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Utopiae

Ecrit par Magiclynk


"Ce sera à toi, à vous, de faire le tri et de décider s'il faut laisser le monde se déconstruire ou tenter de réparer les dégâts. Et si en rebâtir un tout neuf vous semble l'Utopie suprême, alors surtout n'hésitez pas. Rien n'est plus jubilatoire que de transformer une utopie en réalité."
Gilbert Sinoué, À mon fils.

Choisis une carte.
Il s'exécuta.
- Bien. Maintenant, regarde-la.
Aussitôt dit, aussitôt fait. C'était le 7 de coeur.
- Maintenant, mets-la sur le dessus du jeu.
Ce qu'il fit.
- Parfait. Maintenant, je mélange le jeu.
Le magicien mélangea le jeu de manières différentes. À chaque mélange, une carte tombait sur la table. Au bout de quatre cartes, il s'arrêta et dit :
- Retourne ces cartes.
Le petit garçon les retourna et vit qu'il s'agissait des 4 as.
- Comment as-tu fait ?! dit-il avec étonnement.
- Attends, ce n'est pas fini.
Le magicien prit les quatre as et les inséra dans le jeu.
- Les as sont dans le paquet, dans le bon sens. Ils ne peuvent m'aider à retrouver ta carte d'aucune manière, on est d'accord ?
- Oui.
- Et pourtant...
Le magicien étala le jeu face en bas : Les quatre as étaient face en l'air, mais une carte demeurait face en bas entre eux. Il la sortit du ruban et, juste avant de la retourner, annonça: Voilà ton 7 de coeur.
Le garçon balbutia : "co... comment...". Et il en resta bouche-bée.
C'est alors que l'on toqua à la porte.
Le magicien alla ouvrir et se retrouva nez à nez avec une jeune femme. La trentaine, son visage précocement ridé montrait tous les signes de l'épuisement.
- Je viens chercher le petit, déclara-t-elle.
L'homme la fit entrer et appela le proclamé "petit".
Ce dernier arriva, heureux de voir sa mère.
- J'espère qu'il ne vous a pas trop ennuyé, dit la Sheikah. Combien je vous dois ?
- Rien du tout.
Et, alors que la Sheikah allait protester, l'homme ajouta:
- La gratitude qui se lit sur votre visage me suffit amplement.
- Mais... Bon, très bien. Mais c'est parce que je sais qu'il ne sert à rien de protester avec vous.
L'homme rit.
- Et je ne plaisante pas ! C'est la pure vérité !
L'homme rit à nouveau.
- Allez, vous feriez mieux de rentrer avant que le couvre-feu ne sonne, ajouta l'homme.
- Vous avez raison, pour une fois ! Au fait, j'ai croisé le facteur qui m'a donné une lettre pour vous. Apparemment, elle vient du château.
- Une lettre du château ? l'homme haussa un sourcil. Ils vont sans doute me demander de faire une représentation à une de leurs innombrables soirées. Je leur ai pourtant clairement signifié que j'avais pris ma retraite.
Il raccompagna la femme et l'enfant vers la porte.
- Au revoir et merci, dit la vieille femme.
- Ce fut un plaisir. Au revoir.
Le magicien referma la porte, traversa le salon et s'assit dans un fauteuil. Il prit la lettre pour voir de quoi il s'agissait. En examinant l'enveloppe, il vit qu'elle était effectivement cachetée du sceau de la famille royale. Il la déchira et en sortit le parchemin. Voici ce qui était écrit :

"Monsieur,
Son Altesse Royale a l' honneur de vous octroyer une invitation à un spectacle que vous assurez à l'accoutumée. Soyez présent, séance tenante à sept heures précises. Je suis à votre entière disposition pour toute question éventuelle.
Mes salutations distinguées,
Tengaro, premier ministre
d'Hyrule, au service de sa
majesté le roi."

Tiens, tiens, tiens... Un autre illusionniste ou un charlatan qui userait de vrais pouvoirs ? Il pourrait être intéressant d'aller voir. Et cela fait un moment que je n'ai pas revu ce bon vieux Tengaro, songea-t-il.

Le jeune homme et sa monture galopaient à toute vitesse.
- C'est ma tunique Zora que j'aurais dû mettre, pas cette tenue de voyage. Elle protège de la pluie, qu'il disait. Tu parles ! Ce marchand de Vallagrin va m'entendre.
Cela faisait trente minutes qu'il chevauchait sous la pluie. Epona était épuisée de galoper ainsi dans la boue ; et l'orage la rendait nerveuse.
Un coup de tonnerre éclata et Epona accéléra.
Les éclairs mettaient le feu aux buissons mais la pluie les éteignait aussitôt. Une créature ailée affolée par l'orage fonça sur eux, et Link dégaina Excalibur. Il arma son épée et s'apprêta à lui mettre un coup, mais un éclair frappa la créature la tuant avant. Un arc électrique se forma, qui toucha l'arme. Elle commença à luire, puis à vibrer. Link ne comprenait pas ce qui se passait. Il savait que quand la foudre frappait une épée, celui qui la tenait mourrait. Mais là, Excalibur brillait de plus en plus fort et tremblait. Soudain, des petits éclairs auréolèrent la lame et les gouttes de pluie partaient en vapeur quand elles la touchaient. Link la tenait le plus haut possible pour éviter d'être brûlé. Soudain, la petite Triforce gravée sur la lame se mit à luire de 3 couleurs différentes : une rouge, une bleue et une verte, et un rayon de lumière rectiligne sortit de l'épée puis partit dans la direction vers laquelle elle était pointée.
Le bras de Link tremblait si fort que l'épée lui échappa. Le laser partit en direction du sol et creusa un gros trou fumant. Epona rua et Link s'accrocha comme il put. Une fois qu'elle fut calmée, Link descendit de cheval et ramassa l'épée de la main gauche, mais elle tremblait toujours aussi fort, si bien qu'il dut la prendre à deux mains. Lorsque sa main droite (qu'il utilisait pour tenir son bouclier) toucha Excalibur, le rayon lumineux diminua d'intensité puis se changea en dôme de lumière, d'environ un mètre de diamètre, juste au-dessus de la pointe de la lame. Link était émerveillé. Le dôme éclairait le chemin, le protégeait de la pluie et le réchauffait. Il remonta à cheval et repartit en direction du château.

Le magicien monta sur son cheval, un étalon noir, et se dirigea vers la sortie du village Cocorico. Il croisa la vigie postée à l'orée du village, la salua et franchit la barrière. Lorsqu'il sortit de la petite vallée, le vent et la pluie le frappèrent de plein fouet. Malgré cela, il distinguait quand même les lueurs de la citadelle. L'homme remonta le col de sa veste et frissonna. Son cheval avança sans que son maître n'ait besoin de lui dire quoi que ce soit...

L'homme jubilait. Tout se passait si bien. Il avait infiltré le château et pourrait bientôt se venger. Une petite vengeance, certes, mais qui lui permettrait quand même de trouver ce qu'il cherchait pour accomplir la véritable vengeance qui l'amènerait au pouvoir. Il passa une main dans ses cheveux teints en noir et commença à rire, d'un rire qui vous faisait oublier tout espoir.

Le magicien eut le réflexe salvateur de sauter de cheval. Un octorok, plus gros que la moyenne, lui faisait face. Il cracha une pierre de la taille des deux points réunis du magicien sur ce dernier. Le vieil homme esquiva, fonça sur l'octorok l'épée brandie et lui sauta par dessus. Alors qu'il se retournait pour lui assener un coup, il vit un rayon lumineux traverser le monstre de part en part. Puis soudain le rayon décrut et disparut, laissant un gros trou fumant dans le cadavre de l'octorok. Celui-ci disparut dans un nuage de fumée noire tourbillonnante, ce qui ne se voyait pratiquement pas dans les ténèbres de la pluie et de l'orage. Le magicien remonta à cheval, se demandant d'où provenait le rayon de lumière. "Bah, quand on a eu une vie comme la mienne, on ne s'étonne plus de rien." se dit-il dans un sourire. Puis il quitta le lieu du combat.

Le reste du voyage se passa sans encombre. Mais, arrivé à l'entrée ouest de la citadelle, il vit que les portes se refermaient. À sa droite, un cavalier, brandissant un bâton d'où s'échappait une sorte de dôme lumineux, galopait à toute allure.
Le magicien murmura à l'oreille de son cheval: "Allez, Rokwea, il est temps de nous montrer de quoi tu es capable, si tu ne veux pas passer la nuit dehors."
Le cheval hennit comme pour répondre, et commença à galoper de plus en plus vite. Il ne tarda pas à doubler l'autre cavalier, qui paraissait avancer au trot.
Link, puisque c'était lui, éperonna son cheval en disant: "Tiens, il y en a un qui veut faire la course ? Il a mal choisi son adversaire. Vas-y Epona, tu peux le rattraper !"
Et, en effet, Epona, qui semblait être à sa vitesse maximale, accéléra encore.
Elle ne tarda pas à rattraper Rokwea et à le dépasser. Le magicien, voyant cela, héla son cheval et dit : "Vas-y Rokwea ! On dirait que tu as trouvé un cheval aussi rapide que toi !"
La monture rattrapa Epona à grand peine. Les deux chevaux passèrent la porte en même temps juste avant qu'elle ne se referme. Ils traversèrent la citadelle à une vitesse à peine imaginable, telles des ombres prises de folie. Mais Epona dérapa un peu, ce qui lui fit perdre de la vitesse. L'autre cheval arriva à la place centrale, Epona derrière lui. Mais, alors que Rokwea contournait la grande fontaine, Epona continua tout droit. Elle accéléra encore, ayant déjà dépassé le maximum de vitesse qu'un cheval ordinaire pouvait atteindre, puis elle transcenda ses propres limites et sauta par dessus la fontaine.
Link hurla. Le magicien, interpellé, leva la tête et en resta bouche bée. Epona effleura le haut de la fontaine de ses sabots. Elle atterrit devant l'étalon noir, trébucha, réussit à se redresser sur le pont-levis menant au château et finit en dérapage dans la cour.
Elle termina son dérapage et se dirigea d'elle même vers les écuries. Une fois qu'elle fut entrée, Link descendit de sa monture et se dirigea d'un pas mal assuré vers le mur du fond, où il rendit son déjeuner. Epona s'effondra et Rokwea pénétra à son tour dans les écuries, les naseaux fumants. Link vomit son petit déjeuner et le magicien sauta à bas de sa monture. Il éclata de rire en voyant Link.
- Eh bien, quelle chevauchée ! Vous allez bien ? À voir votre tête, on dirait que non. Bah, vous inquiétez pas, votre teint va bien avec votre tunique.
Link sourit, et demanda :
- D... d'où vient votre cheval ? Je n'en ai jamais vu d'aussi rapide, hormis Epona. Bon, elle, ça peut s'expliquer au fait qu'elle a été nourrie au lait lon-lon tous les jours.
L'autre homme le regarda d'un air énigmatique, puis changea de sujet :
- Pourquoi votre épée brille-t-elle de cette façon ? Elle a l'air gorgée d'énergie magique.
Link haussa un sourcil, puis décida de ne pas s'attarder sur ce brusque changement de sujet :
- Ah, ça ? C'est un peu compliqué à vous expliquer. Avant, elle émettait une sorte de dôme lumineux. J'avais oublié que je la tenais encore dans les mains.
Le quinquagénaire s'avança et lui tendit la main :
- Mon nom est Zelmar. Enchanté.
Link lui serra la main
- Mon nom est Link. Enchanté également.
- Link ? Le Link ? Celui qui a ramené Hyrule à la lumière, en traversant le temps et se servant du vent pour se guider ?
- Hum, oui, c'est cela... Mais Link suffit amplement. Je n'aime pas trop que l'on m'appelle héros du temps et gnagnagna...
- Comme vous voulez. Je ne comprends pas pourquoi vous refusez cette gloire que vous méritez, mais c'est votre choix...
- Bien, je pense qu'il vaudrait mieux rentrer au château si nous ne voulons pas arriver trop en retard.
Sur ces entrefaites, les deux hommes se dirigèrent vers les grandes portes sous la pluie battante. La lumière émanant d'Excalibur faiblit puis s'éteignit.

