du "gamin". Celui-ci observait presque maladivement en direction l'ombre monstrueuse. Ayant vu ce qu'il voyait, Hirô lui lança :
"Ça risque d'être compliqué de faire demi-tour, maintenant... désolé..."
Un rayon de lumière dessina le contour de roches amassées en un tas amorphe et difficilement pénétrable. Ce serait donc effectivement bien compliqué pour Hirô de retourner à Engammura... Et en y pensant, ce serait bien plus compliqué pour Koseki et Chihiro de rejoindre la Cité d'Hyrule.
"Ce doit être un tremblement de terre qui est survenu pas loin..." tenta d'expliquer le passeur. Mais l'Oiseau regardait toujours le barrage impénétrable, peut-être même avec d'autant plus d'attention. Le passeur se gratta la tête, puis posa une main sur l'épaule du "gamin" :
"Allez, tiens ! Faut qu'on dégage d'ici maintenant !"
L'autre lui tendait le bâton fantôme. Hîntzen tourna la tête vers lui, l'air hébété.
"Tu sais encore te servir de tes mains, non ? Alors, prend !"
Cette fois, Hirô le fourgua dans les mains d'Hîntzen sans aucune considération.
"Et que ça avance !!! Allez, garçon !!"
Quelque part, Hirô avait des airs de Mme Koto : tous deux savaient forcer leur entourage à accomplir ce qu'ils refusaient de faire par manque de volonté ou de circonspection. Après avoir quelque peu hésité, Hîntzen finit par mettre le bâton fantôme sous l'eau. Comme il n'était pas habitué à manoeuvrer l'engin, il le fit en silence, sous l'oeil vigilant du passeur et de la Rivière de Jais. Sous sa conduite, le Dipbër sortit du canyon pour se retrouver dans une étendue d'eau plus calme et plus large que la Rivière de Jais, dans laquelle le ciel mauve se reflétait avec des montagnes moins hautes sur les rives : c'était le Lac Hylia, enfin ! Et le crépuscule tombait peu à peu, engloutissant les ombres du jour.
L'eau était cependant toujours aussi sombre. Cela n'aidait pas Hîntzen. Mais Hirô fit allumer "le casque" à la proue, et celui-ci projeta un halo doucereux qui rappela le jour. L'Oiseau put donc avancer même alors que la nuit s'invitait.
"Monsieur... dites-moi... pourquoi on n'enverrait pas une des mouettes de M. Gatsu prévenir la Reine de notre arrivée ? Et aussi... pour demander de l'aide pour débloquer le barrage sur la rivière ? dit l'Oiseau à un moment.
- Eh eh ! Y en a là-dedans ! Mais ça soulève un petit problème : ce serait super dangereux pour vous deux. La doyenne a pas dû te le dire, mais tu as dû l'avoir compris : je suis le seul contact entre notre petit coin de Latouane et les autres provinces d'Hyrule... De ce fait, quand nous avons été avertis que les Oiseaux arrivaient, eh eh, j'ai été désigné pour les conduire à la Cité d'Hyrule... Au début, ils n'auraient eu qu'à remonter la Rivière de Jais jusqu'aux Monts Gonggle, puis je les aurais aidés pour la suite..."
"'Fin bon, bref, tout était plus ou moins planifié. Et on en a beaucoup parlé à la Cité d'Hyrule, ce qui fait que... et ben... prévenir que "j'arrive", ça sera forcément tourné comme "les Oiseaux arrivent !"... eh eh... c'et pour ça que je nous fais faire toute la traversée de nuit, pour qu'Engammura ignore ton départ, et pour que la Cité d'Hyrule ignore ton arrivée. Mais je t'en dirais un peu plus là-bas... Ouah ! J'ai sommeil maintenant ! Trop parlé..." soupira Hirô, avant de se mettre à somnoler, adossé à la cabane-cabine. L'on n'entendait plus M. Gatsu non plus : il y avait donc un lourd silence sur le Lac Hylia, troublé seulement par les légers pépiements des mouettes dans leur cage.

Hîntzen secoua la tête. Depuis leur sortie du canyon, il était pris d'une migraine étrange, et certaines fois il s'étonnait à échanger le ciel et la terre, la gauche et la droite. Il crut que c'était l'effet de la fatigue qui revenait ; mais il saurait lui résister, et, inlassablement, il enfonçait sa rame dans l'eau noire, guidé par le halo du "casque".
"Ouh là !" lui échappa-t-il peu de temps après.
L'ivresse du sommeil lui faisait voir deux lueurs bleues à l'embout de son bâton, toutes deux déviant de la même origine. Encore après, il crut que l'eau remontait avec des bras tout fins sur le bateau, puis que ces bras étaient des dents et enfin que la rivière avait ouvert grand sa gueule sur le Dipbër. Mais il était un Oiseau Blanc, un soldat du pays de Nuhînthë, et il saurait éloigner de lui la pensée de ces visions ! Alors elles semblèrent rappliquer, plus nombreuses, sillonnant les alentours avec des halos étincelants. Des fois elles se rapprochaient du bâton fantôme, et alors elles disparaissaient dans sa lumière dans une flopée de nuées rouges ; d'autres fois elles en sortaient, et décrivaient des rondes autour du bateau. Petit à petit, leurs mugissements parvinrent aux oreilles de l'Oiseau, d'une étrangeté remarquable, car ils venaient, semblait-il, de très loin ou de très proche, et jamais de là d'où ils semblaient provenir. Des fois, c'étaient des voix, d'autres fois, des cris d'animaux, des espèces de "Arg !" plaintifs, de "Dolr !" longs et fascinants, de "Crep !" ou d' "Uscle !" qui étaient entremêlés. Cependant, Hîntzen avait décidé de rester en paix avec ces fééries "séduisantes", et il avançait toujours aussi vite. Du moins, jusqu'à présent.
On y est presque, mon garçon !!!
Avance !!! Avance !!! On y est presque !!!

Un énorme aileron de requin glissa sur l'eau jusqu'à éclipser le halo du casque, puis une espèce de queue remonta dans le ciel et le traversa comme un gros bloc de grès noir. Perdu dans ces ténèbres omniprésentes, le jeune rameur se fixa pour but d'avancer toujours dans la même direction. Il replongea donc le bâton dans l'eau ; il l'y plongea, il l'y plongea, cherchant le fond qui ne venait pas. Puis il arrêta son mouvement, mais le bâton ne s'arrêta pas de chercher le fond, et il lui glissa inopinément des mains. Il disparut dans le lit du lac. Il scintilla légèrement dans l'eau trouble. Hîntzen déglutit ; le Dipbër ne pouvait donc plus avancer ! Mais...
Mais l'eau filait inlassablement sur les côtés avec toujours la même vitesse, et la seule chose qui changeait avec elle, c'était "sa couleur", qui n'était plus à proprement parler "noir", mais "sans couleur", reflétant seulement "une absence" de quelque chose, un vide, présent tout autour du Dipbër. Et des ondes blanches simulaient le mouvement du bateau, et le mouvement d'autres objets flottant dans "l'absence". Certains de ces objets avaient des couleurs fantasmagoriques, qui tiraient sur des noirs inconnus ou sur des bleus extrêmement superficiels et lumineux.
Le passage est là-bas !!!
Oui !!! Tout là-bas !!!
Il faut avancer !!!

Hîntzen n'y comprenait plus rien du tout ; il voulut s'assurer qu'il était toujours "là", quand il "vit" que ses mains n'étaient plus là ! Il avait l'impression d'être dénudé et de ne plus avoir aucun contact d'aucune sorte avec le monde qu'il connaissait : ni douleur, ni chaleur, ni sens. Il leva alors des yeux qui ne "virent" plus le bateau, mais seulement "l'absence", avec des formes géométriques qui formaient un relief invraisemblable. Au fond un amas de carrés verts dessinait des triangles étirés vers "le haut", ou vers un endroit quelconque de "l'absence", avec une géométrie très étonnante. Les ondes blanches décrivaient une courbe ascendante à l'approche d'une cascade de carrés noirs, et droit devant, à la place de la proue du bateau, c'était comme un doigt aux phalanges colossaux, tordus, effilés, qui remontait tandis que ce qui restait de Hîntzen restait immobile.
"On y est presque !!! Il faut avancer !!!"
"Avance !!! Avance !!! C'est là-bas !"
Et voilà quelqu'un de plus perdu dans mon domaine... Eh eh eh !!!
Osera-t-il braver ma volonté ?
Il n'y a qu'un moyen de le vérifier :
Remiamà zenerppa seßeéd : la fureur de Bellum !

Le doigt se replia, empenné d'une ombre mystérieuse ; et pendant qu'il se repliait, Hîntzen le compara à un long serpent, car il n'était pas fait de deux ou trois phalanges, mais d'une centaine, et ils n'étaient pas tous alignés ou emboîtés les uns dans les autres, non, ils agissaient à leur guise, et le doigt... il gesticulait affreusement, avec à son extrémité un ongle pointu et dressé comme un croc luisant ; était-ce une sorte de danse aux mouvements primaires, une sorte de préparation à la chasse ?...
Cela restait en tout cas quelque chose de saisissant ; et c'était pour cette raison que l'Oiseau avait cherché à retrouver calme et sérénité. Car il restait convaincu que tout cela n'étaient que visions inoffensives tant que l'on n'entrait pas dans leur jeu. D'ailleurs, le doigt ne bougeait plus : plus de peur que de mal, en somme.
"HAAA !!!"
Mais la logique perverse des choses avait voulu que le repos fût à raison d'être rompu, et Hîntzen avait été pris au piège sans rien voir. Il n'en aurait jamais eu le temps. Avec une torsion démente l'ongle avait plongé sur lui. Le temps d'un clin d'oeil. Et il s'était planté directement dans son front vaillant, sans aucune considération. Aucune chance. Cependant, il avait été assez subtil pour ne pas l'embrocher vif. Au plus profond de son âme...
"Arg !..."
Le temps de crier n'est que poussière pour le Temps qui circule...
Remiamà zenerppa seßeéd : que le Crépuscule s'ouvre à toi !
Mais mon garçon, ne t'inquiète pas : je veillerai sur toi !

"Haaa..."
Le doigt se déplia et la cascade de carrés noirs se dissipa. La douleur intense qu'avait ressenti Hîntzen si brève... d'un tel degré qu'elle avait écorché son âme à vif tellement démente... peu à peu elle aussi... se dissipa puis disparaît !...

Eh eh eh...

L'Oiseau "vit" qu'il se rapprochait d'une nouvelle forme géométrique à la surface de "l'absence", et que celle-ci se recouvrait lentement d'un dallage de carrés blancs, venus de "par-derrière". Puis quand les dalles blanches eurent recouvert la moitié de l'horizon, des dalles grises les suivirent, puis quand ces dernières eurent atteint le quart du parcours, des dalles noires apparurent. Petit à petit, de nouvelles teintes s'ajoutèrent, se mélangèrent, se concassèrent, et Hîntzen, perdu dans un rêve psychédélique, "retomba" la gauche à gauche, la droite à droite, le haut vers le ciel et toutes ses nuances et le bas vers la terre et ses différentes teintes. Quand il se sentit à nouveau "là", ses jambes ne purent le supporter et son torse s'écrasa contre le bois de Dipbër.
Le rêve s'était fini.
Au-dessus du Cuirassé, on voyait une voûte pierreuse, laquelle était étalée sur deux parois en vis-à-vis. Ce devait être un tunnel, et, au fur et à mesure qu'il s'assombrissait, il semblait de plus en plus se réduire, tout en prenant des lignes géométriques. Le courant de l'eau était relativement calme, aussi malgré la réduction du passage le bateau ne s'écrasait pas contre les murs. Cela aurait pu permettre de laisser Hirô dormir encore, mais au moment d'entrer il s'était écrié :
"Quoi ? Déjà !! On a fait sacrément, vite, dites-donc !!! Hîntzen, t'es un sacré rameur !!! Eh eh ! Cité d'Hyrule, nous voilà !"
Alors le jeune rameur esquissa un sourire, et le rejoignit. En effet il n'y avait plus besoin de guider le bateau, vu l'effet du courant. D'ailleurs, le passeur de la Rivière de Jais en profitait pour faire un peu d'exercice, sans paraître avoir été troublé par un mauvais rêve qu'il aurait eu - à l'inverse de Hîntzen.
Car Hîntzen était pris d'un grand doute : en admettant que toutes ces illusions n'avaient été que le fruit d'un rêve, comment se faisait-il qu'il ne retrouvait pas le bâton fantôme ?

Eh eh eh...

* "Gonggle" pourrait venir de "Goro-goro", le bruit d'une roche qui roule pour les japonais (comme pour le peuple "Goron")
Dans Minish Cap, on entend comme un "Gong !" quand les roches rebondissent sur le Mont Gonggle.


