A travers les âges se répand le sang de la guerre.
Par delà les cieux, s'élèvent les volutes des cendres de l'enfer.
Parcourant les océans, le poison du vice envenime les écumes.
Se laissant porter par le vent, le parfum de mort s'éparpille.
Tel est notre châtiment, à nous qui avons enclenché la mécanique interdite.
Nous avons violé les lois de père et nous en payons ainsi le prix.
Nous qui incarnons ce que le mortel appelle "dieu", nous ne valons pas mieux que notre création.
Ô Père, nous pardonneras-tu un jour d'avoir transgressé le tabou ?
La main se referma sur du vide, une fois encore. Pourquoi ? Pourtant il avait la quasi-certitude qu'il y avait un pétale de cerisier juste devant ses yeux une seconde avant... et pourtant, il n'y avait pas de cerisier dans le pré.
"Tu rêvasses encore ? Bon sang, mais remue-toi un peu !"
Le petit secoua la tête et se releva avant de suivre sa soeur vers la maison. Il était encore si jeune. A peine 7 ans. Ses cheveux noir corbeau tombaient en frange devant ses yeux noisette. Gin n'était pas très grand pour son âge, il était même plutôt petit. Tellement petit qu'on le prenait souvent pour un enfant de 5 ans, en fait. Oh, il se moquait bien qu'on le prenne pour un enfant plus jeune qu'il ne l'était. Ça l'amusait, même : ça prouvait bien que l'humain se fiait trop aux apparences. Oui oui, l'humain, pas l'Hylien... enfin, ce sont des Hyliens, mais lui les appelait "humains"... pourquoi ? Et pourquoi pas ? On appelle bien "pipe" ce tuyau qu'on met dans la bouche se terminant par un réceptacle qu'on bourre de tabac. Pourquoi ça s'appelle "pipe" et pas "pomme" ? Méditez là-dessus. Bref, notre petit Gin suivait sa soeur, Amelia. Grande de 15 ans, cette jeune ado laissait tomber sa chevelure châtaine le long de ses hanches qui se balançaient au rythme de ses pas envoutants. Elle avait de bien généreuses courbes qui avaient déjà captivé bien des gens.
"Amelia, pourquoi doit-on rentrer si vite ? Le soleil n'est même pas à son zénith...
- Tu as entendu tout comme moi ces inquiétantes nouvelles. On ne doit pas trainer maintenant.
- Mais pourquoi viendraient-ils ici ? Le bourg est si pauvre, ils n'en tireraient rien de rentable.
- Tu parles comme Dan... allez, dépêche-toi ! Je ne veux pas me retrouver coincée dehors par ta faute !"
La brune entraîna encore plus vite le petit et ils passèrent l'imposante grille en fer forgé qui se referma derrière eux. La jeune femme poussa un soupir de soulagement et ramena l'enfant à la maison. Déjà, les hennissements de chevaux se faisaient entendre.
"Tu vois ? Je te l'avais dit..."
L'enfant regarda à travers les barreaux, se dévissant par conséquent le cou alors que sa soeur le tirait dans l'autre direction.
Un gang sévissait à travers les plaines. Les "ravisseurs", comme on les appelait. Des étrangers à la peau dorée, provenant d'on ne sait où. Ces gens venaient, kidnappaient qui passait à portée, et les revendaient comme esclaves aux riches peu scrupuleux. La garde du royaume s'efforçait tant bien que mal de faire cesser ce trafic, mais il semblerait que même le plus hardi des hallebardiers ait vu sa lance se briser à force de donner des coups. Personne ne savait pour qui ou pour quoi ils faisaient ça... personne sauf lui.
"Uh cyed xi'em acd mà ! Nahtaw-ma huic !
- Nahtaw-huic ma bnehla !"
Une langue inconnue pour tous... sauf pour lui....
"Uh juic yiny bnéjahi ! Cundaw Fiat Mortis mac kync !"
