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Les Portes du Temps - Destins Croisés

Ecrit par Eboorifée
Chapitres 1 à 10   •   Chapitres 11 à 18   •   Chapitres 19 à 24   •   Chapitres 25 à 31   •   Chapitres 32 à 39

Avant-propos

Afin de clarifier les choses, je tiens à m'exprimer avant le début du récit. Cette fan fiction est une envie personnelle de rendre hommage et fêter, à ma façon, les 25 ans de Zelda. Après avoir fini Skyward Sword, j'ai pris la plume pour rédiger un scénario valable. Mais pour qu'il soit tout aussi juste à vos yeux, il faut apporter quelques précisions.

Ces précisions peuvent constituer quelques spoilers, si elles vous dérangent, passez-les directement.

Je mélange trois univers : Skyward Sword, Ocarina Of Time et Twilight Princess. On y retrouve des personnages et des lieux mais je ne m'appuie pas vraiment sur les véritables scénarios des jeux, ce qui aurait pu passer pour une incohérence n'est donc alors qu'une liberté prise.

Je me suis fiée à la chronologie d'Hyrule Historia pour établir le présent de l'histoire. Il est dit que bien après l'histoire de Skyward Sword, Hyrule connaît une longue ère de paix. J'ai voulu partir de cette base, puisqu'il s'agit de la création d'Hyrule. Assez éloignée de tous les jeux, j'ai pu choisir ma géographie et les peuples que je souhaitais y incorporer.

D'autres précisions pourront s'ajouter au fil des chapitres, en attendant, bonne lecture !

De nombreuses légendes content le tumultueux récit du royaume d'Hyrule, terre bénie par les saintes déesses. Mais beaucoup ont erroné l'histoire. Si je suis ici aujourd'hui, ce n'est que pour rétablir la vérité et la lumière sur des faits obscurs.

Il y a fort longtemps, bien avant notre ère de prospérité et la fondation même de notre beau royaume, le mal à l'état pur fit son apparition. Les hommes moururent par milliers sans pouvoir lutter. La terre fut saccagée en tout lieu. Ce mal était à la recherche du pouvoir suprême qu'avaient laissé les déesses créatrices après leur passage sur terre. Une sainte relique formée de trois triangles d'or réalisant les rêves de quiconque la posséderait. La Triforce. Mais les hommes n'étaient pas seuls, une déesse demeurait toujours, la déesse Hylia, qui prenant pitié de son peuple l'envoya dans les cieux auprès du pouvoir suprême. Là où le mal ne pourrait jamais les atteindre. Peu à peu les humains se préparèrent à la lutte finale... et quand ils eurent le courage, la sagesse et la force de réagir, bien des siècles plus tard... leur déesse choisit de se réincarner parmi eux et décida d'un élu au coeur pur. Un chevalier qui combattrait en son nom le terrible avatar du néant, le mal incarné, qui auparavant, avait tant tourmenté les hommes. Le combat fut rude, et les péripéties nombreuses... mais le héros réussit sa quête. Armé de l'épée de légende, il prit possession de la sainte relique, emprisonnée dans le Saint Royaume et l'utilisa contre le mal. L'avatar du néant disparut à jamais de la terre des déesses, et l'élu d'Hylia put enfin prétendre au repos. Il scella son épée à l'endroit même où s'était déroulée la terrible bataille, afin que cette arme puisse être à la portée des hommes, si un danger plus grand encore venait à les menacer. Alors le temps s'écoula paisiblement, les humains redescendirent sur terre et bâtirent le royaume d'Hyrule. L'ère de la déesse Hylia était enfin achevée, le Saint Royaume et sa relique, scellés. Les hommes devinrent Hyliens, choisirent une reine en l'hommage de leur déesse pour les gouverner et un chevalier pour les protéger. Le royaume fut baptisé Hyrule.

La légende du Héros de la déesse traversa les âges. Et le monde aspira à la paix. Nul pourtant n'aurait pu prévoir la sombre menace qui planait sur le royaume... tandis que dans l'ombre... le mal préparait sa vengeance.

PARTIE 1 : Skyward Sword ou l'ancien Monde

La bataille faisait rage ce jour-là, tandis que le crépuscule osait déjà s'avancer, le soleil déclinant lentement. Les ténèbres s'emparaient peu à peu du temple. Les ennemis étaient nombreux, et j'avais peu d'alliés dans cette terrible lutte. Alors que nous pensions avoir enfin gagné la guerre, le mal s'était révélé être encore là. Par un miracle que je n'expliquais guère. Mais je n'avais pas vraiment le temps de ressasser mes souvenirs pour trouver l'erreur qui avait enraillé la machine. Le temps semblait lui-même capricieux. Nous perdîmes de nombreux soldats cette nuit-là, les cadavres jonchaient le sol du temple... et toute cette violence me révulsait. Moi qui pensais que nous n'aurions plus jamais à reprendre les armes. Je ne préférais pas m'apitoyer sur mon sort, ma lame pourfendit deux de mes adversaires. Nous réussîmes à maintenir un blocus quelques heures avec le peu de camarades restant. Les coups pleuvaient, et les rangs ennemis tombaient, pourtant, ils paraissaient toujours aussi nombreux. Nous avions bien plus de force qu'eux, mais leur nombre impressionnant nous jouait des tours. Je me sentais le devoir de remonter le moral de mes coéquipiers désemparés, aussi je m'élançais seul dans la bataille un instant, décimant bien des adversaires sans oser montrer de signe de faiblesse. Mes camarades furent éblouis par mon courage et finirent par m'imiter.

Bien avant l'aube, nous remportâmes la victoire, définitive, je l'espérais. Je fus acclamé en héros, bien que confus de tous ces honneurs dont je n'avais que faire. Je m'éclipsai dès que possible de cette petite fête improvisée pour enfourcher mon Célestrier vermeil, qui m'avait attendu non loin du champ de bataille, toujours aussi fidèle. Je m'élançai dans les airs et bien vite le temple ne fut qu'un minuscule point à l'horizon. Je profitais ainsi de la brise fraîche pendant des heures durant, ne faisant qu'un avec ma monture. Mon Célestrier sentit mon besoin d'évasion et ne protesta pas contre cette ballade imprévue. C'était ma façon à moi de fêter la victoire, et je n'allais laisser personne me déranger.

J'ordonnais finalement à mon oiseau vermeil d'atterrir non loin de la forêt, dans la plaine. Nous allions camper à cet endroit même, le temps étant suffisamment clément pour le permettre. Après avoir pris soin de nourrir mon Célestrier et d'allumer un feu de camp, je partis prendre l'air, m'éloignant du campement. Un étrange bruit peu discret attira mon attention quelques instants avant que je ne me rende compte qu'il ne s'agissait que du vent agitant les quelques feuilles d'un buisson peu touffu. C'est ce que j'avais pensé... c'est ce que j'aurais aimé. Mon monde devint flou, le bruit n'attirait plus du tout mon attention. Une douleur énorme envahit mon dos et mon torse. Quelques gouttes de sang tombèrent sur l'herbe de la plaine. Le souffle coupé, je regardais quelques instants l'énorme épée qui m'avait transpercée. Je venais d'être victime d'un meurtre odieux, dont je ne savais que penser. Qui aurait bien pu souhaiter ma mort ? La lame se retira de mon corps d'un coup sec et je m'écroulai sur le sol. Je ne pouvais plus respirer, plus parler. J'étais désormais inerte... et sans vie... à regretter ce que je n'aurais jamais pu deviner...

***

"Link ! Réveille-toi ! Tu dors depuis bien trop longtemps ! Tu n'es vraiment qu'un paresseux... encore à faire de doux rêves j'imagine..."
Le jeune garçon bouffi de sommeil ouvrit timidement les yeux. Le soleil était déjà haut, mais cet horrible cauchemar l'avait empêché de s'éveiller plus tôt. A la fois fascinant et terrifiant. Link s'étira et se leva sans grande conviction, encore sous les draps.
"Je suis désolé, Zelda. Je crois que je me suis couché un peu trop tard... j'avais un manque de sommeil à combler ! inventa-t-il ne préférant pas raconter, que lui, futur chevalier, faisait des cauchemars de mort à vous en glacer les sangs.
- Tu es toujours comme ça ! je ne te reproche rien bien sûr... je sais que tu n'as pas vraiment un programme très chargé avant la cérémonie mais... commença-t-elle toute joyeuse, en s'asseyant sur le modeste lit de son ami.
- Quoi ? Tu sais quelque chose sur la cérémonie ?! s'éberlua le jeune homme ayant bien vite retrouvé toute sa vitalité, je vais enfin devenir un chevalier ??? ajouta-t-il.
- Je savais bien que cette nouvelle te réveillerait ! Eh bien oui, j'ai parlé à mon père qui m'a avoué y penser depuis quelques temps déjà. Dans une semaine tout au plus, tu seras le plus brillant des chevaliers à notre service ! Hyrule peut être fier de t'avoir ! complimenta Zelda joueuse, en donnant un léger coup de coude à son interlocuteur.
- Tu exagères... comme d'habitude... ce n'est pas des manières de princesse... souffla-t-il les joues rosies, ne sachant jamais comment prendre les éloges de son amie qu'elle sortait habituellement par pur provocation et taquinerie.
- Ça m'apprendra à vouloir te féliciter ! s'exclama-t-elle faussement vexée, prenant une pause contrariée, du moins aurait-elle aimé. Mais la posture n'était pas vraiment convaincante.
- Tu n'es pas venu me réveiller juste pour ça ? N'est-ce pas ? Ce genre de nouvelles peuvent parfaitement attendre... je te connais... fit remarquer Link bien loin d'être idiot. Zelda agissait toujours ainsi.
- Oui... bon... peut-être que je suis venue te lever parce qu'une réunion du conseil des plus ennuyantes et forcément obligatoire a lieu cette après-midi. J'avais pensé que tu aurais pu m'accompagner... si bien sûr tu acceptes... ce n'est en rien un ordre... expliqua-t-elle en balançant ses épaules, mal à l'aise. Elle ne savait jamais comment convaincre son ami, ne souhaitant certainement pas user de son rang pour obtenir son approbation.
- Encore une de ces conférences qui ne font que nous apprendre ce que nous savons déjà ? Oh, pourquoi dois-je encore revivre ça ! Zelda, tu es si cruelle... plaisanta-t-il comprenant parfaitement que son amie ait besoin de compagnie parfois.
- Alors... tu es d'accord pour m'accompagner ? interrogea la princesse que la réponse de Link n'avait pas vraiment éclairée sur ses intentions...
- Si le conseil ne voit pas d'inconvénient à ce que le roturier que je suis accompagne la princesse de ce royaume... j'en serai ravi ! Je n'avais vraiment rien de prévu aujourd'hui en plus alors... c'est une occupation comme une autre... accepta le jeune soldat ne préférant pas taquiner plus son amie.
- Oh, merci Link ! Dépêche-toi de t'habiller et de manger quelque chose alors ! La réunion est prévue dans un peu plus d'une heure ! conclut Zelda en osant afficher un franc et large sourire embellissant son visage satiné."

Link regarda la princesse s'éloigner avant toute action. Elle lui fit un bref clin d'oeil avant de refermer la porte. Probablement le signe qu'elle l'attendait avec impatience. Zelda n'avait guère plus de dix-huit ans et pourtant on la considérait déjà comme une des plus belles filles du royaume, et ce n'était pas seulement son rang qui donnait droit à de telles flatteries. Elle portait souvent des robes d'apparat couvert des symboles royaux ou bien simplement une robe blanche en soie qui laissait apparaître ses courbes de jeune fille. Blonde aux yeux bleus, les cheveux assez longs voletant bien souvent au vent, elle n'avait vraiment rien à envier aux autres Hyliennes. Beaucoup d'hommes des quatre coins du royaume allaient et venaient dans l'espoir de pouvoir lui faire la cour. Ce qu'elle refusait automatiquement, ne se déclarant pas encore faite pour ce genre d'enfantillages. Beaucoup de soldats enviaient et jalousaient Link, qui était ami d'enfance avec Zelda depuis fort longtemps. Ils s'étaient toujours entendus à merveille et c'est à la suite de cette amitié que le jeune soldat avait souhaité devenir chevalier pour Hyrule. Très peu d'hommes se voyaient accorder un tel privilège, mais dans quelques jours, son rêve pourrait enfin se réaliser. Il allait devenir un protecteur de la famille royale.

Link bondit hors de son lit après avoir à peine dissimulé un bâillement et se revêtit d'une tunique verte et un pantalon de toile beige. Cet habit était réservé aux apprentis chevaliers. Lors de la cérémonie qui achèverait sa formation, il recevrait un bonnet allant de pair avec son vêtement et une arme ornée du blason d'Hyrule... Une fois prêt, il sortit de sa modeste chambre de soldat et quitta l'aile de la garde pour se diriger aux cuisines où il put pleinement se remplir l'estomac. L'heure tourna bien vite et le jeune Hylien se dirigea en hâte vers la salle du conseil, quelques minutes de trop s'étant déjà écoulées.

Après quelques couloirs de pierres aux multiples fenêtres, donnant ainsi vue sur les jardins royaux, Link arriva auprès de Zelda qui lui fit un regard de reproche quelques secondes avant de bien vite se radoucir. Les conseillers finissaient de s'installer à une table lorsque les deux amis pénétrèrent dans la gigantesque salle. L'endroit était un petit amphithéâtre, après deux ou trois rangées de places assises, le centre se composait seulement d'une large table ovale où le roi aimait s'installer. Mais aujourd'hui, la réunion était un peu spéciale. La plupart des conseillers siégeaient à leur tour dans les gradins, tout comme Link et Zelda, et suivaient la conférence en bavassant tranquillement. Le roi prit la parole en premier, d'une voix chaleureuse mais aussi auguste que le souhaitait son statut. Il imposait immédiatement le respect et nul n'aurait osé le contester.
"Nous sommes aujourd'hui réunis en ces lieux, ouverts à tous, afin de rappeler à chacun la chance qui nous est offerte de vivre en ces terres promises où il fait bon vivre depuis des siècles et des siècles. Nous nous devons d'être éternellement reconnaissants envers les déesses créatrices : Din, Nayru et Farore, présenta le roi à la barbe blanche en se levant de son siège, à la table du conseil. Il poursuivit en montrant d'une main un inconnu à sa droite, l'homme ici présent, éminent professeur de l'académie de Célesbourg a accepté de faire le déplacement. Je laisse la parole à Arfan, je vous demanderai de faire silence dans les gradins s'il vous plaît.
- ... l'homme élancé aux longs cheveux d'un blanc total et somptueux commença son discours, se levant bien droit tandis que le roi s'asseyait, il parla en ces termes, je suis ravi de pouvoir m'adresser à vous, peuple d'Hyrule. Comme vous le savez, cela fait des siècles que Célesbourg, dernier vestige du ciel, et le royaume d'Hyrule s'échangent régulièrement les dernières nouvelles, depuis la fin de l'ère d'Hylia. Notre belle terre connait la paix malgré bien des guerres passées et les peuples nombreux qui la composent. Nous avons su cohabiter tous ensemble et... commença le professeur captivant la salle tandis que des curieux prenaient place à leur tour dans les gradins.
- Il ne nous apprend absolument rien de nouveau... souffla Link à l'adresse de Zelda. Il se trouvait avachi sur son siège et ne semblait pas franchement intéressé par le sujet.
- Je t'avais prévenu ! Se justifia Zelda qui ne voulait certainement pas subir des reproches de son ami. Elle ajouta, c'est important de maintenir la paix dans le royaume en rappelant à tous la beauté de notre monde. Même si, en tant que soldat, tu dois probablement connaître ce genre de discours par coeur... une petite piqûre de rappel ne fait pas de mal à certains.
- Oui oui... je sais bien, murmura le jeune garçon souriant, son visage à lui seul montrait à Zelda que sa remarque n'était pas le moins du monde un reproche. Elle se détendit et focalisa à nouveau son attention sur Arfan qui ne semblait guère plus avoir avancé depuis tout à l'heure.
- ... Les Tikwis, ces adorables animaux se camouflant parfois en plantes pour survivre, et le vénérable Arbre Mojo, leur protecteur, nous ont depuis bien longtemps accordé leur confiance et se sont toujours montrés conciliants avec nous autres Hyliens. Il y a aussi bien sûr le peuple des Zoras, une nouvelle espèce très intelligente possédant un système similaire au notre, une monarchie, qui sont apparus depuis peu au lac Faroria. Nous commerçons avec eux et entretenons d'excellentes relations. Il ne faut bien entendu pas oublier de mentionner le village des Gorons au coeur de la Montagne de la Mort, qui offre toujours l'hospitalité aux Hyliens qui ont eu la bien mauvaise idée de se perdre durant une expédition. Leur caractère pacifique nous a longtemps rendu service, et nous leur témoignons toute notre gratitude en les laissant réaliser les cartes officielles du royaume. Car, si bien sûr vous ne le savez pas, les Gorons sont d'excellents explorateurs, ils connaissaient précisément les terres d'Hyrule bien avant nous ! Énuméra Arfan n'hésitant pas à vanter du mieux possible tous les peuples existant. Il était venu dans ce but après tout, et il accomplissait sa mission avec beaucoup de zèle.
- ... Ça on le savait déjà... bailla Link qui se sentait bien finir sa nuit ici même, si ce professeur de Célesbourg continuait ainsi à ne parler que d'évidences.
- Oui... cette conférence est vraiment la plus ennuyeuse à laquelle j'aie assisté... mais visiblement, nous sommes les seuls à la trouver particulièrement longue... fit-elle remarquer dans un discret chuchotement. Effectivement, la salle continuait de se remplir et personne ne venait contredire les dires de l'Hylien.
- ... Même s'ils ne sont pas issus de la nature, nous ne pouvons pas omettre de mentionner les fidèles robots, fonctionnant à la Chronolithe, qui accompagnent au quotidien les Hyliens de la vallée de Lanelle, le grand dragon de la foudre. Cet ancien désert est redevenu les belles, luxuriantes et attrayantes landes d'autrefois. Notre monde peut se targuer d'être, j'en suis certain, l'un des plus beaux qu'il puisse exister. N'oublions pas de remercier nos ancêtres, qui jadis redescendirent des cieux pour bâtir le premier village qui donna naissance à Hyrule et sa belle capitale. Je veux bien sûr parler du Village du Sceau, au coeur de la forêt de Firone, poursuivit Arfan qui en affichant ainsi ses connaissances, ressemblait plus à une encyclopédie ambulante qu'autre chose.
- Il doit avoir terminé là... non ? On peut partir maintenant... j'ai l'étrange sensation de perdre mon après-midi... je crois ! chuchota Link qui ne comprenait pas l'intérêt d'être forcé à assister à un pareil postulat...
- Malheureusement non... Arfan a bel et bien achevé son discours, mais il doit maintenant répondre aux questions de la salle, expliqua la princesse bien droite sur son siège.
- En tout cas, je ne savais pas que notre peuple avait d'abord fondé le Village du Sceau avant de conquérir la belle plaine d'Hyrule et y installer toute une cité fortifiée, avoua Link tandis que le roi faisait ses remerciements à la salle pour son silence exemplaire.
- C'est pourtant écrit noir sur blanc à la bibliothèque du château, mais je comprendrais aisément qu'un apprenti chevalier ne s'y rende pas très souvent ! Tu as des choses bien plus importantes à faire, comme par exemple escorter une princesse à une conférence barbante où tu t'avachiras dans les gradins ! fit-elle remarquer, un petit sourire narquois se peignant sur ses traits doux et fins.
- Ou... oui ! Tu as raison ! Je devrais me tenir mieux ! concéda l'interlocuteur confus, s'empourprant déjà. Zelda ne put s'empêcher un rire discret, grand guerrier ou non, Link se montrait parfois très timide et facilement mal à l'aise en public. La spontanéité de son amie lui avait permis de s'exprimer avec beaucoup plus d'éloquence et d'aisance.
- Ce n'est pas grave, personne n'est là pour regarder comment tu te tiens ! sourit Zelda amusée tandis que dans la salle, les questions pour Arfan fusaient.
- Bien sûr... mais je ne voudrais pas faire mauvaise figure, surtout aux côtés de la famille royale ! Et puis... même si je bougonne un peu, je reconnais l'importance de cette conférence. Ce professeur sait s'y prendre avec les foules, accorda Link se montrant plus assidu qu'au tout début de la réunion.
- Sieur Arfan, intervint un homme la quarantaine, dans les gradins. Il posa bien vite sa question après consentement de l'intéressé, que pouvez-vous nous dire sur les trois déesses de la création et leurs messagers respectifs ?
- Oh... la légende. Les trois déesses, après avoir créé la terre et le pouvoir suprême, comme vous le savez tous, choisirent trois messagers et protecteurs. Le dragon de l'eau, Firone se chargea de la forêt et du fragile peuple des Tikwis. Le dragon de feu, Ordinn, eut pour mission de protéger la Montagne de la Mort et son écosystème unique. Enfin, le dragon de la foudre, Lanelle, dont j'ai mentionné l'existence un peu plus tôt, créa son propre peuple et prit soin de lui, non loin de l'océan. Mais de nos jours... les choses ont quelques peu changé... expliqua le professeur de Célesbourg, marquant une brève pause, voyant que son public buvait ses paroles, il reprit bien vite, il n'existe plus qu'un seul dragon à ce jour, Lanelle... les deux autres se sont mystérieusement envolés... Firone s'est simplement volatilisé tandis qu'Ordinn donna sa force au soleil des cieux, soutenu par le grand Narisha, ancien protecteur de Célesbourg, afin qu'il brille plus intensément et dissipe ainsi la Mer de Nuages qui coupait notre belle cité volante de la terre d'Hyrule...
- Je ne savais même pas qu'Ordinn avait participé à l'unification de notre monde... souffla Zelda dans un murmure de surprise totale. La salle était en pleine effervescence.
- Les Hyliens de Célesbourg possèdent vraiment un grand savoir, renchérit Link tout aussi stupéfait des connaissances d'Arfan. Puis un détail lui revint en tête, il en fit part à son amie d'enfance, mais... j'avais toujours cru que Lanelle avait succombé à une maladie peu après la fondation d'Hyrule et la dislocation de la Mer de Nuages... or il semble bien être le seul survivant... constata le jeune homme un peu perdu.
- Tu as raison, mais sa maladie remonte à des temps fort anciens. A cette époque, un fruit de l'arbre de vie lui fut offert pour repousser l'échéance létale... peut-être que ce don lui permit une guérison complète, proposa Zelda qui visiblement n'avait pas du tout songé à cette éventualité. Elle se réjouit de la curiosité de son ami.
- C'est probablement ça alors ! conclut le jeune guerrier qui, le visage illuminé, ajouta, le roi salue Arfan ! Et ils quittent la salle ! Alors... la conférence s'achève finalement ?
- Moi qui croyais que cette réunion avait fini par te plaire... chuchota la princesse faussement déçue.
- Oui, bien sûr... mais avec ce temps si clément, j'avais pensé pouvoir faire un tour en ville avant le dîner prévu à la salle commune ! se justifia l'apprenti chevalier qui ne désirait offenser personne. Tout deux finirent par se lever afin de suivre la foule et sortir de l'amphithéâtre.
- Je te comprends parfaitement ! Merci d'avoir accepté de m'accompagner et à ce soir alors ! Je reviendrai te donner la date exacte pour la cérémonie ! conclut-elle avec une infinie reconnaissance.
- Oh... c'était vraiment rien tu sais..."
La princesse Zelda observa son ami s'enfuir à toute vitesse de ce lieu clos pour aller vaquer à quelques occupations futiles ou simplement profiter d'un peu de temps libre. Ce n'était certainement pas à elle de critiquer ce que la plupart jugerait un manque de responsabilités total ! Elle le savait prudent et toujours très juste dans ces choix. Et puis après tout... s'il ne profitait pas un peu de cette vie au calme avant la cérémonie...

Oui... cette cérémonie allait changer sa vie et son destin à tout jamais... alors à quoi bon lui en parler maintenant ?

Le loup bondit par-delà un ruisseau débordant sur la végétation avoisinante, résultat de la dernière pluie torrentielle. Mais le loup n'avait pas pu l'apercevoir, et cela ne le concernait pas vraiment. Il avait beaucoup plus important à penser. Il courait à en perdre haleine. Il courait dans l'espoir de rattraper son terrible retard. Oui, il courait contre le temps, défiant les lois même de ce monde. Et malgré un tel geste... il avait peur. Cette peur le dévorait de l'intérieur depuis maintenant quelques heures. Il avait simplement fallu qu'une poignée d'images brumeuses lui reviennent en tête... et désormais il ne pouvait plus s'empêcher d'y penser, encore et encore. Le loup ignorait sa fatigue, il ignorait tout de son corps pour se concentrer sur sa course fulgurante. Elle était la seule et unique chance qu'il lui restait. L'animal furtif courait au coeur d'une forêt. Bois recelant des secrets les plus inavouables. Il en était lui même un, et malgré son caractère unique, il continuait d'avoir peur. Rien ne pouvait plus l'effrayer que ce qu'il était en train de vivre, encore et encore. Il n'en pouvait plus, il aurait aimé simplement disparaître, être oublié des dieux qui d'en haut devaient bien rire du si piètre destin qu'ils lui avaient choisi. Mais malgré sa peur grandissante et son moral d'acier devenu simple fil si facilement coupable, il continuait sa course. Ces images dans sa tête lui faisaient mal. Cette douleur ne venait pas du corps mais de l'esprit uniquement. Liée à son angoisse, elle en devenait insupportable. Cette épreuve était insupportable. Et bien que sa cause était des plus nobles, bien qu'il disposait de toute la témérité du monde, il savait que tout était condamné déjà. Il avait réagi trop tard et le temps reprenait déjà ses droits. Il aurait tant aimé que tout se passe différemment... mais qui pouvait bien se soucier des désirs d'un nuisible tel que lui. Alors il n'avait pas d'autre choix que courir et poursuivre son destin. Finirait-il par le devancer ? Trop tard.

Un vent glacial soufflait sur l'étendue morne et sans vie du désert. Bien des hommes trouvaient ce genre de paysages des plus rassurants mais une telle quiétude ne pouvait être positive... pas avec ce vide. Nulle empreinte de pas se dessinant sur le sol, aucun bruit hormis le claquement sec des bourrasques qui venaient à intervalles réguliers soulever la poussière d'or. L'eau se faisait rare et quiconque osait s'aventurer en de tels lieux connaissait une mort lente et douloureuse, devenant à son tour sable du désert. Pourtant, une lumière se dessinait au loin, telle un phare dans l'obscurité. Une imposante tour, dernier vestige d'une civilisation décimée et depuis fort longtemps oubliée. Un fétu de paille vint s'écraser contre le rempart des hommes. Oui, cette construction était probablement la plus rassurante de toutes, elle laissait entrevoir l'espoir de vie... et pourtant en son sein se déroulaient des faits que nul être ne saurait jamais... et qu'aucun n'avait besoin de savoir.

L'homme était solidement enchaîné et jamais ses liens ne se rompraient. Il était le prisonnier de cette tour. Ces deux bourreaux, d'une apparence fébrile, de simples gobelins, en témoignaient. Mais ils n'étaient pas les coupables de ce sombre dessein, de cette absence totale de justice. Faibles, ils obéissaient. L'homme se trouvait au coeur d'une cour au sol de sable, sur une estrade de pierres grossières. Face à lui, se trouvait son propre reflet, traître présent que lui renvoyait cet assassin miroir à la beauté insolente. Il le connaissait, il avait participé à sa reconstitution dans les moindres détails. Quelle belle ironie, qu'aujourd'hui, son oeuvre achevée vienne lui voler sa vie. L'homme ne ressentait absolument plus rien, si ce n'est ce sentiment de dégoût ... cette impression d'une victoire volée qu'il escomptait tant. Il n'avait plus envie de se battre, le monde entier l'abandonnait, se dérobait sous ses pieds. Il avait conscience de cette condamnation répétée. Il aurait beau la contester et protester, elle continuerait de se répéter, sans fin. Le cours du temps était immuable et son destin, tout tracé. Un individu au loin fit un signe de tête aux deux monstres qui comprirent immédiatement le signal. Ils placèrent l'homme à genoux et se saisirent de son bras droit d'où jaillissait une incommensurable lumière. Elle éclairait d'une pâle lueur les ténèbres grandissants de la nuit, qui peu à peu, prenaient possession de la tour. La main de l'homme effleura à peine la surface du miroir et son cri déchira le crépuscule, alors que plus jamais il ne verrait l'aube. Le miroir étincela et une formidable explosion de lumière aveugla les rares témoins de la scène. Durant quelques courts instants, l'éclatante illumination dissipa l'obscurité, le jour semblait être revenu. Mais cette pulsation de vie s'éteint bien vite. L'homme et les deux monstres furent projetés contre un des murs de l'enceinte intérieure. Il savait qu'on venait de lui voler ce qu'il possédait de plus précieux, et pourtant, cette explosion lui avait redonné le courage et l'espoir quelques secondes. Bien trop brèves secondes. L'écoulement dans ce désert, de simplement quelques grains de sable. L'homme cru voir un nouvel individu par-delà le miroir, qui souriait fièrement tandis que lui, à l'inverse, il n'était plus rien. Cette vision le hanta et il se tourna vers son bourreau, en haut des gradins.
"Tu peux me voler mon âme autant de fois que tu veux, mais tu ne pourras pas toujours tromper la mort ! Tôt ou tard, toi aussi, le temps te rattrapera !"
Une voix tonitruante envahit la cour et la réponse à cette insolence ne tarda pas.
"Je me fiche bien de tes mises en garde ! Une vermine dans ton genre a eu ce qu'elle méritait. Tu es libre désormais. Libre de mourir dans cette belle étendue d'or, le soleil couchant sera ton dernier allié."
L'homme reperdit tout l'espoir qu'il avait osé amasser en ces quelques mots. Tout était perdu.

Cette nuit-là, il marcha dans le désert, sans trop s'accrocher à sa vie, il savait pertinemment que cela ne changerait rien. La faible lumière qu'il était devenu s'éteint et son corps sans vie tomba mollement tout contre le sable. Le seul confort dont il disposerait désormais. Mais cela n'avait plus d'importance... là il allait. Là où il disparaissait.

