Il y a de cela de nombreux siècles, trois déesses sont descendues sur Terre, afin d'y mettre enfin la vie. La première, Din, Déesse de la Force, avait créé le sol. La seconde, Nayru, créa l'atmosphère, et l'oxygène qui la compose. Finalement, Farore, la dernière des Déesses, permit à la vie d'apparaître sur le nouveau monde conçu. Afin de laisser trace de leur passage, elles avaient créé le puissant pouvoir de la Triforce, qui n'a jamais été possédé durant de nombreux siècles.
Les Hyliens, les habitants de la contrée qui fut bâtie, ont alors inventé la fameuse légende que tous connaissent : celle du Héros du Temps, Link, qui portait secours à la Princesse Zelda, qui n'avait de cesse de se faire enlever par Ganondorf, le Seigneur du Mal. Ces trois êtres avaient tous un point en commun : ils possédaient tous un morceau de la fameuse Triforce, divisée en ces temps sombres en trois parties. Ces trois morceaux étaient la Force, possédée par Ganondorf, la Sagesse, que Zelda maniait sans difficulté, et finalement, le Courage, qui avait fait de Link le Héros qui avait tant de fois fait rêver les jeunes filles qui entendaient cette histoire. Mais lorsque ces damoiselles apprirent que le Héros qui les avait charmées n'avait jamais existé, leurs coeurs furent brisés durant de nombreuses années...
En raison de cette grande tristesse, la légende ne fut plus du tout racontée, au point d'être totalement oubliée, malgré l'immense morale qui en ressortait : la force, aussi grande soit-elle, n'est jamais plus puissante que le courage qui se cache au plus profond des coeurs de tous.
Toutefois, l'enterrement de cette légende ne fut pas du tout bénéfique, car, après des siècles d'oublis, l'histoire racontée tout au long du périple de Link se réaliserait enfin réellement, encore plus dangereuse que jamais, et, surtout, encore plus dévastatrice au niveau des populations...
Le son d'un ocarina résonnait au coeur de la plus dense forêt de tout le royaume d'Hyrule, à l'est total du vaste pays. Les mêmes notes se répétaient sans cesse, mais on ressentait dans celles-ci la nostalgie et la solitude que ressentait la jeune fille qui jouait de cet instrument, assise sur un rocher. Dans la faible brise qui permettait le bruissement des feuilles vertes des arbres se mêlaient les longs cheveux blonds de la jeune fille, nommée Aelia.
Cette adolescente, abandonnée par sa famille, errait dans la forêt depuis des années, n'ayant pour seul accompagnateur que le son de l'instrument dont elle ne savait jouer qu'une seule mélodie, une mélodie qui, semble-t-il, permettait à certains actes magiques de se manifester. Toutefois, la jeune fille n'avait jamais trouvé d'endroit où une minuscule pierre se soit déplacée par elle-même, ne serait-ce que d'un seul millimètre.
Malgré toutes les merveilles qu'elle avait vues, Aelia s'était lassée de voyager partout au travers d'Hyrule, et avait décidé de s'exiler de tous, afin de ne plus se faire connaître sous le surnom de "La fille à l'ocarina". Ce surnom, elle le détestait de toute son âme, tout simplement parce qu'elle ne se sentait pas visée par celui-ci, puisque malgré le fait qu'elle traînait son ocarina partout avec elle, elle n'avait point l'impression d'être apte à jouer les nombreuses mélodies qui pouvaient accomplir des merveilles, ou bien des désastres.
Les notes cessèrent soudainement de résonner au travers de la sylve et Aelia bougeait étrangement ses oreilles d'elfe, entendant un bruit étrange provenant de devant elle. Elle se leva, le regard vide, comme si elle était en transe, et avança jusqu'à l'endroit d'où provenait le bruit étrange qu'elle entendait, celui d'un autre ocarina qui répétait toujours et toujours les même notes que le sien.
Lorsqu'elle atteignit la clairière d'où provenait la musique de l'autre instrument, elle s'arrêta net, voyant un jeune garçon hylien assis sur un mur détruit. Ses cheveux blonds lui arrivaient un peu au-dessus des épaules, et il semblait être de grande taille, selon Aelia. Il ouvrit ses yeux bleus et remarqua la présence de la jeune fille qui le regardait avec stupeur.
- Pourquoi me regardes-tu ainsi ? demanda-t-il.
La jeune fille garda le silence, comme si elle n'était plus capable de parler. Le garçon se leva pour venir voir si elle se sentait bien, et il vit ses oreilles.
- Tu es une... ! commença-t-il.
- Une Hylienne, dit-elle, sortie de sa transe. Je sais. Même si parfois, ce statut me rend honteuse, en raison du massacre que ceux de mon peuple ont fait aux humains normaux...
Des larmes jaillirent dans les yeux d'Aelia, puisque se souvenir de la peur des autres enfants de son âge l'avait toujours rendue triste.
- Je ne savais pas qu'il y avait encore d'autres personnes de notre race, ajouta la jeune fille. Et puis qui es-tu, pour que je me sente aussi confidente envers toi sans te connaître ?
- Je m'appelle Eldarion, dit-il. J'ère dans cette forêt depuis peu, et je joue de l'ocarina pour passer le temps, puisque la solitude rend le temps long.
- Toi aussi... murmura Aelia.
Le jeune garçon demanda à son tour à savoir qui était la jeune fille, et elle se présenta, avant d'expliquer pourquoi elle était dans cette forêt depuis des années, qu'elle avait cessé de compter.
- Je ne sais pas pourquoi mes parents m'ont abandonné, dit-elle. Je croyais qu'ils m'aimaient même si je faisais partie d'une race qui a décimé leur population, mais je me suis fait des idées, on dirait...
- Toi, au moins, tu as eu une famille, dit Eldarion. J'ai vécu dans un petit village dans les bois, il n'y a pas si longtemps, et personne ne m'a accepté, alors, j'ai été seul toute ma vie, jusqu'à aujourd'hui...
Ils parlèrent jusqu'au coucher du soleil, et décidèrent de dormir tôt, puisque vivre seul, aussi idiot que cela puisse paraître, est de plus en plus fatiguant. Ils ne se doutèrent pas que jamais leurs vies ne seraient pareilles comme avant...
Au loin, une jeune fille s'éveilla alors que les âmes s'enfonçaient dans le sommeil. Elle était toute pantelante, trempée de sueur. C'était la énième fois que le même cauchemar se répétait sans cesse. Tellement de fois, qu'après un peu plus d'une dizaine de fois, elle avait cessé d'en compter les répétitions. Combien de temps s'était écoulé depuis la première fois que le cauchemar avait frappé à sa porte ? Des semaines ? Des mois ? Elle ne s'en souvenait plus...
La chose qu'elle désirait ne pas se souvenir ni revivre, c'était son songe en entier...
Il était toujours identique : à chaque fois se déroulait une vie normale, c'est-à-dire une vie où personne n'a le temps de s'occuper d'autrui, sauf de Ses Majestés. Bref, un monde de solitude, pour une Héritière qui rêvait de vivre comme tous les enfants qu'elle voyait courir dans les rues sinueuses du marché, qui s'achetaient des jouets toujours plus impressionnants les uns que les autres, mais surtout, qui avaient le droit de faire tout ce qu'ils désiraient.
À chaque fois, la jeune fille regardait par la fenêtre, toujours plus envieuse jour après jour... Elle entendait les pas pressés des servantes au travers de sa porte fermée et verrouillée à double tours, par précaution pour qu'elle ne nuise pas au travail des nombreux serviteurs. "Pourquoi ai-je mérité cette vie ?" se demandait-elle tous les jours. "Un peu de changement... ça ne devrait pas faire trop de mal..."
À peine avait-elle pensé ces mots que le rythme des pas qu'elle entendait nuit et jour s'accélérait, au point de l'inquiéter. Habituellement, ils étaient pressés, certes, mais pas au point de courir partout dans le château ! D'étranges cliquetis s'ajoutaient à ce bruit, ce qui accentua les craintes de l'Héritière. Pourquoi personne ne venait la chercher pour l'aider à s'échapper, si une attaque avait lieu ? Hallucinait-elle ? Probablement pas. Les Hyliens comme elle étaient réputés pour être parfois étranges, mais pas à ce point-là !
Si tu dois fuir et que personne ne vient te chercher, souviens-toi que la cheminée peut porter bien des mystères...