Link, après s'être habillé et coiffé dans ses appartements, gagna la grande salle. Le décor était époustouflant. Le jeune homme, qui venait rarement au château, était peu habitué à ce spectacle. Des lampions, guirlandes et autres étaient dressés un peu partout, et une scène avait été dressée pour l'occasion. Une grande table faisant office de buffet trônait au fond de la salle. Face à la scène, de nombreux fauteuils avaient été installés. Les convives se servaient au buffet et s'asseyaient à de petites tables, souvent à deux ou trois. En effet, le principal sujet de la soirée était le spectacle qui devait commencer d'ici une demi-heure. Le roi, à la gauche de Link, était assis dans un grand fauteuil. À ses cotés se tenait sa fille, dans un fauteuil plus petit. Non loin se trouvait Tengaro, plongé, semblait-il, dans une grande discussion avec Zelmar. Link se dirigea vers le roi pour le saluer. Zelda, en voyant Link, se fit toute petite et rougit.
Link s'inclina et dit :
- Mes hommages, mon roi. Je suis heureux de voir que vous allez bien.
- Bonsoir, Link. Voici ma fille, Zelda, que vous connaissez déjà.
Link s'approcha de la princesse et lui fit un baisemain.
- Princesse, c'est un honneur. Et cette robe vous va à merveille.
- C'est un honneur pour moi également, Héros venu de la forêt.
Le dénommé "Héros de la forêt" serra les dents. Il détestait ce petit jeu, cette manière de parler.
- Le spectacle commencera bientôt. J'espère qu'il vous siéra. Et cela nous changera du spectacle habituel de Zelmar, bien que celui-ci ait toujours une nouveauté à nous proposer.
- Zelmar est magicien ?! s'étonna Link.
- Bien sûr ! Mais comment se fait-il que vous le connaissiez ?
- Oh, je l'ai simplement croisé aux écuries.
- Bien, fort bien. Je vous conseille d'aller goûter le buffet, les cuisiniers se sont surpassés, conclut le roi.
Link comprit que le roi l'invitait à prendre congé.
- Je m'y rends de ce pas, Altesse.
Il s'inclina devant le roi et sa fille, puis se dirigea vers Tengaro et Zelmar.
- Ah, vous revoilà ! s'exclama ce dernier.
- Bonsoir, héros du temps. dit Tengaro.
- Je vous ai déjà demandé de ne pas m'appeler comme ça !
Link était furibond. Il ne supportait pas les manières des nobles, et encore moins qu'on l'appelle "héros du temps" ou les déesses savaient quoi d'autre. Tengaro le savait, mais il s'efforçait d'apprendre à Link "les bonnes manières". Malheureusement, on ne remplit pas une coupe déjà pleine.
- Mais c'est ce que vous êtes ! Pourquoi le niez-vous ?
- Car je n'aime pas ça ! Tout le monde s'imagine que je suis une sorte de demi-divinité, ou que sais-je encore ! Si je pouvais donner ma gloire à un autre, je le ferais volontiers !
- Excusez-moi, Link, je ne voulais pas vous offenser. Mais ma foi, vous êtes ce que vous êtes, et rien ne pourra le changer.
Ces excuses, censées apaiser Link, ne le rendirent que plus furieux. Il ôta son gant et mit le dos de sa main à deux doigts du nez de Tengaro. La Triforce du courage luisait étrangement.
- Vous croyez que j'ai choisi ma destinée ? Farore m'a élu sans me demander mon avis ! Qui vous dit que j'ai voulu cette vie ?!
Link ne cessait d'élever la voix, jusqu'à crier presque.
- Calmez-vous, Link !
La voix provenait de derrière son dos. Il se retourna et se retrouva nez à nez avec Rauru.
- Non, j'en ai plus qu'assez !
C'est alors qu'il remarqua que tout le monde s'était tu et le regardait fixement. Il sortit de la salle à grand pas et se dirigea vers l'aile ouest, où il avait ses quartiers. Arrivé dans sa chambre, il se coucha sur son lit et ferma les yeux. Le jeune Hylien resta ainsi jusqu'à ce qu'il soit calmé, puis se leva. C'est alors que l'on toqua à la porte. Il alla ouvrir.

Une jeune femme se tenait dans l'encadrement. Elle portait une robe blanche toute simple, qui n'enlevait rien à sa beauté. Elle avait un visage fin, un petit nez et des yeux verts en amande. Mais ce qui frappait le plus dans son apparence, c'était ses cheveux. Lâchés, descendant en cascade jusqu'au bas de ses fesses, ils étaient châtain, légèrement ondulés, avec des mèches blondes et rousses, noires et brunes, tel les feuilles de l'automne.
Link balbutia :
- A... Arya, c... c'est toi ?
- Qu'y a-t-il ? C'est ma beauté qui t'éblouit à ce point ?
- Je croyais ne jamais te revoir...
- Mais je suis là, et nous sommes à nouveau réunis.
Puis elle se jeta à son cou et l'embrassa.

Zelda demeurait mélancolique. Cela faisait un moment que Link n'était pas revenu.
- Arya... Pourquoi diable Tengaro l'avait-il invitée ?
La jeune princesse était la seule à connaître la relation entre la reine de Labrynna et Link. Le héros se confiait volontiers à la princesse et il n'avait pas réalisé la douleur qu'avait sentie Zelda lorsqu'il lui avait parlé de sa relation avec Arya. Aujourd'hui, Zelda en souffrait à chaque instant, et encore plus maintenant qu'elle savait qu'ils étaient réunis dans la même chambre depuis un certain temps. Ce n'est qu'à cet instant qu'elle se rendit compte que son père l'invitait à s'asseoir. Elle le rejoignit en s'excusant. Comme le voulait le protocole, son père s'asseyait le premier, puis c'était son tour. Les autres invités pouvaient alors s'installer. Les sages, le roi et sa fille, Link (dont le siège était vide) et exceptionnellement Zelmar étaient assis au premier rang. Les autres invités étaient plus ou moins éloignés de la scène suivant leur statut.
Toutes les lumières étaient maintenant dirigées vers la scène, où le rideau doré commençait à se lever, dévoilant ainsi peu à peu une silhouette toute de noir vêtue. C'était en fait un homme de haute taille, d'une carrure impressionnante. Dans ses yeux bleus brillait une lueur étrange, et l'expression de son visage montrait tous les signes de l'impatience. Il passa nerveusement une main dans ses cheveux teints en noir.

Link lui caressa les cheveux. Cela faisait si longtemps...
- Comment se fait-il que tu sois là ? Labrynna n'est pas la porte à côté.
- C'est Tengaro qui m'a invitée. J'ignore pourquoi, d'ailleurs. Ce n'est qu'un petit spectacle. Mais peut-être qu'il est au courant de notre relation, car il parlait de toi dans son invitation. C'est uniquement pour ça que je suis venue.
- Merci. Tu ne peux pas savoir à quel point tu m'as manqué. Je pense aussi qu'un petit voyage à Labrynna me ferait du bien, car ici, tout le monde s'agenouille devant moi et veut que je lui donne ma bénédiction.
Elle rit.
- Allez, viens. Il va falloir que tu supportes la compagnie des nobles encore un moment, parce qu'il ne serait pas très poli d'arriver à la fin du spectacle.
- Tu as sans doute raison, hélas, soupira-t-il.
Ils s'habillèrent rapidement et sortirent.

Quelque chose clochait. Zelmar n'aurait su dire quoi, mais quelque chose dans le spectacle du magicien sonnait faux. Aucun des convives, bien sûr, ne semblait avoir remarqué quoi que ce soit. Soudain, il comprit. Alors que le magicien aurait dû actionner un mécanisme pour le bon déroulement du tour, il ne le fit pas. Au contraire, il ne bougea pas un doigt et remua les lèvres. Zelmar se leva en s'excusant et se dirigea vers la sortie de la salle.

L'homme s'inquiétait. Si Zelmar avait tout découvert, il ne tarderait pas à dévoiler la supercherie.
Le faux magicien s'épongea le front, celui-ci étant moite de sueur, et pressa le foulard qu'il venait d'utiliser au-dessus d'un seau tout en murmurant un sort. Aussitôt, une grande quantité d'eau s'écoula du foulard, accompagnée des rires des spectateurs. Puis il saisit le seau et fit mine de jeter son contenu sur le public, mais en lieu et place du liquide, il en sortit des confettis. L'homme soupira. Maintenant, Zelmar pouvait tout révéler, il serait trop tard. Ce n'est qu'à cet instant qu'il remarqua que Link n'était pas parmi les spectateurs. L'homme cria de rage et lança un sort qui transforma tous les confettis en fumée toxique. Les personnes présentes commencèrent à tousser, et le faux illusionniste dévoila sa véritable identité :
- Moi, Ganondorf, fils de Twinrova, vais enfin accomplir ma vengeance ! Mais avant toute chose deux personnes ici vont mourir.
L'illusionniste, ou plutôt Ganondorf, saisit une dague dissimulée dans sa manche et sauta au bas de la scène, pour atterrir devant le roi. Il lui planta la dague dans le cou, ignorant le jet de sang qui lui couvrit la poitrine. Zelda hurla, tendit les mains en direction de Ganondorf, une onde d'énergie bleutée lui traversant le corps. De ses mains jaillit de l'eau, qui gela instantanément. Ganondorf fut prisonnier d'une gangue de glace. Zelda, elle, était protégée par une bulle d'eau protectrice, l'amour de Nayru. Le seigneur du mal rugit et brisa la glace qui l'entourait d'une explosion de flamme. Lui aussi fut parcouru d'une onde d'énergie, rouge par contre. Mais, alors que Zelda n'avait paru agir que par instinct, Ganon semblait savoir contrôler cette énergie. Il enflamma sa dague et la lança sur la princesse - qui était reine maintenant -, mais l'amour de Nayru l'arrêta. La reine chancela, s'accroupit, puis tomba en arrière, au milieu des autres corps évanouis.

Link et Arya, en entendant les cris, se mirent à courir. Ils entrèrent dans la salle et eurent tout juste le temps d'apercevoir une silhouette sombre partir en courant par une porte opposée. Link se précipita à sa poursuite, et, en franchissant le pas de la porte, vit Zelmar allongé sur le sol, une vilaine blessure à la tête. Mais aucune trace de Ganondorf. L'élu du courage s'agenouilla aux côtés de l'illusionniste pour inspecter la blessure, qui se révéla n'être que superficielle. L'homme aux tempes grisonnantes gémit et ouvrit les yeux. "Link... Je vais bien. L'homme qui m'a fait ça a disparu dans le mur, là...". Le jeune Hylien se leva et scruta la paroi, mais celle-ci ne comportait aucune faille.
- Je ne vois rien. En êtes-vous sûr ?
- Je l'ai vu de mes yeux vu. S'il ne m'avait frappé avec une telle force, j'aurais peut-être pu le suivre...
Sur ces mots, le vieil homme se leva, chancelant. Link le rattrapa de justesse. C'est alors qu'il entendit Arya l'appeler. Zelmar lui fit signe qu'il arriverait à se tenir debout tout seul.
Le héros retourna dans la grande salle et s'avança vers Arya. Celle-ci était agenouillée près du roi, qui gisait par terre avec sa fille, contrairement aux invités qui, eux, paraissaient dormir sur leur siège.
- Que se passe-t...
Il interrompit sa phrase en voyant la flaque de sang qui mouillait ses bottes.
- Le roi est mort, dit simplement sa femme.
Cette dernière se sentit faiblir. Que lui arrivait-elle ? Le monde bascula.
Link se précipita, et elle atterrit dans ses bras, inconsciente. Lui aussi commença à ressentir les effets du poison. Le monde tournait autour de lui.
Zelmar, toujours un peu sonné, entra dans la pièce au moment où Link s'affaissait. Il toussa. Qu'avait-il bien pu se passer ? Une odeur étrange régnait dans la pièce, qui lui était familière. La lumière se fit dans son esprit. C'était de l'Ortensia Sensitive, utilisée en petite quantité pour droguer les gens et en grosse quantité pour les faire tomber dans le coma. L'illusionniste se dépêcha d'ouvrir les fenêtres, créant ainsi un courant d'air salvateur. Soudain, un hurlement retentit dans la pièce. C'était Zelda qui venait de se réveiller.
- Père !
- Princesse, calmez-vous !
Zelmar se précipita, mais Zelda s'agitait et continuait à hurler. Tout à coup, elle parut prendre conscience du vieil homme. Posant sur lui un regard larmoyant, elle lui demanda :
- Comment va-t-il ? Comment va mon père ?
Question embarrassante. Alors que le magicien allait répondre, Link se réveilla. Ce dernier se précipita vers Arya, constata qu'elle s'éveillait et se dirigea vers la reine d'Hyrule. Celle-ci réitéra sa question :
- Mon père, il va bien ? Répondez-moi !
Link s'écarta, laissant voir le corps baignant dans son sang.
Zelda se leva, trébucha, se redressa tant bien que mal et se jeta sur son père, enfouissant la tête dans le manteau autrefois immaculé, maintenant rouge carmin.
Arya, pleinement réveillée, gémit :
- Link, où est celui qui a fait ça ? Il faut... Il faut le retrouver...
- Ganondorf s'est volatilisé. Il a disparu en passant à travers un mur, intervint Zelmar.
La reine de Labrynna sursauta en entendant le nom maudit.
- Ganondorf ?! Comment est-ce possible ? Il est mort ! MORT !
- Il faut croire que non. Et pour notre plus grand malheur...
Link intervint, tout aussi bouleversé qu'Arya :
- L'heure n'est pas à la palabre. On a Ganondorf à retrouver, les nobles à réveiller et le cadavre du roi à transporter.
- Vous avez raison, Link. Qui se charge de trouver Ganon ?
- J'y vais. je suis le seul de taille à l'affronter.
- Alors je viens avec toi, répliqua Arya.
- Non, c'est trop dangereux. Imagine qu'il te tue par surprise, comment le vivrais-je ?
- Et moi donc ?! Qui te dit qu'il n'est pas beaucoup plus puissant qu'auparavant ? Autant que je t'accompagne.
Mais Zelda interrompit le dialogue en disant simplement :
- Cela ne sert à rien. Vous ne le retrouverez pas. De plus, sa puissance a augmenté incroyablement. D'après ce que j'ai vu, il est capable d'utiliser ses pouvoirs d'élu volontairement.
- Et pourquoi est-ce qu'on ne le retrouvera pas ? Explique-toi, nom d'un chien !
- Plus tard. Comme l'a dit Zelmar, l'heure n'est pas à la palabre.
À cet instant, le chagrin parut la rattraper. Le flot de larmes, qui semblait s'être tari, recommença à couler de plus belle. La reine se prit la tête entre les mains, dissimulant ses pleurs.
Zelmar tomba à genoux. Visiblement, lui non plus n'avait pas subi que des dommages physiques. Malgré tout, il articula tant bien que mal :
- Très bien. Transportons...
- Très bien ?! Comment ça très bien ?! Vous...
Zelmar ne s'offusqua pas de cette coupure violente. Par contre, Arya rétorqua avant que Link ne puisse finir sa phrase :
- Calme-toi ! Il ne sert à rien de s'énerver ! Nous sommes tous à bout, et se chamailler n'arrangera pas les choses.
Se blottissant contre son torse, elle lui prit la main et déposa un doigt sur ses lèvres. Zelmar, étonné, regarda Arya avec admiration. Elle savait parfaitement comment calmer son époux. D'ailleurs, celui-ci respirait déjà plus calmement.
- Je... tenta-t-il d'articuler.
- Chut. Ne dit rien. Transportons le roi ailleurs et réveillons les nobles. C'est tout ce que nous avons à faire. Nous n'avons pas à nous énerver.
Elle serra sa main plus fort.
- J'avoue que tu as sans doute raison, dit Link. Pardonnez-moi, Zelmar.
- Ce n'est rien. Je te comprends, ou plutôt, j'essaye de te comprendre. Allez, aide-moi à porter le roi.
- D'accord. Arya, je te rejoins après.
- Ne t'en fais pas. Je m'occupe des invités avec Zelda.
Mais la reine ci-nommée ne voulait pas lâcher le corps de son père. Elle s'agrippait à lui avec toute la force qui lui restait.
- Princesse, nous le transportons ailleurs. Vous aurez tout le temps de le voir après, fit Zelmar dans une vaine tentative de la convaincre.
Zelda demeura muette et n'en lâcha pas moins le roi.
Arya s'avança, glissant quelques mots à l'oreille de la nouvelle reine. Celle-ci se redressa, posa sur Arya des yeux suppliants, et murmura :
- Mais... je veux rester auprès de lui...
- Ta peine n'en sera que plus grande encore. Viens, oublie ton chagrin pour un court instant. Juste un petit moment, c'est tout ce que je te demande.
Pas de réponse. Néanmoins, la jeune reine se leva, ferma les yeux de son père et essuya le filet de sang qui lui coulait de la bouche, en essayant de ne pas regarder la gorge du défunt.
Zelmar était encore plus impressionné. Arya possédait le don de parler aux gens et de les comprendre.
Link souleva le roi, attendant que le magicien fasse de même. Celui-ci passa une main dans ses cheveux, effleura sa blessure et poussa un soupir, comme pour évacuer son abattement. Il souleva à son tour le cadavre, et ils le transportèrent jusqu'à l'infirmerie, de l'autre coté du château. De leur côté, les deux reines s'activaient à réveiller les invités, avec des murmures et même des claques quand il le fallait. Certains s'éveillaient en sursaut, d'autres émergeaient lentement.