***

Link se réveilla en sueur, une main sur le coeur. Encore choqué de ce qu'il venait de vivre. Un cauchemar des plus terribles, dont il aurait volontiers aimé se passer, où tout du moins de cette netteté rendant le rêve plus vrai. Ces songes n'avaient de cesse de se répéter et il ne savait plus quoi penser. Cette situation l'étouffait, tout cela avait débuté, ce jour précis où Zelda était venue lui annoncer la date de la cérémonie qui parachèverait son apprentissage. Les jours suivants s'écoulèrent lentement mais son attente prenait fin dès aujourd'hui. Il allait se rendre au Temple du Sceau et deviendrait enfin un grand chevalier. Cette nouvelle lui mettait du baume au coeur et ne pouvait l'empêcher de le rendre si fier de tout ce qu'il avait accompli jusqu'ici. Malgré tout, des souvenirs bien précis ne cessaient de tourbillonner dans son esprit. Son rêve s'encrait peu à peu en lui. Le jeune Hylien resta ainsi, sans bouger, quelques heures, les yeux dans le vague tandis que le soleil commençait sa lente ascension. Il songea un bref instant, que l'homme de son cauchemar n'aurait plus jamais le droit à un tel spectacle. Cette pensée lui arracha un frisson et il préféra se focaliser sur le fait qu'un rêve n'était pas la réalité, et que jamais il ne pourrait se produire de tels faits.

C'est ainsi que Zelda découvrit Link, les yeux fixant désespérément le vide, sans la moindre expression de visage. Elle ne prit pas peine de s'en inquiéter d'abord, elle ouvrit franchement la porte de la chambre et d'un bond, s'assit sur le lit de son ami. Elle lui déclara toute joyeuse, après s'être excusé de probablement lui avoir broyé les côtes.
"Lève-toi vite ! Une longue route nous attend ! Enfin... à dos de Célestrier nous n'en aurons que pour quelques heures... mais là n'est pas la question ! Tu dois vite t'habiller ! Mon père m'a confirmé, qu'au Village du Sceau, on préparait déjà la cérémonie ! Tu ne peux pas t'autoriser à arriver en retard ! Nous serons donc en avance."
Son rire cristallin envahit la chambre mais le silence de son ami d'enfance lui indiqua que quelque chose le perturbait. Ne voulant certainement pas voir le héros du jour à la mine sombre, elle entama la conversation, bien décidée à lui tirer les vers du nez !
"Quelque chose ne va pas, Link ? questionna-t-elle le plus simplement du monde, appuyant son menton sur son bras pour exagérer son interrogation.
- ... le jeune Hylien ne prit même pas peine de répondre, le regard toujours aussi morne ne pouvant rien fixer en particulier.
- Eh, oh ! Tu m'entends, oui ? poursuivit Zelda sur sa lancée, qui ne supportait pas un tel silence. Cela ne présageait rien de bon ! Elle donna une légère tape sur la tête de son ami qui sursauta. La bulle de rêveries se brisa brutalement, il retournait à son quotidien, bien plus heureux.
- Oh... oh... euh ! Je... Zelda ? Tu es là depuis longtemps ? répondit l'apprenti chevalier sortant de sa bien étrange transe. Il se racla la gorge et s'excusa poliment pour son absence.
- Et moi qui m'inquiétais pour toi... tu ne faisais que dormir les yeux ouverts oui ! Mais tu ne peux pas t'autoriser à être dans la Lune pour le jour le plus important de ta vie ! reprocha la princesse, les bras croisés, à genou sur le lit, regardant fixement Link de plus en plus gêné.
- Oui, je sais... souffla-t-il timidement en baissant honteusement la tête. Ce comportement n'était pas normal et Zelda l'avait senti.
- Link... je vois bien qu'il y a quelque chose qui te tracasse... tu ne veux pas en parler ? questionna-t-elle en prenant une voix douce et fragile. Elle avait toujours été douée pour exagérer ses gestes et ainsi attendrir tout Hylien lambda du royaume, Link ne faisant pas vraiment exception à la règle.
-Je suis désolé... ce n'est presque rien tu sais... je... je fais juste quelques cauchemars en ce moment... c'est assez récurrent et à la longue... très perturbant... balbutia le jeune soldat n'osant toujours pas relever la tête. Il trouvait ce genre de situation vraiment gênante. On aurait dit un enfant de 7 ans qui n'arrivait pas à dormir.
- Oh... je comprends ! Tu viens de te lever, c'est normal de ressasser tout ça ! Mais tu verras, dans quelques heures, tout ira mieux ! Tu seras celui que tu as toujours voulu être, peut-être que tu es simplement un peu angoissé par tout ce côté officiel... proposa la jeune fille, une main sur l'épaule de son ami, le regard adouci et les yeux en amandes. Link rougit d'une telle attention, peu habitué à ce que l'on prenne autant soin de lui pour une telle broutille.
- Je sais mais... je ne les oublie jamais totalement. Je ne comprends pas... j'ai l'étrange impression, oui vraiment bizarre et tu vas me prendre pour un fou ! Mais... c'est comme si je me sentais mourir peu à peu, à petit feu... sans pouvoir lutter ni même comprendre pourquoi, avoua-t-il en se tournant vers la fenêtre de sa chambre. Le soleil levant était un spectacle dont il se contenterait aujourd'hui pour panser les blessures de son coeur.
- Je... je n'oserais pas te prendre pour un fou, tu le sais bien... souffla la princesse compatissante. En replaçant correctement sa robe de soie, elle ajouta, je ne sais pas quoi te dire pour que tu ailles mieux... mais je crois vraiment que tu ne devrais pas te laisser tracasser par les mécanismes tortueux de ton esprit.
- Oui, ce que tu dis là est vrai, j'espère pouvoir l'appliquer... attends-moi dans le jardin ! Si je comprends bien, nous partons ensemble à dos de mon Célestrier. Je ne tarderai pas, promis, tu n'auras pas froid trop longtemps, sourit le jeune homme sentant déjà revenir en lui l'excitation et la légère appréhension du jour tant redouté.
- Il fait doux ce matin tu sais, prends ton temps ! Je peux l'appeler seule, moi, ton corbeau ! taquina-t-elle en sortant de la pièce avec cette insouciance et cette bonne humeur qui la caractérisaient tant."
Link laissa ses sombres pensées derrière lui et adopta l'attitude de Zelda, le coeur léger. Il n'allait pas cauchemarder en pleine journée et encore moins s'autoriser à s'inquiéter pour une cérémonie en son honneur. Il sortit péniblement de son lit et s'habilla après quelques étirements matinaux qui se chargèrent d'achever son réveil. Il se décida ensuite à ouvrir la fenêtre de sa chambre et s'accouda ainsi. Profitant des premiers rayons du soleil, il admira, rêveur, la rosée matinale se dissiper sans même laisser une fine brume. Respirant le bon air frais les yeux clos, il se concentra sur les bruits alentours. Link ne put s'empêcher d'esquisser un sourire serein et si peu moqueur. Au loin, un peu plus bas, Zelda tentait de siffler le Célestrier vermeil sans qu'elle n'obtienne la moindre réponse. Elle ne se décourageait pas et continuait malgré tout. Link rouvrit les yeux, observant son amie de plus près. Elle avait déjà eu le temps de se changer, fin prête au voyage. Elle s'était munie d'une robe magenta foncé et plus courte qu'à l'habitude, la laissant entièrement libre de ses mouvements. Elle avait noué un châle autour de ses épaules afin de se protéger du vent. A sa ceinture, une sacoche de cuir. Une paire de bottines et quelques accessoires superposés de-ci de-là achevaient son équipement et la rendaient prête à se rendre au bout du monde ! Le futur chevalier ne voulut pas faire durer plus longtemps le calvaire de son amie, reniée par un vulgaire volatile. Aussi, il se dépêcha de sortir du palais après s'être muni de provisions pour la route. Il n'allait certainement pas voler sans avoir un minimum mangé au préalable !

Zelda se retourna auprès de Link et lui déclara, visiblement vexée :
"Que ton oiseau est lunatique ! Il refuse de venir me voir ! Il ne répond vraiment qu'à toi... quel malpoli !"
Son ton se voulait hautain mais elle ne réussit guère à le conserver très longtemps. Le jeune Hylien lui sourit et siffla à son tour. La réaction du Célestrier fut quasi immédiate, ce qui acheva Zelda, trouvant là une bonne raison d'en vouloir à cette créature un peu trop fidèle ! L'animal piqua et redressant sa trajectoire au dernier moment, il atterrit en douceur sur le sol, faisant voleter quelques brins d'herbe ici et là. Link flatta l'encolure de l'imposant volatile tandis que la princesse s'approchait lentement dans l'espoir de caresser à son tour cet animal ingrat. Le Célestrier ne rechigna pas et accepta docilement cette présence, qui ne l'avait jamais dérangé. Avec entrain, les gestes vifs, Link enfourcha l'animal aux plumes de feu et aida Zelda à le rejoindre. Le jeune Hylien se pencha délicatement en avant et glissa quelques mots au Célestrier commençant déjà à prendre de l'élan. Il parlait d'un ton doux témoignant de l'affection qu'il portait à sa monture. La créature agissait avec la même douceur que son maître, et le décollage se déroula sans la moindre turbulence. L'oiseau vermeil devint point rouge dans le ciel, le voyage commençait enfin... dans quelques heures à peine, Link serait chevalier. Le Chevaucheur Céleste se concentra davantage sur la trajectoire de sa monture, préférant ainsi faire abstraction de son ventre noué.

Le ciel clair laissa entrer en son sein, parfaitement dégagé, le duo et l'oiseau vermeil. Il n'y avait guère de nuages téméraires pour oser cacher la beauté du paysage. Volant le long de la plaine, Link et Zelda se trouvaient très proches du sol, l'ombre du Célestrier se reflétant sur l'herbe grasse et humide d'un printemps clément. Zelda, se tenant à Link, lâcha une main, appréciant le vent lui filant du bout des doigts avec un plaisir non feint. Elle s'autorisait parfois à hurler pendant la filée de l'oiseau, elle ne voyageait que très rarement par la voie des airs, et pourtant, le Célestrier était de loin le moyen de transport qu'elle considérait le plus confortable ! Il ne présentait que des avantages à ses yeux. Un cheval ne pourrait jamais égaler une telle impression de vitesse. Elle se sentait libre, loin de la terre ferme et de toutes ses responsabilités, qui lui empêchaient la moindre évasion. Link sourit à l'hystérie de son amie, toujours aussi spontanée. Après tout, elle n'avait pas à craindre du regard du jeune Hylien et savait pertinemment qu'il ne dirait rien de ses instants de pur bonheur. Les ailes du Célestrier battaient à un rythme régulier, la vitesse qu'il avait atteinte lui permettait de planer en toute aisance sans que ses passagers ne souffrent d'un voyage trop rapide. Link et Zelda n'étaient pas vraiment du genre à refuser les sensations fortes, l'oiseau en avait conscience. Il effectuait le trajet, se laissant parfois dériver au gré du vent. La créature se rapprochait parfois tellement du sol qu'il aurait presque été possible de le toucher si la vitesse ne l'avait pas empêché, une brûlure pouvait si vite arriver. Et le plus bêtement du monde. Zelda se rapprocha de Link en lui criant :
"J'adore voler comme ça ! Je veux revivre ça encore et encore !"
Le jeune garçon sourit, et reprenant légèrement de l'altitude, déclara en se tournant vers son amie :
"Tu m'avais pourtant demandé une fois de t'emmener à Célesbourg ! Ce n'est pas la première fois que tu vois le ciel !"
Il ne cherchait pas le moins du monde à contester la princesse, mais simplement à la comprendre. Elle éclata de rire et se hâta de répondre, tandis que la forêt de Firone était en vue :
"Oui, mais c'est différent ! Nous sommes si proches de la terre ! Nous balayons la plaine de fortes rafales, nous sommes le vent ! La tête dans les nuages et les pieds sur terre... ou presque !"
Elle hurla à nouveau se laissant porter par l'air un bref instant. Link aurait aimé l'imiter, mais ils étaient déjà en vue du Village du sceau. Ils n'avaient plus qu'à se poser.

"Nous vous attendions Votre Majesté ! Apprenti, heureux de vous rencontrer" salua un garde du Village du Sceau, une lance à la main, en tenue officielle. Les deux amis quittèrent bien vite le Célestrier, pour s'en éloigner sur une courte distance. Ils se trouvaient sur la place principale, entièrement dégagée et pavée. En son centre était gravé le symbole de Firone d'un vert convenant parfaitement à l'environnement. Le village dans un milieu ainsi boisé dégageait une atmosphère très reposante, on se sentait immédiatement à l'écart de l'agitation de la grande ville d'Hyrule. Le ciel s'éclipsait parfois au profit de la nature, et quelques habitations étaient recouvertes de lierres. Le village s'organisait en plusieurs allées ayant pour point de rencontre la place centrale, servant aussi de piste d'atterrissage. Le Célestrier de Link fut conduit dans une plaine, à l'écart du village où il pourrait se reposer tandis que son maître connaîtrait probablement le jour le plus angoissant de sa vie, pour une simple question de protocole et des honneurs récoltés sans raison valable. Le garde n'eut guère besoin d'escorter les deux amis au Temple du Sceau, la porte principale donnait directement sur la grande place. L'ancienne bâtisse jadis tombant en ruines avait été entièrement rénovée. Elle semblait désormais briller au soleil, des pierres d'un blanc aveuglant empêchaient de contempler le temple pendant une durée trop longue. Zelda fit un clin d'oeil à son ami et lui déclara :
"Je dois aider à préparer la cérémonie, c'est ta journée aujourd'hui, alors tu ne peux pas rentrer tout de suite ! Je viendrai te chercher quand tout sera prêt pour toi. Nous ne devrions pas en avoir pour bien longtemps, tout le monde ici semble réveillé depuis des heures. Ils sont très ponctuels, tout le contraire de toi !"
Link bredouilla une réponse tentant de contrer son amie mais il n'en eut ni le temps, ni l'envie. Les portes du temple se refermèrent sur elle et l'apprenti chevalier plus que nerveux se décida à rester sur la place. Il s'assit sur un banc de pierre et attendit un modeste temps qui lui parut une éternité. Son seul loisir fut de contempler le vent dans le feuillage des arbres. La verdure voletait en tout sens, alternant ombre et lumière, le soleil s'autorisant un passionnant jeu de cache-cache d'un branchage à un autre. Les Hyliens allaient et venaient, le saluant aimablement, s'intéressant à sa condition et tentant parfois même de le rassurer sur cette cérémonie à laquelle la plupart avait déjà assisté. Elle n'avait vraiment rien de bien compliqué. Le guerrier ne devant qu'avancer pour y recevoir le témoignage de son nouveau titre. Link se détendit un peu, trouvant les villageois tous très accueillants, il n'aurait jamais pu penser découvrir des gens aussi conciliants et à l'écoute des problèmes des visiteurs. L'inconnu ne semblait vraiment pas les surprendre. Ils étaient habitués. Des milliers de touristes allaient et venaient en quelques mois à peine afin d'observer de plus près le Temple du Sceau, figure de légendes. Là où tout avait commencé avec la déesse Hylia et ses fidèles. Là où tout s'était achevé.

Zelda ressortit discrètement du temple une demi-heure plus tard, toujours aussi rayonnante. Ses bruits de pas résonnaient tout contre la pierre fraîche du village boisé et sa sacoche, accrochée à sa ceinture, tressautait au rythme de ses pas. Elle lui tendit une main et l'invita à entrer à l'intérieur. Sa voix douce ressemblait à un appel. Écho tendre et suave.
"C'est ton heure, n'angoisse pas, tu n'as rien à prouver aux gens. Et puis, je suis là pour t'épauler. Nous allons marcher ensemble jusqu'à l'autel ! Garde la tête haute surtout ! Tu es un chevalier, tu n'es pas n'importe qui. Ne l'oublie pas."
Link hocha de la tête, inspira et pénétra dans l'enceinte du temple, à la même cadence que son amie d'enfance. Elle était toujours là, au bon moment.

Les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes, Link et Zelda traversèrent un long couloir désert, où un tapis rouge avait été installé au préalable. Le jeune Hylien ne s'autorisa pas à en faire la remarque à son amie, qui fixait la porte non loin, suivant le chemin bien droit. Ouverte, elle donnait sur une salle circulaire où une foule applaudissait le futur chevalier qui aurait préféré s'enfuir immédiatement. Lorsque Link et Zelda arrivèrent là où régnait l'agitation, le soldat s'aperçut, avec un grand soulagement, que la salle était en réalité peu remplie. Seul un comité assez restreint avait été admis. Le roi d'Hyrule lui-même l'attendait, se trouvant non loin d'une imposante porte. Il était là, juste pour lui. Devant lui, quelques marches plus haut, une épée plantée à même un socle de pierre semblait l'attendre. Une fine lame au tranchant acéré, sculptée à divers endroits, légèrement grisée... ornée d'incompréhensibles symboles et possédant une forme pour le moins étrange. Le fil de l'épée n'était pas droit, mais comportait quelques pics à certains endroits, qui bien aiguisés, devaient faire très mal à l'adversaire. Il avait entendu parler de cet honneur fait aux chevaliers. Avant leur prise de fonction, ils avaient le droit de tenter d'extraire la lame sacrée, qui, d'après les légendes avait vaincu le mal, pourfendant et triomphant des ténèbres. Link fixait la lame, sans pouvoir en ôter son regard. Il y avait quelque chose qu'il ne parvenait pas à définir, son corps semblait, lui, avoir compris puisqu'un frisson parcourut son échine. Comme une alarme. Le roi d'Hyrule entama son discours solennel en l'honneur de Link, mais le jeune Hylien l'entendait à peine. Il préférait se concentrer sur l'épée. Une voix l'appelait au loin, elle lui suppliait de la libérer de son sommeil. Link en eut presque pitié, et s'avança de lui-même jusqu'au socle. Le roi venait à ce même instant, de lui autoriser un bref essai. Nul ne croyait réellement en ses capacités, bien avant, des plus costauds que lui avaient tenté d'extraire la lame sans qu'elle ne bronche. Mais l'espoir d'un miracle les faisait vivre et attirait leur curiosité : était-ce vraiment possible ? Zelda vint se placer à la gauche de son père et sourit à Link qui ne semblait pas en avoir conscience. L'épée lui parlait ! A quoi bon alors s'intéresser au reste ! Il en était certain désormais ! Et c'était complètement fou ! Quelque chose ou quelqu'un avait été scellé, et l'âme appelait à sa force, son courage ! Il oublia la foule, il oublia le roi, il oublia la porte du fond, il oublia la salle. Il posa ses mains sur le pommeau, sentant le bonheur de la voix. Il allait libérer cette âme qui avait tant besoin d'un sauveur ! D'un coup sec il retira l'épée qui sortit de la roche sans la moindre difficulté. Le raclement de la lame contre le socle se fit entendre de tous. Le public retint sa respiration, Zelda semblait jubiler et le roi, incrédule. Nul n'avait envisagé l'imprévisible, nul n'aurait pensé autant regretter d'assister à un tel spectacle...

Une gerbe de lumière vint se placer aux côtés de Link, tandis que la foule prenait la fuite, consciente que ce fait n'avait absolument rien de normal ! Il était exclu de tout scénario. Peu à peu, une silhouette se dessina, elle prit forme, tourbillonnant, entre ombre et lumière. Le silence revint et Zelda poussa un cri. Un homme se tenait désormais derrière Link, lui ayant placé une lame juste sous la gorge. Une bien belle mise en scène à laquelle le guerrier ne s'était certainement pas attendu !
"Tu m'a appelé à l'aide ! Je n'ai fait que te libérer ! protesta le jeune garçon remuant à peine les lèvres et ne s'autorisant aucun déplacement. Un seul faux pas et son assaillant n'hésiterait pas à lui laisser une belle marque sur son cou nu.
- Oui, et j'admire la naïveté de ton peuple ! Vous m'avez retenu des années et des années durant ! Tous vous avez tenté de me libérer, vous attendant à un miracle ! Tu as entendu le son de ma voix avant tous les autres, tu m'as compris et grâce à ton courage, j'ai trouvé la force de me libérer ! C'est un plaisir de faire ta connaissance jeune homme, comment t'appelles-tu ? questionna l'étrange individu à la peau mate, les yeux blancs sans la moindre pupille. Un tel portrait avait de quoi sérieusement vous déranger.
- Je m'appelle Link, souffla l'Hylien d'un ton posé et calme, probablement contrarié aussi. Il n'aimait pas du tout la tournure que prenaient les événements, et la famille royale était en danger !
- Vous n'êtes pas l'épée de légende ! C'est impossible ! s'horrifia Zelda les yeux écarquillés, craignant pour son ami. Et pourtant, elle était terriblement impuissante et ne pouvait rien faire pour lui. Elle déglutit péniblement.
- Je ne parlais pas A TOI ! s'emporta l'inconnu se saisissant de Link plus fermement, relevant sa fine lame pour la jeter contre la princesse. Celle-ci ne se montra pas impressionnée et se décala d'un pas. L'individu aux cheveux blancs et fins comme la soie haussa les épaules. Il ne resta pas sans arme bien longtemps, faisant léviter la lame qu'avait extraite Link et perdue après l'explosion de lumière. Il l'amena à lui et replaça le chevalier en situation critique, l'homme reprit, je me nomme Ghirahim. Si vous appreniez tous correctement votre Histoire, vous auriez immédiatement reconnu le merveilleux et splendide personnage que je suis ! Link, je suis enchanté de faire ta connaissance, nous allons bien nous entendre, je crois. Ton prénom est court, il me va. Mais si tu acceptes de me rendre un tout petit service, nous deviendrions vraiment de grands amis. Pourrais-tu gentiment avancer jusqu'à la porte du fond ? Et au pas s'il te plaît ! JE NE VEUX PAS TE VOIR DESOBEIR ! rugit subitement Ghirahim forçant son captif à avancer. Link sursauta mais se mit en marche, ne supportant les jacassements de son interlocuteur.
- Vous êtes ridicule, vous feriez mieux de me lâcher maintenant, vous ne faîtes peur à personne... fit remarquer le chevalier ne craignant pas les représailles de son ennemi.
- Je n'aime pas vraiment ton insolence. Tu viens de baisser dans mon estime, c'est dommage... souffla Ghirahim qui pour seule réponse appuya le tranchant de la lame sur le cou de Link jusqu'à ce que la peau se déchire et que le sang s'écoule. Ils continuèrent d'avancer.
- Je ne vous laisserai pas passer ! Vous n'avez pas le droit de faire du mal à Link comme ça ! intervint Zelda se plaçant sur la trajectoire du scellé qui se contenta de soupirer, déçu. Le roi quant à lui ne semblait pas franchement disposé à réagir, bien trop stupéfait.
- Toi, je te déteste déjà ! CA FAIT LA DEUXIEME FOIS QUE TU ME COUPES ! tonna Ghirahim visiblement facilement irritable."
Il lâcha son épée et leva sa main libre en l'air. Quelques brefs instants de concentration lui suffirent à formuler une invocation. Des épées se mirent à flotter autour de lui. Pour la plupart, des lames courtes. Link se décida à agir, ne souhaitant pas voir son amie embrochée vive. Ce n'était pas à elle de payer son erreur. Le jeune garçon se baissa et ramassa l'épée sur le sol, vif et alerte. Il se releva en un éclair et chargea son adversaire. Ghirahim ricana et disparut soudainement, dans un éclatement de losanges blancs et oranges. Link en fut immédiatement déséquilibré et l'épéiste se retrouva dans son dos à nouveau, lui donnant un grand coup de pied. L'Hylien s'écroula sur le sol, le souffle coupé.
"Vous êtes vraiment tous insupportables finalement... mais je ne suis pas ici pour jouer ! Je vais me venger, et faire preuve d'intelligence ! Ce dont... vous manquez tous visiblement !" se moqua Ghirahim, se téléportant à nouveau, cette fois-ci devant la porte qu'il visait depuis tout à l'heure. Il la franchit en adressant un geste d'adieu. Link se releva en se frottant le dos, reprit sa lame et s'empressa de suivre le fuyard. Zelda ordonna à son père de l'attendre et elle se joignit à Link.

La salle finale du temple ne semblait guère très intéressante. Ce cul-de-sac ne contenait que quelques vieux objets sur lesquels on avait disposé un drap afin d'éviter qu'ils ne prennent la poussière. Le ménage n'avait probablement pas été fait depuis des siècles... Lorsque Zelda et Link arrivèrent, Ghirahim se saisissait d'un énorme drap et le retirait avec lenteur et satisfaction, dévoilant un bien étrange objet, qui au contact de la lumière, s'illumina d'une lueur verte. Quelques engrenages d'un noir absolu apparurent, faisant tourner à un rythme régulier, la machine branlante. L'épéiste frôla la surface et un voile se dissipa, révélant un couloir formé d'engrenages. Il était impossible d'en distinguer la fin, aucune lumière ne semblait se répandre. Il se retourna, reculant de quelques pas, criant à qui aimerait l'entendre :
"Nous nous reverrons peut-être ! Mais oserez-vous me suivre ? Resterez-vous là à regarder ma vengeance s'accomplir ? Vos petites vies risquent de bien vite disparaître, je suis navré... mais je suis contraint d'aller tuer tous vos ancêtres ! Vous avez hérité de leur acharnement borné... adieu, je vous aimais bien quand même... je crois... !" conclut-il avant de disparaître dans l'obscurité de la porte-rouage.

Oui, lorsque l'on devenait chevalier... les choses se compliquaient et les responsabilités s'accumulaient. Mais était-il vraiment nécessaire de mettre le royaume en danger pour une poignée d'honneur ? Link regretta amèrement la cérémonie, comprenant, un peu tard, pourquoi le Village du Sceau portait si bien son nom...

"Nous devons rentrer au palais." Le roi s'était adressé au duo qui approuva, déçu de s'être laissé aussi facilement duper. Ils avaient libéré un monstre. Un homme qui n'aspirait qu'à se venger et à ravager leur beau monde...

Le roi repartit, entouré d'une troupe de gardes, après une brève discussion avec sa fille. Zelda rejoignit bien vite son ami qui s'était rendu à la clairière, à l'écart du village, où dormait paisiblement son Célestrier. Ne sachant guère que dire à la princesse, il se décida à lui dire quelques banalités, encore honteux de ce qu'il venait de vivre. Il avait été en position de faiblesse ! Et il n'avait pas le droit dans de telles conditions d'être nommé chevalier ! Il n'avait même pas réussi à se défendre lui-même !
"Tu savais que le Célestrier était une espèce en voie de disparition ? C'est vraiment dommage... souffla Link caressant l'animal, le réveillant en douceur de son sommeil insouciant. Il n'avait pas conscience, lui, de ce qui venait de se passer.
- Link... ce n'est pas grave... tu sais... répondit Zelda allant droit au but, elle n'allait certainement pas tourner autour du pot pendant des heures comme en était parfois capable son ami. Mais il était excusable, avec ce qu'il venait de vivre. On préparait les chevaliers à n'importe quelle situation... mais jamais à l'échec...
- Je crois qu'il me manquerait, je ne lui ai jamais donné de nom, c'est vrai, mais il reste un ami. Ce n'est pas à moi de décider pour lui après tout. Oui, vraiment dommage... poursuivit Link dans sa lancée, préférant ignorer les dires de Zelda.
- Tu ne veux pas m'écouter on dirait... soupira-t-elle, finissant par sourire pour, taquine, ajouter, tu ne veux pas m'écouter, mais tu peux toujours m'entendre. Après tout, je peux bien parler sans toi ! A haute voix, juste comme ça, pour le plaisir ! Donc, je disais... ce n'est pas grave, tu ne pouvais pas savoir et ce... Ghirahim m'a l'air plus d'un phénomène que d'un réel danger, il faut le neutraliser, bien sûr... mais... en tout cas, ça ne remet pas en doute ton titre de chevalier. La cérémonie a été interrompue, oui, mais tu en es tout de même devenu un.
- Je n'aimerais pas spécialement t'entendre non plus... tu sais... fit-il remarquer se sentant coupable à chaque mot que prononçait Zelda. Son Célestrier sembla ressentir sa peine, il se leva, s'ébroua et se colla contre son maître, le suivant dans le moindre de ses gestes.
- Je suis là pour en parler malgré tout ! On ne peut pas ignorer ce qu'il vient de se passer parce que tu es honteux d'avoir produit un miracle ! Réveille-toi un peu ! Tu es le seul à être parvenu à retirer l'épée, ce n'est pas le hasard ! Link, tu mérites plus qu'aucun autre ce que tu es devenu aujourd'hui ! Et ce n'est pas Ghirahim qui y changera quelque chose, tonna la princesse, intransigeante. Elle ne souhaitait certainement pas voir son ami se refermer sur lui même, chose qu'il adorait faire, à son grand désespoir, quand il se sentait mal.
- Une épée maudite, je ne sais pas vraiment si je dois m'en réjouir ! Je me suis laissé surprendre, il m'a eu ! J'y ai peut-être gagné une fine lame mais... commença Link n'osant toujours pas regarder Zelda. Cela n'aurait fait qu'augmenter sa culpabilité. Le Célestrier se plaça sous la main de son maître, l'invitant à une caresse que l'intéressé déclina immédiatement. Le jeune Hylien, d'une voix brisée, reprit, en plus... je n'ai même pas réussi à te protéger, toi et ton père. Il a tenté de te tuer et je ne pouvais rien faire ! se mortifia-t-il terriblement honteux. Il était à blâmer, il le savait.
- C'est exactement ça, oui, approuva Zelda, les bras croisés, le regardant avec froideur bien qu'une lueur de tendresse éclairait faiblement ses yeux aux reflets aigue-marine.
- Pardon ? s'offusqua Link qui ne s'attendait visiblement pas à trouver la princesse d'accord sur son manque de compétences.
- Tu ne pouvais rien faire, tu le dis toi-même ! Tu ne dois pas te condamner pour une chose qui ne dépendait strictement pas de toi ! Tu as presque failli l'arrêter, mais tu ne pouvais pas prévoir qu'il possédait un don de téléportation assez déstabilisant ! Quant à ma protection... eh bien je n'avais qu'à pas le contredire ! Mais bon... il était vraiment trop insupportable, et je ne voulais pas que tu te laisses faire par ce tyran. Je n'étais pas dans une position délicate, toi si, alors... c'était à moi en quelques sortes de te protéger en détournant son attention... expliqua-t-elle tentant au mieux de rassurer son ami parfois trop à cheval sur l'honneur. Elle se rapprocha de lui, se saisit de sa main et la plaqua sur le plumage du Célestrier ravi.
- Oui, je sais que tu as raison... mais je veux m'améliorer ! Je ne veux plus que cet original soit une menace ! Dès l'instant où il a commencé à représenter un danger pour la famille royale, il est devenu mon ennemi ! Je me chargerai personnellement de lui régler son compte ! jura Link en se saisissant de sa nouvelle lame, en position d'attaque. Ghirahim n'était pas le seul à réclamer une vengeance.
- Je préfère cet état d'esprit ! Nous allons lui faire ravaler sa fierté à cet idiot ! On ne peut pas ainsi provoquer Hyrule sans en subir les conséquences ! approuva le jeune fille le poing bien haut, prête à tout pour convaincre Link et lui prouver qu'elle était belle et bien de son côté. Puis elle se mit à faire les cent pas, songeuse... elle se tourna vers son ami et lui déclara perturbée, cette porte... nous ne pouvons pas laisser les choses ainsi... j'en ai entendu parler, mais je ne pensais pas vraiment la voir activée un jour. Sa particularité est de retourner dans le temps, à une date bien précise ! Mais ce n'est pas tout, une fois en marche, la porte ne renvoie plus à la même époque, mais avance peu à peu dans le temps, au même rythme que notre ère.
- Co... Comment ça ? Nous pouvons aller dans le passé ! Mais c'est impossible de pouvoir ainsi changer la trame du temps ! s'exclama Link refusant d'adhérer à une telle hypothèse. Elle pourrait avoir des conséquences désastreuses sur Hyrule, Ghirahim pourrait avoir des conséquences désastreuses sur Hyrule...
- Je ne te dis que la vérité ! Notre destin n'est pas scellé ! Et que crois-tu que compte faire Ghirahim si la porte l'a renvoyé très loin dans le temps ? demanda-t-elle sans attendre de réponse. Elle savait pertinemment ce qu'il se passerait.
- Il va vouloir démanteler Hyrule ! s'horrifia Link, lâchant son épée tellement il fut stupéfait d'une telle nouvelle. Il ajouta sur le qui vive, on ne peut pas le laisser faire ! Qui sait le temps qu'il nous reste ! Nous devons agir au plus vite !
- Évidemment, mais au palais, tout risque d'être ralenti... mon père m'a expliqué rentrer pour tenir une assemblée où se réuniraient toutes les personnes les plus importantes d'Hyrule. Ils débattront par la suite de ce qu'il faut faire... expliqua Zelda d'un ton blasé. Un petit oiseau bleu vint se poser à leurs pieds, arrachant un peu de mousse au sol, sans un bruit, le plus discret possible.
- Ça risque de prendre des jours connaissant ton père et le conseil... sans vouloir bien sûr les dégrader ! Ou les décrédibiliser ! Mais... enfin... balbutia le jeune homme se reprenant bien vite, pensant avoir parlé un peu vite. Il se focalisa sur l'oiseau azur, évitant de croiser le regard de Zelda.
- Non, non, tu n'as pas à regretter ce que tu viens de dire. Je suis de ton avis. Personne n'osera jamais traverser la Porte du Temps ! Personne n'ira suivre Ghirahim ! insista la jeune fille sûre d'elle, plantant son regard dans celui de Link. Elle s'avança d'un pas décidé et l'oiseau s'envola.
- Mais... que proposes-tu ? Tu voudrais que nous partions, nous ? Ça serait de la folie et ton père me tuerait de t'exposer à pareil danger ! désapprouva le jeune Hylien qui ne s'enflammait pas aussi vite que la princesse. Sa raison dirigeait pour l'instant toutes ses réflexions. Il croisa les bras tandis que le Célestrier, ennuyé par le manque total d'action, s'allongea à nouveau.
- Il n'oserait certainement pas contester un chevalier, tu sais... poursuivit-elle ne lâchant pas prise sur son idée.
- Ce que je ne suis pas ! Je te signale que la cérémonie ne s'est pas achevée ! contesta le jeune garçon préférant éviter de penser aux raisons de l'interruption.
- Le roi t'a donné sa bénédiction ! Il ne te manquait plus qu'à recevoir une arme, ce que tu as déjà et le reste de ta tunique ! Nous pouvons encore achever cette cérémonie, si tu y tiens tant ! fit remarquer Zelda défendant ses opinions avec conviction et ardeur. Link finit par céder.
- D'accord, d'accord ! Retournons au Village du Sceau... nous ne pouvons pas laisser Ghirahim s'en sortir comme ça... accepta le jeune homme affichant un sourire désabusé. Zelda éclata de rire. Il s'était encore fait avoir."