Les paroles de sa mère lui revinrent à l'esprit. Elle n'en avait pas dit plus, se disant que la jeune fille saurait comprendre le sens de ses paroles en temps et lieux. C'était le meilleur moment pour trouver le moyen de fuir à jamais cette vie de solitaire !
La cheminée, vide de bûches durant la saison estivale, n'avait été rien d'autre qu'une cheminée normale, aux yeux de l'Héritière. Elle se serait posé des questions seulement si elle était née paysanne. Mais là n'était pas le moment de penser à cela. Elle fouilla le foyer, sans avoir idée d'un mystère pouvant y reposer. Des coups à sa porte ne la dissuadèrent pas de cesser ses recherches, et, intuitivement, sa main se posa sur l'une des pierres plus foncée que les autres, qui s'enfonça dans le mur, ce qui déclencha un mécanisme qui fit se déplacer toutes les autres pierres.
Elle se hâta d'y entrer et, à peine les pierres replacées, elle entendit le craquement de sa porte et le bruit de meubles jetés de tous côtés. Elle suivit le tunnel étroit dans lequel elle se trouvait, et avança à quatre pattes durant une période de temps qui lui sembla des heures. Lorsqu'elle vit un éclat de lumière devenir de plus en plus puissant au loin, elle se pressa de revoir le soleil briller de ses mille feux.
Toutefois, ce fut avec grande surprise qu'elle remarqua que des monstres l'y attendaient...
Et c'était toujours à cet instant qu'elle se réveillait, toujours de la même manière. Ses journées, devenues encore plus éreintantes par la fréquence toujours de plus en plus rapprochée de ses songes, lui semblaient ennuyeuses et, à son grand malheur, sans cesse semblables à celles de son cauchemar.
Mais ses craintes se concrétisèrent, lorsque les pas se pressèrent, et que le bruit qui lui donna la chair de poule s'y ajouta. Elle s'était déjà retournée vers la cheminée, mais une ombre l'empêcha de se rendre à destination...
Les premiers rayons du soleil se pointèrent à l'horizon. Aelia était éveillée depuis déjà quelques heures, à cause d'un mauvais pressentiment qui la tenaillait depuis. Elle avait l'impression que quelqu'un avait tenté de lui arracher le coeur à mains nues, durant son sommeil.
Elle regardait le soleil se lever au travers des arbres, la lumière traversant peu à peu les feuilles d'un vert émeraude des arbres de toutes espèces qui l'entouraient. Elle entendit des feuilles craquer sous les pas de quelqu'un et se retourna brusquement, s'inquiétant de l'identité de la personne qui l'avait suivie avant de reconnaître Eldarion.
- Je t'ai fait peur ? dit-il. Tu m'en vois désolé. On voit bien que tu n'es pas déjà habituée à avoir un compagnon de voyage.
- C'est vrai, répondit-elle d'une voix lunatique. Mais j'aurai le temps de m'y habituer, et j'espère bien que le plus tôt sera le mieux.
Elle replongea ses pensées vers un tourbillon d'idées en lien avec la provenance de l'étrange sentiment de son éveil, ce que remarqua l'elfe.
- Tu me sembles bien pensive, comparativement à hier, dit-il.
- Oui, c'est bête... dit-elle en un seul souffle.
- Je te parle sérieusement, Aelia.
Au son de son nom, elle se retourna et lui expliqua le mauvais pressentiment qui la menaçait depuis son éveil.
- Depuis que je suis enfant, j'ai ces impressions. C'est comme si le mal avait une influence sur moi... comme si je le ressentais en moi, dit-elle en levant les yeux vers Eldarion.
Les larmes lui montèrent aux yeux.
- J'ai toujours détesté être ainsi, ajouta-t-elle. J'ai toujours eu l'impression que tout le monde me détestait, non seulement parce que j'étais différente, mais aussi parce que j'avais ce don. Mais bon, ma vie ne doit pas tant t'intéresser, je suppose.
Elle essuya ses larmes du revers de sa main et commença à marcher vers le nord-ouest, lentement.
- Où vas-tu ? demanda l'elfe. Tu te diriges vers l'extérieur de la forêt.
- Je sais, répondit la jeune fille. Mais je sens quelqu'un m'appeler, et...
- Et quoi ?
Aelia arrêta sa marche et se retourna en disant qu'elle suivait tout simplement son instinct, qui lui disait que sa destinée l'attendait près de la citadelle. Elle lui proposa de l'accompagner, et il accepta, contre son gré, sentant que sa présence serait importante auprès de la jeune fille.
Le soleil était à son zénith lorsque les deux elfes quittèrent enfin la sylve. Étant habitués à ne percevoir que quelques rayons de l'astre solaire, ils placèrent leurs mains sur leur front de façon à faire de l'ombre sur leurs yeux.
La plaine d'Hyrule était identique à celle des souvenirs d'Aelia : si vaste que l'on ne semblait jamais y voir une fin, remplie d'une longue herbe d'un vert pur. L'air qu'on y respirait était lui aussi pur.
Un peu plus au nord, on apercevait la Montagne de la Mort, le lieu où vivaient les Gorons, un peuple qui se nourrissait principalement de pierres. Vers l'ouest, c'était le château que l'on distinguait aisément, avec les toits de quelques maisons de la citadelle à ses pieds. Finalement, juste en face des deux elfes, s'étendait le Ranch Lon Lon, le ranch le plus réputé de tout Hyrule pour son délicieux lait qui redonnait immédiatement suffisamment d'énergie pour traverser la plaine d'Hyrule en entier.
Ils continuèrent leur marche en direction de la citadelle. La plaine était si vaste que ce ne fut que lorsque la lune fit son apparition qu'ils atteignirent la ville la plus importante du Royaume. Il n'y avait presque personne dans les rues de la ville, sauf quelques hommes qui se rendaient à la taverne, située dans les ruelles de la ville, et très peu d'enfants, qui courraient encore près de la fontaine.
La plupart des maisons se ressemblaient : faites en brique rouge qui se déteignait de plus en plus au fil des années. Seuls les toits variaient en couleur, des plus loufoques aux plus ordinaires. Il y avait des avis de recherche collés aux murs des nombreuses boutiques de la place du marché. Aelia sentit le besoin de voir qui était porté disparu, et lorsqu'elle vit le visage d'une jeune fille d'à peu près son âge, elle lut les détails à son propos...
Arwen (Nom de famille inconnu)
Disparue la veille de la Grande Fête tard en soirée.
Âgée approximativement de treize années,
Cheveux blonds, yeux vert émeraude, de race Hylienne.
Récompense de dix mille rubis à celui ou celle qui la rapportera à notre Roi,
Le noble Daphnes XVI
Sur ce, la Grande Fête n'aura pas lieu le jour prévu.
Un autre message vous sera parvenu lorsqu'une décision sera prise.
Veuillez nous excuser de cette modification de dernière minute.
Sur certaines feuilles étaient gravées des insultes visant les Hyliens, comme quoi ils payaient enfin pour le mal dont ils étaient l'origine, mais des siècles trop tard. Les larmes montèrent aux yeux de la jeune fille contre son gré, et Eldarion tenta du mieux qu'il put de la consoler.
Quelques minutes plus tard, la jeune fille se ressaisit et les larmes cessèrent peu à peu de couler, et les sanglots se firent plus distancés, jusqu'à cesser totalement. Elle lut une deuxième fois la description, et tendit la main en direction du nom, qu'elle traça du bout de son doigt. Mais à peine eut-elle touché le "A" que la feuille disparut, avec le mur, pour laisser place à une chambre où était assise une jeune fille, qui avait exactement la même description que celle sur l'annonce de sa disparition. Elle se retourna, mais son partenaire n'était plus là.
Aelia revit les derniers moments avant sa disparition, jusqu'à l'apparition de l'ombre. Elle plissa les yeux afin de distinguer son visage, mais une capuche noire le cachait.
La scène se brouilla, afin de laisser place à celle d'un cachot, où gisait au sol le corps d'Arwen. Aelia ne pouvait dire si elle était encore en vie, jusqu'à ce qu'elle lève péniblement la tête, avant de la regarder directement dans les yeux.
Aide... moi, s'il te plaît, dit-elle d'une voix basse et remplie de souffrances. Il va... Il... Il va me... tuer dans... quatre jours...
- Bien sûr que je vais t'aider, Arwen, lui répondit Aelia. Dis-moi où nous sommes.
- Merci, riposta-t-elle. Nous sommes... à... à...