Chapitre 5 : Elle était en pleurs   up

"C'est bon, 'y a personne !"
La trappe s'ouvrit en catimini dans les ombres d'un mur. Alors une silhouette s'en extirpa précautionneusement en dressant son dos rond ; mais en dépit de toutes ses précautions son dos ne manqua pas l'objet en métal qui était accroché au mur ; et en le soulevant elle le fit tinter.
"Attention ! 'Y a des lanternes ! 'Y a plus d'huile, c'est déjà ça..."
Satisfaite donc de l'absence de lumière, la silhouette imposa le silence d'un geste.
Ploc... ploc ploc ploc...
"Il pleut maintenant ; très bien, ça couvrira nos pas ! Allez, avancez ! Et restez discrets comme je vous l'ai dit !"
Deux autres silhouettes s'extirpèrent alors à leur tour de la trappe et se mirent à la suite de leur guide. Elles dépassèrent l'ombre du mur et arrivèrent dans un petit jardin sans enclos autre que les maisons avoisinantes, il y avait un grand arbre et des gamelles pour des chats errants, et en face un lampadaire au halo argenté qui luisait sur une rue pavée. L'une des silhouettes s'approcha du lampadaire et regarda les pavés dégoulinant d'eau :
"Oui, la flèche est gravée là, comme avant... Suivez-moi ! Ça fait longtemps que je suis pas venu, mais le "port" est toujours par là !"
Et toutes trois, longeant la petite rue pavée, bifurquèrent dans une avenue plus large, avec les toiles noires des étalages suspendues à des façades toutes aussi noires. Les trois silhouettes avancèrent un peu, puis entrèrent dans la ruelle à leur droite. Un escalier les mena dans les profondeurs d'une petite place, encastrée entre quatre maisons austères, leur façade étant éclairée par d'autres lampes à la lueur d'argent. Il y avait un amoncellement de caisses de bois sous l'une d'entre elles, et les ombres s'y glissèrent. Ce devait être pour elles le moyen de cacher leur présence aux voix qui sortaient de la porte entrouverte, tout à l'opposé :
"Z'avez pas entendu des pas, chef ?
- Oh, on entend plein de choses la nuit par ici...
- Mais ! Chef ! J'vous assure !
- Comment peux-tu avoir l'oreille dressée aux bruits du dehors quand tu es dedans ?
- Mais...
- Si nous devions nous alerter à chaque qu'on entend des pas ; si nous devons égarer nos sens là où nous ne sommes pas...
- Mais nous d'vons surveiller c'te quartier, chef ! S'non...
- Oui, effectivement. C'est aussi vrai. Bon, puisque quelque chose a éveillé ton attention, on peut aller vérifier ce que c'est. On va devoir vous laisser, jolies damoiselles !"
Il y eut une cascade de gloussement ; et de dos, devant une fenêtre illuminée, un homme parut. Sous son casque austère aux mille insignes on voyait des mèches blondes s'extasier d'être libres ; on voyait aussi son armure qui étincelait, mais c'était parce qu'il s'en occupait efficacement, autrement, elle aurait paru âgée et meurtrie ; de la même manière, elle semblait lui meurtrir et lui vieillir ses mouvements. L'on aurait pu encore ajouter sans peur à cette description qu'il avait une silhouette agréable et des airs nobles, mais qu'il semblait les cacher sous ces monceaux d'insignes, de contraintes et de pavois.
"Restez belles et fraîches avant tout, belles que vous êtes !"
"Hem hem ! Fait gaffe, Link ! Je surveille tes paroles !" défendit une voix d'homme pleine d'amertume.
"Ah oui ! c'est vrai, je t'avais oublié, Kafei. Désolé de t'avoir oublié parmi elles...
- Link !" coupa immédiatement une forte voix de femme. "Allez, faut commencer à reprendre la ronde, messieurs les gardes, si tant un danger nous guette ! Et puis, cela calmera votre humeur !
- Bah... de toute façon, ce doit être encore des voleurs... C'est triste à dire, mais la situation dans ce pays, elle devient cramoisie. Je n'ai même pas l'effectif nécessaire pour faire ce que l'on nous demande...
- Oui, effectivement, deux soldats en guise de patrouille, c'est ridiculement petit pour chasser de malheureux oiseaux ! Vous ne savez même pas assurer notre sécurité !" fit à nouveau l'homme plein d'amertume.
"Ha ha ha ! Toi, je suis sûr que t'as jamais fait ton service, Kafei ! Je ne me trompe pas, non ? Ha ha ha ! Tu me tenterais presque de t'embrigader, à la fin ! Vous venez de Termina, toi et ta femme, je crois ? Ah, 'doit bien y avoir des dizaines de personnes dans le même cas que vous deux dans cette cité ! Et pourquoi vous avez migré chez nous, déjà ? pour quitter une maladie mortelle ! Où que l'on aille maintenant, c'est l'enfer qui s'ouvre !
- Les voleurs vous attendent, vous qui voulez redresser les tords du Royaume !
- Oh là là, mais c'est vrai !"
Le chef de patrouille se présenta sur l'entrée ; au moment pour la porte de se refermer, il clama à tout le quartier :
"Mais qu'aucun n'oublie ! des malhonnêtes, des voleurs, des brigands, des inconnus, des anonymes ! Vous êtes ici, donc vous obéissez à la loi d'ici, et la loi d'ici jusqu'à dernier ordre, c'est moi ! Tremblez, la garde vous retrouvera ! Et vous aurez beau faire ce que vous voulez, nos armures nous rendent insensibles ! Mettez-vous à genou devant la loi ! car elle arrive pour vous enlever vos péchés !"
Il se retourna soudain et bloqua la porte se refermant :
"Oh, Telma ! Mais dis-moi, tu viens ce soir ?
- Dans les jardins du château ? J'ai autre chose à faire avant ; je tiens cette taverne, je te rappelle.
- Mais tu viens, et vous autres, plus tard, à un moment, peut-être ?
- Link... eh bien...
- Telma !
- Oh ! peut-être.
- Ça veut dire que vous viendrez, à coup sûr ?
- Ça veut dire que l'on tentera. Je dis pas, on tentera. D'accord ?"
L'armure étincelante du garde apparut dans l'ouverture de la porte ; sa voix reprit ses accents expansifs :
"Car il faut vous surveiller et assurer la sécurité de cette cité ! Et cette nuit, soyez sûrs, vous tous, que vous ne craignez plus rien !"
Il laissa partir son pied et la porte se referma d'un coup sec, et son armure redevint mate. Dans la place entre les quatre façades austères, il s'approcha des caisses de marchandises, puis demanda à celui qui le suivait d'un ton ferme - ou prétendument ferme :
"Ah là là... Donc, soldat, t'as entendu des voix ?
- Oui ! Elles venaient de par ici, chef Link ! Oiseau ou voleur, c'est la peine de mort !
- Oui, pas obligé de me rappeler le code... oups..."
Ledit Link se pencha sur les caisses en tirant la langue - on le voyait bien grâce au lampadaire. Il frappa sur quelques unes, histoire de vérifier que leur contenu se tenait bien sagement. Puis son subordonné le poussa à regarder derrière, puisque c'était vraisemblablement la cachette la plus plausible. Link y plongea les yeux...
Et afficha un grand sourire.
Il se retourna vers son subordonné et dit :
"C'est le misérable chat de la tavernière. Il a dû se réfugier ici à cause de la pluie. Beuh ! il est sympa, mais j'aime pas les chats...
- Meeow ! entendit-on.
- Oh, oui ! C'est un chat ! fit le subordonné.
- Bon, on a assez perdu de temps comme ça... Allons voir comment se débrouille la patrouille du quartier est ! Car elle arrive bientôt, et on va leur rappeler qu'il est interdit de se rendre aux tavernes la nuit tombée ! Ha ha ha !"
Un soupir de soulagement parvint des caisses.
"Chef ! J'ai encore entendu des voix !
- Oui, je sais ! T'es saoul, toi, ma parole ! Allez, la pluie devrait te soulager ! Ha ha ha !"
Et les deux hommes se postèrent là-haut à l'entrée de la ruelle, tournant le dos à la petite place.
"Hirô, tu étais au courant qu'on risquait autant notre vie en venant ici comme on le fait ?!!
- Eh eh... Kane, là-haut, dans l'administration, ils font pas les choses à moitié. Arriver de nuit comme on a fait, c'est interdit. D'habitude, c'est de jour, mais là...
- Je comprends toujours pas pourquoi l'autre nous a pas dénoncé...
- Il m'a reconnu, Hîntzen. C'est Link, le fils du Roi Arn, un cousin éloigné de Chihiro, et, si tu veux savoir, c'est aussi l'un des rares avec son père à ne pas avoir vu les "malheurs" d'un peu trop près. En fait, il me porte pas dans son coeur, mais il doit penser que si je suis là, Chihiro va arriver. Peut-être même que sa "surveillance" là-haut ne lui sert qu'à repérer son cousin... je doute quand même qu'il veuille nous protéger... Enfin bref ! On entre !"
Hirô pensa malgré tout pour lui-même : "Je ne savais pas qu'il buvait ; il a changé ou je me trompe fort.". Puis les trois voyageurs se rendirent à la porte d'entrée de la taverne. Tandis que Hîntzen mettait la main sur la poignée, Hirô lança à M. Gatsu :
" Au fait... joli miaulement...
- C'EST FERME AUX MINEURS !!!"
Hîntzen s'envola vers le stock de marchandises et s'y écrasa dans un grand fracas.
"Mais voyons, Telma !
- Hirô ! Tu es là ! Vite, entre !
- Il était avec moi...
- Ah... mais c'est quoi cette compagnie que tu nous ramènes ??" fit la tavernière, dont le ton, par rapport à auparavant, s'était métamorphosé.
"S'il te plaît...
- Ah, tu as vraiment l'art de me compliquer la vie... Ton jeune garçon, où est-ce que je le fais dormir, hein ? Un mineur, tu te rends compte !... et oh, tu es là aussi Kane !
- Avant tout, Telma, je voudrais m'assurer que sa marchandise est bien arrivée.
- Pour sûr, Hirô ! Du moment que vous passez par les égouts entrée sud, y a pas de problème. Vous êtes bien sortis par la maison de Giovanni, non ? Bon, je vais vous montrer la chambre."
Elle s'enfonça à l'arrière du comptoir et invita Hirô à la suivre. Ce fut ce moment que le marchand choisit pour dire à l'Oiseau :
"A chaque fois que je viens elle m'étonne davantage.
- Vous... vous venez souvent ici ?" fit Hîntzen, plutôt interloqué par le coup qu'il avait reçu.
"Eh eh ! Comme dit notre passeur, cette taverne est comme un "port" : on te donne ton quai, on te décharge tes marchandises, on peut y passer le temps... C'est le passage obligé pour entrer dans la Cité d'Hyrule, quand on vient par les eaux. Là, Telma doit mener Hirô dans "notre chambre", c'est-à-dire dans l'entrepôt dans lequel tout ce qui a pu arriver par les égouts a été débarqué - on est rarement tout seul, donc il faut que Hirô fasse le tri dans le tas.
D'ailleurs, en fait, c'est pour éviter les vols que les voyageurs doivent passer par l'extérieur. Enfin ! Dites-moi, jeunes gens, vous qui faites le ménage, pourquoi il y a absolument personne ici ? Il est quand même suffisamment tard...
- Oh, en fait, les gardes sont réquisitionnés pour faire des rondes dans la cité, parce que la Reine nous prépare une de ces surprises dans ses jardins ! Hi hi hi !
- Et comme à peu près tout le monde s'y rend... nous n'avons plus de clients... à part ce foutu chef de mes...!
- En attendant, on aide Telma au nettoyage ! Les gens sont vraiment sales quand ils ont pas une personne un tant soit peu raisonnée à leurs côtés... Hi hi ! Je ferrai en sorte que mon petit mari ne devienne jamais comme ça, hein, Kafei !"
Et la jeune fille rousse, hilare après l'épisode du chef Link, s'abandonna dans les bras d'un jeune homme aux cheveux gris-bleu qui prit un air désemparé.
"Hîntzen, voici Anju et Kafei, qui viennent de plutôt loin...
- Termina ! C'est Termina, Kane ! fit l'homme aux cheveux gris-bleu.
- Oui, bon... je m'y perds, moi !
- Eh eh ! T'es un grand sculpteur de masques mais un mauvais géographe !
- Oh, tu peux parler, Kafei ! se mit à rire M. Gatsu. T'as quand même pas été fichu de garder le tien, alors...
- Oh, c'est du passé, maintenant, Kane ! On a pas migré vers la Cité d'Hyrule pour entendre tes sermons, quand même ! Sinon, t'es toujours dans le commerce de mouettes ?
- De mouettes et de plein de choses, Kafei. Alors comme ça, la Reine fait une fête dans les jardins du château ?
- Oui ! Comme d'habitude à la même date, fit Anju.
- Oh, je vois..." fit M. Gatsu en dodelinant de la tête, comme sa mère.
Il alla s'asseoir, quand :
"KANEEEEEE !!!!
- Tiens ! Hirô m'appelle...
- Prend pas cet air apeuré, Kane les doigts d'or ! C'est qu'un mauvais moment de plus à passer ! se moqua Kafei.
- Toi, je te retiens sur ma liste noire ! Ce qui me fait penser : vous voulez terminer votre ménage ? Hîntzen se ferra une joie de vous aider. Après, vous pourrez l'emmener voir ce dont on arrête pas de parler. Allez... - il soupira - j'y vais."
M. Gatsu disparut derrière le comptoir, laissant le pauvre Oiseau entre les mains du jeune couple. Kafei s'apprêta à entamer la discussion que le marchand reprit :
"Hîntzen ! C'est pas la peine de leur cacher quoi que ce soit !"
Cette réplique gela toute conversation. Mais le ménage fut bientôt terminé - s'il ne l'était pas déjà - et donc Kafei et Anju invitèrent immédiatement après Hîntzen à sortir de la taverne pour rejoindre la fameuse place principale. Ils revêtirent des manteaux semblables à des bures, malgré l'arrêt de la pluie. Et bien que la nuit était tombée depuis longtemps déjà, se repérer dans les rues devait être très aisé, grâce aux nombreux lampadaires aux halos d'argent et à leurs reflets dans les flaques d'eau.