Se saisissant de sa nouvelle épée, la plaçant dans son dos, Link se résolut à suivre Zelda. Le duo rebroussa chemin, laissant le Célestrier profiter d'une nouvelle sieste au soleil. Le retour jusqu'au village parut durer une éternité. Et lorsqu'après quelques minutes de course, ils s'étonnèrent de ne toujours pas arriver, ils commencèrent à s'inquiéter. "Link ! Je n'ai jamais vu la forêt aussi épaisse ! Il y a quelque chose d'anormal ! Nous avons pourtant pris la bonne route ! Nous devrions déjà être arrivés !" s'égosilla la jeune fille, reculant, chancelante. Le jeune homme haussa les épaules, guère impressionné par un peu de verdure. Il lui déclara, d'un ton blasé "Nous ne sommes pas perdus, ne t'inquiètes pas. Nous allons bientôt arriver." Zelda lui fit volte-face, visiblement paniquée et agacée "Mais tu ne comprends pas ! Nous sommes déjà arrivés !" Link la regarda sans comprendre. Pensif, il se mit à courir jusqu'au Temple du Sceau, il était certain de l'avoir aperçu, par-delà l'épais feuillage des arbres en fleurs. Il s'arrêta en poussant un cri de surprise. Il n'y avait plus de village ! Aucun banc de pierre, aucune maison couverte de lierre, aucun villageois pour venir le saluer sur la grande place ! Seul demeurait le temple, en piteux état pour ne pas dire en ruines. Il se mordit les lèvres, conscient de ce qui venait de se produire. La simple arrivée de Ghirahim dans le passé avait tout chamboulé. Il avait changé le cours du temps ! Zelda finit par le rejoindre et lui adressa un regard accusateur, joueuse "Tu crois toujours que c'est une mauvaise idée de franchir la porte ?" Link fit quelques pas, écrasant une herbe qui n'aurait jamais dû pousser là où se trouvaient autrefois des pavés blancs rutilants. Il leva les yeux, regarda le ciel, inspirant profondément et hocha de la tête "Oui, nous allons traverser et neutraliser Ghirahim au plus vite ! On ne peut pas le laisser faire ça, je suis certain que ces villageois ne lui avaient rien fait, ni même leurs descendants !" Zelda approuva et tous deux coururent jusqu'à l'intérieur du temple.

Tout n'était que poussière et Link ne put réprimer un éternuement à son arrivée. L'endroit était assez sombre, la lumière parvenant à se répandre seulement par le plafond, qui ne semblait plus vraiment tenir debout et menaçait de s'écrouler à tout moment. Il n'y avait plus aucun meuble, aucun chandelier et surtout pas âme qui vive. Les deux amis d'enfance se regardèrent un bref instant et d'un commun d'accord avancèrent jusqu'au socle, où, une dizaine d'heures auparavant, une bien belle épée reposait. Link sortit sa lame de son fourreau pour l'observer quelques instants, avant de la ranger, dépité. Tout avait commencé par la faute de cette arme, qui n'avait décidément vraiment rien d'une bénédiction. Le jeune Hylien voulu se hâter jusqu'à la Porte du Temps, mais Zelda, le retint, rieuse "Tu as oublié que nous devions achever la cérémonie ?" lui rappela-t-elle, faussement boudeuse. Link se retourna, avançant jusqu'à la princesse. Il se contenta de secouer la tête, les bras croisés en répondant "Il n'y a plus personne ici, comment veux-tu achever la cérémonie ? En plus, tu ne pourras jamais retrouver le bonnet qui devait achever ma tenue et faire de moi un chevalier d'Hyrule." Zelda se mit face à Link, tous deux séparés par le socle de pierre. Dos à l'entrée, elle prit un air solennel.
"Erreur ! A genou devant ton roi maintenant, ordonna-t-elle hautaine en sortant le vêtement qu'elle gardait précieusement dans sa sacoche, elle ajouta, j'étais chargée de l'emmener... je suis contente de voir qu'il n'a pas disparu.
- C'est ça que tu transportais dans ce sac depuis le début ! Et... je suis désolé de te décevoir, mais le roi d'Hyrule n'est pas vraiment présent, je vais avoir quelques difficultés à me mettre à genoux devant lui... objecta l'apprenti chevalier en s'autorisant un sourire devant les efforts de Zelda pour reconstituer le cadre exact de la cérémonie.
- Eh bien... tu n'as qu'à te mettre devant moi ! Je fais partie de la famille royale, oui ou non ? Tu es vraiment rabat-joie, tu sais ! Moi qui voulais commencer un discours... se plaignit-elle sur le ton de la plaisanterie.
- Bon d'accord, d'accord. Après tout, j'ai autant de comptes à rendre à toi qu'au roi, approuva Link, un genou a terre, plaçant une main sur le coeur et baissant la tête, signe d'obéissance totale à la souveraineté d'Hyrule.
- Je préfère ça ! Hum... donc euh... par les pouvoirs qui me sont conférés et par la déesse Hylia, Link, je te fais chevalier et protecteur de la famille royale. Enfin, si bien sûr tu acceptes de combattre les forces du mal qui pourraient attenter à notre bonheur. Et j'espère bien te voir accepter ! Il est de ton devoir de préserver la paix en Hyrule et... c'est déjà bien, déclara Zelda d'un ton monocorde sans trop de sérieux.
- Je ne pense pas me tromper en affirmant que la véritable cérémonie devrait être un peu plus... comment dire... formelle... mais oui, évidemment que j'accepte ! Et je vais jouer un rôle dès aujourd'hui ! accorda le jeune Hylien à la fois pressé d'en finir et amusé par ce qu'il avait jugé tellement angoissant bien avant. Zelda savait toujours comment lui remonter le moral, mais elle avait aussi conscience que cette cérémonie comptait pour lui.
- Ben... je fais de mon mieux... c'est la première fois que j'improvise un discours, comme ça ! Je te trouve vraiment trop sévère ! Mais bon, on va imaginer que c'est le fait de devenir chevalier qui te donne la grosse tête... taquina la jeune Hylienne en plaçant de ses mains le bonnet vert, à quelques centimètres au dessus de la tête de Link.
- Moi je prends la grosse tête ? Je me demande vraiment qui est le plus ingrat de nous deux ! s'offusqua le jeune homme, les joues rosies.
- Je disais ça comme ça, je ne pensais pas que tu marcherais aussi bien ! Enfin bref, je rappelle que nous ne sommes pas vraiment là pour ça. Donc, je disais... je t'offre ce bonnet qui témoigne de ton statut et de la fin de ton apprentissage. Jeune chevalier, tu peux désormais te relever, tu es digne de t'élever aux côtés de moi, ton roi... enfin non, je ne suis pas... mais... je crois que c'est comme ça... se reprit la jeune fille en déposant la coiffe sur la tête de Link, se relevant fièrement et replaçant à loisir son bonnet afin de trouver la position idéale.
- Je ne dirai rien, c'était pas mal, approuva le chevalier en éclatant de rire.
- Attends ! Attends ! Je n'ai pas fini ! Je dois encore te donner ton épée ! remémora-t-elle, le menton bien haut, très soucieuse de tenir son rôle à la perfection.
- Mais... je l'ai déjà puisque j'ai retiré l'épée du socle... fit remarquer Link en haussant les épaules. Devant le regard de son amie, il n'insista pas.
- Je n'y peux rien moi, ce n'est pas prévu par la cérémonie ! Tu devais échouer, je te signale ! déclara-t-elle tentant de se souvenir au mieux des discours de son père, les yeux au ciel pour mieux se concentrer.
- Oui bon... ça fait toujours plaisir... répondit le jeune Hylien en fronçant les sourcils, sceptique et perplexe, un brin vexé probablement.
- On doit faire jusqu'au bout ! C'est important ! rappela Zelda carrant ses épaules, elle reprit voyant que Link s'était calmé mais pas pour autant devenu sérieux, je te remets cette épée, qu'elle puisse t'offrir courage et force dans les moments difficiles. Avec elle, tu défendras le royaume, son alliage est unique, jamais elle ne se brisera, jamais elle ne t'abandonnera. Elle est l'allégorie même de ton mental d'acier.
- Elle m'offre courage et force ? Je ne suis pas censé l'avoir un minimum acquis pendant l'apprentissage ? contesta-t-il faussement outré, tandis que Zelda tendait l'épée invisible.
- Mouais... je me demande si tu as vraiment retenu quelque chose des dernières années... en ce qui concerne l'obéissance à l'autorité en tout cas... soupira-t-elle en ajoutant, fatiguée de tendre ainsi les bras pour rien, bon... dis le clairement si tu ne veux pas de mon épée !
- J'ai appris à être ton égal, tu l'as dis toi-même ! Alors si tu fais des erreurs, je dois te le dire ! se défendit Link en prenant une attitude soupçonneuse.
- ... oui bon d'accord... mais prends au moins l'épée qu'on en finisse ! s'exaspéra Zelda en secouant la tête de droite à gauche.
- C'est un honneur, Votre Altesse, ironisa Link en insistant sur ses gestes. Il prit délicatement l'épée inexistante, la brandit et la rangea dans son fourreau où résidait déjà une lame.
- La cérémonie est close, jeune ami, conclut la princesse l'air mutin, insistant sur les mots.
- Oui bon, n'en arrivons pas à un tel langage, tu n'es plus le roi... enfin tu ne l'as jamais été... mais... son rôle... bref ! Allons-y maintenant ! s'emmêla Link ne sachant plus quoi dire après une si étrange cérémonie.
- Je devrais noter ce discours ! Je suis sûre qu'il plairait ! Je suis vraiment digne de monter sur le trône, plaisanta la princesse en franchissant la porte du fond en compagnie de son ami, tout aussi hilare qu'elle.
- C'était vraiment n'importe quoi quand même, sourit-il en prenant un air des plus innocents après une telle critique.
- Tu rigoles ! Si après ça tu ne bats pas Ghirahim, je serais vraiment vexée ! poursuivit-elle ne pouvant plus s'empêcher de rire.
- Oui, je vais l'avoir, tu verras ! Je suis chevalier d'Hyrule après tout !"
Après cette cérémonie quelque peu improvisée et au protocole unique en son genre, les deux amis avancèrent à pas lents jusqu'à la porte cliquetant toujours. Le passé les attendait. Ils allaient supprimer Ghirahim de la réalité et sauver le Village du Sceau ! Avec ou sans l'accord du roi. Link sourit à Zelda, Zelda sourit à Link et le duo s'élança en courant, franchissant la Porte du Temps. L'obscurité les absorba, et le Vallon du Sceau redevint campagne paisible où nul Hylien n'osait s'aventurer.

***

Les deux amis freinèrent bien vite leur trajectoire, complètement désorientés par le voyage dans le temps. Link marcha jusqu'à un pilier de pierre, y prenant appui d'une main, il secoua vivement la tête. Celle-ci arrêta de tourner d'elle-même. Zelda se contenta de se laisser prendre par les vertiges quelques instants et reprit ses esprits. Tout autour d'eux avait changé. Ils savaient qu'ils se trouvaient toujours dans le Temple du Sceau, dans un état de conservation tout à fait respectable. Les deux amis auraient beaucoup aimé se réjouir du nouvel espoir qu'ils représentaient mais ils n'en eurent pas le temps. Au sol, à même le carrelage, des dizaines de cadavres gisaient à terre, dans leur propre sang. Pour la plupart, il s'agissait de monstres en tout genre, mais quelques humains semblaient avoir péri dans la bataille. Sans s'autoriser le moindre commentaire, Link et Zelda dénombrèrent les victimes, s'assurant de n'avoir affaire qu'à des morts et non des êtres encore doués de paroles, qui auraient peut-être pu expliquer la situation. Zelda finit par héler Link en lui faisant un grand signe de main. Franchement dégoûté, le jeune Hylien se hâta de la rejoindre. La jeune fille tenait fermement une femme à qui il manquait le bras gauche. Le chevalier fut stupéfait de voir son amie si bien cacher son dégoût et ainsi prendre sur elle. Link s'agenouilla, sous le choc. Elle vivait encore, probablement plus pour très longtemps et dans des souffrances insupportables. Il n'était pas humain d'ainsi la laisser vivre mais le duo n'avait pas le choix. Link prononça distinctement une phrase courte pour demander ce qui avait bien pu se passer, la femme, après quelques longues inspirations, leur répondit "Le démon ! Il est venu par... cette porte... il nous a tout pris... et maintenant... il va tuer le Héros... vous devez l'en empêcher ! Je vous en supplie !" hurla-t-elle de toute ses forces complètement démunie. Link hocha la tête, lui promettant de stopper un tel carnage. Il ordonna à Zelda de se retourner en sortant l'épée de son fourreau. La jeune fille se cacha les yeux et obéit. Dans geste vif et rapide, le chevalier acheva la femme sans oser s'apitoyer sur son sort. Ils sortirent au plus vite du temple, ne supportant plus la vue des cadavres.

Une fois à l'air libre, Link regarda fixement Zelda dans les yeux, en lui demandant "Tu es sûre que ça ira ? Nous savons pourquoi un village ne s'est pas formé ici... mais à quel prix..." Elle lui sourit tristement, regrettant déjà de ne plus être à nouveau à la cérémonie, adoubant Link dans la joie et la bonne humeur. "Oui, je sais que si nous arrêtons Ghirahim, plus personne n'aura à souffrir et il ne pourra pas empêcher les Hyliens de s'installer sur terre. Cela me suffit." Le jeune homme approuva et ils avancèrent jusqu'à une clairière entièrement dégagée. Ils entendirent des lames s'entrechoquer et filèrent, plus vite que le vent, un peu plus bas, là où le bruit trouvait sa source. Quelques hommes semblaient affronter une poignée de Gobelins armés de masses. Link stoppa net la progression de Zelda, lui interdisant de prendre part au combat et il s'élança jusqu'au lieu du conflit, dans une course effrénée. La princesse n'osa pas protester, consciente du danger et se demandant si sa présence était vraiment utile. Elle se rassura songeant que Link n'aurait probablement pas supporté la solitude. Il n'aurait certainement rien dit, accomplissant son devoir, ne se plaignant jamais. Il n'en serait pas moins demeuré malheureux.

Link se saisit de l'épée du socle, bien décidé à laver sa honte. Il avait déclenché un tel cataclysme, avait imposé des visions d'horreurs à Zelda, il allait réparer tout ça ! Le présent redeviendrait ce qu'il avait toujours été. Les hommes semblaient faiblir et ne furent pas contre l'arrivée d'un allié. Ils ne possédaient que des lames émoussées ce qui expliquait que ce combat contre des monstres aussi fragiles s'éternise tant. Le chevalier tenta quelques coups net et précis, appréciant la légèreté de son arme. Il enchaîna les estocades, parant à merveilles les attaques grossières que les gobelins tentaient désespérément de placer. Ils n'eurent guère le temps de réaliser leur échec, que déjà Link rangeait sa lame. Le combat n'avait pas duré plus d'une minute. Les Hyliens encore sous le choc observèrent leur sauveur sans oser crier victoire. L'un d'eux, visiblement le chef, remercia le jeune homme d'être ainsi intervenu avec brio. Zelda, voyant le danger passé, descendit la colline d'où elle se tenait et félicita Link. Il en faisait probablement trop, mais elle ne pouvait pas lui en vouloir. Il ne se sentait pas vraiment prêt à en découdre face à Ghirahim, il se rassurait du mieux qu'il pouvait. Par le biais des voyageurs, le duo apprit que le temple s'était fait attaquer tandis que des hommes et femmes de Célesbourg entreprenaient un pèlerinage, pour prier les déesses et remercier Hylia d'avoir été aussi clémente avec eux. Ils indiquèrent la direction où semblait être parti Ghirahim et allèrent même jusqu'à offrir un Célestrier à Link, afin de leur permettre de retrouver leur ennemi. Une fois loin du groupe, Zelda s'adressa à son ami.
"Tu as vraiment fait un très beau combat, je ne t'avais jamais vu aussi sûr de toi. Tu ne vas faire qu'une bouchée de Ghirahim ! Tu es notre sauveur ! complimenta-t-elle en ajoutant, je suis vraiment navrée que les événements prennent une telle tournure. Si tu savais comme j'ai eu peur quand tu t'es retrouvé une lame sous la gorge, à la cérémonie.
- N'exagère pas, ce n'étaient que des gobelins. Mais, je suis bien décidé à lui montrer que je ne suis pas devenu chevalier pour rien ! Ne t'inquiètes pas pour moi et ne sois pas désolée, tu ne pouvais pas savoir non plus où nous mènerait la Porte du Temps, rassura Link souriant, le regard sincère.
- Il n'empêche que je suis contente de te voir indemne. Ghirahim a probablement dû être scellé par le Héros de la légende d'Hylia. Il cherche aujourd'hui à se venger de lui, nous devons à tout prix l'en empêcher ! résuma Zelda toujours aussi encouragée à poursuivre son voyage.
- Ne te mets pas en danger tout de même, et prépare toi au décollage ! conclut Link, bondissant sur le Célestrier au plumage noir. Zelda lui sourit et le rejoignit, prête au combat.
- Je ne serai pas un poids chevalier, promis !"
L'oiseau décolla, contrarié d'avoir été ainsi laissé à un autre maître dont il n'avait que faire. Link et Zelda regardèrent une dernière fois derrière eux où les quelques Hyliens venant d'installer un feu les saluaient, confiants. Le duo s'élançait au coeur du passé, dans l'espoir de transformer le présent et protéger le futur.

Le Célestrier fendait l'air à vive allure, traversant le ciel calme sans le moindre vent pour agiter le voyage de Link et Zelda. Ils volaient juste en dessous de la Mer de Nuages, qui en ces temps lointains ne s'était pas encore disloquée. Le duo quittait peu à peu la forêt pour se diriger vers la plaine, tandis que deux ou trois îles flottantes, de-ci de-là, pigmentaient le ciel aux teintes pastel, la nuit se faisait de plus en plus sombre. Voler dans de telles conditions ne promettait pas d'être chose facile, les deux amis ne possédant pas le moindre objet pour éclairer la route, sans compter que la constellation ne pourrait leur venir en aide. Link et Zelda s'occupèrent à bavasser tranquillement tout en faisant preuve de prudence, Ghirahim n'allait pas être simple à retrouver...

Pourtant, le mal vint lui-même à la rencontre du bien, comme deux aimants sans cesse opposés et qui malgré tout, ne peuvent jamais bien se trouver très loin l'un de l'autre. Dans les ténèbres, un éclair zébra le ciel. Mais cette soudaine lumière n'était pas due au mauvais temps, qui d'ailleurs, se trouvait vraiment très clément, sans aucun sombre nuage gorgé de pluie. Ghirahim lui-même venait de passer à vive allure, stoppant immédiatement la course du Célestrier paniqué. Link tempéra l'animal, tandis que Zelda se saisit d'une meilleure prise sur l'oiseau afin de ne pas tomber, la suite promettait d'être mouvementée et les turbulences entraveraient probablement le vol jusqu'alors tranquille. Flottant sans le moindre mal, Ghirahim semblait patiner dans le ciel, contrôlant sa direction sans trop de mal malgré les vitesses qu'il pouvait atteindre. Mais ayant retrouvé ses deux ennemis restants, il s'était stoppé, en pleine lévitation. Link s'autorisa une grimace, prêt à bondir sur son épée en cas de problème. Cette agitateur de première aux goûts vestimentaires pour le moins singuliers n'allait certainement pas se contenter d'un bref salut. Il avait beau posséder un caractère imprévisible, certaines choses sonnaient comme une évidence pour le duo s'étant préparé mentalement depuis longtemps au combat.
"J'ai horreur d'être suivi ! Surtout par des petits gêneurs qui osent venir jusqu'en mon monde me déranger ! invectiva Ghirahim facilement rancunier.
- Comment nous avez-vous retrouvé si vite ? C'est impossible ! Mais nous allons vous empêcher de détruire notre monde maintenant que vous osez vous montrer à nouveau ! Si nous sommes ici, c'est pour vous arrêter, et nous n'échouerons pas ! lança Link une main sur le Célestrier, l'autre empoignant sa lame.
- Moi qui pensais que vous prendriez le temps de vous informer sur ma magnifique histoire ! Je suis très célèbre et vous ne vous êtes même pas donné cette peine ! Vous me décevez vraiment beaucoup... se scandalisa le scellé une main sur le coeur pour appuyer l'outrage qu'avaient osé commettre Link et Zelda.
- Nous avons préféré venir immédiatement, vous qui pensiez qu'aucun Hylien, si faibles et lâches que nous sommes, ne s'aventurerait par-delà la Porte du Temps, poursuivit le chevalier qui allait faire regretter à cet exubérant de tels propos.
- Puisque vous semblez tant tenir à votre histoire, vous pourriez nous la raconter et nous sauver de notre ignorance ! fit remarquer la princesse sur un ton méprisant, le regard mauvais.
- Vous êtes tellement inintéressants... néanmoins, si le petit soldat qui s'amuse à suivre docilement la famille royale réussissait à se battre, ainsi dans les airs, tout en suivant mon passionnant récit, alors peut-être remonteriez-vous dans mon estime ! Mais je doute de vos compétences, mes adorables larves, ironisa Ghirahim plutôt fier de sa proposition, s'armant d'une rapière dont la couleur réussissait à se faire encore plus sombre que les ténèbres de la nuit.
- Je n'ai vraiment que faire de ce que vous pouvez penser de nous ! Mais bien évidemment, j'accepte, je ne suis pas venu me défiler, accorda Link faisant prendre de l'altitude au Célestrier, que la perspective de combattre n'effrayait pas vraiment.
- Oui, mais tu ne crois pas que ta princesse va nous gêner ? Tu peux compter sur moi, je suis si gentil, je m'occupe d'elle tout de suite ! Susurra le scellé en prenant une voix mielleuse, ce qui malheureusement pour lui, ne le rendait pas vraiment plus agréable."
Le jeune Hylien s'apprêtait à refuser une proposition aussi douteuse mais Ghirahim ne lui laissa pas vraiment le choix, il se saisit de Zelda pour l'emmener sur une île volante non loin du combat. Link s'étonna d'une telle partialité : ainsi placée, la princesse aurait tout le loisir de voir les deux rivaux combattre et écouter le discours de Ghirahim qui promettait d'être d'un ennui...

Link précipita le Célestrier en direction de son adversaire afin de le tacler au plus vite et lui asséner un coup d'épée transversal bien placé. Ghirahim fit une roulade à une vitesse extrêmement lente comme s'il s'était soudain retrouvé dans un milieu aquatique. Ce manque de vitesse surprenant fit voir à Link la scène au ralenti, le phénomène écartant grand les bras, telle une prouesse acrobatique. Il en profita pour commencer son histoire et retomber dos à dos avec Link, sur le Célestrier protestant contre un tel brutal changement de poids. "Je dois te dire, je n'ai pas été très franc. Je n'ai jamais été scellé dans l'épée..." fit-il en se retournant, tentant de placer un coup de pied latéral que Link eut l'excellent réflexe d'éviter juste à temps. Ghirahim s'accrocha à son ennemi, de la même manière que Zelda. "C'est ainsi que vous voyagez ? C'est vraiment inconfortable ! Sans vouloir te vexer, TU ES PATHETIQUE" rugit-il soudain en resserrant sa prise sur Link, souhaitant lui couper le souffle. Le chevalier ne se laissa pas vraiment faire bien longtemps, il asséna un violent coup de coude à son adversaire désarçonné. Profitant de ces quelques secondes de répit, le jeune Hylien s'accrocha à sa monture et lui ordonna de partir en vrille. Ghirahim fut éjecté de l'animal. Il ne tarda pas à reprendre ses esprits, sur la pointe des pieds. "CA CE N'ETAIT VRAIMENT PAS LOYAL !" accusa-t-il, se stabilisant dans le ciel pour prendre de la vitesse et charger le Célestrier qui lui faisait désormais volte-face. Link prévit le coup, et malgré la rapidité des choses, bloqua l'épée de Ghirahim avec la sienne dans une pluie d'étincelles et un bruit strident. Les lames ne restèrent pas bien longtemps accrochées, aucun des deux combattants ne lâcha son arme, en proie à la vitesse fulgurante. L'ennemi de l'Hylien approuva d'un air satisfait, puis se décida à poursuivre son récit qu'il avait à peine débuté "En réalité, je n'ai jamais vraiment été humain, cette forme matérielle est plus un jeu pour moi." Il piqua dans le ciel à ces mots, se redressant au dernier moment pour viser le Célestrier de Link, rapière en avant. Le jeune chevalier donna ses ordres à l'oiseau, blasé, malgré la dangerosité de ce qu'il entreprenait. Ghirahim arrivait à toute allure. L'Hylien se leva sur son oiseau, se saisit de sa lame et plongea dans le ciel, sans le moindre amortisseur. Le Célestrier suivit de loin la lente descente des deux adversaires, lame contre lame. Link frappa de toutes ses forces, exécutant pratiquement un coup circulaire. Il parvenait à parer avec quelques difficultés, les frottements de l'air étant comparables à une intense brûlure à une telle altitude. Ghirahim secoua la tête, désapprobateur "Tu as vraiment un sens du risque exacerbé ! Je vais te passer l'envie de planer, petit idiot !" La longue parade continuait, sans fin, jusqu'à ce que le sol se rapproche, menaçant. L'adversaire de Link lui donna un violent coup de poing auquel il ne s'attendait pas le moins du monde et lui faucha son épée au passage. Très fier de son coup bas, Ghirahim reprit de l'altitude. Link siffla et l'oiseau plongea à son secours, obéissant au doigt et à l'Oeil de son maître provisoire. Le Célestrier de jais récupéra l'Hylien qui se remit bien vite de ses émotions, grinçant des dents. Tandis que le chevalier reprenait de l'altitude, Ghirahim l'appela au loin "Je crois qu'il te manque quelque chose ! C'est vraiment dommage !" Il caressa la lame de l'épée et ajouta, continuant son histoire "Je suis lié à cette lame, à un point tel que tu ne pourrais pas le deviner. La vérité est que cette épée possède une véritable âme... et que cette âme... c'est moi !" Ghirahim se rapprocha de Link, les deux lames en main, tentant d'attaquer pendant que son ennemi se trouvait sans défense. Le jeune Hylien dut s'en remettre à ses réflexes et à la docilité de l'animal. Malgré des esquives dignes d'un maître de l'escrime, le phénomène parvint à lui asséner des coups plus ou moins forts, ne causant que des coupures superficielles. Link fit un geste à sa monture qui se mit à filer en zigzag, prenant de la distance avec Ghirahim. L'âme de la copie de l'épée de légende lécha le sang sur son épée et chargea à nouveau son rival. Link ne resta pas bien longtemps sans arme. Il quitta encore le Célestrier, piquant vers le sol, pour plaquer son adversaire, lui arrachant son épée des mains et se séparant de lui d'un violent coup de pied. L'oiseau revint immédiatement chercher son maître une fois les deux rivaux séparés. Le combat se rapprochait peu à peu de la princesse qui tentait tant bien que mal de suivre la progression de Link, encore estomaquée par les propos de Ghirahim.