Les médecins et autres infirmiers poussèrent des cris de surprise quand ils virent les deux hommes portant la silhouette carmin. Et ils crièrent une nouvelle fois lorsqu'ils virent qu'il s'agissait du roi. Une des jeunes infirmières, n'ayant encore jamais vu de cadavres, s'évanouit.

Rauru s'exclama :
- Où est le roi ? Il faut absolument que je m'entretienne avec lui. Laissez-moi passer !
Mais Arya le retint avec une force surprenante. Elle murmura à l'oreille du sage :
- Chut, n'ébruitez pas la nouvelle pour l'instant. Le roi est... mort.
La jeune femme eut du mal à reconnaître sa propre voix. Le sage, quant à lui, se frotta l'oreille.
- Co... comment... non ! C'est impossible !
Il tomba à genoux. Le roi était mort. Cela ne pouvait être. Pas maintenant. Pas dans un moment pareil. Pas alors que la guerre allait être déclarée par les pays voisins. Pas en pleine crise économique. Et, surtout, pas maintenant que Ganondorf était revenu.
- S'il vous plaît, ne dites rien à personne. Il pourrait y avoir certaines conséquences regrettables, surtout dans un moment comme celui-là, plaida Arya.
- Je... vous avez raison. Évitons d'en parler. Mais les gens le remarqueront bien vite.
- Sans doute, mais c'est toujours ça de gagné. Au mieux, nous arriverons à gagner deux jours, ce qui permettra à la nouvelle reine de se familiariser avec ses fonctions un petit peu. Mais dans deux jours, nous devrons donner lieu aux funérailles.
Une dame âgée se retint au bras d'Arya pour ne pas tomber. Les jambes flageolantes, elle réessaya de faire quelque pas, avec succès.
Rauru reprit :
- Si peu de temps... et tant à faire. Courage !
- Et Sagesse ! Que la Triforce soit avec nous...
- Exactement. La force est du côté de Ganondorf, mais qu'est-ce que la force sans sagesse pour la guider, et sans courage pour l'entraîner ? Malgré tout, les jours à venir vont être bien sombres. Que la Triforce soit avec nous, Arya cheveux d'automne.

- Nous ne pouvons rien faire. Il est mort.
- Mais bien sûr qu'il est mort ! Tout ce qu'on veut, c'est que vous le gardiez là en attendant de l'amener à la morgue.
- Très bien (le médecin jeta un coup d'oeil à l'infirmière affalée sur le sol). Vous, là, dit-il en désignant deux aides-soignants. Ranimez-la avec des essences de firvudier et deux bonnes claques. Quant à vous, amenez le roi en sous-sol, dit-il à deux autres aides-soignants.
- Ah, et s'il vous plaît, intervint Zelmar. Ne parlez pas de la mort du roi maintenant, cela plongerait beaucoup de gens dans la panique.
- Très bien. Quoi d'autre ?
- C'est tout pour le moment, mais vous devriez avoir un sacré monde tout à l'heure.
- Que s'est-il passé exactement ? La mort du roi m'affecte plus que ce que mon visage exprime.
- Vous apprendrez tout plus tard. Pour l'instant, nous avons d'autres problèmes à gérer. Un discours viendra bien assez vite. Trop vite, même.
- Qu'entendez-vous par là ?
Je vous l'ai dit, vous saurez tout plus tard.

Zelda se redressa, aidant un jeune homme à se lever. Le plantant là, elle alla retrouver Arya.
- Je crois que c'était le dernier. Maintenant, il va falloir s'occuper de la vague de panique quand ils auront repris leurs esprits.
Justement, une dame s'écria :
- Où est le roi ? Ganondorf...
Arya la coupa, disant simplement :
- Le roi a été transféré à l'infirmerie, et Ganondorf s'est échappé par on ne sait où. Mais il n'a pas causé plus de dommages que ça.
Un murmure passa, rapidement amplifié. Zelda s'écria :
- Mon père est blessé et ne peut venir pour l'instant, ainsi je vous prierais de rester tranquille. La situation est sous contrôle, ne vous en faites pas.
Puis, pour elle-même, elle ajouta :
- Du moins je l'espère...

Zelda poussa un soupir. Levant le nez de sa liasse de papier, elle appela sa servante.
- Impa, va me chercher un porteur, s'il te plaît.
- Je m'y rends de ce pas, Altesse. Autre chose ?
- Non, ce sera tout. Quoiqu'en fait, si. Apporte-moi un verre d'eau glacée.
Elle songea à tous les éléments arrivés depuis la mort de son père. D'abord, la nouvelle de l' "incident" s'était propagée comme une traînée de poudre, et nombre de pays voisins y avaient vu l'occasion de déclarer la guerre à Hyrule. Deuxièmement, les Gerudos avaient fait sécession pour s'allier Holodrum, un pays peuplé de voleurs en tous genres. De plus, les guerrières du désert avaient réussi à convaincre ce pays de se ranger du côté de Glamdrinn, grand pays du Sud. Heureusement, les forces militaires d'Hyrule étaient immenses, et bien que Glamdrinn soit un pays plus grand, il était surtout composé de villages de paysans.
Impa ouvrit la porte.
- Ma Dame, voici un verre d'eau et le porteur que vous avez mandé.
Un jeune homme, les traces de l'adolescence encore visibles sur le visage, entra dans la pièce, puis s'inclina maladroitement.
Zelda but son verre d'un trait, puis dit :
- Va porter cette lettre à la poste, et dis-leur qu'il s'agit d'une extrême urgence.
- Bien, votre Altesse.
Le jeune homme tourna les talons et quitta la pièce.
Zelda s'éventa. Il faisait une chaleur insupportable, mais elle ne savait pas si elle transpirait à cause de cette chaleur ou de la quantité de papiers qu'elle avait à remplir. Et à chaque papier signé, à chaque décision prise, elle se demandait si elle avait fait ce qu'il fallait, ou si son père ne lui aurait pas conseillé de prendre une autre décision. Sans lui, elle se sentait perdue, et à chaque instant, son absence se faisait ressentir cruellement. Le cours de la vie lui avait fait quitter l'enfance d'une manière bien trop cruelle à son goût.

Nabooru prit l'enveloppe et la décacheta. Heureusement que les prisonniers avaient le droit de recevoir des lettres... Mais à la lecture du courrier, elle éclata d'un rire amer. Zelda la convoquait au château d'Hyrule, mais celle-ci ne savait pas que la reine déchue des Gerudos avait été faite prisonnière par ses sujets. Et tout ceci simplement parce qu'elle n'avait pas voulu écouter ses guerrières les plus farouches, qui souhaitaient faire sécession. Une petite révolution avait été fomentée dans l'ombre, sans même qu'elle ne s'en aperçoive. Et un beau jour, elle s'était retrouvée cernée puis jetée en prison, avant même d'avoir pu se défendre. Bien sûr, quelque guerrières, parmi les plus anciennes, avaient bien tenté de défendre leur reine, mais sans succès. Elles aussi moisissaient maintenant dans un cachot, sans possibilité d'échappatoire.

Link contemplait le vide, Arya blottie contre lui. Zelmar, assis sur un fauteuil, semblait tout aussi abattu. Aucun ne savait quoi faire, mais tous enrageaient de ne pouvoir aider à rien. Il était très tard, mais aucun n'avait sommeil. Soudain, la coiffure défaite, de lourds cernes sous ses paupières maquillées à la hâte - la princesse tenait à se maquiller elle-même - Zelda entra. Elle s'installa sur un fauteuil et ne dit rien. Le silence s'éternisa encore un moment, puis Link n'y tint plus.
- Alors, quelles sont les nouvelles ?
Zelda ne répondit pas tout de suite. Elle ôta une boucle de ses oreilles pointues, puis murmura, comme si cela lui demandait trop d'efforts de parler :
- L'armée de Glamdrinn, alliée à une escouade de Gerudos, est en marche. Ils attaqueront par le sud.
- Par la forêt de Firone ? Ils ne savent pas ce qui les attend...
- Sans doute pas, mais une autre partie compte attaquer via l'est, au sud du lac Hylia.
- Cette région n'est peuplée que de villages. Aucune place forte pour se défendre convenablement. Ils nous balaieront comme des fétus de paille.
- Pas si nous sommes largement supérieurs en nombre. L'armée ennemie, dans sa totalité, ne comprend "que" 200 000 soldats. Si l'on réunit toutes les forces d'Hyrule, l'on totalise environ 600 000 soldats.
- Ce que je ne comprend pas, c'est que vous dites que nous serons vaincus au sud-est facilement, alors que, à ce que je sache, les soldats hyliens sont mieux entraînés que les Glamdrinnais. En envoyant une armée de même nombre que l'armée ennemie, l'on devrait les battre, non ?
- Les Glamdrinnais ne respectent pas les codes habituels. Ils détruiront les villages avec leurs bombes alchimiques dont ils ont le secret. Et ils feront de même avec l'armée. C'est pour ça que nous devons à tout prix envoyer un très grand nombre de soldats, et au plus vite. Quant au sud, la forêt et l'esprit de Lumière qui l'habite se chargeront de les détruire. Les villages de bûcherons et de bergers seront protégés, souligna Zelda en regardant Link.
Celui-ci hocha la tête. Elle avait lu dans ses pensées, lui qui craignait pour Toal et le village Kokiri.
- Et les rares survivants s'égareront dans les bois perdus, ajouta Zelmar.
- Hyrule a de la chance d'être protégée ainsi, fit Arya dans un souffle. Dans tous les cas, si votre armée se révélait en difficulté, celle de Labrynna vous soutiendrait. Je vais envoyer un courrier à mon Intendant pour qu'il dépêche nos forces en territoires hyliens.
- Merci, Arya. Maintenant, il y a un autre point sur lequel je m'inquiète : J'ai envoyé une lettre à Nabooru, pour qu'elle nous rejoigne au plus vite, car je pense que sa situation doit être très précaire. Comme elle est l'un des sages et qu'elle a juré par le sang de défendre Hyrule, elle ne peut être à l'origine du mouvement de sécession des Gerudos. Au contraire, par son serment, elle a dû être obligée de combattre son propre peuple. Quoi qu'il en soit, elle ne m'a toujours pas répondu, et je crains pour sa vie. J'aimerais envoyer des chevaliers aguerris à sa rescousse. Link, m'aideras-tu ?
- Comme sa majesté le désirera. J'avais justement besoin d'un peu d'action.
- Merci. Je vais ordonner à plusieurs Paladins de la Couronne de t'escorter. Ils seront sous tes ordres.
- Dis-moi, Zelda, tu sembles m'oublier. Là où Link ira, j'irai. Je ne veux pas être séparée de lui si tôt, et l'inaction me pèse.
- Arya, tu es la reine de Labrynna, tu ne peux entreprendre d'aussi périlleuse entreprise, dit lentement Zelda.
- Justement, je suis la reine de Labrynna, et de par mes titres, je ne peux recevoir d'ordre de toi. Et à Labrynna, les femmes sont aussi bien entraînées à la guerre que les hommes.
- Très bien, puisque tu en décides ainsi. Je ne chercherai pas à te retenir. Le ton de Zelda s'était imperceptiblement durci.
- Et bien, il n'y a plus que moi, dirait-on. Pour ma part, je tiens à vous accompagner.
- Vous, Zelmar ? Sans chercher à vous offenser, n'est-ce pas là une mission dangereuse pour vous ?
- Je sais que je ne suis plus de la première jeunesse, mais je possède quelques... disons... talents, qui ne demandent qu'à être utilisés, dit-il avec espièglerie. Et ces jeunes têtes brûlées ont besoin d'un vétéran et deux trois coups sur la tête pour ne pas finir rôtis en se jetant directement dans le feu. Puis, je commence à bien apprécier votre compagnie, à tous.
- Bon, je vois qu'il sera inutile d'essayer de vous contredire. Et de toute façon, votre aide sera la bienvenue, soupira-t-elle.
- Bien ! Quand partirons-nous ?
- Demain, à l'aube. Mon Solarian vous attendra dans la salle de garde de l'aile est. Je veux que votre départ se fasse incognito, c'est pourquoi il vous guidera par des chemins détournés.
- Bon, nous ferions donc mieux d'aller nous coucher, remarqua Zelmar.
- Attendez une petite minute. Le ton de Link était ferme et froid.
- Qu'y a-t-il ? Si nous devons partir tôt demain...
- Je veux des explications, Zelda. Comment se fait-il que Ganondorf, après être entré dans une pièce sans issue, ait disparu ? Et cela me paraît étrange de sa part, qu'il ait choisi la discrétion, alors que s'il avait effectivement récupéré tous ses pouvoirs, il aurait pu monter une armée d'ombres et s'emparer de la citadelle !
- Je vois qu'il est temps que je vous révèle un des plus anciens secrets de ce monde...
- Les Déesses savent ce que ça va être encore... Après les secrets sur la Triforce, le peuple des Minishs et le monde du Crépuscule, je ne vois pas ce qu'il peut y avoir d'autre...
Zelda ne releva pas le sarcasme. Elle continua sur un ton monocorde, le regard porté sur une tapisserie représentant Link, qui se postait devant elle avec son ridicule bouclier, face aux puissants sortilèges de Vaati, une dizaine d'années auparavant.
- Ce secret, transmis uniquement dans la famille royale d'Hyrule et dans la famille royale de Stellarion, Ganondorf l'a découvert par des moyens que j'ignore, car il est soigneusement gardé. Néanmoins...
- Stellarion ? Où est-ce ?
- C'est dans le sud lointain, le dernier pays avant la mer des Infinis. Mais ne m'interrompez plus, s'il vous plaît. Donc, comme je disais, je ne sais pas comment Ganondorf a pu découvrir ce secret. Néanmoins, je suppose qu'il a dû en retrouver des traces dans les livres de la bibliothèque du Triforcial, un des plus imposants monastères d'Hyrule. Les archives de cette bibliothèque contiennent énormément d'informations.
- Très bien, mais quel rapport avec le secret ? Viens-en plus vite aux faits !
- D'abord, avez-vous déjà entendu parler d'Utopiae, ou l'Île de l'Aether ?
Arya, Link et Zelmar se dévisagèrent. Ces deux derniers laissèrent entendre que non, alors que Celle-Aux-Cheveux-d'Automne demeurait songeuse. Elle laissa finalement échapper :
- ll me semble que dans une ancienne comptine que me chantait ma mère, il y avait référence à une telle chose, ou plutôt à un tel lieu... Je crois que la comptine allait à peu près comme ceci, en Labrynnien :

"Gizeh diu liamdreinn éoustobal,
Feria diu Eowyn chii itsudukè,
Woedian lozvinal, lozvinal...