- Son regard se troubla soudainement, et elle hurla de douleur, si fort qu'Aelia plaça ses mains sur ses oreilles et ferma les yeux pour ne rien voir. Mais malgré ça, elle ressentait les souffrances d'Arwen. Elle croyait que sa tête allait en exploser, tellement elles étaient grandes...
* * *
- Aelia ? dit Eldarion, paniqué. Aelia, tu m'entends ? Ouvre les yeux ! Je t'en supplie...
Il avait emmené la fille à une auberge qui n'était pas très loin de la place du marché. Lorsque le gérant avait vu qu'il transportait avec lui une adolescente inconsciente, il avait immédiatement proposé son aide, qui fut refusée. Lorsqu'elle fut allongée, il resta à son chevet jusqu'à ce qu'elle ouvrit les yeux, au prix d'un immense effort. La sueur commençait à perler sur son front depuis un certain temps, ce qui l'inquiétait.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda la jeune fille d'une voix rauque.
- Au moment où tu as touché la feuille, tu as perdu connaissance. J'ai cru que tu étais partie pour mourir, tellement ça a été long avant ton éveil.
- Mais... Ça ne fait que deux minutes que... !
- Deux minutes ? l'interrompit-il. Ça va bientôt faire une heure que tu es inconsciente !
La nouvelle fit un choc à la jeune fille, qui répéta à voix basse le temps de son inconscience.
Elle préféra garder pour elle-même le fait qu'elle ait pu parler avec Arwen. Le court laps de temps qui leur était donné l'inquiétait, et elle ne savait même pas où ils devaient se rendre pour la sauver.
Eldarion s'étant calmé, il proposa à la jeune fille de se reposer, afin qu'elle reprenne des forces. À peine se fut-elle de nouveau allongée qu'elle sombra dans un sommeil sans rêve...
Aelia dormit jusqu'à quelques heures suivant l'aube. Elle se leva trop vite, ne voulant pas perdre trop de temps et ainsi risquer la vie d'Arwen. Des étourdissements la forcèrent à s'asseoir, mais elle se cogna le pied contre la petite table à côté de son lit.
Le bruit réveilla Eldarion, qui s'était endormi sur le tapis.
- Qu'est-ce qui se passe ? s'écria-t-il rapidement en s'assoyant. Ah ! Tu es réveillée, ajouta-t-il en voyant Aelia assise sur son lit.
Il se leva et la jeune fille remarqua vraiment qu'il avait dormi sur le vieux tapis à moitié détruit, sans couverture.
- Tu dois avoir passé une dure nuit, dit-elle.
- Pas du tout ! s'indigna-t-il. C'est nettement plus confortable que de dormir dans un arbre !
Il dut remarquer l'expression d'étonnement sur le visage de sa partenaire. Il précisa :
- C'était soit les bêtes sauvages qui me zigouillaient, soit le sommeil. J'aimais mieux avoir un tantinet de tranquillité.
Aelia avoua qu'il n'avait pas tord.
Jamais elle ne s'était vraiment inquiétée pour sa survie, mais maintenant que le sauvetage d'Arwen lui tenait à coeur, elle voulait éviter les blessures graves et les grands dangers.
- On devrait faire vite pour retrouver Arwen, dit-elle. J'ai l'impression qu'elle mourra si nous ne faisons rien.
- D'où vient l'importance de la sauver ? demanda Eldarion. Elle a probablement fugué, tout simplement.
- La jeune fille se mordit la lèvre supérieure. Elle en avait trop dit, contre son gré. Après une minute de réflexion, elle lui avoua que lorsqu'elle avait perdu connaissance, elle avait en réalité eu une vision.
- Maintenant je comprends pourquoi tu vouais tant d'importance à la retrouver, dit Eldarion après les explications d'Aelia. Mais, tu dis que tu ne sais pas où elle se trouve, n'est-ce pas ?
- Je n'en ai aucune idée. Peut-être bien qu'en questionnant les gens sur la place du marché, nous trouverons un indice sur l'identité de celui qui l'a enlevée, ou sur le lieu où elle se trouve. Tout ce que je veux, c'est la retrouver saine et sauve...
Ils descendirent au rez-de-chaussée quelques minutes plus tard, et demandèrent au propriétaire s'il pouvait leur donner un peu d'eau et de nourriture.
- Mais bien sûr ! répondit-il. Ça me rassure de voir que tu es maintenant de nouveau sur pied, ma jolie, ajouta-t-il après avoir préparé un balluchon contenant des réserves de nourriture et deux gourdes d'eau.
Ils le remercièrent et quittèrent le bâtiment.
Une heure, deux heures... Le temps fila rapidement, et toujours aucun indice ne leur fut offert. La plupart du temps, les gens les fuyaient en leur criant des insultes, après avoir remarqué leurs oreilles. Le soleil en était à son zénith, lorsqu'une vieille dame accepta de leur parler. Elle avait de longs cheveux blancs, le visage tout ridé, des yeux couleur noisette et elle portait un vieux châle gris.
- J'ai cru avoir vu une ombre traverser la citadelle sans que les autres ne la remarquent, et se diriger vers la Montagne de la Mort, dit-elle de sa voix tremblante. Je ne suis pas si certaine de mes paroles, mais je sens au plus profond de moi une part de vérité.
- Nous vous remercions du plus profond de notre coeur, madame, dit Eldarion. Nous nous rendrons vers la Montagne de la Mort, et même si nous ne la retrouvons pas immédiatement, nous ne perdrons pas espoir.
- J'espère que vous retrouverez la jeune fille, ajouta la vielle dame. Le Roi est vraiment triste d'avoir perdu sa fille adoptive lors de l'attaque.
Aelia la questionna à propos de l'assaut.
- Personne ne sait vraiment ce qu'il s'est passé. Les gardes disent n'avoir rien vu, les serviteurs disent avoir été attaqués par des bêtes mi-humaine, mi-insectes, le Roi dit avoir lui aussi été assailli, mais par une créature qui ne ressemblait point à un insecte, et la Reine a été la première à remarquer la disparition de la jeune fille. Personne ne s'était attaqué à elle, et elle n'a rien vu, sauf que la porte de sa fille était verrouillée à son arrivée, et qu'elle s'est ouverte toute seule, par la suite.
Les deux adolescents la remercièrent une seconde fois et se dirigèrent cette fois-ci vers le lieu d'habitation des Gorons.
La montée fut difficile, le Mont de la Mort portait bien son nom : c'était un volcan actif depuis des siècles, et les éruptions ne se faisaient pas rares. Ils croisèrent quelques Gorons sur leur route, mais ils ne remarquèrent pas leur présence, roulés en boule de façon à être protégés de toutes intempéries par leur dos rocheux.
Le parcours de l'astre solaire en était presque à sa fin lorsqu'ils atteignirent le village goron, situé à mi-hauteur du mont. Le village était situé dans une caverne immense, divisée en différentes pièces, afin que le peuple des montagnes puisse garder leur intimité.
La plupart des Gorons se retournèrent en direction des deux inconnus lorsqu'ils les entendirent questionner les plus curieux qui étaient venus vers eux.
Or, aucun d'entre eux ne put éclairer leur piste, et il ne restait que le chef à questionner, Darunia.
- Veuillez me pardonner du mauvais accueil que vous avez reçu, dit-il. Mon peuple a toujours aimé la venue d'étrangers, et ils oublient bien facilement de me les présenter. Mais je crois que vous êtes venus ici dans un but précis... Quel est-il ?
- Une jeune fille a disparu à la citadelle il y a peu... commença Eldarion.
- Et nous nous inquiétons grandement à son sujet, ajouta Aelia. Nous sommes conscients que de nombreux enfants disparaissent partout dans le Royaume, mais nous avons l'impression que cette fillette sera importante, dans un proche avenir.
- Je vois, marmonna Darunia. Je ne peux vous aider dans votre recherche, malheureusement. Je crois que les Zora, le peuple des eaux, sauront vous fournir plus de détails que moi. Ils ont un lien direct avec la Royauté d'Hyrule. Mais laissez-moi au moins vous offrir l'hospitalité, juste pour cette nuit !
Les deux Hyliens étaient sur le point de refuser, en raison du peu de temps qui leur était accordé, lorsque des cris de peurs se firent entendre de la salle principale du village.
Ils s'y rendirent, avides de savoir ce qui pouvait susciter autant de peur au sein du peuple le plus fort du Royaume. Une étrange créature y était : elle était semblable à un lion, mais avec une crinière enflammée et... deux grandes ailes sur le dos, embrasées elles aussi.