Le combat commença à s'essouffler légèrement sans que les adversaires ne semblent réellement fatigués. Ils se contentaient de se regarder droit dans les yeux. Ghirahim déclara, provocateur et usant sans cesse d'un ton ironique et méprisant "Tu sais maintenant, que où que tu ailles avec cette épée, je serai en mesure de te trouver et te traquer ! Mais pour le moment, nous devrions un peu pimenter ce duel... le ciel me lasse, pas toi ? Ne fais pas ton timide, voyons..." Link ne dit mot, se contentant d'un regard haineux. Ghirahim se posa sur une île circulaire, non loin de l'îlot où Zelda observait toute la scène. L'âme errante fit un clin d'Oeil à Link, l'invitant à le rejoindre. Celui-ci finit par accepter, comprenant que le combat ne se poursuivrait guère sinon. Les deux adversaires allaient désormais devoir s'affronter en un face à face direct, sur la terre. Le Célestrier se mit à planer autour de l'aire de combat, attendant le retour de son maître provisoire.

"En garde !" lança Ghirahim, marchant lentement, l'air insolent, vers son adversaire. L'âme maudite fit disparaître sa rapière noire pour se saisir d'une énorme épée qu'il réussissait à manier d'une main malgré la taille imposante et la forme peu ergonomique. Link s'avança d'un pas décidé, épée en avant, s'en servant comme d'un bouclier. Avec une arme aussi imposante, la garde de Ghirahim comportait peu de défauts, si ce n'est qu'il se trouvait un peu ralenti. Les rivaux se retrouvèrent bientôt à une distance approximative de trois pas, jaugeant l'adversaire, prêt à en découdre dès qu'une faille se présenterait où qu'un combattant tenterait une estocade. Ce fut Link le premier qui osa un coup horizontal, Ghirahim tenant sa lame à la verticale. Celui-ci ne parvint à parer qu'au dernier moment, déstabilisé. Profitant de sa percée, Link voulut tenter un coup d'estoc. Ghirahim se recula groggy, lorsqu'il reprit ses esprits, il était furieux "Je ne suis pas humain, c'est vrai ! MAIS SI TU TOUCHES ENCORE AU JOYAU SUR MA POITRINE, JE T'ECLATE TOI ET TA COPINE !" Il s'approcha de Link, faisant pleuvoir les coups. Le jeune Hylien parvint à éviter les premiers sans trop de peine, mais son adversaire gagnait peu à peu en vitesse, porté par l'adrénaline et la rage. Bien vite, le chevalier tomba à terre. Ghirahim tenta une botte latérale dans l'espoir de rompre le cou de cet insolent qu'il ne supportait pas. Link eu l'excellent réflexe de se glisser sur le côté puis d'enchaîner avec une roulade. Il se leva d'un bond, en profitant pour frapper l'âme dans le dos qui se retourna, excédé de ne pouvoir pas vite en finir avec cet avorton. Il était l'esprit même d'une épée et se faisait battre par le premier escrimeur venu ! Link se souvint de l'aveu de son ennemi sur son point faible et tenta un coup vers la poitrine de Ghirahim, malheureusement, sa garde à cet endroit était irréprochable. L'âme maudite le repoussa, entrechoquant sa lame avec celle de Link et lui déclara, hautain "Si tu crois que je suis vraiment assez bête pour ne pas te parer ! Je sais ce que tu essayes de faire, mais c'est toi qui agis comme un imbécile ! Misérable insecte," ironisa Ghirahim d'un ton moqueur. Le jeune garçon ne se découragea pas, se sentant proche du but. Il essaya de percer la garde de son rival, en vain, celui-ci était de plus en plus prudent et prévoyait les coups de son ennemi. Si Link voulait s'en sortir, il allait devoir ruser pour tromper l'épéiste. L'Hylien fit mine de commencer un coup latéral par la droite pour finalement changer de position au dernier moment et frapper Ghirahim sur son flanc gauche exposé. L'escrimeur en fut déstabilisé ne parvenant pas à refréner les coups de son adversaire le débordant complètement. Après quelques enchaînements, Link finit par un coup d'estoc en plein sur le joyau de Ghirahim qui se tint la poitrine, en lâchant son arme, haletant. Le jeune homme n'osa pas baisser sa garde tandis que son adversaire ne parvenait plus à articuler correctement. L'âme maudite recula, ivre de douleur et se remit à voler dans le ciel. Il déclara, le plus calmement et distinctement possible qu'il put "Très bien, je reconnais que tu as quelques capacités, mais c'est uniquement parce que le sceau vient tout juste d'être brisé ! Je ne suis pas au summum de ma forme ! Je suis désolé, mais... NOUS NE POURRONS JAMAIS ETRE AMIS TOUS LES DEUX ! C'est de ta faute, tu n'en fais qu'à ta tête ! Si seulement tu pouvais être un peu moins passionné pendant tes combats, TU PRENDS TOUT TROP A COEUR !" rugit Ghirahim ses yeux blancs injectés de sang, serrant des poings et grinçant des dents. Il s'envola sur l'îlot où se trouvait Zelda et la déposa négligemment sur l'île flottante avec Link. Il se rapprocha du jeune Hylien, toujours flottant et provocateur tandis que la princesse le regardait d'un air méprisant, il n'acceptait pas sa défaite... "Je me fiche pas mal de demeurer ici ou non ! Je connais cette terre bien mieux que vous ! Je sais notamment qu'il existe deux autres Portes du Temps en votre Hyrule, donc deux nouvelles manières de vous éliminer ! Et je n'hésiterai pas à les trouver avant vous..." souffla-t-il à l'oreille de Link qui se contentait de prendre un air dégoûté. Zelda intervint, sous l'effet de surprise "C'est impossible ! Nous en aurions eu connaissance tôt ou tard ! Vous bluffez pour tenter de nous effrayer ! Cela ne prendra pas sur nous !" Sa mise en garde était claire, mais Ghirahim insista. "Vous n'avez vraiment aucun sens de la politesse. J'accepterai peut-être de vous épargner si vous ne vous mettez plus en travers de mon chemin ! CES PORTES SONT A MOI ! Allez, adieu mes petits manchots préférés, comme je suis vraiment très gentil, et pour vous montrer combien je ne vous en veux pas après ce lamentable combat, j'ai un petit cadeau pour vous !" susurra-t-il d'une voix suave, tandis qu'il avait mis ses bras autour de Link et Zelda qui se défirent bien vite, ne supportant pas les manières de cet original. Ghirahim leur fit un signe de main et s'envola à toute vitesse. Link rangea son épée et constata l'air désolé que le Célestrier de jais avait fini par repartir vers son vrai maître. Zelda poussa un cri quand elle vit le scellé revenir à toute vitesse en direction de l'île, sans avoir bien l'air décidé à freiner sa course. Le jeune Hylien plongea sur le sol avec Zelda afin de la protéger, mais le coup de Ghirahim ne les visait pas directement eux, mais l'île, qui sous l'énorme impact commença à se fissurer pour éclater en morceaux. Le duo hurla dans sa chute, tentant d'appeler le Célestrier, en vain. Il était déjà loin.

Les deux amis filaient à une vitesse peu probable du sol, tandis que Ghirahim éclatait de rire. Un bien triste présent, mais l'âme anciennement scellée avait enfin sa vengeance. Rien n'aurait pu le rendre plus heureux.

Link se sentait très mal, il ne voulait pas finir ainsi. Pas s'écraser lamentablement sur le sol et entraîner la princesse dans sa chute. Il aurait volontiers prié les déesses pour qu'elles acceptent de le tirer de ce faux pas, mais il n'arrivait plus du tout à contrôler ses gestes et ses pensées. Zelda semblait dans le même état que lui, ne s'étant jamais attendue à pareil retournement de situation. Elle avait toujours songé que Ghirahim n'avait vraiment rien de bien méchant et qu'il ne pourrait jamais constituer une réelle menace, mais elle s'était bien trompée ! Non seulement il parvenait à annuler l'existence de certains peuples mais en plus il menait elle et Link droit à la mort ! Les deux amis parvinrent à se tenir la main, préférant mourir ensemble plutôt que dans la solitude. Le jeune Hylien hurla contre le vent "Je suis vraiment désolé pour tout ça ! Je n'ai pas réussi à vaincre Ghirahim, le lâche s'est enfui !" pesta-t-il accablé par les remords. Zelda lui répondit, confiante mais peu patiente "Arrête enfin, on ne va pas mourir ! C'est impossible, pas comme ça !" Link aurait aimé acquiescer, mais il se tut, confus, dévisageant la princesse, l'air désolé.

Pourtant, leur heure n'était effectivement pas venue. Quelqu'un semblait avoir été attiré par l'explosion car un sifflement se fit entendre. Une personne au loin appelait un Célestrier ! Un oiseau aux plumes de feu, comparable à celui que Link utilisait pour voler passa non loin d'eux et revint par la suite, les rattrapant au vol avec maîtrise et douceur. Zelda serra l'animal, lui confiant toute sa gratitude tandis que Link soupirait d'aise, souhaitant vite connaître le maître d'une telle créature pour le remercier au plus vite. Le Célestrier vola en rase-motte, ravi que les deux Hyliens à son bord lui montrent une telle reconnaissance et atterrit dans la plaine d'Hyrule. La nuit était désormais bien avancée, et l'aube ne tarderait pas. L'oiseau s'était posé non loin d'un feu de camp, probablement son repère. Le sauvetage avait été brillamment réussi et le Célestrier Vermeil n'en était que plus fier. Il s'aplatit sur le sol, laissant le loisir à Link et Zelda de descendre. Les deux amis ne se firent pas prier, bien trop heureux de rejoindre la terre ferme. Mais plus important, ils allaient enfin pouvoir remercier leur sauveur à qui ils devaient tout.

Au coin du feu, assis à même le sol, un inconnu muni d'une lyre jouait quelques notes. Tantôt graves tantôt aigues, de ses doigts agiles il embellissait l'atmosphère. Les deux amis n'osèrent dire mot et s'approchèrent en silence, constatant que dans la pénombre, l'homme chantait, d'un ton serein et radieux. Link et Zelda écoutèrent confus d'ainsi empiéter sur la vie privée de l'inconnu mais sachant très bien qu'ils ne pourraient partir sans le remercier. L'air se teinta d'éternité, la mélodie volant au gré du timbre déclamant les vers sans une fausse note. Un hommage, l'homme semblait chanter pour rendre hommage aux dieux.

"En mon coeur ravagé, le temps immuable j'ai trouvé
~
Aspirant au bonheur d'une vie nouvelle teintée de paix
~
Les échos du mal, plus jamais ne chanteront sur Terre
~
Il ne reste que ma voix, effaçant cette ère
~
Sonnant la fin de la guerre
~
Offrant à Hylia le repos éternel...
~
... La récompense suprême, de l'âme d'une mortelle"

L'homme se stoppa lorsqu'il prit conscience qu'il ne se trouvait pas seul. Le son de sa lyre cessa et la scène reprit de sa normalité. Le sacré s'en était allé. Link et Zelda cessèrent de respirer un instant, ce simple chant venait de leur faire prendre conscience qu'ils ne se trouvaient pas devant n'importe quel sauveur. Il s'agissait du Héros de la légende, l'élu de la déesse Hylia, qui semblait lui témoigner sa gratitude à sa façon. Le temps d'une chanson. Zelda s'approcha la première, timidement, les mains jointes, ne sachant guère comment parler à une telle personnalité.
"Votre Célestrier... nous a vraiment sauvé la vie. Sans vous, nous étions perdus, nous tenons à vous exprimer toute notre gratitude pour votre geste salvateur, Héros, souffla la princesse très solennelle. Link et Zelda s'inclinèrent, tous penauds.
- Mais enfin, relevez-vous ! N'importe qui à ma place l'aurait fait, je ne vois pas le problème ! Je ne suis pas vraiment très attaché à mon titre si c'est pour que vous en soyez gênés ! Considérez-moi comme quelqu'un de normal et faites fi des convenances. Le royaume est en paix, fêtons plutôt ça ! sourit l'élu de la déesse Hylia, amusé par les manières de ces deux jeunes Hyliens plutôt timides.
- Peut-être, mais il n'empêche que vous n'êtes pas n'importe qui ! C'est un honneur de pouvoir vous rencontrer ! renchérit Link du point de vue de Zelda, bien qu'il pouvait comprendre que cette homme aspire à une vie normale après tout ce qu'il avait pu vivre.
- Eh bien, on dirait que je ne pourrai pas vous faire changer d'avis. De rien en tout cas, j'ai tout vu, mon Célestrier m'a prévenu, vous êtes tombés de cette île brisée... Elle a été comme... frappée par la foudre... hésita le Héros posant sa harpe non loin du feu pour prendre une pause méditative. Link observa qu'il possédait une tenue de chevalier lui aussi et se sentit soudain fier de porter des vêtements rappelant une telle figure de légende.
- Nous n'avons pas vraiment pris l'orage vous savez... mon ami Link et moi-même étions à la poursuite d'un véritable démon qui a fait un véritable carnage au Temple du Sceau ! expliqua Zelda n'osant pas encore avouer qu'elle n'appartenait pas vraiment à cette dimension.
- Vous vous êtes rendus au temple vous aussi... J'ai participé à cette bataille, tout s'est passé si vite, je croyais rêver ! C'était comme retrouver mon pire ennemi alors que je venais de le vaincre ! s'exclama le Héros l'air sombre, ne supportant pas que l'on vienne troubler la paix pour laquelle il s'était battu.
- Oui... c'est un peu compliqué... commença la princesse ne sachant pas vraiment si elle devait la jouer franc jeu. Un regard de Link suffit à la convaincre, elle poursuivit, nous ne venons pas d'ici. Vous connaissez probablement la Porte du Temps du sceau. Dans notre époque, elle existe toujours et renvoie à votre ère ! Nous avons été contraints de la franchir car Ghirahim a été descellé ! Il ne cherche qu'à se venger de vous et de Célesbourg ! Nous étions en train de le combattre lorsqu'il nous a fait tomber de l'île pour s'enfuir lâchement ! A l'heure qu'il est, il est probablement parti de cette dimension, mais sans vous, il aurait gagné... résuma Zelda une main sur le coeur, prenant un air désolé.
- Je vois... Ghirahim est de retour alors... pour moi, notre combat me donne l'impression qu'il remonte à hier mais... vous... vous venez du futur... je comprends mieux maintenant. Toi... Link, tu es un chevalier, n'est-ce pas ? demanda le Héros amusé de voir le jeune Hylien arborer la même tenue que lui.
- C'est exact ! Et je vais me charger personnellement de lui faire payer ses crimes ! Il va regretter le jour où il a osé sortir de son sceau ! jura Link déterminé ne préférant pas avouer que c'était lui, le coupable ayant descellé Ghirahim.
- Je suis heureux de voir que le futur et nos descendants ont conservé tout le courage de leurs ancêtres, sourit l'élu de la déesse Hylia plus détendu en ajoutant, la paix ici va durer alors... tant mieux, nous ne nous serons pas battus pour rien alors... Ghirahim aime faire son intéressant, mais il existe bien plus puissant que lui, un chevalier tel que toi, avec ta volonté, devrait parfaitement pouvoir en venir à bout.
- Héros... ce chant tout à l'heure, il contait votre vie, n'est-ce pas ? Hylia s'est réincarnée en humaine et vous a choisi comme élu pour éradiquer le mal... Nous, personne ne nous a vraiment choisi, nous sommes partis de nous-mêmes à la poursuite du mal qui ronge notre terre... révéla Zelda confuse.
- N'allez donc pas tergiverser avec tout ça. Vous avez parfaitement bien agi, vous étiez sur le point de le vaincre ! Vous devez poursuivre votre voyage et rentrer à votre époque. Je n'ai pas ma place parmi vous, mon rôle est terminé, tout comme votre rôle ici prend probablement fin, fit remarquer le Héros au regard d'un bleu intense, les flammes du feu de camp dansaient dans ses yeux.
- Vous avez certainement raison, merci beaucoup pour cette conversation, nous tâcherons de suivre vos conseils, conclut Link ne pouvant s'empêcher de s'incliner pour cet adieu. Il n'était que trop fier d'une telle rencontre qu'il n'aurait jamais crue possible.
- Et encore merci pour votre sauvetage in extremis, nous étions perdus sans vous ! sourit Zelda reculant de quelques pas. L'heure du départ approchait.
- Je vous souhaite de réussir et par conséquent j'espère dans cette optique ne plus jamais vous rencontrer... le cours du temps est parfois si capricieux... fit observer l'élu de la déesse se saisissant à nouveau de sa lyre pour en jouer quelques notes. La plaine qui accueillerait le royaume d'Hyrule redevint terre sacrée et éternelle sur laquelle le Héros de la légende exprimait ses méditations par quelques notes trop parfaites."

Link et Zelda échangèrent bien des mots tandis qu'ils se dirigeaient d'un pas sûr vers le Temple du Sceau, vers leur ère. Quittant là un ancien monde tant rêvé. Le duo était encore subjugué par ce qu'il venait de vivre. Voilà qu'ils se remettaient à peine de leur rencontre et combat contre Ghirahim qu'ils venaient tous deux de rencontrer l'élu de la déesse Hylia en personne ! Les deux amis avançaient bon train, le coeur léger, tandis que le soleil commençait à peine sa lente ascension vers le ciel matinal. Puis Link freina peu à peu, ses pensées se bousculant dans sa tête, comme si quelque chose en lui devait refaire surface. Zelda s'approcha lentement, inquiète, une main sur son épaule. Le jeune Hylien ne bougeait désormais plus, perdu dans ses pensées. Il avait cette étrange impression, comme si tout cela, il l'avait vécu. Du moins en partie, du moins différemment. Il erra dans ses souvenirs à la recherche de ce qui continuait à le tourmenter ainsi. Zelda lui demanda si tout allait bien, devant son silence, elle n'osa reposer sa question et se contenta d'attendre. Ils n'étaient pas vraiment pressés par le temps après tout. Link baissa les yeux, confus assemblant peu à peu la solution à son problème. Il se souvenait... il se souvenait de cette plaine... de ce massacre au temple... et de ce meurtre... mais... quel meurtre ? Le chevalier sursauta brusquement. Ses rêves ! Ses rêves prenaient forme ! C'était exactement comme dans son tout premier cauchemar, le jour de la conférence avec Zelda ! Il avait rêvé du Héros, de la résurrection de Ghirahim, descellé. Il savait tout ! Comme si ce destin avait toujours été prévu ! Si tel était le cas, il devait faire demi-tour ! Il ne pouvait par rester ainsi ! Le Héros de la légende courrait un grave danger !
"On doit faire demi-tour ! On doit retourner voir le Héros ! On ne peut pas laisser faire ça ! Zelda, je t'en supplie ! déclara Link complètement affolé à la princesse, la voix tremblante.
- Mais... qu'est ce que tu racontes, enfin ? Si c'est un de tes stratagèmes pour le revoir, hors de question ! plaisanta-t-elle tentant de détendre l'atmosphère. Devant la peur grandissante de son ami, elle cessa immédiatement pour se pencher sur son problème. Link ne pouvait plus s'arrêter de trembler, elle ne comprenait pas.
- C'est... c'est... tu sais... mes rêves ! C'est comme dans mes rêves ! gémit le jeune chevalier électrique, bougeant sans cesse, complètement perdu. Il ne savait même plus quel chemin il venait d'emprunter, ce qui n'arrangeait en rien sa peur.
- Comment ça ? Tu as peur comme dans tes cauchemars ? interpréta Zelda qui se perdait de plus en plus dans les explications de son ami, vu son agitation, tout cela devait vraiment être sérieux. Elle ne l'avait jamais vu aussi soumis à sa propre peur sans raison valable.
- Non ! Non ! Je... je ne sais plus par où nous sommes partis... s'il te plaît, rebroussons vite chemin ! Je dois le prévenir, avant qu'il ne soit trop tard ! Zelda ! implora Link en proie au désespoir. La jeune Hylienne ne sut plus quoi dire, et lui indiqua par quel côté ils venaient de quitter le Héros."

Link courut à en perdre haleine, à tel point que Zelda peinait à le suivre, il était vraiment devenu incontrôlable en quelques secondes, simplement en proie à une peur monstrueuse. Peur de quoi, ça, elle l'ignorait. Le jeune Hylien ne tarda pas à arriver au campement, désert, bien que le feu continuait de toujours brûler. Le Héros et sa monture n'étaient plus là. Le jeune chevalier tenta tant bien que mal de se souvenir de son rêve brumeux, certain que l'élu de la déesse Hylia ne pouvait se trouver bien loin. Un cri perçant et répété, telle une plainte, d'un Célestrier non loin de là le mena sur la piste. Lorsque Zelda parvint au campement à son tour, vidée de ses forces, Link avait repris son chemin. La peur au ventre, il se dirigea vers la forme rouge lointaine qui continuait de gémir, ne pouvant plus se stopper. Le chevalier ralentit peu à peu sa course, arrivant à destination. Le Célestrier se retourna pour voir l'arrivant, et reconnaissant une vague forme familière, se précipita à sa rencontre, ne pouvant cesser sa complainte. Link ne lui apporta malheureusement pas le moindre réconfort, bien trop occupé à chercher à confirmer ses doutes qui le rongeaient de l'intérieur. L'oiseau se décala alors, s'aplatissant au sol, confus et le jeune Hylien put découvrir ce qui alarmait tant le Célestrier. Le Héros se trouvait à terre, baignant dans son propre sang. La terre en était rouge. L'hémorragie provenait de son dos, une plaie béante dans laquelle se trouvait une énorme épée gris foncée ornée de symboles inconnus. Dans les mains de l'élu, se trouvait une poignée de grains de sable, qu'il avait du serrer très fort, comme s'il s'agissait de la seule chose à laquelle il avait pu se raccrocher. Link tomba à terre et hurla, prenant sa tête au creux de ses mains. Zelda accourut auprès de lui et s'arrêta, comme frappée par la foudre devant une telle scène. Elle porta ses mains à sa bouche, elle ne pourrait jamais se remettre d'un tel spectacle. Link sanglotait au sol, complètement recroquevillé sur lui même. Il aurait préféré avoir tort, il aurait aimé faire des rêves comme tout le monde. Qu'il s'agisse ou non de son état d'esprit. Mais pour rien au monde il n'aurait souhaité rêver du futur... cauchemarder d'un monde apocalyptique, songer à la mort... à la mort de la légende d'Hyrule. Le Héros avait été attaqué par derrière, une fin déloyale qui ne lui avait même pas permis de se battre. S'il avait eu à choisir, nul doute qu'il aurait combattu pour vivre, prêt à tout pour ça... après tous les sacrifices qu'il avait connus, la paix elle, jamais il n'aurait le loisir de la découvrir. En même temps que la mort de l'élu, Link sentit une partie de lui-même mourir. Cette existence ne lui donnait plus du tout envie. Tout courage le quitta soudain, à cet instant, il aurait aimé rester à jamais auprès du corps du Héros. Mais ce qu'il aurait voulu n'avait plus vraiment d'importance désormais. Il se leva, essuyant ses larmes, en vain. Ce spectacle qu'il n'avait pu que deviner, qu'il vivait aujourd'hui même, l'empêchait de sourire. La vie du Héros avait été souillée. Et lui, on venait de lui arracher son âme. Jamais plus il ne serait en mesure de réaliser le conseil que lui avait prescrit l'élu. Jamais il ne pourrait vivre le coeur léger et profiter d'une paix si durement gagnée. Le prix était bien trop fort.

Les vers d'une nouvelle aube au loin se déclinaient. Le Héros était mort, le soleil levant accueillait l'âme damnée. Son chant... déjà s'achevait...

"Et cette mort, effaçant cette ère
~
Sonnant la fin de la guerre
~
Offrant à Hylia le repos éternel...
~
... La récompense suprême, de l'âme d'une mortelle
~
Le sacrifice de l'élu des temps anciens accompli,
~
Hyrule se formera, sur les ruines de sa vie...
~
Et la prospérité renaîtra, le chant du Héros, aboli"

Link et Zelda repartirent de la plaine quelques heures après, profitant du feu de camp et se remettant de leurs émotions. Le Célestrier Vermeil accepta de les mener au Temple du Sceau, voler un peu ne pourrait que lui faire le plus grand bien. La matinée qu'il venait de vivre, pour lui aussi, avait été très éprouvante. Plus jamais il ne reverrait son maître, une blessure qui ne pourrait guère guérir avec le temps. Le Célestrier était un animal vraiment très fidèle, il choisissait son maître afin de l'accompagner jusqu'au bout du monde... et jusqu'à la fin... mais maintenant, il n'avait plus rien à faire. Le duo ne s'échangea pas un mot durant le vol, ils ne savaient pas quoi dire pour détendre l'atmosphère, les derniers événements étaient bien trop marquants pour s'oublier aussi facilement. L'oiseau les déposa bien vite et repartit se changer les idées en l'air, il rentrerait probablement à Célesbourg. Les deux amis pénétrèrent dans le temple qui avait été nettoyé par les aventuriers, plus un seul corps de monstre ou d'Hylien ne jonchait le dallage au sol. L'endroit était désert, Link et Zelda se rendirent sans trop tarder à la Porte du Temps, puis s'échangeant un bref signe de tête, ils traversèrent ensemble, main dans la main, unis contre les épreuves qui jalonnaient leur route.

Lorsqu'ils arrivèrent au Temple du Sceau de leur époque, une foule les attendait. Les Hyliens du village semblaient revenus à la vie, comme par magie. Ghirahim était bel et bien parti. Le Village du Sceau tout entier les applaudit et les acclama, conscient du changement qui avait bien failli se produire si Link et Zelda n'avaient pas fait preuve d'un minimum de courage, là où tous les autres avaient échoué. Le roi d'Hyrule s'avança lentement, à ses côtés, Arfan souriait. Tout le monde semblait là, ils avaient tous attendu leur retour.
"Mes chers enfants, je suis heureux de vous retrouver parmi nous. Votre geste salvateur, bien que téméraire mérite tous les remerciements du royaume. Vous êtes nos héros ! Vous avez bravement combattu Ghirahim dans cet autre monde. En cela, nous vous sommes tous redevables, déclara le roi solennel en s'inclinant devant sa fille et son nouveau chevalier. Les Hyliens du Village du Sceau et Arfan l'imitèrent, posant tous un genou à terre, baissant le visage en direction de la terre. Link rougit devant tant d'honneurs et laissa la princesse répondre.
- Merci à vous pour tous ses honneurs, mais il y a quelque chose que vous devez savoir. Nous ne nous sommes pas vraiment débarrassés de Ghirahim. Link le chevalier a combattu vaillamment contre ce démon, mais au moment de le terrasser, le lâche s'est enfui ! Il a probablement franchi à nouveau la Porte du Temps et continue d'agir dans l'ombre, en Hyrule ! expliqua Zelda d'une voix forte et audible pour tous les habitants. Link ne sut plus quoi dire devant le résumé de son amie, qu'il trouvait enjolivé.
- Je vois... le scélérat court toujours... souffla le roi que cette nouvelle ne rassurait pas franchement, il ajouta, face à son peuple, nous le rattraperons et lui ferons payer ses méfaits ! Tous les chevaliers d'Hyrule et la garde seront mobilisés pour ratisser le royaume à sa recherche ! Nous finirons bien vite par le mettre hors d'état de nuire ! Le peuple peut compter sur la royauté pour guérir les maux qui ravagent notre belle terre ! exagéra le souverain tandis que ses fidèles sujets l'acclamaient, bien heureux que l'on prenne leurs craintes en considération.
- Père, vous pouvez être sûr que nous ferons tout pour vous indiquer les points faibles de l'ennemi et les divers endroits où il aurait pu se rendre. Il ne cherche que vengeance envers le passé, et désormais envers nous. Le peuple peut dormir sur ses deux oreilles, le plus gros danger est passé ! renchérit la princesse ravie de constater que le roi et le peuple partageaient leur point de vue. Ils ne leur en voulaient pas pour avoir franchi la Porte du Temps sans le moindre accord.
- Retournons au palais, nous prendrons toutes les mesures nécessaires contre Ghirahim. Et puis, nos deux nouveaux héros ont bien mérité de se reposer ! sourit le roi en se saisissant des mains de Link et Zelda pour les lever bien haut dans le ciel. La foule continuait d'applaudir à tout rompre."