Diu tilulma Dyless irda no tizeh kaeln,
Fio irda diu xy, no gardo sirda itsudukes,
Woedian viniaeln, viniaeln
Fion viniaeln diu gyrdess..."

Quand la chaude voix d'Arya se tut, le chant semblait encore résonner dans la pièce. Comme l'écho d'un souvenir lointain, l'antienne caressait leurs esprits. Puis il y eut soudain comme un flash, et Link se retrouva sur une plaine ensoleillée, par un beau matin d'été. Derrière lui, un à-pic de 300 mètres, qui se jetait dans la mer. Et, au loin, une île. Soudain, la terre trembla, et il fut projeté par dessus la falaise. Il tombait, quand il vit l'île bouger. Alors qu'il chutait, il vit quelque chose de tellement extraordinaire qu'il en oublia sa peur. L'île s'envolait. Elle se détachait de l'Océan, lentement... Un détail accrocha son regard : Il y avait un phare au point culminant de l'île, et celui-ci s'alluma brusquement. Sa lumière aveugla Link, qui entendit un mot, comme un souffle : "Élu !".
Une fois qu'il recouvra la vue, il s'aperçut qu'il était assis sur le canapé, comme tout à l'heure. Pourtant, l'île semblait être imprimée sur sa rétine, et l'odeur des embruns tandis qu'il chutait vers les flots paraissait toujours présente. Regardant Zelmar, il vit que celui-ci semblait secoué. Arya, entre ses bras, était tendue. Zelda les regarda d'un air interrogateur.
Link murmura :
- Utopiae...
- Arya, peux-tu nous traduire ta comptine ? Je ne parle pas le Labrynnien couramment...
- Utopiae, murmura à son tour Zelmar. Je me souviens, maintenant...
- Mais qu'avez-vous donc ? Vous semblez étranges...
- Vous l'avez vue, vous aussi ? Quel spectacle magnifique... Arya semblait en état d'extase.
- Voir quoi ?! s'énerva Zelda. Aurais-je dû voir quelque chose moi aussi ?
- Nous l'avons donc tous vu sauf toi, fit Zelmar, toujours bouleversé, son cœur battant à tout rompre. J'ai vu une île, alors que je tombais d'une falaise, et cette île s'envolait. Je n'ai jamais vu, de ma longue existence, quelque chose d'aussi beau...
- Mais de quoi parlez-vous ? Vous semblez... différents, tout à coup. Qu'avez-vous vu ?
- Je l'ai dit. Je suis tombé d'une falaise qui donnait sur la mer, et pendant que je tombais, une île au loin s'envolait... Et au sommet, il y avait un phare qui m'a aveuglé. Ah, et j'ai aussi entendu une voix qui a dit un mot que je n'ai pas saisi...
- La voix disait : "Élu", Zelda, sais-tu ce que cela signifie ?
- Et bien, Link, Ganondorf et moi-même sommes les élus de Farore, Din et Nayru, mais dans ce cas-là, j'aurais dû avoir la même vision que vous, et il ne me paraît pas logique que Zelmar et Arya aient eu cette vision aussi. Quoique, attendez, faites voir votre main gauche, s'il vous plaît.
Arya, Zelmar et Link tendirent leur main. Chez ce dernier, la Triforce s'illumina brièvement quand il toucha la main de Zelda. Chez Arya et Zelmar, il n'y avait rien...
- Je ne comprends pas. Le mot "élu" doit posséder une autre signification... Arya, peux-tu nous traduire ta comptine ?
- La voilà :

"Contemple la voûte étoilée,
Vois la Lumière qui s'allume,
Les Élus courent, courent...

La dernière Utopie est le seul refuge,
Il est l'heure, le phare s'est allumé,
Les Élus fuient, fuient
Ils fuient la dystopie..."

Zelda paraissait plongée dans d'intenses réflexions. Arya, Link et Zelmar demeuraient perplexes.
Enfin, Zelda répondit :
- Au deuxième ver, cela dit : "Vois la lumière qui s'allume". Je suppose qu'il s'agit du légendaire phare d'Utopiae.
- Le phare qui se trouvait au sommet de l'île ?
- Exactement. Au troisième ver, il est fait mention d'élus, de nouveau. J'ignore toujours ce que cela signifie. Après, il est encore fait mention d'un phare, et du terme "élu". Il est dit qu'ils fuient la dystopie.
- Justement, que signifie ce terme ? Je ne l'ai jamais entendu...
- Une dystopie est le contraire d'une utopie. Alors que dans une utopie, chacun est libre de penser comme il veut, dans une dystopie, chacun doit penser d'une certaine manière. C'est une dictature, comme en Glamdrinn.
- Tout cela est très bien, mais je ne vois pas le rapport entre une comptine, Glamdrinn et une île volante !
Zelda soupira.
- Je crois qu'il serait préférable que nous discutions de cela demain, ne croyez-vous pas ? Link, tu es sur les nerfs, nous n'arriverons à rien si tu t'emportes comme ça.
Celui-ci se renfrogna.
- Et bien vas-y, continue ! Cesse donc de tourner autour du pot !
- Très bien. Mais comprenez qu'il est difficile pour moi de vous parler de ça, car c'est un secret gardé depuis très longtemps, et je crois que personne de ma lignée n'a jamais eu à le révéler. Tout d'abord, je vais commencer par Utopiae.
Sa voix se fit plus basse.
- Il y a plusieurs millénaires, vivait sur les côtes de Stellarion un peuple libre, du nom d'Eldar. Les Eldar possédaient une technologie très avancée, à l'instar des Celestiens en Hyrule. Mais un peuple que nous connaissons bien, les molblins, est arrivé sur les terres de Stellarion - anciennement appelées Dyless - et a massacré la civilisation des Eldar. Comment des barbares armés de haches et d'épées tordues ont pu venir à bout d'une civilisation, certes non-violente, mais possédant des armes de destruction incroyables, je l'ignore. Mais les quelques Eldar survivants ont usé de tout leur pouvoir pour créer Utopiae, ou plutôt la faire s'envoler. Car c'est sur cette île que se trouvait leur plus grande bibliothèque, condensé de tout leur savoir. Et sur cette île se trouvait également une ville, joyaux de leur architecture. Ils ont dû désirer la mettre à l'abri des molblins, car ceux-ci l'auraient détruite aussi bien qu'ils avaient exterminé les Eldar.
- Je comprends déjà mieux. Mais le phare ?
- D'après la légende, le phare d'Utopiae s'allume tous les 144 ans, date à laquelle devrait reparaître le peuple des Eldar pour apporter leurs connaissances aux différents peuples. Mais cela n'est jamais arrivé. Une autre version de la légende dit que le phare serait un appel destiné aux restes des Eldar disséminés de par le monde. Mais leur peuple s'est mélangé à notre race depuis longtemps, et il est maintenant impossible de savoir qui possède encore du sang du "beau peuple", comme ils étaient appelés.
Link se prit la tête entre les mains. Zelmar se dressa, parlant soudain d'une voix forte. Les autres sursautèrent.
- Crois-tu que le terme élu fait référence aux descendants des Eldar ?
- Ça se tient, fit Arya, qui ne parlait plus depuis un moment. Cela expliquerait en tout cas pourquoi Zelda n'est pas considérée comme une élue.
L'intéressée réagit vivement.
- Je te rappelle que je n'ai simplement pas eu de vision, cela ne veut rien dire ! Je peux très bien être une élue...
Sa voix faiblit. Elle ne paraissait pas s'être convaincue elle-même.
- Bon. Dans tous les cas, ce qui m'intéresse le plus en ce moment, c'est de savoir où a disparu Ganondorf.
- Oui, tu as raison, Link, renchérit Zelmar. Comment a-t-il fait pour se volatiliser ?
- Et bien, je reviens à la légende d'Utopiae. Les Eldar ont laissé au fur et à mesure de leur voyage sur le continent des cartes, des cartes secrètes indiquant l'emplacement d'Utopiae ainsi que le moyen d'y accéder. Ils en ont déposés, à ma connaissances, six, dans des lieux tous différents. Il y en a une à la bibliothèque du Triforcial, une dans la forteresse royale de Glamdrinn, une dans le château royal de Labrynna, une dans la forteresse Gerudo, une quelque part à Holodrum et une dans ce château même. Chaque carte est cachée dans une salle magique recelant de grands pouvoirs. On dit que ces salles donnent la possibilité de se déplacer instantanément dans n'importe quelle pièce semblable. Par exemple, l'on pourrait aller de Hyrule à Labrynna en une seconde. Le problème, c'est qu'il faut un mot de passe pour pénétrer dans ces pièces, et celui-ci change à chaque fois que quelqu'un y pénètre. En fait, le mot de passe apparaît sous la forme d'un code à décrypter.
- Voilà qui explique la disparition soudaine de Ganondorf, alors !
- Peut-être, sauf que comment a-t-il pu décrypter le code, et tout simplement savoir où la salle se trouvait ? interrogea Zelmar.
- Et bien, comme il est parvenu à tous nous abuser avec son déguisement de magicien, et comme il a séjourné plusieurs jours au château, il a eu tout le temps qu'il lui fallait pour découvrir la salle et déchiffrer le code.
- D'accord, dit Arya. Mais comment est-ce qu'il a fait pour savoir qu'il y avait un code et qu'une pièce magique se trouvait dans le château ?
Link intervint :
- Simplement en consultant la bibliothèque de la ville. En effet, j'ai moi-même lu des informations à ce sujet dans un livre intitulé "Histoire d'Hyrule".
Zelda rit.
- Et bien, moi qui croyais que c'était un secret absolu... Je demanderais qu'on m'amène l'exemplaire de ce livre et que l'on épluche tous les ouvrages des bibliothèques d'Hyrule pour savoir s'il est fait mention d'Utopiae. Je n'aimerais pas que d'autres personnes, même si elles sont bien intentionnées, y aient accès.
- Bon, donc de nombreux points ont été éclaircis. Mais pourquoi ne pas nous en avoir parlé plus tôt, Zelda ? Nous aurions pu partir à la poursuite de Ganondorf !
- Parce que j'ai pris le temps, en plus de la grande quantité de travail que j'avais à faire, d'essayer de décrypter le nouveau code de la pièce. Falzerac y travaille à plein temps également.
- Falzerac ? Qui est-ce ?
- C'est l'alchimiste du château. Un marginal. Un petit peu comme tous les alchimistes, en fait, dit-elle dans un sourire.
- Bien. Mais j'aurais aimé que tu nous en fasses part plus tôt.
- Navrée, Link, mais je te signale que c'est le seul moment depuis ces derniers jours où nous avons pu nous réunir.
- C'est vrai, excuse-moi. Bien, je pense qu'il est temps que nous allions nous coucher ?
- Encore un détail, intervint Zelmar. Princesse, avez-vous une idée de l'endroit où peut se trouver Ganondorf actuellement ? Et sauriez-vous pourquoi il recherche Utopiae ?
- Je pense que Ganondorf se trouve quelque part au sud, en marche pour Utopiae. Et s'il recherche l'île, c'est sans doute pour sa puissance. Tout le savoir des Eldar s'y trouve, et dans la légende, il est fait mention d'une puissance extraordinaire. Qui possède le savoir possède le pouvoir, dit l'adage. Ganondorf doit s'être bien assagi, pour agir de cette manière.
Sa voix se tut. Ils demeurèrent silencieux. Puis Arya étouffa un bâillement.
- Et bien, vous m'excuserez, mais je crois que tout ce qui devait être dit a été dit, aussi je vais me retirer. Je vous souhaite une bonne nuit à tous.
- Link se leva également. Zelmar et Zelda firent de même.
- Que les astres veillent sur notre sommeil ! Demain sera une longue journée.
- Oh oui. Bonsoir à vous, fit Zelmar, pressé d'aller trouver son lit.
Seule Zelda demeura debout sans rien dire. Elle contempla à nouveau la tapisserie qui représentait l'attaque de Vaati, et soupira.
Oui, dormez-bien.

Loin au sud, une armée était en marche, le bruit des bottes des soldats sonnant comme autant d'avertissement funèbres...