"Voilà la porte qui mène sur les jardins. Suis-nous bien !" fit Kafei en attrapant la main de sa femme et celle de son invité.
Un garde les examina de pied en cap et permit leur passage dans les jardins du château d'Hyrule. Les craintes de Kafei venaient du fait qu'il y avait une foule très importante, toute en mouvement, qui circulait à droite et à gauche à la recherche, vraisemblablement, d'un endroit où s'asseoir.
Kafei mena Anju et Hîntzen vers un rempart haut comme un Hylien. Il leur fit la courte-échelle puis grimpa à son tour. Ils avancèrent ensuite un peu plus vers l'énorme donjon hexagonal qui composait la majeure partie des palais royaux. Puis ils s'assirent, les jambes par-dessus le rempart, leurs yeux plongeant vers une scène en bois aménagée tout récemment à l'entrée de l'énorme donjon.
"La Reine nous fait ça chaque année. Elle a commencé avant que les "malheurs" ne s'abattent sur Hyrule, pour on ne sait quelle raison, puis elle a décidé de le perpétuer pour qu'on se rappelle de quand c'était joyeux et tout. Elle appelle ça le Festival du Héros, mais on n'a jamais su de quel héros il s'agissait. Ça réunit plein de monde, et avec Anju, on venait même de Termina. Voilà pour l'histoire. Généralement, ce sont des spectacles proposés par des nobles venus des quatre coins d'Hyrule. Anju, tu as l'invitation ?
- Oui, oui ! Tiens, regarde !" fit-elle à Hîntzen avec un grand sourire.
Elle lui tendit un papier blanc qu'il eut à peine le temps de lire, car soudain :
"HYLIENS, HYLIENNES..."
Tout le monde se tut dans les jardins. Depuis la scène, une femme aux allures sévères avait clamé ces derniers mots. Elle avait attendu le silence général, pour ajouter :
"LA REINE !!!"
Des applaudissements crépitèrent d'un bout à l'autre des jardins, tandis qu'une silhouette toute frêle sortait du donjon, et quoique éblouie par les acclamations, elle avait la marche noble, et des paroles enchanteresses :
"Bénies soient les Déesses en cette nuit ! Car le Festival du Héros fête désormais sa cinquième année consécutive ! Ici réunis, nous saurons faire face à nos peurs et commémorer la joie ! Car les Hyliens ont toujours combattu la peur qui a pu prendre leur royaume, et c'est en puisant dans ses forces et dans son unité que notre peuple a su cultiver la joie et le bonheur ! Si vous le voulez bien, nous en serons encore capables : suonceva tnos Seßeédsel !"
Illuminée par des lampadaires d'argent elle s'inclina puis descendit de la scène et alla rejoindre les autres Hyliens, soumettant à son peuple l'idée qu'aujourd'hui elle était simple habitante, et que seule la joie devait être reine.
"Que vient de dire la Reine ? demanda Hîntzen.
- Ah, tu connais pas ? C'est une formule rituelle, qu'on traduit en Hylien par "Les Déesses sont avec nous !". Les prêtres ici appellent ça très pompeusement Hsinimsed Egagnalel... dit "Hsinim", c'est plus simple." *
Ils se turent, la sévère présentatrice imposant le silence :
"HYLIENS, HYLIENNES, LA TROUPE DE LA REINE !!!"
Deux hommes arrivèrent sur scène, habillés en clowns. Ils se présentèrent :
"Nous sommes Tobi et Laka, les directeurs de la troupe de notre Reine bienaimée.
- Quand la Reine nous l'a annoncé, nous sommes tombés de haut !
- Déjà que t'es pas grand...
- Mais en fait on est au sommet de l'échelle !
- Comme ça on peut te voir...
- Eh ! C'est pas toi qui disait que le business t'embêtait ?
- Ouais... Le business, c'est tout un cirque... c'est troooop fatiguant !
- C'est pas pour ça qu'on est là ?
- Pour se fatiguer ?
- Nan... POUR FAIRE LE CIRQUE !!! YOUPIII !!!"
Des oiseaux s'échappèrent de cages disposées sur le pourtour de la scène.
"Financées par Balder et Cie, vaisselle, équipement et objets en tout genre, les Cocottes de Cocorico !
- Tiens ! fit Kafei. La société de M. Gatsu-père participe aussi au spectacle ! Ha ha ! Quand Kane le saura !..."
Dans l'heure qui suivit, les deux clowns s'amusèrent à les dresser, accompagnés par un troubadour, un chateur et d'autres musiciens que l'on avait enlevés de leur théâtre privilégié qu'étaient les rues de la Cité. Puis ils conclurent par leur numéro magistral : l'un des deux clowns, propulsé grâce à un canon sur la pointe du toit du donjon, s'en était élancé avec une Cocotte en rentrant dans des cercles multicolores que lançait et enflammait dans le ciel son partenaire. Il était inutile de dire que la foule fut très admirative de ce spectacle, quoiqu'Anju prit peur que les Cocottes fussent maltraitées par tous ces numéros.
"HYLIENS, HYLIENNES, LES DANSEUSES DE TWINROVA !!!"
Les lumières s'éteignirent. Sur la scène noire, des lucioles firent une ronde gracieuse puis allèrent éclairer deux femmes vêtues de blanc et d'azur, un genou au sol. Tenant un voile de gaze dans leurs mains, elles se mirent à faire des rondes et à le faire voler, et avec les lucioles et la lumière de leurs vêtements, l'on eut dit une nuit dansante. Puis avec des voix tantôt rauques tantôt claires, elles chantèrent cette fois, faisant apparaître des flocons sur la scène qui devenait une patinoire, ou une fumée basse qui flottait dessus, et elles naviguaient dans ce brouillard comme deux voyageuses de terres inconnues. Alors le brouillard les recouvrit, les flocons tournoyèrent sur leur tête, les lucioles s'éteignirent et les danseuses disparurent.
Le public, enchanté, applaudit avec émotion.
"LA TROUPE DU ROI DE TERMINA !!!"
Personne ne vint à l'appel. La femme sévère eut beau répéter, la scène restait vide. En face, dans la foule, quelqu'un se leva alors :
"Impa, Il avait prévenu Sa Majesté qu'un tel incident était prévisible, tu te rappelles ?
- Oui, Majesté... euh, Zelda ! NE VOUS INQUIETEZ PAS ! Dans sa grande bonté, le Roi de Termina nous a fait parvenir les partitions qu'il voulait présenter, sachant que la troupe de la Reine Ariane serait présente !!!"
Le public s'inclina à la gloire du Roi de Termina, car tous les Hyliens étaient, pour ainsi dire, férus des chansons du groupe Indigo-go, et l'heureuse nouvelle ajouta à son bonheur.
Ce fut donc au tour de la Troupe de la Reine Ariane du P. D. Z., composée surtout de chanteurs et de musiciens. La première partie de leur spectacle se joua donc avec les partitions du groupe le plus applaudi en Hyrule. Quant à la deuxième partie...
La deuxième partie, c'est-à-dire, quand les artistes devaient interpréter leurs propres oeuvres, les Hyliens ne la sentirent même pas venir. Car la Troupe de la Reine Ariane avait pour particularité de jouer des morceaux avec des instruments quasiment magiques, lesquels pouvaient varier en intensité et en sonorité. Ainsi, ils passaient allègrement d'une chanson à une autre, réinterprétant les unes, célébrant les autres, et ils finirent par un choeur d'une nouvelle chanson, et le public la reprit, et leur coeur fut ravi.
"AUGUSTA, AU SERVICE DU ROI ARN !!!"
Une ombre s'éleva au centre de l'arène, fine et tordue, et malgré l'absence de lumière elle avait des reflets violets qui lui remontaient jusqu'à sa figure, mais celle-ci restait invisible ; aussi noire, aussi absente, que ce qu'avait pu "voir" Hîntzen sur le Dipbër...
Soudain, elle se sépara en deux longues ombres, moins tordues, plus humaines. Elles mirent leurs mains sur leur figure et enlevèrent la capuche de leur manteau violacé.
"Augusta... les "protégés des dieux"... ce n'était pas le prénom d'une seule et même personne..." murmura Anju, inquiète.
L'Augusta s'était immobilisé au centre de la scène ; l'une des ombres regardait même en direction de la pauvre jeune femme rousse. Cette dernière s'était rapprochée de Kafei, à la crainte de devenir un jour un tel couple. Mais alors des frissons les prirent : l'Augusta marchait en rythme en cercle, avec une précision telle qu'ils fascinèrent déjà l'assemblée. Ils marchaient sans cesser, ils marchaient sans parler, ils marchaient sans se lasser, ils imposaient un silence hypnotique. Alors l'une des ombres fit un mouvement sec du bras et une flopée de flammes s'échappa de lampes posées sur le sol, vers lesquelles l'autre tourna la tête et dans la direction de son regard les flammes allèrent s'emmêlèrent et s'effilèrent jusqu'à se dissiper dans les infinités.
"Pour pouvoir utiliser une telle magie, ce doivent être des flamines voués aux Déesses ! Mais quelle distance ils ont avec le monde !!"
Après ce spectacle, il était apparu des instruments que personne pouvait ni voir ni connaître. De toute façon, le public n'y aurait pas fait attention : grâce aux puissantes flammes il avait pu voir que la première ombre était un vieil homme droit, solitaire aux cheveux hérissés, et la seconde une femme fine et austère, à laquelle l'âge ne semblait rien pouvoir lui ravir.
"Ha !" cria l'homme en désignant la femme appelée Impa.
Celle-ci lui vint, un peu inquiète. Il lui parla par bribes, et elle traduisit, l'air très sûre d'elle sauf quand elle devait mentionner ses deux étranges participants :
"L'Augusta ne sachant pas parler Hylien et redoutant son accent, il demande à un spectateur de bien vouloir les rejoindre sur scène. Ils interprètent une ode appelée "Neite ba nu pien e". Désolée pour la prononciation approximative, lui-même doute de savoir bien le prononcer en Hylien, mais toujours est-il que si cela dit quelque chose à quelqu'un, ils espèrent qu'il voudra bien se présenter."
Evidemment, personne ne cilla ; l'étrangeté du couple et son attitude n'inspirait pas vraiment la sympathie du public. Quant à Hîntzen, il se demandait ce qui pouvait bien se tramer, car il avait la certitude que l'Augusta s'adressait à lui en particulier - quand bien même cela paraissait ridicule.
"Personne ?" relaya Impa le regard surpris du vieil homme.
Alors le flamine s'avança avec des airs terribles et baragouina quelque chose d'inintelligible pour des oreilles hyliennes. Il tendit le doigt et en parcourut la foule, comme s'il avait voulu jeter un sort sur chacun d'eux et ne voulait en rater aucun. Ses "Gapu ! Gapu ! Gapu !" avaient la même intonation qu'un "Et toi aussi ! Et toi aussi ! Et toi aussi !".
Impa avait l'air indignée, mais elle n'osait pas repousser le vieil homme, tellement il était étrange.
Puis son doigt arriva au niveau de Kafei "Gapu !" d'Anju "Gapu !" et d'Hîntzen "...".
Il s'était tut.
"Ha ! ha !" fit le vieux flamine en ramenant la main vers son coeur. "Ha !".
Hîntzen descendit du mur et alla le rejoindre sur la scène. L'homme le sonda d'un regard, puis se mit derrière lui et hurla :
"NIGHT BACK, END PAIN OUR !!!"
Un pupitre apparut devant l'Oiseau.
"Te te te ! fit le vieil homme en montrant sur un parchemin par où Hîntzen devait commencer à lire.
Alors le public en eut la certitude : le vieil excentrique avait simplement cherché un candidat. Sa femme avait pendant ce temps disposé les instruments qu'elle avait invoqué sur la scène, des sortes de guitare, des caisses en bois recouvertes de peau, des cymbales dorées, puis encore une poutre sous laquelle des clochettes étincelaient, des violons tordus aux cordes rêches et des flûtes chryséléphantines. Alors l'Augusta quitta les instruments et se mit à nouveau en cercle au centre de la scène. Bras levés doigts tendus, ils s'immobilisèrent.
La pluie se remettait à tomber avec légèreté ; un clocher commençait à entonner au loin. Les cymbales firent un bruit tout léger ; les percussions caressèrent les sons environnants ; cela dura encore quelques instants. Alors, comme s'ils avaient capturés le clocher et la tempête, le duo éleva sa musique et les instruments émirent des notes parmi lesquelles la plupart sonnaient mystérieusement. Quand ils s'arrêtèrent de jouer, la pluie avait gagné en ampleur...
Mais ce n'était qu'une démonstration de leurs talents. Une deuxième fois, les deux flamines allaient montrer toute leur maîtrise des éléments ; la pluie douce frappa à nouveau comme une tempête, et dans la minute qui suivait le début de leur prestation, Hîntzen devait commencer à chanter :

"Run of the Life is easy to dread
If nothing is received
How could this kind of thing
Work since beginning?"

"Night back, end pain our!"

"Underneath the heart sails
In many seas alone
Masts broken by tiredness
-Nothing on the horizon-"

"Night back, end pain our!"

"Harbour is on dry land
Headlight looks at ocean
Heart between its hands
Go to confession."

"Night back, end pain our!"

Cela l'étonnait que ce fût une ode en l'honneur des Déesses, mais le couple poursuivit, languissant :

"Run of the Life is easy to dread
Are there just Goddesses for it to lead?
Or shout for the Universe
Could be powerless..."

"Night back, end pain our!"

"Wind instruments singing
Notes full of brightness
Several times hearing
Hour lengthens..."

"Night back, end pain our!"

"Strings seem to shiver
Diving for heart to save
But on surface they fear
The shadow of a huge wave!"

"Night back, end pain our!"

"It rains golden bells disappearing in waters
Or pouncing and pouncing on the wooden floor
So the sail blew up suddenly tears
But the heart sails in spite of sore!"

"Night back, end pain our!"

"Human voices
Saw lines lost
Scents of berries
View of a coast."

"Night back, end pain our!"

Et il répéta ces dernières paroles encore et encore, avec des mélodies tantôt graves, tantôt souriants, mais l'on arrivait guère à discerner quelle émotion était la leur. Toujours était-il que, avec toutes ces bizarreries, l'Augusta, Hîntzen compris, avaient réussi à faire quelque chose d'à peu près "écoutable".
Ce fut surtout la voix de Hîntzen qui fut louée à la fin, même par les flamines. S'ils avaient eu une idée en tête à propos de Hîntzen, celui-ci n'en comprenait guère le sens - si jamais elle avait pu en être pourvu. Le public devant battait des mains et réchauffait la froide atmosphère. Puis soudain il poussa un cri de surprise, que Hîntzen comprit en se retournant : sans crier gare, la vieil homme et sa femme avaient disparu, et leurs instruments, et la scène, et les flammes et les lumières qui avaient pu éclairer leur curieuse ode.
"Ah !" acclama le public.
Cependant un feu d'artifice rayonna sur leurs têtes. Un cadeau de ce curieux couple, sans doute.