- Une Shaña... murmura Darunia. Je croyais que cette espèce avait disparu en même temps que la légende...
- Tu sors enfin de ta cachette, Darunia... Je me demandais ce qui pouvait autant te retenir...
Ils levèrent la tête en direction de l'entrée de la grotte, l'endroit d'où provenait l'étrange voix sifflante. Une fille s'y tenait... si l'on pouvait la décrire ainsi. Ses cheveux semblaient être des serpents qui sifflaient tous plus fort les uns des autres, ses yeux étaient d'un rouge qui brillait dans l'obscurité de la caverne et elle semblait léviter au-dessus du sol.
- Que veux-tu à mon peuple ? lui dit Darunia.
- Tsss ! Tsss ! Tsss ! fit l'étrange demoiselle. Tu le sais très bien, vous possédez une partie du pouvoir ouvrant les portes menant à la Triforce légendaire, le pouvoir que mon Maître désire par-dessus tout !
- La Triforce... pensa Aelia. Pourquoi ce nom me semble si familier et inconnu à la fois ?
La Shaña, quant à elle, effrayait toujours la population des Gorons en volant d'un étage à l'autre du village, et en détruisant parfois les murs avec sa queue au bout épineux.
- Maena, attaque-toi à ces deux Hyliens, ordonna la fille comme si le peuple était une maladie mortelle, incurable et contagieuse.
La créature se retourna immédiatement en direction d'Aelia et d'Eldarion, et fonça vers eux, griffes sorties, laissant s'échapper un feulement de sa bouche grande ouverte présentant ses crocs aiguisés. Eldarion sauta sur le côté au dernier moment, pour que la bête fonce en fait dans le mur, mais la jeune fille, figée par la peur, n'eut pas le temps de réagir à temps. Les griffes se refermèrent sur la taille de la jeune fille, qui étouffa un cri de douleur, qui se transforma en gémissement. La Shaña resserra encore plus son emprise. Aelia, cette fois-ci, hurla sa douleur au point d'assourdir la créature, qui ignora ses cris et s'envola en direction du plus haut étage du village, un niveau plus haut que l'entrée, afin de manger sa proie.
Comprenant les plans de l'étrange femme-serpent, Eldarion serra les dents, réfléchissant à une idée qui pourrait permettre de sauver la vie de son amie, dont les cris se faisaient de plus en plus faibles.
Si seulement j'avais une arme qui me permettrait d'atteindre à distance cette créature... pensa-t-il.
À peine y avait-il songé qu'un arc apparut dans sa main droite, avec une seule flèche à sa disposition.
Il se prépara à décocher sa flèche, visant du mieux qu'il le put, entièrement concentré sur le corps de la bête. Ses mains tremblaient, et il ne voulait surtout pas rater sa cible. Lorsqu'il relâcha la flèche, elle s'enfonça pile où il l'avait pointé : en plein là où devait, normalement, se trouver le coeur de la Shaña. La bête hurla de douleur et s'effondra rapidement.
- Tu as osé tuer mon petit trésor, insolent ?!? hurla la femme-serpent, poings serrés. Tu vas voir que je saurai me venger bien plus tôt que tu ne le penses.
Sur ce, elle disparut dans un nuage de fumée noire.
Eldarion courut d'étage en étage pour voir si son amie était déjà morte. Lorsqu'il l'eut rejointe, il remarqua que sa respiration se faisait saccadée et sifflante. Elle était gravement blessée, et même si ses yeux étaient à moitié fermés, elle ne semblait pas remarquer la venue de son compagnon.
Une larme roula sur sa joue, alors que sa respiration se faisait de plus en plus faible.
- Non... tu ne peux pas mourir maintenant, pleura le garçon. Il est trop tôt pour que tu nous quittes.
- Je suis... désolée... dit faiblement Aelia. Mais... je sais... que tu... réussiras. Je veillerai sur toi... de là-haut... et te protégerai...
Son regard se fit vide alors qu'un souffle sortait de ses lèvres, le dernier de sa courte vie.
- NON ! hurla Eldarion, les larmes lui montant aux yeux. Je t'en supplie... reviens...
Au même instant, au loin, la femme-serpent, quant à elle, jubilait : ils avaient un deuxième otage...
Eldarion marchait lentement en direction du village Zora.
La nuit fut longue pour le jeune garçon. Il revoyait sans cesse le visage gracieux et souriant d'Aelia. Ce ne fut que peu de temps avant le lever du soleil qu'il s'endormit finalement, pour seulement deux heures...
Darunia lui avait offert une simple épée.
- J'aurais aimé t'offrir mieux, mais c'est la meilleure arme que nous ayons, avait-il dit en donnant la lame au garçon.
- Peu importe la force de l'arme, je ferai de mon mieux pour venger la mort d'Aelia et retrouver Arwen...
Et c'était là qu'il s'était mis de nouveau au voyage. Le ciel se teintait peu à peu de gris lorsqu'il atteignit une chute d'eau. Sur une pierre était gravée des écrits en langage hylien.
Seul celui sachant le chant sacré pourra trouver le domaine...
Eldarion comprit immédiatement ce qui y était tracé en lettres arrondies.
Il porta inconsciemment son ocarina aux lèvres et souffla. Les uniques notes qu'il connaissait résonnèrent contre les parois rocheuses de la cascade.
Soudainement, la chute d'eau se fit de plus en plus douce, avant de cesser complètement. Une grotte se cachait derrière la cascade, et Eldarion y entra. Il dut marcher tout droit durant cinq minutes dans le noir total, avant d'apercevoir au loin un éclat de lumière. Lorsqu'il l'eut atteint, un magnifique paysage s'étendit devant ses yeux : des arbres aux feuilles couleur saphir, une cascade encore plus grande et belle que celle qu'il venait tout juste de traverser.
Des êtres mi-humains mi-poissons nageaient sous le soleil du crépuscule. Quelques-uns se promenaient entre les parois rocheuses, principalement près d'une grotte où était accroché au-dessus de l'ouverture : Magasin Général : poisson frais !
Le jeune garçon avança sur le sol rocheux, vers un escalier. Une pancarte annonçait que la Salle du Trône se trouvait au sommet de ce dernier.
Eldarion entama la montée du long escalier, qui lui prit quelques minutes.
- À quoi ça sert, un escalier aussi long ? pensa-t-il.
Un Zora immense se tenait devant lui... enfin, était assis devant lui.
- Que me vaut la visite d'un humain ? demanda-t-il d'une voix grave et ennuyée.
- Je suis à la recherche d'une jeune fille et...
Le roi lui coupa la parole, soudainement intéressé:
- Vous aussi, vous cherchez ma fille disparue ?
- C'est plutôt celle du Roi d'Hyrule que je recherche, dit Eldarion, timide.
Le désespoir se lut immédiatement sur le visage du Zora.
- Bien sûr, dit-il. L'Héritière du Royaume est enlevée, et les autres qui disparaissent ne sont presque que des paysannes, selon eux...
Le garçon baissa la tête, honteux. Mais il la releva aussitôt, un éclat de joie dans les yeux :
- Je pourrais trouver un moyen de la retrouver aussi, votre fille, Majesté ! Auriez-vous seulement un minuscule indice, par rapport à sa disparition ?
Le roi lui fit signe de le suivre, et ils se dirigèrent vers une alcôve ayant des rideaux bleus et dorés comme porte. Ils y entrèrent, et Eldarion en fut bouche bée : les meubles étaient tous renversés, le miroir cassé, et le lit en miettes. Il y avait, sur le mur gauche, une gravure disant que la Princesse Relita mourrait dans quatre jours des mains d'Herumor.
Le garçon demanda au roi depuis combien de temps elle était manquante à l'appel.
- C'est seulement depuis avant-hier qu'elle est disparue, répondit-il. Nous avons entendu son cri de peur, mais il était trop tard quand nous sommes arrivés. Une étrange femme-serpent la tenait inconsciente et elle s'est évaporée dans une fumée sombre.
- Quelle surprise de te trouver ici, dit une voix sifflante derrière eux.
Eldarion se retourna en dégainant son épée.
- J'avais complètement oublié de me présenter, continua-t-elle. Je suis Shaïra, des Santars, les mi-humains, mi-reptiles.
- Qu'est-ce que tu nous veux ? demanda Eldarion en serrant le poing sur la garde de son arme.
Shaïra fit mine de réfléchir.