Link se promenait dans un petit bosquet aux arbres clairsemés, écoutant le chant des oiseaux. Se baladant ainsi, ses pieds le menèrent bientôt devant un tas de ruines. Le contournant, il s'aperçut qu'il devait s'agir d'un vieux temple. Une entrée sombre se découpait à quelques pas de lui. Il avança, et avant même qu'il ne s'en rende compte, il avait franchi l'ouverture. Il faisait un noir d'encre tandis que régnait à l'intérieur une odeur de moisi. Curieusement, la lumière de dehors ne semblait pas s'avancer à plus de quelques mètres à l'intérieur. Link était indécis. Était-il prudent de continuer ? Mais, en même temps, il avait l'intuition qu'il ne servirait à rien de revenir plus tard. De toute manière, il n'avait aucun repère en ces terres étrangères et ne saurait sans doute plus regagner le temple. Il continua donc d'avancer, à tâtons, car il ne voyait rien, jusqu'à ce que son pied glisse sur la pierre moussue. Il tomba en arrière et sa main toucha quelque chose. Par réflexe, il s'y agrippa, et son doigt s'enfonça dans l'objet en pierre. Mais son gant glissa, et la tête de Link vint percuter fortement le sol. Sa vision se brouilla. Une faible lumière apparut alors. Quand Link recouvrit la vue, il vit une luciole voleter à deux doigts de son visage. Puis une autre, et encore une autre. Bientôt, ce fut tout un escadron de lucioles qui vint voler dans la salle. Link se releva et put mieux voir la taille impressionnante du lieu où il se trouvait. De forme rectangulaire, la pièce devait faire une vingtaine de mètres dans sa longueur et une dizaine en largeur. Le plafond culminait à neuf mètres au moins et il était supporté par d'imposantes colonnes en marbre noir. Link examina ce à quoi il s'était raccroché : un cylindre plein en marbre blanc, au sommet duquel était gravé une Triforce entourée par une sorte de soleil. En dessous du symbole était gravé la phrase "De la Terre jaillit l'Océan, de la Haine jaillit l'Amour et de l'Ombre jaillit la Lumière. Nous te saluons, Ô fils du beau peuple !"
Le triangle au centre de la Triforce était en fait un trou d'où jaillissaient les lucioles. Link constata qu'un des autres triangles était en forme de bouton poussoir, enfoncé. Il comprit qu'il avait dû appuyer dessus et activer un mécanisme secret durant sa chute, qui avait libéré les lucioles. Curieux, il pressa un des autres triangles de la Triforce.
À peine son doigt eut-il exercé une pression qu'un grand bruit se fit entendre. Et les murs semblèrent exploser. En réalité, seule la gangue de marbre noir vola en éclats, révélant en dessous des murs d'un blanc éclatant, percés de grands vitraux. En dernier, une meurtrière se révéla au plafond, laissant tomber un faisceau lumineux sur la Triforce. Link était émerveillé. Il appuya sur le dernier triangle de pierre, et cette fois, le marbre ne vola pas en éclats, il changea carrément de teinte. Une onde de lumière jaillit du soleil autour de la Triforce et courut sur le sol. De noir, les piliers devinrent blancs, le sol de même. Mais le pilier sur lequel était gravé le symbole devint noir en même temps que des veines lumineuses lui courraient autour. Puis une ouverture se dessina dans le fond de la salle, alors que le temple était à présent inondé de lumière. Link se dirigeait vers la porte qui venait d'être dévoilée, quand un rire éclata derrière lui. Il fit volte-face, et découvrit Ganondorf, planté en face de lui, à portée d'épée. Et justement, celui-ci tenait la sienne de façon menaçante.
- Merci, Link. Tu as percé seul le moyen de faire revivre ce temple. Sans doute pour la première fois, je te suis reconnaissant. Mais maintenant, tu ne m'es plus d'aucune utilité.
Avant que Link n'aie pu faire quoi que ce soit, une épée lui traversa le ventre.

Link se réveilla en sursaut, les mains crispées sur son estomac. Dans le même temps, il cria :
- Ganondorf !
Seules les ténèbres de sa chambre lui répondirent. Arya, à son côté, se retourna et soupira, sans se réveiller. Un cauchemar, il venait de faire un cauchemar... Malgré tout, il avait toujours la sensation glacée de la lame qui se fichait dans sa chair. Respirant un grand coup, il se rallongea. Et il laissa les volutes sombres d'un sommeil agité s'emparer de lui...

Le lendemain matin, Link, Arya, Zelda et un paladin se retrouvèrent devant la salle de garde de l'aile Est. Seul Zelmar était absent. La reine d'Hyrule coupa court à toute salutation :
- Bonjour tout le monde. Link, Arya, je vous présente mon solarian personnel, Jajah.
Celui-ci était vêtu d'une lourde armure, et portait un heaume sous le bras. Il avait les cheveux assez longs, bruns, et une épaisse barbe mangeait ses joues. Il fit un mouvement de la tête pour souligner les paroles de Zelda. Celle-ci continua :
- Il est le meilleur chevalier de tout Hyrule. Il vous accompagnera jusqu'à la forteresse Gerudo, puis peut-être jusqu'à la bibliothèque du Triforcial.
- Très bien, dit Link. Quand partons-nous ?
- Dès que Zelmar arrivera. Savez-vous où il se trouve ?
- Pas dans sa chambre, en tout cas. Je suis passé voir avant de venir.
- Inutile de tergiverser plus longtemps, le voici, lâcha calmement Arya.
En effet, Zelmar accourrait à leur rencontre.
- Excusez-moi pour le retard ! Qu'est-ce que j'ai manqué ?
- Zelda nous a présenté à son solarian ci-présent, Jajah, qui nous accompagnera dans notre mission. Qui consistera exactement en quoi, Zelda ? fit Link en se tournant vers la reine.
- Oh, excusez-moi, j'ai oublié de vous en parler ! Eh bien, je pense que le mieux serait que vous vous infiltriez dans la forteresse et que vous atteigniez les prisons pour libérer Nabooru. Puis que vous réussissiez à en réchapper vivant, ce dont je ne doute pas un seul instant.
- Simplement ?
- Non. Il vous faudra aussi l'escorter jusqu'ici.
- Si je puis me permettre, Majesté, intervint Jajah, je pense qu'il vaudrait mieux que j'escorte seul la Sage du Feu pour qu'ils puissent se rendre au plus vite au Triforcial.
Sa voix était grave, avec un accent indéfinissable.
- Je pense que c'est un choix judicieux, Zelda. Il est inutile que nous soyons trop nombreux, ajouta Link. Et plus vite nous en apprendrons sur le but de notre quête, plus vite elle sera terminée. Quand, mais quand est-ce qu'une paix durable s'installera en Hyrule ? Je suis las.
- Eh bien, dans ce cas, partez immédiatement. J'approuve votre choix. Et je suis aussi fatiguée que toi, Link, ne va pas croire le contraire...
Elle détourna la tête. Mais Arya lui tendit une enveloppe :
- Zelda, pourrais-tu envoyer ceci à mon intendant ? Qu'il sache que je ne reviendrais pas en Labrynna avant longtemps. Je lui demande également de dépêcher deux mille soldats. Voilà qui devrait t'aider suffisamment, je pense.
- Merci beaucoup, Arya. Je m'empresse de le faire.
Puis, se tournant vers l'ensemble de la compagnie :
- Je vous souhaite bonne chance ! Jajah, ramène-moi vite Nabooru !
- C'est comme si c'était fait, Ma Dame.
- Ne t'ennuie pas trop en notre absence, Zelda ! fit Link en souriant.
- Je crois que cela n'arrivera pas. Allons, dépêchez-vous !
Puis elle s'en alla de son côté, alors que tous les autres s'en retournaient vers leur destination prochaine : la Forteresse Gerudo.

Beaucoup plus loin, au milieu du désert, dans une cellule sombre et humide, une jeune femme à la chevelure rouge feu s'éveillait. Elle regarda au pied de sa porte et découvrit une cruche d'eau et une assiette de dattes. Prenant l'une d'elles, un léger éclat gris attira son attention. Une lime ! Une lime au milieu des fruits. Cela signifiait-il qu'elle avait encore des fidèles parmi ses soeurs ? Quoi qu'il en fût, c'était assurément une bonne nouvelle. Elle s'empressa de taillader la corde épaisse qui liait ses chevilles. Au bout de plusieurs minutes d'efforts acharnés, elle parvint à la rompre. Puis, elle tendit la lime au travers des barreaux à une de ses soeurs, enfermée dans une cellule voisine. Bientôt, toutes les Gerudo emprisonnées furent libres de mouvement. Nabooru chuchota :
- Écoutez, mes amies. Je propose que nous attendions ce soir pour nous échapper, quand elles viendront nous apporter notre nourriture. La nuit sera plus propice à une fuite, nous pourrons alors nous dissimuler dans l'obscurité.
- Et comment sortirons-nous de nos cellules ? intervint Namarïe, la plus ancienne des Gerudo.
- Facile, intervint une autre des femmes, plus jeune celle-ci. Ces cachots n'ont pas servi depuis si longtemps que le bois de ma porte en est pourri. Je pense pouvoir aisément le briser. Par contre, je vous signale que moi j'ai des fers aux pieds, je n'ai pas pu m'en débarrasser.
- Comment t'appelles-tu ? l'interrogea Nabooru.
- Diana, fille de Salaya fille de Namarïe, ma reine.
Il était de tradition chez les Gerudo qu'elles ignorent le nom de leur géniteur, sauf en de très rares occasions, quand elles étaient filles de l'unique mâle résidant chez elles. Mais depuis la mort de Koume et Kotake, et surtout de Ganondorf, plus aucun mâle n'habitait la forteresse.
- Es-tu bonne guerrière, Diana ?
- Ma mère faisait partie de celles s'étant sacrifiées pour vous protéger, lorsque Twinrova a décidé de se débarrasser de vous.
Les enfants Gerudo étaient formées au combat par leur mère et les doyennes.
- Salaya... Je me souviens d'elle à présent. Une farouche combattante… J'avais pris plaisir à lutter à ses côtés lors de la Troisième Grande Guerre qui nous a opposées aux Moblins. Sortant de sa rêverie, la Sage reprit : "tu briseras ta porte lorsque je t'en donnerais l'ordre, quand nos soeurs ennemies descendront nous apporter notre pitance, ce soir. Elles manquent d'expérience, elles ne savent pas qu'il ne faut jamais garder les clefs des cellules sur soi.
- Bien, ma reine.
- Maintenant, taisons-nous, j'entends quelqu'un qui vient."