Les deux amis arrivèrent au palais en fin d'après-midi, auprès du roi, d'Arfan et de quelques gardes. Link et Zelda s'isolèrent à la bibliothèque quelques instants afin de récupérer des derniers événements et de pouvoir enfin en parler, sans que personne ne les gêne.
"C'est un peu bizarre, cette foule qui nous acclame... alors qu'avant tout avait disparu... et puis... tout était si différent là-bas... au coeur de l'ancien monde... commença-t-elle hésitante. Link sourit, heureux de constater que de tels honneurs mettaient Zelda tout aussi mal à l'aise que lui.
- Oui, depuis que nous sommes revenus, je suis un peu perdu. Nous méritons probablement tout cela mais... l'élu de la déesse lui... il... souffla le jeune Hylien ne pouvant achever sa phrase, la blessure était encore trop récente.
- Ce qui est étrange... c'est que rien n'a changé ici. La plupart des gens descendent pourtant du Héros. La famille royale par exemple... nous ne devrions... plus être là... fit-elle remarquer en baissant la tête, sacrément perturbée par une telle possibilité. Link se rendit alors compte qu'il n'était pas le seul à souffrir d'une telle situation et se sentit coupable d'avoir un instant imaginé le contraire. Zelda vivait tout autant que lui les événements. Pourtant elle faisait preuve d'une telle force.
- Oh, je n'y avais pas du tout pensé ! Ne t'inquiètes pas, tu ne vas pas disparaître comme ça voyons, le changement se serait déjà produit sur ton père. Tu ne dois vraiment pas tergiverser pour ça. Nous allons retrouver Ghirahim et lui faire payer ! promit Link, qui, animé par le désir de réconforter son amie oublia ses soucis.
- Attend, nous ne sommes même pas sûr que se soit lui, le tueur ! Il était parti dans la direction opposée ! Certes il est capable de se déplacer à une vitesse folle, mais je crois que tirer des conclusions hâtives ne mènerait à rien de bon. Nous devons mettre un terme à ses agissements quoiqu'il advienne de toutes manières ! fit remarquer Zelda toujours aussi sage, utilisant sa raison plutôt que ses sentiments pour ce genre de problèmes. Elle ajouta sur le ton de la confidence, merci Link, je n'ai pas peur de disparaître, je crains seulement pour ma famille et Hyrule. Et puis... je crois que si on m'oubliait... je... enfin je n'aimerais pas...
- Oui tu as raison... mais je lui en veux malgré tout... et cette lame dans le corps du... enfin bref, elle ressemblait à celle que maniait Ghirahim vers la fin de notre duel. J'ai peut-être fait le rapprochement un peu vite, mais j'ai bien peur qu'il ait accompli sa vengeance de la pire manière qui soit ! pesta le chevalier le poing serré, rageant devant sa propre impuissance. Il ajouta tout sourire, on ne peut pas t'oublier voyons ! Regarde, je vais te le prouver ! conclut le jeune garçon tandis que Zelda le regardait sans comprendre."
Link partit en courant, s'enfonçant dans la bibliothèque, il revint bien vite, une plume à la main et un peu d'encre. Il se saisit du premier livre venu et écrit à la va-vite "Zelda était ici et a lu ce livre".
"Voilà, on ne pourra pas t'oublier comme ça, il suffit de retomber sur ce vieux grimoire et !
- Link, on ne doit pas écrire sur les livres royaux ! Et puis, je ne l'ai même pas lu en plus... sourit-elle ne parvenant pas vraiment à conserver son ton de reproche.
- Oh, je pensais que tu avais lu tous les livres qui se trouvaient ici... désolé, se reprit Link en se saisissant à nouveau du livre pour barrer le ''et a lu ce livre''. Zelda en fut à la fois encore plus furieuse et amusée.
- Hum... cet ouvrage... ce ne serait pas l'histoire d'Hyrule ? Pourquoi on ne regarderait pas dessus ? Peut-être que la mort de l'élu d'Hylia y est écrite ! Et son assassin en prime a peut-être été démasqué ! proposa la princesse curieuse, que cette proposition agitait plus que tout.
- Oui, tu as raison ! Trouvons vite le repère chronologique pour l'ère d'Hylia ! approuva Link feuilletant les pages du livre à la va-vite.
- Regarde d'abord dans le sommaire... tu n'as jamais consulté un manuel d'histoire ? Ah vraiment ! souffla Zelda se retenant de rire. Elle se saisit du grimoire et trouva le passage en quelques minutes. Elle fit part de sa trouvaille à son ami, regarde, c'est écrit là pour la quête de l'élu ! Il a tout un chapitre pour lui !
- Je ne vois pas d'ici, je ne parviens pas à lire à l'envers, qu'est-ce que ça dit ? questionna Link avec impatience, tentant de déchiffrer l'ancien Hylien. Avec une si faible lumière, c'était peine perdue.
- Laisse-moi donc le temps de lire ! Mais... c'est étrange... le livre ne mentionne pas la mort du Héros de la légende ! "L'élu de la déesse coula des jours heureux sur la terre de ses ancêtres et laissa derrière lui une descendance qui eut pour rôle d'assurer le bon développement d'Hyrule : la famille royale", lut la princesse en ajoutant interloquée, le passé n'a pas changé !
- Mais c'est impossible ! Nous n'avons pas rêvé ! Il est bien mort pourtant ! Il était dans la plaine avec son Célestrier et sa harpe... et puis... commença Link perturbé par le manuel.
- Et ça ne vient pas du livre ! Ils disent tous la même chose ! confirma Zelda en se saisissant d'un autre ouvrage, elle poursuivit, non vraiment, le temps n'a pas changé, le passé n'a eu aucune influence sur le futur ! C'est impossible ! Il doit bien y avoir une explication !
- Peut-être que nous devrions... commença le jeune Hylien hésitant.
- Oui ? demanda Zelda reprenant ses esprits et osant un sourire. Elle invita son ami à poursuivre, que proposes-tu ?
- Eh bien... nous devrions partir à la recherche des autres Portes du Temps, non ? Ghirahim ne semble pas avoir menti sur leur existence ! Peut-être que quelqu'un a franchi ces autres portes et aurait alors rétabli le passé, devenant ainsi à nouveau conforme au présent ! proposa le chevalier que l'idée d'un voyage ne déplaisait pas.
- C'est une bonne initiative ! Mais nous n'avons aucune idée d'où elles peuvent être... peut-être devrions nous demander à Arfan tant qu'il est au palais ? Il a l'air d'en connaître un bon rayon... approuva la jeune Hylienne qui après un signe de tête de Link, partit avec lui retrouver le professeur avisé et armé de si bons conseils."

Link et Zelda se rendirent à la salle du conseil où le roi semblait fêter les dernières nouvelles avec la plus grande réjouissance qui lui fut permise. Arfan attendait à l'entrée, il avait beau aider la famille royale, il venait de Célesbourg, et ne se voyait donc pas admis à la salle du conseil, contraint d'attendre à l'extérieur que le roi daigne sortir. Probablement ne tarderait-il guère pour rejoindre son peuple. C'était le moment idéal pour susciter son écoute et ses connaissances.
"Arfan, j'aurais à vous parler, si bien sûr cela ne vous pose aucun problème. Je pense que vous ne pouvez demeurer bien longtemps au palais... mais... commença Zelda en s'inclinant poliment, suivie de son jeune ami chevalier qui n'hésita pas à l'imiter.
- Oh, connaissant votre père, princesse, nous avons jusqu'à la nuit ! plaisanta l'homme de Célesbourg en s'asseyant au premier banc en bois venu dans le long couloir de marbre. Il ajouta, je suis tout ouï, je me souviens parfaitement de vous, vous êtes venue à la conférence avec votre ami alors que vous aviez probablement déjà appris toutes mes vieilles histoires...
- Très mal je dois dire, cette leçon d'histoire m'a fait le plus grand bien ! Mais j'ai justement quelques questions sur la Légende. Que savez-vous des Portes du Temps ? Ghirahim ne parlait que de ça, et semblait en savoir bien plus que nous tous réunis... expliqua Zelda tandis que Link n'osait dire mot devant la prestance d'Arfan. La royauté et autres nobles d'Hyrule... ce monde... n'était vraiment pas fait pour lui.
- Oh, malheureusement, hormis la Porte du Village du Sceau, anciennement vallon, je ne sais strictement rien. C'est un sujet sur lequel je n'ai pas cru bon de m'informer... à ma connaissance, il n'existe qu'une seule porte, qui renvoie à la brillante ère où le Héros de la Légende terrassa le vil Avatar du Néant, un monstre sans précédent. Mais pour le reste... je suis désolé princesse, souffla Arfan présentant ses plus plates excuses, il aurait beaucoup aimé se montrer utile.
- Ce n'est rien, professeur... intervint Link qui comprenait et ressentait lui aussi ce même désir qu'Arfan.
- Notre ennemi a cru bon de nous préciser l'existence de deux autres Portes du Temps, il les recherche dans le but de poursuivre sa vengeance, bien que je la considère déjà en partie accomplie... expliqua Zelda la mine sombre, n'aimant pas vraiment repenser à Ghirahim et à son combat au sommet.
- S'il les recherche avidement, c'est qu'elles perdurent depuis son ère... vous devriez repartir de zéro, au village et vous rendre dans la forêt, peut-être pourriez-vous trouver des informations là-bas... je ne puis rien vous apporter encore une fois, et je m'en excuse, mais bien d'autres personnes possèdent une grande sagesse et un infini savoir, fit remarquer Arfan les bras croisés dans le dos, la mine songeuse.
- ... le roi sortit de sa réunion et jaugea du regard le groupe quelques instants avant d'ajouter l'air grave, Zelda, tu ne peux pas repartir comme ça. Accompagner Link où qu'il aille est bien trop dangereux. C'est un chevalier aguerri, il n'a strictement pas besoin de ta compagnie ! Je refuse que tu te mettes en danger encore une fois !
- Mais père ! Je ne suis pas une enfant, et aux côtés d'un chevalier, je ne risque strictement rien ! Tu ne peux pas le laisser seul mener ce voyage ! Certes, il doit retrouver Ghirahim... mais pas seul ! protesta la princesse, qui poursuivit, outrée, tu as écouté notre conversation ! Ce sont des choses qui ne se font tout simplement pas !
- Ce n'était point mon intention, je voulais proposer à Arfan de nous rejoindre afin d'assister à une réunion du conseil ! Mais savoir que vous complotez dans mon dos ! C'est insupportable ! s'énerva le roi en ajoutant, désignant Zelda l'air menaçant, si tu ne m'obéis pas, attend toi à en payer les conséquences ! Je ne suis pas n'importe qui, toi de même, tu ne peux te permettre ce genre de frivolité ! conclut-il claquant la porte au nez refusant qu'Arfan entre.
- Je... je suis désolée... par ma faute le roi ne veut plus vous laisser entrer au conseil... nous parlions juste mais il y a eu terrible méprise... souffla la princesse baissant les yeux, ne supportant pas se faire reprendre devant son ami qui paraissait compatissant.
- Ce n'est rien, je viens de Célesbourg, c'est probablement une bonne chose si je n'ai pas un oeil dans les affaires d'Hyrule... je crois que... le roi a tout simplement eu tort. Vous pouvez compter sur moi pour lui faire entendre raison ! promit Arfan de bonne humeur, osant un clin d'oeil à la princesse.
- C'est gentil à vous, mais je doute qu'il daigne vous écouter... soupira Zelda abattue, elle aurait tant aimé poursuivre son voyage avec Link...
- Vous savez, votre ancêtre, la réincarnation de la déesse Hylia... elle est décrite comme une femme avec beaucoup de caractère. Elle était probablement fragile et son corps d'humaine n'aurait certainement pas du être exposé. Mais elle n'en faisait qu'à sa tête, elle voyageait malgré tout, et c'est son courage qui a permis au Héros de vaincre le mal absolu... raconta Arfan toujours bien au courant des légendes, même les détails les plus insignifiants.
- Qu'est-ce que vous essayez de me dire, professeur ? demanda la princesse perdue tandis que Link semblait s'affoler.
- Vous lui demandez de désobéir à son père ? C'est une bien mauvaise idée ! Qui oserait proposer un tel projet à la princesse ? Ce sont des choses qui ne se font pas, nous n'avons pas le droit d'interférer dans des histoires de familles ! D'autant plus royales ! répondit le jeune Hylien hors de lui, il ne souhaitait pas causer de tort à son amie d'enfance.
- Si je parle au roi, cela ne sera plus du tout un acte intolérable. Je n'aime pas que l'on vous ôte votre jeunesse et vos amis, simplement parce que votre rang est important. Zelda, faites ce que bon vous semble, je me charge de le calmer, je vous en fais le serment ! Partez pour la Forêt de Firone et je vous souhaite de vite arrêter Ghirahim avant qu'il ne découvre d'autres portes ! conclut Arfan souriant en rentrant dans la salle du conseil malgré tout. Il avait un sacré caractère, mais c'était loin d'être un véritable défaut... au contraire... il défendait des valeurs justes et se battait pour ce qui comptait le plus à ses yeux."

Link et Zelda se regardèrent quelques instants et acquiescèrent l'un l'autre, en souriant. Leur aventure ne faisait que commencer, mais ils étaient prêts à tout. Ils ne seraient pas seuls cette fois-ci. Chacun de leur côté. Non, ils combattraient ensemble et retrouveraient les Portes du Temps avant Ghirahim !
Ils lui montreraient qu'il aurait à regretter ce sceau brisé. On ne s'en prenais pas à la belle terre d'Hyrule sans payer d'amères représailles et de graves conséquences. Link et Zelda jetèrent un dernier coup d'oeil à Arfan qui hocha la tête, confiant. Ils s'envolèrent pour le Village du Sceau, à la recherche d'un nouvel indice.

PARTIE 2 : Twilight Princess, le Futur possible

Le feu se propageait à une vitesse folle. Tout était arrivé si vite, et le monde en pâtissait déjà. Je me retins de hurler devant pareille abomination, les flammes dévoraient les habitants, les constructions... La capitale entière disparaissait sous mes yeux. L'incendie semblait avoir débuté au palais, le château n'était plus que cendres sur ruines. Un empire tout entier venait de connaître sa fin. La chute de notre beau royaume ne faisait que commencer. Je tentais de me frayer un chemin au coeur de la citadelle assiégée, mon but était simple. Je désirais me rendre au plus vite au palais afin de soutenir la famille royale. Mais... était-il déjà trop tard ? Les monstres affluaient de toutes parts, ils encerclaient la plupart des habitants qui peu à peu devenaient cadavres inertes puis cendres. Je résistais tant bien que mal, me basant sur l'espoir de retrouver la royauté indemne. Malgré tout, je ne savais guère comment repousser une telle attaque. Les créatures étaient si nombreuses, leur nombre ne semblait pas diminuer, leur force non plus. Les cris et les pleurs se faisaient entendre, la mort était présente à chaque coin de rue. Autrefois empli de vie, mon monde bascula dans la terreur. Le déclin du royaume ne faisait que commencer, et ce n'était pas quelques coups d'épée qui guériraient les maux et plaies de la capitale. Je parvins finalement à me frayer un chemin, je regrettais de ne même pas avoir assez de temps pour regrouper les morts et les enterrer dignement. Tous ses gens qui m'avaient soutenu et tant aidé, ils venaient de mourir, tous, dans d'atroces souffrances. Par les flammes ou les lames. Je priais pour qu'il ne soit rien arrivé à la famille royale.

Lorsque j'atteignis finalement le coeur du palais, je fus bien vite déçu. L'atmosphère de mort et de désespoir était tout aussi présente, le roi introuvable. J'accourrai à la chambre de sa fille, sachant pertinemment qu'elle ne pourrait que s'y trouver. C'était un excellent refuge. Je montai les marches de la haute tour, les flammes avaient ravagé le palais, mais beaucoup moins que la capitale toute entière où fleurissaient charpentes en bois. Aucun monstre ne s'y trouvait, ils étaient déjà tous partis en ville, cela me laissait probablement un peu d'espoir. Je toquai à la porte de la princesse sans qu'aucune réponse ne me fût permise. Je m'autorisai à rentrer, la peur au ventre. Je ne pris même pas peine de fermer la porte. Le spectacle fut saisissant et ma lame que je tenais bien fermement tomba mollement sur le sol. J'étais sous le choc, ébahi, hébété. La jeune fille reposait sur son lit, bras écartés et chevelure d'or froissée. Je portais une main à mes yeux humides, la princesse se trouvait au coeur d'un bain de sang, une plaie béante recouvrait désormais sa poitrine, ses vêtements et les draps du lit étaient pourpres. Elle avait perdu énormément de sang. Je m'approchais pour m'écrouler sur son corps et pleurer. Que le monde pouvait être injuste... Je sentais encore la chaleur qui émanait autrefois d'elle, sa mort avait dû être lente et douloureuse, nulle bonne âme pour achever ce supplice. Je calai ma main dans la sienne, fou de malheur et haineux devant celui qui avait osé commettre tel massacre. Mais je ne pouvais plus aspirer à la vengeance, il était trop tard. Toute détermination n'était plus. Je glissais au creux de l'oreille de la jeune fille, souhaitant que mes mots la suivent jusque dans l'au-delà "Je suis désolé pour tout, je t'aime, tu sais, je t'aimerai toujours... jamais personne ne pourra prendre cette place tant prisée en mon coeur" Une larme roula sur ma joue et je me relevai, soudain vidé de mes forces. Je sortis du palais à pas lent.

Mon fidèle destrier me mena bien vite là où je souhaitais me rendre. Je savais pertinemment que mon temps était compté, après sa mort à elle, il ne me restait plus le moindre fragment de liberté. J'aurais fais n'importe quoi pour elle, mais aujourd'hui, j'étais impuissant. Je le savais pertinemment. J'aurais tant voulu arrêter le fou qui avait provoqué cet incendie, mais c'était impossible. Il savait tout de moi, je ne connaissais rien de lui. Il était mon ennemi et plus jamais mon temps ne serait sous mon contrôle. Les jours filèrent, je crois. Mon cheval me déposa à l'orée des bois. Je n'avais qu'une envie, errer, errer sans fin. Encore et encore. Je me mis à marcher sans prendre le temps de noter le passage, tandis que je m'enfonçais dans la forêt dense. Jusqu'au tout dernier instant de ma vie, je repensais sans cesse à elle. Je me revois encore m'écrouler, une main sur le coeur, le visage sombre. J'avais perdu. J'étais perdu. Le royaume était perdu. Tout était fini... malheureusement...

***

Le Célestrier Vermeil déposa Link et Zelda au Village du Sceau, insouciant et empli de bonne volonté. Lorsque ses passagers descendirent, il s'ébroua et s'éloigna en quête d'un coin tranquille pour une sieste. Son sommeil serait léger, afin de pouvoir reconnaître entre mille le sifflement de son maître, où qu'il se trouve. Le duo revint au temple avec une joie non feinte. C'était tellement agréable de retrouver tous ces gens, comme si rien n'avait jamais changé. Les deux amis passèrent la plupart de leur temps sur la grande place du village à quérir les habitants s'y rendant. Ils étaient tous d'une excellente humeur après l'intervention du roi. Link et Zelda étaient vus comme des sauveurs aux yeux de tous et les villageois auraient donné leur vie pour eux. Malheureusement, la plupart de leurs questions restèrent sans réponse. Nul n'avait entendu parler des Portes du Temps jusqu'à la cérémonie catastrophique. Après quelques heures des plus agréables au Village du Sceau, le duo se décida à partir en forêt dans l'espoir de trouver quelque indice. Arfan avait été très encourageant, Link et Zelda ne renonceraient pas facilement ! Les deux amis s'engouffrèrent au coeur de la forêt de Firone, en des terres peu pratiquées, sous le regard d'une foule admirative.

"Link... je crois que nous sommes perdus ! Les lieux sont pourtant très variés mais... les arbres se ressemblent tous bien trop ! Je ne m'y retrouve plus ! s'écria la princesse un brin effrayée piétinant nerveusement le sable clair d'une clairière d'où l'on pouvait apercevoir un magnifique ciel bleu.
- J'ai pourtant l'impression de ne pas encore avoir été ici... mais je ne sais pas si nous trouverons une porte aussi facilement... comme ça, dans la nature... et qui pourrait nous renseigner si Arfan lui-même ne le sait pas ? questionna le jeune Hylien songeur en prenant une pose dubitative des plus ridicules qui arracha un bref sourire à Zelda.
- Oui, je m'affole peut-être un peu vite... je le reconnais ! Mais bon... tu dois avouer que passer une nuit en forêt ne nous ferait pas vraiment plaisir... On dit que le crépuscule passé, les monstres deviennent les maîtres des lieux ! fit remarquer la jeune fille légèrement soucieuse, s'asseyant sur un rocher pour tortiller une mèche de ses cheveux nerveusement.
- Ce n'est pas un problème, comme tu me l'as si bien dit, mon Célestrier est un des plus fidèles au monde, il viendra nous chercher à ma demande où que nous soyons ! Nous pouvons avancer sans la moindre crainte, rassura le chevalier tout sourire en marchant l'air de rien le long de la petite clairière.
- Link... merci d'avoir accepté de m'embarquer dans toute cette aventure. Je sais que tu as facilement peur pour moi, ma condition... pour le royaume et tout le reste. Mais tu n'auras pas à le regretter ! Je te le promets ! Et puis... mes connaissances d'Hyrule pourraient se révéler utiles, qui sait... proposa Zelda bien plus détendue maintenant qu'elle se savait hors de danger. Aucun monstre de la forêt n'oserait s'en prendre à un Célestrier.
- Ce n'est rien, enfin ! Tu sais bien que sans ton soutien et avec les derniers événements... j'irais au plus mal ! Tous ces rêves me tuent... ils reviennent chaque nuit sans interruption ! Comme si le destin était sans fin... inchangeable... se répétant à l'infini ! s'horrifia Link la mine abattue, il ajouta néanmoins, les yeux clos et le sourire aux lèvres, voulant se montrer insouciant, ce n'est pas seulement parce que tu es la future reine de notre beau royaume, c'est aussi, et avant tout même, parce que tu es mon amie d'enfance... et que... je tiens à toi, avoua-t-il les mains dans le dos, frappant négligemment quelques buissons sauvages pour se changer les idées et ne pas rougir, ce qu'il faisait si aisément en de telles situations.
- Merci Link... je ferai tout pour te venir en aide moi auss... commença Zelda avant d'être interrompue par un événement plus qu'imprévu et incongru.
- ... un buisson se mit à remuer, tout tremblant, marchant gauchement de-ci de-là. Une petite voix fluette retentit, oignon ! Ne me faîtes pas de mal ! Je passais simplement par là ! Je vous assure que je ne voulais pas écouter votre conversation ! J'en ai les racines qui flagellent, pitié ! Se défendit une toute petite créature blottit contre un tronc d'arbre. A la fois marron et beige, elle tenait fermement l'arbre de ces petites pattes et cachait son visage.
- Link, c'est un Tikwi ! Arfan en avait brièvement parlé pendant sa conférence. Ils vivent dans ces bois. Ces animaux peuvent parfaitement se camoufler et se confondre avec la végétation environnante ! expliqua Zelda ébahie, c'était bien la première fois qu'elle rencontrait et témoignait d'un pareil phénomène. Elle ajouta souriante à l'adresse de la petite créature effrayée, tu n'as rien à craindre de nous, tu sais. Loin de nous l'idée de chasser les Tikwis de leurs terres ! Nous cherchons simplement quelques informations précieuses... mais nous nous sommes aussi perdus...
- Waouh ! Ca me déracine tout ça ! Le vénérable Lorion et le grand Arbre Mojo nous ont toujours dit de nous méfier des Hyliens ! Surtout Lorion je crois même... mais vous n'avez pas l'air si méchant que ça... réalisa le petit Tikwi songeur osant se présenter, je m'appelle Basil ! J'ai l'habitude de rouler ma mousse dans le coin, j'aime me cacher près de cet arbre, les amis ne m'y retrouvent jamais, confia l'animal à l'aise, il passait d'une émotion à l'autre en un clin d'oeil.
- Vous êtes donc plusieurs à vivre ici ? Questionna Link stupéfait que des êtres aussi fragiles aient pu résister à l'invasion des Moblins, toujours plus nombreux. Il se pencha légèrement, à mi-hauteur, afin de paraître bien moins imposant pour son interlocuteur facilement apeuré.
- Bien sûr ! Ils doivent encore me chercher ! Je les appelle immédiatement, déclara Basil en sautillant en tous sens, fou de joie. Il se mit à hurler d'une voix suraiguë le nom de ses compagnons, Pirsel ! Jasmi ! Ramenez votre mousse ici ! Venez vite voir ce que j'ai découvert, ça va vous déraciner sur le coup !
- Je suis sûr que ça ne vaut pas un radis, te connaissant ! se lamenta un Tikwi en arrivant, bouche grande ouverte. Il semblait bailler d'ennui.
- Tu ne vaux pas un radis, Link, plaisanta Zelda devant le comportement atypique des petites créatures.
- Toi aussi je te signale ! riposta le chevalier moqueur prenant un ton blasé.
- Ail ! Tu nous cherches des radis à nous attirer de tels ennuis ? Le vénérable Lorion en aurait une crise cardiaque ! Nous qui avons pourtant une espérance de vie quasi-infinie ! pesta le Tikwi, qui, à la vue du duo se camoufla immédiatement parmi les herbes hautes.
- Jasmi, ne raconte pas des choux ! Ces Hyliens se sont perdus ! Nous ne pouvons pas les laisser prendre racine comme ça ! contra Basil en se gonflant le ventre et le torse, tentant de paraître imposant. Malheureusement pour lui, c'était plutôt raté.
- Vous êtes perdus ? intervint le dernier des Tikwis venant d'arriver qui s'empressa d'ajouter, ah mais nous pouvons nous aider, nous ! Suivez-nous jusqu'au grand Arbre Mojo, les monstres ne vont jamais jusque là ! Le vénérable Lorion pourra probablement vous aider à retourner chez vous ! Ramassez votre mousse et allons-y ! proposa Pirsel, une vieille branche en main. Il la tenait bien haut pour être facilement repérable, marchant au pas, invitant ainsi les deux amis à le suivre.
- Tu crois qu'on attend pour leur dire qu'on peut rentrer quand on veut au Village du Sceau ? pouffa de rire Link, une main sur la bouche. Les mimiques des Tikwis étaient vraiment amusantes.
- Nous devons les suivre, ils ont peut-être l'air joueur mais ils connaissent la forêt mieux que personne, ils sauront nous renseigner sur les portes ! Et par certains côtés, ils sont bien plus matures que toi, taquina la princesse en donnant un coup de coude à son ami faussement révolté.
- Eh ! Tu n'es pas sympa ! En plus, ils ont dit avoir une espérance de vie exagérée... ils doivent être bien plus vieux que nous ! se défendit Link les joues rosies, l'air boudeur. Pendant ce temps, les trois petites créatures se mirent au même rythme de marche pour guider le duo, qui les suivait à pas lents et modérés.
- Quelle mauvaise langue et bien piètre joueur tu fais ! Nous n'avons qu'à leur demander après tout, proposa la jeune fille les bras croisés ne s'adressant qu'à son ami. Elle poursuivit d'une voix claire et forte afin que les Tikwis l'entendent, quel âge avez-vous ?
- Moi, je suis le plus jeune ! J'ai seulement 4332 ans ! répondit Basil stoppant sa marche en un éclair.
- Alors que moi, à l'inverse, je suis bien plus vieux qu'eux ! J'approche des 4500 ans à grand pas ! se vanta Pirsel l'air hautain.
- Et moi ben j'ai amassé ma mousse pendant 4334 ans, deux ans de plus que le petit Basil, se moqua Jasmi joueur. Les deux amis se regardèrent les yeux écarquillés et n'osèrent plus dire un mot. Il n'était plus l'heure de se taquiner, mais plutôt d'être étonnés."