- Ce que je veux... marmonna-t-elle. C'est ta mort ! ajouta-t-elle en relevant le ton, un éclat de rage dans les yeux.
- Celle d'Aelia ne t'a pas été suffisante ?
- Pas vraiment... Je croyais qu'il serait bien de la blesser davantage, mais son coeur est si pur... trop pur, même.
Eldarion ouvrit les yeux de stupeur. S'il se fiait à ce que la Santar disait, son amie était toujours en vie... Mais elle était morte sous ses yeux ! C'était impossible.
Shaïra ricana.
- Tu croyais vraiment que mon toutou pouvait la tuer ? Il ne pouvait que la blesser gravement. Je t'ai donné la simple illusion qu'elle mourait dans tes bras...
Elle se mit à rire joyeusement. Eldarion, quant à lui, bouillait intérieurement. Il détestait plus que tout de se faire berner, et encore moins aussi facilement !
- Tu vas le payer... dit-il.
La rage grandissait toujours de plus en plus en lui, et il tenta de frapper Shaïra avec son épée. Elle évita aisément le coup, en disparaissant juste avant de ne se faire toucher.
- Tu crois me toucher avec cette lame banale ? dit-elle en réapparaissant derrière lui. Voyons voir comment tu te relèveras après... ça !
Elle lui envoya en plein dos une boule d'énergie sombre, tout de suite après avoir terminé de parler.
Le garçon hurla de douleur avant de tomber durement au sol. Ses forces l'avaient soudainement quitté, lors du choc. La femme-serpent répéta encore et encore son sortilège, se demandant pourquoi il ne mourrait pas sur le coup.
Elle remarqua alors un détail que jamais elle n'avait vu...
La Triforce était sur le dos de sa proie !
- Comment est-ce possible ? dit-elle en reculant, apeurée par la douce lumière qui se dégageait du symbole ancien.
Eldarion se releva, sans effort, la lumière s'étant étendue sur tout son corps. Ses yeux brillaient encore plus, des filaments dorés nageant dans ses yeux bleus. Il tendit la main gauche devant lui, et un rayon doré frappa Shaïra en plein coeur.
Une nouvelle épée apparut dans son autre main. Elle avait un manche bleu, et une étrange puissance semblait en émaner.
Il porta le coup final au monstre, un coup que, cette-fois-ci, elle ne put éviter.
Au même instant où son corps désormais vidé de toute vie tombait au sol, l'épée disparut, tout comme le symbole qui s'était si soudainement montré sur sa main.
Il s'écroula à son tour sur le sol froid, faible après avoir encore plus vidé ses réserves d'énergie.
Il rêva une nouvelle fois à Aelia. À ses côtés se tenait Arwen. Il savait instinctivement que c'était elle.
Elles se ressemblaient tant... Elles avaient les mêmes pommettes rehaussées, et la couleur émeraude de leurs yeux était si semblable. Elles avaient presque l'air de deux jumelles, mais qui avaient quelques différences.
- Tu verras que tout sera clair, dit Aelia.
- Tu nous retrouveras dans la forteresse du désert, ajouta Arwen.
- Mais fais vite, terminèrent-elles ensemble, avant de disparaître dans un épais brouillard.
Eldarion ouvrit les yeux. Il se sentait encore très faible, et une énorme migraine lui martelait le crâne. Il remarqua que la nuit était déjà tombée.
Il ne me reste plus que deux jours avant que ce ne soit la fin, pensa-t-il tristement.
Il se dépêcha de se préparer à partir en destination du désert, ignorant sa faiblesse, ne voulant plus perdre une seule seconde.
Lorsqu'il ressortit du domaine, il vit que la lune en était à la moitié de son parcours dans le ciel étoilé.
Il se remit à marcher sans cesse, inconscient du risque qu'il prenait de reprendre la route sans énergie.
Tant qu'elles peuvent être sauvées, ma vie n'a pas d'importance, se dit-il.
Le temps semblait s'être arrêté pour Eldarion. Il marchait sans suspendre son voyage, ne serait-ce que pour dormir, ni même pour manger. Son regard semblait avoir perdu de son éclat, comme s'il était vide, mais pas complètement, et la fatigue se lisait aisément sur son visage.
Combien d'heures s'étaient écoulées ainsi ? Beaucoup trop, en fait...
Le soleil en était encore une fois à la fin de son long trajet au travers du ciel bleu d'Hyrule. Il ne restait plus qu'une seule journée avant que ce ne soit la fin des espoirs, la fin de la quête, mais surtout, la fin de tout.
Eldarion trébuchait sur ses pas lents, même si le sol ne se résumait qu'à du sable à perte de vue. Il ressentait le besoin de se reposer, suite à sa mauvaise nuit, mais il craignait que ces quelques heures ne résultent la mort de deux innocentes.
Qu'ont-elles fait pour mériter de mourir si jeunes ? pensa-t-il. Qu'ont-elles en commun pour avoir le même destin marqué au fer rouge ?
Une seule réponse se grava dans son inconscient : tout.
Il poursuivit sa route dans le désert, le ciel se teintant de gris qui devint de plus en plus sombre. Or, la chaleur restait aussi étouffante, malgré la disparition temporaire de l'astre solaire.
Son parcours se résuma à trébuchages, et même à quelques chutes au sol brûlant avant qu'enfin, il arrive à destination.
Il venait à nouveau de tomber au sol, mais il n'avait plus envie de se relever, le simple fait de se tenir sur ses bras le décourageait. Une tempête de sable s'était levée, et il ne voyait presque plus rien devant lui. Toutefois, il vit devant lui la silhouette floue d'une forteresse. Ses espoirs lui revinrent soudainement, et il se releva sans peine, sa fatigue et sa faiblesse ayant mystérieusement disparu.
Le rythme de ses pas se fit plus rapide, pour devenir une course.
Il ne lui fallut que quelques minutes avant d'atteindre la forteresse. Sur une pancarte de bois vacillante était marqué que tout inconnu était prié de rebrousser chemin, sous peine de perdre la vie.
Il ignora l'avertissement, et continua de courir au travers des couloirs sans se faire remarquer, à son plus grand étonnement. Il zigzaguait au travers de la forteresse aux murs faits de pierres sombres tachetées de blanc par-endroits, lorsqu'il entendit au loin une femme disant :
- Il est là-bas !!!
Eldarion comprit alors qu'il avait été repéré, et probablement même bien plus tôt qu'il ne l'avait imaginé. Il augmenta sa vitesse, espérant ainsi semer ses poursuivants, mais il remarqua devant lui une jeune fille armée d'un sabre qui s'apprêtait à l'attaquer.
Il oublia qu'il avait une épée et esquiva la lame tranchante, au risque de tomber au sol.
La fille grogna.
- Tu crois m'avoir ainsi ? Une Gerudo ne se laisse jamais marcher sur les pieds !
Elle redoubla de force pour toucher le garçon, en vain. Il tentait toutefois de s'échapper, mais à chaque fois, elle se mettait au travers de son chemin. Elle réussit finalement à le toucher au niveau de la jambe. La blessure n'était pas grave, mais serait très douloureuse.
Le groupe aux trousses d'Eldarion arriva finalement, ce qu'il ne remarqua pas. La fille continua de l'attaquer, de façon à ce que le garçon les rejoigne, jusqu'à ce qu'il sente une lame toucher sa nuque.
- On t'a eu, voleur ! s'exclama joyeusement une femme parmi le groupe. Maintenant, on verra si tu feras autant le malin !
Elles le forcèrent à avancer en faisant une légère pression avec l'arme, et ajoutèrent :
- Et pas la peine de tenter de fuir. On te rattraperait immédiatement et tu serais encore plus blessé. On n'a juste pas envie de t'entendre te lamenter durant le trajet.
Le garçon grogna intérieurement. Il avait presque l'impression qu'elles lisaient dans ses pensées.
Or, une pensée s'inscrivit dans son esprit...
Et si je pouvais ainsi trouver Aelia et Arwen... Je n'aurais qu'à m'arranger pour qu'elles fuient pendant que j'attire l'attention des autres...
Ils marchèrent durant de longue minutes, avant d'entrer - finalement - dans une vaste salle aux murs encore une fois faits de pierres sombres. Un tapis rouge et doré menait à un trône doré, sur lequel un homme était assis. Sur le mur derrière le siège, des chaînes retenaient deux corps.
De loin, Eldarion ne discernait que trois silhouettes, sans pouvoir voir de quoi elles avaient l'air.