A ces mots, alors que la porte de bois se refermait, Gin se retourna.
"Fiat Mortis ?
- Gin ? Qu'est-ce que...
- Amelia ! Fuis ! Vite !"
Mais trop tard, le néant se fit autour de lui. Plus de bruits, plus de lumière...
Quand un fruit tombe dans vos mains, bien juteux, à la forme parfaite, vous le mangez, n'est-ce pas ? Sans vous poser de question ? C'est ainsi que ça se passe... on lui a confié la grappe de raisins et elle l'a mangée. Seule la graine aux teintes dorées n'a pas été dévorée.
"Puh naduin bynse huic, suh bnehla.
- Amelia..."
"Uh juic yiny bnéjahi ! Cundaw Fiat Mortis mac kync !"
Quelle était cette langue étrange ? Durant tous ses voyages, jamais Link n'avait entendu une élocution aussi incroyable. Le jeune homme était caché derrière un gros rocher, épiant le groupe à la peau d'or depuis qu'il les avait retrouvés, quelques secondes plus tôt. Évidemment, il avait déjà tenté l'offensive directe, mais même Excalibur n' avait pas causé la moindre petite éraflure sur ce qui semblait être une carapace indestructible. Il aurait pu frapper le mur d'enceinte du château d'Hyrule, il aurait obtenu le même résultat. Quoique le mur ne l'aurait pas attaqué après... Mais il ne pouvait pas tenter quoi que ce soit sans connaître leur but et, si possible, leur point faible.
Link épiait, donc, et ce qu'il vit le terrifia plus que tout ce qu'il a vu et enduré dans sa carrière de héros. Au début, il crut mal voir, mais une ombre surgit des cieux. Pas comme si un être se déplaçait à grande vitesse en laissant derrière lui une silhouette fantomatique, non, une ombre, bien noire, bien lente, bien... effrayante. L'ombre en question, à son apparition, n'était qu'un minuscule point, pas plus gros, de là où se trouvait Link, qu'un petit caillou. Mais cette ombre grossit, gonfla et prit une proportion suffisante pour englober le bourg tout récent d'Alfera. Un pauvre petit bourg d'indépendants qui n'en pouvaient plus de la vie citadine et voulaient vivre en paix dans les plaines. L'ombre engloba donc la ville et un des hommes dorés entra et ressortit presque aussitôt. Dans ses bras, un enfant aux cheveux noir corbeau. L'homme parla, mais Link ne pouvait entendre de là où il était, et le groupe repartit. L'ombre aussi. L'homme en vert se dirigea vers le village, à priori intact. Le portail en fer, seule protection du bourg qui se situait à peu près entre Hyrule et Toal, était solidement fermé et notre jeune ami dut faire un peu d'escalade pour entrer.
"Il y a quelqu'un ?"
Silence... le héros parcourut le village en vain. Il entra même dans les maisons, mais rien à faire, plus rien n'y vivait...
Comme si l'ombre s'était repue des vivants...
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"Et voilà ce qui s'est passé."
La princesse se pinça l'arrête du nez, signe d'intense réflexion chez elle. Link était toujours agenouillé devant elle, fixant le petit mouton de poussière reposant impunément sur le tapis rouge déployé dans la salle des doléances. Les gardes impassibles semblaient être des statues de par leur immobilité infaillible.
"Une ombre noire, des hommes dorés qui font du trafic d'esclavage et un enfant innocent seul survivant du drame. Tout ça est si... illogique."
Link ne dit rien, restant immobile. Lui-même ne parvenait pas à faire le lien dans tout cet enchevêtrement de fils multicolores. Pas un bout à repêcher, aussi fort tirait-il sur la boucle centrale qui semblait englober le tout.
"Il nous faut plus de pistes, mon ami. La bibliothèque royale ne recèle pas d'information sur cette ombre gigantesque."