Le petit groupe arriva à la poterne Est, quand ils remarquèrent que les soldats habituels n'étaient pas là. À la place se trouvaient deux paladins. Jajah expliqua :
- Ils sont dans le secret du départ. Ainsi, aucun garde ne nous verra sortir par ici. Mais un groupe de quatre personnes nous ressemblant physiquement sortira par la porte Nord. Ils feront un détour puis reviendront au château par ici, pour brouiller toutes les éventuelles pistes. Officiellement, nous nous rendons en Labrynna.
- Astucieux, dit Zelmar. Mais cela n'empêchera pas les meilleurs espions de nous retrouver, même s'il leur faudra sans doute du temps.
- Mais quels espions ? interrogea Arya. Je ne vois pas pourquoi Ganondorf voudrait connaître nos moindre faits et gestes, alors qu'il est probablement loin à l'heure qu'il est !
- Vous avez tout à fait raison, Ma Dame ! Mais deux précautions valent mieux qu'une. Et vous oubliez, avec tout le respect que je vous dois, qu'Hyrule a maintenant de nombreux ennemis déclarés.
- Dans ce cas-là, je comprends mieux. Mais je vous en prie, traitez-moi comme une égale, ce n'est pas si loin de mon trône et accoutrée ainsi que je pourrais faire valoir mes titres ! dit-elle en souriant.
- Comme il vous siéra, Ma... Arya, balbutia Jajah.
- Bien sûr, ajouta-t-elle en se tournant vers le reste de la compagnie, cela vaut pour chacun d'entre vous !
Zelmar hocha la tête.
- Très bien, même si je ne m'y ferais probablement jamais, éluda-t-il. À part ça, quel sentier devons-nous emprunter ? Je suppose que nous allons prendre celui du milieu.
- Exact. Un homme nous attend plus loin avec nos chevaux.
- Eh bien, je vois que vous avez pensé à tout ! Il est donc temps d'accélérer le pas, si nous ne voulons pas arriver quand le soleil sera au zénith.
- Ne vous en faites pas, les chevaux sont à deux furlongs d'ici, soit quatre-cent deux mètres environ. Ils sont dans une grotte derrière un des nombreux monolithes parsemant la plaine. Allez, en avant !
Ils marchèrent quelques temps dans l'herbe et la terre humides de rosée, alors que le ciel se faisait de plus en plus clair. Puis ils contournèrent un grand rocher, derrière lequel ils trouvèrent Epona, Rokwea et deux autres chevaux, l'un rouan, l'autre à la robe blanche. Dans les étriers, de nombreuses rations de voyage, et des couvertures, ainsi que tout le matériel pour préparer un camp. Mais personne n'était visible.
Ne se posant pas plus de questions, ils grimpèrent à cheval, Arya sur le cheval rouan, Jajah sur le grand cheval blanc. Ayant pris d'un commun accord la décision de quitter le sentier le plus tôt possible, pour se diriger vers le Sud, ils partirent d'abord d'un petit trop, puis au galop.
Une silhouette sortit de l'ombre, et se passa une main dans les cheveux, alors que Link se retournait sur sa selle. La silhouette fit un signe de la main, et Link répondit par le même geste. Arya s'en aperçut et regarda en arrière.
- Qui est-ce ?
- Sheik, si mes yeux ne m'abusent pas. Une ancienne connaissance.
- Sheik ? Il fait partie du légendaire peuple de l'ombre ?
- Oui... Et non. Elle se fait passer pour l'une d'entre eux.
Arya fit un mouvement de la tête. Parler était difficile au galop. La progression s'avéra bientôt ardue, car le sol était boueux et parsemé de nombreux trous. Epona et Rokwea menaient la compagnie, ayant plus de facilité à progresser. Le trajet leur parut durer ainsi pendant des heures, quand enfin ils atteignirent un petit bosquet. Le sol était suffisamment sec pour qu'ils puissent s'asseoir et se restaurer. Link déballa une miche de pain et un morceau respectable de fromage aux noix. Tous burent à leur propre gourde, puis Zelmar sortit une pipe.
- Ah, si je n'étais pas avec des compagnons aussi insolites, je me croirais en pique-nique.
- Mais ce n'est hélas pas le cas. Nous devrions bientôt repartir, la frontière du désert n'est plus très loin.
Link reçut, en guise de réprimande pour ses paroles, un rond de fumée au visage.
- Vous allez bien me laisser reposer un peu mes vieux os, quand même ! Ah, la jeunesse, toujours aussi fougueuse. Justement, le désert n'est pas loin : il est donc inutile de se presser. Je pense que nous ferions mieux de nous infiltrer là-bas, cette nuit, en toute discrétion.
- Je crois bien que vous avez raison, dit Jajah. Mais les nuits ne sont plus sûres, en ces temps troublés, comme chacun le sait. La traversée du désert ne sera pas aisée.
- Bah, n'y pensons plus, j'ai fini de fumer ! Nous pouvons repartir.
Arya fut la première à remonter à cheval. Elle partit bientôt en tête, accompagnée de Link. Ce dernier regarda le ciel. Au vu de la position du soleil, il devait être environ quatorze heures. Sortant du bosquet, si petit qu'il ne devait probablement pas avoir de nom, ils partirent encore sur la plaine, bien que les herbes se fissent plus rares et la rocaille plus courante. A la tombée du soir, de rares plantes poussaient, clairsemées, alors qu'un sol dur, bien qu'humide, s'étendait à leurs pieds. Des bosses, trop grandes pour être appelées collines mais trop basses pour être qualifiées de montagnes, se faisaient voir non loin.
- Voici l'entrée du désert, cria Link à Zelmar, tandis qu'ils chevauchaient rapidement. Nous devons être à environ trois lieues de la Gorge Gerudo, je pense.
- Il était temps ! Le soleil est bas sur l'horizon, et je suis las.
- Hélas, nous ne pourrons nous reposer de sitôt, car il n'y aura pas d'abris avant un moment !
- Puisque le sort en a décidé ainsi... Il est donc inutile que j'espère poser ma carcasse au sol trop vite !
- J'en ai bien peur. Mais allons, haut les coeurs, mon ami ! C'est vous même qui avez décidé de nous accompagner. Si tout se passe bien, dans trois jours, nous serons à la bibliothèque du Triforcial.
- Si tout se passe bien ! Mais pour l'instant, Nabooru n'est toujours pas saine et sauve...
Mais toutefois leur discussion fut interrompue par Jajah qui cria :
- À couvert ! À couvert ! Une volée de crébains arrive au loin !
En effet, un étrange nuage noir avançait contre le vent. Ils partirent à bride abattue en direction des collines, au sud-est alors que les oiseaux noirs venaient du sud-ouest. La compagnie arriva bientôt près des contreforts, où de nombreux buissons poussaient. Ils trouvèrent un petit renfoncement où dissimuler les chevaux, avant de se jeter à terre, derrière des petits rochers et buissons. Le silence se fit, troublé à peine par les reniflements des chevaux. Puis soudain, une ombre obscurcit le ciel, et toute une nuée de grands oiseaux noirs, ressemblant beaucoup à des corbeaux, passa au-dessus d'eux, dans une tempête de plumes et de croassements. Les Hyliens et Labrynnais se tassèrent un peu plus dans leur cachette, se couvrant la tête de leurs mains. Puis, au bout d'un moment, le soleil refit son apparition, et le silence s'installa. Les oiseaux étaient loin. Link se redressa, et se dirigea vers Epona, qui n'avait pas bronché, contrairement aux autres chevaux. Mais Zelmar siffla : "Non, Link !"
Celui-ci tourna la tête, interloqué. Zelmar lui fit signe de revenir. Mais trop tard. Un oiseau noir surgi de nulle part fondit sur Link et le griffa de ses serres aiguës, cherchant à lui crever les yeux. Arya bondit, et elle agrippa l'oiseau avant de l'envoyer à terre et de l'écraser de sa lourde botte. Mais deux autres crébains firent leur apparition, pinçant, griffant, avec plus de fureur encore que le premier, comme animés d'une colère vengeresse. Jajah se dressa à son tour, tirant un poignard, et attendant le moment propice pour attaquer. Mais finalement, les deux oiseaux s'en allèrent, après que Link fut parvenu à les faire choir à l'aide d'une noix Mojo.
Arya respira un grand coup.
- Quelles saletés ! Une chance que tu aies des noix Deku sur toi.
- Tu l'as dit. Ça va ? Tu n'as rien ? l'interrogea Link.
- C'est bon, merci. Juste quelques coupures.
- Ce n'est pas le moment, les pressa Zelmar. Ils vont revenir.
- Regardez, les revoilà déjà. Cachez-vous, vite !
- Je m'occupe d'eux. Mettez-vous à l'abri.
Link prit la main d'Arya.
- Vous, Zelmar ? Et comment allez-vous faire ?
- Vous verrez bien ! Éloignez-vous le plus possible, ou vous allez griller !
Jajah ne demanda pas son reste. Arya tira Link.
- Viens, il a l'air de savoir ce qu'il fait.
Les oiseaux arrivaient à toute vitesse.
- Zelmar ? Vous êtes sûr de vous ?
- Mais oui ! Mets-toi à l'abri !
Link rejoignit Arya, qui s'était dissimulée dans les fougères. À peine fut-il caché que les oiseaux arrivèrent.
Les crébains fondirent sur Zelmar, en une grande spirale. Ils avaient totalement recouvert le magicien, quand celui-ci hurla des mots d'une langue inconnue. Les oiseaux furent repoussés par une force invisible. Zelmar, à présent libre de mouvements, joignit les mains, puis fit un geste ample avant de toucher le sol de sa paume. Une colonne de flammes apparut, entourant le vieil homme de toute part. Link reconnu là le Feu de Din. Les oiseaux qui se tenaient trop proches du magicien furent brûlés. Ceux qui restaient s'envolèrent sans demander leur reste. Zelmar mis un genou à terre, alors qu'Arya se précipitait vers lui. Jajah et Link se redressèrent.
- Ça alors ! s'exclama Arya. Je n'aurais jamais cru que vous possédiez pareils pouvoirs, Zelmar !
- Le Feu de Din n'est connu que de peu de gens, ajouta Link. Et il n'est offert qu'aux plus méritants. Je suis agréablement surpris de vous en voir détenteur.
- Ce n'était rien. Mais je me sens un peu fatigué. Quelqu'un pourrait m'apporter un morceau de pain et de l'eau avant que nous repartions ?
- Bien sûr ! Vous méritez bien ça. Mais il faudra que nous quittions cet endroit au plus vite, dit Jajah. La frontière n'est pas gardée que par des oiseaux. Cela doit faire un moment que nous avons été repérés.
Zelmar prit avec reconnaissance le morceau de pain et la gourde que lui tendait Arya. Quand il eut fini, il sauta à cheval avec une vigueur surprenante.
- Allez, partons ! Chaque minute compte, et nous avons déjà perdu assez de temps. La nuit tombe.
Chacun grimpa sur sa monture, et ils ne tardèrent pas à chevaucher à grande vitesse dans le crépuscule, alors que le sol se faisait de plus en plus sablonneux.

Nabooru soupira. L'attente était longue, et elle se sentait fébrile. Elle ne cessait de se tourner et se retourner sur sa couche, quand enfin elle entendit un son. Des pas, et deux voix qui se chamaillaient.
- ... Mais oui, Silicia ! Notre reine a reçu dans sa couche le seigneur de guerre d'Holodrum !
- Et tu crois qu'elle a fait cela pourquoi ? Pour s'attirer ses bonnes faveurs ?
- Je pense, oui. Mais aussi, comme nous sommes en guerre avec Hyrule, nous ne pouvons plus recevoir les hommes de là-bas...
- Quel dommage. Les Hyliens sont tellement plus agréables que ces porcs d'Holodrum...
- Tu l'as dit ! Mais ne va pas dire ça devant notre reine, ou elle te livrera aux chacals !
Nabooru réfléchissait. Ainsi, Holodrum n'était pas totalement accepté parmi ses soeurs... Elle décida de tenter le tout pour le tout :
- Psst, mes soeurs !
Les deux voix se turent.
- Mes soeurs, reprit Nabooru, vous n'approuvez pas la politique de votre nouvelle reine, n'est-ce pas ?
Le silence. Mais une des jeunes Gerudo qui transportait la nourriture se rapprocha de la cellule.
- Écoutez, ma re... Nabooru, je veux dire. Nous n'avons pas le droit d'adresser la parole aux prisonnières, et nous avons pour ordre de ne pas donner de nourriture à celles qui tenteraient de nous parler. Alors si vous ne faites pas d'histoire, on vous donnera quand même à manger, car nous vous apprécions malgré tout. Mais ne nous mettez pas dans le pétrin, s'il vous plaît !
- Je vois. Vous avez donc peur de Jolène. Vous ne voulez pas aider votre ancienne reine, votre amie, celle qui a toujours été à vos côtés ?
Ce fut l'autre jeune Gerudo, du nom de Silicia, qui répondit :
- Nous vous aimons toujours, mais nous pensons qu'il est temps de faire changer les choses. Hyrule nous méprise et n'est pas juste avec nous ! Nous devons les vaincre, pour enfin quitter le désert. Le seigneur d'Holodrum est bon avec nous, contrairement à la princesse Zelda !
- D'accord... Vous êtes donc sûres de ne pas vouloir aider votre reine, ne serait-ce qu'en l'aidant à fuir ?
Un silence. Puis une voix choquée lui répondit :
- Nous ? Trahir Jolène ? Jamais ! Nous vous avions demandé d'être indulgente, de vous taire, mais vous n'avez pas voulu nous écouter. Vous n'aurez pas à manger, désolée, Nabooru.
Cette dernière émit un sifflement. Ses voisines de cellule se tendirent au signal. Les deux jeunes femmes portant la nourriture se dirigèrent vers la cellule la plus proche, celle de Diana. Au moment où la Gerudo allait se pencher pour faire passer la nourriture dans la trappe prévue à cet effet, la porte lui explosa au visage. Elle tomba à terre, évanouie. Silicia cria, voulut s'enfuir, mais Diana bondit, comme une lionne s'échappant de sa cage. Lui faisant un croche-patte de ses deux jambes liées, elle lui asséna un coup sur la nuque. Silicia ne bougea plus. Se redressant dans l'obscurité du cachot, Diana prit le trousseau de clefs accroché à la ceinture de la première Gerudo assommée. Rapidement, elle ouvrit les menottes qui lui liaient les pieds et les mains, puis courut libérer ses soeurs. Namarïe murmura :
- Bien, ça, c'est fait. Mais le plus dur nous attend !

La forteresse Gerudo était en vue depuis un moment déjà, et ils progressaient lentement, de dune en dune, pour éviter de se faire repérer. Ils avaient abandonné les chevaux un peu avant, entre deux grandes dunes. L'endroit était marqué par un cactus solitaire.
Au bout de quelques temps de progression silencieuse, ils arrivèrent enfin aux abords de la forteresse. Link arma son arc, qu'il avait pris sur Epona. Deux vigies étaient postées à l'entrée principale. Il décocha une flèche contre le mur depuis sa cachette, et elle le percuta dans un bruit retentissant. Les deux Gerudo sursautèrent. Elles se concertèrent un bref instant, puis l'une d'elle partit voir de quoi il s'agissait. Le groupe se divisa à ce moment. Link partit avec Arya du côté de l'entrée, toujours cachés derrière une dune. Zelmar et Jajah s'en allèrent par la gauche, vers l'endroit où Link avait décoché sa flèche. Le premier binôme resta caché, alors que le paladin et le magicien chargèrent à découvert. La Gerudo isolée, loin de la porte, eût un cri de surprise. Zelmar leva le poing et lança deux noix Mojo qu'il avait prises à Link. La Gerudo qui avait crié fut déstabilisée, et Jajah n'eut qu'à lui porter un coup du pommeau de son épée, l'assommant. Mais celle près de la porte avait tout vu, et elle s'apprêtait à courir sonner l'alarme quand Link et Arya intervinrent. Le premier barra le passage de la fugueuse. Celle-ci s'arrêta, surprise, et alors Arya eut tout le loisir de l'assommer.
- Tu crois qu'on devrait les ligoter ? interrogea Arya.
- Non, ça n'en vaut pas la peine. Allez, entrons.
- Mais... Ça me paraît un peu risqué, quand même, une telle entrée en matière ! Il vaudrait mieux préférer la discrétion, ne crois-tu pas ?
- Ne t'en fais pas, va. Je sais précisément où se trouvent les cachots, si Nabooru est retenue là-bas.
Zelmar et Jajah choisirent cet instant pour les rejoindre.
- Alors, que fait-on ? On rentre sans plus de cérémonie ?
- Au risque d'avoir une vingtaine d'amazones furieuses sur le dos ? Non merci, fit Jajah. Je pense qu'il vaudrait mieux être discret.
- Bah, à l'heure qu'il est, elles doivent toutes être en train de dormir. Je pense que nous ne sommes pas loin de la mi-nuit. Je vais rentrer seul, pendant que vous veillerez à ce que personne ne me voit.
- Ça me paraît être un bon plan, Link, mais risqué, dit Zelmar. Je vais t'accompagner, on ne sait jamais.
- Je vais l'accompagner moi, si cela ne vous fait rien, Zelmar, intervint Arya. Il vaut mieux que je veille sur lui.
- Dans ce cas, je vais rester ici moi, pour surveiller nos jeunes inconscientes, au cas où elles se réveilleraient. Et je vais trouver une monture pour Nabooru, une fois que vous l'aurez libérée.
- D'accord, Jajah. Bon, alors, allons-y !
Link, Arya et Zelmar pénétrèrent dans le bâtiment, comme des ombres dans les ténèbres. Ils arrivèrent dans un couloir avec de nombreuses portes et éclairé par des torches tout le long des murs. Sur leur gauche, un tas de caisses et d'amphores.
- Je vais me cacher là, murmura Zelmar. Je pourrais ainsi facilement surveiller le passage.
Link hocha la tête, puis partit vers le fond du couloir, en compagnie d'Arya. Quelques mètres plus loin, ils passèrent une porte, et arrivèrent dans une vaste pièce, richement décorée, avec une longue table trônant au milieu.
- Voici le réfectoire. Encore trois salles, si mes souvenirs sont bons, et nous arriverons...
Sa voix fut coupée par un bruit de lames s'entrechoquant. Il y eut un cri, puis une explosion sourde.