Les guerrières le forcèrent à avancer. Sa jambe lui faisait de plus en plus souffrir le martyr, et il trébucha.
- Depuis le temps que j'attendais ta venue... dit une voix. Je ne pensais pas attendre aussi longtemps...
La personne assise sur le trône se leva, et avança lentement vers Eldarion.
L'homme avait de longs cheveux roux, comme les filles qui l'avaient guidé jusque-là, des yeux dorés desquels émanaient la puissance et l'obscurité et il avait un visage aux traits carrés.
- Je suis Herumor, dit-il de sa voix grave.
Dans ses yeux, une rage de plus en plus grande bouillonnait. Il sortit d'un fourreau une épée entourée d'une aura sombre. Les guerrières relâchèrent le garçon, sans toutefois oublier de lui enlever son épée. Il évita les coups du mieux qu'il put, se baissant et sautant de gauche à droite, ce qui l'essouffla rapidement.
- Cesse d'essayer de survivre, petit... murmura Herumor. Tu le sais que tu vas perdre, avec ta blessure.
Le garçon remarqua seulement à cet instant que la plaie sur sa jambe était enflée, en plus d'être d'une inquiétante teinte bleue. La sueur perlait sur son front, et ses forces le quittaient. Il tomba sur le sol, incapable de faire un geste de plus.
L'homme leva son épée de façon à tuer une bonne fois pour toute Eldarion, lorsqu'une vois cria :
- Arrêtez !!! Ne lui faites plus de mal, je vous en supplie !
L'une des silhouettes attachées au mur, celle de gauche, se débattait contre ses liens.
- Laissez-le partir, par pitié ! ajouta la voix.
Herumor grogna. Il détestait se faire dire quoi faire par les autres. Il tendit la main vers la silhouette et envoya un rayon lumineux vers celle-ci. La jeune fille retenue prisonnière hurla de douleur et perdit connaissance.
Un déclic se fit dans l'esprit d'Eldarion.
Il perdit le contrôle, et la lame au manche bleu réapparut dans sa main. Sa blessure se referma sans raison apparente, et il frappa Herumor avec l'arme. Il parât ses coups de sa propre épée, mais il savait ce qu'il devait faire.
Il fit mine d'être touché, et échappa son épée sur le sol. Eldarion cessa alors de se battre. Il ne voulait pas être gagnant d'un combat inégal. Ce fut sa plus grande erreur.
Son ennemi se pencha pour ramasser son arme, mais se décida à la dernière minute d'envoyer un sortilège sur le garçon. Ce dernier ne pouvait plus bouger du tout, et sa lame avait disparut sur le coup, propulsée au loin.
Un sourire sadique apparut sur son visage.
- Et maintenant, admire le sacrifice de tes amies...
Non ! Pas ça !!! pensa-t-il.
Herumor s'avança vers les deux corps inertes après avoir ramassé son épée. Il leva son arme, mais Eldarion ne vit que les yeux emplis de peur d'Arwen, avant qu'ils ne s'éteignent, le sang coulant de la blessure causée par la lame de leur ennemi. Aelia eut droit à la même mort, déjà trop faible pour en être vraiment consciente...
Non... Elles ne peuvent pas mourir... Pas maintenant !!!
- Et maintenant, c'est à toi de les rejoindre, petit Elfe...
Il leva son arme. Eldarion savait que le sortilège qui le retenait ne faisait plus effet, mais il n'avait plus la force de bouger. Maintenant qu'il savait qu'il avait échoué, il ne voyait plus ce qu'il pouvait faire...
Il baissa le regard, évitant de regarder la mort de face. Les yeux fermés, il attendit un choc qui ne vint jamais...
Une douce chaleur se propagea en lui.
C'est ainsi, mourir ? La douleur n'existe même pas...
Il rouvrit les yeux. Un paysage blanc et infini s'étendait devant lui. Un sol duveteux, une poussière semblable à de minces plumes... Tout autour de lui semblait surnaturel.
Deux silhouettes apparurent à l'horizon.
Plus elles se rapprochaient, plus la joie emplissait le coeur du garçon.
- Eldarion !!! cria la fille de gauche, avec la même voix qu'Aelia.
La silhouette se mit à courir, et lorsqu'elle atteint le garçon, elle lui sauta dans le bras.
- Je suis si contente ! Il ne t'a pas fait souffrir !
Des larmes roulaient sur ses joues. La seconde personne les rejoignit, et Eldarion reconnut la jeune fille qu'il avait vu dans sa vision.
- Arwen... murmura-t-il.
- Ton heure n'est pas arrivée, lui répondit-elle d'un ton neutre. Ta véritable mission ne fait que commencer. Notre mort n'aura été que l'élément déclencheur de tout cela...
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Des larmes emplirent le regard de la jeune fille.
- Bonne chance, dit-elle tout simplement, sa voix se brisant.
Et là, il eut l'impression de tomber. De tomber dans un gouffre sans fin. Lorsqu'il eut enfin la sensation d'atterrir, ce fut en douceur, et il entendit des voix...
- Tu crois qu'il est mort ?
- Non... Il respire. Mais ça ne m'étonnerait pas qu'il soit blessé.
- À avoir vu sa chute, je suis étonnée qu'il n'ait pas l'air de souffrir...
Nous verrons bien à son éveil s'il peut nous expliquer tout ça...
Eldarion sentit des bras le porter, et il perdit connaissance après seulement quelques pas...
Eldarion ouvrit les yeux. Il avait d'atroces douleurs au corps, comme si un troupeau lui était passé dessus. Il essaya de se lever, mais une main le retint.
- Tu devrais te reposer, dit une fille. Tu n'étais pas tellement blessé, bizarrement, mais on aimerait mieux ne pas prendre de risque.
Une fillette se tenait à ses côtés. Elle avait de grands yeux couleur noisette, et des cheveux blonds courts retenus par un bandeau vert.
- Tu as fait toute une chute, et tu es encore faible, ajouta-t-elle.
- Il faut que je les retrouve... murmura Eldarion en réessayant de se lever, ignorant la douleur qui traversait sa poitrine.
- Et il faut d'abord que tu te reposes, insista la jeune fille d'une voix sérieuse.
Le garçon se laissa retomber sur l'oreiller moelleux. Ses pensées se suivaient toutes, toujours plus inquiétantes les unes que les autres. Il ne comprenait rien à ce qu'il s'était passé : il avait pourtant été tué par Herumor...
Ta véritable mission ne fait que commencer...
Les paroles d'Arwen lui revinrent à l'esprit. Elle avait semblé si triste, après avoir dit ces paroles... comme si elle savait que quelque chose de mal se passerait.
- Hého ! Ça va aller ?
La fillette balançait sa main de droite à gauche devant lui, attirant son attention.
- Ouais... Ça devrait aller.
Elle se leva et sortit de la petite pièce aux murs de pierre où était allongé Eldarion.
- En passant, moi, c'est Hanako, dit-elle en rebroussant chemin. Et toi ?
- Eldarion.
- Repose-toi, si tu veux guérir.
Elle sortit pour de bon, et Eldarion sombra de nouveau dans ses pensées.
Comment est-ce possible que je ne sois pas mort ?
Quelques journées s'étaient lentement écoulées, et plus le temps passait, plus Eldarion se disait qu'il devrait partir pour ne plus jamais revenir. Il avait tellement honte. Honte d'avoir échoué dans sa mission. Honte d'avoir entraîné la mort des deux filles.
Des voix le tirèrent de ses pensées sombres. Hanako entra, sourire aux lèvres, comme elle le faisait tous les jours.
- Qu'est-ce qu'il se passe dehors ? demanda-t-il.
Son sourire sembla s'effacer un instant. Elle baissa le regard, et le garçon crut même entendre un faible sanglot.
- Ce sont des rebelles, dit-elle. Depuis qu'Herumor est monté au trône il y a sept ans...
- Quoi ? s'emporta Eldarion. Mais c'est impossible !
La jeune fille semblait estomaquée de sa réaction :
- Tu n'étais pas au courant ? Toute cette obscurité qui pèse sur Hyrule depuis ce temps... C'est à regretter que le Héros du Temps n'ait jamais existé...
- Le Héros du Temps... ?
Hanako murmura des paroles, comme quoi elle oubliait toujours que la légende avait été oubliée depuis tant de générations.
- Ma famille a été l'une des rares à continuer de raconter la légende du Héros. On savait très bien que tout cela était faux : personne n'a eu la preuve que la Triforce existait réellement.