Le voyage ne dura pas plus d'une heure malgré le rythme ralenti des trois petits Tikwis. Ils traversèrent quelques clairières toutes plus jolies les unes que les autres. Certaines, ils en étaient sûrs, ils les avaient déjà franchies lorsqu'ils s'étaient égarés. Les guides étaient plutôt bavards et n'hésitaient pas à décrire le paysage, lui prêtant maints éloges. Il fallait avouer qu'il était difficile de résister au charme et à la beauté d'une campagne si fleurissante. Le soleil s'entrapercevait entre les feuillages touffus des hauts arbres verts déjà en fleurs. Entre ombre et lumière, les plantes poussaient au coeur de ce paysage clairsemé sans la moindre aide humaine. Les bois de Firone savaient se parer d'une beauté sauvage et indomptable. La cachette idéale pour des créatures fragiles telles que les Tikwis mais aussi pour les monstres... qui établissaient parfois leur campement en pleine nuit, non loin d'un cours d'eau à l'eau fraîche et limpide. Les guides de Link et Zelda les menèrent jusqu'à une clairière séparée d'un large fossé du reste de la forêt. Un Tikwi nettement plus gros et grand siégeait, imposant, sur une butte de terre circulaire. Face à lui se tenait un gigantesque arbre possédant, à la surprise des deux amis, un visage. Ils avaient de larges sourcils foncés et herbus sur lesquelles aimaient se poser les oiseaux. Un nez cylindrique fait d'une petite branche très solide et juste en dessous, une moustache naissante ressemblant plus à un petit buisson qu'autre chose. Le gros Tikwi les accueillit, non sans dissimuler une certaine crainte.
"Basil... tu nous as donc ramené des Hyliens ! Jusqu'à notre territoire, tu sais pertinemment que ce n'est pas sérieux, ils pourraient attirer des monstres jusqu'ici ! fulmina le vénérable Lorion en descendant de sa butte.
- Fenouil ! Je ne voulais pas causer du tort à notre peuple ! Ils ne sont pas méchants, ils disent juste chercher des informations ! Des informations très importantes ! insista le petit Tikwi tout affolé. Il n'était plus un enfant, et il n'avait strictement rien à se faire reprocher !
- Ne vous en faîtes pas, nous sommes pacifiques, nous ne cherchons pas à vous nuire, nous partirons si vous nous le demandez, déclara poliment Zelda en s'inclinant. Il valait mieux agir avec beaucoup de tact pour des êtres aussi craintifs.
- Vous ne semblez pas vraiment nous vouloir du mal, c'est vrai. Veuillez excuser notre méfiance, la plupart des Hyliens qui se rendent en nos bois sont ici pour braconner où simplement en tant que collectionneurs cherchant un peu de nouveautés ! Ces gens-là ne sont vraiment pas aimables, ils ont pris l'un des nôtres il y a fort longtemps ! expliqua Lorion sur ses gardes.
- Tu exagères tes dires, ton peuple est sous ma protection. Quand au Tikwi parti dans les cieux, il s'en est allé consentant. Laisse-moi donc seul avec ces jeunes Hyliens, tonna une voix sage et posée. Le chef des Tikwis s'inclina immédiatement tandis que Basil, Pirsel et Jasmi s'enfuyaient en courant.
- Ô grand Arbre Mojo, pardonnez mon impudence ! Je ne voulais pas manquer de respect à un quelconque peuple d'Hyrule... s'excusa Lorion en s'éloignant, confus.
- Ils n'avaient rien fait ! Vous n'avez pas à réprimander un peuple si aimable pour quelques broutilles ! s'offusqua Zelda ne pouvant supporter l'injustice.
- Je suis navré, mais les Tikwis n'avaient pas à écouter cette conversation, je préfère les préserver, tout du moins un minimum... Malgré leur grand âge et leur bonne volonté, ce sont des animaux immatures et craintifs... souffla l'arbre dans un long soupir fatigué.
- Vous désiriez nous parler ? questionna Link intrigué, il sourit lorsqu'il s'aperçut que Pirsel se camouflait au loin pour tenter d'épier leur conversation.
- Oui... Je crois connaître la raison de votre venue ici. J'ai beau avoir poussé et fleuri loin de vos tracas et votre quotidien, je sais tout de votre monde. Le beau dragon d'eau Firone a déserté, et je ne lui reproche rien, mais je suis le nouveau gardien des bois. J'ai acquis un grand pouvoir et une infinie sagesse au fil des années, expliqua l'Arbre Mojo bavard se perdant presque dans son récit, les yeux rêveurs. Il ajouta, ému, je suis ravi de faire votre connaissance, Link, Zelda. J'aimerais sincèrement, si j'en avais la possibilité, vous tirer ma révérence.
- Que voulez-vous dire par pouvoir ? demanda la princesse suspicieuse, s'asseyant sur la butte circulaire du vénérable Lorion.
- Vous nous connaissez ? Pourquoi tant d'honneur ? Notre quête est bien loin d'être achevée... fit remarquer le chevalier toujours aussi gêné par de telles flatteries dont il ne se sentait pas digne.
- Je vois l'avenir... par visions... quelques secondes parfois, tel un flash ! C'est un phénomène des plus désorientant, et c'est bien loin d'être un don agréable. Mais je sais que mon fardeau peut vous être utile. Je vous ai vus venir à moi depuis fort longtemps, en quête des Portes du Temps. Vous les trouverez, soyez-en certains et je puis vous faire gagner un temps précieux... en vous révélant précocement leurs emplacements, dévoila le vieil arbre en énigme. Il semblait troublé par l'arrivée du duo.
- Qu'avez-vous vu ? Vous devez absolument nous en dire plus concernant les portes ! Nous devons les trouver et les franchir afin de devancer notre ennemi ! Nous sommes ici pour stopper les actes insidieux de Ghirahim ! Je vous en supplie, dites-nous en plus ! Implora la princesse les mains jointes, se relevant d'un bond. Une telle vivacité apeura Pirsel bien caché au loin dans un buisson.
- Oh mais je ne souhaite pas vous retenir ici pour vous cacher la vérité, je suis votre allié, mes très chers héros. Ces visions me hantent et je suis soulagé de pouvoir enfin vous en parler. Je suis enraciné ici, et c'est parfois un bien triste sort que de ne pouvoir se mouvoir comme vous autres, Hyliens. J'aime observer, c'est vrai... mais je n'ai rien contre un brin de compagnie, avoua le vieil arbre fort dépité. Toute cette solitude semblait lui peser malgré le fait qu'il s'agissait là d'un sort qu'il avait fini par accepter de bonne grâce, allégé par les conversations régulières qu'il entretenait avec le vénérable Lorion.
- Nous comprenons... mais je vous en prie, venons-en aux Portes du Temps et à vos si terribles visions... supplia Zelda ne préférant pas s'éloigner du sujet principal et surtout primordial. Link n'osa pas ajouter quelconque demande pour appuyer les dires de la princesse mais posa une main réconfortante sur l'épaule de son amie, témoignant de son soutien.
- Hyrule est menacé... Je rêve souvent d'un monde désert, chaotique, au bord du gouffre. La terre est carbonisée, tout n'est plus que cendres, la vie... devenue rare... et malgré tout, cette vision d'horreur est le plaisir de quelque homme... Je ne crois guère me tromper en affirmant que Ghirahim n'est, hélas, pas votre seul ennemi... Il n'oserait pareille abomination, car il a vécu en ces terres et les a chéries. Non, la menace est bien plus grande... elle n'épargne personne ! Mais il demeure un espoir... au sommet d'un volcan... au coeur d'une forêt... ancienne vallée désertique... En ces lieux, demeure de trois temples... et y sommeillant sagement, trois portes. Les Portes du Temps sont les clés qui permettront à Hyrule de subsister, conta l'Arbre Mojo, comme en transe, le regard vague et la voix monocorde.
- Vous voulez dire que les portes sont donc éparpillées un peu partout ? Nous qui cherchions dans la forêt... mais c'était tellement superflu... soupira Zelda désolée d'avoir perdu tout ce temps.
- Ce n'est pas en vain, vous êtes venus à moi grâce aux Tikwis. Vous avez gagné bien des jours d'infructueuses recherches, croyez-moi, apaisa le vieil arbre sage en regardant les deux amis. Il ajouta, ces deux dernières portes sont spéciales, je le sens. Je crois que vous ne courrez plus après le passé, mais plutôt le futur... Si vous partez dès maintenant à dos de Célestrier pour le Volcan d'Ordinn, vous arriverez au crépuscule. Vous craignez probablement pour les monstres, j'en ai conscience, mais le temple où vous vous apprêtez à aller en sera probablement infesté. Si vous avez le moindre problème, la moindre question, je reste à votre entière disposition. Sachez que les Gorons qui ont élu domicile au coeur de la montagne seront, je pense, ravis de vous venir en aide. Un peu de courage, héros, et plus rien alors ne vous sera impossible...
- Nous suivrons vos conseils, grand Arbre Mojo. Encore merci pour tout. Dites-moi, ces temples, pourquoi jamais personne ne s'y rend ? Pourquoi nul homme n'ose s'y arrêter prier ? Pourquoi les avoir laissées à l'abandon ? questionna la princesse songeuse, de nouveau assise sur la butte circulaire du vénérable Lorion. Link l'avait depuis longtemps imitée.
- Ils avaient été bâtis, il y fort longtemps, bien avant notre ère en mémoire des trois dragons protecteurs. Mais Firone et Ordinn ont disparu... et le dragon de la foudre n'a jamais voulu d'un tel honneur et refusa de s'y installer, préférant vivre avec ses créations et les Hyliens de sa vallée. Les temples sont donc restés à l'abandon. Le Temple du Sceau est bien le seul qui fut conservé dans un état décent... sans compter que son utilité première n'était pas de rendre hommage à Firone, expliqua l'Arbre Mojo avec patience, sans la moindre émotion dans la voix. Il aimait raconter les légendes, il se devait d'être le plus neutre possible.
- Je comprends... souffla Zelda baissant les yeux sans oser commenter le récit du sage. Elle ajouta, à l'adresse de son ami, si ton Célestrier est prêt à venir nous chercher, hâtons-nous ! Enfin bien sûr... avec ton accord... sourit-elle insouciante.
- C'est le mieux à faire, j'en suis certain. Encore merci pour vos révélations vénérable Arbre Mojo. Remerciez les Tikwis pour nous et j'espère que vos visions s'apaiseront... conclut Link en s'inclinant poliment."
Après un sifflement et des remerciements sans fin, le Célestrier Vermeil de Link atterrit dans la clairière. L'Arbre Mojo n'eut guère le temps de cligner des yeux que le duo s'était déjà envolé au loin, en direction de la Montagne de la Mort.

Le voyage aurait pu s'annoncer des plus calmes si un orage n'avait pas décidé de brutalement éclater sur le royaume. La pluie empêchait une visibilité correcte et le vent agitait le Célestrier de toute part. Link n'était plus le maître de sa monture. Lorsqu'il avoua à son amie que l'atterrissage allait être compliqué et qu'ils risquaient de tomber d'une hauteur non négligeable, Zelda s'accrocha à son ami et à l'oiseau. Le duo était pratiquement plaqué sur l'animal, tentant de réduire leur prise au vent. Mais c'était peine perdue, la pluie s'abattit, torrentielle et quelques bourrasques violentes suffirent à l'animal pour s'écraser au coeur de la Montagne de la Mort. Link et Zelda eurent tout le loisir de hurler de peur, le coeur au bord des lèvres. Le mauvais temps ne suffisait guère à couvrir leur voix. Après quelques instants, un bruit effroyable se fit entendre et ce fut le néant. Plus le moindre cri. Seul le déchirement du vent contre les abruptes falaises était audible.

Ce fut la forte odeur d'une literie propre qui tira Link de son sommeil de plomb. S'en suivit alors un sentiment de désorientation des plus totales. Il se souvenait simplement être tombé à dos de Célestrier avec Zelda. Zelda ! Le jeune chevalier rouvrit brusquement les yeux, se redressant de suite. Il se calma bien vite lorsqu'il se rendit compte que son amie dormait paisiblement dans un lit plaqué contre le mur d'en face. Le duo se trouvait dans une salle à la forme des plus aléatoires, la pièce s'était construite à partir d'une caverne, respectant son irrégularité. Non loin des deux lits, une large table sur laquelle reposaient tout l'équipement de Link et des vêtements propres. On avait pris soin de le changer et de le vêtir simplement d'une longue chemise de nuit blanche, Zelda semblait avoir subi le même traitement. Le jeune Hylien soupira, malgré la situation des plus mystérieuses, son problème actuel concernait la princesse qu'il ne savait guère comment réveiller afin de s'assurer de sa pleine santé. Il lança quelques appels, en vain et se résigna bien vite. Il finit par se lever, et alla s'agenouiller jusqu'à la couche confortable de son amie. Gêné, il lui tint une épaule pour la bouger et elle ouvrit les yeux en baillant. Il s'était visiblement inquiété pour rien.
"Link ? Tu es réveillé ? Où... sommes-nous ? J'ai l'impression d'avoir passé une vie entière à dormir... ce lit est vraiment confortable, souffla la jeune fille encore endormie en tirant les couvertures pour se protéger de la lumière qui émanait de quelques torches.
- Attends ! Ne te rendors pas... alors que nous ne savons même pas où nous avons atterri ! fit remarquer Link atterré par les manières de son amie. Elle savait profiter de ce qui venait à elle sans en chercher la source.
- Roh... Voyons, nous ne pouvons pas être n'importe où ! Ton Célestrier à la noix nous a menés... difficilement au volcan ! Pour ne pas dire abandonnés... mais ce n'est pas la question, je m'égare. Quoiqu'il en soit, je doute fort de la bonté des monstres attendant notre rétablissement et laissant tout notre équipement à portée de main. Non, nous avons probablement été récupérés par le peuple Goron. L'Arbre Mojo nous en avait parlé, et Arfan aussi pendant sa conférence, rappela Zelda tandis que Link restait abasourdi devant son sens de l'observation. Cherchant à s'assurer de la santé de son amie, il n'avait pas le moins du monde réfléchi à cela.
- Mon Célestrier à la noix... Il a quand même bien résisté à la tempête... bouda le jeune chevalier les bras croisés. Il ajouta songeur, ne préférant pas jouer les rancuniers trop longtemps, je ne suis jamais allé chez les Gorons. Mais cette halte est plutôt à notre avantage, nous devons profiter de leur hospitalité pour nous informer sur le temple ! proposa-t-il les yeux emplis d'espoir, il semblait de nouveau gorgé de courage et de détermination.
- Oui, nous ne pouvons pas rester ici éternellement, nous devons partir à la recherche de la Porte du Temps. Habillons-nous vite et sortons de cette chambre paradisiaque, conclut Zelda qui aurait visiblement souhaité entamer une nouvelle sieste si le devoir n'avait pas frappé à leur porte."
Les deux amis s'équipèrent chacun de leur côté, se réjouissant d'avoir été lavés pendant leur séjour. Les Gorons ne semblaient pas manquer de manières afin de combler leurs invités, ils agissaient en parfaits hôtes.

Link et Zelda quittèrent bien vite la caverne déserte sans leur présence et découvrirent le village des Gorons. Il s'agissait d'une gigantesque vallée atteignant des hauteurs inimaginables, les deux amis, bien que connaissant fort peu la géographie de la Montagne de la Mort ne s'étaient certainement pas attendu à trouver un tel lieu. Les habitants de pierres avaient aménagé la vallée sur plusieurs étages, diverses plate-formes en anneaux de métal brut et de bois soigneusement vernis remplissaient l'espace. Une gigantesque plate-forme en chêne massif circulaire ornée du célèbre symbole d'Ordinn, trois légères vaguelettes rouges feu, servait visiblement de place principale, tenue en hauteur par quelques chaînes de fer. Au fin fond de la vallée, quelques Gorons s'épanouissaient dans une herbe grasse et une source thermale, se gavant en continu de pierres de lave. Le ciel ambre indiqua aux deux amis la lente descente du soleil quasi-achevée. Ils en déduisirent qu'ils avaient probablement dormi une journée entière après avoir sombré dans l'inconscience. Ne souhaitant pas s'attarder sur les merveilleuses teintes du crépuscule, Link et Zelda s'empressèrent de chercher âme qui vive afin d'enquêter sur la Porte du Temps du Volcan d'Ordinn. Il régnait dans les rues, ou anneaux circulaires, un calme plat, aussi le duo entreprit une longue descente jusqu'aux sources thermales. Ils n'eurent pour cela qu'à emprunter, sans trop se perdre, quelques galeries et escaliers creusés à même la roche tendre de la vallée volcanique. Tout en descendant, Zelda fit part de ses observations à son compagnon "Je crois que les Gorons vivent dans un des nombreux anciens cratères du volcan, qui s'est effondré. Cette caldera est luxuriante, la terre permet une végétation dense et des bains chauds. C'est le lieu idéal pour un tel peuple, tant qu'aucune éruption n'est prévue sur ce site. Mais connaissant les Gorons et leur prudence, ils sauront sûrement prévenir un tel danger..." souffla-t-elle impressionnée par un tel village. Elle n'aurait jamais osé exposer les Hyliens à pareille folie, mais le peuple montagnard et son passé d'explorateur n'avait certainement pas la même vision des choses.

Arrivés en bas, non sans reprendre leur souffle, Link et Zelda furent agréablement accueillis par les Gorons, qui d'un geste, leur désignèrent le Célestrier vermeil du jeune chevalier qui reposait à l'ombre de la vallée, sans la moindre égratignure. Un des Gorons sortit de son bain, vue son imposante carrure dépassant tous ses camarades, il y avait fort à parier que ce descendant d'anciens explorateurs fut le chef du village. Il salua ses deux invités et engagea la conversation en bon hôte qu'il se targuait d'être.
"Je suis ravi de vous revoir si tôt sur pied. Lorsque notre équipe de nuit vous a trouvés, vous étiez dans un sale état, surtout votre pauvre monture qui ne parvenait même plus à marcher correctement... souffla le Goron en désignant le Célestrier vermeil, qui comprenant qu'on parlait de lui, s'ébroua joyeusement. Il poursuivit amusé mais solennel, je me présente, je suis le chef des Gorons, descendant direct de Marpo et Venturo, deux célèbres aventuriers de notre peuple qui s'installèrent les premiers dans ce véritable paradis pour notre espèce ! Je suis Venturo, troisième du nom.
- Merci beaucoup d'avoir pris soin de mon Célestrier, je me suis beaucoup inquiété pour lui, il n'aurait pas résisté à une attaque de Gobelins à terre ! Sans vous, il était perdu... confia Link affichant une mine des plus rassurées. Il s'approcha de l'oiseau et le caressa délicatement.
- Oh, je vois parfaitement qui vous êtes ! Vos ancêtres ont croisé la route du Héros de la Légende d'Hylia et l'ont parfois guidé. Vous avez toujours été pour nous, une lumière dans les ténèbres, peuple Goron, remercia la princesse tout aussi solennelle et officielle que son hôte.
- J'ai peut-être un peu trop insisté sur le protocole, mais ne nous embarrassons pas avec celui-ci. Vous êtes ici chez vous, pour la durée qu'il vous plaira. Et bien sûr, ce n'était rien pour le Célestrier. L'eau de notre source thermale guérit tous les maux ! C'est grâce à elle que vous êtes déjà remis et que votre petit oiseau de compagnie n'en tire aucune séquelle ! vanta Venturo III en bombant le torse.
- Oh, c'est incroyable les vertus que possède votre source ! Je n'avais encore jamais entendu parler d'un pareil phénomène... s'émerveilla le chevalier le plus curieux du monde. Il alla plonger sa main dans un des bains et afficha un large sourire de béatitude totale. Cette source était remplie d'une eau agréable et rassurante, qui de sa chaleur, vous enveloppait de bonheur. Rien d'étonnant à ce que les Gorons soient tous d'excellente humeur !
- Il existe bien des miracles en Hyrule ! Notre source thermale en est probablement un ! loua le Goron non sans une once de modestie. Il ajouta soudain, troublé, oh ! Pardonnez donc mon impolitesse mais... je n'ai même pas pris le temps de vous demander vos noms ! Je ne sais même pas qui vous êtes... C'est tout moi ça, je me perds en explications et contemplations et j'oublie tout le reste...
- Ce n'est rien, Venturo, excusa la princesse souriante en ajoutant, je suis Zelda et le chevalier à mes côtés se nomme Link. Nous ne sommes pas venus ici couler des jours heureux et tranquilles. Nous sommes en mission pour le royaume.
- J'aurais pu me présenter moi-même, soupira Link à l'adresse de son amie toujours aussi spontanée et directe. Il n'allait certainement pas lui en vouloir pour si peu néanmoins.
- Tu n'aurais jamais précisé ta condition, tu n'aimes pas les honneurs ! J'ai bien agi, plaisanta-t-elle sournoise tandis que Venturo III demeurait abasourdi.
- La princesse elle-même et sa garde personnelle se déplace en nos terres ! La situation doit être grave ! s'horrifia le Goron en affichant une expression de stupeur des plus totales.
- Oh, non ! Ne vous inquiétez pas pour cela, nous enquêtons en réalité sur les Portes du Temps. Nous n'avions jamais pris peine d'utiliser celle qui demeure au Temple du Sceau. Mais nous savons désormais qu'une autre porte existe au sommet de ce volcan. Savez-vous quelque chose à son sujet ? questionna la jeune Hylienne souriante, calmant son interlocuteur. Il n'était vraiment pas nécessaire d'évoquer Ghirahim et ses projets de vengeance à un peuple qui n'en pâtirait certainement pas.
- Je comprends mieux... Vous m'avez vraiment fait peur ! J'ai bien cru qu'il était arrivé quelque chose au roi pour que sa fille se déplace en personne, souffla Venturo III soulagé, une main sur le coeur. Il reprit avec sérieux, nous savons effectivement de quoi vous parlez. Il existe un temple au sommet, la route est toute tracée et vous n'aurez probablement aucun souci à atteindre l'endroit. Nous aimions y aller autrefois pour chercher nos pierres de lave, elles étaient simplement délicieuses ! Mais depuis peu, un éboulement bloque l'entrée, et nous n'avons jamais pris peine de remédier à ce problème... Pour tout vous dire, nous sommes un peu superstitieux... et nous sommes persuadés que le temple est devenu inaccessible pour une bonne raison... raconta le chef du village songeur les yeux clos. Il semblait en pleine méditation.
- Mais enfin, nous ne pouvons pas renoncer à notre enquête simplement pour des doutes infondés ! Oseriez-vous nous interdire l'entrée et ce voyage ? demanda Link interloqué se rapprochant de son amie. Le Célestrier s'étala de tout son long, visiblement déçu de ne plus recevoir la moindre caresse.
- Non, non, bien sûr que non ! Il s'agissait juste d'une explication ! Nos croyances ne sont certainement pas là pour importuner les voyageurs ! Non, vraiment, je tenais simplement à vous faire part de cela, déblayer ne sera pas facile. Mais nous pouvons probablement vous venir en aide, un petit coup de pouce de Goron ! proposa Venturo III de bonne humeur, n'hésitant pas à afficher allègrement son expression.
- Que nous suggérez-vous alors ? interrogea Zelda les bras croisés dans le dos, se balançant nerveusement de droite à gauche. Sa robe voletant au gré du mouvement.
- J'ai remarqué que, Link, tu n'as pas la moindre bombe dans ton équipement. Tu n'as probablement jamais eu à t'en servir, où elles ont peut-être fini dans la poche d'un Gobelin passant par là avant notre arrivée... Quoiqu'il en soit, notre technicien en chef serait probablement ravi de vous offrir sa toute dernière invention ! se justifia le chef du village en présentant le Goron venant tout juste d'arriver, un sac rempli à ras bord sur l'épaule.
- Nos bombes sont d'excellentes qualités et vous permettraient de faire exploser avec facilité les rochers bloquant l'accès au temple ! En plus de cela, j'ai ajouté une nouvelle fonction toute récente ! Vous voyez ce bouton sur votre sac et sur la bombe ? montra le nouvel arrivant en désignant une bombe noire. Il ajouta, il vous suffit d'appuyer sur les deux en même temps pour qu'elle explose ! Ce qui vous donne un temps infini d'action ! Vous déclenchez la minuterie quand vous le désirez, ayant ainsi la possibilité de largement vous mettre à l'abri pendant ce temps ! Poursuivit le technicien n'hésitant pas à vanter les mérites de son oeuvre.
- Merci beaucoup Venturo, et à vous aussi pour nous confier votre travail, vous n'aurez pas à le regretter, promit Zelda en s'inclinant auprès du technicien en chef.
- Nous allons vous débarrasser de toutes ces roches qui bloquent l'entrée du temple ! Vous pourrez à nouveau y chercher quelques pierres de lave et vous en gaver comme bon vous semble, conclut le jeune chevalier, ravi, s'emparant de son cadeau. Venturo troisième du nom sourit et d'un signe de main, invita ses deux invités à le suivre jusqu'à une des sorties du village."

Le chemin fut tortueux mais court, Venturo les fit uniquement passer par les escaliers et autres galeries jusqu'à atterrir sur l'anneau le plus haut. De là, il ne fut pas bien dur d'apercevoir la sortie principale. Le chef du village sourit et expliqua "Vous n'aurez qu'à suivre ce chemin, il vous conduira au coeur de la montagne, directement jusqu'au temple ! Vous pouvez considérer que vous êtes déjà arrivés ! Bon courage à vous pour la suite de votre quête, et n'hésitez pas à venir vous reposer au sein de notre communauté, les Hyliens seront toujours les bienvenus ! Princesse, saluez le roi pour moi !" Link et Zelda répondirent vivement, avec beaucoup d'entrain et saluèrent longuement leur hôte. Venturo finit par retourner en bas, assurant qu'il prendrait soin du Célestrier tant que son maître ne l'appellerait pas à bien d'autres occupations. Un dernier remerciement, et le duo disparut le long du chemin sinueux du Volcan d'Ordinn.

Le voyage ne dura pas plus d'une petite demi-heure, la route était parfaitement bien balisée et il aurait été difficile de se perdre. Malgré tout, la Montagne de la Mort n'était pas des plus accueillantes, il fallut venir à bout de quelques Gobelins se tenant là en embuscade et de quelques araignées quasi semblables à des Skulltulas. Link n'en fit qu'une bouchée et Zelda n'eut guère le temps de se reprocher d'être un poids pour son ami. Ils arrivèrent bien vite, le long du chemin de pierres grossièrement taillées devant l'entrée du temple où avait eu lieu l'éboulement. La porte principale aurait pu être magnifique sans ces immondes gravats dont les Gorons notamment se seraient volontiers passés. Link demanda à Zelda de s'écarter et déposa une bombe noire du technicien du village en appuyant sur le bouton. Il la rejoignit un peu plus loin et appuya sur le bouton du sac, non sans une once d'excitation. La porte du temple explosa, le souffle destructeur emporta les débris au loin. La terre en trembla presque et la fumée épaisse mit une bonne minute à se dissiper. Les deux amis sortirent de leur cachette sans une égratignure et observèrent, comblés, combien l'oeuvre du Goron avait été efficace. La porte du temple n'existait plus vraiment, mais il était simple désormais d'apercevoir au-delà. Link s'approcha le premier, Zelda sur ses talons. L'endroit n'était pas d'une pure beauté en lui-même, il n'en restait pas moins fascinant. Un gigantesque couloir pourvu de quelques barrières donnant vue sur un magnifique lac de lave. Le long de ce trajet parfaitement droit, la Porte du Temps tant recherchée était visible. Inactivée, elle ne brillait pas et semblait totalement dépourvue de vie. On aurait pu croire à un vieux tas de ruines. Il n'était guère étonnant que personne n'y ait vraiment prêté attention. Les murs de la salle étaient couverts de lichens malgré la chaleur insupportable, une brume naissant du magma en fusion peu dense empêchait de discerner parfaitement chaque détail. Hormis cet aspect de ruine, la pièce semblait vaste et décorée de milles et une couleurs des plus joyeuses, ajoutant à cela quelques pierres précieuses aux tailles variables. La richesse des lieux montrait la grandeur d'une ère d'autrefois, achevée bien trop tôt. Les bâtisseurs avaient réalisé un magnifique travail. Sans la moindre peur, Link s'avançait en direction de la porte. Un tremblement de terre le surprit et se redressant sans souci, il se saisit de son épée, sur ses gardes. Zelda ne le rejoignit pas, lui criant "Attention ! Je crois qu'il y a un monstre ici ! Il est probablement responsable de l'éboulement devant le temple... Les superstitions des Gorons étaient fondées !" Elle s'horrifia, se tenant la tête, priant les déesses pour que son ami ne trébuche pas. Un bain de lave ne lui ferait guère de bien.

Un gigantesque serpent sortit de la lave quelques brefs instants avant d'y retourner, traversant élégamment le chemin de Link en faisant la roue, même si ce chemin vu sous cet angle, ressemblait plus à un pont de pierre. Le monstre semblait lui-même fait de magma, le toucher ne serait pas une tâche aisée. Les coups d'estoc seraient proscrits, le chevalier ne souhaitait pas faire fondre son arme, bien qu'il se doutait que l'épée de Ghirahim devait être incassable, ensorcelée. Le jeune Hylien rangea sa lame dans son fourreau, la main sur son sac de bombes, prêt à agir au moindre mouvement de son ennemi. Le serpent ressortit à nouveau de la lave, le liquide en feu recouvrant toujours son corps. Les deux adversaires se jaugèrent mutuellement. Link vit ainsi plus en détails le serpent. Une longue crinière de magma solidifié parcourait son corps de lave, cette partie semblait pouvoir s'enflammer au bon vouloir de la bête. Le monstre rugit, dévoilant une mâchoire bien pourvue de dizaines et dizaines de grosses dents affûtées. Deux yeux blancs lumineux trônaient au-dessus de narines en fente. Ici et là, des fils de lave semblaient jaillir, le long de l'animal. Il rugit de nouveau, et son cri ressembla à une voix au creux de l'esprit de Link. La voix déclamait à peu près ces mots "Je suis Yougan, serpent de lave, et nul n'est autorisé à fouler mon domaine. Peu m'importe la raison de votre visite, je vais vous faire regretter votre insolence !" Le jeune chevalier se mit à courir, évitant de justesse les crocs de la bête enragée. Elle n'avait rien d'amical et refusait tout geste pacifique, même simplement pour passer une porte. Link allait devoir tuer l'étrange créature. Il attendit que le monstre ressorte de son lac en feu pour un nouvel assaut afin de donner quelques coups d'épée, en vain. Le métal se déformait au contact du serpent pour ensuite se reformer normalement. Son arme, avec une telle chaleur, était inutile. Zelda poussa un cri au loin, prenant peur, elle ne distinguait que la vague forme du reptile à sang chaud, Link, à ses yeux, était introuvable. Le jeune chevalier s'écarta rapidement de son adversaire tentant de l'encercler à l'aide de son corps pour l'étouffer et le brûler. Quelques roulades lui permirent de rejoindre le bord du pont, du côté de l'autel et la Porte du Temps inactivée. Ne pouvant plus attaquer de sa lame, l'Hylien se décida à utiliser le cadeau des Gorons. Il activa une bombe et la fit exploser sur le serpent occupé à rugir, visiblement hors de lui, il n'aimait pas les repas qui se débattaient autant. Le souffle de l'explosion fut d'une telle violence qu'il eut pour conséquence de provoquer une légère cristallisation du corps du serpent. Il devenait roche à peine formée, encore en fusion, beaucoup moins chaude et s'effritant au moindre contact. Plongé en pleine confusion, ne pouvant s'enfuir dans le lac, Yougan cessa tout mouvement. Link s'approcha, épée à la main, souriant, lisant la terreur de son ennemi. Une attaque circulaire coupa le serpent en deux qui s'écroula. Se débattant dans un dernier sursaut de vie, le serpent tomba dans le lac de lave et n'en ressortit pas.

Link rangea son épée dans son fourreau une fois que celle-ci retrouva une température normale qui ne risquerait pas de lui brûler le dos. Zelda le rejoignit prudemment, la structure du pont se trouvant légèrement endommagée par les assauts répétés de Yougan. Elle le prit dans ses bras quelques instants et bondit, folle de joie, les bras levés. Link sourit face à un tel comportement.
"Tu es vraiment fort à l'épée ! Tu as vaincu cette horrible créature tout seul ! Alors qu'elle faisait au moins vingt fois ta taille ! exagéra Zelda subjuguée par une telle victoire.
- Tu en fais vraiment trop, ne vas pas me faire prendre la grosse tête ! plaisanta Link gêné par de tels compliments, une main derrière la tête, se frottant le crâne.
- Oui tu as raison, c'est sûr que c'est tout à fait ton genre ! Et après tout, nous aurions vraiment été mal sans les bombes du technicien en chef des Gorons ! fit remarquer la princesse n'hésitant pas à taquiner son ami. D'abord exagérer sa victoire pour ensuite la lui retirer, passant d'un extrême à l'autre.
- Non mais, je n'ai même pas le droit à un brin de mérite ! Tu es vraiment cruelle ! bouda le chevalier les bras croisés, osant une moue désapprobatrice. Il se calma bien vite, déclarant simplement, nous devrions activer la Porte du Temps. Nous avons été si loin pour ce vieux tas de ruine après tout.
- Oui, tu as raison, approchons nous, cela devrait suffire à éveiller la magie qui anime la porte, proposa la princesse s'avançant de quelques pas.
- Je vous suis, conclut Link sur le ton typique d'un chevalier servant, garde rapprochée de la famille royale. Il jouait son rôle à merveille malgré le fait qu'il s'agisse là d'une amie proche. Zelda sourit et haussa les épaules, prenant un air dépassé."

Les deux amis gravirent les marches de l'autel jusqu'à l'estrade caractéristique de chaque porte. Le vieux tas de ruines réagit à leur présence, sentant leur envie de traverser les âges, franchir les époques. La Porte du Temps s'activa, comme lorsque Ghirahim avait souhaité passer celle du Temple du Sceau. La pièce entière sembla faire écho à l'animation soudaine de la machine emplie de rouages. La lumière devint tamisée, quelques lucioles rouges et poussières se donnèrent pour mission de transmettre une douce lumière. L'ambiance se chargeait d'une essence mystique et divine. Comme si la porte elle-même était oeuvre des Déesses. Les engrenages s'activèrent et une vive lumière à la fois rouge et orange marqua les roues pleines de vie. La porte était désormais entièrement animée. "Il semblerait que nous ayons à préserver le futur désormais ! De Ghirahim où qui que ce soit d'autre, nous ne pouvons pas échouer ! Nous n'avons que des alliés. Si tu ne te dépêches pas, je vais partir seule !" plaisanta la princesse de son plus beau sourire. Elle s'élança la première dans la porte, devenant bien vite une forme vague aspirée par le noir et les ténèbres de la machine. Link ne se fit pas prier et courut à la suite de son amie, disparaissant à son tour. Si ses rêves continuaient de prendre forme, il devait tout faire pour les empêcher ! C'était le meilleur moyen de vaincre ses peurs. Il affronterait directement la source de son mal être, sans faillir !