"I don't care where I'm sent;
Purse or knife;
What it means;
I just want to look for my life."

"Oh Light back, end pain our!"

§~~~~I~~~~§

Anju, Kafei et "le chanteur mélo-dieu !" - ainsi que s'étaient écrié la gent féminine à l'assistance - se tenaient à nouveau devant la taverne de Telma.
"Eh bé ! Qui l'eut cru ! Un soldat qui chante avec une voix d'ange !"
Hîntzen, parce que Kafei avait voulu absolument savoir d'où il venait, avait dévoilé la triste situation dans laquelle il se trouvait - après tout, M. Gatsu le lui avait autorisé.
"Tu nous a é-pa-tés ! Je crois que tu as beaucoup d'admiratrices ! lança gaiment Anju. Kafei, tu pourras prendre des cours de chant avec lui ?"
Elle sourit à son mari, et Kafei l'embrassa. Ils mirent la main sur la poignée de la porte de la taverne, comme Hîntzen auparavant, et au moment d'ouvrir :
"AAAAH !!! VOUS JOUEZ A CE JEU IMPIE !!!"
Kafei bazarda le jeu de cartes tandis qu'Anju sermonnait les trois joueurs :
"Vous savez pourtant bien ce qu'en penseraient les Déesses !!!
- Oh, Anju, tu sais bien, toi, comment elles ont créé le monde, non ? rétorqua Hirô.
- Hirô, vous ne devriez pas dire des choses pareils !!! C'est pas une raison, d'abord !! En plus, vous ne devriez pas être levés si tard !
- Anju... calme-toi... tu nous prends encore pour des enfants, soupira Telma.
- Ah... oui, euh... pardon Telma...
- Anju, je ne t'en veux pas, personne ne t'en veut... mais arrête de te prendre la tête avec ce qui s'est passé à Termina...
- Oui..."
Kafei la prit dans ses bras et l'emmena se coucher. Telma prit alors la parole pour expliquer à Hîntzen :
"Si tu veux, mon oiseau, elle a perdu son enfant à sa naissance, suite à une maladie qui a sévi dans leur royaume. Un vrai fléau... Et comme c'était son premier et qu'elle a du mal à s'en remettre - une maladie de neuf mois, quand même, ça s'oublie pas ! - elle joue un peu la mère avec ses amis... ... Ah, et oui, tes deux copains m'ont raconté ton histoire. Chapeau, la traversée du Lac Hylia ! Tu devais être un bon barreur !"
La tavernière se pencha sur Hîntzen et lui fit la bise sur le front.
"C'est-y pas adorable, c't'oiseau-là !"
On toqua alors à la porte - pour sauver l'Oiseau.
"C'EST FERME CE SOIR !!!
- Ouvrez, au nom de la Reine !
- Ah... C'EST OUVERT !!!"
L'Oiseau s'échappa de la tavernière et se proposa d'ouvrir la porte. Juste à ce moment, Impa les plaqua elle et lui contre le mur, dans son armure scintillante.
"Que me vaut le plaisir de la visite de l'amie la plus proche de Sa Majesté ?"
Impa se dégagea du passage. Derrière elle, il y avait une personne recouverte d'un manteau comme celui d'Anju et Kafei.
"Bonsoir, madame Telma, fit-elle en pliant révérencieusement les genoux.
- Ma... Majesté !!"
Telma, le marchand et Hirô s'inclinèrent tête contre terre, Hîntzen en étant incapable.
"Madame Telma, où est donc votre petit protégé ? Celui que vous abritez en toute illégalité.
- Je... je ne vois pas de quoi vous parlez..."
Elle désigna pourtant des yeux la porte.
"Ah, merci. Impa ?"
L'amie la plus proche de Sa Majesté referma du bras le plus proche de Sa Majesté la porte de la taverne.
"Nous n'avons pas eu l'honneur de nous présenter, je crois ? dit doucement la visiteuse. Je suis Zelda, Reine d'Hyrule."
Les deux derniers mots lièrent ensemble les lèvres de l'Oiseau.
"Allons... dites-moi votre prénom, preux chanteur ! fit-elle en souriant.
- Hîn... Hîntzen...
- Telma, ce n'est pas très très hylien comme prénom, ça !"
La tavernière baissa les yeux, forcée doucement de l'admettre.
"Bon, eh bien... j'ai dû mentir en entrant. Je suis une simple visiteuse, et je ne suis pas la Reine d'Hyrule. J'ai vu le Festival du Héros, et je l'ai trouvé très plaisant. Mon amie ici présente pourra vous le dire."
Ses interlocuteurs la regardèrent avec étonnement. Elle pouffa en repliant un pan de la capuche de son manteau :
"Allez, arrêtez de me regarder ! Est-ce que l'on ne pourrait pas plutôt discuter ?
- B... bien sûr, madame... euh... Zelda..."
La visiteuse s'assit avec Impa à côté d'elle. D'un signe de la main, elle invita l'Oiseau à faire de même.
"Dites-moi, Telma, est-ce vrai que vous avez des gens qui viennent de l'étranger dans votre établissement ?
- Eh bien... en toute franchise... oui, c'est vrai...
- Oh ! Et est-ce qu'ils sont aussi dignes de confiance que vous l'êtes ?
- Je... je crois, oui...
- Ah là là ! Ces gardes, vraiment, ce sont des incapables, non, vraiment ! Ils ne sont pas fichus de surveiller cette cité ! Il y en a pourtant beaucoup, et ils font chaque soir chaque jour plusieurs fois les mêmes rondes dans toute la cité... est-ce que vous n'avez pas peur qu'un jour on vous prenne en flagrant délit ?
- Si, Zelda. La crainte m'en prend, mais les chances restent infimes.
- Pourtant, il y a eu un chanteur inconnu dans cette cité qui s'est bien fait remarquer ce soir... les gardes commencent à se poser des questions..."
La tavernière fixa Hîntzen qui baissa la tête entre ses épaules.
"Vous pensez que je risque d'être arrêtée ?
- Eh bien, je ne connais pas le code qui régit la garde royale... peut-être est-ce plus sévère que ça...
- Hm... et si ces étrangers partaient en exil ?
- Ne serait-ce pas leur offrir impitoyablement leur mort ?
- Alors il ne me reste qu'à...
- Il y a toujours un arrangement, Telma."
La visiteuse lui sourit :
"Je sais qu'il y a encore des chambres des palais royaux qui sont libres. Je pourrai aussi, peut-être, avoir la protection de notre Reine, de sorte que ce soit bien le dernier endroit où l'on chercherait quelqu'un d'étranger à cette cité...
- Vous êtes trop bonne, Zelda.
- Ah, vous êtes donc d'accord ?"
La visiteuse soupesa le regard de chacune des personnes présentes.
"La Reine aura donc un peu de compagnie durant ces temps obscurs. Merci pour tout, Mme Telma, Hirô, M. Gatsu."
Elle rouvrit elle-même la porte et invita Hîntzen à la suivre. Impa referma derrière eux les "au revoir !" du passeur et du marchand, prenant au passage un manteau pour couvrir Hîntzen. Une fois cela fait, Zelda et Impa se saluèrent, puis Impa les quitta.
Passant par les avenues de la Cité d'Hyrule, la Reine et une certaine "amie" très proche de la Reine retournaient au château, toutes deux vêtues d'un manteau car la pluie tombait.

Dans les jardins, il semblait que le feu d'artifice des flamines durait toujours, confondu avec la myriade des étoiles et le halo de la Lune. Alors leur musique revenait...
La Reine eut le pas un peu lourd, et décida que l'on ferrait un détour vers une autre partie du jardin, dans laquelle le ciel serait un peu plus dégagé, avant de rentrer directement dans les chambres royales.
Durant le trajet, elle murmura le rythme de la musique des flamines, quelquefois celui des Indigo-go, d'autres fois celui des musiciens du P. D. Z., mêlant dans son coeur la mélancolie des chants, la joie de la fête, la langueur du temps. Une fois arrivée dans la partie des jardins qu'elle avait désirée atteindre, elle s'assit, n'en pouvant plus de tous ces courants qui murmuraient maintenant dans son coeur. Son "amie" plongea les yeux dans le ciel ; on le voyait bien. On voyait la constellation d'Orion, Saturne et ses oreilles, et d'autres étoiles qui tournaient et tournaient sans fin.
"Neite ba, nubienoë ..." chanta-t-on, sur le rythme du refrain de la musique de l'étrange duo.
Un sanglot raisonna dans l'étendue céleste. Hîntzen se décoiffa de sa capuche et tourna la tête vers la Reine.
Elle était en pleurs, recroquevillée sur elle-même. L'Oiseau se pencha vers elle et l'entendit sangloter :
"Non... la nuit ne doit pas venir..."
Elle devait parler du refrain réécrit par les flamines "Night back, end pain our".
"Bah, ils se sont trompés en traduisant, c'est tout... le truc, c'est que ça a pratiquement la même prononciation..."
La Reine ne comprenait guère ces paroles.
"Que di... que dites-vous ?
- Oh, rien... je..."
La Reine le regardait avec insistance.
"Je... je disais que la musique jouée par les flamines n'était pas en accord avec leur chanson.
- Comment pouvez-vous le savoir ?"
Hîntzen s'était tu.
"Vous m'avez comprise... preuve en est votre silence."
Elle se redressa, oubliant ses larmes de tantôt :
"Vous avez donc bien besoin de mon aide pour que l'on vous protège. Car si vos secrets s'échappent ainsi, vous serez le puits où puiser toutes les rumeurs. Allez, dites-moi malgré tout : que signifient les vraies paroles ?"
Elle avait un petit sourire adorable, et donc l'Oiseau lui récita les paroles originales de sa voix d'ange, ou plutôt, de ses murmures d'ange, car personne ne devait pouvoir l'entendre et personne d'autre que la Reine ne devait pouvoir l'écouter.
C'était leur secret à eux.
Mais soudain, derrière eux...
Un grognement ;
Et bondissant sur eux...
un loup hurlant.
C'était pour des situations de la sorte que Hyrule, aux yeux de Hîntzen, apparaissait décidément de plus en plus surprenante... Il ne savait pas encore qu'à partir de maintenant, tout changerait pour lui.