- Et qu'est-ce que la Triforce ?
- Selon la légende, la Triforce offre un immense pouvoir à celui qui réussit à la toucher. Et lorsque quelqu'un le faisait, le monde se transformerait selon l'état de son âme : si son âme était pure, alors la terre d'Hyrule croulerait sous des siècles de paix. Et si l'âme de cette personne était impure, alors notre monde ne serait plus que chaos et désolation.
La jeune fille marqua un léger moment de silence, avant de continuer :
- Il est aussi dit que si le cœur de cette personne était impur, un événement spécial pouvait survenir : la Triforce se diviserait en trois parties, soit la sagesse, le courage et la force. Trois héritiers en hériteraient les parties, les trois personnes les plus aptes à les contrôler. Dans la Légende du Héros du Temps, il y est fait mention qu'il ait sombré dans un sommeil de sept ans, lorsqu'il a trouvé l'épée maîtresse, parce qu'il était trop jeune pour porter le fardeau de sa mission. Ces sept années avaient amplement suffi pour que le chaos règne sur le monde, et qu'à son éveil, plus rien ne soit comme avant. Il a alors cherché à freiner la personne qui avait causé tout cela : le porteur de la partie de la force, qui cherchait celle de la sagesse. Et comme on peut le deviner, celui qui avait en lui la partie du courage n'était nul autre que le Héros du Temps. On l'a surnommé ainsi parce qu'il est capable de tout combattre, même le temps...
Lorsqu'elle eut terminé de raconter la légende, elle reprit son souffle, sans même remarquer qu'elle avait tout narré rapidement.
- Et en quoi cette légende est-elle importante aujourd'hui ? demanda Eldarion.
Hanako éclata de rire.
- Je crois bien avoir légèrement dévié du sujet, dit-elle. Je disais donc qu'Herumor était monté sur le trône, suite à la mort de la princesse qui avait disparu. Elle n'a malheureusement pas été la seule à mourir... Deux autres enfants seraient morts, selon la rumeur. Un garçon et une fille, d'environ ton âge, je crois. Je ne sais pas si c'est vrai, mais c'est bien à cause de ça que les rebelles se battent : pour qu'il n'y ait plus un seul innocent qui perde la vie.
Des larmes emplirent son regard et Eldarion lui demanda ce qu'il lui arrivait.
- Herumor a envoyé quelques-uns de ses soldats freiner les rebelles... dit-elle. Et ma mère a eu le malheur d'en croiser un...
Elle baissa la tête et se mit à pleurer. Eldarion ne savais pas vraiment quoi faire, et essaya du mieux qu'il le pouvait de la consoler.
- Je suis désolé... murmura-t-il.
- Non ça va... Tu ne pouvais pas vraiment savoir.
Elle sortit en balayant ses larmes du revers de la main. Eldarion soupira avant de sombrer dans un sommeil profond...
Ses yeux ne se rouvrirent que peu de temps après que le soleil se soit levé. Il remarqua qu'Hanako se tenait devant lui, sans toutefois remarquer qu'il s'était réveillé.
- Je suppose qu'il est bientôt temps pour toi de retourner chez toi... dit-elle après un long moment de silence.
Il ne lui dit rien, de peur de la décevoir.
- Je suis certaine que tu meurs d'envie de revoir ta famille...
- Je n'ai pas de famille.
- Tu dois certainement vouloir partir quand même...
Elle semblait sur le point de craquer. Elle s'était probablement attachée à Eldarion...
Ce fut de nouveau le silence, jusqu'à ce que le garçon dise :
- Je cherche à me venger d'Herumor... Il a tué les seules personnes qui m'aient accepté, et...
Il cessa brusquement de parler. Il ne pouvait pas lui dire que le garçon qui avait été tué était lui... Elle le croirait certainement fou !
- Et quoi ? insista-t-elle.
- Non... Rien.
La déception se lut immédiatement sur ses traits enfantins.
- Alors il a tué ceux à qui t'étais chers ? dit Hanako.
- Oui...
- Je veux t'aider, alors !
Elle avait fièrement levé la tête, et un certain espoir semblait se lire au creux de son regard noisette. Elle avait toujours eu l'air d'une petite fille faible durant son enfance... C'était terminé, cette image d'elle que tous avaient !
- Il a tué ma mère, même si ce n'est qu'indirectement, et je ne lui pardonnerai jamais !
Ses yeux avaient légèrement brillé sous l'effet des larmes qui avaient montées. Elle se les sécha d'un geste de la main et lui dit qu'elle ferrait tout pour l'aider.
Ils s'étaient rapidement préparés des provisions et avaient rapidement levé les voiles. Ils avaient commencé leur trajet, sans vraiment savoir où aller.
Ils marchèrent dans le petit village où se trouvait la piètre demeure d'Hanako. À un certain moment, on entendait les vendeurs qui vantaient les bienfaits de leurs produits, ou bien des enfants qui criaient tout en courant dans le dédale des rues.
- Nous tentons de vivre comme s'il n'y avait rien d'autre que la paix, expliqua la jeune fille en voyant l'étonnement sur le visage d'Eldarion. Nous essayons d'oublier les souffrances que l'on a vécues au fil des dernières années.
Il regardait attentivement chacun des passants. Un sourire s'affichait sur tous les visages, ou plutôt presque tous.
Les personnes plus âgées, elles, semblaient apeurées, plus que tout : elles tournaient la tête de gauche à droite, cherchant un espion ou un monstre qui n'était pas là, et avaient un visage livide.
- Enfin, presque tout le monde essaie... récapitula Hanako en voyant le regard du garçon se porter aux aînés. Enfin, nous devrions d'abord nous attarder à notre mission.
- Oui...
Ils quittèrent donc le village. La plaine se dressait à l'infini, mais la vision qu'avait Eldarion était complètement différente de celle qu'il avait eue, seulement depuis ce qui lui semblait n'être que quelques jours.
La plaine n'était plus faite d'une herbe verdoyante, mais était désormais complètement sèche, et aplatie de part et d'autre.
La déception se lut immédiatement sur le visage du garçon. Il avait secrètement espéré que tout soit resté comme avant, dans les apparences ...
Sept années se sont réellement écoulées ?
Il était abasourdi : comment était-il possible que tout ce qui semblait le plus vivant dans ses souvenirs soit désormais complètement mort ?
Ses genoux heurtèrent le sol.
- Non... C'est impossible que ce soit devenu ainsi ! s'écria-t-il.
Hanako, qui avait continué de marcher sans remarquer l'arrêt de son compagnon, se retourna. Elle ne comprenait presque rien à sa réaction. C'était pourtant ainsi depuis sept ans... Ce n'était pas la veille que c'était devenu ainsi.
Elle observa attentivement aux alentours, cherchant une anomalie qui serait apparue durant les derniers jours, mais rien n'avait changé, et il n'y avait aucune parcelle d'herbe verte qui se voyait...
- De quoi parles-tu ? demanda-t-elle finalement, découragée de chercher sans trouver.
- La plaine... Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Eh bien... Elle est devenue ainsi il y a sept ans. Personne n'a vraiment su pourquoi. Et comment est-il possible que tu ne l'aies pas encore remarqué ?
Cela le ramena à la réalité. Quel idiot il était ! Il oubliait toujours que sept années s'étaient écoulées. Comment lui dire qu'il était supposément mort depuis ce temps ?
Il n'osait pas le lui avouer. Elle rirait certainement, et lui dirait qu'il était fou...
- Je n'ai jamais vraiment prêté attention à l'herbe... Je suis assez lunatique.
C'était bien sûr un mensonge. Au contraire, il était toujours complètement lucide ! Il s'était si souvent attardé aux moindres détails de tout ce qui l'entourait...
L'adolescente opina d'un bref hochement de tête et se remit à marcher.
Elle s'arrêta une seconde fois, et demanda :
- Où allons-nous ?
Eldarion réfléchit un instant avant de lui répondre :
- La forêt... Je veux préparer toute une surprise pour Herumor...
L'idée commençait à peine à germer dans son esprit qu'il l'avait dite. Il l'avait fait attendre sept ans. Que perdrait-il à le faire attendre encore quelques semaines avant de se montrer devant lui ?
La jeune fille le regarda comme s'il était fou. Le cœur du garçon manqua un battement : il avait peur d'avoir finalement pensé à haute voix...
- La forêt ? répéta-t-elle. C'est là qu'ont été retrouvés les corps de trois enfants dont je t'ai parlé.