La grande salle du Temple d'Ordinn retrouva son caractère austère, dépourvue de toute vie. On entendait seulement, au loin, le frottement des rouages effectuant leur dur labeur. La fissure du temps pouvait s'agrandir et le choc des époques débutait à peine. La Porte du Temps de la Montagne de la Mort tournait, sans fin, boucle infinie du cours du temps. Le temps figé d'une ère commença lentement à s'écouler. Futur et présent avançaient ensemble, sans jamais réellement se croiser.

Avancer le long des rouages, franchissant le cours du temps, était comparable à une longue chute. Un cri retentit, tandis que Link tentait de rattraper Zelda, main en avant, cette impression de tomber sans fin ne lui faisait pas peur, elle si. Une forte lumière aveugla les deux amis, les séparant l'instant d'après. "Link ! Link ! A l'aide ! Link !" s'écria la princesse au loin, elle disparaissait peu à peu de la vue de son ami empruntant un tout autre chemin. "Zelda, non ! Je te retrouverai, je te le promets ! Attends-moi, je cours à ta recherche ! J'y passerai ma vie entière s'il le faut !" rugit le jeune Hylien qui tendait désespérément le bras, rien à faire, elle avait complètement disparu. La lumière vint au bout du tunnel, les rouages disparaissaient peu à peu, le voyage de Link prenait fin. Si seulement il avait pensé à franchir la Porte du Temps en même temps que Zelda ! Quelques turbulences le dévièrent de sa trajectoire première à son tour. Le chevalier eut l'impression d'heurter durement le sol tête la première. Il s'évanouit, quelqu'un riait au loin, il en était certain. Tout devint noir et vide dans son esprit. Sa dernière pensée ne manqua pas d'être pour Zelda, seule, quelque part...

***

"Père, il ne se réveille toujours pas, j'ai peur qu'il ne lui soit arrivé quelque chose à la source..." Ses quelques paroles parvinrent aux oreilles de Link, bien mal en point. Sa tête lui faisait horriblement mal et son corps était soit engourdi, soit courbaturé. La Porte du Temps avait bien mal rempli sa mission et le voyage avait été plus que mouvementé. Mais le jeune Hylien ne voulut pas se plaindre de sa condition, peut-être que Zelda vivait encore pire ! Face à une telle pensée, Link ouvrit brutalement les yeux et se leva en se tenant la tête, ne pouvant réprimer un petit cri de douleur. La lumière était plus forte qu'il ne l'aurait imaginé, le soleil devait être à son Zénith. Une jeune fille portant une tunique en tissu blanche sans manches s'approcha du jeune homme. Link se rendit compte qu'il dormait dans un lit et qu'il n'avait absolument aucune idée d'où il pouvait se trouver. Il aurait largement préféré se retrouver à nouveau chez les Gorons en compagnie de son amie d'enfance, ce souvenir amer lui fit un pincement au coeur. Il préféra oublier cette pensée et se concentrer sur les lieux. Il se trouvait dans une maison en bois, décorée assez simplement. À côté du lit, une petite chaise où la jeune fille aux yeux verts et à la chevelure d'un beau blond cendré vint s'asseoir.
"Finalement, tu t'es décidé à ouvrir les yeux, commenta-t-elle en souriant, osant à peine regarder Link.
- Je... où suis-je exactement ? Je ne me rappelle de rien... souffla le chevalier confus continuant de balayer la pièce du regard.
- Tu te trouves au village de Toal, dans la forêt de Firone. Mon père, Bohdan, t'a trouvé inconscient à la source où nous venons puiser de l'eau pure pour soigner les bêtes. Je m'appelle Iria, j'ai veillé sur toi les quelques heures que tu as passé ici. Tu as eu un sommeil agité, mais je suis heureuse de te voir déjà remis, expliqua patiemment et gentiment la jeune fille d'une voix calme et posée, tournant la tête à sa droite pour admirer l'extérieur d'une fenêtre sans verre mais pourvue de volets non-clos.
- Alors un nouveau village a fait son apparition dans la forêt... je suis bel et bien dans le futur alors... marmonna le jeune Hylien d'une manière totalement inaudible, et, c'était probablement mieux ainsi. Il ajouta, une source ? J'ai simplement été trouvé dans une source ? demanda-t-il inquiet qu'Iria ne mentionne nullement la Porte du Temps qu'il avait franchie, n'était-elle pas au même endroit ?
- Hum oui... cette source est vraiment magique, elle appartient à un puissant esprit de lumière selon la légende. Qui se montre aux plus valeureux ! Il nous a visiblement amené quelqu'un qui vient de loin, sourit la jeune fille sans la moindre curiosité malsaine, elle semblait simplement très intéressée par Link et son statut de voyageur le rendait intriguant.
- Oui, je ne suis vraiment pas de la région et je n'ai aucune idée de comment diable j'ai pu arriver là. Vous auriez une carte à me donner, quelque chose qui me permette de me retrouver ? questionna poliment le chevalier confus de devoir ainsi abuser de la bonté de ses sauveurs.
- Oh, bien sûr ! Mais nos cartes ne sont pas ici, nous en avons quelques unes au Chat-pharnaüm, la seule échoppe de tout Toal ! souffla-t-elle en se levant d'un bond. Elle ajouta, si tu n'es pas trop fatigué, je peux t'y conduire ! Notre village n'est pas très bien grand, mais je suis sûre que tu vas t'y plaire ! Et entre nous, j'espère que tu n'as pas tenté de me vouvoyer, oublie immédiatement ! rit-elle amusée par tant de politesse et de tact.
- Je... je te suis alors, souffla Link dépassé par un comportement aussi léger et joyeux. Cette Iria ne le connaissait même pas mais n'en était visiblement pas gênée et encore moins craintive. Par certains côtés, elle lui rappelait Zelda, mais ce rapprochement d'une inconnue à son amie disparue lui fit trop de mal pour qu'il s'y attache."
Après avoir salué le père d'Iria le plus courtoisement possible, Link s'étonna de ne pas retrouver son équipement. La jeune fille lui rendit ses bottes et l'invita à se rendre à l'extérieur. Se chaussant en vitesse, l'Hylien la rejoignit sans oser lui poser la question. Il aurait tout le temps une fois la carte de ce nouveau monde acquise.

"Regarde, ne trouves-tu pas Toal magnifique ? Il fait si beau aujourd'hui en plus ! Tu nous as probablement apporté le soleil !" sourit Iria en contemplant le ciel, utilisant une de ses mains comme pare-soleil. Link osa avancer de quelques pas, lançant des coups d'oeil à tout va, pris d'une émotion vive. Ce village était effectivement assez petit, encore bien plus que le Village du Sceau, mais il dégageait une telle atmosphère de paix et de sérénité qu'on outrepassait bien vite ce léger détail. Toal se composait d'une dizaine de maisonnettes tout au plus. Bien loin d'être des palaces, la plupart ne contenait qu'une grande pièce, gigantesque salle à vivre. La nature était omniprésente, le lierre avait envahi la plupart des habitations faites de pierres rondes et de bois. Les toits en tuiles semblaient exister en multiples teintes se reflétant gracieusement au soleil. Tantôt bleu marine, tantôt fuchsia sombre. Quelques champs de potirons poussaient ici et là, un chemin principal fait en terre battue et en gravats semblait se diriger tout droit vers la sortie la plus proche, menant à la forêt de Firone. Un léger cours d'eau traversait le village qui s'agrémentait par conséquent de quelques ponts en bois pour les frileux qui ne souhaitaient pas se tremper. "Effectivement, cet endroit est magnifique..." confia Link le souffle coupé par tant de charme. Iria sourit, ravie et s'engagea sur le chemin de terre battue en déclarant "Le chat-Pharnaüm se trouve juste avant la sortie du village, de l'autre côté. Non loin de ma maison, ce n'est pas une seconde porte de sortie mais l'entrée vers la bergerie. Nous possédons bien des animaux tels que des poules, des chevaux ou encore des chèvres ! Entre nos élevages et nos cultures, nous avons de quoi amplement nous nourrir ! Nous vendons chaque année en automne le surplus de nos récoltes à la capitale ! La citadelle d'Hyrule !" expliqua la jeune fille ravie de servir de guide. Link écoutait, le plus assidu possible et fut heureux de constater que visiblement Hyrule était toujours un royaume prospère. Le jeune chevalier et son hôte arrivèrent bien vite au Chat-Pharnaüm, la maisonnette au toit fuchsia. Iria y rentra la première puis invita Link à la suivre, qui obéit, ne sachant guère quoi faire d'autre.

Quand Link pénétra dans le Chat-Pharnaüm, refermant délicatement la porte en bois derrière lui, Iria parlait à une dame affalée sur une table faisant office de comptoir. Elle semblait passer son temps à caresser son chat occupé à boire du lait. L'endroit était assez spacieux et malgré le bazar qu'il pouvait y régner, on s'y sentait étrangement en confiance. Des caisses étaient empilées ici et là et quelques étagères contenaient divers produits tous à vendre. Link vint aux côtés d'Iria qui papotait tranquillement avec la gérante.
"Oui, voilà, une carte d'Hyrule, c'est ça ! C'est pour le jeune homme qui est à côté de moi, c'est un vrai voyageur ! Mais... il ne sait pas vraiment où il se trouve, expliqua Iria qui semblait admirative, les yeux emplis d'étoiles, les mains jointes non loin du coeur. Link la regardait confus, cette jeune fille semblait un peu idéaliser sa condition, mais il ne pouvait certainement pas lui reprocher de vouloir lui venir en aide.
- Oh bien sûr, mes cartes sont faites sur un parchemin d'excellente facture ! Il m'en reste bien des exemplaires invendus puisque les aventuriers sont plutôt rares à Toal... mais je suis ravie de pouvoir enfin en vendre une ! Elles sont exportées de la capitale, de la qualité, je vous l'assure ! Pour seulement 40 rubis ! clama la vendeuse visiblement habituée à vanter les mérites de ses produits pour inciter à la vente. Elle disparut quelques instants dans l'arrière boutique à la recherche de la précieuse carte.
- Iria, je n'ai pas de quoi payer sur moi ! Je n'ai pas mon équipement... souffla le jeune Hylien qui ne désirait pas briser tous les espoirs de la gérante du magasin souhaitant écouler son stock de cartes.
- Je sais, ne t'inquiètes pas, 40 rubis, ce n'est vraiment rien ici, je vais te payer tout ça ! Négocia en fait vraiment trop quand elle voit un client, j'aurais du lui demander à part, et pas face à son comptoir... elle me l'aurait donnée gratuitement, mais ce n'est pas grave, soupira la jeune fille les bras croisés en prenant un air résigné. Elle ajouta en tendant l'argent à Link, tiens, fais mine que c'est toi qui paye, elle sera contente.
- Mais... Attend, ça ne se fait pas de te prendre des rubis comme ça ! Je me doute bien que c'est une certaine valeur malgré tout... Tu sais où est mon équipement ? Je pourrais te rembourser ainsi, chuchota Link à la fois gêné et contrarié qui en profitait ainsi pour se renseigner sur ses armes introuvables.
- Oui, oui, nous verrons ça plus tard, murmura la jeune fille restant dans le vague en ajoutant, chut, elle revient ! Contente-toi de payer !
- Voilà votre carte, regardez, elle est vraiment belle, non ? demanda Négocia en gloussant. Elle poussa légèrement la gamelle du chat et déplia le parchemin souple. Toutes sortes d'inscriptions venaient compléter le plan fait à l'encre noire.
- Merci beaucoup, je la prends, elle est parfaite, répondit Link qui tendit les 40 rubis à la gérante en jetant un bref regard de reproche à Iria qui fit mine de ne pas s'en apercevoir, insouciante.
- Vous ne le regretterez pas, jeune homme ! conclut la vendeuse très commerciale en ajoutant à l'adresse de son chat glouton, ah, qui va avoir le droit à du lait en plus ce soir ? Oui c'est toi ! Je vais t'en donner encore plus, sourit-elle en caressant son petit animal dans le cou. Il ne put s'empêcher de ronronner. Link sourit devant cette scène puis fut tiré par Iria jusqu'à l'extérieur sans pouvoir lutter. Il soupira mais se laissa faire."

Link et son hôte s'avancèrent jusqu'à la rivière et le jeune Hylien observa le cours d'eau, songeur. Il jetait parfois quelques coups d'oeil en direction de la sortie du village. La source devait probablement se trouver un peu plus loin. Il lui fallait absolument reprendre son équipement et s'y rendre à tout prix, bien qu'Iria ne semblait pas vraiment coopérative sur ce point là. Le coeur serré et n'osant pas sourire, le chevalier songeait à Zelda, espérant qu'il n'avait pas perdu trop de temps. Elle devait être elle aussi dans cet Hyrule prospère, mais où ? Il déplia sa carte, ne pouvant s'empêcher de penser à son amie et de s'imaginer le pire pour elle. Iria vit la mine soucieuse de Link et tenta d'attirer l'attention pour le sortir de ses sombres pensées. "Regarde, c'est vraiment grand ici, non ? Tu vois, nous sommes dans la forêt de Firone, qui comporte deux sources, elles sont indiquées sur la carte ! Mon père t'a trouvé à celle de Latouane, juste ici" montra-t-elle pointant du doigt la source en question. Link l'observa et rangea brusquement sa carte.
"Je dois absolument m'y rendre, il me faut mon équipement ! déclara-t-il sans la moindre amabilité, les bras croisés, insistant.
- Mais enfin, tu es vraiment pressé, toi ! Tu ne préfères pas attendre demain au moins ? Tu n'es pas bien ici ? questionna-t-elle en penchant légèrement la tête, scrutant attentivement la moindre expression de visage, même fugitive de Link.
- Je n'ai malheureusement pas le temps ! Oui, c'est très joli ici, mais je dois absolument m'y rendre ! répéta le chevalier contrarié par le comportement d'Iria. Il ne pouvait pas passer sa vie ici alors que Zelda était peut-être en danger ! Il avait juré de la retrouver !
- Je ne te dirai pas où se trouvent tes affaires, bouda la jeune fille en croisant les bras, baissant la tête. Elle ne préférait probablement pas affronter le regard de Link.
- Mais... mais... pourquoi ?!? Tu dois absolument me le dire, ne serait-ce que pour te rembourser ! fit remarquer le jeune Hylien surpris, il ne s'était certainement pas attendu à une telle réponse de la part d'une jeune fille qui s'était montrée bienveillante jusque là à son égard.
- Je m'en fiche de l'argent ! Je ne veux pas que tu me rembourses pour si peu ! Considère que c'est un cadeau ! répondit-elle sur le qui-vive, ne levant toujours pas la tête pour montrer son visage.
- Tu dois quand même me rendre mes affaires ! Je ne peux pas faire sans, maintint Link plus que têtu. Malheureusement pour lui, son interlocutrice l'était aussi.
- Je ne le ferai pas ! Ici, tu n'en as pas besoin ! Que veux-tu faire d'une épée dans un village aussi pacifique ? s'exaspéra-t-elle en plantant finalement son regard dans celui de Link qui fut effrayé par une telle détermination.
- Mais je ne peux pas rester ! Je n'ai pas le temps, je te l'ai dit ! s'obstina l'Hylien prêt à tout pour retrouver Zelda.
- Tu es vraiment trop bête, voilà que tu veux déjà partir, souffla-t-elle soudain beaucoup plus calme. Elle se retourna, contemplant la rivière plutôt que Link.
- Iria, je ne peux pas rester indéfiniment. Tu l'as dis toi-même, je suis un voyageur. Et j'ai bien des tâches qui m'attendent à l'extérieur de ce village. Des gens aussi, signala le jeune homme rêveur, les pensées tournées vers son amie. Il espérait de tout coeur qu'elle l'attende vraiment...
- ... la jeune fille s'assit sur un petit ponton en bois, laissant ses pieds dans l'eau. Elle déclara finalement, les yeux dans le vague, l'air triste, j'avais un ami, avant. Il vivait ici, enfin, un peu plus loin, à l'extérieur du village, juste à côté de la source...
- Iria, je ne vois pas le rapport... coupa Link s'impatientant de plus en plus.
- Il était exactement comme toi. Il était très gentil, il aidait toujours au village, surtout à la bergerie. Tout le monde l'adorait... conta-t-elle souriante en ajoutant, il s'est mis à porter une tunique verte, oui... il était vraiment comme toi.
- J'ai cet habit parce que là où j'habite, je suis chevalier... C'est en souvenir d'un héros, qui, il y a fort longtemps, terrassa le mal en Hyrule. Il a probablement dû accomplir de grandes choses pour obtenir ce vêtement, expliqua Link finalement décidé à écouter l'histoire de la jeune fille. Cet homme était peut-être lui aussi un héros, tout comme l'élu de la déesse Hylia. Il devait absolument en savoir plus.
- Oui... c'est peut-être ça, il n'a jamais voulu vraiment en parler... confia-t-elle songeuse, la voix brisée. Elle poursuivit son récit, mais... il ne tenait pas en place lui aussi. Il est parti, y a quelques temps de ça. Je ne l'ai jamais revu. Même pas un au revoir, rien. Je sais qu'il doit accomplir de grandes choses à l'heure qu'il est, comme tu le dis si bien. Mais il est parti malgré tout, alors qu'Hyrule me paraît relativement en paix. Tout va on ne peut mieux. Alors qu'il y a tout ici, il s'en est allé sans le moindre regard en arrière. Il a dit paraît-il à mon père qu'il reviendrait... mais je me demande si papa n'a pas juste dit ça pour me rassurer... souffla-t-elle les yeux humides continuant de remuer les pieds dans l'eau. Elle paraissait nerveuse, sur le point d'éclater en larmes. Elle ajouta, vous êtes vraiment tous des idiots à vouloir partir comme ça...
- Hum... en ce qui me concerne, je n'ai vraiment pas le choix, tu sais. Je suis persuadé qu'il en va de même pour lui. Et puis, ce n'est pas parce que je porte cette tunique que je suis lui. C'est lui que tu aimerais retenir comme ça, pas moi. Tu ne me connais même pas. S'il te plaît, une amie qui m'est chère est perdue, quelque part en Hyrule, il me faut mon équipement... reprit Link en s'abaissant, un genou à terre, à la hauteur d'Iria. Il était compatissant mais n'irait certainement pas jusqu'à renoncer.
- Je ne veux pas que tu partes ! Je m'en fiche si tu n'es pas lui, tu lui ressembles tellement ! Je suis sûre que ce n'est pas un hasard si mon père t'a amené à notre village ! hoqueta la jeune fille en laissant échapper quelques larmes. Elle se jeta dans les bras de Link pour pleurer de plus belle. Il n'y apposa aucune objection, ne sachant guère comment agir dans de telles conditions. Iria se serra fort contre le chevalier attendri.
- Hé, murmura-t-il à son oreille en souriant, j'ai entrepris quelque chose, alors je dois le finir. Moi, je ne suis pas un ingrat comme ton ami qui est parti comme un voleur. Je suis sûr qu'il reviendra, il t'aurait fait ses adieux sinon. Ne t'inquiète pas, ne perd pas espoir. Attend-le simplement. Ne me fais pas endosser un rôle que je ne pourrais pas tenir. Ne me fais pas devenir ce que je ne suis pas et laisse-moi être ce que je suis réellement. Lui, il a beaucoup de chance d'être aussi bien attendu. J'espère l'être tout autant. Merci pour ton accueil, mais je ne peux pas être ton ami. Ce ne serait pas être franc avec toi... fit-il remarquer avec sincérité, tentant d'expliquer doucement les choses.
- J'imagine que tu as raison... Je n'ai pas le droit de te retenir continuellement ici simplement en souvenir de quelqu'un qui... n'est même pas toi en plus. Je l'attendrai alors, éternellement, je ne baisserai pas les bras, comme toi ! Je ne peux pas croire qu'il me laisse tomber comme ça... Sache en tout cas que tu es le bienvenu ici. Si jamais tu as le moindre problème, tu peux revenir. Je prendrai soin de tout pour toi... souffla-t-elle en séchant timidement ses larmes à l'aide de son bras. Elle desserra légèrement son emprise sur Link.
- Je ne promets rien, dis-toi que si je ne reviens pas, c'est bon signe. Cela voudra dire que j'aurais retrouvé mon amie. Toi aussi ça finira bien par t'arriver, sourit le jeune homme aidant Iria à se relever. Elle semblait aller un peu mieux.
- Merci d'avoir pris le temps de m'écouter. Je crois que j'avais bien besoin de me confier. Mais, je ne vais pas te retenir ici plus longtemps alors, toute cette histoire m'a l'air très importante. Je suis désolée de ne pas avoir voulu te rendre ton équipement... s'excusa-t-elle en baissant les yeux au sol, confuse et honteuse. Elle finit par avouer, gênée, tes affaires sont chez Moï, le maître d'armes. Il était parti avec mon père à la source afin de veiller sur lui au cas où un monstre déciderait de faire son malin. Quand il a vu ton épée, il a été très intéressé, alors Bohdan lui a confié ce que tu portais... Je vais de ce pas chez lui, attend moi à la sortie, près de la maison... de mon ami... conclut-elle en s'éloignant sans oser écouter la réponse de Link, qui pourtant ne souhaitait que la remercier."

Le chevalier se dirigea à pas lents vers la sortie, compatissant pour Iria et peiné de ne toujours rien savoir concernant Zelda. Il franchit la sortie de Toal et s'arrêta devant la première maison qu'il vit. Il s'agissait d'une charmante maisonnette construite en cercle au large toit. Elle comportait visiblement un étage et se trouvait en haut d'une butte. Accessible depuis une échelle, elle avait été construite avec des matériaux semblables aux autres habitations de Toal. Link contempla quelques instants la bâtisse abandonnée, Iria vint bien vite à sa rencontre.
"Voilà, tout est là. Moï est vraiment impressionné par ton épée, je ne comprends pas bien pourquoi mais bon. Il m'a dit qu'elle était très équilibrée et qu'elle ressemblait beaucoup aux portraits qu'il a pu apercevoir de l'épée de légende. Je ne poserai pas de questions, qu'importe. Voilà donc ta sacoche. Le maître d'arme te conseille en revanche de t'équiper d'un bouclier ! C'est inconscient de voyager sans la moindre défense ! reprocha la jeune fille moralisatrice. Link s'empara vite de ses affaires sans oser la contredire.
- C'est vrai qu'un bouclier ne me ferait pas de mal, un chevalier en a toujours besoin après tout ! approuva le jeune homme en s'inclinant, solennel. Il se tourna par la suite en direction de la maison abandonnée et déclara, il vivait ici, n'est-ce pas ? C'est un très bel endroit en tout cas...
- Oui... c'est là. La source n'est vraiment pas loin, tu n'as qu'à continuer ton chemin, tu ne peux pas la rater ! Si tu voyages, tu ne veux pas un cheval ? Nous pouvons t'en prêter un, nous n'en manquons pas... souffla-t-elle en rougissant sans que Link ne sache trop pourquoi.
- Non, ça ira. C'est vraiment très gentil mais... je ne préfère pas, déclina l'Hylien n'osant pas avouer qu'il n'avait jamais monté à cheval puisqu'il préférait se contenter de son fidèle Célestrier.
- Bon très bien, je n'insisterai pas... Tu peux me donner ta carte quelques instants ? demanda-t-elle d'une voix douce et délicate. Link accéda sans problème à sa requête, ne comprenant pas vraiment ce qu'elle cherchait à faire. Iria retira l'élastique qui permettait au plan de demeurer enroulé et y mit à la place un bracelet de cuir assez simple et fin, orné de quelques perles de bois multicolores. Elle conclut, l'air un peu triste, comme ça, tu penseras à moi à chaque fois que tu voudras savoir où tu es. Je te souhaite de faire bon voyage !
- Merci, je n'oublierai pas Toal, ne t'inquiètes pas pour ça, salua Link en reprenant sa carte. Il s'éloigna en direction de la source de Latouane sous le regard attentif d'Iria, souhaitant paraître forte et pas le moins du monde peinée. Le jeune chevalier sourit une dernière fois et s'enfonça au coeur de la forêt."

Link n'eut effectivement pas beaucoup à marcher pour parvenir à la source. Une cinquantaine de mètres séparait la source de Toal. Le jeune chevalier s'y rendit, y trouvant un portail portant l'insigne du village, ouvert. Une petite plage sablonneuse entourait la source peu profonde. Au loin, l'eau cascadait sur des roches couvertes de mousses. La clairière était entourée d'arbres, dégageant une impression de sûreté. Le soleil haut dans le ciel faisait briller la surface de l'étang clair et limpide, d'un bleu très doux. On apercevait sans le moindre mal le fond de la source. Le jeune homme inspecta les lieux, se demanda comment il pourrait bien trouver l'esprit Latouane. Il avança jusqu'au milieu de la source, les pieds dans l'eau et appela. Il allait même jusqu'à l'implorer, cet esprit de lumière était sa seule piste ! Il lui permettrait peut-être de retrouver Zelda. De plus, il ne savait toujours pas pourquoi ils avaient été séparés et visiblement jetés loin de la Porte du Temps plutôt que d'en sortir sans le moindre problème, comme on traverserait un long couloir obscur. Ses appels ne restèrent pas bien longtemps sans nulle réponse. Le ciel prit subitement les teintes du crépuscule, les pierres d'où jaillissait l'eau s'illuminèrent, formant des symboles inconnus au jeune homme. L'eau se teinta elle-même de la lumière des roches, devenant un bien complexe dessin clair-obscur. La source entière prit les couleurs orangées du coucher du soleil. Une boule de lumière jaillit hors de l'eau, se répandant un peu partout dans la clairière, produisant un son strident, émettant des rayons blancs et purs. Link se cacha les yeux tandis qu'une vague forme se dessinait peu à peu. Une étrange chèvre faite de lumière apparut, semblant flotter dans les airs. Sans avoir nul besoin d'ouvrir la gueule, elle se mit à parler, le son se propagea dans toute la source, jusqu'aux oreilles de l'Hylien subjugué.
"Tu es le jeune homme que j'ai sauvé, je ne m'attendais pas à te revoir de sitôt. Tu sembles pressé pour m'appeler ainsi, peut-être aussi apeuré. Tu es seul, dans un monde que tu ne connais pas, salua la chèvre lumineuse effectuant des mouvements d'une grâce et d'une beauté incomparable, même pour un animal que l'on pourrait juger pour son physique ingrat.
- C'est exact, le temps m'est compté ! Je n'ai pas peur pour moi, mais pour mon amie ! Lorsque vous m'avez secouru, avez-vous aussi senti sa présence ? Elle a été détournée du flot de la Porte du Temps bien avant moi ! Et justement... cette porte... où est-elle ? Pourquoi suis-je si loin de tout ? questionna Link n'hésitant pas à tarauder son interlocuteur, bon nombre de questions lui brûlaient les lèvres depuis trop longtemps.
- J'ai senti une grande lumière franchir le portail des âges jusqu'à notre terre. Vous deux je suppose. Mais une présence maléfique s'est immiscée ! Elle vous a séparés, tentant ainsi d'éteindre la lumière, maintenant, qu'en deux fragments, elle brille bien moins fort ! Ta quête est noble tu dois retrouver cette jeune fille... Zelda, n'est-ce pas ? Vos noms sont déjà légendes pour moi, vous brillez tellement au coeur du mal. Les ténèbres vous ont bien vite repérés... expliqua Latouane fixant le ciel aux teintes de feu. Il ajouta afin de répondre plus amplement à Link, la Porte du Temps est loin, très loin. Là où le mal peut la repérer, tandis que moi, j'en suis incapable. Mais va, pars à la recherche de ton amie, je suis persuadé que le portail se montrera de lui-même en temps voulu.
- Des forces maléfiques vivent donc en cet Hyrule-ci ? interrogea Link qui pensait jusque là se trouver sur un territoire prospère.
- Oui, mais elles sont faibles. Le Héros de la Légende appartenant à cette ère les a repoussées. Je suis gardien de la lumière, et si j'existe encore, c'est grâce à cet homme, qui n'hésita pas à redonner vie à Hyrule, autrefois dévasté par les ténèbres du mal, conta l'animal céleste. Son ton se voulait des plus respectueux envers un Héros qu'il jugeait parfait, proche des dieux, les surpassant, là où ils avaient échoué.
- Il me faut à tout prix rencontrer cet Hylien alors ! Mais... je dois penser à Zelda avant toute chose. Avez-vous une piste à me conseiller ? demanda poliment le chevalier tentant d'y mettre les formes pour que Latouane accepte.
- Ton destin est mêlé au sien, tu finiras par le rencontrer, c'est certain. La jeune fille aux cheveux d'or est probablement sous la protection de Firone, un tout autre esprit de lumière régissant toute une partie des bois. Je ne suis qu'un simple observateur, mais la distance n'est pas bien longue. Si tu le souhaites, je peux aisément t'y téléporter de ce pas. Tu gagneras un temps précieux que tes recherches pourraient bien vite te faire perdre, qui sait, déclara l'esprit de la source d'un ton apaisant et rassurant. Il mettait vraiment en confiance, tout en imposant le respect.
- Je ne pourrai jamais assez vous remercier pour ce fier service que vous me rendez. Merci, Latouane. Je ne l'oublierai pas. Je suis près à partir, j'en ai fini de mes questions lancinantes. Je vous promets de retrouver Zelda au plus vite ! conclut Link en saluant l'esprit, n'hésitant pas à s'incliner chaleureusement. Le protecteur de la lumière sourit et enclencha le processus de téléportation."

En quelques instants, la vue de Link se troubla, la lumière devint aveuglante, d'un blanc encore jamais vu. Le chevalier songea aux derniers événements et pria pour que ses retrouvailles avec Zelda fassent parti de leurs destins entremêlés.