^^ ! Pac Hsinim-eht : Adlez-fo Dnegel-eht : à éuoj-tno iuq xuec suot-à *


Chapitre 6 : Le plus cher à ses yeux (1)   up

"Co... comment ?..."
La Reine était horrifiée. Un loup avait pénétré les jardins du château : un loup, une bête sauvage, une bête affamée ! Décidément, Hyrule était en mauvaise passe, si l'insécurité résidait jusque dans le domaine royal !
Et il y avait là Hîntzen qui s'était levé et qui fixait le loup ; ils étaient encore immobiles. La Reine porta ses yeux sur le pelage hérissée du loup, sa couleur ayant disparu dans l'ombre. Puis elle vit à une des oreilles un petit rond brillant ; elle balbutia alors :
"Ce loup... mais c'est..."
Or, il grognait. Hîntzen glissa lentement sa main vers sa ceinture, réflexe qu'il se devait d'avoir acquis en tant que soldat. Mais soudain, ses doigts se crispèrent : son épée, il avait oublié de la prendre ! Elle était restée avec les bagages de M. Gatsu !
Ce fut ce moment que le loup choisit pour lui sauter à la gorge, assouplissant ses pattes arquées, ils roulèrent tous deux sur l'herbe en se jetant des coups acharnés, et la Reine, qui assistait au "spectacle", n'en retenait que l'épouvantable massacre de deux corps pleins de vie. Une vie qui s'écoulait de leurs blessures avec un flux rougeoyant.
Puis ils s'immobilisèrent, à nouveau ; mais le loup avait donné un coup de patte dans l'oeil de Hîntzen et le blessa. Alors le maître de la bataille replia les commissures de sa gueule ; il avait un rictus abominable, une haleine de chien errant, des crocs poisseux qu'il descendit lentement sur le cou de sa proie. Ses yeux, empennés de rouge, fixaient à la fois la jeune reine qui était son otage, et le jeune homme qui était sa proie impuissante.
Ou presque. Violemment, Hîntzen projeta ses jambes dans le poitrail sombre. Le loup se retrouva à l'écart, sur le dos, à deux mètres de là. C'était que lors de sa courte lutte avec Koseki l'autre jour, il s'était retrouvé dans la même situation. Mais la bête immédiatement se rua sur lui, et après lui avoir sauté à la gorge elle planta ses griffes dans ses épaules, histoire de le faire s'écrouler par le poids, la douleur et la surprise. Mais Hîntzen tint bon, admirablement ; il réussit, on ne saurait dire exactement comment, à remettre encore une fois le loup à sa place, par terre projeté dans un fourré.
"Vite ! S'il vous plaît maintenant, suivez-moi ! Je..."
La Reine s'était levée et pâlissait à vue d'oeil. Elle s'apprêtait à partir que Hîntzen lui retint le bras. Il ne fallait plus avoir peur. Ils étaient plus en sécurité à pouvoir surveiller la bête qu'à la forcer à les poursuivre.
"Vous savez ce que c'est, ce loup ? demanda-t-il.
- C'est une bête sauvage... rien de plus...
- Mais il est déjà venu ?
- Ça ne vous avancera à rien de le savoir, et qui le saurait, d'abord ? Venez, suivez-moi, je vais vous indiquer votre chamb..."
Mais la Reine s'écroula ; l'importune bête s'était balancée dans ses jambes pour attaquer à nouveau Hîntzen, avec une tactique nouvelle : elle avait pris la Reine en otage, et elle avait fait en sorte d'être prête à l'attaque. L'Oiseau se dit sur le coup que c'était une tactique bien humaine.
Cela ne lui disait rien du tout.
La Reine, affalée sur le sol, gémissait. Elle jetait des coups d'oeil suppliants à son ravisseur, puis ils devinrent troublés, de sorte que Hîntzen percevait bien que ce loup n'était pas n'importe quel loup.
"Majesté, qu'est-ce que c'..." demanda-t-il.
Il vit alors que l'échine de la bête se tortillait, de manière très désagréable à l'oeil. La perturbation ainsi née remonta alors le long des muscles du cou et fit vibrer les paupières ; comme par un déclic, les yeux rougeoyants du loup se mirent à fixer l'Oiseau, et lui-même ouvrit la gueule ; une voix en sortit, sans que les mâchoires ne bougeassent.
Une voix... ou plutôt, des hurlements conjugués.
La Reine replia un bras sur elle-même.
"Ha ha ha ! Quel irrespect tu me montres, jeune intrépide ! Car je suis le prince du Ravage Vassago, le Démon du Crépuscule ! Aussi, dorénavant, tu ne demanderas plus "quoi", mais "qui" je suis !..."
Hîntzen n'aurait jamais pu anticiper une telle situation ; il ne savait pas vraiment quoi répondre à cela, ou plutôt, il ne savait pas quoi répondre quoi que ce fût de vraiment réfléchi à une telle réplique. Ce fut son coeur de soldat dévoué, son âme oublieuse des circonstances, qui répondirent :
"Qui que vous soyez, laissez partir la Reine."
La mise en scène l'avait rendu bien noble.
"Ha ha ha !!! Oh, que c'est beau ! Je n'ai pas vu de telle fougue depuis mon dernier combat contre les Oiseaux Blancs ! Est-ce que tu en serais ? Ha ha ha ! Si c'était le cas..."
"Il" se pourlécha les babines, puis tout à coup sa présence se confondit dans les ténèbres, et sa voix fit des échos qui s'enchevêtraient :
"Oh, oh que oui, tu en es ! Comme je le vois, comme je le sens ! Ha ha ha ! Pauvres mortels qui croyez connaître les anges des Déesses ! On ne reconnaît pas les Oiseaux Blancs dans le blanc de leur oeil ou dans le blanc de leurs vêtements ! Seuls les démons le savent ; il faut voir leur âme ! Ha ha ha ! Que j'ai hâte ! Hâte de dépecer et de t'offrir en pâture au grand Destruct... !"
BAM !
"Hurg !..."
Le loup s'était retrouvé plaqué contre le mur d'enceinte des jardins, désormais dans le monde visible, et à vingt mètres de sa position précédente. Cela avait été si bref... comme si le temps s'était accéléré d'un coup ; mais comme le corps du loup tardait à retomber, le temps semblait avoir ralenti subitement. A moins que loup n'eût été retenu par quelque chose.
Un gigantesque bras invisible, par exemple.
"D'où... d'où te vient cette force ?..." éructa-t-il.
Il s'adressait à Hîntzen qui n'y comprenait rien. Sans doute que le "Démon du Crépuscule" n'avait pas toute sa tête.
Mais le loup cracha un flot de sang noir et rit bruyamment :
"Ha ha ha ! Mais je sais ! Je le sais ! Tu as subi le même sort que ce crétin d'animal que voilà ! Ha ha ha ! Et tu te retrouveras comme lui à term... HURG !
Tais-toi... Tais-toi, maintenant.
Plus aucun son ne sortit de la gueule du loup. Alors il glissa contre le mur et tomba contre terre. N'ayant plus de raison de rester ici, ce fut le corps qui s'en alla, mais un râle venu de quelques terres lointaines perça les ténèbres environnantes :
"Tu es possédé ! Ha ha ha ! Un démon t'a possédé, jeune Oiseau Blanc ! Quelle extase ! Quelle extase ! Ô, mes frères du Ravage, que vous serez heureux !"
Et la Lune envoya un rayon blafard sur la scène macabre, mettant en valeur le désarroi de la Reine et le détachement de l'Oiseau Blanc.
Pas autant que tu ne le crois... Vassago...

"C'est bien par ici ?"
La Reine regarda l'Oiseau, tentée de lui répondre ; lui la portait, car elle était affaiblie, et donc elle devait lui désigner comment atteindre les chambres du château par des gestes de la main.
"Oui..."
Ils marchèrent ainsi encore quelque temps. Puis, profitant d'un couloir sans écho dans lequel ils passaient, elle murmura doucement :
"Vous aviez des ailes, durant ce combat ; vous ressembliez à un aigle noir, dont le regard aurait transpercé la bête. C'était terrifiant, et aussi beau à voir, mais surtout, c'était très surprenant.
- Des ailes ? Je sais qu'on nous appelle "Oiseaux Blancs", sans que je sache d'ailleurs pourquoi, mais je doute que ce soit parce que nous avons des "ailes" accrochées dans le dos.
- J'en suis sûre, pourtant : vous en aviez... elles sont apparues..."
Il n'en répondit pas.
Les lèvres de la Reine laissèrent soudainement échapper le fond de son âme terrifiée :
"Mais s'il en est ainsi, alors se pourrait-il que ?..."
L'Oiseau s'arrêta pour l'écouter plus aisément.
"Se pourrait-il que vous soyez vraiment possédé comme ce... ce "Vassago" le clamait ? Oh Déesses, oh Déesses !... pourquoi ?..."
Elle faisait désormais peine à voir avec ses longs cheveux qui coulaient sur sa nuque, et leur couleur qui était celle de l'or avait terni par le spectre de la peur.
"Ne vous inquiétez pas, majesté. Si j'étais "possédé", je pense que je le saurais, au moins.
- Oui, peut-être..."
Elle avait songé avec effroi aux quelques blessures que Hîntzen avait eues en combattant le loup, et qui cicatrisaient, à une allure quasi-inhumaine ; et puis il la tenait dans ses bras, il la tenait sans défaillir, il avait combattu une bête sauvage et en ressortait comme indemne...
Et puis il y avait eu ce "bras invisible", ou quelque chose de la sorte qui avait retenu le loup contre le mur.
Cela faisait décidément beaucoup.
"Mais... si vous le voulez bien, nous pourrions aller vérifier cela dans la salle du Conseil ; je demanderai à un de mes amis, prêtre des Déesses, de vérifier cela. Il faudra cependant prendre garde à ce que personne ne vous voit y entrer, car le Conseil est strict et agit indépendamment de ma volonté."
Sans doute la Reine était très sensible ; mais elle avait aussi un on-ne-sait-quoi qui lui faisait oublier cela, car, Hîntzen le vit, ces dernières paroles furent prononcées avec un ton très posé, et délicieux à entendre.
"Un Conseil ?
- Vous ne savez pas ce que c'est ? On ne vous en a pas parlé ?
- Je... non.
- Ah ! cela confirme donc ce que je pensais... il est arrivé quelque chose de grave ; depuis combien de temps êtes-vous en Hyrule ?
- Trois jours, environ... quatre bientôt...
- Quelque chose de très grave, en effet."
L'Oiseau comprit alors qu'il devait y avoir un sens dans ses propres paroles qui n'avait pas échappé à la Reine. Mais celle-ci, loin de continuer de s'abattre, dit :
"Le Conseil est une réunion des principaux rois et reines des royaumes d'Hyrule : ils sont cinq ; Termina, Calatia, le Royaume de l'Est, le Royaume du Grand Nord et l'Antique Royaume d'Hyrule. Et moi, je le préside ; je suis la souveraine du Royaume d'Hyrule, c'est-à-dire d'Hyrule dans sa totalité. Le Conseil a pour but de pacifier les tensions entre nous tous ; de plus, il a la tâche de juger de mes actes, mais ne peut pas s'opposer à moi pour autant. La salle du Conseil se trouve dans un bâtiment qu'ils ont eux-mêmes aménagé ; il est en face du donjon, entre deux tours, face à la plaine et il faut traverser les jardins pour l'atteindre. Cet emplacement symbolise à la fois leur indépendance vis-à-vis de mon domaine, et aussi leur proximité. Ils ne l'utilisent que pour leurs réunions ; aussi, demain, comme rien de tout cela n'est à prévoir, ce sera l'endroit le plus sûr de tous, pour ce que nous avons à faire."
Comme elle se tut, l'Oiseau se remit en marche. Bientôt, la Reine l'arrêta devant sa chambre.
"Demain vers midi" furent ses seuls mots. Alors il la laissa là, sur son ordre, puis s'en alla en direction de la chambre qui serait la sienne et qu'elle lui avait indiqué.
Dedans, il enleva le haut de sa tunique, puis se rendit près d'un miroir qui était là ; il se retourna pour voir son dos...
Mais non ; il n'y avait rien ; ce n'était pas étonnant, au fond.
Pourtant, au bout de ses épaules, il commençait à sentir quelque chose qui elle était étonnante ; une démangeaison qui lui parcourait des os qu'il ne reconnaissait point, et sur lesquels reposaient deux ailes perdues dans la réalité.
"Un démon... qu'est-ce que c'est, au juste ?..."

Le lendemain, Impa frappa à la porte de l'Oiseau et trouva la chambre toute bien ordonnée. Lui était là, qui regardait par la fenêtre. Elle lança :
"Eh ! Voilà votre repas du matin et votre servante au bain ! Je vous apporte aussi vos affaires, que la Reine a fait ramener de votre hôtel, messire."
Hîntzen fut surpris par ces paroles ; puis il comprit, en voyant dans l'entrouverture de la porte d'autres personnes qui allaient et venaient, ce que Impa lui demandait de faire.
"Merci bien. Laissez mes affaires près du bain, je prendrai mon repas ici-même. Je crois que cela vaut mieux.
- Fort bien, messire."
Et elle referma la porte d'un coup de talon, porta d'un bras les bagages et de l'autre le plateau, puis apporta aussi deux grands seaux pour remplir la cuve qui servirait au bain de "messire".
"Vous avez joué très bien votre rôle, je vous en félicite. La Reine avait raison ; vous savez rendre service aux gens. Oh ! vous avez déjà terminé de manger ?!
- Euh...
- Oh, après l'épisode d'hier, je comprends que vous sentiez un grand creux dans votre estomac. N'ayez crainte ; il n'y a rien que je sais que la Reine ne sait. Mais donc ! Allez, au bain !"
Et Hîntzen, dépouillé de sa tunique, de sa ceinture et de ses sandales neuves, plongea dans la cuve. La plus proche amie de Sa Majesté lui massa les épaules et lui lava les cheveux avec beaucoup de doigté, ce qui était assez surprenant, si l'on en restait à son attitude sévère et rude.
"Ce sont de beaux cheveux noirs que vous avez là ! Un peu maigrichon quand même ! Oh, vous devriez prendre un peu de soleil pour votre peau !"
Ainsi parla Impa durant le bain. Du fait des blessures de la veille, elle dut souvent changer l'eau ; les blessures avaient disparu, mais le sang qui en avait coulé avait séché tout autour. Elle avait préparé une autre cuve où mettre les vêtements de l'Oiseau, et elle se retrouva face au même problème de changement d'eau, car le sang y était resté imbibé ; mais elle réussit à jongler de l'un à l'autre avec beaucoup d'efficacité. Enfin, Hîntzen sortit de l'eau ; il mit ses vêtements encore mouillés, et Impa lui dit justement :
"Eh bien, vous ne patientez pas ! Maintenant, vous allez devoir prendre un peu le soleil, avant d'entrer dans "la Salle" ; sinon, vous attraperez froid !"
Mais l'Oiseau avant cela fouilla dans ses poches. Il les trouva enfin : les perles et le ruban donnés par Mme Koto. Il mit le ruban en soulevant sa chevelure trempée, et le noua à son front. Il avait deux longues mèches noires qui en tombaient ; aussi, il fit glisser les perles percées sur ces mèches. Puis il attrapa l'épée et l'écu qu'il avait reçus de Mme Koto, la cotte de mailles ayant été passée sous sa tunique : c'était ainsi qu'un Oiseau Blanc "apparaissait dans toute la gloire qu'il se devait d'avoir devant une Reine".
Impa le regarda d'un air admiratif. Alors Hîntzen lui demanda :
"Dites-moi, Impa... le Conseil doit donner beaucoup de soucis à la Reine, non ?
- Oh que oui ! A la surveiller en permanence, à envoyer des espions... d'ailleurs, qui sait, parmi les badauds dans le couloir il y en avait peut-être...
- Non, je veux dire : il veut la destituer."
La rude femme sourit gravement.
"Ah ! tu es vif d'esprit ! ou alors, quelqu'un t'a expliqué l'histoire des différents royaumes qui découpent Hyrule... car oui, le Conseil veut destituer la Reine, même si cela dépasse ses attributions. Après tout, pourquoi rester sous le joug d'une jeune femme insouciante, alors que ces êtres rampants ne désirent qu'une chose : agir en leur loi propre ? Car ils se conduisent avec beaucoup de sévérité envers elle, et c'est à se demander s'ils ne fomentent pas quelque complot."
Hîntzen songea que si Impa parlait de "beaucoup de sévérité", ce devait être un degré supérieur qui était franchi.
"Et pourtant la Reine est très sensible de coeur, c'est comme ça. Je la plains un peu ; je l'admire aussi, car elle a appris à jongler entre ses intentions et les leurs, c'est pourquoi elle est toujours là sans que personne ne s'oppose réellement à elle ; elle a beaucoup d'habileté."
Elle s'arrêta là, net. Mais ce n'était pas la seule question que Hîntzen avait à poser. Il aurait pu les poser pendant son bain, certes, mais il avait été mal à l'aise durant, d'une part parce que l'amie de la Reine n'avait été pétrie que de bonnes intentions envers lui, et qu'il n'avait pas su différencier si c'était par obligeance ou par bonne âme ; et d'autre part parce qu'il ressentait toujours son étonnante démangeaison au bout de ses épaules.
"Impa... fit-il tout à coup, est-ce que la Reine a pleuré cette nuit ?"
Elle sursauta ; quelle drôle de question !
"Oui, fit-elle en tremblant des mains.
- Pourquoi ?
- Eh bien... elle suppose, ou elle sait, que les Oiseaux Blancs ne viendront plus. Et le véritable problème, c'est qu'elle avait été promise, et même, qu'elle s'était promise, à celui que l'on appelait le Prince Aigle.
- Ils devaient se marier ?!
- Eh oui, pour garantir la cohésion d'Hyrule... mais... mais elle m'a raconté vos discours d'hier, et je vais t'expliquer ce qu'elle a compris. En réalité, le détachement d'Oiseaux Blancs devait arriver il y a de cela une semaine. On a supposé que leur retard était dû aux nombreux tremblements de terre qui ont sévi dans la province de Latouane. Mais tu lui as dit que cela ne faisait que deux jours que tu étais en ces terres ; cela signifiait et signifie toujours que le retard a eu lieu en mer. Or les Oiseaux Blancs sont de bons navigateurs ; il faut comprendre donc que seul un événement, une catastrophe, un cataclysme, a eu raison d'eux. Et que peu en ont réchappé... C'est pour cela qu'elle est malheureuse : Hyrule, et son coeur, sont désormais meurtris ; il leur manque leur plus précieux soutient."
Hîntzen hocha la tête ; puis, silencieusement, il sortit de la chambre, l'air pensif, prit son manteau épais et referma la porte ; Impa pouvait donc mettre ses mains devant ses yeux, et essuyer la larme qui lui venait au coin de l'oeil.
"Ça oui, vivre à Hyrule de nos jours, c'est de plus en plus difficile..."