- On s'y rendra quand même... Il n'y a certainement plus de danger.
Il n'en était pas si sûr, mais il voulait à tout prix retrouver les ruines où il avait rencontré la première Hylienne comme lui, Aelia. Il s'en souvenait très bien, de cet instant : le bruit de pas qui l'avait forcé à cesser de jouer les notes de son ocarina, ses oreilles si pointues, ses yeux qui semblaient en transe...
Il rougit subitement. Il éprouvait d'étranges sentiments pour la jeune fille qui avait sacrifié sa vie pour tenter de sauver Arwen... des sentiments qu'il n'avait jamais eus.
Cette gêne fut brusquement interrompue par Hanako, qui lançait tout bêtement :
- Essaie seulement d'y entrer... Des chasseurs y ont posé plein de pièges, et on voit à peine le bout de notre nez tellement elle est épaisse. Je te le dis, tout a changé depuis qu'Herumor est monté au pouvoir. Rien n'est pareil... Même le soleil me semble tellement distant...
Elle leva les yeux vers le ciel qui, au lieu d'être d'un bleu azur, était teinté d'un gris monotone. On y distinguait à peine le soleil, qui était en fait à son zénith, mais qui brillait à peine.
- Nous devrions éviter de perdre notre temps, dit Eldarion. Si on veut arriver avant la tombée de la nuit...
Ils se mirent ainsi à marcher, sans échanger un seul mot.
Ai-je bien fait de m'aventurer là-dedans ? se demandait Hanako. J'ai peur de ne pas être à la hauteur, de nuire à Eldarion... Je ne serai pas aussi courageuse que lui, même si je faisais d'immenses efforts...
L'herbe sèche craquait sous leur pas, seul bruit brisant l'éternel silence qui s'était logé.
L'obscurité se faisait de plus en plus dense lorsque les deux adolescents atteignirent la forêt.
Lorsqu'ils l'avaient aperçue à l'horizon, cela avait été tout un choc pour Eldarion de voir à quel point les feuilles étaient vertes. Après ce paysage de désolation, voilà qu'une touche de vie apparaissait enfin.
Ils écartèrent quelques feuilles et pénétrèrent dans la sylve. Ils continuèrent à avancer durant une heure, avant de s'arrêter dans une clairière pour s'y reposer. Ils faisaient attention à ne pas marcher n'importe où, conscients qu'un faux pas pouvait leur coûter la vie.
- J'ai peur de ne pas être à la hauteur... dit finalement Hanako.
- Pourquoi m'as-tu demandé de m'accompagner, alors ?
- J'en sais rien... Je veux vraiment t'aider, mais je m'inquiète quand même...
- Il n'y a aucune raison. Je jure que je ferai tout pour qu'il ne t'arrive rien.
Elle le remercia d'un murmure, et ils sombrèrent dans un sommeil agité...
Les ruines... Retournes-y... Tu y trouveras la clé...
Une voix féminine chuchotait à l'oreille d'Eldarion. Il était pourtant incapable d'ouvrir les yeux. La voix répétait sans cesse ces paroles, comme pour qu'elles soient marquées au fer rouge dans l'esprit du garçon.
Elle se tut finalement, et il put enfin ouvrir les yeux. Il ne voyait strictement rien autour de lui, l'obscurité habituelle de la forêt étant empirée par le ciel sombre.
Sa main se porta à l'un des sacs qu'il portait en bandoulière sur son épaule, et en sortit son ocarina. Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas entendu les éternelles notes qu'il jouait...
Il se retint de justesse de porter l'instrument à ses lèvres et d'y souffler, ne voulant pas éveiller Hanako.
Il ranga l'instrument peu de temps après, et tenta en vain de fermer les yeux. Aelia créait un si grand vide en lui... Il était incapable de comprendre pourquoi il était là. Il était pourtant mort, non ? Et Aelia aussi... Pourquoi n'aurait-elle pas eu le droit elle aussi à ce même privilège ?
Lorsque la noirceur se fit de moins en moins dense, Eldarion abandonna la tentative de s'endormir à nouveau. La voix trottait encore à son esprit, sans même qu'il ne le remarque vraiment.
Hanako ouvrit finalement les yeux, et Eldarion lui fit part de sa proposition de se rendre aux fameuses ruines.
- Quelles ruines ? Il n'y en a pourtant pas dans les environs...
- Je m'y suis rendu il y a quelques années. Elles doivent certainement y être encore...
Ils mangèrent un peu, et Eldarion marcha à l'avant, guidant la jeune fille vers les ruines qui avaient été son unique compagnon durant quelques semaines. Il retrouva rapidement le chemin jusqu'à celles-ci, à sa grande surprise. Il s'attendait plutôt à se perdre dans la forêt, et à devoir se dire qu'elles se situaient encore plus loin.
Ils atteignirent donc les ruines après environ une heure de marche.
Hanako sembla éblouie devant les murs détruits, sur lesquels des plantes de toutes espèces grimpaient. Des morceaux de pierre jonchaient le sol tapissé de mousse, et le lieu sembla encore plus dévasté que dans les souvenirs d'Eldarion, en lui donnant toutefois l'impression d'être encore plus beau que dans ses souvenirs.
- Je ne savais pas qu'il y avait quelque chose d'aussi merveilleux ici... murmura Hanako.
Eldarion lui dit qu'ils devraient trouver quelque chose qui pourrait les aider. La jeune fille lui éclata de rire au nez.
- Tu crois sérieusement que l'on va trouver quelque chose ici ? Tu plaisantes, n'est-ce pas ?
- Et en quoi c'est supposé être drôle ? Quelqu'un m'a dit que je devais venir ici. Il y a certainement une raison.
- Alors tu vas chercher seul.
- Il n'est pas trop tard pour toi de retourner dans ton village. Si tu ne veux plus tenter quelque chose pour vaincre Herumor, ça ne me dérange pas.
Elle baissa la tête, les larmes lui montant aux yeux. Voilà que son caractère refaisait surface à cause de sa peur. Elle voulait l'aider, et à tout prix ! Mais elle voulait éviter aussi de perdre son temps. Elle voulait que ce soit terminé au plus vite...
Elle regarda Eldarion explorer les lieux. De longues minutes s'écoulèrent ainsi, sans qu'aucun des deux ne réagisse.
Le garçon s'exclama soudainement :
- J'ai trouvé quelque chose !
Elle couru le rejoindre. Il était recroquevillé au pied d'un des murs détruits, et tenait dans ses mains une frêle silhouette qui brillait d'une faible lumière.
- On dirait une fée... dit-il. Je ne savais pas qu'il y en avait encore.
- Elle semble blessée et faible, lui répondit Hanako.
En effet, un faible sifflement s'échappait des lèvres entrouvertes de l'être, comme si elle avait de la difficulté à respirer.
Ses yeux s'ouvrirent légèrement, et elle lâcha en un soupir :
- De l'eau...
Hanako porta sa main à la gourde qu'elle avait accrochée à sa taille, et fit tomber une goutte dans la bouche de la fée.
Quelques secondes s'écoulèrent, sans que le petit être ne réagisse.
Puis, elle tressaillit et ouvrit finalement ses yeux d'un gris épatant.
- Qui êtes-vous... ? demanda-t-elle d'une petite voix cristalline.
- Je suis Hanako, et lui, c'est Eldarion. Et toi, qui es-tu ?
Elle resta silencieuse quelques instants, cherchant son souffle, avant de dire :
- Je suis Eleanora, une fée de la forêt Kokiri sans maître... Enfin... Il a péri il y a quelques jours, sous les assauts d'Herumor...
- Quoi ? s'exclama Eldarion.
- Herumor est venu au village... Il cherchait le temple où s'abrite notre sage, mais personne n'a voulu le trahir, alors, il a levé les armes sur nous...
Une larme roula sur sa joue, et elle se replia sur elle-même, en tremblant légèrement.
- Je n'ai rien pu faire pour l'aider... Mon maître... Toutes les autres fées aidaient le leur, mais j'ai préféré me cacher... Je ne suis qu'une idiote !
Ses larmes étaient intarissables : au moment où l'on croyait qu'elle cessait de pleurer, elle recommençait de plus belle, se lamentant sur ses actes.
Pendant ce temps, les deux enfants se parlaient seulement du regard. Ils devaient à tout prix enquêter sur ce fameux temple...
A suivre...
Ce texte a été proposé au "Palais de Zelda" par son auteur, "Anne Sophie". Les droits d'auteur (copyright) lui appartiennent.