Link fut déposé en douceur au coeur de la forêt, où il s'autorisa à ouvrir les yeux après quelques secondes d'appréhension. La fulgurante lumière qui l'avait emporté n'était plus là, devant lui, une plage sablonneuse semblable à la précédente source. Une source malheureusement déserte... si Zelda avait passé quelques heures en ces lieux, elle n'y était plus, c'était certain. Le jeune chevalier s'approcha d'un pas hésitant, appelant Firone sans qu'aucune réponse ne lui parvienne. L'esprit ne souhaitait visiblement pas se manifester. Plus têtu que jamais, l'Hylien continua de héler le dieu de lumière. Un vague écho menaçant lui parvint finalement après maintes tentatives :
"Va-t-en étranger, et retourne d'où tu viens !"
La voix s'éteint aussitôt sans que nulle apparition ne vienne envahir la source. Link était outré. Il lui répondit, les bras croisés "Je cherche la jeune fille que vous avez récupéré, Zelda. Je suis envoyé par Latouane ! Vous ne pouvez pas me repousser aussi facilement !" Un temps relativement court s'écoula à nouveau, l'esprit semblait rassembler ses mots, ou bien hésiter. Chaque seconde devint minute pour Link qui aurait tant aimé partir au plus vite à la recherche de son amie d'enfance disparue.
"Ta place est déjà prise, abandonne et rentre chez toi ! Je n'ai rien à te dire, cette frêle lumière a trouvé son destin."
tonna la voix sévère ne désirant laisser nulle chance au jeune chevalier. Mais Link n'était pas vraiment du genre à se laisser faire pour des sujets aussi importants. Il répondit sur le qui-vive "Comment ça ma place est prise ? Dites-moi au moins par où mon amie est partie ! Vous ne me verrez plus ainsi, considérez ça comme une piètre récompense !" Son ton ironique se voulait assez cassant pour tenter de faire réagir l'esprit. C'était visiblement peine perdue, conservant son calme, il déclara
"Je n'ai rien à te cacher. Je ne suis pas comme Latouane, mais je sais que tu es un fragment de lumière toi aussi. Tu as été remplacé par le Héros de la Légende. Il est venu il y a plus tôt, et la jeune fille aux cheveux d'or est partie avec lui. Elle suit son destin."
commenta Firone fier de l'homme qui avait ramené la lumière sur ses terres. Link hocha la tête, il n'aimait pas vraiment le comportement de cet esprit, mais il était au moins sûr désormais que Zelda était en sécurité. Il devait maintenant savoir par où ils étaient partis, leur direction précise. "Et où allait-il exactement ? Vous ne me l'avez toujours pas dit !" fit remarquer le chevalier impatient de se mettre en route. Il aurait beaucoup aimé planter son regard dans celui de son interlocuteur, mais l'esprit restait terré dans sa source. Que c'était lâche. Firone finit par daigner lui répondre après un long silence "Je n'ai rien à te dire, ils n'ont que faire d'un chien les suivant partout !" Link s'exaspéra, marmonnant un juron devant le refus catégorique du dieu de lumière. N'abandonnant pas pour autant, l'Hylien reprit "Je dois aussi retrouver la Porte du Temps pour rentrer chez moi ! Je ne peux pas rester ici à jamais, j'ai une importante mission à remplir !" se lamenta le chevalier boudeur. La voix demeura muette pendant de longues minutes. Link commençait vraiment à perdre patience. Il l'aurait probablement fait si un événement n'était pas venu perturber ce dialogue de sourds à sens unique.

Un bruit de pas retentit. Il n'était pas particulièrement prononcé. Il aurait pu n'éveiller la curiosité de personne. Mais le silence de la source rendait le moindre bruit oppressant et mystérieux. Link se retourna de suite, observant attentivement les feuillages touffus des arbres. Il lui semblait apercevoir une silhouette au loin, une silhouette d'homme. Il lui ressemblait étrangement... il portait une tunique. L'inconnu le fixait au loin, il en était certain. Il fit un pas, tendant une main vers lui "Êtes-vous le Héros de ce monde ? C'est vous, n'est-ce pas ? Attendez !" s'écria Link paniqué à l'idée que l'homme puisse s'enfuir. Il le vit rire au loin et lui faire un signe de main. Le jeune chevalier continua d'hurler sa question sans fin sans que l'inconnu ne daigne répondre. Tandis que Link s'approchait, l'homme s'éloignait, vif et rapide. À une distance raisonnable néanmoins. Il ne fuyait pas ! Il lui proposait de le suivre ! Si cet homme était bien le Héros de la légende de cet Hyrule du futur, il pourrait le renseigner sur Zelda ! Et peut-être même sur la Porte du Temps ! Au loin, l'inconnu à la silhouette noire continuait de rire, se mouvant avec aisance. La course poursuite allait être longue...

"Suis moi, par-delà l'allée rocheuse, continuons dans la grotte, il y fait noir, observe bien mes mouvements, où tu pourrais t'y perdre..."

La voix chantait, résonnant dans le crâne de Link, qui courrait, sans fin. Il ne prenait même pas peine d'observer le paysage, la forêt était probablement magnifique, mais il ne pouvait pas se risquer à perdre le Héros de la légende ! Le jeune Hylien traversa un petit tunnel déboulant sur un vieux portail en bois ouvert, où, ici et là, poussaient des hautes herbes. Pour le moment, la route était toute tracée, il ne pouvait se perdre. Son guide ne ralentit pas un seul instant et pénétra dans la sombre caverne par-delà le portail. Link le suivit, ne ressentant pas la moindre trace de fatigue. Il était bien trop obnubilé par l'illustre inconnu qu'il suivait. Une aura émanait de cet homme, il n'aurait guère su dire quoi. Mais il était intriguant, mystérieux. On gagnait à le rencontrer. Link s'enfonça dans la grotte tandis qu'il imaginait la fin du voyage, à pouvoir enfin lui parler. La caverne était sinueuse et très humide. Il y faisait très sombre, le sol était fait de gravats, d'herbes et un peu de terre sablonneuse. Seul les mauvaises plantes poussaient ici, si loin de la lumière. La distance avec le Héros se fit moins grande. Au fur et à mesure qu'il avançait, des lanternes s'allumaient d'elles-mêmes, permettant d'éclairer les environs d'une faible lumière blafarde. Link se demandait si son inconnu était magicien. Quelques chauves-souris voletaient parfois le long des parois de la caverne, la lumière les rendait grincheuses. Elles étaient fort heureusement inoffensives. Des stalactites pendaient au plafond, laissant tomber quelques froides gouttes sur le sol. Le bruit n'avait vraiment rien de rassurant, mais il fallait suivre l'homme, c'était là le plus important. Après un trajet en coude, Le jeune chevalier parvint à une intersection où des toiles d'araignées recouvraient les deux issues. Le Héros prit le chemin de droite, semblant passer au travers des toiles, et Link le suivit sans hésiter un seul instant. Il fut légèrement ralenti Mais apercevant la fin du parcours, il se mit à courir comme un fou, haletant bruyamment. L'inconnu sourit et poursuivit son chemin, imperturbable.

"Les marais sont traîtres dans ce monde, suis-moi, je dissiperai les vapeurs toxiques, sois assez près sinon tu sombreras dans l'inconscience, à la portée de n'importe quel monstre..."

L'inconnu le mettait en garde... tandis que Link s'étonnait du brouillard perpétuel sur l'endroit. Il devenait difficile de suivre son guide, mais ce n'était pas le moment de flancher. Le Héros ne l'attendrait pas, il le mettait probablement à l'épreuve. Le chevalier parvint à un vieux ponton en bois, au loin, il apercevait les vapeurs toxiques dont avait parlé la sombre silhouette. Link n'apercevait plus son guide, mais distinguait les lieux non atteints par le poison un peu plus bas. Sautant du ponton, il suivit le chemin tout tracé. Diverses épaves en bois jonchaient le sol, il fallait redoubler de prudence. Ne pas être ralenti et discerner le bon chemin, sinon, c'était la mort assurée. Link, l'esprit embrumé et commençant à montrer des traces de fatigues, suivit son guide sans vraiment s'assurer du chemin. Il agissait sans réflexion, tel un corps sans vie guidé par l'instinct. Lorsqu'il aperçut un nouveau ponton en bois sur une butte loin des vapeurs toxiques du marais, il s'y précipita. Une erreur qu'il n'aurait pas du commettre, le chemin n'avait pas encore été dégagé. Se rendant compte de sa témérité, le chevalier tenta de retenir sa respiration tant bien que mal. Il pouvait compter les mètres qui le séparait de la sortie, 10. Il les comptait dans sa tête tout en tentant de ne pas inspirer longuement, ce qu'il aurait tant désiré. Les cinq premiers mètres furent les plus faciles, après, le jeune Hylien sentit son coeur s'engourdir peu à peu. Le phénomène était probablement magique et influençait aussi l'esprit, il ne devait pas céder et continuer son chemin. Le huitième mètre fut le plus traître. Se prenant le pied dans une racine, Link s'écroula, s'étalant au pied de la butte. Il poussa un cri et eut le réflexe d'inspirer à la suite de son étonnement. Ses yeux se fermèrent et son corps cessa de répondre. Il sombra dans une lente paralysie.

"Tu es pressé, et le temps est compté, j'en ai conscience. Mais tu aurais du me laisser faire. Viens, je ne souhaite pas ta mort !"

Une main fantomatique se saisit de celle de Link, le hissant en haut de la butte. Le contact semblait inexistant, et pourtant l'homme le tirait, d'une force parfaitement contrôlée. Link toussa et reprit vie, se relevant en tremblant. Ses muscles allaient déjà mieux. Il était beaucoup moins fatigué, l'aura néfaste du marais se trouvant loin derrière lui. Il aurait aimé remercier son sauveur mais celui-ci avait déjà repris la route. Link reprit sa course, quelque peu ralenti sur les premières foulées. Son guide en avait conscience, il s'adaptait. Ils traversèrent quelques clairières jusqu'à parvenir à un gouffre.

"Observe mes gestes et reproduis-les. Saute comme je saute, le vent t'aidera et constituera ton seul allié. Fait preuve de courage, imite moi et n'aie pas peur où tu tomberas au fond de ce gouffre, sans le moindre retour possible. L'endroit où nous nous rendons est sous haute protection, quelques pièges pourraient jalonner notre route. Suis-moi !"

La voix incitait à la prudence tandis que le soleil déclinait lentement, dans quelques heures, le crépuscule viendrait. L'inconnu vêtu de noir marcha lentement jusqu'à un vieux tronc d'arbre pourri. De là, il se recula et s'élança dans les airs, il semblait flotter avec grâce, réalisant une roulade en l'air pour planer plus longtemps. Il atterrit sur ses jambes et invita Link à faire le même saut. Le jeune chevalier n'avait pas beaucoup de tendances suicidaires mais accepta malgré tout. Il prit de l'élan et reproduisit sans la moindre peur le saut de son guide. Il avait confiance en lui, il ne le trompait pas, le vent lui permettait de planer. Il n'avait rien inventé. Il atterrit sur un tronc d'arbre, ne préférant pas se demander comment celui-ci avait bien pu pousser. Il distingua le Héros réaliser le même saut au loin, encore et encore. Allant de branches en branches, de parois en parois, traversant le gouffre avec aisance. Link l'imita du mieux que possible et arriva sans grand problème apparent au même point que son guide. Ils se trouvaient désormais face à un vieux pont en bois. Ils le traversèrent et le Héros lui fit mine de s'arrêter à la moitié. Ils attendirent dans le silence, sans que le jeune chevalier ne comprenne les gestes de l'inconnu. Un souffle de vent envahit les lieux et le pont se mit à tourner lentement jusqu'à former le lien avec une avancée rocheuse. Le duo s'y rendit immédiatement, sans attendre que le pont ne se décide à reprendre sa position originelle. Face à eux, se balançaient deux vieux troncs d'arbres reliés à une liane. Il s'agissait probablement des pièges dont avait parlé le guide. L'inconnu bondit, d'une telle force et vitesse que Link le perdit de vue. Quand il le retrouva, balayant la scène du regard. Les deux troncs avaient cessé de se balancer, et le chemin était tout tracé. Ils arrivèrent face à une allée rocheuse et le Héros en noir déclara :

"Nos chemins se séparent ici. Tu es à l'entrée des bois perdus, tâche de retrouver ta route et nos destins s'entremêleront à nouveau. Tu es sur la bonne voix pour retrouver ton amie."

Link aurait aimé lui parler encore, mais l'homme avait déjà disparu en un battement de cil. Le jeune chevalier s'engouffra dans les bois perdus sans un mot, le plus prudemment possible. Il ne devait pas se soucier de ces douleurs dans les jambes et le dos. Si seulement il n'avait pas respiré de ce maudit gaz toxique !

Subjugué par la beauté de la nature, Link avança lentement, contemplant les alentours. Il se trouvait dans une petite clairière. Au sol, mousses et feuilles vertes couvraient et parsemaient le sol terreux. Quelques grands arbres recouvraient le tout, imposants et sages. La lumière était ainsi filtrée par le feuillage, émettant de doux rayons qu'il était possible de distinguer en s'y attardant. Un bruit l'attira. Une mélodie était jouée par un instrument grossier, déformant les notes mais les portant loin. Un étrange petit être que Link n'avait encore jamais vu jouait en sautillant, dos à une sortie menant à une autre clairière. Lorsqu'il vit l'Hylien, l'étrange créature stoppa immédiatement la musique. Il était habillé étrangement, portant un chapeau pointu et des vêtements oranges rappelant les feuilles de la forêt. Son corps était fait de bois. Il ressemblait à une petite poupée.
"Tu veux aller au sanctuaire de la forêt ? N'est-ce pas ? Un homme vient tout juste de passer, refusant mes services. Il s'y rendait, pauvre fou, il va se perdre, tout seul ! s'exclama la poupée de bois en sautillant. Elle semblait heureuse d'un tel sort funeste.
- Tes services ? Mais qui es-tu donc ? Tu parles l'hylien qui plus est ! Tu es vraiment intriguant, répondit Link n'osant pas bouger, se contentant d'observer l'inconnu, bien heureux qu'il ait entamé la conversation.
- Je vis ici depuis toujours. A l'origine, j'étais un enfant, j'allais fièrement dans cette forêt. Mais un jour, je me suis perdu, et ces bois sont ensorcelés ! La forêt transforme tes angoisses, elle s'en fait reine et change les apparences ! J'ai commencé à avoir peur, seul, la nuit. Et mon corps s'est changé. Je suis devenu un Skull Kid. La solitude ne m'a pas aidé, mais je me propose de guider les passants qui viennent ici depuis à trouver leur chemin dans les bois perdus. Afin qu'ils ne connaissent pas mon triste sort, expliqua le petit pantin les yeux dans le vague. Il semblait d'une période très lointaine, esseulé depuis bien longtemps... mais prenait son rôle très au sérieux.
- Tu pourrais me conduire jusqu'au sanctuaire de la forêt ? Je dois rejoindre l'homme qui est parti seul, quémanda Link prêt à supplier l'enfant perdu s'il ne désirait pas lui prodiguer de conseils.
- Bien sûr ! Ce n'est pas difficile ! Il existe un chemin très rapide ! Et un autre beaucoup plus long, qui ravirait les yeux des passants tant la nature est belle ! accepta le Skull Kid en vantant les lieux. Link ne doutait pas de la beauté des bois perdus.
- Serait-il possible d'emprunter l'itinéraire le plus court ? Je suis pressé, je dois absolument rejoindre l'homme au plus vite, celui qui a refusé tes services ! précisa Link un peu paniqué. Il ne voulait pas perdre son temps. Mais il ne voulait pas non plus se perdre tout court...
- Je refuse catégoriquement ! Si tu acceptes ma proposition, tu dois me suivre ! Je passe toujours par le plus long chemin ! Il est bien plus beau ! Tous les hommes qui viennent ici courent après le temps et ne reviennent jamais par la suite. Aucun n'est là pour admirer la flore locale ! C'est un véritable gâchis ! Je refuse que nous empruntions l'itinéraire le plus court ! C'est d'une facilité affligeante, je n'aime pas ce qui est simple. Je préfère jouer, s'énerva le petit pantin furibond. Link n'osa pas insister devant une telle colère enfantine.
- Beaucoup de monde vient te rendre visite alors ? interrogea le chevalier intrigué. Les lieux semblaient loin de tout, il fallait une grande détermination pour s'y rendre.
- Non je le reconnais, j'exagère les faits. Mais aujourd'hui beaucoup de monde est venu. Toi, l'homme en noir et un excentrique qui était accompagné d'une bien jolie jeune fille. Je les ai guidés jusqu'au sanctuaire, il disait vouloir s'emparer de l'épée de légende... avoua le Skull Kid en reprenant son instrument pour en jouer quelques notes.
- Je vois... alors partons dès maintenant, je suis prêt à te suivre ! conclut Link perdu dans ses pensées. Zelda était toujours avec le Héros de ce monde, l'homme qui l'avait guidé n'avait donc strictement rien à voir avec le duo. Il le reverrait au sanctuaire après tout, il aurait tout le temps de lui poser des questions.
- Maints chemins s'offriront à toi, suis le son de mon instrument pour ne pas te perdre ! Je te montrerai la voie, tout en musique !"
L'enfant perdu sautilla sur place et commença à jouer un air mélancolique et redondant. A l'aide de quelques bonds, il se déplaça en direction de la seule entrée possible dans la forêt. Link le suivit sans le moindre problème. Ils arrivèrent à une clairière emplie d'une eau pure et limpide, le reflet du soleil lui conférant de magnifiques reflets or. Le Skull Kid ne franchit pas l'eau et poursuivit sa route. Elle était pour le moment toute indiquée, Link ne peinait pas à se repérer. Ils arrivèrent à nouveau face à un cours d'eau ou le chemin bifurquait en deux. Le chevalier s'arrêta un instant. Son guide avait pris de l'avance, il ne savait plus du tout où celui-ci se trouvait ! Ne préférant pas céder à la panique, Link tendit l'oreille et tenta de discerner d'où pouvait provenir le son de l'instrument du Skull Kid. Après un long soupir soulagé, il se rendit compte qu'il n'avait simplement qu'à continuer tout droit, le musicien l'attendait à l'orée d'une nouvelle clairière. Il reprit ses sauts lorsqu'il vit Link revenir. Il clama "On est bientôt arrivés ! N'aie pas peur !" Portant ses lèvres à son instrument, l'air se fit plus doux et joyeux. Ils prirent un nouveau chemin plus que précaire. Link se retrouva à escalader un arbre pour pouvoir poursuivre son voyage. La mélodie continuait sans interruption. Le Skull Kid bondit d'une branche de l'arbre, imité par Link qui retomba sur les fesses et grinça des dents, sa douleur au dos s'étant immédiatement amplifiée. Mais le jeune Hylien aperçut une arcade en pierre et son coeur fit un bond. Son guide n'avait pas menti ! Leur voyage n'avait pas duré plus de trente minutes. Franchissant la voûte, Link fut conduit à une nouvelle arche en piteux état. Le pantin de bois sautilla sur place, fou de joie "Regarde en bas ! Notre coopération s'achève !" Le chevalier obéit et découvrit une clairière, ruine d'un ancien temple probablement magnifique autrefois. Link sourit, se demandant si ce lieu aurait pu être l'ancien Temple du Sceau. Il ne put guère y penser bien longtemps, le Skull Kid lui fit un clin d'oeil et lui donna une tape dans le dos d'une incroyable force pour un enfant. Déstabilisé, Link tomba dans la clairière en contrebas, poussant un cri de surprise. Il se releva en maudissant le manque de communication certain, et constatant que la poupée de bois était déjà partie, il poursuivit sa route.

Link s'arrêta subjugué par tant de grandeur. Il imaginait aisément ce qu'avait pu être ce temple autrefois, nul doute que sa beauté avait été légendaire. Poussant négligemment du pied quelques feuilles, le chevalier découvrit le symbole de la Triforce, toujours aussi doré. Face à lui, deux imposantes statues en pierre se tenaient bien droite, un sceptre en main. Leur forme assez arrondie intrigua quelques instants Link qui s'autorisa finalement à poursuivre sa route. Il jeta un rapide coup d'oeil et constatant l'escalier en ruine, il ne regretta pas de ne pas explorer les lieux, il ne pouvait tout simplement pas ! Gravissant des marches envahies par la mousse, Link retint un soupir d'extase. Le socle de pierre, semblable à celui au Village du Sceau ! Il était toujours là, dans un lieu certes recouvert de mousse, mais peu lui importait. Malheureusement, nulle épée n'y résidait. Le Héros et Zelda semblaient déjà avoir quitté les lieux depuis quelques temps. Il jura, convaincu que le Skull Kid lui avait probablement fait faire un bien trop grand détour puis finit par se raviser. Cette pauvre âme n'y était sans doute pas pour grand-chose. Link préféra observer les lieux avec émotion, songeant que son amie n'était pas loin. Il en était certain, il pouvait presque sentir son odeur. Les derniers rayons crépusculaires du soleil vinrent flatter son visage. Il s'assit à même le sol, observant le piédestal sans oser toucher et attendit. Un écho finit par retentir au loin.

"Tu n'es pas au bon endroit, il reste un espoir."

Le coeur de Link fit un bon, surpris de cette visite. Il l'attendait mais il ne pensait pourtant pas le retrouver, là, comme ça, dans cette gigantesque forêt. Son guide, l'ayant soutenu sans la moindre raison apparente. L'aidant à franchir la forêt de Firone, et le sauvant des marais. Le jeune homme s'étonna de ne pas réussir à se souvenir précisément de l'apparence de l'inconnu. Il se tenait devant lui, en pleine lumière orangée, et pourtant, il demeurait flou dans sa conscience. Se demandant s'il ne s'agissait pas là de magie ou de fatigue, il entreprit d'observer chaque détail pour mieux se souvenir de lui. Il portait une tunique, une tunique noire et un bonnet de la même couleur. Ses bottes marrons et sa cotte de maille montraient qu'il appartenait probablement à l'ordre des chevaliers, où alors qu'il imitait simplement le Héros de la légende de cet univers futur. Ses cheveux étaient blonds cendrés, quelques reflets d'argents venaient s'y ajouter lui prodiguant une teinte grise. Il portait une épée dans son dos, il était donc aussi épéiste. Le plus flagrant demeurait sa peau et son visage. La couleur était cendrée, très terne. Il aurait put se rouler des heures durant dans le charbon pour avoir une couleur aussi surprenante, mais c'était sa teinte naturelle. Ses yeux était bleus, et son expression sincère. Il ne semblait vraiment pas vouloir de mal à Link, qui reprenant ses esprits, l'interrogea "Un espoir ? Zelda est peut-être encore là ?" Son interlocuteur hocha les yeux et lui tandis une main, de l'autre il désigna l'escalier en ruine,

"J'espère que tu as encore la force de le gravir ! Viens !"

Le jeune chevalier ne dit mot et suivit son guide docilement, ignorant ses courbatures encore douloureuses.

Parvenus au sommet, l'inconnu vêtu de noir se posta devant une large porte en pierre.

"L'épée n'était pas dans le socle que tu as vu, elle a été enlevée dans le passé. Mais elle était encore là il y quelques heures. Comprends-tu ce que je dis ? Cela signifie qu'ils ont ôté l'épée dans le passé ! Ton amie et le Héros ont profité d'un champ de force qui permet de révéler la splendeur d'antan de ce temple. Aide-moi à ouvrir cette porte, tu comprendras bien mieux ce que je raconte..."

Link accepta et tira la lourde porte en pierre sans nulle aide de son guide. Un halo de lumière blanche éclaira les environs. Ce n'était plus le temple en ruine ! Il apercevait nettement un bâtiment bien plus beau, en marbre blanc au loin, au toit et vitraux intacts ! L'homme à la peau cendrée sourit, un brin provocateur et franchit la porte, disparaissant comme happé par le passé. Link se hâta de le rejoindre, ses jambes acceptant de courir.

"Je les vois, là-bas ! Cours ! Arrête-les ! Ils veulent se téléporter !"

tonna le guide de Link en désignant une arche entièrement conservée, la même que celle du futur. Le jeune chevalier descendit les marches rutilantes, traversa le carrelage aux motifs divers provenant des majestueux vitraux, passant même par-delà le symbole de la Triforce et les deux statues de pierres. Il gravit les marches tandis qu'une vive lumière commençait à apparaître plus loin. "Zelda !" hurla Link freinant sa course effrénée lorsqu'il arriva face au piédestal de nouveau sans épée. Son guide n'avait pas mentit, ils étaient bien là, un homme à la carrure imposante et son amie toujours aussi souriante, en valeur dans ses vêtements de voyage. Le jeune Hylien en avait les larmes aux yeux, il aurait aimé pousser un soupir de soulagement, un cri, mais rien ne sortit de sa bouche. Ses lèvres se crispèrent et sa voix se brisa. La lumière avalait son amie et le Héros, devenant particules et disparaissant. Ils avaient déjà entamés la téléportation ! Zelda se retourna immédiatement, tendant une main vers Link, elle déclara aussi longtemps qu'elle put "Ne t'inquiètes pas pour moi ! Link, nous allons au désert ! La Porte du Temps s'y trouve par la suite ! Rejoins-nous là-bas, tout se passera bien ! Je suis en sécurité. Link, pardonne-moi cette séparation... Tu me man..." commença-t-elle se perdant dans les explications. Le jeune homme tenta d'attraper la main de son amie, souhaitant lui aussi profiter de la téléportation. Il ne voulait plus la quitter ! Il avait juré de la protéger ! Il avait juré de la retrouver ! Ce n'était pas à un Héros lambda de prendre soin d'elle ! Sa main se referma sur celle de son amie. Du moins aurait-il aimé, lorsqu'il s'en saisit, elle était devenue transparente; se décomposant peu à peu pour se reformer en un tout autre lieu. Zelda et son allié disparurent, Link s'écroula sur le sol, continuité de son geste. Il avait échoué, il n'avait pas réussi à les retenir. Il retint ses larmes lorsqu'il se rendit compte que l'inconnu qui l'avait tant aidé se trouvait juste derrière lui, à la sortie de la voûte en marbre.
"Tu n'as pas l'air bien fin comme ça, tu sais, fit remarquer l'homme en souriant, les bras croisés, appuyé contre le mur. Une once de moquerie passa furtivement dans son regard.
- J'ai échoué... elle est partie... J'aurais aimé la retenir... J'avais juré de la retrouver... mais c'est trop tard... souffla Link complètement démoralisé, se relevant, à quatre pattes, tapant du poing contre le sol. Son interlocuteur haussa les épaules, complètement dépassé.
- Elle t'a donné rendez-vous au désert, pourquoi te morfondre alors qu'elle n'a visiblement pas oublié ta promesse ? Si tu dois la retrouver, vas-y ! Et puis entre-nous, ils y a des filles bien plus jolies, ricana l'homme en levant les yeux au ciel. Link ne voulut pas savoir à quoi il pensait.
- Par... pardon ? Tu me proposes de l'abandonner maintenant ! Et je ne recherche pas de fille, que racontes-tu ??? rugit le chevalier hors de lui et surtout gêné. Link se retourna immédiatement, relevant un genou et une main pour pester contre l'inconnu.
- Quoi, tu n'avais pas des vues sur elle ? Ah... je croyais... j'ai pourtant l'impression que j'ai heurté un point sensible... sourit l'homme en fixant Link bouillonnant de colère et rouge de honte.
- Tu racontes n'importe quoi ! C'est une princesse, je suis censée l'escorter ! Ce n'est pas du tout ce que tu crois ! Qui es-tu pour me dire pareilles âneries ! Mêle-toi de ce qui te regarde ! Je préférais quand tu prenais tes distances, à simplement me prodiguer des conseils ! rugit Link en menaçant son guide d'un doigt rageur. L'intéressé fronça les sourcils.
- En attendant, aussi agaçant que je puisse être, j'ai réussi à te bousculer un peu. Tu serais resté à te morfondre toute la soirée si je n'étais pas intervenu, allons au désert ! Tu es bien mieux quand tu fais preuve de courage que de lâcheté, à te lamenter comme un enfant ! reprocha sagement l'homme sans la moindre méchanceté. Il ajouta mystérieusement, je suis ce que je suis. Ombre parmi les ombres, je n'ai d'autres noms que les ténèbres dont je suis issu. Sans origine, j'aurais probablement mieux fait de ne jamais exister. Mais qu'importe désormais...
- Je... je vois... je comprends, tu as raison, je dois retrouver Zelda, elle n'approuverait pas mon comportement. En réalité, elle agirait exactement comme toi je crois... souffla Link en levant les yeux en direction de son interlocuteur, le dévisageant d'un oeil neuf. Son allié devenait de plus en plus intriguant, tout en lui rappelant vaguement quelque chose.
- Allez viens, tu vois quand tu veux, sourit l'ombre en tendant une main à Link qui l'accepta gentiment. Son guide l'aida à se relever et ils sortirent du temple. Laissant le passé en ruine, ils avaient l'avenir à construire désormais. Et un désert à trouver."

Link et son guide retrouvèrent leur temps et se dirigèrent vers la sortie des bois perdus. Ils n'avaient plus rien à faire ici désormais, Zelda était partie. Quelque chose fit lentement ralentir Link et accélérer les battements de son coeur. Un détail lui revenait peu à peu en tête, comme un éclair de lucidité. Ses yeux devinrent vides, il n'avançait plus du tout. Son allié se retourna et le regarda, sans la moindre pitié, comme s'il savait déjà ce qui allait se dérouler sous ses yeux. Les événements s'assemblaient dans la tête de l'Hylien. La forêt. Le Héros. Le désert. La Tour. Le Miroir. Oui, le Héros... le Héros... et sa mort. Link prit sa tête entre ses mains, une douleur intense lui vrillant le crâne. C'était encore comme dans son rêve ! S'il n'agissait pas à temps, il allait mourir ! Il était condamné. Son coeur continua de s'accélérer. La peur envahit peu à peu son esprit. Il était terrifié à l'idée que l'histoire se répète. Une mort qui pourrait mettre en danger Zelda ! Et si jamais il n'arrivait pas à temps ? Link se souvint, la peur au ventre, des paroles de l'enfant perdu, "La forêt transforme tes angoisses, elle s'en fait reine et change les apparences !" Le jeune homme aurait beaucoup aimé oublier ses paroles, mais il était trop tard. Il hurla de douleur, tombant à terre, se débattant en vain. Il ne pouvait plus lutter. Tandis que la lune dévoilait ses pâles rayons parmi les feuillages d'été, l'homme devint loup, hurlant à la mort. Privé de langage, incompris de tous, le charme prenait forme. La forêt l'avait maudit, Link était perdu. Cette nouvelle forme ne fit que renforcer ses peurs dévorantes. Qu'allait-il devenir. L'ombre lui servant de guide s'approcha, le regardant d'un air légèrement méprisant, souriant presque.

"Voilà désormais ce que tes craintes ont fait de toi. Elles te révèlent au grand jour et t'emprisonne, là où je t'ai toujours connu, là où j'ai toujours su que tu finirais. Au coeur des ténèbres !"

chapitres suivants...

Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Eboorifée". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.

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