Chapitre 7 : Le plus cher à ses yeux (2)   up

L'Oiseau avait rejoint les jardins illuminés. La plupart des arbres avaient guère plus d'années que lui ; tandis que d'autres semblaient s'être enracinés dans les origines d'Hyrule. Et des gens dans leur ombre, allaient et venaient, comme dans les couloirs, certains avec le sourire, d'autres avec des instruments, ou encore ils discutaient, arrêtés sur des bancs de pierre ou sur des gradins de gazon. Quoi que le Conseil pût faire ou dire, il apparaissait, sans nul doute, dans le coeur de Hîntzen, que la Reine était la plus bienveillante et la plus merveilleuse des souveraines.
Car c'était à elle que l'on devait ce bonheur sur le visage des gens. Il croisa soudain une arche ouverte sur une autre partie des jardins, moins occupée par la foule ; et en parlant de foule, il se félicita de s'être souvenu d'avoir pris son manteau, car dans les discussions éparses, il percevait des refrains du festival de la veille.
Dans les autres jardins, il suivit un chemin pavé qui longeait le chemin de ronde du château. D'un côté, il y avait l'énorme donjon hexagonal ; et de l'autre, un bâtiment massif, car très ornementé, plus large que haut. C'était le bâtiment du Conseil ; la porte principale était encastrée entre deux colonnes d'or, et des triangles d'or - des Triforces - marquaient sa façade hautaine. Puis Hîntzen, en évitant de dévisager plus le bâtiment, s'assit sur un banc de pierre vétuste, suffisamment loin pour ne pas être remarqué et suffisamment proche pour pouvoir surveiller à son aise, et il se mit à attendre midi en se chauffant au soleil. Un puissant mélèze portait sur lui ses frondaisons minces et agiles, qui mettaient en valeur les rayons de lumière. Il y avait un léger vent qui annonçait de légers nuages dans le firmament. Ce fut ainsi que passa pour lui le temps.
Car bientôt l'heure convenue arriva ; l'Oiseau s'approcha du bâtiment, et, après quelques coups d'oeil circonspects, il l'ouvrit avec prudence, comme le lui avait demandé la Reine.
Personne. C'était un hall. Très sombre d'ailleurs.
Il y avait au fond une nouvelle porte. Il s'en approcha.
Alors le plan se retourna contre eux :
"Allez, entrez, et plus vite que ça !"
Elle s'ouvrit d'elle-même, dans un sifflement sourd. Une lumière en jaillissait avec une rigueur toute mathématique, elle projetait un rai blanc-jaune exactement perpendiculaire au sol et passant entre les deux yeux. Puis devant Hîntzen dans l'entrouverture, des tribunes de pierres en arc de cercle s'imposèrent, auxquelles se retenaient de longues silhouettes imposantes. Elles n'étaient pourtant pas levées ; elles étaient restées assises, et trépignaient, tandis que Hîntzen menait ses pas au centre du cercle décrit par les tribunes, comme on le lui avait exhorté. Il arriva en plein dans un rayon de lumière projeté par une fenêtre haute et lointaine. De la même manière, les regards des gens dans les tribunes paraissaient extrêmement lointains.
"Ce n'était sans doute pas le meilleur moyen pour se cacher, jeune homme," lâcha une des silhouettes soudainement mise en lumière, "que de rester dans ce château. Cette idée, en vérité, était la plus bête qui soit."
Le vieil homme qui venait de parler, avec un air aussi hautain que celui du bâtiment, fit un geste de la main, et la Reine apparut.
"Maintenant, le Conseil est réuni ! Et comme nous le savons, c'est aujourd'hui à sa "présidente" incontestée qu'il va avoir à faire ; aussi, je le présiderai, moi, Arn, en ma qualité de Roi de Calatia, car il va de soi que l'accusée ne peut se rendre dans nos tribunes ! Nous regrettons bien évidemment l'absence de trois de nos membres, mais ils sont suppléés par leur jeune progéniture ! Aussi, bienvenue, princesse Machaon, représentante de l'Antique Royaume d'Hyrule ! Bienvenue, mademoiselle, représentante de Termina ! Bienvenue, Maître Corbeau, représentant du Royaume du Grand Nord ! Gageons que vous saurez vous entendre avec le seigneur que je suis et le Seigneur du Désert, représentant du Royaume de l'Est, qui malgré la distance n'a pas renoncé à son siège ! Bienvenue à lui aussi !"
Le Roi Arn applaudit et l'assemblée fit de même. Puis il s'assit et :
"Quant à vous, ô Zelda, Reine d'Hyrule, souveraine de nos royaumes, bienvenue à vous, quoique vous comprendrez quelle distance nous devons mettre envers vous. Car aujourd'hui est le jour où le Conseil doit rendre compte de vos agissements. Plus exactement, nous avons avancé la date, car voilà que vous nous avez amené une affaire nouvelle et terriblement intéressante. N'est-il pas vrai, ô Reine, que vous avez hébergé, soigné, nourri, un immigrant ; que vous lui avez donné une chambre dans les palais royaux qui appartiennent au Royaume ; et que vous l'avez caché ?"
Il frappa du poing sur sa tribune.
Hîntzen en fut interloqué ; ils avaient donc de si bons espions ? C'était incroyable, tellement fourni en détails ! Mais la Reine n'apparut point plus surprise ; elle restait droite, tout à l'écoute du Conseil. C'était au Seigneur du Désert de reprendre, tandis qu'il organisait ses papiers :
"D'après nos sources, vous vouliez mêler à cet étranger les mystères de nos Déesses, par l'intermède d'un de nos prêtres. N'est-ce pas une conduite impie ? Et l'impiété n'est-elle pas durement immorale, illégale et punie par nos lois ?"
La Reine hocha la tête ; tous les membres la fixaient en même temps.
"Mais, soit ! fit le chef du Conseil. Avant de juger tout cela, nous avons ici-même un flamine - c'est bien mieux qu'un prêtre, non ? - que vous reconnaîtrez sans doute. Allez, allez, dites-lui ce que vous vouliez, que nous jugions cette affaire en toute impartialité."
Comble de l'humiliation ! L'Augusta s'approcha de la Reine comme pour l'emmener dans les tréfonds de sa folie. Ils se parlèrent brièvement puis l'Augusta expliqua au Conseil qu'il leur fallait "exorciser un être épris par un démon."
Le Conseil ne parut pas trop être surpris par cette déclaration. Il laissa l'Augusta réciter son incantation, en formant un cercle autour de l'Oiseau, en lui adressant des gestes étranges et en lui inculquant les positions les plus invraisemblables.

"Tniopsiahetenej av
Ennosrepay'nil rac
Tniopehcacesen iuq !"

Ce fut l'incantation. Alors l'Augusta dit encore au Conseil : "Ce garçon est possédé", comme s'il ne l'était pas. Et là-haut, les figures étaient toujours impassibles. Une autre prit la parole ; c'était la princesse Machaon, de l'Antique Royaume d'Hyrule, qui s'adressait à Hîntzen sans le regarder :
"Jeune homme, vous avez pénétré ces lieux et nous avons abouti à votre demande. Pourriez-vous, avant de vous en retourner, vous présenter, et raconter d'où vous venez ? Nous n'avons point menti ; gardez-vous-en donc aussi."
Les cinq paires d'yeux lorgnaient maintenant sur l'Oiseau. Celui-ci ne regardait plus que la Reine, qui hocha la tête, doucement. Alors il raconta ; il dit d'où il venait, il dit ce qu'il avait vu, il fit un récit extrêmement détaillé, d'un ton presque désespéré ; désespéré ? Car les membres du Conseil semblaient incrédules ; ils auraient pu l'ignorer, il aurait pu parler dans sa langue qu'ils ne connaissaient point, ils n'auraient point cillé ! En vérité, il se sentait humilié : ce n'était pas par les gestes, mais par l'atmosphère, ce n'était pas par le sens des mots, c'était par leur ordonnancement ; tant de choses sous-entendues, rabâchées, récitées ! Quand ils parlaient depuis là-haut, on ne percevait qu'une tempête infranchissable, des vents violents qui vous remportaient dans l'ombre et éteignaient votre humanité.
Mais l'Oiseau parvint à finir son récit ; alors le Roi Arn reprit une autre fois :
"Eh bien, que jugez-vous de cette affaire, eh, Maître Corbeau, eh, mademoiselle de Termina ? Avez-vous quoi que ce soit à rajouter ? Vous devriez participer !" Celui nommé "Maître Corbeau" se mit à sourire dans les ténèbres de sa tribune ; par une gestuelle polie et calculée, il invita sa collègue à prendre la parole. Celle-ci parut très franche de coeur :
"La Reine s'est comportée favorablement ; elle a suivi le coeur d'Hyrule, qui est au bord de s'évanouir sous les "malheurs". Nous ne pouvions rien attendre de mieux, c'est ainsi. Je pense que l'avis du Conseil peut être favorable, lui aussi.
- Vous pouvez donc disposer, ô Reine." conclut le président du Conseil, l'air d'accord.
Et celle-ci fit, sans une once de sentiment. L'ingéniosité du Conseil avait porté sur sa capacité à faire trembler les âmes, pour montrer son pouvoir, puis à les gâter d'humiliation. L'Oiseau eut beaucoup de pitié pour la Reine ; car pouvait-on parler encore de "faveur" dans la bouche de ces grands ? Ce n'était qu'une mise en scène toujours plus ignoble : ils avaient tourné et retourné leurs paroles, ils en avaient fait des antiphrases.
Mais l'Oiseau savait alors que c'était à son tour de subir son "jugement". Et cette fois, la technique devait être différente ; les membres se mirent à se relayer à coeur joie :
"Bien... Hîntzen, c'est cela ? dit Arn. Bon, maintenant, fini la comédie. Je ne sais à quelle légende se raccrochent encore la Reine et le peuple qui la suit... mais ah, ah ! Hyrule est décidément vouée à mourir...
- Eh oui, car nous le savons bien, nous, ce qui se passe ! dit le Seigneur du Désert. Trop bien ! Toutes nos espérances sont mortes dans ce royaume ! Les Oiseaux Blancs, quelle histoire que c'est ! Comme si de telles créatures, une telle armée, avaient pu subsister des centaines d'années en attente de nous aider ! Quelle charité ! Quelle patiente ! Ce n'est pourtant qu'une dissidence hylienne de l'autre côté d'un petit bras de mer, de deux cents soldats tout au plus ! Quelques galères de bois coulées, voilà ce qui s'est passé ! Ne soyons pas aveugle ! Ah... Nous mourrons tous sous la menace...
- Toi, jeune homme, crois-tu vraiment pouvoir rassurer le Royaume et le sauver avec un tel comportement ? rajouta la princesse Machaon. J'ai compris, moi, ta véritable histoire : tu as fait partie d'un détachement qui a fait naufrage ; tu as atterri sur une plage, un peu sonné, soit ; des villageois t'ont raconté je ne sais quelle histoire et t'ont pris pour ce qu'ils attendaient tant ; devant leur ferveur, tu as pris ça pour argent comptant, voilà, voilà, voilà ! Et poussé par leur clameur, tu es arrivé ici ! Mais je peux te le dire : comment tes deux amis ont-ils pu reconnaître en toi un "Oiseau Blanc" ? Je vais te répondre : ta tunique est blanche, ça ne va pas plus loin. Rien dans nos légendes ne précise quoi que ce soit de tel ! La vérité... La vérité, c'est que nous sommes voués à mourir, rien de plus ! A cause d'oiseaux noirs !
- Ha ha ha ! fit-on de Termina. Voilà encore une ineptie comme ils aiment tant ! Car ne te méprends pas ! Ce ne sont pas des oiseaux noirs qui apportent le malheur, ceux-là sont juste des corbeaux affamés ! Nous ne mourrons pas entre leurs serres ; nous mourrons comme les autres peuples entre les doigts d'une volonté ennemie ! Car il y a derrière tout cela des hommes vêtus pour ressembler à des corbeaux que j'ai vus de mes yeux, des grands oiseaux noirs au bec d'ébène, des démons aux tuniques ailées, une et une seule armée qui terrifie nos gens ! Ah... Mais que voulez-vous... Il faut savoir gagner une bataille, même à cent mètres ou plus de distance... Quelle arme est la peur, en vérité ! Voyez comme nous croulons au bout de sa lance !
- De toute façon, les légendes n'existent pas, je ne sais pas même de quel puits on a pu tirer de tels ramassis, conclut encore Arn. Et toi là, as-tu l'air malin à être possédé par un démon ? J'espère que tu n'auras pas l'audace de le laisser prendre le pas sur toi ! Ha ha ha ! Imbécile ! Repose-toi si tu veux braver les idioties de ce peuple ignare ! A moins que tu ne préfères te faire exorciser par les prêtres et leur donner du grain au moulin ! Ha ha ha ! Un démon ! Une créature maléfique qui cherche à nuire aux bienfaisants, qui ordonnent leurs crimes, qui jouent avec leurs humeurs ! Ha ! Quel jeu imbécile !"
Hîntzen restait immobile ; en vérité, il ne savait pas ce qu'était au juste un démon. La possession, les maléfices, il ne savait pas ce que c'était. Dans la bouche de la Reine il s'était dit que c'était des créatures dangereuses, et qu'elle y croyait ; mais il se demandait toujours si elles existaient. Pour lui, les démons faisaient partie d'une sorte de folklore local, communément admis : et la manière dont en parlaient les membres du Conseil révélait au moins qu'ils y croyaient, au fond.
Mais soudain, justement ils ne rirent plus. Ils ne rirent plus, les rires ne résonnèrent plus, les échos n'accablèrent plus personne. Hîntzen avait levé la tête, un peu surpris. Il comprit alors ; c'était parce que le Maître Corbeau, enfin, s'était lui-même levé. Il toussa d'une manière toute musicale, comme s'il avait voulu accorder un instrument ; alors il parla, très désinvolte :
"Petit oiseau, poursuis donc ton chemin en évitant toutefois d'écouter les voix discordantes. C'est le seul conseil que je saurais te donner pour l'avenir, et c'est ce que tu aurais dû faire, en venant par ici."
C'était fini. Les membres, en même temps, se levèrent et rejoignirent le Maître Corbeau vers la sortie. Hîntzen était toujours au centre des tribunes, dans son carré de lumière ; c'était fini. Pour eux et pour lui. Eux retournaient à leurs vagues occupations, tandis que lui s'en irait dans l'ombre de son nom, car on lui avait ôté son droit de vivre : ce qu'il était c'était une vision de sa folie, sa propre personnalité reflétait le fond d'une pensée absurde.
"Les Oiseaux Blancs nobles vertueux et recevables n'existent pas parmi nous."
C'était ainsi qu'il fallait comprendre les paroles du Conseil. Tout ce qui représentait quelque chose pour Hîntzen n'était rien à leurs yeux...
Au moment pour les "juges" d'ouvrir la porte, une formidable colère s'empara de lui, il serra les poings, redressa la tête, et lança d'une voix forte et plus qu'assurée qu'il voulait faire entendre au Conseil et au monde, aux Oiseaux de l'autre côté de la mer et aux Oiseaux de l'autre côté de la vie, qu'il était bien vivant et bien présent et que personne ne pourrait lui enlever sa raison :
"Ô puissants membres du Conseil, dites-moi comment me rendre utile, si décidément les Oiseaux Blancs ne vous servent plus ? Je suis prêt à accepter tous les travaux que vous voudrez imposer !"
Eux étaient presque sortis ; la porte hautaine de leur domaine avait tremblé lâchement dans l'ombre. Le Roi Arn, après un geste d'agacement, lança, sans faire demi-tour, ces paroles :
"Tu as donc attendu que nous soyons descendus de nos tribunes pour te donner du courage ?
- Non ! C'est vous qui m'avez donné ce courage en descendant de vos tribunes !"
Les "juges" restèrent pantois. Le Maître Corbeau, qui, décidément, avait l'art de s'absoudre à toutes les situations, recula vers Hîntzen, tout en mettant une distance confortable entre eux.
"Eh bien, petit oiseau ! On dirait que tu as toute la volonté possible au fond de ton coeur ! Alors, que dirais-tu si nous t'imposions de te débarrasser de la troupe qui est venue saccager le village de Toal, au sud d'ici ?
- Je vous en débarrasserai.
- Je n'en attendais pas moins."
Les membres du Conseil purent sortir, enfin.