Le héros ne put retenir un soupir de déception. La bibliothèque royale était réputée comme étant le paradis de l'érudit. Chaque exemplaire des ouvrages, qu'il s'agisse de l'encyclopédie la plus ancienne au recueil le plus illisible et ennuyeux. Si aucun livre ne recelait d'information sur cette entité redoutable et inconnue, alors le mal qui sévissait était de nature inédite.
"Que dois-je faire, ma reine ?
- Nous n'avons pas le choix, il va falloir monter une expédition et les suivre.
- Les suivre ? Par delà le désert infini ?
- Link, si tu as une autre suggestion, je suis toute ouïe."
L'intéressé garda le silence. Elle avait raison, c'était tout ce qu'il y avait à faire. Le désert, situé par delà le lac Hylia, était connu comme une étendue de sable sans fin, mais les rapports sur l'arrivée de ces envahisseurs désignaient le désert comme leur terre d'origine. Link lui-même n'avait jamais tenté de traverser cet endroit tant il était promesse de mort. D'une chaleur étouffante le jour, d'un froid mortel la nuit, pas d'eau, pas de nourriture, des agressions de monstres incalculables et imprévisibles... Même le héros, aussi brave et fort soit-il, savait que c'était le meilleur moyen de succomber de façon idiote et inconsciente.
"Je suis certaine que tu reviendras porteur de nouvelles informations, mon cher Link.
- Princesse, je me permets de vous rappeler que la traversée est impossible. Vos colons ont tenté bien des fois de voir le bout du désert, et 5 ans après, on ne les a toujours pas retrouvés.
- C'est parce qu'à l'époque, tu n'étais pas là pour les accompagner, Link.
- Pensez-vous sincèrement que ma présence seule changera la donne ?
- Non, mais c'est notre seul espoir de survivre à cette crise."
Il en était ainsi. Link fut invité (pour ne pas dire sommé) à passer la nuit au château et le lendemain, le voici à l'entrée du désert, en compagnie de trois soldats et d'une imposante réserve d'eau, nourriture, médicaments, bandages et autres outils indispensables pour la survie dans un désert aride infini. Les outils étaient entreposés dans une charrue tractée par deux sangliers du désert dressés spécialement pour ce genre d'expédition.
"Eh bien en route, soupira le héros.
- Sire... se risqua un des accompagnateurs.
- Oui ?
- Sommes-nous réellement obligés de vous suivre ?
- Les ordres sont les ordres.
- Mais nous avons de la famille !
- Moi aussi, et alors ?
- Vous n'avez pas de famille.
- Grand bien vous fasse. Et donc ?
- Qui sait si elle ne va pas finir réduite en esclavage pendant que nous allons mourir de faim, soif, ou dévorée par les déesses savent quel monstre ?
- C'est vrai... j'espère que vous avez pris le temps de leur dire adieu !
- Mais...
- Le prochain qui conteste sera abandonné à ce rocher, ligoté, nu comme un ver et badigeonné de sauce barbecue ! Je suis sûr que les monstres aiment les Hyliens bien dorés au soleil !"
Sur ce, le silence se fit et le convoi se mit en marche, en route vers un destin bien sombre...
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"Il est en route ?
- Oui. Avec trois soldats.
- Tu crois qu'il peut réussir ?
- C'est notre Catalyseur, tout est possible.
- Et s'il échoue ?
- Nous en déploierons un autre et prierons pour que celui-là sauve ce monde.
- Quelle terrible erreur nous avons fait.
- Père... c'est notre faute.
- Cessez de vous lamenter, Père nous a déjà châtiées pour cela. Nous devons purger notre pénitence, fières et droites, comme il nous l'a enseigné.
- Si seulement Pandora était encore là...
- Vas-tu cesser de geindre ? Crois en notre Catalyseur, il est parfait.
- Je le trouve légèrement imbu de lui-même, pour ma part..."
A suivre...
Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Hybrid". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.