Jajah contourna la forteresse à la recherche d'écuries. Il tomba sur une petite annexe au bâtiment, toute en bois. Pénétrant à l'intérieur, il vit des box à chevaux, bien que plus larges. De plus, aucun cheval ne se trouvait là. À la place, se tenaient d'énormes sangliers. Le paladin remarqua que les portails des box étaient en fer forgé. Étaient-ce là des montures, ou du bétail ? Mais il remarqua bientôt des selles et tout le matériel pour monter ces animaux. Ne sachant pas comment ces bêtes réagissaient, il décida de ne pas en libérer. Il sortit du bâtiment et retourna à son poste. Mais soudain, il vit que quelque chose n'allait pas. Les deux vigies n'étaient plus là. "Les prisonnières ! se dit-il. Tabernacle ! Il a fallu que je les laisse s'enfuir."
Et à ce moment retentit un son de cloche, vif et continu, qui déchira le silence nocturne.

Nabooru se jeta à corps perdu dans la mêlée. Elle répugnait à tuer ses soeurs, même à les blesser, mais c'était le coût de sa liberté. Elle et ses fidèles, après avoir récupéré des armes dans une salle de garde, étaient tombées sur plusieurs de leurs soeurs. La fuite étant impossible, elles furent forcées de se battre. En ce moment, Nabooru combattait dos à dos avec Namarïe. Un rictus carnassier sur le visage, elle faisait virevolter sa lame, attaquant, frappant, se défendant. Elles étaient sept contre dix, vingt, trente ! Soudain, presque simultanément, l'alarme sonna alors qu'un grand baril de poudre explosait. Le souffle de l'explosion assomma et brûla la plupart des Gerudo dans la pièce. Puis une porte s'ouvrit, et deux silhouettes apparurent. Nabooru, encore secouée par l'explosion mais indemne, n'en crût pas ses yeux.
- Link ! cria-t-elle. Que fais-tu là ?!
- C'est Zelda qui m'envoie, ou plutôt, nous envoie ! Allez, viens, Nabooru !
Certaines Gerudos gémissaient sur le sol, mais beaucoup se redressaient, prêtes au combat. Arya s'élança, frappant du plat de l'épée tant qu'elle pouvait, et se fraya un chemin jusqu'au sage. Elle lui prit la main et l'emmena.
- Attends, Inconnue ! Il faut sauver certaines de mes soeurs !
Sur ces mots, la Gerudo émit un long sifflement strident, et elle chercha à rejoindre dans la mêlée des combattantes encore debout , celles qui lui étaient fidèles. Bientôt, toutes furent réunies, alors que leurs ennemies gisaient à leurs pieds. Beaucoup étaient blessées. L'alarme continuait de sonner sans discontinuer, comme pour les presser de s'en aller. Mais Diana cria :
- Grand-mère !
Et elle courut vers un corps allongé sur le sol. Il s'agissait de Namarïe, entièrement brûlée. Elle était morte.
- Namarïe ! Réponds-moi ! Namarïe, Namarïe !
Nabooru s'approcha.
- Viens, Diana fille de Salaya, nous ne pouvons plus rien faire pour elle. Essuie tes larmes, il est temps de partir.
- Non ! On ne peut pas l'abandonner là !
- Nous sommes obligés. Allons, viens !
Arya s'approcha, alors que Link se tenait silencieux, contemplant la scène. La reine de Labrynna entoura Diana de ses épaules.
- Allons, viens, s'il-te-plaît. D'autres vont arriver, et si nous ne partons pas, nous finirons toutes comme Namarïe, dit-elle d'une voix douce.
Diana réprima un sanglot, et se redressa.
- D'accord, Inconnue. Je te suis.
Link traversa le réfectoire. Il entendit des cris dans le couloir que surveillait Zelmar.
- Dépêchez-vous ! cria-t-il. Il y a de la bagarre là-bas !
Diana prit la tête des femmes, et elle courut vers le couloir. Ouvrant la porte, elle vit Zelmar et Jajah aux prises avec un groupe de guerrières. Elle lança un cri de guerre, et se jeta au milieu de ses soeurs, maniant son cimeterre si rapidement qu'il sifflait autour d'elle. Le reste des Gerudos se précipita, protégeant leur véritable reine de leur corps, et elles se frayèrent un chemin vers la sortie. Nabooru dit à Jajah, qu'elle venait de remarquer :
- Chevalier ! Va chercher les sangliers dans les écuries et amène-les devant la porte !
- Oui, Ma Dame !
Et il s'en fût en courant. Link essayait de blesser le moins possible les amazones, s'abritant derrière son bouclier, tandis que Zelmar maniait l'épée mieux que jamais.
Gentiment, les Gerudos se rapprochaient de la sortie, n'hésitant plus maintenant à infliger de graves blessures à leurs soeurs ennemies.
Bientôt, Jajah reparut, et il cria :
- Ça y est ! J'ai réuni et accroché les montures devant la porte !
Personne ne lui répondit, car tous étaient aux prises avec les ennemies en surnombre. Arya se tenait dos à Diana, et toutes deux luttaient comme des furies, encerclées de toute part. Jajah partit aider Zelmar, qui était seul, dos au mur. Ils parvinrent à rejoindre Link, puis Nabooru et ses fidèles. Arya et Diana rejoignirent à leur tour le groupe, qui courut vers la porte dans un élan simultané. Tous réussirent à sortir. Chaque Gerudo sauta sur un sanglier, tandis que Jajah décrochait les longes des montures. Les six amazones partirent à fond de train, alors que la compagnie courrait vers l'endroit où se trouvaient leurs chevaux. Des silhouettes apparurent aux fenêtres de la forteresse, des arcs courts à la main. Les flèches pleuvaient, et un trait atteignit Jajah à l'épaule. Celui-ci serra les dents mais ne dit rien. Nabooru et ses compagnes étaient loin. À quelques dizaines de mètres, Rokwea, Epona et les deux autres chevaux galopaient à leur rencontre, comme s'ils avaient senti que leur présence était requise au plus vite. Tous sautèrent à cheval, Jajah malgré sa blessure, et ils fuirent au grand galop dans la nuit. Ils ne tardèrent pas à rejoindre les Gerudos qui montaient les sangliers. Link interpella Jajah :
- Pourquoi ne nous suivent-elles pas ? Tu y es pour quelque chose ?
- J'ai fait fuir les autres montures, répondit le paladin d'une voix brisée, mais forte. Nous sommes tranquilles pour un moment !
- Bonne initiative ! Courage, Chevalier de la Couronne ! Nous pourrons bientôt nous reposer, quand le matin viendra !
Jajah ne répondit pas, une main tenant les rênes, l'autre crispée sur son épaule.

Laissant un sillage de poussière derrière lui, le groupe des dix continua sa route ainsi, galopant sur des montures diverses alors que derrière eux le ciel se teintait de gris, de bleu et de jaune, avant qu'une Aurore rouge ne se lève...

Arya s'assit brusquement sur le sol hylien, fourbue. Link, avec non moins de lourdeur mais plus d'enthousiasme, se laissa tomber dans l'herbe à ses côtés. Zelmar se coucha sur le dos et ferma les yeux. Le cheval d'Arya semblait sur le point de s'écrouler. Le soleil disparaissait lentement derrière les collines. Quelle folle chevauchée ! Tout le jour durant, pour mettre le plus de distance entre eux et la forteresse Gerudo. En fin de matinée, quand tous étaient épuisés après cette nuit sans sommeil, la Compagnie s'était séparée. Le paladin Jajah et les fières Gerudos s'en étaient allés en direction de la Citadelle, alors que les trois "élus" - Zelmar, Arya et Link -, partaient pour la bibliothèque du Triforcial, au sud. D'après Zelda, ils trouveraient là-bas de précieux renseignements sur Utopiae, l'Île de l'Aether - s'ils parvenaient à convaincre les moines gardiens de la bibliothèque de leur laisser l'accès libre aux archives.
- A quelle distance nous trouvons-nous du Triforcial ? interrogea Arya.
- Je pense que nous avons pour au moins deux jours de voyage, si ce n'est plus, lâcha Zelmar.
- Vois-tu ces reflets jaunes et blancs, dans le couchant, Arya ? dit Link. Il s'agit des Monts de Glamadrya. Ils marquent la frontière entre Hyrule et Glamdrynn. La bibliothèque se trouve dans une des vallées ouvrant une voie d'accès entre les deux pays.
- Merci pour la leçon de géographie, mon coeur, le taquina la reine. Bon, je propose que nous nous reposions, histoire de récupérer du manque de sommeil, et de nous préparer à la longue journée de demain.
- Voilà une bonne idée. Souhaitez-vous manger ? Zelmar se cala plus confortablement. Personnellement, je crois pouvoir m'endormir avant même d'avaler une bouchée.
- Nous mangerons demain. A part des haricots et de l'avoine, je crains que nous n'ayons aucune provisions. Le village de Vallagrin se trouve à une douzaine de lieues d'ici. Si nous disposions d'une meilleure luminosité, nous devrions l'apercevoir, je pense.
- Très bien. Dans ce cas...
Arya se leva et prit des couvertures dans les sacoches des chevaux. Zelmar soupira et se mit debout, comme au prix d'un grand effort. Il s'approcha de Rokwea, et entreprit de défaire sa selle. Link lui jeta un regard curieux.
- Pourquoi faites-vous cela, Zelmar ? lui demanda-t-il.
- Tous les chevaux apprécient cette marque d'attention. Après, certains vous le rendent plus ou moins. Beaucoup en profitent pour s'enfuir. Rokwea est le seul à m'être resté fidèle à chaque fois. Et puis, vous imaginez, dormir avec un tel poids sur le dos ?
- C'est vrai. Je crois qu'Epona l'a bien mérité. Link descella à son tour sa jument, et lui murmura à l'oreille : "Bonne nuit, Epona. Une longue journée nous attend demain, repose-toi bien."
Ceci fait, il se retourna, mais la jument le poussa du naseau. Elle tenta de saisir avec sa bouche l'Ocarina des Fées qui pendait à la ceinture de Link. Celui-ci secoua la tête et sourit.
- Voyons, Epona, que veux-tu ? Que je joue de l'ocarina ?
Celle-ci fixa sur lui ses grands yeux limpides. Notre héros prit cela pour une affirmation. Il saisit alors son instrument, en même temps qu'Arya riait.
- Alors, Link, tu parles aux chevaux, maintenant ?
- C'est étrange, j'ai l'impression qu'Epona peut me comprendre. En tout cas, elle semble vouloir que je joue un morceau.
- Et bien, vas-y ! Cela fait longtemps que je ne t'ai pas entendu jouer.
Zelmar s'approcha, curieux. Link n'y prêta pas attention et entonna le Chant d'Epona, que la jeune Malon lui avait enseigné il y avait de ça une dizaine d'années. Ses doigts passaient habilement d'un trou à l'autre, le couvrant totalement ou à demi, sans qu'une fausse note ne s'entende.
À la fin du chant, le cheval donna des coups de museau affectueux au musicien, avant de s'en aller un peu plus loin. Rokwea s'approcha également, et fixa ses yeux sombres et profonds sur Link. Celui-ci détourna la tête, en même temps que le frappait une pensée : Le cheval de Zelmar possédait le même regard que sa jument ! Une manière de voir qui semblait sonder l'âme de la personne en face, un oeil vif et intelligent.
Arya entoura les épaules de Link.
- Joues-en une autre ! Je n'ai plus sommeil...

Une heure s'écoula ainsi, alors que l'Hylien interprétait plusieurs chants de sa composition. Zelmar finit par s'endormir. Arya restait assise, balançant la tête en rythme. Link s'interrompit.
- La composition que je vais te jouer maintenant n'a pas été créée par moi-même, c'est un ami qui me l'a apprise. Elle se nomme l'Aria des Démiurges. Nom qui va plutôt bien avec le tien, ne trouves-tu pas ?
- J'ai hâte de l'entendre. Qu'attends-tu ?
Il inspira longuement. Puis la mélopée emplit l'air de sa résonance. Musique aigre-douce, à la fois triste et porteuse d'espoir. Du moins c'est ainsi qu'Arya la perçut. Le chant se fit entendre pendant plusieurs minutes, aussi finit-elle par s'allonger et fermer les yeux, un sourire se dessinant sur ses lèvres, et elle s'endormit. Link rangea son ocarina, et partit se blottir contre son aimée, le visage tout contre sa chevelure. Lui non plus ne tarda pas à sombrer dans un sommeil serein. Dans le ciel, une étoile filante passa, disparut, reparut, puis s'arrêta au-dessus du campement de la petite Compagnie, qui dormait sans méfiance.