Le sud ? Le sud du Royaume ? Où était-ce donc ? Hîntzen n'en avait aucune idée, en fait.
Il était dans sa chambre, cherchant à ordonner ses bagages. Puis, comme ce matin, il passa sa tête par la fenêtre ; là-bas, à l'emplacement même où il avait chanté la veille, il y avait une foule impressionnante ; plus impressionnante même que dans les jardins ; c'était la Reine qui avait réuni ses habitants, pour une raison simple :
"Chers citoyens du Royaume d'Hyrule ! Une grande nouvelle nous est aujourd'hui parvenue ! lançait-elle du haut d'un balcon, avec un sourire égayé. Nous les attendions, nous les avons attendus, mais il n'y a plus lieu d'être, car, en ces lieux mêmes, ils sont parmi nous ! Les Oiseaux Blancs sont arrivés ! Ils viennent nous délivrer ! les soldats des légendes sont arrivés par les airs ; je suis désolée pour toutes les femmes qui espéraient leur tendre un morceau de pain en guise de remerciement ! clama-t-elle du même sourire. Car ce sont des anges venus du ciel des Déesses, et les voilà ! les voilà qui y volent ! les voilà qui se dirigent vers le nord ! Ils accompagnent nos frères et nos espoirs vers la liberté de notre pays ! Vive les Oiseaux Blancs ! Vive les Déesses ! Vive Hyrule et les peuples d'Hyrule !"
La foule acclama par mille mains et s'embrassa par mille cris pour une joie infinie. En effet, dans le ciel paré d'azur, il y avait des oiseaux aux longues ailes qui traînaient des nuages. Des plumes tombaient dans leur sillage jusqu'aux têtes nues des nouveaux nés, bénissant leurs yeux de reconnaître la paix future. Et le feu du soleil rayonnait comme un carrosse d'or, tissant sur son passage les espoirs qui devaient éclore.
Cependant derrière la Reine c'était l'Augusta qui tissait ces illusions fantastiques.
Elles allaient vers le nord. La sortie de Hîntzen était donc couverte.
Il avait fini d'ordonner ses bagages ; il en avait sans doute fini ici-même aussi.
Une fois dans les jardins, il prit soin de se revêtir de son manteau épais. Il circula dans la foule comme il put, en évitant de se faire remarquer. Puis dans les rues de la cité, il se mit à courir comme si le loup de la veille le poursuivait encore.
Il n'y avait personne ; il n'y avait personne ; son coeur s'emballait dans sa course : le Maître Corbeau lui avait fait inexplicablement plus peur que n'importe lequel des autres membres...
C'était peut-être sa voix ?
"Je n'en attendais pas moins."
Il ne fallait plus y penser ; Hîntzen passait maintenant sous la porte d'entrée de la cité. En deux foulées il la dépassa, puis il dépassa le pont-levis, dépassa son horizon, dépassa ses limites...
Au terme de sa folle course il s'arrêta net et tomba par terre.
Son âme avait été poussée vers tous les extrêmes en une seule journée.

Chapitre 8 : Le plus cher à ses yeux (3)   up

"Aïe..."
Hyrule était étendue tout autour de Hîntzen. Il y était même totalement perdu. Perdu, non seulement parce que les plus hautes instances hyliennes le dénigraient ; mais aussi parce qu'il était seul devant ce paysage sauvage, ce paysage aux vallons fleuris, aux coteaux verdoyants, aux sinuosités omniprésentes, que ce fût dans les creux des branches ou dans les méandres des cours d'eau. L'on eut dit la lande d'Engammura de ce côté-là ; à ceci près qu'il y avait les forêts, les vallons et les arbres qui poussaient à leur gré.
Il émit un soupir - de ces soupirs qui ne portent ni colère ni ressentiment -, il se leva, et s'en fut vers le sud, celui que lui indiquait une pancarte. Quelque part sur sa gauche, il y avait les rives du lac Hylia, ou plutôt, les falaises qui le délimitaient - il est cependant de l'avis de l'Histoire qu'autrefois il inondait ces falaises et était donc beaucoup plus profond.
Il arriva enfin l'heure de manger ; le jeune Oiseau se posa sur une pierre aigüe et déballa un paquet qu'il avait trouvé sur ses bagages en retournant dans sa chambre : dedans, il trouva des plats hyliens, gâteaux, plats aux poissons et aux herbes, et une outre remplie d'eau. Impa ou la Reine avait pu le lui apporter. Avec une amère tristesse - révélatrice de son sentiment de solitude et de délaissement - il les prit un à un, et il lui sembla, comme quand il était descendu voir Hirô, que les souvenirs de Chihiro et de Koseki lui revenaient devant ses yeux, et qu'à ceux-ci s'ajoutaient ceux de la veille et du matin. Son corps fatiguait par tous ces événements ; il n'aspirait plus qu'à se reposer.
Le soleil brillait intensément ; il y avait dans le ciel des nuages flottants parmi lesquels les souvenirs évanescents qu'étaient les siens et les créatures du mensonge qu'étaient celles de l'Augusta. Et le ciel semblait emprunt d'un mouvement étrange, car chacun de ses nuages allaient dans des directions opposées.
L'Oiseau mangea ainsi, avec ces illusions célestes ; puis soudain, il entendit quelques sons qui ne venaient pas exactement d'où ils semblaient provenir - voilà une nouvelle allusion, cette fois-ci destinée à son mystérieux rêve dans le lac Hylia, pensa-t-il. C'était une mélodie entraînante, saccadée et grave, une mélodie sortie tout droit d'un piano, une mélodie que Hîntzen voulut suivre, peu importait son origine. Et il se leva ; mais alors il sentit une force lui prendre à la gorge et l'adosser à la pierre aigüe.
Une force semblable "au bras invisible."
"Es-tu bien Hîntzen, grand garçon si triste ?" demanda une voix mystérieuse.
"Je... oui", répondit ce dernier, entre deux souffles, alors que la force mystérieuse relâchait son étreinte.
"Ah, je sais, je sais, tellement de personnes te l'ont déjà demandé ! Mon pauvre garçon perdu ! Car perdu, tu l'es dans ce monde, ne trouves-tu pas ?"
L'Oiseau ayant recouvert sa liberté trouva la voix charmante à entendre, et charmeuse à écouter. Car elle avait éclos en son être avec la grâce spécifique aux seules voix du mont Parnasse : elle savait manipuler les mots, les dire en ordre, les mettre en poésie, les rendre agréables et exotiques.

Via, via, vieni via con me...
Via, via, non perderti per niente al mondo...
It's wonderful, it's wonderful, it's wonderful, good luck my babe !
It's wonderful, it's wonderful, it's wonderful, I dream of you...!

On pouvait dire que l'Oiseau était désormais épris de cette voix ; et à elle de répliquer à son silence extasié :
"Ainsi, tu crois ce que ce pauvre vieil homme a pu te dire ? Oh, en vérité, tu peux faire comme tu veux...
- Comment ? De quoi parlez-vous ? fit-il, sortant d'un demi-sommeil.
- Ah !... Mais de croire que ton corps est occupé par un esprit supplémentaire, ou de croire à la division du tien propre ; de croire que tu es possédé, ou bien que tu es fou ; mais ce n'est quand même pas amusant au fond... Tu reviens toujours à ton point de départ : tu ne sais pas qui tu es... Ah, si tu savais, si tu savais ! Parce que je le sais, qui tu es, trop impertinemment à mon goût ! En vérité, c'est un petit bout de toi-même qui me donne la réponse ; et dire que tu ne peux même pas le sonder ! Pauvre enfant ! Quelle bêtise que c'est !"
Hîntzen fut pris en lui-même d'un sentiment de curiosité ; et puis il sentit tout à coup comme si un rempart s'effondrait tout au fond de son coeur. L'écho de cet effondrement lui parvint jusqu'aux extrémités de son esprit, et muet, il en devint. Il ne le savait pas, mais c'était ce fameux rempart qui couvrait son âme dont avait parlé la sage Mme Koto ; ce rempart providentiel qui l'empêchait de connaître pleinement la tristesse de sa situation. Il lui fallait maintenant se l'avouer : il ne savait pas comment faire. Il ne savait pas sur quoi se reposer. Il savait en fait bien peu de choses, et trop lui en venait. Il lui manquait un maillon ; un point de départ ; quelque chose lui manquait.
Avec Koseki et Chihiro il avait trouvé où commencer, mais on lui avait arraché leur présence.
"La chaleur te manque...?"
L'Oiseau hocha brièvement la tête. Alors un parfum d'été lui gonfla la poitrine et vint s'évanouir dans le jour.
"Je suis avec toi, Hîntzen. Je tiens à t'aider, c'est pour cela que je me manifeste. Aussi, je veux bien te dire ce qui t'intéresse tant..."
Mais !
"Sans vouloir monnayer quoi que ce fût, j'aimerais que tu m'accordes l'aide qu'est la tienne. Vois-tu, j'ai besoin de trouver quelqu'un..."
Impérativement.
"Et il faudrait que tu m'abrites en ton corps pour ce que j'ai à faire. En échange, je te révèle tout ce que tu veux, ton vrai nom, ton passé, tout ce que tu veux révéler de ton esprit, tout ce que tu ignores du monde, tout ce que je sais, en somme."
C'était un marché comme l'on en trouvait ailleurs ; et Hîntzen, même s'il comprenait bien de quoi il en retournait, n'avait aucune réponse à donner ; il ne pouvait plus qu'écouter, il demandait presque à se faire convaincre. Il ? Personne ne saurait dire si c'était vraiment lui qui agissait à cet instant.
"Oh, mais je peux t'avouer encore quelque chose, qui peut faire valoir la confiance que j'ai en toi et qui devrait être réciproque : tu as des souvenirs de Nuhînthë. Tes yeux ont vu le prince Eranoë, et ton coeur retient la présence du prince Elingë. Allons, ne m'ignore pas, et ne t'ignore pas. Aidons-nous ! Le veux-tu ?"
L'Oiseau leva la tête ; c'était idiot, il n'y avait personne ; il n'y avait que lui ; il le pensait, il ne le dit pas.
"Cette personne que vous voulez trouver ...?
- Ah, oui, effectivement, je veux la tuer. La tuer, parce qu'elle le mérite.
- Je ne tiens pas à aider à prendre une vie pour comprendre la mienne.
- Je le sais ; mais cette personne n'est pas ma victime : elle est ton bourreau. Elle est le bourreau de ce pays ; elle l'a condamné. Je veux la punir pour ses méfaits, pour avoir invoqué les oiseaux du malheur et pour avoir répandu celui-ci."
La proposition était plutôt judicieuse, vue de ce côté-là. Et l'Oiseau y répondit :
"Soit... Je veux bien vous aider à la trouver... si telle personne existe pour répandre une volonté aussi obscure, je veux bien vous aider à la trouver... Quant à l'échange en lui-même... eh bien, de toute façon... de toute façon, je n'ai pas vraiment le choix... je me rends compte que vous avez séduit mon coeur plus que ma raison ; et voilà qu'en vérité c'est la raison qui me manque le plus ! Je n'ai pas de repères... j'accepte les vôtres... mon coeur est maintenant à vous, avec tous les sentiments qui s'y égarent. Je vous demanderai simplement deux choses pour l'avenir : me conduire sur mon chemin et me donner le vôtre.
- Si assurément la raison te manque, le coeur a de quoi dire ! Il est telles les mouettes qui volent aux bras des vents innocemment, elles ne savent que faire, elles n'ont que dire. Je peux te promettre ce que tu demandes ; et pour te donner mon chemin je vais commencer par te donner mon nom : je suis Vaati, le Démon des vents, car démon je suis et démon je serai. Mais prends garde ! Je ne me reconnais pas en ce que pense le Conseil. Le démon que je suis n'est pas une entité maléfique jusque dans ses tréfonds insondables ; je suis avant tout un être, non vivant mais existant, qui ne demande qu'à paraître, et pour cela il me faut un intermède ; tu es cet intermède, je ne te possède point, sache-le. Tout cela, c'est ce que je suis et ce que je prétends être ; libre à toi, comme je te l'ai dit, de me croire ou de croire les membres du Conseil ! Mais, ah ! Si nous devions mettre la définition de démon sur quelqu'un, ce serait bien sur eux, ce me semble ! Ils ont été capables de posséder des gens et de les rendre maléfiques !"
Hîntzen acquiesça plus ou moins.
"Eh bien, Hîntzen ! Termine donc ton repas ! Je ne connais pas la faim, si c'est cela qui t'inquiète. Ah, non ! Tu voudrais savoir depuis quand je suis avec toi... Eh bien, la réponse est simple : j'étais moi aussi au lac Hylia. Oh, mais tu as fini de manger ! Et tes yeux, tes beaux yeux, se sont orientés instinctivement vers le lointain ; tu voudrais aller attaquer "la menace", c'est cela ? Ah ! Tu te rends compte ? La demoiselle de Termina est persuadée que ce sont des guerriers couverts de plumes noires avec des masques au long bec ! Des comédiens ! Ah !..."
Si tu savais...
"En vérité... en vérité, les ailes de leur manteau leur poussent des épaules, et leur bec prolonge leur crâne. Comprends-tu ? Comprends-tu, décidément ? Avec de telles armes, ils sauraient être réellement invincibles ! Or, imagine si tu y allais, imagine ! peut-être serais-tu venu au monde sans savoir d'où tu viens ni où tu vas... avoir pris et donné sans savoir dans quel but ni pour quelles raisons... être soumis à un destin qui ne semble même pas être le nôtre... il me semble que cela est injuste."
Non ?
"Tu trouves ces paroles bien peu encourageantes de ma part ? Cela est bien vrai. Mais c'était pour introduire le fait que nous étions deux dans ton affaire. Car bien évidemment je te suivrai dans ta lutte qui est la même que la mienne. Et c'est pour cela que je veux te signaler que je connais le point faible de ces grands oiseaux noirs. Je te l'ai dit, je veux t'aider ; et je sais combien pour toi la vie est précieuse. Aussi, en attendant que je te révèle qui tu es, et que tu m'aides moi-même à trouver "la volonté obscure", je t'aiderai dans tes manoeuvres. N'est-ce pas plus honnête ?"
L'Oiseau ne répondit pas ; mais le Démon des vents ne poursuivit pas non plus la discussion ; peut-être que la réponse n'était pas passée par la parole. De toute façon, il suffisait maintenant de ce discours ; le Démon des vents sentait que l'esprit de Hîntzen s'était quelque peu perdu dans ses paroles.
Cependant l'Oiseau se remettait en marche. Le Soleil déclinait maintenant et se retrouvait confondu avec l'horizon. Les vallons avaient pris des couleurs fantastiques, grâce au jeu de lumières ; et les arbres dansaient dans l'ombre et la lumière, et les rivières reflétaient le ciel apaisé, et cette douceur de la Nature semblait elle-même apaisante, quoique ce fût peut-être là encore une illusion absurde.
Hîntzen trouva une nouvelle pierre où s'asseoir ; celle-ci brillait à la clarté de la Lune naissante, comme sur la lande d'Engammura. Il profita du spectacle, discuta un peu avec "son démon" - comme s'il s'agissait d'un être à part entière, puisqu'il ne suivait toujours pas "le folklore local" -, puis alla trouver un endroit où dormir dans un bois au milieu de la plaine.
De là, lorsqu'il regardait vers le sud, il voyait une forêt. C'était celle vers laquelle il devait se diriger ; ce serait la première fois qu'il devrait pénétrer la province de Firone. Pas tout de suite à vrai dire ; il avait sommeil maintenant.

"Eh ! Hîntzen !
- Hmm... ?
- Réveille-toi ! Quelqu'un approche !"
Ainsi parla Vaati. Le jeune Oiseau se leva. "A l'orée de ces bois ; il approche vers nous". C'eut été plus commode pour Hîntzen de savoir s'il s'agissait d'un être aux bonnes intentions ou non, mais Vaati ne le dit pas. Aussi, il resta aux aguets.
Une grande silhouette parut au milieu des arbres et des fougères. Elle était remarquable sur leur verdure, car elle portait une armure étincelante, et un casque, et elle était blonde, et ses mèches blondes s'extasiaient d'être libres.
Hîntzen la regardait avancer sans savoir où aller. Lui était resté immobile, debout, sur sa couche de fortune. Comme s'il repassait l'audition devant le Conseil.
"Eh ! L'Oiseau Blanc ! Je sais que t'es là ! Allez, viens ! Si je te voulais du mal, je me serais camouflé, quand même, soyons sérieux !
- Je suis là.
- Ah, tu ne t'étais même pas caché ! Je vais finir par me désespérer moi-même, à penser que je ne suis plus capable d'autant de vivacité qu'auparavant !"
C'était Link, le chef de patrouille. Il se rapprocha de Hîntzen avec un grand sourire et deux grands yeux saphirs.
"J'imagine que Hirô a été plutôt surpris de m'entendre parler de la sorte, non ? Bah... Il le comprendra bientôt, ça fait longtemps qu'il n'est pas venu dans la Cité d'Hyrule, après tout. A toi, on peut te dire la vérité : ce n'était que de la comédie. Car là-bas, - montra-t-il en tirant la langue - je dois jouer constamment la comédie : sans moi, le "port" de Telma n'existerait probablement pas ! Et pour garder ce train de vie, mon but, le but qui me permet de continuer à vivre, c'est de ne pas me faire trop remarquer ! En bien comme en mal, je ne dois pas être ambitieux, ni trop débonnaire, sinon... eh bien, je serais exilé, ni plus ni moins ! Hm... oh oh, je crois que je me suis un peu emmêlé dans mes paroles..."
Cette phrase demandait à Hîntzen d'intervenir :
"Comment cela ?
- Tu fronces les yeux. Tu n'as pas compris quelque chose ? Oh, je sais ! à peine on se rencontre et je te déballe tout cela ! mais c'était difficile pour moi de faire autrement, vu que moi, je te connais ! enfin, un peu plus que tu ne me connais... Après tout, c'est normal, je suis ton aîné !
- Aî-né ?"
Le "comédien" attrapa l'Oiseau et le mit face à lui :
"Y a une tête de différence... ha ha ha ! Si j'ai bien entendu, tu es mineur, non ? Ha ha ha ! c'est ce que je pensais. Quant à moi, j'ai la majorité ; c'est pas ça qui va nous différencier tous les deux de toute façon ! Car si je n'avais jamais joué la comédie, je me comporterai comme toi. Mais dès lors qu'on a appris le mensonge, on en couvre l'âme de voiles."
C'était effectivement une phrase comme l'Oiseau aurait pu en dire.
"Toi, c'est Hîntzen, c'est ça ? Je l'ai arraché à quelqu'un... comme tout ce qui te concerne, en fait ! Mais sinon, eh bien, tu as appris mon nom : je suis Link, un chef de patrouille médiocre, mais surtout pour l'instant, ton compagnon de voyage ! J'ai "remplacé" celui qui devait te suivre, sur ordre du Conseil. J'espère que j'aurai pas commis de gaffe."
Tu peux avoir confiance en lui, murmura Vaati. Mais ne révèle pas ma présence, je t'en prie. Aussi Hîntzen lui proposa un repas :
"Oh, non, j'ai eu de quoi. Et puis, par principe, c'est moi qui dois m'occuper de toi !"
Hîntzen se mit à rire doucement ; Link, lui, chaleureusement. Il était très amical ; et les deux garçons se mirent à discuter dans les bois solitaires, couverts par la nuit. Il vint à un moment pour Hîntzen de parler un peu de lui-même, sans qu'il dût raconter encore son histoire, que Link connaissait ; ce fut une sorte de soulagement pour l'Oiseau.
Ils passèrent ainsi la nuit, sans dormir, tenus en éveil par on ne sait quel sortilège.
Le lendemain, ils se préparèrent rapidement, et pour occuper leur route Link voulut raconter quelques anecdotes qui lui étaient arrivées. L'orée des bois de Firone était alors juste devant eux ; Link dériva donc sur des anecdotes de voyage qu'il avait eues dans les parages. Mais il en avait fait des récits désordonnés, qui n'avaient pour but que de divertir. Ainsi passèrent le singe à la lanterne, les chèvres évadées - Hîntzen ayant appris que son compagnon était de la région -, les marionnettes et le flûtiste et la Cocotte dorée.
Ils firent quelques pas dans les bois ; et, alors qu'ils passaient près d'une source d'eau fraîche, venue de quelques montagnes, Link le pria de s'y désaltérer. Hîntzen voulut bien, pour remplir une gourde - il n'avait pas soif. Il se demandait pourquoi Vaati n'intervenait plus, lui qui avait l'air si volubile et si désireux de vivre.
Autour d'eux, il y avait des pierres anguleuses avec des tiges de lierre arrondies sur leurs bords. Elles semblaient surgir du fond du monde, et porter, avec lui, son fardeau malheureux. L'eau qui coulait abondamment venait d'une large rivière aux forts courants mais qui n'étaient pas tumultueux. Elle roulait dans son lit des souvenirs des montagnes et les déversait dans un espèce de petit lac au fond sableux et plat. Là-haut, on voyait les frondaisons de quelques hêtres centenaires qui cherchaient à franchir leurs ombres ; et sur ce divin domaine, le Soleil régnait, avec les airs d'un roi immortel, sage, vigoureux, et attristé par les maux de son pays.

"Comme je te comprends oh toi si jeune oiseau
Qui pour survivre doit délier les longs réseaux
De l'amitié ! car qui pourrait la prêter à ce museau
Car qui pourrait me voir, moi, cet animal sot...?"

"Ah ! Comme je vois bien qui attire ta sympathie
C'est ce frère cet ami qui t'aura tout appris !
Car n'est-il pas comme toi ? N'a-t-il pas subi d'avance
Jamais ces aléas-là ? - Oh que si, sans nuance."

"Autrefois je me souviens c'était la raison qui te dominait
Ton coeur était flétri il t'était un poids à jamais
Et maintenant c'est de l'amour dont tu as besoin
Tel que le conçoivent les autres - ah tiens !"

"Si ce n'est pas mon chemin que tu désires suivre
Eh bien, ce sera le sien ; mais tu ne puis vivre
Sans aucun doute si tu ne suis personne
Et la morne déroute viendra avec l'automne..."

"Pourtant, ton sauveur devra quitter la scène
C'est le chemin du coeur qui terrible l'entraîne
Où le destin se meurt et où nul n'a d'avenir.
Ah, mais tes larmes ! tes larmes ! - qui me tirent !"

"Alors non ! Je te laisserai le suivre et le laisserai
Te prendre ! Je n'interviendrai pas contre ce règlement !
Il vaut bien mieux pour toi que tu ne sois séparé
Plutôt d'un homme vivant que de mes serments !"

"Cependant je te dois d'avoir affaire au secret
De cet homme ; là sans retard je t'en protégerai.
Car il est aussi terrible que le sont les desseins
Qui en toi et qui pour lui veulent changer le destin."

A suivre...   

Discutez de cette fiction sur le forum !

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Vikchat". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

Retour à l'index des fan fictions

vers le haut
Note légale : Ce site est protégé par les lois internationales sur le droit d'auteur et la protection de la propriété intellectuelle.
Il est strictement interdit de le reproduire, dans sa forme ou son contenu, sans un accord écrit préalable du "Palais de Zelda".