- Hé ! Ho ! Hé ho ! Réveillez-vous, bande de feignasses !
Zelmar se leva d'un bon et brandit une dague, jaillie de sa botte.
- Ha ! Mais ça ne va pas ? C'est dangereux ce truc ! glapit une voix apparue de nulle part.
Link se dressa sur son séant et regarda autour de lui, étonné.
- Hi ! Mais je l'avais pas vu lui !
Arya émergea à son tour des ténèbres du sommeil, plus lentement sans doute que les autres.
- Huhuhu ! La tête d'endormie ! pépia à nouveau la voix.
- Bon, ça suffit ! Qui est en train de parler ?! s'exclama Zelmar.
- Ben, moi, pardi ! Qui d'autre ?
- Qui ça "moi" ? rétorqua Zelmar en serrant les dents.
- Mais non pas toi, moi !
- Et tu es qui, "toi" ?! s'irrita Link.
- Ben, "toi" c'est lui, moi je suis moi et toi... tais-toi !
Arya ne put réprimer un gloussement, ce qui agaça encore un petit peu plus Link. Celui-ci prononça un juron bien senti.
- C'est pas beau de dire ça ! Et c'est moi, la fée, qui te le dis !
Un silence. Que Zelmar finit par briser :
- Une... fée ? Et pourquoi ne te voyons-nous pas ?
- Hey ! Pas n'importe quelle fée ! Une fée majeure s'il te plaît ! Et mon nom est Lydia, d'abord ! Et si tu ne me vois pas, c'est parce que tu ne regardes pas comme il faut, tout simplement...
Link baissa les yeux. Voilà que son passé se rappelait à lui...
- Justement, gentille fée, nous aimerions bien te voir, pourrais-tu te montrer je te prie ? intervint Arya.
- Ah, l'endormie est plus sympa que les autres ! D'accord, je me montre...
C'est alors que se détacha du soleil du matin une petite lueur verte.
- Me voilà ! Vous êtes contents ?!
- Oui, très contents, répliqua Arya avec une pointe d'agacement. Mais dis-moi, qui es-tu ?
- Ben, Lydia, fée majeure, je l'ai déjà dit !
- Et qu'est-ce qui t'amène ? D'où viens-tu ?
- Ce qui m'amène ? C'est vous qui m'avez appelée, vous devriez le savoir ! Quant à l'endroit d'où je viens, ça, j'aimerais bien le savoir... dit la fée sur un ton plus mélancolique.
- Nous qui t'avons "appelée" ? Comment ça ? intervint de nouveau Zelmar.
Link me pipait mot, tête basse, un peu plus loin.
- Eh bien, c'est lui, là, qui m'a dit de venir avec sa musique ! fit la fée en partant voleter au-dessus de la tête de Link.
Celui-ci releva la tête.
- Moi... avec ma musique ? Explique-toi...
- La musique que tu as jouée, là, et que tu nommes Aria des Démiurges, et bien c'est un chant d'appel à l'aide, simplement. Nous la connaissons aussi sous le nom de "Mélopée du Ciel".
- "Nous" ? Qui donc ?
- Ça, c'est à vous de le découvrir... Bon, on se bouge les fesses, ou on reste plantés là toute la journée ? Il est presque midi !
- Une dernière chose : Qu'est-ce qu'une fée majeure ? demanda Zelmar.
- Je vous expliquerai en chemin ! Allez, je pressens des ennuis si on s'attarde trop longtemps ici !
La Compagnie décida de ne pas se poser plus de questions. Ils rangèrent rapidement leurs affaires et se mirent en route. Lydia voletait joyeusement à leurs côtés. Néanmoins, quand elle voulut se reposer les ailes sur la croupe d'Epona, celle-ci la chassa d'un coup de queue. Elle n'eut pas plus de succès avec Rokwea.
- Abruti de cheval ! pépia-t-elle. Pourquoi ne veut-il pas me laisser m'asseoir sur lui ? Il vous laisse bien faire, vous !
- Peut-être qu'il ne veut pas se laisser embêter par une luciole hypertrophiée ? Des fois, je me dis qu'on est trop gentils, ajouta Zelmar dans l'éclat de rire général.
Ladite "luciole hypertrophiée" s'en alla voler un peu plus loin, boudeuse. Link l'interpella :
- Allons, Lydia, ne boude pas, Zelmar te taquinait juste. Tu peux venir te poser sur mon épaule si tu le souhaites.
Il eut pour seul réponse un violent "non !" aigu.
- Comme tu voudras ! fit Link d'un ton égal.
Ils continuèrent à chevaucher en silence. Finalement, timide, Lydia s'approcha de Link et se posa doucement sur son épaule. Celui-ci ne dit rien.
Le reste de la journée s'écoula lentement. Ils pressèrent les chevaux un maximum. Les heures passaient, monotones. Aucune âme vivante ne se laissait voir dans la plaine nue, rachitique. Puis soudain, du haut d'une colline, ils aperçurent une bande argentée qui courait dans toute la plaine.
- Voilà la Vallagra ! s'exclama Zelmar. Je propose que nous fassions une halte, pour que les chevaux puissent s'abreuver, et que nous puissions remplir nos gourdes !

La rivière s'avéra petite et tranquille. Pendant que les chevaux buvaient, Link interrogea la petite Lydia, qui avait quitté son épaule.
- Alors, tu nous avais dit que tu nous expliquerais ce qu'est une fée majeure en chemin, mais tu ne l'as toujours pas fait.
- C'est vrai, j'ai oublié. Comment dire... Il y a plusieurs types de fées : Les mineures, les ordinaires, les majeures, les Grandes, les Gardiennes et les Reines...
Zelmar et Arya s'approchèrent. Lydia s'interrompit.
- Vas-y, continue donc, je te prie, fit Arya d'une voix douce.
- Bon. Je disais donc qu'il y avait plusieurs types de fées. Les mineures sont les fées les plus courantes, non douées de parole. Elles sont aussi appelées "lucioles des forêts". Ce ne sont pas les mêmes que ces insectes qu'on trouve un peu partout la nuit. Les fées "normales" se promènent un peu partout. Elles non plus ne savent parler. Elles sont l'incarnation du sentiment que vous les humains appelez "compassion". Elles maîtrisent à peu près la magie de guérison. Ensuite viennent les fées majeures, comme moi, qui savent parler et ont accès à la Connaissance du Monde. Nous n'avons pas de pouvoir de guérison, et quand nous nous lions à un humain, c'est pour la vie.
- Ainsi, les fées de la forêt Kokiri sont des fées majeures ?
- Oui. Après, il y a les Grandes Fées, qui elles sont plutôt rares. Elles maîtrisent différents types de magie. Certaines se sont orientées sur la voie des Déesses, ce qui leur confère des pouvoirs spéciaux. Elles peuvent offrir ces pouvoirs à n'importe qui. Après viennent les fées Gardiennes, celle-ci sont très rares. Elles sont les détentrices de la Connaissance, et des sources de Magie inépuisables. Elles sont aussi appelées "Esprits" par les humains. Il y en a six types : Les Gardiennes du Courage, les Gardiennes de la Force, les Gardiennes de la Sagesse, les Gardiennes du Temps, Les Gardiennes de la Lumière et les Gardiennes de l'Ombre. Je n'ai pas le droit de vous en dire plus à leur sujet. Et après, les plus puissantes des fées, les Reines. Elles sont les filles directes des Déesses. Elles éclairent le monde de leur Sagesse, illuminent les âmes de leur Courage, et enflamment les coeurs de leur Force. Elles donnent la vie à toutes les autres fées.
- Et bien, cela en fait, des fées ! Je n'aurais jamais pensé que vous puissiez être si nombreuses et différentes, dit Arya.
- Il existe encore un type de fée, très très rare, que je n'ai jamais rencontré : Les Fées Noires. Ce sont des fées qui ont basculé dans le côté obscur. Elles servent uniquement leurs sombres pulsions, et exècrent la vie sous toutes ses formes. En général, ce sont des Grandes Fées qui ont mal tourné, mais il arrive que des Gardiennes se laissent corrompre l'âme. Dans ce cas, on parle de Nocturnus.
- Et bien, que d'informations ! Je te remercie, petite fée, dit Zelmar. Mais il est temps de repartir, le soleil va bientôt se coucher. Au moins que nous franchissions la rivière et que nous nous avancions un peu sur le territoire de Vallagra, il y a un petit bosquet où nous serons plus à l'abri qu'au milieu de la plaine.
- Très bien, dans ce cas, qu'attendons-nous ?
Ils guidèrent leurs chevaux par la bride et traversèrent le courant froid. L'eau, peu profonde, ne leur montait pas plus haut que les genoux. Une fois l'obstacle franchi, ils remontèrent en selle et partirent au galop. Des nuages s'amoncelaient derrière eux.
- Ce sera une froide nuit ! Dépêchons-nous de nous mettre un peu à l'abri avant que la pluie n'arrive ! cria Link au reste du groupe.
La chevauchée dura encore quelques heures. Le soleil s'était couché, l'obscurité gagnait. Les nuages les avaient à présent rattrapés. Le ciel émit un grondement, des éclairs apparurent. Aucune pluie. Et soudain, derrière eux, l'herbe dans la plaine se coucha, les rares arbres eux-mêmes se courbèrent, comme sous la force d'un géant invisible. Link se retourna sur sa selle et le regretta aussitôt. Il se coucha, collé à l'encolure d'Epona, tandis que l'énorme rafale de vent, accompagnée du rugissement du tonnerre, rattrapait la compagnie. Et toujours pas de pluie. La foudre éclairait la plaine en lui donnant un aspect fantomatique. Le plus petit dénivelé du terrain se transformait en ombre démesurée, menaçante. Puis Zelmar cria :
- Là-bas, au loin ! Le Bois de Vallagra !
Les chevaux accélérèrent, semblant avoir compris le magicien. Au loin, alors que la luminosité baissait, on apercevait une forêt très étendue. Bientôt, il fit complètement nuit, et la Compagnie avançait sous la brève lumière des éclairs. Le vent sifflait, fort, à leurs oreilles.
- Cet orage n'est pas naturel ! Quelque chose, ou quelqu'un, l'a provoqué !
Les paroles de Link se perdirent dans un tourbillon de poussière. La forêt n'était qu'à peine visible. L'atmosphère était chargée de la tension électrique qui précède l'orage, mais quelque chose de plus sombre encore flottait dans l'air. Indéfinissable. Une puissance obscure, qui semblait les rattraper à grande vitesse. Lydia s'agitait follement, voletant de-ci de-là. Puis elle se glissa sous le bonnet de Link.
Enfin, le couvert protecteur des arbres fut là. Ils se précipitèrent sous les frondaisons des arbres jeunes.
- Dépêchons-nous ! Cette forêt n'est pas bien grande, mais dense. Nous trouverons vite un abri, en son coeur !
Personne ne répondit à Zelmar. Tous étaient inquiets.
La progression s'avéra difficile, entre les troncs resserrés. Ils durent tous descendre de cheval. Les minutes étaient longues, le vent sifflait entre les feuilles, le tonnerre n'était plus qu'une sorte de roulement continu, accompagné d'éclairs rapides. Pas de pluie, toujours.
Puis ils atteignirent une petite clairière, à peine assez grande pour 3 chevaux. Tant pis, la nécessité était plus grande que le besoin de confort. Ils se blottirent les uns contre les autres.
Le temps s'écoulait ainsi, lentement, alors qu'aucun ne parvenaient à trouver le sommeil. Au-dessus d'eux, ils pouvaient voir le ciel au travers d'une trouée dans la canopée. La tension montait, tout était d'un noir d'encre. Les éclairs avaient cessé, le tonnerre et le vent aussi. Même la lumière de Lydia semblait étouffée. Silence tendu, pas naturel. Les arbres eux-mêmes semblaient dans l'attente.
Quand soudain tout se déchira. Par la trouée des frondaisons, ils virent les nuages noirs se faire découper, écarter, par une épée de flammes rouges. La lune fit son apparition, pâle halo fantomatique au milieu de la tempête de feu sombre. Et soudain, un hurlement ! Cri aigu d'une bête blessée. Et une créature, monstrueuse, passa dans le ciel, les ailes d'une envergure immense, son corps noir se découpant contre la lumière des flammes. Arya chercha la main de Link, la trouva et la serra à l'en broyer. Quel était ce mal, d'où venait-il ? Link se dressa sur son séant.
- Un dragon ! C'est un dragon ! cria-t-il. Il est immense !
Effectivement, une créature telle que Volcania faisait office de moineau à côté de ce monstre.
- Link, pour la première fois, j'ai réellement peur... émit Arya d'une voix faible.
- Chut... il ne fait que passer. Nous n'aurons pas à combattre ce monstre cette nuit. Par contre, je me demande où il peut se rendre...
Zelmar paraissait en transe. Il murmurait des mots étranges de plus en plus rapidement. Puis il se dressa d'un bond, et saisit un paquet de couvertures qui reposaient dans les sacoches de selle. Une fois les tissus démêlés, ceux-ci révélèrent un bâton de la taille d'un homme, fait de bois noueux et sombre. À une des extrémités, un collier de mailles blanches et argent. Le magicien claqua des doigts et une lumière vive en jaillit.
- Vite, jeunesse ! Nous ne pouvons rester ici ! Un combat nous attend, ce dragon se dirige vers Vallagrin ! Ce village est un point stratégique et Hyrule est en guerre ! Nous devons le sauver à tout prix !
- Zelmar ! Auriez-vous perdu la tête ?! Nous sommes tous morts de fatigue, et aucunement de taille à affronter une bête comme celle-ci ! soupira Link.
- Et d'après vous, quelqu'un est mieux qualifié que le Héros du Temps pour tuer une incarnation du mal ?
- Il a raison, renchérit Arya, et cela me chagrine d'avoir à le dire. Nous sommes, d'après la vision, les Élus d'Utopiae. Nous avons un rôle à jouer. Sans nous, plusieurs centaines d'innocents risquent de se faire massacrer !
Link ne répondit pas. Il serra les poings et s'écarta de quelques mètres. Que lui arrivait-il ? Il ne sentait plus ce courage qui ne lui avait jamais fait défaut alors. Il était rempli d'inquiétudes et de doutes.
- Raaaaah !
Il s'était pris la tête entre les mains. Puis un murmure jaillit de ses lèvres : "Farore... Suis-je toujours ton élu ?"
Alors la Triforce du courage, à son poignet gauche, s'illumina d'une lumière verte et dorée. Et il sentit un Courage nouveau enfler en lui. La petite Lydia se posa sur son bras, tout à côté de la Triforce, sans rien dire. Un coup d'oeil à Zelmar et Arya acheva de le décider. Comment avait-il pu hésiter ? Il triompherait de la bête, comme il avait triomphé sur ses doutes. Se dressant d'un bond, il courut attraper la bride d'Epona.
- Alors, qu'attendez-vous ? Nous avons un dragon à massacrer !
- Content de te l'entendre dire, Link ! fit Zelmar en dressant son sceptre duquel émanait toujours la même lumière. Dépêchons-nous !
Arya fut prompte à les rejoindre. Ils se frayèrent un chemin difficilement, comme à l'aller, mais ils étaient cette fois aidés par la lueur pure du bâton de Zelmar. Dans le ciel régnait toujours le même chaos, alors que le dragon était déjà loin. Tornade de feu et d'obscurité mêlée, vestiges d'un monstre avatar de haine et de peur...

A suivre...

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Magiclynk". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

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